Voilà le chapitre 10 !
Je dois vous dire que je ne pourrais pas poster dimanche. J'ai à peine commencé le chapitre 12 et je ne suis pas sûre de pouvoir le terminer d'ici jeudi prochain. Alors je posterai le chapitre 11 jeudi.
J'espère pouvoir reprendre un rythme de deux chapitres par semaine bientôt, mais c'est un peu compliqué. Il est possible que je reste à un chapitre par semaine jusqu'aux vacances de Noël.
En attendant, je vous souhaite une bonne lecture ! C'est un chapitre que j'aime beaucoup et j'espère qu'il vous plaira tout autant !
Lexa souleva Clarke pour la déposer dans le fauteuil roulant. Clarke avait pu s'habiller toute seule en restant assise mais elle avait encore du mal à marcher. Elle se débrouillait mieux, mais ne pouvait marcher seule longtemps. Lexa l'assistait tout en lui laissant un minimum d'espace pour qu'elle recouvre son autonomie.
Mary avait quitté le travail pour pouvoir ramener Clarke, mais elle avait dû repartir après l'avoir déposée. Lexa aida Clarke à sortir de la voiture et la fit marcher jusqu'à la maison.
Elles parvinrent à monter l'escalier.
Clarke redécouvrait la maison, se laissant envahir par tous les bons moments qu'elle y avait passé avec Lexa. Elle sentit une boule de chaleur se former au creux de son estomac. En sentant les bras de Lexa la soutenir, l'odeur familière de cet endroit, Clarke mit tout le mal de côté et se dit que, finalement, elle était heureuse d'avoir survécu. Certaines choses valaient le coup de se battre pour survivre.
Elles entrèrent dans la chambre, Lexa laissant tomber son sac à côté de la porte. Elle lâcha doucement Clarke qui pouvait se débrouiller pour quelques pas, avant de sentir une main sur son épaule et, une fois retournée, un poids la faire tomber sur le lit.
A califourchon sur Lexa, Clarke éclata de rire.
- Je me défends pas si mal, non ?
- Tu es en forme, répondit Lexa dont les yeux s'étaient plissés.
- Le médecin m'a prescrit un boost pour le retour.
Lexa la dévisagea, hésita un instant et lui admit :
- Tu es mal placée, Clarke. Si tu veux m'immobiliser tu aurais dû poser tout ton poids sur mon bassin et non ma taille. Je peux encore bouger les jambes et te renverser.
Clarke la regarda avec des yeux ronds. Elle resta comme ça un instant avant de s'écrouler sur Lexa, plongeant son visage dans le cou de cette dernière. Lexa ne sentit plus Clarke bouger, alors elle lui demanda :
- Toujours en forme ?
Elle sentit le nez de Clarke remuer dans son cou avant que celle-ci ne tourne légèrement la tête pour déclarer :
- Je crois que son boost fait plus effet.
Lexa sourit en sentant Clarke se blottir un peu plus contre elle. Clarke était déjà fatiguée. Lexa attendit qu'elle s'endorme profondément, caressant doucement ses cheveux, et la déplaça dans le lit pour la mettre droite, sous la couverture.
Son cœur fondait à la vue de Clarke se recroqueviller comme un enfant sous les draps. Lexa était bien décidée à ne pas laisser tout ça disparaître. Clarke avait le droit à une vie heureuse, et Lexa lui obtiendrait cette liberté.
Clarke se réveilla à l'odeur exquise de nourriture en cuisson. Elle se leva doucement et marcha à pas lents jusqu'aux escaliers. Elle se tint à la rambarde, laissant ses jambes se reposer un instant, et entreprit de descendre les marches avec précaution.
Elle s'arrêta en chemin, s'assit sur les marches. Elle était presque en bas, mais il lui fallait aller doucement.
Des pas se pressèrent dans le couloir et Lexa apparut au pied de l'escalier. Elle s'apprêtait à monter pour aider Clarke mais celle-ci l'arrêta d'un geste de la main. Elle se releva, s'accrocha à la rambarde et descendit les dernières marches.
Lexa l'entoura par la taille, l'embrassant sur la joue avant de lui indiquer la cuisine.
- A ce rythme-là, tu devrais pouvoir marcher normalement dans quelques jours.
- Je l'espère, souffla Clarke en entrant dans la cuisine.
Ce qu'elle vit lui coupa le souffle. La lumière de la salle était éteinte, la laissant éclairée par une vingtaine de bougies réparties un peu partout sur les meubles de la pièce.
Lexa la guida jusqu'à la table où elle l'aida à s'asseoir. Une merveilleuse odeur flottait dans l'air. Même si Clarke n'avait pas faim, son ventre ne put s'empêcher de gargouiller.
- Ce n'est pas parce que tu ne peux pas sortir pour le moment que cela doit nous empêcher d'avoir notre premier rendez-vous officiel, déclara Lexa.
Clarke était bouche bée et il lui fallut un moment pour revenir au monde réel.
- Un... un rendez-vous ?
- Si tu le veux bien, précisa Lexa.
Clarke sourit. Elle n'aurait pu rêver mieux. Elle s'imaginait déjà reproduire la scène sur une toile. La lumière des bougies dansant sur les murs, la silhouette de Lexa s'affairant derrière le comptoir, et les couleurs, les couleurs qui lui permettraient de retranscrire la merveilleuse odeur qui flottait dans l'air.
Cela lui rappelait son enfance. Une odeur de viande grillée et de pommes de terre. Frites.
- En entrée... de la soupe !
Une ombre désespérée apparut sur le visage de Clarke et Lexa éclata de rire.
- Je plaisante, je plaisante, la rassura-t-elle. Pas d'entrée. Si tu arrives déjà à finir le plat, ce serait déjà bien !
Sur ces mots, Lexa s'approcha avec deux grandes assiettes dans les mains. Des étoiles se mirent à apparaître dans les yeux de Clarke, brillant vivement, dansant à la lueur des bougies. Un véritable steak de bœuf et une grande poignée de frites. On pouvait voir par leur forme irrégulière qu'elles n'étaient pas surgelées.
- Tu as fait tout ça ! s'exclama Clarke avec l'impression d'être dans un rêve merveilleux.
- Ce n'est pas grand chose non plus, répondit l'interpellée.
Clarke bava un long moment sur son assiette avant de saisir sa fourchette pour enfin y goûter. La pomme de terre fondit dans sa bouche et elle laissa échapper un gémissement de plaisir. Elle qui ne s'était nourrie que de soupe et autres plats douteux ces derniers temps !
- Je vois que tu aimes ça, s'amusa Lexa.
Clarke hocha la tête à défaut de pouvoir répondre.
- Merci, dit-elle quand elle eut enfin avalé sa bouchée.
- Je suis contente de te voir manger.
Clarke sourit. Elle pouvait voir l'inquiétude dans le regard de Lexa. Cette inquiétude qui montrait au combien Lexa tenait à elle, et cela avait le don de réchauffer Clarke. Elle n'était pas seule.
Clarke engloutit son assiette, le ventre arrondi par la quantité de nourriture avalée. Lexa débarrassa les deux assiettes vides et but son verre d'eau d'une traite avant de se racler la gorge.
Clarke sentait que Lexa voulait dire quelque chose d'important. Elle admirait les courbes de son visage sur lequel se promenaient de fines ombres. Les yeux de Lexa ressortaient dans l'obscurité, le vert pâle se mêlant aux nuances d'orange des bougies sur la table.
- Clarke, commença-t-elle enfin, depuis ton réveil les choses se sont précipitées. Je nous ai fiancées sans te demander ton avis et, même si tu ne m'en as pas voulu, je tiens à le faire bien.
Sur ces mots, elle se leva, s'agenouilla devant Clarke et, sortant une petite boîte pour l'ouvrir, plongea son regard dans le sien pour déclarer :
- Je ne les laisserai pas te faire de mal Clarke, je veux être là pour toi.
Elle fit une pause avant de demander :
- Clarke, accepterais-tu de m'épouser ?
La destinatrice de cette demande était totalement hypnotisée par le regard et les mots de l'expéditrice. Sans réfléchir, elle lui tendit la main et l'attira à elle pour l'embrasser délicatement. Elles frissonnèrent toutes deux à ce contact si particulier dans cette ambiance si spéciale, et Clarke posa son front contre celui de Lexa pour murmurer :
- Une demande en mariage dès le premier rendez-vous ? Tu ne perds pas de temps.
Lexa rit, les yeux pétillants, et Clarke reprit :
- Je te dirai jamais assez au combien tu es dingue de te lancer dans des fiançailles si jeune juste pour me retirer du système.
- Peu importe ce qui adviendra. Au moins, tu seras saine et sauve. Il te reste deux mois avant tes dix-huit ans. Ils seraient capables de t'emmener. Je sais qu'ils vont essayer.
Clarke leva sa main et la déposa sur la joue gauche de Lexa. Sa peau douce, sa chaleur, sa simple présence. Clarke ne savait pas comment tout cela terminerait. Mais pour l'instant, elle n'imaginait pas sa vie sans Lexa.
- Alors c'est un oui ? murmura Lexa.
Clarke sourit. La réponse était si évidente !
- Oui. Oui. Oui, oui. Tu es assez sûre comme ça ?
Clarke fut aussitôt soulevée de sa chaise et prise dans une longue étreinte.
- Des gens tiennent à toi, Clarke. Ne l'oublie pas.
Clarke ferma les yeux un instant, se laissant envahir par les émotions qui la submergeaient.
Un mariage, à leur âge, paraissait dérisoire. Mais il était question de tellement plus qu'aucun doute sur leur futur ne pouvait les faire revenir sur leur décision. Pas quand le présent était déjà incertain.
En à peine deux mois, Clarke pouvait être emmenée loin, et mourir sous les mauvais traitements. La priorité était de la tirer hors du système le plus rapidement possible. Et ensuite, trouver les réponses sur les causes de leurs malheurs pour espérer obtenir justice.
Lexa libéra Clarke et attrapa la bague dans la petite boîte pour la lui glisser au doigt. Clarke n'en revenait pas. Lexa venait de lui passer une bague au doigt. Juste après l'avoir demandée en mariage. D'une façon qui ne trompait pas ses intentions.
Les oiseaux chantaient. Il était encore tôt. Clarke releva la tête, Lexa s'éveillait aussi. Elle l'embrassa sur la joue et reposa sa tête sur l'oreiller.
Elles finirent par se lever, Lexa entraînant Clarke dans la cuisine pour le petit déjeuner.
Elle déposa une assiette de tartines devant elle, et Clarke la remercia avant d'en saisir une.
Lexa claqua non intentionnellement la porte du réfrigérateur et Clarke sursauta, sa tartine tombant au sol. Lexa vint s'asseoir et dévisagea Clarke, suivant son regard jusqu'à la tartine écrasée au sol. Lexa ne cacha pas sa surprise :
- Wow, tu as réussi à faire tomber ta tartine du côté sans confiture ! Tu es une personne étrange, Clarke Griffin.
Griffin. Ce nom qui ne s'associait plus au meurtrier de son père, mais à Clarke. Ce nom qu'elle trouvait désormais fabuleux.
Clarke soupira, se baissa pour ramasser la pauvre tartine et en croqua un morceau.
- Les tartines m'aiment, articula Clarke la bouche encore pleine.
Levant sa tasse de café à ses lèvres, Lexa murmura :
- Il n'y a pas que les tartines.
Clarke reçut le clin d'œil de Lexa avec un sourire amusé.
- Vraiment Lexa ? Dès le matin ?
Lexa fit mine de boire pour ne pas répondre. Clarke termina sa tartine et déclara :
- Une me suffit !
Cette fois, Lexa posa sa tasse à moitié vide.
- Au moins, l'appétit revient, affirma cette dernière.
- Il n'y a pas que l'appétit.
Et ce fut le tour de Clarke de boire goulûment son thé.
Les deux filles passèrent un moment à se chercher du regard, attendant que l'autre lâche et reprenne la parole. Mais elles furent interrompues par quelqu'un toquant à la porte.
Leurs regards joueurs se transformèrent en regards inquiets. Lexa fit signe à Clarke de rester assise et se leva pour aller ouvrir la porte.
- Mademoiselle Woods ?
Un homme se tenait sur le pas de la porte. Un policier, comme l'indiquait son uniforme. Lexa répondit aussitôt, ses mâchoires crispées.
- Que voulez-vous ?
- Clarke Griffin est chez vous, affirma-t-il.
- Et elle en a le droit.
Le policier soupira. Cela serait aussi difficile que prévu. Il tourna la tête vers une voiture de civil garée près de sa voiture de service et revint sur Lexa après un regard adressé à celle qui attendait adossée contre sa portière côté passager.
- Elle... fulmina Lexa en apercevant l'assistante sociale.
- Clarke n'est pas majeure, Mademoiselle. Elle est encore sous la tutelle des services sociaux. Je me dois de la remettre à sa famille d'accueil.
Lexa leva le menton, le regard brûlant de haine à l'égard de la femme qui faisait tout pour ruiner la vie de Clarke.
- Je suis sa fiancée. Je suis majeure. Clarke a le droit de rester ici.
- Vous n'êtes pas mariées. Ecoutez, si vous voulez faire valoir vos droits, appelez un avocat, portez plainte, allez au poste, mais je ne peux rien pour vous actuellement. J'ai des ordres qui se valent aux yeux de la loi et je dois m'y tenir.
Sur ces mots, il pénétra dans la maison, écartant Lexa sur son passage et écouta pour des signes de Clarke.
- Où est-elle ?
Mais il n'eut pas besoin de la réponse puisque l'odeur du petit déjeuner flottait encore dans la maison. Il se rendit dans la cuisine. Personne. Mais quelque chose était étrange. Son intuition était bonne, une silhouette surgit de derrière lui et le fit s'écraser au sol.
Clarke avait essayé mais elle n'avait ni la force ni la technique nécessaires à la réussite de cette prise. Le policier se dégagea aisément et Clarke se retrouva plaquée au sol sur le ventre, les mains dans le dos que le policier n'hésita pas à menotter.
Lexa, qui venait d'assister à la scène trop tardivement pour pouvoir changer son résultat, s'indigna :
- Vous êtes dingue ! Elle sort à peine de l'hôpital ! Vous allez la blesser !
- Elle aurait dû y penser avant de me sauter dessus, maugréa le policier en tirant Clarke hors de la maison.
Clarke avait du mal à marcher, le policier allait trop vite pour elle. Il dut la tenir fermement pour ne pas qu'elle s'écroule.
Clarke lui hurla de la lâcher et ne fut évidemment pas écoutée.
- Clarke, tiens bon, je te retrouverai ! Aujourd'hui, Clarke, crois-moi !
Clarke hocha la tête, les larmes lui montant aux yeux. Avant d'être attachée de force dans la voiture, elle put voir le visage désespéré quoique déterminé de Lexa, et elle sut que la jeune femme tiendrait parole.
Elle devait garder espoir.
Les deux voitures ayant à peine quitté les lieux, Lexa retourna à l'intérieur de la maison, enfila un jean et un sweatshirt et attrapa de vieilles clés abandonnées dans une commode.
Elle prit son téléphone et chercha un numéro à toute vitesse. Il était temps qu'Octavia lui rende un service.
Une fois l'appel passé, elle sortit de la maison et rejoignit la petite cabane au fond du jardin. Elle déverrouilla les vieilles portes de bois qui se plaignirent par des grincements rauques.
Lexa détailla du regard ce qu'elle était venue chercher. La vieille moto de son père. C'était son petit secret. Elle venait de temps à autre s'occuper de la moto en espérant qu'un jour sa mère la laisse l'avoir. Mary était réticente à l'idée de laisser Lexa conduire la vieille bécane de son mari, mais elle n'avait pas eu le cœur de la vendre, preuve qu'elle y tenait. Alors, puisque Lexa était la seule des deux femmes à en prendre soin, peut-être Lexa pourrait l'avoir un jour.
Et aujourd'hui, elle s'autoriserait à l'emprunter. Sa mère n'était pas là, Lexa ne pourrait pas utiliser sa voiture. Elle avait besoin d'un moyen de transport rapide.
Elle démarra l'engin, attendit un instant que la moto soit prête à encaisser le choc du démarrage et quitta les lieux en trombe.
Elle roula trois heures sans s'arrêter. Elle devait se dépêcher. Elle retrouverait Clarke avant la fin de la journée, comme elle le lui avait promis.
Elle ôta son casque, dévisageant l'imposant bâtiment principal de la prison qu'elle s'apprêtait à visiter pour la seconde fois.
Quand Jake Griffin aperçut Lexa assise à la même table que lors de leur dernière rencontre, il n'hésita pas et alla immédiatement la rejoindre.
- Vous l'avez retrouvée ? demanda-t-il aussitôt.
Lexa le dévisagea. Il n'était pas au courant ? N'était-il pas en droit de recevoir des nouvelles de sa fille ? Il restait son tuteur légal même s'il n'avait pas sa garde.
Lexa hésita. Elle repensa aux derniers mots de haine qu'elle lui avait accordé lors de leur dernière entrevue. Devait-elle lui expliquer ? Elle ne lui devait rien. Pas à lui. Mais il était le père de Clarke et elle avait pu voir au combien il tenait à elle tout comme Clarke tenait à lui. Pour Clarke, elle se décida à expliquer brièvement :
- Je l'avais retrouvée. Sa dernière famille était horrible. Clarke était... elle a passé trois mois dans le coma. Elle va mieux, du moins... ils l'ont encore emmenée. Ce matin. Je pensais que vous saviez. Que vous pourriez me dire où elle est.
Jake avait une mine fatiguée, désolée par cette nouvelle information. Il était si impuissant que la culpabilité le rongeait. Il aurait dû être là pour Clarke. Pour sa fille.
- Vous êtes censé savoir, reprit Lexa. N'avez-vous eu aucune nouvelle depuis ma première venue ici ?
Jake se passa une main derrière la tête, en conflit intérieur avec lui-même, et expliqua :
- Je crois qu'ils savent, ou plutôt qu'elle sait, que je vous ai donné l'information.
- Elle ? Vous parlez de l'assistante sociale ?
- C'est un peu compliqué...
Lexa était pressée, elle n'avait pas le temps pour les hésitations.
- Quoi que vous sachiez, dites-le moi. J'ai promis à Clarke de la retrouver aujourd'hui...
- Vous et ma fille...
- Oui, affirma-t-elle.
Jake hésita un instant, au grand désespoir de Lexa, et admit enfin :
- Callie et moi étions ensemble à l'université. On s'est séparé peu avant l'obtention de nos diplômes. Quelques mois plus tard, j'ai rencontré Abby. J'ai compris ce qu'était le coup de foudre. Un mois après notre rencontre, Callie s'est pointée chez moi. Elle était enceinte. Abby avait accepté cette grossesse et je voulais endosser mon rôle de père. Seulement ce n'était pas suffisant pour Callie. Elle voulait fonder une famille. Se marier. Élever notre enfant ensemble. Mais j'aimais Abby. Callie a accouché et donné notre fils aux services sociaux. Elle y travaillait déjà, pas encore comme assistante sociale, mais elle a pu s'arranger pour que je ne puisse jamais rencontrer mon fils.
Lexa écoutait sérieusement, ses mâchoires se crispant un peu plus au fil du récit. Clarke serait la vengeance de cette femme ? Le prix d'une querelle qui concernait les deux adultes ?
- J'aimerais tout vous raconter, mais pas sans Clarke. Je veux qu'elle sache. Je veux qu'elle sache tout. On lui a caché assez de choses comme ça. Et vous aussi, vous avez le droit de savoir certaines choses.
L'homme avait les larmes aux yeux. Lexa comprenait, mais la colère maintenait la tristesse loin d'elle.
- Je pensais la protéger en gardant la vérité pour moi, mais je n'ai fait qu'empirer les choses. Je suis désolé, mais je ne peux plus vous aider à la retrouver. Je n'ai aucune idée d'où elle se trouve.
Lexa réfléchit un moment. Elle fit le tri dans les informations, et chercha une formulation simple à sa requête. Elle inspira longuement et demanda :
- Vous ne pouvez pas me dire où elle est, tant pis. Je trouverai un autre moyen. Mais vous pouvez encore m'aider. On peut faire sortir Clarke du système en l'espace de quelques jours.
Le regard de Jake s'alluma à nouveau. L'espoir. Lexa sut qu'elle avait toute son attention.
- Monsieur Griffin, j'ai besoin de votre autorisation officielle. Autorisez-vous Clarke à m'épouser ?
L'homme resta bouche bée. Il considéra cette demande. Sa fille était jeune. Lexa l'était aussi. Trop jeunes pour un mariage. Elles se connaissaient depuis combien de temps ? Pas un an. Mais la proposition de Lexa tenait la route. Callie ferait tout pour ruiner la vie de Clarke au maximum dans les quelques semaines de minorité qu'il restait à Clarke. Jake devait faire quelque chose pour aider sa fille. Et Lexa lui en donnait les moyens.
- Vous avez mon consentement, déclara-t-il.
La pression retomba soudainement et Lexa put de nouveau respirer. Elle reprit quelques bouffées d'air calmement et se leva, ajoutant :
- Mon avocate vous amènera les papiers à signer.
Elle le salua d'un geste de tête et quitta les lieux. Elle n'avait plus qu'à retrouver Clarke. Et ensuite, elle pourrait la libérer des griffes de cette « Callie » dont Jake avait parlé.
Elle sortit son téléphone, apercevant trois appels manqués. Elle rappela le numéro et la voix d'Octavia retentit dans l'appareil.
Sa mère était d'accord pour les aider. Elles avaient une avocate.
Lexa résuma son entretien avec Jake Griffin et elle rejoignit un café pas très loin de la prison pour trouver une solution. La mère d'Octavia devait pouvoir obtenir la localisation de Clarke. Lexa n'avait qu'à se montrer patiente. Ce qui lui était bien difficile. Elle imaginait tout ce qui pouvait être en train d'arriver à Clarke et cela la faisait bouillir de rage.
Elle reçut un nom de ville en milieu d'après-midi. Elle commanda un énième café et ouvrit le fichier qu'Octavia venait de lui envoyer. Pas moins de trente-sept familles d'accueil dans cette ville. Mais cela faisait toujours moins que l'état tout entier.
Lexa avala sa tasse d'une traite, attrapa son casque et reprit la route. En chemin, elle reçut un message. Elle s'arrêta sur le bord de la route pour le consulter.
Il venait d'Octavia.
« Attends nous, on arrive. »
Lexa soupira et rejoignit la ville, s'arrêtant pas très loin de la première adresse indiquée sur le dossier. Bientôt, Octavia débarqua. Raven et son pick up lui faisaient office de moyen de transport.
- Les autres ont voulu venir aussi, mais je leur ai dit qu'on ne pouvait pas se permettre un convoi alors qu'on ne connaissait toujours pas la bonne adresse, expliqua Octavia.
Lexa hocha la tête et tourna les talons, se dirigeant vers la première maison.
- Lexa, attends ! Ma mère va bientôt arriver.
Lexa retint un soupir agacé. Attendre, toujours attendre. Elle n'avait pas le temps pour ça. Mais elle n'avait pas le choix. Elle avait besoin de leur aide. Elle ne pouvait pas faire ça toute seule.
La mère d'Octavia arriva enfin et elles pouvaient commencer leur tour des familles. Il aurait fallu douze échecs avant d'essuyer un refus. On ne refusait pas quand on n'était au courant de rien. Les autres familles avaient simplement dit qu'elles n'avaient jamais eu Clarke Griffin à leur garde – certaines avaient même admis avoir refusé sa garde auparavant – et Lexa avait pu voir qu'elles disaient la vérité. Mais le couple qui se tenait en face d'elle et de l'avocate niait tout en bloc. Ils ne savaient pas mentir.
Clarke avait été traînée à l'intérieur de la maison par le policier et il avait dû la maintenir pendant que le couple lui faisait avaler un calmant. Clarke n'avait pas eu le temps de détailler la maison. Elle se trouvait dans un lit, dans une chambre, et ce fut tout ce qu'elle nota avant de s'endormir, assommée par le médicament. Clarke se réveilla en début d'après-midi mais, encore fatiguée et confuse, elle resta allongée. Elle était coincée entre deux réalités.
Lexa retint la porte. Ils ne la lui claqueraient pas au nez. Pas tant que Clarke était encore dans la maison. Car à présent, Lexa en était certaine. Clarke était ici.
- Vous n'avez pas le droit, nous allons appeler la police ! s'indigna la femme.
- Vous pouvez discuter de droits avec mon avocate pendant que je vais chercher Clarke, dit simplement Lexa en les bousculant pour entrer dans la maison.
- SORTEZ DE CHEZ NOUS ! hurla l'homme.
- PAS SANS CLARKE ! répliqua aussitôt Lexa. Elle est ma fiancée, elle n'a rien à faire chez vous.
L'homme l'attrapa par le bras dans le but de la faire sortir.
A l'étage, Clarke crut entendre une voix familière parmi les hurlements. Lexa... Elle se redressa et entendit de nouveau la voix de la jeune femme. Clarke bondit hors de son lit, sa tête tournant quelque peu, encore sonnée par le sommeil qu'on lui avait administré.
Les mains cherchant un escalier aux murs, Clarke parcourut tout l'étage et parvint enfin à trouver son moyen de descente. Elle tituba jusqu'au rez-de-chaussée et reconnut immédiatement la silhouette qui se tenait à quelques pas.
A la vue de Clarke, Lexa attrapa l'homme qui osait la maintenir prisonnière et l'envoya valser sur le sol. Elle ne voulait pas leur faire de mal, mais il l'avait touchée en premier. Légitime défense.
Clarke parcourut les quelques pas qui la séparaient de Lexa et celle-ci l'accueillit dans ses bras. Confuse mais désormais rassurée par la sécurité que les bras qui l'entouraient lui offraient, Clarke laissa retomber sa tête contre l'épaule de Lexa. Elle était épuisée. S'abandonnant au sommeil, elle enfouit inconsciemment son visage dans le cou de Lexa qui passa un bras sous ses genoux pour la soulever du sol.
Elle l'embrassa sur la tempe et la conduisit jusqu'à la voiture pendant que la mère d'Octavia expliquait au couple qu'ils n'avaient aucune chance de gagner s'ils portaient plainte contre elles.
La mère d'Octavia les rejoignit ensuite. Lexa venait d'installer Clarke dans la voiture de Raven.
- Le maire d'une ville voisine a accepté. C'est un vieil ami, il a pu libérer un créneau. Dans trois jours, Lexa. En attendant, il va falloir vous faire discrètes. Vous ne pouvez pas vous permettre d'être retrouvées.
- Et ensuite... Clarke sera libre...
- Oui. Le mariage d'un mineur entraîne son émancipation immédiate.
Lexa releva soudainement la tête, les yeux écarquillés.
- Vous voulez dire... elle sera vraiment libre ? Vraiment ? Plus aucun risque...
- Non, Lexa. Personne ne pourra légalement la contrôler. Pas même vous, finit-elle avec un petit sourire.
Lexa ne put retenir un rire, quoique gêné.
- Je crois que c'est plutôt elle qui va me contrôler, s'esclaffa-t-elle.
La femme rit, suivie par Raven qui venait de les rejoindre.
- Garde ça pour les soirées à venir, Woods. En attendant, on ferait mieux d'y aller. On sait pas, ils ont peut-être déjà prévenu les services sociaux.
Sur cet avertissement, chacun reprit son véhicule et ils se mirent en route.
Ils s'arrêtèrent dans un petit motel au bord d'une ville voisine. La ville où Clarke et Lexa se marieront dans trois jours.
Elles ne pouvaient pas se permettre de rentrer. Même si elles trouvaient utile de faire le chemin de retour et revenir ici trois jours plus tard, elles ne pouvaient pas simplement retourner dans l'endroit le plus logique pour les trouver.
Elles ne pouvaient pas se permettre de laisser les services sociaux les retrouver.
La mère d'Octavia logea chez une amie en ville. Sa fille avait décidé de rester avec ses amies. Lexa avait proposé à Raven et Octavia de rester avec Clarke et elle ce soir et de voir ensuite si elles rentraient chez elles ou non. Les deux filles avaient accepté.
Lexa était assise sur le double-lit principal. Raven avait tiré le second lit de sous le premier pour elle et Octavia.
Lexa pensait à ce que Jake Griffin lui avait dit. Elle haïssait cet homme, réellement, pour l'avoir rendue orpheline. Mais il y avait quelque chose dans ses yeux, sur son visage, dans son allure, qui laissait percevoir une once d'innocence. Jake n'essayait pas de se repentir, bien au contraire, il avait admis son acte et en avait accepté les conséquences, mais Lexa avait le sentiment qu'il y avait plus à cette histoire que ce qui en avait été dit au tribunal ou dans les journaux. Et les explications de Jake avaient confirmé ce fait.
Dorénavant, Lexa savait que le père de Clarke avait eu une relation amoureuse avec l'assistante sociale de cette dernière. Mais aussi, ils avaient eu un enfant. Clarke avait un frère. Lexa hésitait à raconter ce qu'elle avait appris à Clarke, ou à l'emmener directement voir son père comme celui-ci l'avait demandé. Pour tout éclaircir. En espérant que Jake Griffin sache tout. Mais considérant l'incompréhension qui creusait son visage de plus en plus chaque jour, Lexa doutait que ce soit le cas.
- Lexa ? Ça va ?
L'interpellée tourna la tête. Clarke avait commencé à s'éveiller lorsque les filles l'avaient sortie de la voiture, mais avait réellement émergé quelques minutes auparavant, s'étant redressée sur le lit où elle avait été allongée pour dévisager Lexa qui semblait perdue dans ses pensées.
Lexa lui sourit. Un sourire affaibli par son conflit intérieur mais élargi par la vision de Clarke à côté d'elle.
- C'est plutôt moi qui devrais te poser cette question, murmura-t-elle en passant délicatement une main sur la joue rosie de sa fiancée.
Clarke sourit. Ce contact fit resurgir les sentiments qui l'avaient traversée ce matin, quand on l'avait encore une fois arrachée à Lexa, à l'endroit où elle se sentait appartenir. Puis une vague d'émotions la fouetta de plein fouet. Toute la peur, l'angoisse, qu'elle avait ressenti à la disparition de ses parents, de sa maison, de tout ce qu'elle connaissait. La rage qui l'étouffait face aux circonstances injustes qui l'avaient conduite à être repoussée de foyer en foyer sans jamais pouvoir poser pied à terre. Et ces derniers mois. Ces mois qui seront complétés par les trois suivants pour former une année. Cette année où tout avait changé. Cette année où elle avait connu les bas-fonds, desquels elle essayait encore de revenir, desquels elle n'avait jamais vu le fond ultime, la limite, le lieu d'où elle ne pourrait remonter, car tout ce temps elle s'était vivement accrochée à Lexa.
Clarke était forte. Elle l'avait toujours été. Elle avait tout fait pour tenir suite à l'incarcération de son père, la mort de sa mère, son placement en famille d'accueil. Elle voulait s'en sortir à tout prix. Mais elle craignait encore d'imaginer le pire. Car, si elle était vraiment honnête avec elle-même, elle n'était pas certaine qu'elle aurait tenu le coup sans Lexa.
Elle n'était pas certaine qu'elle aurait supporté le poids que la vie avait jeté sur son corps pourtant encore si jeune. Et cela l'effrayait. La simple idée de suicide répugnait Clarke, c'était pour elle un acte de lâcheté, pourtant ces derniers mois lui avaient fait comprendre ce qui pouvait nous pousser à nous ôter la vie. La force du désespoir. De la solitude. De la douleur que tout cela nous provoquait.
Clarke se demandait : aurait-elle été jusqu'à briser le cœur de son père pour obtenir sa délivrance ?
Aurait-elle été capable de se relever seule ?
Il aurait déjà fallu qu'elle ait pu sortir de ses situations périlleuses. Lexa l'avait sauvée à plusieurs reprises, pas seulement moralement, mais aussi physiquement, lorsque Clarke était coincée sous la carrure imposante de Patrick, ou encore lorsqu'elle dépérissait dans le sous-sol de cette cruelle famille.
C'était certain. Sans Lexa, Clarke n'aurait pas survécu. Elle lui devait la vie, et elle aurait été trop fière de l'admettre si elle ne flottait pas autant dans ses sentiments pour Lexa.
Elle ôta la main sur sa joue, repoussant ses sentiments contradictoires, et la tint au creux de ses deux mains. Elle ne répondit pas à la question de Lexa. Elle lui parlerait plus tard, si le courage lui venait en aide. Pour l'instant, elle voulait juste la regarder. Elle ne cessait de réaliser au combien elle aimait ses yeux. Et ses lèvres. Et sa peau. Et tout ce qui la concernait.
Lexa la dévisageait, perdant peu à peu son attention dans le regard de Clarke. En un regard, elles se comprenaient. En un regard, le monde autour d'elles s'évanouissait. Elles avaient déjà tant partagé en si peu de temps. Peut-être plus que certains couples de longues dates. Et si le mariage était bien précipité, ni Lexa ni Clarke ne pouvait envisager un divorce. Ni maintenant, ni l'an prochain, ni jamais. Comme si rien ne pouvait les surpasser après tout ce qu'elles avaient déjà vécu.
Mais, après tout, pourquoi y penser ? Pour l'instant, elles étaient ensemble et c'était tout ce qui comptait. A cet instant précis, le futur était encore loin.
- On vous laisse la chambre si vous voulez, résonna la voix sarcastique de Raven. Ça nous dérange pas d'aller dormir dans la voiture, moins que de vous regarder vous dévorer du regard.
Les deux prises sur le fait détournèrent les yeux et leurs joues prirent feu, ce que Raven n'hésita pas à commenter :
- Eh bah Clarke, ça change du temps où tu te plaignais de Lexa !
La curiosité de Lexa fut aussitôt piquée et elle tenta de tourner la situation à son avantage :
- Tu te plaignais de moi, Clarke ?
Clarke gémit mentalement, désormais seule dans sa flaque de gêne.
- C'est-à-dire que... à cette époque-là tu me virais encore de la salle de bain...
Raven et Octavia éclatèrent de rire tandis que la gêne réapparut sur le visage de Lexa. Et pour l'enfoncer un peu plus, Raven en ajouta une couche :
- Et maintenant tu n'arrives plus à la virer de ton lit !
Clarke sourit mais était aussi gênée que Lexa. Elles n'avaient pas été tant confrontées au regard des autres sur leur relation, alors être désignées ainsi les avait pris de court.
Lexa détourna la conversation en parlant du dîner et Octavia se proposa pour aller chercher des menus au burger du coin. Raven l'accompagna.
Clarke s'était rallongée, fatiguée et pas encore prête à expliquer à Lexa ce qui la tracassait. Cette dernière sembla le comprendre puisque, avant de se détourner du lit, elle déclara :
- On pourra prendre contact avec un psychologue... si tu as besoin d'évacuer...
Car Lexa ne pensait pas que Clarke puisse vouloir lui parler à elle. Elle ne savait pas si elle serait assez légitime pour aider Clarke à oublier, ou à tourner ses souvenirs d'une autre façon. Pourtant, malgré ce que Clarke avait voulu laisser penser depuis son réveil, Lexa savait que la jeune femme n'avait pas oublié. Elle craignait que l'événement de ce matin n'ait réveillé un sentiment d'insécurité en Clarke, voire pire : une angoisse.
Clarke ne toucha pas à son repas, endormie. Lexa mangeait silencieusement, assise par terre en face de ses deux nouvelles amies.
- Tu remercieras ta mère pour tout ce qu'elle a fait, souffla Lexa.
Octavia sourit.
- Ce n'est pas ma mère en fait, mais ma tante. Elle nous a adopté mon frère et moi quand on était encore très jeunes. Alors... c'est comme si elle était notre mère.
Lexa n'avait pas du tout remarqué. Elle répondit par un léger froncement de sourcils marquant sa surprise.
- En tout cas, reprit Octavia, tout ce que tu fais pour Clarke... je ne cesserai de le dire, mais je trouve vraiment ça génial. Tu n'as pas intérêt à la lâcher ensuite après tout ça.
Lexa esquissa un sourire gêné et se passa une main dans les cheveux. Une pensée traversa son esprit et lui arracha un soupir.
- Si elle ne me lâche pas dès qu'elle sera remise sur pieds...
- Ne dis pas de bêtises, la contredit Raven, elle est dingue de toi. Y a pas plus cliché que vous en train de vous regarder.
Octavia rit tandis que Lexa retrouva l'envie de s'enterrer dans un trou bien profond pour éviter à ses camarades de voir son visage marqué par la gêne.
Elles finirent leur repas et, épuisées, se mirent au lit. Lexa dormit de son côté, ne voulant pas réveiller ou gêner Clarke en allant trop près d'elle. Elle s'endormit rapidement, vidant son esprit de tout ce qui pouvait le garder en fonction. Et ça en faisait une sacrée dose...
Clarke s'éveilla brusquement, se redressant dans le lit, tenant la couverture contre sa poitrine comme si elle avait quelque chose à cacher. Comme si elle devait se protéger. Mais elle n'était nulle part ailleurs que dans la chambre d'hôtel dans laquelle elle s'était endormie.
Pas loin, Lexa. Au pied du lit, sur le lit dépliant, Octavia et Raven. Elle n'était pas seule. Pourtant, la solitude lui enserrait le cœur. Et si elle était destinée à être emportée à chaque fois ? Si elle ne pouvait avoir aucune attache ? Si un jour, on l'emmenait à nouveau, et que Lexa ne la retrouvait pas ? Que Lexa ne partait jamais à sa recherche.
Non. Lexa le ferait. Clarke était parvenue à lui faire confiance. Lexa tenait parole. Elle était là pour elle. Et cela faisait mal à Clarke de savoir que toute l'aide que Lexa lui offrait, tout le réconfort, l'attention qui lui était portée, jamais elle ne pourrait les lui rendre. Car elle avait encore cette crainte qu'elle pensait disparue mais qui n'avait été qu'enfouie depuis son réveil. Cette crainte de disparaître. Cette crainte de ne plus revoir les gens qu'elle aimait. Cette crainte de les faire souffrir en souffrant elle-même.
Non, elle ne pouvait pas rester ainsi. Il fallait qu'elle explique. Elle repensa à la proposition de Lexa. Voir un psychologue ne lui disait rien du tout. Elle ne voulait pas qu'on la regarde avec pitié sur ce qui lui était arrivé, ou qu'on lui diagnostique un traumatisme. Elle voulait juste que quelqu'un comprenne. Que l'histoire soit délivrée. La laisser s'échapper de son esprit.
- Lexa, murmura-t-elle.
Pas de réponse. Elle lui secoua doucement l'épaule et l'appela à nouveau. Lexa remua et tourna lentement, confuse. Quand elle vit le visage concerné de Clarke, elle revint immédiatement à la réalité.
- Je peux te parler ? chuchota Clarke avant que Lexa ne puisse dire quoi que ce soit.
Clarke se leva et rejoignit lentement la porte. Lexa la suivit, faisant attention à ne pas réveiller leurs deux amies.
Quand Lexa ferma la porte derrière elle et reporta son regard sur Clarke, elle la découvrit accoudée à la rambarde du balcon. Elle la rejoignit et posa son regard sur le visage qui fixait l'horizon.
On pouvait voir les mille lumières de la ville. Le ciel semblait s'ouvrir, transpercé par les rayons de couleurs qui émanaient de la ville encore loin d'être endormie.
Clarke ne savait pas comment commencer. Comment expliquer. Tout ce qu'elle savait, c'était que la présence de Lexa la réconfortait toujours. Elle retrouvait un peu d'assurance aux côtés de la jeune femme, même dans les moments où elle était la plus faible.
Elle se pinça les lèvres et passa sa langue sur sa lèvre inférieure, cherchant ses mots.
Lexa ne dit rien, lui laissant la parole. Si Clarke voulait lui parler, elle la laisserait dire ce qu'elle voulait avant de prendre la parole. Si parler était réellement nécessaire.
Clarke avait toutes ces images dans sa tête, et ses émotions tourbillonnant au creux de son ventre, s'écrasant contre sa poitrine. Elle ne pouvait plus tout garder pour elle. Elle décida de se vider l'esprit, observant l'horizon, finissant même par fermer les yeux un instant.
Les lumières lointaines dansaient sur son visage, comme précédemment dans la chambre d'hôtel, et Lexa ne put s'empêcher de la contempler. Elle la trouvait irrésistible. Un peu plus et elle la prenait dans ses bras. Mais elle devait garder un peu de sérieux pour Clarke.
Clarke ouvrit les yeux et des mots glissèrent aussitôt d'entre ses lèvres :
- C'est quand le premier poing s'est écrasé sur mon visage que j'ai compris que j'étais fichue. Que j'ai compris ce qui allait se passer. Et que je ne pouvais rien faire pour l'arrêter.
Lexa écarquilla les yeux, comprenant quel sujet Clarke avait souhaité aborder.
Elle écouta attentivement, essayant de ne pas montrer les signes de son estomac qui se resserrait au fur et à mesure du récit. Son cœur battait si vite qu'il aurait fui l'hôtel s'il n'était pas attaché au corps de Lexa. Fuir pour ne pas avoir à en entendre plus.
Les mains de Lexa étaient crispées sur la rambarde, tout comme ses mâchoires.
Elle savait ce qui était arrivé à Clarke. Mais il y avait une différence entre savoir et comprendre. Tout comprendre.
Ce que Clarke avait ressenti, ce qui l'avait poussée à ne pas rentrer. Lexa s'en voulut pour ne pas avoir été assez accueillante envers Clarke. Cette dernière serait rentrée après le premier drame si elle n'avait pas eu peur du monde entier. D'elle. Elle lui aurait tout raconté et Lexa aurait pu faire quelque chose bien plus tôt.
Et plus jamais elle n'aurait laissé Clarke à la merci de qui que ce soit.
- J'ai eu envie de mourir, répéta-t-elle encore une fois pour achever son récit, mais mon père... je ne pouvais pas lui faire ça et... et toi...
Lexa tourna la tête vers Clarke dont le regard venait de se poser sur elle. Son cœur se serra à la vue des larmes que Clarke essayait de contenir au bord de ses yeux.
- Je serais morte, Lexa, finit par admettre Clarke. Si ça n'avait pas été pour toi, je serais...
- Arrête, la coupa doucement Lexa en saisissant sa main tremblante de peur.
Cela n'avait rien à voir avec une crise d'angoisse. C'était une crainte. De la façon dont Clarke la regardait, Lexa avait l'impression que la jeune femme craignait sa réaction.
- Tu es la personne la plus forte que je connaisse, lui avoua Lexa avec sincérité. Ne te remets pas aussi aisément en doute. Tu t'es sauvée seule, chez les Azgeda. Malgré toute l'horreur qui t'entourait tu as pourtant tenu le coup. Tu as gardé espoir. Sans ça, je ne t'aurais pas retrouvée vivante. Tu t'es sauvée, Clarke. Autrement, je serais arrivée trop tard.
Clarke lui accorda un faible sourire pour la remercier de ces gentils mots, mais il disparut vite, son visage tiraillé par la peine. Une larme parvint enfin à s'échapper alors qu'elle déclarait :
- J'ai tenu en pensant à toi. Je... j'espérais que tu viennes et... et j'étais terrorisée à l'idée que tu me retrouves morte. Je voulais pas te faire ça. Tu mérites mieux.
Lexa recula d'un pas face à la dernière phrase de Clarke. Ses yeux s'agrandirent sous le choc. Clarke ne venait sérieusement pas de dire ça ? Lexa déglutit. Elle ne pouvait pas la laisser penser ainsi, surtout quand on voyait sur le visage pâle que Clarke le pensait vraiment.
Lexa attrapa la main de Clarke et l'attira à elle. Clarke eut un mouvement de recul mais Lexa avait déjà entouré sa taille de ses bras.
Lexa leva une main pour retirer les mèches rebelles qui commençaient à coller aux joues humides de Clarke.
- Je ne pourrai trouver quelqu'un d'aussi génial que toi, Clarke Griffin.
Elle inclina la tête pour déposer ses lèvres sur sa joue, ignorant les larmes qui y coulaient encore. Clarke sursauta sous le geste, surprise.
Lexa releva la tête et offrit à Clarke un sourire rassurant. Elle ne voulait pas que Clarke se dénigre, ou pense qu'elle ne devrait pas vivre. Cela lui faisait mal de la voir ainsi.
Elle colla son front à celui de sa fiancée, laissant l'air frais s'immiscer entre elles pour sécher les larmes sur le visage de Clarke.
- Je t'aime, Clarke, souffla-t-elle. Tu es magnifique, brillante, incroyablement forte... tu me rends folle, et j'adore ça.
Clarke fut traversée de part et d'autre par des frissons de différentes fréquences. Son cœur s'arrêta un instant avant de reprendre un rythme saccadé.
Elle prit un instant pour reprendre une respiration plus ou moins normale. Si une larme s'écoula encore, c'était car Clarke ne s'attendait pas à recevoir ces mots de quiconque. Pas comme ça. Pas après avoir raconté son histoire.
Pas après avoir admis être un objet brisé en mille morceaux n'ayant pensé qu'à la déchetterie.
Clarke se voyait comme ça. Ou plutôt, s'était vue comme ça. Lexa réussissait peut-être à lui faire changer d'avis, mais il lui fallait un peu plus de temps pour en venir à bout.
Clarke ne parvenait pas à croire comment une personne aussi magnifique que Lexa ait pu s'intéresser à elle. Lexa cachait tant de qualités que Clarke se demandait pourquoi vouloir les cacher. Lexa semblait vouloir se protéger, mais Clarke pensait au contraire que Lexa serait plus en sécurité en mettant en avant ces qualités.
Qui irait contre une personne comme Lexa ? Une personne qui avait donné ses derniers mois à la fille du meurtrier Jake Griffin, assassin de Matthew Woods. Son père. Et dans quelques jours, elle donnerait sa main à Clarke pour la sauver.
Sans se demander si leur relation fonctionnerait longtemps. Sans se poser de questions sur les soucis que ce mariage pouvait apporter.
Clarke ne pouvait quitter des yeux les prunelles de Lexa. Elle y voyait toute l'affection que la jeune femme lui portait. Elle craignait de ne pas pouvoir la lui rendre, car Clarke était des plus maladroites en matière de signes d'affection.
- Lexa... finit-elle par souffler, le souffle coupé par le vent frais sur ses joues brûlantes. Tu... tu dormirais avec moi cette nuit ?
Lexa ne put s'empêcher de rire gentiment sous la soudaine timidité de Clarke. Voir la jeune femme aussi vulnérable ne faisait que faire battre son cœur encore plus vite.
- On dort déjà dans le même lit, lui chuchota-t-elle en réponse à sa question.
Clarke redressa la tête, les joues en feu. Lexa pouvait vraiment la mettre dans des états impossibles, surtout après ce que celle-ci lui avait déclaré un instant plus tôt.
- Je... je veux dire... je peux dormir contre toi ?
Elle avait honte de poser cette question mais savait qu'elle ne dormirait bien que contre Lexa. Elle avait besoin de la sentir près d'elle. De s'assurer qu'elles allaient bien toutes les deux.
Lexa acquiesça, son sourire fondant le cœur déjà bien éméché de Clarke. Elles retournèrent silencieusement dans la chambre, main dans la main, et Lexa s'allongea, attirant Clarke contre elle et les recouvrant d'une couverture.
Clarke plongea son visage dans le cou de Lexa et y déposa un baiser qui fit tressaillir cette dernière.
- Merci... souffla Clarke, ensommeillée, pour tout... merci...
Elle ferma les yeux, se laissant envelopper par l'odeur enivrante de la peau et des cheveux de Lexa.
Cette dernière la serra un peu plus contre elle, voulant la rapprocher plus encore.
Lexa avait du mal à croire que, dans à peine trois jours, elle épouserait la jeune femme dont elle ne pouvait déjà plus se passer.
Il vous a plu ?
Dans le prochain chapitre : la journée du lendemain avec quelques moments Clexa et une après-midi entre amis. Vous verrez que Clarke n'arrive pas si bien à surpasser tout ce qui lui est arrivé.
A la semaine prochaine ! :)
