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Une histoire de famille


David n'avait pas été élevé parmi les puissants.

Rien ne l'avait destiné à se retrouver au centre des intrigues qui faisaient et défaisaient des royaumes entiers.

Jusqu'à ce que le monstre nommé Rumplestiltskin se serve du désespoir de ses parents pour leur prendre un de leurs fils. Les conséquences de cet acte avaient entraîné James droit vers sa mort et David vers son destin.

Combien de bébés s'étaient ainsi trouvés dans les bras d'étrangers ? Combien y avaient laissé la vie ? Quels malheurs ces affreux marchés avaient-ils provoqués ?

Le seul enfant ayant réellement échappé à ce terrible sort avait été Alexandra, grâce à Emma. Emma, qui d'une certaine façon, avait aussi été l'un des bébés touchés par les manipulations de Rumplestiltskin. Déposée dans une armoire magique suite à la révélation de son probable avenir.

Et en raison de ces machinations, Henry s'était aussi retrouvé ajouté à la liste. Passé par les bras du Dark One pour arriver jusqu'à ceux de sa mère adoptive.

James, David, Emma, Henry.

Toute sa famille avait été marquée par le poison qu'avait été Rumplestiltskin, et dans un sens ce qui lui arrivait n'était que justice. Il devrait à présent faire face au fait qu'il avait manipulé et détruit la vie d'un enfant qu'il avait lui-même engendré.

Leurs vies n'avaient été que des instruments dans les mains d'un monstre et cette pensée donnait à David envie de vomir.

Le fait de savoir que Regina était biologiquement sa fille faisait-il naître le moindre sentiment en Gold ? Du remords ? De l'horreur ? De l'amour ?

David n'en savait rien. Lui qui était né dans une petite cabane en bordure des bois avait appris, difficilement, durement, que si l'amour était ce qui régissait son monde, il n'était pas pour autant ce qui guidait toujours les Hommes. Il n'était pas parfait, mais il faisait toujours de son mieux et essayait constamment de ne pas faire un pas dans la mauvaise direction. Il n'avait que trop conscience qu'une fois sur la brèche, un seul pas était nécessaire pour chuter.

Un pas, ou une bousculade.

De trop nombreuses fois, David s'était dit qu'il avait fait une erreur en laissant Snow sauver Regina. Il savait bien que son épouse n'aurait jamais donné autant de chances à un autre criminel. Mais il s'était agi de Regina, pas d'un autre, et l'amour poussait le cœur à parler plus fort que la raison.

Et qu'en était-il des actes manqués de la sorcière ? David était loin d'être un idiot. Regina l'avait eu à sa merci dans une cellule, sur un champ de bataille, dans un coma. Combien de fois aurait-elle pu le tuer pour apprendre à Snow ce qu'était la perte d'un Amour Véritable ?

Combien de fois aurait-elle tout simplement pu assassiner Snow ?

Ils avaient épargné Regina et peut-être bien que Regina les avait épargnés.

Et Snow et David avaient beau se cacher derrière la compassion et la bonté, en réalité ils n'avaient pas agi en monarques. La bonne chose à faire pour leur royaume, leur peuple et les victimes de Regina aurait été sinon de l'exécuter, au moins de l'emprisonner à vie.

Au lieu de cela, ils l'avaient exilée avec un simple avertissement.

Une décision égoïste et irraisonnée, loin de toutes les responsabilités qu'ils avaient pourtant juré vouloir honorer.

Et malgré les conséquences, malgré vingt-huit années dans le coma, malgré cette vie qu'il n'avait pas eu auprès de sa petite fille, David ne parvenait pas à regretter.

Parce qu'Emma ne serait pas Emma, parce qu'Henry ne serait pas du tout. Parce qu'ils auraient commencé leur nouveau règne avec une exécution, et parce que Rumplestiltskin aurait peut-être trouvé un moyen bien pire qu'un mauvais sort pour leur faire regretter la chute de son plan.

Rumplestiltskin.

La source de tout.

David jeta un œil dans le séjour pour voir l'homme debout, droit comme un piquet appuyé sur sa canne, face à la porte-fenêtre à l'autre bout de la pièce. Il semblait observer la pluie tomber, en silence, toujours en silence.

Ce silence si menaçant.

Dans ce monde, Gold n'avait aucune ressource. D'ailleurs, même dans un monde avec magie, ses pouvoirs de sorcier n'étaient plus exceptionnels à présent que la dague ne portait plus son nom. Logiquement, il n'était plus une grande menace pour eux, ne l'avait plus été depuis longtemps, peut-être.

Mais David préférait ne pas baisser sa garde et rester vigilent. Snow était trop préoccupée par ses retrouvailles avec Ruby et la situation, Emma devait se concentrer sur Henry et Neal.

Il avait perdu son petit-fils, mais David ne faisait jamais deux fois la même erreur. Son épouse et sa fille ne souffriraient pas davantage d'un manque de sa part.

Un rapide scan des alentours lui donna toutes les autres informations dont il avait besoin. Hook avait choisi de s'isoler dans le salon, loin de son ennemi, pour apparemment regarder encore une fois la télévision. Les voix de Ruby et de Snow provenaient de plus loin, dans le couloir, probablement de la chambre de la première. Emma se battait contre la machine à café.

Pour le moment, tout allait bien.

Le regard clair de David se reposa sur le cadre qu'il tenait.

David ne se souvenait pas avoir déjà vu Regina sourire. Vraiment sourire, au-delà de la comédie et des apparences. Mais sur la photo qu'il tenait, elle souriait. C'était un petit sourire, doux et tendre, alors qu'elle regardait le bébé qu'elle tenait.

Son bébé. Sa fille.

C'était comme avoir un aperçu d'une autre vie, une vie parallèle, celle qui aurait pu être sans Cora. Sans Rumplestiltskin.

James, David, Emma, Henry, Regina. Et Snow et Daniel.

Tous des pions, rien de plus que des pièces sur un échiquier, comme tous les morts qu'ils avaient laissés sur leur passage, dans leurs guerres, dans leur soi-disant bon droit.

Tout tournait autour d'eux, n'est-ce pas ?

Autour de leur famille.

Voilà ce qu'ils étaient, malgré les circonstances.

Une famille.

Déchirée, toujours éclatée, quoi qu'ils fassent.

Henry avait beau être la clé de voûte, David avait compris qu'il ne s'agissait pas vraiment de lui. Pas de lui mais, comme l'avait dit le prêtre de Zanarkand, de ce qu'Henry pouvait provoquer. Des personnes que lui seul avait le pouvoir de rassembler.

Il s'agissait d'eux, encore et toujours. D'eux tous.

Les véritables acteurs de cette prophétie, une famille destinée à vaincre Peter Pan.

David observa la photo encore un peu, ce bébé qui lui rappelait Emma, minuscule, calée au creux de ses bras pour seulement quelques courtes et dangereuses minutes. Il se demanda bien quel serait le destin de la petite Ellyanor, puisque le leur semblait avoir été depuis très longtemps défini par les dires d'un voyant.

(La magie, encore.)

Tout ce qu'ils avaient vécu, les tragédies, les souffrances, les épreuves, tout les avait menés là, à ce point de leur histoire, avec en mains une partie des armes qu'il leur faudrait pour accomplir cette horrible destinée qu'on leur avait encore une fois imposée.

Et au final, avaient-ils eu le moindre choix depuis le début ?

David n'avait pas pu protéger Emma. Il n'avait pu empêcher Pan de prendre Henry. Il avait été impuissant et avait regardé le pauvre petit Leo mourir.

Alors il se jura que cette enfant, ce bébé sur la photo, ce nouveau petit membre de leur improbable famille ne souffrirait pas de leurs erreurs. Qu'elle aurait un autre destin que le leur.

Avec un nouveau regard pour Gold, qui n'avait pas bougé, David reposa le cadre sur la cheminée.

Il ignorait quelles étaient les pensées qui traversaient l'esprit de l'autre homme, au sujet de la situation, de Henry, de Neal, de Regina. Au sujet d'Ellyanor.

Et tant qu'il ne le saurait pas, David le garderait à l'œil.

O

La maison possédait trois chambres, deux salles de bain, un salon, un séjour, un garage, un bureau et une buanderie.

Pour ce qui était des arrangements pour la nuit, Emma avait sa petite idée.

Elle pouvait dormir avec Ruby, ses parents dans le salon, Hook dans le garage et Gold dehors.

D'après ce qu'elle avait compris, l'étage où Ruby leur avait interdit d'aller était l'espace dédié à Regina et Ellyanor.

Donc, puisque Hook se comportait comme un chien et ne voulait cesser de flirter avec elle, et que l'idée de dormir dans la même maison que Gold lui donnait des sueurs froides, sa solution lui paraissait logique.

Ruby semblait même prête à l'accepter.

Mais la conscience de Snow-White et de son prince charmant se réveilla et mit un terme à la petite vengeance d'Emma.

« Vous êtes vraiment pas cool, » maugréa t-elle pour ses parents qui essayaient d'aider au mieux Ruby à préparer le dîner sans la gêner dans la cuisine ouverte un peu étroite.

« Emma, » reprocha Snow, bien que l'amusement qu'elle tentait de cacher illuminait son visage. « Et arrête de te gaver de biscuits. »

Avec une petite grimace, Emma piocha un autre mini animal au chocolat au lait dans le sachet qu'elle tenait et le fourra dans sa bouche. Elle ne savait pas combien de temps ils resteraient dans ce monde avant de partir sauver Henry, alors elle profiterait un maximum de la nourriture et du confort qui lui avait tant manqué.

Non pas que vivre dans un palais était un calvaire, mais rien ne pouvait remplacer les supermarchés, le café et les cinémas.

Si – quand.

Quand ils auraient sauvé Henry et Neal, ils pourraient revenir dans ce monde pour des vacances bien méritées. Ils iraient tous au restaurant, au ciné, se feraient des soirées jeux vidéo et jeux de société et films 3D, ils mangeraient leurs poids en frites et autres cochonneries. Pendant quelques jours, aucun d'entre eux n'aurait de responsabilité.

Ils n'auraient à sauver personne, ils ne seraient plus des rois des reines des princes des princesses des shérifs des agents des meurtriers des magiciens, ils seraient juste eux, et personne ne viendrait rien leur demander.

Ils seraient normaux, juste pour quelques jours, c'était tout ce qu'Emma désirait.

Son fils en bonne santé et heureux, et sa famille en sécurité et libre.

C'était tout ce qu'elle souhaitait.

« Ne mange pas tous les biscuits, Emma, » prévint Ruby avec un sourire. « Tu ne veux pas devenir l'ennemie jurée d'Ella. Elle voue un culte sans nom au chocolat. »

« On devrait s'entendre, dans ce cas. »

Même si elle doutait fortement qu'une fois sur pieds, Regina la laisse s'approcher à moins de dix mètres de sa fille. Pas après ce qu'il s'était passé avec Henry.

Bon sang. Une chance que dans ce monde, Regina ne pouvait pas utiliser ses pouvoirs sans risquer sa vie. Lorsqu'elle apprendrait le sort d'Henry, elle les considérerait tous comme responsables.

Sur le frigo, il y avait deux dessins colorés, sans doute de la petite. Emma jeta un œil à la photo accrochée à côté. Ruby et une Ellyanor un peu plus jeune, couvertes de chocolat, souriaient face à l'appareil.

« Tu ne nous as pas dit ce qu'elle avait, » remarqua doucement Snow alors qu'elle passait à Ruby le reste des légumes qu'elle avait coupés.

Son amie garda son attention sur le wok et la poêlée dont elle surveillait la cuisson. Elle hésita, et Emma ne put s'empêcher de jeter un œil autour d'elle. Mais Hook était toujours dans la salle de bain, et Gold s'était enfermé dans le salon, un livre à la main.

La nuit tombait, la pluie avait laissé de gros nuages sombres dans le ciel. Les lumières allumées soulignaient la chaleur du foyer, mais l'émotion sur le visage de Ruby ne reflétait aucunement cela.

« Les enfants qui refusent de communiquer à ce point… »

Snow laissa sa voix s'éteindre, ne désirant pas se montrer insistante, mettre Ruby dans une position délicate par rapport à Regina.

Mais Emma aussi se posait des questions. Outre les troubles possibles comme l'autisme, les difficultés de communication apparaissaient généralement chez les enfants traumatisés.

Ruby avait aussi dit que la situation était de pire en pire. Au point même qu'Ellyanor ne posait pas le regard sur les autres et préférait ignorer leur présence comme si, peut-être, elle essayait de se convaincre qu'ils n'existaient pas.

Mais Ellyanor avait semblé bien en la présence de Ruby, comme en la présence de l'homme, Alex. Ellyanor avait aussi dormi paisiblement tout contre Regina.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« La magie, quoi d'autre, » répondit finalement Ruby, sa voix rauque et amère et si, si lasse.

Emma fronça les sourcils.

« C'est-à-dire ? »

Avec un soupir, Ruby éteignit le feu sous son wok et se tourna vers eux.

« Ellyanor est née avec la magie. » Au regard confus d'Emma, sa marraine élabora. « Dans notre monde, certaines personnes naissent avec un potentiel pour la magie. Comme Regina. Ou sa mère et sans doute sa lignée. Comme apparemment Gold même s'il ne l'a peut-être su qu'après être devenu le Dark One. D'autres, comme moi, naissent avec une condition magique. D'autres, comme Snow, sont bénis et reçoivent des dons. Dans la plupart des cas, ces magies sont héréditaires et passent par le sang. »

« Ellyanor a hérité des pouvoirs de Regina ? »

« Elle a hérité de son potentiel pour la magie. La forme que prend cette magie dépend de la façon dont elle est développée. Regina et Cora avaient les mêmes pouvoirs parce qu'elles ont appris la magie auprès du même maître et en usaient de la même façon. »

« On hérite pas de pouvoirs déjà formés, » remarqua David en fronçant les sourcils. « Les développer et les contrôler, ça s'apprend. »

Même Emma savait ça. Si avoir des pouvoirs était si simple, elle, le produit d'un Amour Véritable, aurait joué les Merlins bien plus tôt, au moins pour avoir du café dans la Forêt Enchantée sans dépendre du troc commercial.

« Quand elle a été testée positive, c'est ce qu'on a tous pensé. Qu'elle aurait toujours le potentiel et que jamais elle n'apprendrait à s'en servir. Sauf que… lorsqu'elle a commencé à grandir, on a noté qu'il y avait quelque chose d'étrange chez elle. Au début, on pensait qu'elle était juste… timide. Silencieuse. Parfois, quand elle était toute petite, elle pleurait apparemment pour rien, » expliqua Ruby, perdue dans ses souvenirs. « Il n'y avait que Regina pour la calmer. Elle ne pouvait dormir que lorsque Regina la berçait. Quand ça s'est aggravé lorsqu'Ella a grandi, et que les médecins n'ont décelé aucun trouble chez elle, on a compris que ça ne pouvait être que magique. Sa magie se manifeste au travers d'un don qu'elle ne peut contrôler. Un don, » cracha t-elle. « Pas vraiment un mot approprié. Et ça semble s'aggraver d'année en année. »

« Mais vous avez les bracelets, » lui dit Emma, ses doigts jouant avec le sien par réflexe. Avec ça au poignet, elle n'était même pas certaine qu'elle pourrait user de son truc pour déceler les mensonges. « Ils bloquent la magie, non ? »

« Seulement s'ils sont parfaitement adaptés à leur porteur. Virgil et Regina travaillent depuis des années sans parvenir à créer un bracelet parfait. En général, les bracelets d'Ellyanor la soulagent un peu avant de devenir inutile après quelques jours. »

« Je comprends pas, ce gars a fait les nôtres en quelques heures avec des échantillons ou je ne sais quoi… »

« Parce qu'il savait que ta magie provient de l'Amour Véritable et la nature de celle de Gold est simple. Normalement, définir un bracelet est facile pour Virgil tant que toutes les informations dont il a besoin sont dans le sang et l'énergie du futur porteur. »

« La nature de la magie de la gamine doit être la même que celle de Regina. »

« Le bracelet de Regina n'est pas au point non plus. Il bloque une partie de ses pouvoirs, et elle sait gérer ses défauts, mais il n'est pas complètement adapté. Les autres pierres compensent. »

« D'autres bracelets ? Pourquoi elle en a plusieurs ? »

« En tout cas, Virgil est formel. Il y a quelque chose dans la magie de Regina et d'Ellyanor qu'il ne parvient pas à identifier et qu'il n'avait jamais vu avant. Et tant que ce sera le cas, il ne pourra rien faire pour Ella. Et s'il ne fait rien très vite… »

Puisqu'elle s'était tournée pour se recentrer sur le dîner, Ruby manqua complètement le regard qu'échangèrent les Charmants.

Quelque chose dans la nature de Regina et d'Ellyanor qu'ils ne parvenaient pas à identifier ? Comme, peut-être, les traces d'une magie n'appartenant qu'à un seul être, immortel et maléfique ? L'héritage d'un homme maudit dont le corps transformé restait figé dans le temps et n'aurait par conséquent jamais dû pouvoir engendrer d'enfant ?

« Hum… »

Mais la tentative d'Emma fut coupée par le son de clés glissant dans la serrure de la porte d'entrée. Tous se tournèrent vers l'autre côté du séjour à temps pour voir Alex et Emily Soren avancer à l'intérieur. Ils furent suivis par Regina, sa pâleur soulignée par le noir de son long manteau, et Ellyanor, qui serrait la main de sa mère tout en portant son fidèle Touchoco au creux de son autre bras.

« On aurait peut-être dû prévenir, » lança Emily platement alors que Regina fermait la porte derrière eux.

« Mais qu'est-ce que tu fiches debout et en dehors de l'hôpital ? » Ruby s'approcha d'eux, ses yeux sur Regina, sa stupéfaction et son exaspération transparentes. « Depuis quand ils laissent sortir les victimes d'une panne de batterie moins de vingt-quatre heures après un arrêt cardiaque sur la table ? »

« Bonsoir à toi aussi, » fut la seule réponse de Regina, qui fit un signe de tête vers sa fille, son regard soudain dur.

Lorsqu'elle réalisa ce qu'elle venait de dire, Ruby grimaça.

« Bonsoir, » dit-elle d'une voix plus contrôlée, incapable de ravaler les informations qu'elle avait laissé échapper.

Ellyanor, cependant, si elle avait entendu ou compris, n'en montra rien, la tête toujours baissée vers ses pieds. Elle se contenta de se blottir un peu plus contre Regina, une réaction qui n'avait peut-être rien à voir avec la situation.

Ruby observa Regina, puis Alex et Emily, et fronça les sourcils.

« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

Emma put presque entendre le quelqu'un est mort ? qu'elle retint sans doute au dernier moment. Parce que tout dans l'attitude des trois autres adultes murmuraient justement qu'un drame avait (encore) eu lieu.

Le regard de Regina glissa de Ruby vers les Charmants rapidement, et quelqu'un avait dû au moins lui expliquer le gros de la situation parce qu'il n'y eut aucune surprise sur son visage gardé. Elle baissa les yeux sur Ellyanor, passa une main dans ses cheveux et, comme si sa mère avait eu toute une conversation avec elle au lieu de ce simple geste, la fillette lâcha doucement ses doigts avant de se diriger vers les escaliers qu'elle grimpa, sans un regard pour personne.

Ruby suivit alors Regina en dehors de la maison, et Emma tourna son attention vers les deux agents.

La blonde les observa et s'approcha, hochant la tête vers Emma avant de se présenter aux autres.

« Emily Soren. »

« Je m'appelle David. Voici Mary-Margaret et Emma. »

« Oui, Juste Emma et moi nous sommes déjà rencontrées. »

Se retenant de lever les yeux au ciel, Emma se concentra sur l'autre homme qui ouvrait le frigo comme s'il était chez lui. Il en sortit deux bouteilles d'eau, en donna une à sa collègue avant de tendre la main vers David.

« Alex Layton. »

Il serra ensuite la main de Snow et d'Emma avec un petit sourire bien trop figé et poli. Ce n'était pas qu'il ne souhaitait pas leur être agréable, c'était plutôt qu'il n'en avait apparemment pas l'énergie. Il y avait des lignes creusées sur son visage, dues à la fatigue et peut-être à l'inquiétude, son costume qui devait coûter une fortune semblait même légèrement froissé, et il oscillait entre jeter des coups d'œil vers la porte d'entrée derrière laquelle se trouvaient Ruby et Regina et vers l'étage où Ellyanor était montée.

« Nous sommes des amis de la famille, » offrit Emily avec un étrange petit sourire.

David hocha la tête.

« Des agents, aussi. »

« Agents réguliers, oui. Nous sommes équipiers. »

« Réguliers ? »

« Par opposition à ceux de la Brigade. On prend en charge les affaires disons… plus normales. »

« Que se passe t-il ? » demanda Snow.

Emily et Alex échangèrent un regard et l'homme soupira.

« L'un de nos collègues est mort cet après-midi. »

« Un ami ? »

« Une connaissance, » acquiesça prudemment l'agent. « Vous avez su pour Leo ? L'enfant tué par Pan ? »

« Oui. »

« Son père n'avait plus que lui. Il s'est donné la mort il y a quelques heures. »

« Oh, non. »

« Ah ouais ? » Ruby entra en continuant à parler à Regina, derrière elle. Ses yeux brillaient et sa voix portait une trace d'agressivité dirigée vers personne en particulier. « Handler n'a pas intérêt à jouer aux cons sur ce coup ! »

« Il a les mains liés. »

« Ben voyons. »

La porte se ferma et un silence s'installa dans le séjour. Curieusement (ou pas), il fut brisé par l'arrivée de Hook, une simple serviette autour de la taille, tranquillement en train de se sécher les cheveux. Il se stoppa au bout du couloir et lança un rictus à Regina, ses yeux pétillants.

« Les années vous traitent toujours aussi bien, Majesté. »

Comme si son arrivée avait débloqué quelque chose, Regina retira son manteau avec des gestes trop lents et fusilla le pirate du regard.

« Il y a des règles dans cette maison, Killian. Mettre un pantalon en toutes circonstances en fait partie. »

« Pas en toutes circonstances j'esp – Oh. » Son petit étranglement s'expliqua par la direction qu'avaient prise ses yeux, levés vers le fond de la pièce, et Emma fut stupéfaite par son embarras. « Tu es là aussi, petit amour. Excusez-moi. »

Et il se retira rapidement, avec un peu de chance pour passer quelques vêtements.

(Même si, et Emma préféra ne pas le penser trop longuement, Hook était tout à son avantage sans aucun haut.)

L'attention se tourna naturellement vers la nouvelle arrivée, Ellyanor, qui se stoppa au milieu des escaliers.

« Vous allez tous rester ici ? » interrogea Emily avec un petit sourire amusé. « Ça va pas être un peu bizarre ? Vous n'allez pas vous entretuer ? »

« On sait se tenir, » marmonna Emma entre ses dents.

Ce n'était pas tout à fait un mensonge, mais quand il s'agissait de leur famille, ce n'était pas franchement la vérité non plus.

« Alexander a offert de nous héberger cette nuit, » informa Regina simplement en se dirigeant vers les escaliers.

Elle prit la main de sa fille et toutes les deux disparurent à l'étage.

Emma aurait aimé lui envoyer un bonsoir à vous aussi dans les dents, mais l'état général de Regina et la présence de la fillette l'en empêchèrent, et c'était bien dommage.

(Peut-être, peut-être, qu'il y avait quelques trucs qui avaient manqué à Emma.)

Emily et Ruby, elles, avaient dirigé leurs yeux vers Alex, qui haussa simplement un sourcil à leur égard, insondable.

Son équipière hocha la tête.

« Bon, eh ben, je vous laisse en famille. Eclatez-vous. Oh, pas d'arme, pas de magie, pas de pomme, et tout ira bien pour tout le monde. Vous n'allez pas vous mettre à chanter ? »

« Merci pour tout, Emily. »

« De rien, partenaire. On se voit demain ! »

Elle quitta la maison rapidement et Emma soupira.

« Un apéro ? » pria t-elle en direction de Ruby qui lui sourit.

« Je crois qu'on l'a tous mérité. »

« Enfin une parole sensée, » souffla Hook en les rejoignant.

Il portait un jean et un pull proche du corps noir et moderne qui dénotaient étrangement avec son crochet.

« Où est l'alcool ? »

« Hey, les s'il vous plait ne sont pas pour les chiens, » lui rétorqua sèchement Ruby en sortant quelques verres.

Le pirate sembla visiblement prêt à rétorquer quelque chose quant à sa nature, mais une main sur son épaule le stoppa dans son élan. Avec un sourcil haussé, non sans une étincelle de surprise face à l'audace de celui qui osait le toucher aussi fermement, Hook se tourna vers Alex qui lui offrit un petit et plutôt charmant sourire.

Une expression totalement démentie par la lueur froide dans ses yeux azur.

« Restons agréables pour ces dames, capitaine Jones, » invita t-il.

« Et vous êtes ? »

« Agent Layton. »

Alex était sensiblement de sa taille, plus carré, une cicatrice sur le menton et toute l'assurance du monde. Mais il y avait une vibration douce, un calme qui émanait de lui, qui pouvait presque baigner les gens l'entourant.

Pendant quelques secondes, Hook se contenta de l'observer dans les yeux, et Layton n'en parut aucunement gêné.

« Natif ? »

« Né et élevé ici, » confirma Alex en retirant sa main de l'épaule de l'autre homme. « Issu de deux lignés de Natifs. »

« Eh bien, agent, asseyez-vous donc et appréciez un peu l'hospitalité de ces dames avec nous, » sourit Hook.

Layton le considéra un instant, avant de faire le tour du bar, d'ouvrir un placard et d'en sortir un paquet d'olives, leur montrant à tous, sans équivoque, que c'était loin d'être la première fois qu'il profitait de la dite hospitalité.

Hook ne fit que sourire en grand, clairement amusé.

« On a dû vous raconter nos histoires pour vous endormir, » dit-il, et Emma fut surprise de ne plus sentir aucun défi dans son ton léger. Ou Layton avait passé avec succès une sorte de test, ou Hook s'était désintéressé. « Vous préfériez laquelle ? »

Se saisissant de son verre de vin blanc, Alex haussa les épaules.

« Mon père était lui-même un agent. C'était son histoire que je préférais. »

« Ah, votre père était votre héros. Toujours dans le coin ? »

« Mort en service. »

« Ça semble être le destin de beaucoup d'entre vous. »

« C'est un métier à risque, mais ça dépend des périodes. »

Avec un petit reniflement, Ruby ouvrit le placard pour sortir des assiettes.

« Et ça dépend des personnes, aussi, » compléta Alex avec un regard accusateur vers elle.

« Eh, » se défendit-elle, « ce n'est pas notre faute. »

« Ce sont les ennuis qui vous trouvent ? »

« Exactement ! »

Snow lui prit les couverts des mains et Emma sauta sur ses pieds pour aider.

« Combien de fois avez-vous failli mourir, à vous deux, depuis que je vous connais ? » demanda Alex.

En voyant le regard que lui lançait Mary-Margaret, Ruby secoua rapidement la tête.

« Il exagère, » rassura t-elle.

« Avec hier soir, ça fait sept fois. En dix ans. »

« On est agents spéciaux, c'est le boulot qui veut ça. Handler m'a déjà hachée menue, merci. A table ! » annonça t-elle.

Ils prirent place autour de la table du séjour, tous les six, et Emma leva les yeux au ciel.

« Qui va chercher Gold ? »

« J'y vais, » se désigna David.

« Et Regina et Ellyanor ? »

« Regina n'aurait pas dû quitter l'hôpital, elle doit se reposer. Et la voir ainsi a terrifié Ella, elle ne quittera pas sa mère, » répondit doucement Ruby alors que les deux hommes les rejoignaient. « Bon appétit ! »

Tous se forcèrent à garder la conversation sur des sujets légers, principalement l'évolution du monde ces dix dernières années. Emma mourait d'envie de parler de Pan, de l'agence, des tunnels et de la prophétie.

Mais revenir là-dessus voudrait aussi dire lâcher cette vérité qu'ils retenaient tous.

Et il paraissait complètement inconcevable d'avoir cette conversation-là sans Regina.

Alors que Snow et David se dévouaient pour remplir le lave-vaisselle, Ruby prépara deux assiettes qu'elle ne remplit qu'à demi sur un plateau. Elle y ajouta deux bouteilles d'eau et un sachet de petits biscuits en forme d'animaux. Lorsqu'elle le souleva, Emma se planta devant elle, presque malgré elle.

« Est-ce que je peux ? » demanda t-elle. « Je devrais lui dire… »

Hésitante, Ruby hocha la tête et lui passa le plateau.

Emma se détourna et se dirigea vers les escaliers qu'elle monta prudemment. Renverser le repas serait bien dans ses cordes.

Comme le reste de la maison, l'étage était décoré avec goût, dans des couleurs chaudes et naturelles, avec quelques touches de couleurs vives. Emma se dirigea vers les sons étouffés qu'elle pouvait percevoir provenant d'une pièce close plus loin.

Les mains prises, Emma s'interrogea sur la marche à suivre quand un nouveau son s'éleva de derrière la porte.

Ellyanor riait doucement, un petit rire court et léger, dénotant délicieusement avec l'enfant fermée et muette qu'Emma avait pu voir jusque-là.

La voix de Regina, trop basse pour qu'Emma puisse distinguer ses mots, atteignit également ses oreilles.

Et puis plus un son.

« Ellyanor ? Qu'y a-t-il ? »

Les yeux brillant de compréhension, Emma bascula son poids sur un pied et était sur le point de frapper à la porte avec le bout de sa Converse droite quand on la devança.

Elle se trouva face à Regina, habillée d'un pantalon gris et d'un pull noir, et dont le maquillage ne cachait en rien la fatigue.

« Hey, » sourit Emma un peu maladroitement, et leur toute première rencontre lui revint à l'esprit. Puis elle se rappela qu'il y avait aussi eu un enfant, ce soir-là, alors elle arrêta immédiatement de se souvenir. Elle reposa son pied au sol et désigna du menton le plateau qu'elle tenait. « Je vous pose ça où ? »

Hésitant un instant, Regina fit finalement deux pas en arrière pour laisser entrer Emma dans ce qui s'avéra être la chambre d'Ellyanor.

Comme l'avait été la chambre d'Henry, il y avait des placards sans doute remplis de vêtements et de jouets. Mais cette pièce-ci avait été décorée dans des tons doux, pastels. Du vert, du bleu, du rose. Un lit simple de bois blanc avait été poussé contre un mur. Sur quelques étagères, des peluches attendaient d'être choisies pour des jeux. Plaqué dans un coin, un bureau allant avec le lit accueillait feuilles blanches et crayons de couleur. Il y avait plusieurs lampes dans la pièce, toutes portaient des abat-jours décorés d'animaux. Ici, un hippopotame bleu pastel. Là, une girafe jaune. Et là, un éléphant rose.

Il y avait un tapis sur le parquet de la pièce, des livres alignés sur une commode basse, dans un autre coin. Et plusieurs veilleuses pour enfant contre les tables de nuit, la tête de lit et à des endroits stratégiques.

Sur la couette, un tissu vert pastel agrémenté d'une famille de lion aux traits ronds, se trouvaient disséminés plusieurs figurines, toutes des animaux en plastique coloré.

Mais en raison de l'arrivée d'Emma, la petite fille avait abandonné ses jouets pour se tourner vers la fenêtre, obstruée par des rideaux opaques.

Emma observa autour d'elle et nota que les seules surfaces disponibles étaient le petit bureau et le lit. Pour une aussi grande chambre, les meubles se faisaient rares.

Elle alla poser le plateau sur le bureau et se redressa pour rencontrer le regard de Regina. Elle ouvrit la bouche, la referma, jeta un œil à Ellyanor, dos à elle, qui serrait sa peluche dans ses bras.

« Est-ce que vous savez pourquoi nous sommes là ? »

Avec dans les yeux toute la fatigue et la lassitude du monde, Regina hocha la tête.

« Dans les grandes lignes. J'ai lu les rapports. »

« Henry… »

Sa voix se brisa.

Sa voix se brisa.

Emma ferma les yeux, horrifiée, et incapable de contrôler sa réaction. Lorsqu'elle les rouvrit, une seconde plus tard, Ellyanor s'était rapprochée de Regina, les yeux sur ses pieds.

Alors sa mère passa une main dans ses cheveux, un geste possessif et tendre qu'Emma avait dû attendre vingt-huit années avant de connaître.

« As-tu déjà rencontré Miss Swan, Ellyanor ? » interrogea Regina d'une voix douce, posée.

« Emma, » corrigea la femme en question, le ton trop rauque.

Regina s'accroupit pour être au niveau de sa fille, posa ses mains sa taille, les yeux sur son visage. Ellyanor leva le regard vers elle alors, doucement, prudemment, le plongea dans le sien.

C'était la première fois qu'Emma la voyait avoir un tel contact avec une autre personne.

« Emma est une princesse qui a sauvé beaucoup de monde. Elle a rencontré des fées et des géants. Et avec un revolver et une épée, elle a vaincu un méchant dragon. »

Et à ce dernier mot, les yeux de l'enfant s'illuminèrent.

« Peut-être qu'un jour, elle te racontera comment. »

« C'était plus un coup de chance, » murmura Emma avec un peu d'embarras. « Mais pourquoi pas ? »

« Emma est triste en ce moment, » continua Regina sur le même ton, mais Emma pouvait déceler les traces d'émotions dans sa voix.

Elle haussa un sourcil, se demandant bien pourquoi ses sentiments entraient ainsi dans la conversation.

« Parce qu'un méchant lui a pris quelqu'un qu'elle aime beaucoup. Que nous aimons beaucoup. »

A l'entente de ces mots, Ellyanor serra l'ourson plus fort contre elle, et son autre main vint soudainement se poser contre la joue de sa mère. Regina serra ses doigts et lui sourit.

« Je sais, » dit-elle doucement, comme si chaque geste, chaque réaction de sa fille étaient autant de mots.

Et ils l'étaient sûrement pour les rares et précieuses personnes qui savaient les lire.

Regina embrassa Ellyanor sur le front et l'invita à s'asseoir à son bureau.

« Je veux que tu manges pendant que c'est chaud. Mi – Emma et moi seront à côté. Et je reviendrai très vite. »

L'enfant n'eut aucune réaction. Regina sortit de la chambre mais laissa la porte ouverte, puis elle guida Emma jusqu'à la pièce d'à côté, un bureau qui ne devait pas beaucoup servir apparemment.

« Pan a enlevé Henry. »

Les mots tombèrent de sa bouche sans qu'Emma ne les contrôle, alors même qu'elle n'avait pas fait deux pas à l'intérieur. Regina se tourna vers elle et croisa les bras.

« Je sais. »

« Quoi ? C'est tout ? Pas d'accusations ? Pas de blâmes ? »

Regina garda le silence, le visage neutre, les yeux peut-être un peu plus sombres. La colère en Emma gronda, elle tordit son ventre et lui coupa le souffle.

« Vous l'avez élevé pendant dix années sans que rien ne lui arrive ! Je l'élève pendant un an, et il se fait kidnapper par un monstre ! Il est peut-être mort depuis longtemps maintenant, vous avez vu ce qu'ils ont fait à ce pauvre gosse ! On ne le récupérera jamais ! Henry pourrait être dans le même état et il mourra tout seul… ! Et c'est tout ce que vous avez à dire ?! »

La rage s'échappa de ses poumons avec tout l'air qu'ils contenaient, sa voix s'éteignit et elle serra les dents pour éviter aux larmes qui firent flancher sa vision de couler sur ses joues.

Elle ne pouvait poser les yeux sur Regina, qui ne réagissait même pas, qui n'avait pas la politesse élémentaire d'entretenir sa colère pour empêcher la fatigue et la terreur de l'envahir.

« Vous avez terminé ? »

Emma voulut fermer les yeux contre ses émotions, contre la honte, contre le monde entier.

La voix de Regina restait posée, elle contrôlait étroitement ses émotions qui troublaient presque la surface. Et pourtant quelque chose, quelque chose de terrible restait abominablement éteint dans son regard. Quelque chose qui serra l'estomac d'Emma et lui fit serrer les poings sans qu'elle ne le comprenne.

« Jusqu'à il y a quelques heures lorsque j'ai eu assez de forces pour poser des questions, je croyais qu'Henry était déjà un homme, et c'était préférable à l'idée qu'il soit mort. J'ai élevé mon fils pendant dix années, et je l'ai pleuré pendant autant de temps. Maintenant j'apprends qu'il est en vie, et toujours un petit garçon, mais qu'il a été kidnappé par un monstre et emmené dans un monde difficile d'accès. »

« Je suis désolée, » souffla Emma en reniflant contre ses larmes pour finir par les maîtriser complètement.

Sa colère n'avait en fait qu'un seul destinataire, et c'était elle-même.

Elle, la princesse du conte, la Sauveuse, le produit si puissant de l'Amour Véritable, qui s'était révélée être une pure incapable, qui était restée là à ne rien faire quand son fils s'était fait enlever !

Regina était censée la haïr, lui hurler dessus, la frapper peut-être.

Elle n'était pas censée rester là, debout, compatissante. Merde.

Pourquoi est-ce que personne ne voulait respecter les règles ?

« Pan est assez puissant pour ouvrir des portes dans des mondes sans magie comme si ce n'était rien. Il terrifie tous les mondes connus depuis des siècles. En quoi auriez-vous pu être assez pour l'empêcher d'enlever Henry ? Votre arrogance n'a-t-elle donc aucune limite, Miss Swan ? »

« On ne sait même pas comment le temps s'écoule là-bas et s'ils lui faisaient du mal ? Si… Je ne peux pas… On est là à parlementer avec une putain d'administration quand Henry est peut-être torturé à l'heure qu'il est ! »

« Vous croyez que je n'en ai pas conscience ? » remarqua Regina d'une voix sourde, la colère illuminant enfin ses yeux. « Vous croyez que nous n'y pensons pas, tous ? J'ai vu chaque blessure qu'avait Leo, s'il y avait un moyen plus simple pour atteindre Henry, je l'aurais déjà utilisé ! Mais la seule chance que nous avons, qu'Henry a, c'est l'Agence. Ce n'est pas vous et vos idiots de parents et votre incapacité à protéger mon fils ! »

Sans doute en raison de la petite fille dans la pièce d'à côté, Regina n'éleva pas la voix et se contenta de fusiller Emma du regard, ce vide dans ses yeux bouffant presque tout le reste.

Emma chassa les dernières larmes de son propre regard et contrôla sa respiration, cherchant à reprendre dans le silence le contrôle de ses sentiments. Finalement, elle eut un pathétique petit sourire.

« Nous voir tous débarquer chez vous à l'improviste comme ça, vous devez… Je ne sais même pas ce que vous pouvez bien penser. »

« Les Charmants, un capitaine sans aucune manière et le Dark One ? Je suis ravie. »

Emma fronça les sourcils.

« Dark One ? Vous avez dû manquer une information quelque part. »

« Pardon ? »

« Gold. Il n'est plus le Dark One. »

Regina l'observa, confuse.

« Il n'est pas mort, puisqu'il est ici. »

« L'Amour Véritable ? La plus puissante des magies qui peut briser n'importe quel mauvais sort ? Belle ? »

« L'Amour Véritable l'a délivré de sa malédiction ? »

« Et la dague a disparu pour le moment. Belle… Belle a été tuée pendant la bataille contre Pan. Elle l'a embrassé juste avant de mourir. C'était… »

Comment décrire cette scène si terriblement tragique alors que tout était encore trop frais ? Emma haussa les épaules.

Apparemment, Gold et Regina avaient autant de chance en Amour Véritable l'un que l'autre.

Tel père, telle fille.

Merde.

« Ça ne le rend pas plus fréquentable, » remarqua Regina.

« Mais ça le rend moins dangereux. Et il glousse beaucoup moins. »

« C'est un soulagement. »

« Je trouve aussi. »

Un bruit de verre brisé provenant d'à côté les fit réagir au quart de tour. Toutes les deux se précipitèrent dans la chambre d'enfant. Emma se figea sur le pas de la porte, son regard glissant du plateau tombé au sol à Ellyanor, debout au milieu de la chambre, ses grands yeux chocolat écarquillés d'horreur, braqués sur quelque chose face à elle, vers son lit.

Où il n'y avait rien, sauf une étagère pleine de peluche et une nuée de papillons multicolores peinte à même le mur.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » interrogea doucement Emma alors que Regina se précipitait vers sa fille.

Elle la prit immédiatement dans ses bras et Ellyanor s'accrocha désespérément à elle, ses bras autour de son cou, ses jambes autour de sa taille. Elle enfouit son visage sous le menton de sa mère avec un gémissement de terreur, son petit corps tout tremblant.

Regina se redressa et Emma fronça les sourcils lorsqu'elle vit ses yeux prendre une teinte violette l'espace d'une seconde. Dans ses bras, l'enfant se mit à pleurer doucement, sembla trembler un peu moins, et sa mère lui murmura des paroles au creux de l'oreille en la berçant doucement.

Avec un dernier regard autour d'elle, Emma s'assura qu'il n'y avait bien rien de menaçant dans la pièce. Elle se baissa pour attraper le plateau et y poser les restes du repas et la vaisselle cassée. Ce ne fut que lorsqu'elle se redressa avec son fardeau qu'elle nota l'agencement étrange de la chambre.

Au départ, elle avait cru qu'ils avaient cherché à laisser un maximum d'espace au centre de la pièce pour que l'enfant puisse y jouer. La fenêtre se trouvait face à la porte. Dans le coin à sa droite se trouvait le lit en bois. Il n'avait pas de pied, reposait sur une structure rectangulaire qui ne laissait aucune ouverture. Le bureau d'enfant lui faisait face, dans le coin à gauche de la fenêtre. A côté de lui, l'armoire murale, fermée par des portes glissantes aux mêmes couleurs que le reste de la chambre. Elle se fondait quasiment dans la pièce à un tel point qu'on pouvait presque l'oublier. Et à droite de la porte, dans le dernier coin, la commode. Et tout cet espace libre au centre, réchauffé par un tapis.

Et toutes ces veilleuses et ces lampes, pour laisser la chambre lumineuse même la nuit.

Il y avait le moins de recoins possibles, aucune zone d'ombre. Même les jouets devaient être nettement rangés à l'intérieur du placard. Il n'y avait rien contre les murs, mises à part deux étagèrent, les veilleuses et les peintures murales.

Juste de l'espace, des couleurs douces et rassurantes, des peluches amicales.

Tout avait été fait pour rassurer, et pourtant ça n'avait visiblement pas été assez.

« Je vais descendre ça, » informa doucement Emma.

Regina posa les yeux sur elle et hocha la tête, emportant sa fille dans la pièce d'en face, sans doute sa chambre.

Lorsqu'elle ferma doucement la porte derrière elle, Emma soupira.

La conclusion qu'elle tirait de cette journée ne lui plaisait pas.

Du tout.

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