Note de l'auteur : du fluff à l'état pur...

Note de la traductrice : ...et à donner des caries, je vous préviens. J'ai littéralement mal aux joues à force de sourire comme une demeurée. Bonne lecture !


SMS :

lance

keith

pidge

hunk

shiro


16/09/2016

(22:03) DEMAIN

(22:03) CHER MATIN

(22:03) T'es vraiment en train de citer Annie (1), là ?

(22:03) J'AI CONFIANCE

(22:04) CHER MATIN

(22:04) Apparemment oui.

(22:04) CAR TU SERAS LÀ

(22:04) DEMAIN

(22:05) T'as fini ?

(22:06) Tu veux que je recommence ?

(22:07) Non, ça ira.

(22:09) Ok tant mieux, parce que les gars de la chambre d'à côté viennent de se plaindre du bruit.

(22:09) Je pense pas qu'ils me supporteront plus longtemps.

(22:10) Quelle honte.

(22:11) Mmhm. Mais ouais

(22:11) Demain...

(22:12) Demain.

(22:14) Sur une échelle de 1 à 10, à quel point tu stresses ?

(22:15) 11.

(22:16) Aahahaha, pareil.

(22:16) Peut-être 12.

(22:16) Peut-être 20.

(22:18) Ravi de savoir que je suis pas le seul à stresser.

(22:19) Tu l'es vraiment pas.

(22:19) On va faire quelque chose demain ou on improvise au fur à mesure ?

(22:21) On va surtout improviser au fur à mesure, je pense ?

(22:21) Euh.

(22:21) Mais je dois t'emmener quelque part.

(22:24) Quoi ?

(22:24) Où ?

(22:27) C'est un secret.

(22:27) Keeeiiiithhhhh.

(22:28) :)

(22:29) Donne-moi un indice.

(22:31) Nope.

(22:31) Mes lèvres sont scellées.

(22:33) Wow. Méchant.

(22:33) J'aime pas les surprises.

(22:34) Je suis sûr que tu survivras.

(22:35) C'est littéralement l'inverse.

(22:35) Je vais passer la nuit entière à y penser

(22:35) Et du coup, comme j'aurais pas réussi à m'endormir, je ressemblerai à rien demain.

(22:36) C'est ça que tu veux, Keith ?

(22:36) C'EST ÇA ?

(22:38) Je suis pas sûr que tu puisses "ressembler à rien"

(22:38) Mais ouais, je peux faire avec.

(22:40) Je sais pas s'il y a un compliment caché là-dedans ou pas...

(22:42) Oh.

(22:42) C'était pas voulu, mais ouais.

(22:44) Hm :)

(22:44) Dis-moi où tu m'emmènes.

(22:46) Non.

(22:46) S'IL TE PLAÎT.

(22:48) D'accord.

(22:48) C'est vrai ?

(22:49) Non.

(22:51) T'es le pire.

(22:51) On te l'a déjà dit ?

(22:54) Une ou deux fois, oui.

(22:55) Je peux pas avoir un minuscule petit indice ?

(22:56) Non.

(22:57) KEITTTTH.

(22:58) Va te coucher, Lance.

(23:01) Comment je suis censé m'endormir

(23:01) Avec ça qui me trotte dans la tête ?

(23:03) Tu fermes les yeux...

(23:03) Et tu dors.

(23:03) C'est assez simple, si tu veux mon avis.

(23:04) LE

(23:04) PIRE.


« Ce bleu ? demanda Lance, plaquant un t-shirt légèrement froissé contre son torse. Ou... » Il laissa tomber le premier t-shirt et en sortit un autre, presque identique, pour le placer devant lui. « Ou peut-être un bleu légèrement plus foncé ?

— Lance, soupira Hunk en cherchant à l'aveuglette sa couverture, les yeux fermés cachés sous son avant-bras. Est-ce vraiment nécessaire ?

— C'est vrai, c'est vrai, fit Lance en hochant la tête, tirant discrètement la couverture hors de sa portée, forçant Hunk à se redresser dans un effort inutile pour essayer de s'y enfouir complètement. Je perds mon temps avec le bleu. Je devrais peut-être porter du rouge à la place. C'est sa couleur préférée et je suis à peu près sûr d'avoir un t-shirt quelque part là-dedans... »

Il s'interrompit, fredonnant d'un air pensif en pivotant pour continuer à passer au crible fin la montagne de vêtements empilée au pied de son lit, cherchant ce t-shirt rouge qu'il est quasi certain de posséder.

« Lance, réessaya Hunk, son irritation commençant à se montrer dans le ton de sa voix. (Lance n'avait pas besoin de lui jeter un coup d'oeil pour savoir qu'un sacré regard noir lui était adressé dans son dos.) Tu sais quelle heure il est ? » demanda-t-il, bâillant un peu pour insister sur son point, tout en observant Lance continuer à trier le fouillis qui se trouvait sur son lit.

Lance sentit un petit pincement de culpabilité et se promit qu'il lui revaudrait ça un jour.

« À peine plus de sept heures ? répondit-il.

— Et on est samedi, » ajouta Hunk en hochant sèchement la tête, fusillant toujours Lance du regard, les yeux légèrement plissés.

Même si, si Lance devait être complètement honnête, son petit numéro en mode « Tu me saoules vraiment là, et tu devrais avoir peur de moi » marcherait beaucoup mieux si Hunk n'était pas en train de porter son vieux pyjama Pikachu et ses chaussons assortis. Mais Lance appréciait tout de même l'effort, alors il adopta ce qu'il espérait être un air contrit et lui sourit faiblement.

« Sept heures du matin, un samedi, continua Hunk, lui jetant toujours un regard accusateur. Et tu as décidé... Qu'est-ce que t'es en train de faire même ? » Il observa la pile de vêtements grandissante qui se trouvait sur le lit de Lance, l'air circonspect. « Ton nettoyage de printemps ?

Non, » s'esclaffa Lance, mettant une vieille veste en boule pour la lancer en direction de la pile des vêtements rejetés.

Même si, vu à quel point cette pile grandissait à vue d'oeil, faire un nettoyage de printemps un jour où l'autre ne serait pas de trop. Il mit cette idée de côté – il s'en occuperait quand il n'aurait pas de problèmes plus urgents – et se reconcentra sur Hunk.

« Je cherche quelque chose à me mettre. »

Hunk laissa son regard parcourir la montagne de vêtements avant de rencontrer le regard de Lance, haussant un sourcil interrogateur.

« Quelque chose de bien, » clarifia Lance, fronçant légèrement les sourcils en soulevant un t-shirt rose sur lequel était écrit en lettres colorées « Mes Parents Sont Allés en Angleterre et Tout Ce que J'ai Eu, C'est Ce T-Shirt Pourri ».

De ce qu'il en savait, ses parents n'étaient jamais allés en Angleterre, alors il ne savait pas vraiment d'où sortait ce t-shirt (ou à qui il l'avait volé d'une façon ou d'une autre), mais cela renforça l'idée qu'il allait définitivement devoir faire un peu de tri.

« Quelque chose de bien ? répéta Hunk. Oh. » Ses yeux s'écarquillèrent un peu et son air légèrement énervé se fit un peu plus sournois. « On est samedi.

— C'est ce qu'on vient de dire, non ? » marmonna Lance, saisissant un jean noir légèrement taché (avec du ketchup, il semblerait).

Il l'inspecta quelques secondes avant de soupirer et de le jeter en direction de la pile de rejet, ajoutant une lessive bien nécessaire à sa liste de plus en plus longue de choses à faire dans les plus brefs délais.

« C'est samedi, alias le Jour de Keith, continua Hunk, appuyant sur le mot Keith. T'as un rendez-vous. Tu sais... (Hunk appuya son menton sur ses mains et fixa Lance avec un léger sourire avant de reprendre.) Je t'ai jamais vu faire autant d'efforts pour un rendez-vous avant. »

Lance lui tira la langue et fit de son mieux pour ignorer la douce chaleur qui envahissait sa nuque.

« J'ai toujours fait autant d'efforts pour un rendez-vous, renifla-t-il, essayant de ne pas s'appesantir sur le fait que Hunk avait peut-être – peut-être - raison. T'y as visiblement jamais fait attention. Et tu te dis mon meilleur ami ?

Hmmmm, fit Hunk, prétendant réfléchir à cette accusation quelques secondes avant de hausser dramatiquement les épaules et de secouer la tête. Nope. Je m'en souviendrais définitivement d'avoir été réveillé à sept– Hey ! s'exclama-t-il, évitant de justesse le coussin que Lance lui avait jeté. Je dis ça comme ça, » reprit-il, lui renvoyant le coussin, rigolant un peu quand il percuta son torse, le faisant reculer de quelques pas.

Il fit ensuite un geste en direction du tas de vêtements sur le lit de Lance.

« T'y consacres beaucoup d'efforts, là. »

Et Lance ne pouvait pas vraiment le contredire ; pas quand il était debout à sept heures du matin, un samedi (et ça faisait déjà une bonne heure qu'il était réveillé, même si Hunk n'avait pas besoin de le savoir ; Hunk ne devait jamais le savoir) et que les trois quarts de sa garde-robe avaient été vidés sur son lit pour qu'il puisse trouver quelque chose à se mettre qui soit plus ou moins acceptable.

Il grogna bruyamment avant de traverser la pièce et de se laisser tomber sur le lit de Hunk, enfouissant son nez dans les draps dès que sa tête percuta le doux tissu. Hunk rigola, se penchant en arrière pour lui tapoter le dos avec sympathie.

« Je ne pense pas t'avoir déjà vu autant à fond sur quelqu'un. »

Lance grogna à nouveau, parce que, une fois encore, Hunk avait raison. C'était le problème de partager chaque moment de sa vie avec son meilleur ami : ce n'était pas possible de garder un secret pour soi.

« Je veux pas tout gâcher, » marmonna-t-il, s'interrompant un moment avant de se mettre sur le dos pour regarder le plafond.

Il se doutait qu'il n'avait pas vraiment besoin d'ajouter que, s'il était soudainement si inquiet de tout gâcher – tout désignant La Grande Histoire d'Amour de Keith et de Lance – c'était parce qu'il avait passé une grande partie de la nuit à s'imaginer des scénarios les plus catastrophiques les uns que les autres jusqu'à ce que la simple pensée de vraiment rencontrer Keith soit assez pour qu'un nœud anxieux se serre douloureusement dans son estomac. C'était un des étranges avantages à passer autant de temps avec son meilleur ami ; après un moment, il commence à te connaître mieux que toi-même, et s'il y avait une personne qui connaissait Lance mieux que personne, c'était Hunk.

« Tu ne vas rien gâcher, soupira Hunk, changeant de position sur le lit pour pouvoir se pencher en arrière et donner un petit coup dans les côtes de Lance. Arrête de penser à ce que tu penses, peu importe ce que tu t'imagines.

— Et si– commença Lance, mais Hunk le coupa presque aussitôt avec un autre coup dans les côtes.

— Non.

— Mais– »

Un autre coup.

« Non.

— Mais, écoute– »

Cette fois, il lui donna deux coups.

« Arrête, insista-t-il, fixant Lance d'un air sévère – du moins, aussi sévèrement que pouvait l'être une personne aux cheveux ébouriffés et portant un pyjama et des chaussons Pikachu. Tu ne vas rien gâcher. Détends-toi.

J'essaie, gémit Lance, faisant la moue. C'est juste que... » Il baissa les yeux et joua distraitement avec les draps de Hunk. « Il me plaît vraiment beaucoup, purée.

Vraiment ? rit Hunk, lui lançant un regard horriblement affectueux. J'aurais jamais deviné. En fait, j'étais sûr que tu le détestais.

— Tais-toi, grommela Lance, se contentant de griffer la jambe de Hunk avec son pied quand il remarqua qu'il n'avait aucun oreiller à lui balancer à disposition. Et si c'était gênant ?

— Oh, ça sera définitivement gênant, oui, s'exclama joyeusement Hunk, recevant en échange une nouvelle griffure, petit cadeau de l'orteil de Lance. Mais ça fait partie de toute l'aventure d'un "premier rendez-vous", non ?

— Mouais, » répondit Lance à contrecœur, grimaçant légèrement en repensant à son expérience (relativement limitée) en matière de rendez-vous.

Les câlins terriblement gênants et les conversations maladroites apparaissaient clairement dans ses souvenirs, mais...

« Je veux pas que ça soit gênant, fit-il d'un air buté, se levant soudainement, ce qui fit sursauter Hunk. Je veux que ça marche directement entre nous et... » Il s'arrêta, agitant vaguement les bras entre eux. « Tu vois.

— Pas du tout. »

Mais le coin des lèvres de Hunk frémissait et Lance sut que Hunk voyait exactement ce qu'il voulait dire.

« Ne me force pas à dire ça.

— À dire quoi ?

Ça.

— Lance, dit Hunk, ne prenant même plus la peine de réprimer son sourire. Je ne vois pas de quoi tu parles. Je ne peux pas lire dans tes pensées. »

Sauf que si, il le pouvait, Lance en était certain. Pourquoi sourirait-il autant sinon ?

« Je veux que ça marche directement entre nous et peut-être qu'on sorte ensemble... » Il fit une pause et tira sur le col de son haut de pyjama, espérant dissimuler le rougissement qui avait envahi sa nuque. « Genre, pas comme de simples amis.

— En tant que petits-amis ? compléta Hunk, souriant jusqu'aux oreilles quand Lance poussa un étrange petit couinement avant d'enfouir son visage dans ses mains. Pourquoi ne pas simplement dire ça ?

— Ça va, tu t'amuses bien ? demanda Lance, le foudroyant du regard entre ses doigts.

— Énormément, pouffa Hunk, son sourire s'adoucissant un peu. C'est cool. »

Malgré lui, malgré la nervosité qui lui rongeait l'estomac depuis son réveil, Lance ne put empêcher un sourire de se former sur ses lèvres à l'idée de vraiment rencontrer Keith.

« Ouais, concéda-t-il, c'est cool. Bref, » s'exclama-t-il avec vigueur avant que Hunk ne puisse l'embêter plus longtemps, s'éjectant du lit pour se diriger vers son côté de la chambre.

Il farfouilla quelques instants dans sa pile de vêtements avant de se redresser et de se tourner vers Hunk.

« Ce bleu, fit-il en tenant le même t-shirt bleu de tout à l'heure, faisant semblant de ne pas entendre le grognement de Hunk. Ou... (Il laissa tomber le premier t-shirt pour en prendre un autre.) Un bleu légèrement plus foncé ? »


(11:58) Donc

(11:58) Je viens de partir.

(11:58) Genre

(11:59) Je vais à la gare là.

(12:01) Oh wow.

(12:01) Cool.

(12:02) C'est vraiment en train d'arriver.

(12:04) Ouep.

(12:04) Mon train arrive dans dix minutes, alors je devrais arriver dans une demi-heure ?

(12:06) Cool. Envoie-moi un message quand t'es à dix minutes du bon arrêt et je te rejoindrai à la gare.

(12:07) Cool.

(12:08) Cooool.

(12:09) Tu stresses.

(12:10) Ouais, ben

(12:10) Toi aussi.

(12:12) C'est vrai.

(12:12) Mais j'ai aussi hâte.

(12:13) Moi aussi.

(12:13) J'ai hâte que tu te rendes compte que Muffin est aussi horrible que je le disais.

(12:14) Je voulais dire que j'ai hâte de te voir, mais ok.

(12:14) Ouais, ça aussi.

(12:15) :)

(12:15) Ok, mon train est là, je t'enverrai un message en arrivant.

(12:16) Cool.


Cela faisait presque cinq ans que Keith ne s'était pas rongé les ongles. Il avait réussi à se débarrasser de cette mauvaise habitude peu après son douzième anniversaire, quand sa mère lui avait fait essayer un vernis au goût horrible qui lui embourbait la bouche pendant des heures si sa langue ne faisait qu'effleurer le bout de ses ongles. C'était une méthode dégoûtante qui l'avait fait engloutir verre d'eau sur verre d'eau dans l'espoir de se débarrasser du goût amer qui lui pourrissait la langue dès qu'il portait distraitement un doigt à sa bouche, mais cela avait le mérite de marcher.

Jusqu'à ce jour.

Il fit la moue à son reflet dans la fenêtre en face de lui, éloignant rapidement sa main de sa bouche en essayant de ne pas trop penser au fait qu'il avait réussi à briser cinq années de contrôle en mâchonnant complètement trois ongles sur cinq en moins de deux minutes. Stressé, pensa-t-il, enfonçant ses deux mains dans la poche avant de son pull pour s'empêcher de s'en prendre à ses autres doigts. Stressé est un euphémisme, là.

Il ne savait pas comment nommer ce sentiment qu'il sentait monter doucement en lui, mais c'était bien plus que du simple stress. Ça ne lui semblait tout simplement pas réel ; de savoir que, dans quelques minutes, Lance allait passer les portes automatiques de la gare et mettre fin à ce qui lui semblait une éternité – mais seulement un peu moins de deux mois, en réalité – à discuter avec une facilité étonnante et à draguer et... Et à construire une amitié que Keith n'aurait jamais cru pouvoir développer avec une personne qui avait simplement envoyé un message au mauvais numéro un après-midi.

Sa moue s'adoucit légèrement, ce sentiment d'un-peu-plus-que-du-stress s'estompant un peu pour laisser place à ce qu'il ne pouvait que décrire comme une étrange sensation de calme. Il pouvait toujours sentir le léger malaise de tout à l'heure mêlé à un début d'anxiété rôder dans un coin de son esprit, menaçant de l'engloutir entièrement si on leur laissait l'occasion de le faire, mais c'était comme si la simple pensée de rencontrer Lance les avait écrasés pour faire de la place à quelque chose de plus agréable.

« Il te plaît vraiment, hein ? »

Keith rougit quand la conversation qu'il avait eue plus tôt avec Shiro au téléphone lui revint à l'esprit. Même si, en y repensant, appeler Shiro pour lui demander avec panique quelques conseils n'était vraiment pas la meilleure idée qu'il avait eue puisque, au final, il avait simplement écouté Shiro et Matt se battre pour avoir le téléphone pendant cinq minutes - Shiro avait remporté la bataille, mais Matt avait quand même passé le reste de la conversation à lui lancer des conseils (in)utiles, à son grand dépit.

« Ignore-le, avait dit Shiro, la voix légèrement tendue (Keith était certain qu'il avait fini par s'asseoir sur Matt pour l'empêcher d'attraper le téléphone), quand Matt avait commencé à crier quelque chose sur le fait de choisir la bonne eau de toilette. Ça fait des mois qu'il n'a pas eu de rendez-vous. »

Un glapissement indigné s'était alors fait entendre, suivi d'un « C'est juste parce que j'étais trop occupé à jouer les entremetteurs pour to– » légèrement étouffé puis brusquement interrompu par Shiro.

« Reste naturel, lui avait dit Shiro. Il a déjà des sentiments pour toi, c'est pas comme si t'avais à t'inquiéter de ça. »

Et, ok, ouais, Shiro avait raison pour le coup. Il n'avait pas à passer des heures à se demander si ce qu'il ressentait pour Lance était réciproque parce qu'il savait que ça l'était, mais il y avait une différence entre savoir qu'il y avait une certaine alchimie entre deux personnes et devoir le démontrer.

Par téléphone, c'était facile pour lui de faire des blagues, de complimenter Lance et de flirter avec lui, mais en personne ? « Rester naturel » n'était pas vraiment une option puisqu'il n'avait aucune idée de ce qui était « naturel » pour eux. Parce que Lance n'était pas Shiro ni Pidge, ni même Matt, c'était une personne complètement nouvelle et Keith ne savait pas à quoi s'attendre avec lui.

Son portable vibra soudainement dans sa poche et Keith sentit son cœur bondir dans sa poitrine, le sortant à toute vitesse. Il se rendit compte de la moiteur de ses mains quand il faillit le faire tomber deux fois de suite en essayant de lire le message de Lance qui s'affichait à l'écran. Il est là. Keith lui envoya rapidement une réponse lui indiquant où l'attendre avant de ranger son portable dans sa poche et d'essayer de se rappeler comment respirer.

Oh bordel, il est là.

Il compta jusqu'à dix, essayant de reprendre contenance. Essayant d'éclaircir son esprit et de se convaincre qu'il n'y avait vraiment pas de quoi stresser autant. Qu'ils étaient seulement deux amis qui allaient traîner ensemble toute la journée. Simple et agréable. Il faisait ça tout le temps avec Pidge et leurs sorties ne l'avaient jamais fait stresser ou suer, alors logiquement ça ne devrait pas non plus être le cas ici. Il pouvait le faire. Ce n'était pas difficile.

Sauf que ça l'était.

C'était très, très difficile, et plus ça allait, plus Keith mourrait d'envie de faire demi-tour et de retourner à sa moto. Peut-être que s'il allait assez vite, il aurait le temps de rentrer chez lui et de faire comme s'il n'était jamais venu. Il allait bien sûr devoir changer de numéro et, d'une façon ou d'une autre, convaincre Pidge de ne jamais remettre les pieds à la Garnison. Ensuite, il vivrait avec la culpabilité d'avoir gâché ce qui lui semblait être l'une des amitiés les plus sincères qu'il ait eue depuis des années, mais...

Les portes de la gare s'ouvrirent et Keith observa les gens qui commençaient à sortir. Cela lui prit moins de dix secondes pour repérer Lance au milieu de cette foule.

Il était plus grand que dans les souvenirs de Keith, dominant la plupart de la foule qu'il suivait en bas des escaliers jusqu'au parking. Keith l'observa, n'osant pas bouger, soigneusement caché derrière une grande voiture, hors de la vue de Lance qui s'appuya contre un mur après avoir observé les environs, poussant un grand soupir.

Même à cette distance, Keith pouvait voir le léger rose qui peignait ses joues et savoir que Lance était aussi nerveux que lui le réconforta un peu.

Bien. Ça rendait les choses plus simples pour lui. Pas de beaucoup, attention, (le débat entre la lutte et la fuite penchait toujours en faveur de la fuite pour le moment) mais assez pour convaincre Keith de sortir de sa cachette pour s'avancer vers Lance.

Son cœur battait fortement et presque douloureusement dans sa poitrine alors qu'il s'approchait, et il ne voulait même pas penser à la moiteur de ses mains à l'heure actuelle. La seule chose qui retenait son attention était Lance - Lance qui se tenait qu'à quelques mètres de lui ; Lance, la personne avec qui il avait passé les deux derniers mois à discuter jour et nuit par messages, Lance, la personne qui s'était rapprochée de lui plus que quiconque depuis Pidge. Juste... Lance.

Il s'éclaircit la gorge en approchant, ne voulant pas que ses cordes vocales lui fassent défaut maintenant.

« Hey. »

Il grimaça un peu au léger croassement de sa voix, allongeant ce simple mot. Saleté de cordes vocales.

Lance leva le nez de son téléphone, écarquillant les yeux l'espace d'un instant en inspectant Keith du regard. Keith le regarda faire, prêt à filer à tout moment, puis un petit sourire timide se dessina sur les lèvres de Lance et il se redressa, s'avançant d'un pas.

« Salut.

— Euh... » Keith déglutit. « Salut ? »

Wow, bravo Keith, quelle éloquence.

Quelque chose entre un gloussement et un rire s'échappa des lèvres de Lance qui fit un autre pas en avant.

« On va continuer à tourner en rond, ou...

— Ah. Non. Euh... » Keith déglutit à nouveau, espérant dénouer le nœud qui commençait à se former dans sa gorge. « Je suis juste... Um. Tu veux... » Il pivota et désigna le parking, faisant un signe de tête en direction du coin où il avait garé sa moto. « Tu veux sortir d'ici ? »

Cela arriva si rapidement qu'il se demanda s'il ne l'avait pas imaginé, mais il était quasi certain d'avoir vu les lèvres de Lance s'affaisser en une moue presque déçue, avant que son sourire timide ne réapparaisse.

« Ok. Je te suis. »

Keith hésita un moment, incapable de se débarrasser de l'impression d'avoir manqué quelque chose, mais avant qu'il ne puisse y réfléchir plus longtemps, Lance fit un autre pas en avant, touchant doucement son épaule de la sienne.

« Où se trouve ta moto ? » demanda-t-il alors qu'ils traversaient le parking et, soit il ne se rendait vraiment pas compte de leur proximité, soit il s'en fichait totalement, parce qu'ils marchaient assez proches l'un de l'autre pour que leurs mains s'effleurent à chaque mouvement de bras.

Pendant quelques instants, Keith s'imagina tendre les doigts pour les entremêler avec ceux de Lance. Ce serait si simple, si naturel – il avait à peine besoin de bouger.

« Juste un peu plus loin, » marmonna Keith, essayant d'accélérer le rythme pour mettre un peu de distance entre eux. Mais Lance arrivait aisément à le suivre, s'adaptant sans effort au rythme de Keith dès qu'il essayait de prendre ses distances.

« Oh cool, » fit Lance avec un petit fredonnement, et Keith s'efforça de ravaler un pincement d'irritation.

Comment cela pouvait être aussi facile pour lui ? Comment faisait-il pour ne pas bredouiller chaque mot ? Pourquoi n'avait-il pas passé les deux dernières minutes à se demander s'il devait saisir la perche et lui tenir la main ? Pourquoi cela ne l'affectait pas autant que Keith ?

« Tu l'as vraiment construite toi-même ? »

Keith cligna des yeux.

« Hein ?

— La moto ? » fit lentement Lance, tournant la tête pour le regarder. Leurs regards se croisèrent un millième de seconde avant que Lance ne tourne rapidement les yeux, le bout des oreilles semblant plus rose qu'auparavant. « Genre, j'ai jamais vraiment compris ce que tu voulais dire par là.

— Comment ça ?

— Tu sais... (Lance fit un geste en direction du parking, où Keith avait indiqué avoir garé sa moto.) Comment ça marche ? Tu l'as montée de toutes pièces ou, je sais pas, il existe un Bike'R'Us quelque part ? »

Keith fronça les sourcils.

« Un... Bike'R'Us ? »

Lance se tourna pour lui refaire face, un grand sourire s'étirant jusqu'aux oreilles.

« Comme un Toys'R'Us, mais pour les motos ? »

Keith ne put s'empêcher de ricaner. Il sentit un peu de son malaise et de sa nervosité s'envoler, remplacés par un sentiment de familiarité et il lui jeta un sourire reconnaissant. Les motos faisaient un bon sujet de conversation, un sujet sûr, quelque chose dont Keith pouvait parler pendant des heures sans craindre d'ennuyer quelqu'un ou de glisser dans des silences gênants.

Keith se demanda si c'était une coïncidence, si Lance avait juste pris le premier truc qui lui passait par la tête et décidé de débuter une conversation à partir de là, ou si c'était plus que ça, s'il avait fait exprès de choisir ce sujet en sachant que cela le mettrait à l'aise. Il lui jeta un regard du coin de l'œil et faillit trébucher sur son propre pied en remarquant que Lance le regardait aussi.

« Euh, » commença Keith, détournant rapidement le regard parce qu'il n'avait pas besoin de savoir à quel point le sourire de Lance était magnifique, ni que c'était le genre de sourire qui atteignait ses yeux et adoucissait les traits de son visage. Nan, il n'en avait vraiment pas besoin. « Il n'y a aucun Bike'R'Us.

— À ta connaissance. »

Keith sentit le coin de ses lèvres frémir.

« À ma connaissance, accorda-t-il, son sourire s'agrandissant un peu quand Lance laissa échapper un petit rire. Je trouve la plupart des pièces sur Internet. Sur des sites différents, ajouta-t-il rapidement en sentant la prochaine question arriver. Certaines pièces sont plus difficiles à trouver que d'autres, c'est pour ça que ça prend autant de temps.

Ouais, dit Lance, sa main effleurant toujours celle de Keith avec une certaine obstination. Je veux dire, genre, comment tu fais pour la construire ? Il y a un guide, un manuel ou autre ?

— Tu trouves des indications approximatives sur Internet, mais tu finis souvent par tâtonner et faire des erreurs quand tu pars de zéro. Mais t'apprends au fur et à mesure. Ah, fit-il, s'arrêtant net. C'est, euh, c'est ça. »

Lance siffla doucement et Keith ne put empêcher l'éclat de fierté qui envahit ses veines en l'observant reluquer ouvertement sa moto.

« T'as réussi à faire ça ? demanda Lance, les yeux écarquillés, s'approchant de la moto. Genre, en partant de zéro ? De tes propres mains ? Tu ne l'as pas juste achetée au magasin ? »

Keith n'est pas le genre de personne à se vanter, mais purée, qu'est-ce qu'il était fier de sa moto. C'était le résultat de mois et de mois de travail acharné, à parcourir Internet à la recherche de pièces rares, à marchander avec des enfoirés sur eBay et à passer des heures et des heures au fond de son jardin à ajuster et visser et peaufiner jusqu'à ce que son jean soit recouvert de taches d'huile et de graisse et que ses doigts en deviennent calleux et boursouflés. Alors il décida qu'il avait bien le droit de sourire avec suffisance devant les questions impressionnées de Lance.

« Ouep.

Mec, souffla Lance, levant les yeux de la moto pour regarder Keith. C'est génial. Putain, j'en reviens pas ? Combien de temps ça t'a pris ? »

Keith ne savait pas si c'était les éloges en général ou si c'était le fait qu'elles venaient spécifiquement de Lance, mais il sentit ses joues se réchauffer doucement.

« Quelques mois, marmonna-t-il, baissant la tête pour passer furtivement une main sur son visage et vérifier s'il était aussi chaud qu'il devait en avoir l'air (et il l'était). Mais ça ne m'a pas pris autant de temps que la première fois.

— C'est pas ta première moto ? s'exclama Lance avec un air incrédule, comme s'il était sûr que Keith le faisait marcher et que quelqu'un était sur le point de surgir de derrière une voiture, avec une troupe de caméra à sa suite. Pour de vrai ? »

Keith hocha la tête, ne faisant pas confiance à sa propre voix, en s'avançant vers sa moto.

« Mais c'est la première à avoir passé le test "Keith ne va pas mourir s'il la conduit" de mon père.

— Oh. (Le sourire excité de Lance s'effaça aussitôt, remplacé par une expression légèrement plus méfiante.) Alors... Alors c'est pas dangereux, hein ?

— Je suis toujours en vie, non ? » répliqua Keith, saisissant les deux casques accrochés à l'avant du véhicule avant de s'installer sur le siège.

Il sentit Lance l'observer alors qu'il mettait son casque.

« Tu viens ou pas ?

— Et tu es sûr

— Lance, fit Keith avec patience, penchant légèrement son casque pour pouvoir le regarder dans les yeux. Ce n'est pas dangereux, promis. »

Lance hésita quelques secondes de plus avant de hocher la tête et de s'approcher.

« D'accord, mais si je meurs–

— Tu ne vas pas mourir, Lance, interjeta Keith, levant les yeux au ciel.

Si je meurs, continua Lance, haussant la voix pour couvrir celle de Keith. Sache que Hunk me vengera.

— Il te... vengera ? »

Lance agita une main avec désinvolture, comme si annoncer que son meilleur ami allait venger sa mort prématurée (et improbable) était la chose la plus naturelle au monde.

« On a passé un accord.

— ...Ai-je envie de savoir ? »

Lance sembla considérer la question quelques secondes, avant de lui lancer un autre sourire – et Keith apprit rapidement que les sourires de Lance étaient fatals dans le meilleur sens possible.

« C'est une longue histoire.

— Évidemment, railla Keith avant d'indiquer la place derrière lui d'un signe de tête. Tu montes ?

— Ah, fit Lance, déglutissant visiblement - Keith observa le petit bond que fit sa pomme d'Adam avant de détourner le regard, les joues rouges. Est-ce que je... Je dois juste...

— Accroche-toi juste, » dit Keith, se penchant en avant pour lui lancer le deuxième casque.

Lance hocha la tête, triturant le casque dans ses mains avant de s'avancer et d'enjamber la moto, plaçant le casque entre ses cuisses.

« Comme ça ? »

Le souffle de Keith se coupa dans sa gorge quand les bras de Lance s'enroulèrent autour sa taille et s'y installèrent doucement. Il le serrait à peine, ses doigts effleurant tout juste le tissu de son pull, mais le cœur de Keith s'emballa tout de même.

« Euh... » Il s'éclaircit la gorge, jouant distraitement avec les clés qu'il avait dans les mains pour essayer d'ignorer la bouffée chaleur qui l'envahissait. « Plus fort, réussit-il à dire, la voix rauque. Tu... Tu dois t'accrocher plus fort.

— ...Ok. »

Keith retint son souffle tandis que Lance se rapprochait, ses bras se resserrant autour de sa taille, le torse pressé contre le dos de Keith.

« Est-ce que c'est... ?

— Ouais, répondit rapidement Keith, soudainement très reconnaissant de ne pas lui faire face. C'est mieux.

— Cool, dit Lance, et Keith essaya de ne pas faire attention au souffle qu'il sentit s'échouer contre sa nuque.

— Mets ton casque et on y va. »

Les bras autour de sa taille disparurent et Keith poussa un long soupir. Des millions de choses lui traversèrent l'esprit en même temps ; Sentait-il mauvais ? Avait-il mis assez de déodorant ? Depuis quand il n'avait pas lavé ce pull ? Transpirait-il trop ? Est-ce que–

Les mains réapparurent autour de sa taille, la serrant avec un peu plus d'assurance, cette fois-ci. Un menton se posa sur son épaule et Keith se retrouva à remercier le ciel pour les casques qui les séparaient, car il n'était pas entièrement sûr qu'il pourrait supporter le souffle de Lance caressant son cou à chaque expiration.

« Prêt ?

— Tu fais attention, hein ? »

Keith rit doucement et répondit en allumant le moteur.

« Tiens-toi bien. »

Le fait est que Keith aimait la vitesse ; il adorait ça, en réalité. Il aimait la poussée d'adrénaline qui courait dans ses veines quand il dévalait une route dégagée à toute allure, le vent fouettant et s'enroulant autour de son corps alors qu'il fonçait, mais il était aussi une personne assez attentionnée. Il comprenait que la plupart des gens n'aimaient pas traverser une route en flèche à une vitesse à peine légale et il avait appris (après s'être fait hurler dessus par Shiro pendant cinq bonnes minutes, à la suite un tour particulièrement rapide) à ajuster ses limites quand il avait un passager.

(« C'est de la politesse, avait dit Shiro, la peau visiblement plus pâle et moite que d'habitude, quand il était descendu de la moto pour aller s'appuyer contre un arbre non loin, l'allure vacillante. Tu es sur une moto, pas dans des montagnes russes. »)

« Kei– »

Ce que Lance comptait dire fut oublié et remplacé par un hurlement perçant, quand Keith (assez doucement, si vous vouliez son avis) commença à traverser le parking pour rejoindre la route principale. Ses bras, déjà serrés assez fermement autour de la taille du jeune homme, se resserrèrent encore plus, si bien qu'il se tenait à Keith avec une force à lui briser la colonne vertébrale, le torse fermement pressé contre son dos.

« Détends-toi, fit Keith, forçant la voix pour que Lance puisse l'entendre par-dessus le bruit du moteur. C'est rien.

C'est... grinça Lance, enfouissant la tête dans le creux du cou de Keith, ses doigts se débattant avec son pull pour s'y agripper fortement. C'est pas rien ! C'est– »

Il fut à nouveau coupé, hurlant exagérément quand Keith tourna dans un coin et commença à accélérer.

« Keith, » gémit-il, et Keith se rendit soudainement compte que, si ce n'était pour leurs casques, Lance serait en train de souffler dans son cou, là.

Oh.

Il ralentit légèrement, allant toujours à une vitesse bien inférieure à sa vitesse habituelle, en tournant encore, avant de se déplacer lentement entre les voitures pour arriver en tête de file.

« Tout va bien ? »

Lance laissa échapper un rire secoué, s'accrochant toujours à la taille de Keith comme si c'était sa bouée de sauvetage.

« Je suis quasi certain que mon cœur m'a lâché deux rues plus tôt. Et puis... (Il remua un peu sur le siège, se pressant un peu plus contre le dos de Keith.) Je ne sens plus mes jambes.

— Ouais, fit Keith en rigolant, se penchant inconsciemment dans les bras de Lance. C'est normal. Tu vas t'y habituer. »

Le feu des piétons passa au rouge et il s'apprêta aussitôt à repartir.

« Prêt ? »

Il sentit Lance acquiescer contre son cou juste avant que le feu ne passe au vert.

Il fut un peu moins bruyant cette fois, alors que la moto repartait aussi vite. Keith sentait toujours la tension de son corps à travers sa poigne de fer autour de sa taille (même si Keith n'allait pas s'en plaindre), mais il ne hurla ni ne cria autant qu'avant. Keith l'entendit lâcher un ou deux geignements dès qu'il tournait un peu trop abruptement ou qu'il butait contre une route moins lisse que les autres, mais sinon, il resta remarquablement silencieux.

« Ça va ? » lança Keith par-dessus le bruit du moteur, fronçant légèrement les sourcils en réalisant qu'il n'avait pas entendu le moindre bruit de protestation depuis au moins trente secondes.

Il baissa rapidement les yeux, vérifiant que les mains de Lance étaient toujours enroulées autour de son ventre et qu'il n'avait pas été accidentellement éjecté à un moment donné.

« C'va, répondit Lance. C'est... C'est cool. »

Keith hocha la tête. C'était difficile de parler sur une moto, à cause du bruit du moteur et du vent qui sifflait constamment autour du véhicule, mais il pensait avoir entendu un changement dans le ton de la voix de Lance. Il semblait moins terrifié et avait plus l'air de s'amuser. Il accéléra légèrement, tâtant le terrain. Il tendit l'oreille à l'écoute du moindre cri, mais rien ne vint. À la place, il pensa entendre un rire. Lance laissait échapper des petits cris de joie toutes les deux secondes, et cela le fit rire à son tour.

« Mec, rigola Lance, avant qu'un autre cri appréciateur ne s'échappe d'entre ses lèvres. C'est... C'est trop génial ? »

Une douce chaleur se répandit dans la poitrine de Keith en écoutant Lance rire derrière lui. Ça lui plaît, pensa Keith, tournant dans une rue dégagée. Il s'amuse.

Ils roulèrent encore une dizaine de minutes. Keith fit exprès de prendre le chemin le plus long, essayant de prolonger leur moment de proximité – les bras de Lance autour de sa taille et son rire et éclats de joie résonnant dans ses oreilles – aussi longtemps que possible. Finalement, il s'arrêta, garant la moto devant une rue commerciale.

« Um, fit doucement Keith, jetant un coup d'oeil aux bras de Lance le tenant toujours. On est arrivé. »

Lance resta accroché à lui un peu plus longtemps que nécessaire avant de retirer ses bras et de descendre de la moto.

« Comment c'était ? demanda Keith en s'extirpant à son tour de son siège, retirant son casque et secouant la tête pour en dégager ses cheveux. Ça a ét– »

Ses mots moururent dans sa gorge en avisant l'expression de Lance, quand il retira son propre casque.

Ses cheveux étaient en bataille, partant dans tous les sens possibles, son visage était rouge, ses yeux écarquillés et... Et il avait un sourire si aveuglant que Keith était sûr qu'il aurait sa place dans une nuit étoilée.

Son cœur battait à plein régime dans sa poitrine.

« C'était génial, » s'exclama Lance, légèrement essoufflé.

Keith lui sourit, prenant son casque pour l'accrocher avec le sien à l'avant de la moto.

« Ça t'a plu ?

C'était incroyable, souffla Lance, son sourire éclatant toujours accroché à ses lèvres. Je veux dire, j'étais sûr que t'allais me tuer au début et que j'allais devoir passer le reste de ma vie après la mort à te hanter–

Quoi ?

— Mais après je m'y suis habitué, continua Lance, ignorant l'interruption amusée de Keith ou ne s'en rendant pas compte. Et c'était genre, whooooosh. Tu vois ? »

Et, même si ce qu'il disait n'avait aucun sens (sérieux, qu'est-ce qu'il voulait dire par "whooooosh" déjà ?), Keith ne put que hocher la tête d'un air approbateur parce qu'il comprenait vraiment ce qu'il ressentait. Il se souvenait de son premier tour de moto, se rappelait de ce sentiment de liberté qui l'avait envahi quand il en était descendu, les jambes en gelée, il se rappelait comment il était devenu accro à cet instant.

« Ouais, sourit Keith. Je vois.

— Alors, demanda Lance, jetant un coup d'oeil aux alentours. On fait quoi ?

— Tu te souviens que je devais t'emmener quelque part ? » s'enquit Keith, en indiquant à Lance de le suivre.

Lance le rattrapa aussitôt, entrant dans son espace personnel, si bien que leurs mains s'effleuraient à nouveau alors qu'ils marchaient. Encore une fois, Keith retint l'envie de tendre la main pour prendre celle de Lance. Il s'éclaircit la gorge et se concentra sur l'endroit où ils étaient censés aller.

« Tu as déjà mangé ? »

Lance secoua la tête, le regardant avec curiosité.

« J'ai pris mon petit-déj' il y a un moment, mais ça va.

— Cool, dit Keith, souriant avec satisfaction en indiquant à Lance qu'ils étaient arrivés avant d'entrer dans le restaurant devant lequel ils se tenaient. Ça va te plaire alors. »


Pour un premier rendez-vous, Lance pensait que c'était l'un de ses meilleurs. Ce n'était pas non plus comme s'il avait une liste pour comparer (est-ce qu'on pouvait vraiment compter la petite-amie qu'il avait eue quand il avait cinq ans ?), mais cela semblait bien se passer.

C'était un peu gênant au début, même si Lance savait qu'il fallait s'y attendre, et les signaux subtils qu'il avait lancés pour montrer qu'il aimerait peut-être lui tenir la main étaient passés complètement inaperçus – ce qui, en passant, l'ennuyait un peu parce que, combien de fois allait-il devoir effleurer "accidentellement" la main de Keith avant qu'il comprenne le message ? Mais il finirait bien par y arriver.

Son cœur battait toujours à toute allure depuis le tour en moto, bien qu'il n'était pas sûr de pouvoir en rejeter la faute entièrement sur la poussée d'adrénaline. Pas quand il venait de passer un quart d'heure accroché à la taille de Keith, leurs corps pressés fermement l'un contre l'autre alors que le brun conduisait. C'était... C'était vraiment quelque chose. Lance rosit en se souvenant de la sensation d'avoir Keith dans ses bras, si doux et si chaud et si bien, comme si le tenir dans ses bras était la chose la plus naturelle du monde.

La différence d'attitude de Keith était également visible après le voyage. Il y avait une assurance dans son sourire qui n'était pas là au début, et il le regardait vraiment dans les yeux pendant plus d'une seconde avant de détourner le regard, les joues rosissant d'une manière suspecte.

Alors ouais, pour un premier rendez-vous, celui-là n'était pas si mal. Ils avaient réussi à surmonter la gêne de la première rencontre pour en venir à des choses meilleures et plus importantes. Alors pourquoi, pourquoi, fallait-il que Keith gâche tout en l'emmenant ici ?

« Non, déclara Lance, catégorique, croisant les bras et fusillant du regard le menu placé devant lui. Hors de question. »

Keith s'y prenait très mal pour cacher son sourire narquois et Lance essaya d'ignorer le fait que c'était en réalité plutôt mignon, d'une façon pour le moins agaçante.

« Qu'est-ce qui ne va pas, Lance ?

— "Qu'est-ce qui ne va pas, Lance ?", singea Lance, avant de saisir sa fourchette pour la brandir dans sa direction. Fais pas l'innocent, tu sais exactement ce qui ne va pas. »

Keith fit un petit son interrogateur, appuyant ses coudes sur la table pour reposer son menton dans ses mains.

« Vraiment ? »

Et, ugh... Lance voudrait le foudroyer du regard, mais la lueur amusée dans les yeux de Keith faisait battre son cœur plus vite. C'est injuste, vraiment injuste.

« Je mangerai pas ce truc.

— Quel truc ?

Ce truc, siffla Lance en abattant sa fourchette sur le menu, où on pouvait lire "Pizza à l'ananas". Je sais ce que tu comptes faire et la réponse est non. »

Keith éclata de rire et avec cette proximité, Lance en eut un bon aperçu. Il fut frappé par la réalisation soudaine que Keith avait un joli sourire – ridiculement joli – et il ne put s'empêcher de penser que c'était tout simplement injuste qu'il le soit autant. Il avait ce genre de sourire qui lui créait des plis au coin des yeux et qui plissait le bout de son nez, donnant naissance à deux petites fossettes sur chaque joue tandis qu'il se pliait légèrement sur lui-même.

Son sourire s'adoucit légèrement en regardant Lance, penchant innocemment la tête de côté.

« Tu m'as dit toi-même que je devais t'emmener ici avec moi un jour, tu te rappelles ?

— Oh, marmonna Lance, sentant son visage brûler alors qu'il baissait les yeux. Je pensais pas que tu t'en souviendrais. »

Il jeta un nouveau coup d'oeil à Keith et ne fut pas particulièrement surpris de voir que son visage semblait aussi rouge que le sien.

« Je... commença Keith, évitant de le regarder en plongeant obstinément le nez dans son menu. Est... Est-ce que c'est bizarre ? »

Lance secoua la tête, s'avançant sur son siège pour toucher le genou de Keith avec le sien, essayant d'attirer son attention. Cela fonctionna et Lance se retrouva subitement le regard plongé dans celui de Keith.

« Non, répondit-il lentement, un doux sourire relevant le coin de ses lèvres. C'est... C'est mignon.

— Mignon ? répéta Keith, comme s'il testait la façon dont le mot roulait sur sa langue.

— Mhmm, affirma Lance, appréciant le rougissement de Keith qui s'intensifiait de secondes en secondes. Très mignon.

— Um, Keith déglutit, regardant à nouveau son menu. Je...

— Ça t'embarrasse ? » demanda Lance, se rappuyant contre le dossier de son siège avec un grand sourire.

Keith semblait à deux doigts de s'enfoncer dans son propre siège et de fondre.

« Non, » fit Keith, relevant la tête avec un air de défi pour regarder Lance dans les yeux.

Il se mordit légèrement la lèvre, boudant presque, et Lance faillit en tomber de sa chaise parce que, non. Trop adorable. Hors limite. Ça dépassait les bornes.

« Mince alors. C'est que je fais pas assez d'efforts. »

Keith haussa un sourcil, l'air sincèrement confus.

« Tu veux m'embarrasser ?

— Rappelle-toi, fit Lance en haussant les épaules, "Faire rougir Keith" est mon objectif numéro un de la journée.

— Ouais, eh ben, déclara Keith avec un éclat de rire, son air confus remplacé par un autre de ces sourires qui faisaient battre son cœur à toute allure. Tu l'as déjà fait.

— C'est vrai, accorda Lance, remarquant du coin de l'œil un serveur qui s'approchait de leur table. Mais je n'ai pas précisé combien de fois je voulais le faire. »

Keith leva les yeux au ciel, mais n'eut pas besoin de chercher quoi lui répondre, le serveur arrivant à leur table avec un bloc-notes et un sourire bien trop lumineux accroché aux lèvres. Lance l'écouta à peine poser les questions d'usage ("Comment allez-vous aujourd'hui ? Souhaitez-vous boire quelque chose ? Avez-vous choisi ? Bla, bla, bla ?"), se concentrant plutôt sur Keith sans avoir à s'inquiéter d'être pris sur le fait.

Il l'observa froncer les sourcils en demandant quelque chose au serveur, la lèvre inférieure relevée en cette moue presque boudeuse qui refit s'emballer son cœur. C'était un étrange sentiment, d'être aussi amoureux de quelqu'un, mais Lance ne trouvait pas cela complètement désagréable. Étrange, oui, mais aussi étrangement plaisant. Ça lui plaisait de savoir que le sourire de Keith avait cet effet sur lui et, s'il ne se trompait pas atrocement – atrocement – il était à peu près sûr qu'il avait le même effet sur Keith. Lance l'avait vu lui lancer un regard en coin à plusieurs reprises, le visage rougissant en remarquant qu'il était également observé, et il était quasi certain que l'air embarrassé qui traversait son visage dès qu'il détournait rapidement le regard devait se refléter sur son propre visage.

Keith rit poliment à une phrase du serveur, avant de rencontrer de nouveau le regard de Lance.

« Donc, pour la pizza... »

Lance grimaça.

« Je suis obligé ?

— Oui.

— J'ai même pas mon mot à dire là-dessus ? »

Keith secoua la tête, l'air suffisant sur son visage étant presque agaçant, en prenant le menu de Lance pour le rendre au serveur.

« Deux pizzas à l'ananas, s'il vous plaît. »

Le serveur les regarda d'un air perdu, certainement perplexe devant le geignement meurtri que poussa Lance, avant d'acquiescer et de disparaître en direction des cuisines pour ordonner la préparation de leur commande.

« J'arrive pas à croire que tu souhaites gâcher un excellent rendez-vous en me faisant vomir, » grommela Lance, s'affalant sur son siège pour lancer à Keith son plus beau regard noir – bien qu'il devait manquer légèrement d'enthousiasme du fait des circonstances.

Keith imita Lance et se pencha en avant, son menton appuyé nonchalamment sur la paume de sa main.

« Tu ne penses pas pouvoir le faire ?

Non, renifla Lance, prétendant être vexé de ne pas être cru capable de finir un repas. Je vais la manger, c'est juste que je vais pas aimer.

— Tu vas aimer, déclara Keith, l'air confiant. Mais, um... (Il baissa les yeux l'espace d'un instant avec de les relever et Lance se retrouva plongé dans un regard bleu foncé.) Tu viens de... »

Il fit une autre pause, comme s'il se débattait à trouver les bons mots.

« Tu viens de dire que j'allais gâcher un excellent rendez-vous–

— Je plaisantais, Keith, fit rapidement Lance, se demandant s'il avait imaginé l'éclair d'insécurité qui venait de passer dans ses yeux. Ça ne va pas gâch–

— Ça te plaît ? s'enquit Keith, se mordillant nerveusement la lèvre inférieure. Le rendez-vous, je veux dire ? Tu... Tu passes un bon moment ? »

Oh.

Lance déglutit, se grattant nerveusement l'arrière de la nuque.

« Euh... Ouais ? »

Il vit le soulagement se propager sur le visage de Keith et se détendit.

« C'est sympa, non ? reprit-il.

— Ouais, affirma Keith, ses lèvres se relevant en un petit sourire. C'est sympa. J'étais juste... Juste inquiet ?

— Inquiet ? »

Keith hocha la tête et Lance se demanda s'il l'avait imaginé se pencher un peu plus dans son espace personnel – l'écart entre eux semblait vraiment un peu moins grand qu'au début de leur conversation.

« Que tu t'ennuierais ? Ou que tu t'amusais pas, ou... »

Keith se coupa, la voix semblant légèrement étranglée sur la fin, et baissa les yeux pour regarder la table.

Lance avait raison, l'espace entre eux était plus court qu'avant. Tellement court que leurs mains se frôlaient maintenant au milieu de la table, celle de Keith reposant très légèrement sur la sienne.

« Pardon, fit rapidement Keith, se reculant brusquement pour retirer sa main. Je–

Keith, » le coupa fermement Lance, lui attrapant la main pour la maintenir où elle était. Il hésita un instant avant de glisser les doigts de Keith entre les siens et les serrer doucement. « C'est... C'est rien. (Il lui jeta un coup d'oeil et adoucit sa prise.) Ça va, hein ? »

Keith hocha la tête, déglutissant bruyamment avant de copier Lance et de serrer doucement sa main.

« Ouais.

— Cool.

— Ouais, répéta Keith, fixant toujours leurs mains liées. Très cool. »

La main de Keith se glissait parfaitement dans la sienne, toute chaude et légèrement calleuse et Lance se prit à penser qu'il ne voulait jamais la lâcher. Il ne savait pas combien de temps ils restèrent ainsi, leurs mains pressées l'une contre l'autre sur la table, rigolant timidement et détournant les yeux dès qu'ils rencontraient le regard de l'autre, mais c'était sympa – vraiment sympa. Tellement sympa qu'il en grommela un peu quand leurs pizzas arrivèrent et qu'ils furent obligés de leur faire de la place sur la table.

Lance observa d'un œil critique les pizzas que le serveur plaça devant eux, deux pizzas à l'ananas.

« Tout d'un coup, je regrette de t'avoir laissé faire, déclara-t-il en regardant les tranches jaunes qui recouvraient sa pizza, qui aurait eu l'air parfaitement délicieuse sans leur présence. Je peux pas les retirer ? »

Keith lui lança un regard désapprobateur, entamant déjà sa propre pizza.

« Tu dois la manger en entier.

En entier ? couina Lance. C'est plus gros que ma tête. C'est même plus gros que deux de mes têtes. »

Keith haussa les épaules, la bouche trop pleine de pizza pour dire quoi que ce soit. Lance l'observa mâchouiller quelques instants, émettant des petits sons de plaisir tout en dévorant sa première part en quelques secondes.

« C'est bon, dit-il, souriant de toutes ses dents devant le regard à moitié dégoûté de Lance. Mange.

— Mais de l'ananas, gémit Lance, fusillant du regard le fruit incriminé comme s'il était responsable de tout ce qui n'allait pas dans le monde, depuis le naufrage du Titanic à la disparition des abeilles. Et il n'y a même pas de jambon pour essayer d'en recouvrir le goût, c'est juste... de l'ananas. »

Keith lui donna un petit coup de genou sous la table, le regardant à nouveau de cet air désapprobateur.

« C'est bon.

— Mais–

— Tu veux que je te donne la becquée ? »

C'était une question innocente, visant à le provoquer plutôt qu'autre chose, mais Lance s'étrangla tout de même.

« Je... Tu... Quoi ? »

Keith haussa un sourcil, ne semblant pas se rendre compte de l'effet de ses paroles sur Lance.

« Si tu ne peux pas la manger toi-même, je peux le faire à ta place, si tu veux ?

— Ne... Tais-toi, » bégaya Lance, prenant une part de sa pizza pour détourner son attention du rougissement qui envahissait rapidement le bas de sa nuque et se propageait sur son visage.

Parce que maintenant qu'il l'avait dit, il ne pouvait s'empêcher de penser que ce serait sympa d'être nourri par Keith. Pas de la pizza, bien sûr, parce que c'était juste trop salissant et peu attrayant et puis, surtout pas de la pizza à l'ananas, de toute façon, parce beurk, mais peut-être quelque chose d'un peu plus romantique.

Il s'imagina soudain allongé sur un lit douillet, Keith au-dessus de lui, lui portant à la bouche du raisin et des fraises et... Ouais, nan. Il secoua la tête pour évacuer ces pensées le plus rapidement possible et se reconcentra sur la part de pizza dans ses mains.

« Ça a intérêt à être bon.

— Mange, Lance, fit Keith, semblant plus amusé qu'exaspéré en observant Lance goûter du bout des lèvres. Mange correctement. »

Lance lui tira la langue et sourit quand Keith écarquilla légèrement les yeux, avant de se jeter à l'eau et de prendre une vraie bouchée. Il mâcha avec précaution pendant quelques secondes, s'habituant à la texture étrangère du fruit sur sa langue.

« Alors, poussa Keith, l'observant prendre une seconde bouchée, puis une troisième et une quatrième jusqu'à ce qu'il ne reste plus que la croûte. T'aimes ça, hein ? »

Lance fit une grimace, mais en reprit une part, parce que bon sang, c'était délicieux. Comment avait-il pu survivre sans pizza à l'ananas jusqu'ici ? Pourquoi s'y était-il opposé aussi farouchement ? Hunk savait-il à quel point c'était bon ? Il se promit d'écrire une ode à la pizza à l'ananas et de la réciter à Hunk dès qu'il rentrerait à l'école.

« C'est pas mauvais, dit Lance, haussant les épaules avec nonchalance en prenant une autre bouchée de sa deuxième part. Pas de quoi en faire tout un plat. »

Keith ricana.

« Tu souris. »

Merde.

« Je n'ai pas le droit de sourire ? demanda Lance, sentant ses lèvres s'étirer en attrapant une troisième part.

— Eh bien, fit Keith d'un air songeur, penchant légèrement la tête de côté comme s'il réfléchissait à quelque chose. Tu pourrais au moins me prévenir avant.

— Je... Quoi ? »

Keith rougit et baissa la tête un court instant avant de la relever pour lui sourire doucement.

« Avant de sourire comme ça. Tu pourrais me prévenir.

Pourquoi ? »

Keith leva à nouveau un sourcil, comme si Lance s'entêtait délibérément. Il ne lui répondit pas tout de suite, préférant prendre une autre part et en prendre deux grosses bouchées avant.

« Tu as un très joli sourire, Lance, fit-il doucement, comme s'il n'arrivait pas à croire qu'il disait ça tout haut, et évitant tout contact visuel. Genre, très joli. »

Lance effleura son genou avec le sien deux fois, jusqu'à ce qu'il lève les yeux.

« Et, s'exclama-t-il bruyamment, agitant sa part de pizza devant le visage de Keith. Et c'est toi qui dis ça.

— Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? »

Lance s'esclaffa d'un air railleur, la bouche pleine de pizza, jetant à Keith sa propre version d'un regard désapprobateur.

« Pas de ça avec moi Monsieur "Mon Sourire Ferait Sûrement Honte Au Soleil".

— Je... » Keith se coupa, ses mains venant automatiquement recouvrir sa bouche alors que ses lèvres s'étiraient en un autre grand sourire. « On ne m'a jamais dit ça avant.

— Ouais, eh bah, commença Lance en haussant les épaules, prenant une autre part (il ne lui en restait plus que deux dans son plat et n'était pas totalement opposé à l'idée d'en voler à Keith quand il aurait fini). C'est la vérité. Tu devrais te promener avec un panneau d'avertissement, du genre "attention, sourire plutôt aveuglant, pensez à porter des lunettes de soleil autour de lui."

Arrête, s'exclama Keith, grognant et riant à moitié, portant une main à son visage avant de jeter un coup d'oeil à Lance entre ses doigts. Je t'en prie, arrête. »

Lance sourit, poussant son assiette (maintenant complètement vide) sur le côté pour pouvoir se pencher un peu mieux sur la table.

« J'oublie que t'as du mal avec les compliments.

— C'est pas que j'ai du mal, corrigea Keith, semblant étrangement vexé. C'est juste...

— Que t'y es pas habitué ? compléta Lance, se rappelant de la courte conversation qu'ils avaient eue à ce sujet, il y a quelques temps. Eh bien, continua Lance quand Keith hocha la tête à contrecœur, adoptant un ton faussement mielleux. J'essayerais bien de me retenir si tu insistes, mais...

— Mais quoi ? demanda Keith, lui jetant un regard suspicieux.

— T'es trop mignon, » expliqua Lance en haussant les épaules, ignorant son cœur qui commençait à s'agiter après avoir avoué ça tout haut, essayant plutôt de garder une expression calme et collectée.

Keith ouvrit et referma la bouche une ou deux fois, cherchant ses mots.

« Tu es... Tu es mignon aussi. »

Un son étranglé s'échappa des lèvres de Lance au compliment.

« Je...

Tu vois, s'exclama fièrement Keith, le bout de son nez toujours visiblement plus rose que le reste de son visage. T'as du mal aussi.

— Non, non, dit rapidement Lance, pas du genre à perdre la face. J'y arrive. C'est juste que... Tu m'as pris par surprise, c'est tout.

C'est ça, répliqua Keith, prenant l'une des deux dernières parts de pizza dans son assiette. On devrait se calmer un peu avec les compliments avant que...

— Avant que l'un d'entre nous ne devienne si rouge qu'on en explose ?

— Eh ben, j'aurais pas dit ça comme ça, rigola Keith, la bouche pleine de pizza (et ça, décida Lance, ça, ce fut le moment où il se rendit compte qu'il y était peut-être un peu trop jusqu'au cou avec ce garçon, parce que personne ne devrait lui paraître aussi attrayant en rigolant la bouche pleine, et pourtant...). Mais ouais, continua Keith après avoir avalé sa bouchée. Ça te va ?

— Ouais, fit Lance en lui souriant. Parfait. »

Ils passèrent quarante minutes de plus dans le restaurant – Lance apprit que Keith mangeait super lentement – et plus le temps passait, plus ils perdaient l'impression que ce n'était que leur première rencontre, mais que cela faisait en réalité des années qu'ils étaient amis et que c'était normal pour eux d'aller manger des pizzas ensemble. Leur conversation était facile : ils parlaient de tout et de n'importe quoi, échangeant d'étranges recettes de pizza dont ils avaient entendu parler (Keith était bizarrement passionné par les pizzas à base de mayonnaise) tout en cherchant de nouveaux noms pour les chatons (« Je ne laisserai pas Shiro l'appeler Cupcake, Keith, je refuse ! ») et les quelques silences qui tombaient entre deux sujets n'étaient pas gênants le moins du monde. Au lieu de chercher désespérément quoi dire ensuite, ils semblaient tous deux se contenter de profiter de la présence de l'autre, comme de vieux amis.

Quand ils finirent par sortir du restaurant, Lance était assez sûr de lui pour saisir la main de Keith quand ils se levèrent pour retourner à la moto. Keith se figea légèrement quand les doigts de Lance se mêlèrent aux siens, mais il se détendit aussi vite au toucher, un sourire se formant sur ses lèvres.

« On fait quoi maintenant ? » demanda Lance alors qu'ils traversaient la rue, évitant tous les deux de se regarder dans les yeux.

C'était peut-être trop tôt pour le dire, mais c'était facilement le meilleur rendez-vous de sa vie, et il ne savait pas vraiment comment ils allaient pouvoir faire mieux. Ils arrivèrent près de la moto de Keith et, après un moment de plus que nécessaire, ils se lâchèrent la main.

« Je pensais, fit lentement Keith en triturant le bord de son casque, n'osant toujours pas regarder Lance dans les yeux. Je pensais qu'on pourrait aller chez moi ?

Oh, couina Lance, trébuchant légèrement en arrière quand Keith lui lança son casque. Chez... chez toi ?

— Ouais. Um. Pour voir les chats ? On pourrait, um, on pourrait regarder un film ou autre, si tu veux ? »

Lance hocha la tête, suivant Keith qui prenait place sur la moto avant de mettre son casque.

« Cool. Génial. »

Il prit place derrière lui, mit son propre casque et ses bras reprirent leur place autour de la taille de Keith, qu'il serra peut-être un peu plus que vraiment nécessaire.

Il y eut une pause où aucun d'eux ne dit quoi que ce soit, avant que Keith ne pose doucement sa main sur celle de Lance, qui était posée sur son estomac. Il la laissa là trois bonnes secondes avant de la retirer et de s'éclaircir la gorge.

« Prêt ? »

Lance le serra un peu plus fort, s'avançant pour se presser contre le dos de Keith, posant son menton sur son épaule.

« Ouais, c'est parti, bébé.

Lance, geignit Keith, et Lance n'avait pas besoin de voir à travers son casque pour savoir que son visage avait probablement pris feu. C'est vraiment pas le moment pour... Pour ça. »

Lance rigola, serrant la taille de Keith de plus belle tandis que le moteur prenait vie et qu'ils s'avançaient sur la route. C'est définitivement le meilleur rendez-vous de ma vie.


Le chemin du retour jusque chez lui se déroula dans le calme. Lance ne cria qu'une ou deux fois quand Keith dut s'arrêter net ou, à un moment, quand il fut certain qu'il était sur le point de percuter une voiture qui se tenait au beau milieu de la route (il n'allait pas la percuter).

« Donc, fit Lance, s'extirpant de la moto pour suivre Keith sur l'allée menant à sa porte. Tes parents sont là ? »

Keith fronça les sourcils, jetant un coup d'oeil par-dessus son épaule. Lance se grattait nerveusement l'arrière de la nuque. Il est nerveux ?

« Ils ne seront pas là de la journée, répondit-il lentement, observant les épaules de Lance se détendre à vue d'oeil. On est, um, on est que tous les deux.

— Et Muffin, ajouta Lance avec un sourire diabolique, son assurance de tout à l'heure apparemment de retour, n'ayant pas à se soucier d'une présentation gênante à ses parents. N'oublie pas Muffin. »

Keith leva les yeux au ciel, fouillant dans les poches de son jean à la recherche de ses clés.

« Comment pourrais-je oublier ? » fit-il.

Il sortit ses clés et s'apprêtait à les enfoncer dans la serrure quand un mouvement attira son attention en périphérie de son champ de vision. Il plissa légèrement les yeux en observant les rideaux du salon de Pidge, qui bougèrent soudainement.

« Entre, » fit-il rapidement, ouvrant la porte et indiquant à Lance de le suivre à l'intérieur.

Les rideaux bougèrent une nouvelle fois et Keith se promit d'avoir une longue conversation avec Pidge au sujet de l'espionnage, ou plutôt, sur le fait de devoir s'y entraîner avant d'essayer. Une fois Lance à l'intérieur, Keith fusilla la maison des Holt du regard, espérant que Pidge se tiendrait à l'écart, avant de fermer la porte derrière lui.

« Oh mec, pouffa Lance, un rire se formant dans sa gorge alors qu'il désignait du doigt une rangée de photographies qui s'alignaient dans le couloir. Keith, t'étais un bébé tout potelé. »

Oh non. Keith se jeta en avant, poussant rapidement Lance en direction du salon et loin, très loin des nombreuses photos de bébé et de son enfance qui étaient accrochées aux murs de l'entrée.

« Attends, gémit Lance, se débattant et se tortillant sous l'emprise de Keith pour essayer de mieux voir les photos. Tu portais une robe dans celle-là ?

— C'est une robe de baptême, s'exclama Keith, poussant Lance une dernière fois. C'est traditionnel. »

Lance rit une nouvelle fois, mais laissa les mains de Keith le guider en direction du salon, où le nombre de photos embarrassantes diminuait drastiquement. Il y en avait quelques-unes sur le rebord de la cheminée qu'il aurait souhaité voir disparaître, notamment cette photo de lui qui hurlait en s'accrochant au torse de Shiro à la piscine, datant d'il y a quelques années, mais à part ça, c'était sans danger. Et...

« Muffin ? » roucoula Lance, ses yeux se posant sur ce qu'il ne pouvait que décrire comme un tas installé sur le fauteuil dans le coin le plus éloigné de la pièce. Lance se tourna vers Keith et désigna le tas. « C'est Muffin, hein ? »

Keith regarda le tas pendant quelques secondes, attendant de le voir se soulever doucement, signalant que c'était bien, en réalité, Muffin et non une simple pile de vêtements posée sur le siège.

« Ouais, c'est elle. »

Le visage de Lance s'illumina instantanément et il traversa la pièce, claquant des doigts et faisant de drôles de bruits de baisers tout en l'appelant.

« Muffin, dit-il d'une voix chantante. Muffin, viens voir tonton Lance.

— Je devrais filmer ça, lança Keith, se jetant sur le canapé pour observer l'inévitable carnage qui allait suivre. Comme ça tu pourras plus jamais le nier.

— Keith, je t'en prie, renifla Lance avec dédain, s'arrêtant pour lui jeter un coup d'oeil et lever les yeux au ciel. Oublierais-tu qui je suis ?

— Le Charmeur de Chats ?

— Exactement, » s'exclama-t-il avec un sourire, avant de se retourner en direction de Muffin, tendant la main pour la caresser.

Keith l'observa faire, attendant avec impatience le moment où Muffin allait ouvrir les yeux, se rendre compte que quelqu'un d'autre que Shiro essayait de la toucher et soit a) se mettre à grogner furieusement ou b) essayer simplement de planter ses griffes dans la main de Lance.

« Muffin, appela Lance encore une fois, s'accroupissant un peu pour être presque au même niveau qu'elle. C'est ton oncle préféré. »

Keith retint son souffle, Muffin frissonnant soudainement avant d'étirer son dos en se levant, jetant un coup d'oeil autour d'elle. Ses yeux vert foncé se posèrent sur Lance et, pendant quelques secondes, Keith fut certain qu'elle envisageait de lui bondir au visage toute griffe dehors. Mais Lance toucha son dos et tout vira au cauchemar.

Parce que Muffin ne grogna pas ou n'essaya pas de lui mordre les doigts, ni même d'écarter son bras d'un coup de patte paresseux, mais au lieu de ça... Au lieu de ça, elle ronronna. Bruyamment. Elle ronronna et se laissa aller au contact de Lance, fermant les yeux de plaisir en se frottant contre lui autant qu'elle le pouvait.

« Putain. De. Merde, siffla Keith, se levant brusquement et traversant la pièce en deux grandes foulées. Qu'est-ce que t'as fait ?

— Rien, répondit Lance en haussant les épaules, semblant ridiculement fier de lui. Les chats m'adorent, c'est tout. »

Keith grogna, s'accroupissant à côté de lui pour mieux voir Muffin. Il y avait clairement quelque chose qui clochait, là, parce que ce n'était pas possible qu'elle ronronne auprès d'un étranger. Cela faisait sept ans qu'elle faisait partie de la famille et elle commençait tout juste à tolérer la mère de Keith.

« Laisse-moi essayer, » marmonna Keith, écartant gentiment la main de Lance pour essayer de caresser le dos de Muffin et... « Mais bordel ? s'exclama Keith, retirant aussitôt sa main quand elle essaya très sérieusement de lui mordre le pouce. Ne rigole pas, grommela-t-il à Lance, lui jetant sans grande conviction un regard noir avant de se tourner vers Muffin qui le fusillait du regard.

— Oh, le méchant monsieur a essayé de te faire du mal ? fit doucement Lance, tendant les bras pour attirer Muffin sur ses genoux.

— J'essayais de la caresser, objecta Keith, observant le chat se placer confortablement sur les genoux de Lance, comme elle le faisait habituellement avec Shiro et qu'avec lui. En quoi j'essayais de lui faire du mal ?

— Elle a clairement senti tes mauvaises intentions, répliqua Lance, parvenant à peine à étouffer un rire.

— Toi, marmonna Keith, se redressant et époussetant son jean. Tu vaux pas mieux que Shiro.

— Sois pas jaloux, Keith. C'est pas de notre faute si tu sais pas t'y prendre. Tu vas où ? ajouta-t-il, fronçant légèrement les sourcils en observant Keith se diriger vers la porte.

— Chercher un chat qui ne veut pas ma peau, » lui répondit Keith avant de disparaître dans la cuisine.

Il s'accroupit en atteignant l'espace réservé aux chats – un coin rempli de jouets inutilisés, de paniers et de bien trop de ficelles qui traînaient pour que cela soit vraiment sans danger – et son visage s'adoucit en avisant les chatons emmitouflés les uns contre les autres dans le plus grand panier.

« Et dire que vous êtes ses descendants, » marmonna Keith dans sa barbe avant de saisir les bords du panier pour le soulever, faisant attention à ne pas trop secouer les chatons en retournant dans le salon.

En entrant dans la pièce, la scène qu'il découvrit était encore pire qu'avant. Lance était allongé sur le sol, le t-shirt légèrement relevé, montrant bien trop son ventre et le bord de son boxer pour que Keith se souvienne de comment respirer correctement, Muffin couchée sur lui.

« Keith, appela Lance, levant légèrement la tête pour le regarder. Je crois que j'ai une touche.

— Impossible, ronchonna Keith, s'avançant un peu pour poser les chatons près de sa tête. Muffin ne peut ressentir aucune émotion.

Keith, fit Lance, recouvrant les oreilles de Muffin en se redressant soudainement. Elle peut t'entendre, tu sais ?

— Parfait, » renifla Keith, s'asseyant par terre, à côté de Lance. Il fusilla Muffin du regard, se souvenant toujours qu'elle avait tenté de dévorer son pouce quelques minutes plus tôt. « Je veux qu'elle l'entende. »

Il ignora le son affligé que fit Lance et sortit un des chatons du panier.

« Je te présente Red. »

L'expression de Lance s'adoucit encore plus en regardant le petit chaton dans les mains de Keith, remuant et miaulant doucement en observant ses alentours avec curiosité.

« Je peux... ? »

Keith hocha la tête et Lance fit gentiment descendre Muffin de ses genoux avant de prendre Red. Il fit un bruit étrange, quelque part entre un rire et un « awwww », quand Red effleura son torse avec le bout de son nez, le reniflant avec intérêt.

« Elle est adorable.

— Ils le sont tous, fit Keith, sortant les autres chatons de leur panier pour les laisser se balader dans la pièce.

— Et elle s'appelle Heinz, rétorqua Lance, soulevant le chaton pour l'approcher de son visage. Pas Red.

— Non.

— Si.

Jamais.

— Trop tard, s'exclama joyeusement Lance, frottant doucement le bout de son nez contre la tête de Red (Heinz ?). Tu veux t'appeler Heinz, pas vrai ma choute ? »

Et, au grand désarroi de Keith, Red (Heinz ?) miaula son accord.

Lance se tourna vers lui et lui lança un sourire satisfait.

« Tu vois ?

— Comment t'arrives à faire ça ? s'exclama Keith, incrédule, grattant distraitement l'arrière des oreilles d'un des chatons.

— Je suis le Charmeur de Chats, tu te rappelles ? répondit Lance, se penchant en arrière pour s'appuyer contre le fauteuil. Les chats m'adorent tout simplement, c'est comme ça. »

Et Keith mentirait s'il ne s'avouait pas légèrement, légèrement jaloux. Surtout quand Muffin se tenait devant lui, regardant Lance affectueusement tout en crachant en direction de Keith toutes les deux secondes.

Keith ne savait pas combien de temps ils restèrent là à jouer avec les chatons et, dans le cas de Lance, avec Muffin, mais cela lui importait peu. Ils étaient assis l'un contre l'autre, le dos appuyé contre le fauteuil, regardant les chatons jouer à la bagarre devant eux. Lance se lia très rapidement avec Blue ("Schtroumpfette" le corrigeait Lance à chaque fois qu'il l'appelait comme ça), et déclara que c'était elle qu'il allait ramener chez lui avant de passer le reste du temps à prendre des photos d'eux pour les envoyer à Hunk.

Au grand soulagement de Keith, leur conversation leur vint aussi facilement qu'au restaurant. Il n'avait pas à chercher ses mots et il n'y eut aucun silence gênant. C'était sympa. C'était presque naturel, comme quand il traînait avec Shiro ou Pidge et pas avec quelqu'un qui, avec raison, devrait être considéré comme un étranger.

Ils étaient assis si proches l'un de l'autre que Keith n'avait qu'à tendre légèrement la main pour prendre celle de Lance, alors il le fit. Lance arrêta de jouer avec les chatons un instant pour jeter un coup d'oeil à leurs mains liées, avant de lever les yeux vers Keith. Pendant quelques secondes, Keith laissa son côté irrationnel prendre le dessus et fut certain qu'il allait retirer sa main, mais le sourire de Lance s'agrandit et il se pressa encore plus contre lui, ne laissant pas le moindre millimètre entre eux, et Keith sentit toutes ses inquiétudes le quitter.

« Donc, fit doucement Lance après quelques minutes de silence confortable, regardant les chatons courir après une boule de ficelle. Tu voulais qu'on regarde un film ? »

Keith hocha la tête, passant mentalement en revue la liste de films qu'il avait téléchargés sur son ordinateur portable il y a quelques jours, juste pour l'occasion.

« Je savais pas ce que tu voulais regard– »

La sonnette retentit, une, deux, trois fois, quatre fois, cinq fois, six...

« C'est moi ou ils restent appuyés sur la sonnette ? demanda Lance, fronçant légèrement les sourcils en se tordant le cou pour essayer de jeter un coup d'oeil par la fenêtre.

— Je crois bien, » répondit Keith.

Il voulait ignorer la sonnette et rester dans leur petite bulle, à se tenir la main et se raconter des blagues bidons, à simplement profiter de la présence de l'autre, mais la sonnerie se faisait insistante.

« Je devrais aller répondre. »

Lance soupira et lâcha sa main à contrecœur.

« Ouais, tu devrais.

— Euh, je reviens tout de suite, » lui assura Keith, se précipitant vers la porte d'entrée.

Il n'avait aucune idée de qui ça pouvait bien être. Ses parents n'étaient pas censés rentrer avant longtemps et Shiro ne lui avait pas parlé d'un retour à la maison. C'est peut-être une livraison, songea-t-il en déverrouillant la porte, bien que ses parents ne lui aient pas parlé du moindre colis, lui-même n'ayant rien commandé depuis un bout de temps.

Fronçant toujours les sourcils, il ouvrit la porte et grogna immédiatement en avisant la personne qui se tenait devant lui.

« Pidge.

Salut, Keith, fit Pidge avec entrain, ne se rendant apparemment pas compte du regard tueur que Keith lui lançait – ou alors elle s'en fichait royalement. Comment ça va ? »

Keith croisa les bras sur son torse et haussa un sourcil.

« Qu'est-ce que tu fais là ? »

Pidge fit un son dédaigneux, comme si la question de Keith la vexait, avant de brandir un bol devant elle.

« Ma mère a trouvé un de vos bols dans notre placard et m'a demandé de vous le ramener.

— Oh, euh... »

Pidge enfonça le bol dans le ventre de Keith avec une force remarquable, l'écartant de l'entrée pour pouvoir entrer chez lui.

« Ouep, je remplis simplement mon devoir de voisine.

— Mouais... fit Keith avec lenteur, observant Pidge s'avancer un peu plus dans le couloir, jetant des coups d'oeil autour d'elle comme si elle cherchait quelque chose. Merci pour le bol, je dirais à ma mère que tu nous l'as ram–

Keeeeiiiithhhhh ! (Le cri excité de Lance résonna bruyamment à travers la maison silencieuse.) Keith ! Schtroumpfette s'est endormie sur moi ! Dépêche-toi de revenir pour filmer ça. »

Oh bordel.

L'expression de Pidge se fit malicieuse, alors qu'elle pivotait pour lui faire face.

« Oh Keith, souffla-t-elle, la voix exagérément mielleuse et la plus hypocrite que Keith avait jamais entendue de sa vie. Je ne savais pas que tu avais des invités. Est-ce que je dérange ?

Oui, siffla Keith, reculant en direction de l'entrée. Alors si tu pouvais simplem–

Keeiiiithhhh ! s'écria à nouveau Lance, semblant un peu plus désespéré cette fois-ci. Keith t'es en train de tout rater. »

Pidge fit un pas en arrière, en direction du salon.

« Je devrais certainement aller dire bonjour, je ne voudrais pas paraître impolie, tu comprends ?

— Non t'as pas intérêt, » riposta Keith, passant un doigt sous sa gorge d'un air menaçant.

Pidge l'ignora joyeusement en se précipitant dans le salon, ricanant bruyamment, Keith à sa suite, une excuse sur le bout de la langue. Un truc du genre "Excuse ma meilleure amie, elle aime se mêler de ce qui la regarde pas et ne sait pas quand sa présence n'est pas souhaitée, ne m'en veux pas s'il te plaît".

« Keith, regarde– Oh. »

Lance se coupa, fronçant légèrement les sourcils quand Pidge et Keith entrèrent dans la pièce. Il était toujours assis où Keith l'avait laissé, Muffin allongée à ses pieds et Blue (Schtroumpfette ?) installée confortablement sur son torse.

« Euh. Salut ?

Salut, répondit Pidge avec enthousiasme, traversant la pièce pour se laisser tomber aux côtés de Lance. Tu dois être Lance. »

Keith grogna silencieusement en suivant Pidge à l'intérieur, n'osant pas s'asseoir aussi près de Lance qu'auparavant.

« Ouais, dit Lance, semblant étrangement amusé par la situation. Et toi, c'est Pidge, c'est ça ? La gamine qui me vole mon meilleur ami tous les jeudis ?

— Premièrement, ricana Pidge, rajustant ses lunettes quand elles commencèrent à glisser de son nez. Je n'aime pas être appelée "gamine". Et deuxièmement, ouais, c'est moi. C'est cool de pouvoir enfin te rencontrer. Avec Hunk et celui-là... (Elle agita la main en direction de Keith, assis derrière elle, semblant ne toujours pas remarquer le regard noir que ce dernier lui lançait.) J'ai l'impression de te connaître depuis des siècles.

Oh. »Lance agita légèrement les sourcils, jetant un coup d'oeil à Keith avant de revenir à Pidge. « Ils parlent de moi ?

Ugh, fit Pidge en levant les yeux au ciel. Tout le temps. Keith arrête pas d–

— As-tu besoin de quelque chose, Pidge ? fit bruyamment Keith, interrompant ce que Pidge allait dire, peu importe ce que ça pouvait être.

— Non, répondit la jeune fille en haussant les épaules, semblant parfaitement à l'aise avec la situation. Je venais juste te voir un peu. »

Keith se fit la promesse de passer la semaine à regarder toutes les séries préférées de Pidge pour bien pouvoir lui spoiler tout ce qu'il s'y passait.

« Ça vous dérange pas, si ?

Si, grogna Keith.

— Nan, ça va, répondit Lance en haussant les épaules, rigolant devant l'air horrifié qui apparut sur le visage de Keith. T'es la petite sœur de Matt, c'est ça ?

— La seule et l'unique. »

Lance se pencha, adoptant un ton conspirateur.

« Dis-moi ses plus gros points faibles. Il faut que je le batte au tennis de table la prochaine fois que je le vois. »

Keith, incrédule, les observa commencer une conversation remarquablement détaillée sur les possibles points faibles que Lance pourrait exploiter la prochaine fois qu'il défierait Matt et Shiro à un match de tennis de table.

Il finit par arrêter de contester silencieusement cette amitié soudaine (bien qu'il planifiait toujours de spoiler Pidge pendant un mois au moins) et les regarda interagir. Il ne savait pas trop ce que c'était, mais il y avait quelque chose dans le fait de regarder Lance rire à quelque chose que disait Pidge, ou Pidge expliquer avec enthousiasme un truc bizarre qu'avait fait Matt quand ils étaient petits, qui le fit sourire.

C'était sympa de pouvoir observer sa meilleure amie et son... Keith fronça les sourcils, son regard se posant sur Lance. Qu'était Lance pour lui ? Il se rendit compte, dans un sursaut, qu'il s'apprêtait à le désigner dans son esprit comme étant son petit-ami, mais il n'était pas complètement sûr de pouvoir l'appeler comme ça.

Son cœur manqua un battement et il se rendit compte, non sans un autre petit sursaut désagréable, qu'il voulait pouvoir l'appeler comme ça.

Oh.

« Keith ? »

Keith leva les yeux, laissant échapper un léger glapissement en remarquant que Lance avait bougé de sa place près du fauteuil et se tenait désormais à genoux devant lui, fronçant légèrement les sourcils.

« Est-ce que ça va ? »

Keith sentit ses joues commencer à chauffer. Il détourna le regard et tomba sur Pidge, qui le regardait d'un air narquois. Il la foudroya du regard avant de se tourner vers Lance, non sans réticence.

« Ça va.

— T'es sûr ? » Il avait l'air sincèrement soucieux et semblait à deux doigts de tendre le bras pour tester la température de son front. « T'as l'air... bizarre.

Bizarre ? » croassa Keith, se sentant soudainement bien plus mal dans sa peau qu'il l'avait jamais été de sa vie.

Parce que c'était exactement ce que personne ne voulait entendre ; que la personne dont on était amoureux pensait qu'on avait l'air bizarre.

« Pas dans le mauvais sens, fit précipitamment Lance, réalisant apparemment comment ses mots auraient pu être interprétés. Je veux dire, tu tirais une drôle de tête. Comme si t'avais avalé de travers ou un truc du genre.

— C'est son visage pensif, expliqua joyeusement Pidge, se levant pour s'approcher d'eux. Il devient comme ça quand il réfléchit sérieusement à quelque chose.

— T'ai-je déjà dit que tu étais une amie fantastique, grommela Keith.

— Fréquemment.

— J'ai menti.

Méchant. »

Lance rigola devant leur petit échange avant de donner à Keith un petit coup de genou pour avoir son attention.

« T'es sûr que ça va ?

— Ouais, t'inquiète pas, soupira Keith. J'étais juste... En train de penser à un truc. »

De penser au meilleur moyen de demander à quelqu'un s'il voulait sortir avec toi, pour être précis.

« Tu vois, fit Pidge avec un grand sourire, se penchant pour appuyer son bras sur la tête de Keith. Je te connais trop bien. Je parie que je peux même deviner ce à quoi tu pensais. »

Et le truc, c'est que Keith savait qu'elle le pouvait certainement.

« Ta mère doit se demander où t'es passée, indiqua-t-il rapidement, avant qu'elle ne puisse exposer ses déductions (qui étaient probablement correctes). Ça fait une heure que tu es partie pour nous donner un bol. »

Pidge ouvrit la bouche, sûrement pour le contredire, mais la referma aussi vite et fit un son pensif. Son regard oscilla entre Keith et Lance, avant de se poser à nouveau sur Keith, un sourire narquois aux lèvres.

« Tu as raison. J'ai pas envie qu'elle appelle encore une fois la police pour me porter disparue

Encore une fois ? s'exclama Lance, incrédule.

— Une partie de cache-cache qui est allée trop loin, expliqua Pidge en haussant les épaules. Keith a raison, je devrais rentrer.

Merci, marmonna Keith dans sa barbe, juste assez fort pour que Pidge l'entende.

— Contente de t'avoir rencontré, Lance, dit Pidge en laissant Keith la pousser pas si discrètement que ça en direction de la porte d'entrée. Je suppose qu'on va se voir plus souvent ?

— Ouais, répondit Lance, le même sourire timide de tout à l'heure plaqué aux lèvres. J'espère bien. »

Keith essaya de ne pas trop s'attarder sur le sens de ce "j'espère bien" en traînant Pidge à travers le couloir et en dehors de chez lui.

« Donc, fit Pidge innocemment, une fois à l'entrée de la maison. Il a l'air sympa. Très mig–

— Arrête, grogna Keith, portant une main à son visage. Arrête. Rentre chez toi et n'essaie pas de nous espionner depuis ta fenêtre.

— Tu m'as vue ? s'enquit Pidge en fronçant les sourcils, semblant sincèrement déçue de s'être fait prendre. Je me pensais super discrète.

— Tu l'étais pas, déclara Keith, impassible, la regardant sauter du perron et se diriger vers la barrière séparant leurs deux jardins pour passer par-dessus.

— Compris, s'exclama la jeune fille, enjambant la barrière. Je m'en souviendrai la prochaine fois.

La prochaine fois ?

— Bonne chance avec Lance, cria-t-elle, passant son autre jambe par-dessus en lui envoyant un sourire malicieux. Ne fais rien que je ne ferais pas.

T'as quinze ans.

— Exactement ! »

Il attendit de voir Pidge disparaître à l'intérieur de sa propre maison avant de fermer la porte d'entrée derrière lui et de retourner dans le salon.

« Désolé pour ça, » marmonna-t-il.

Lance était toujours assis les jambes croisées sur le sol, les cinq chatons faisant la sieste sur ses genoux. Il leva les yeux à l'approche de Keith et, heureusement, semblait plus amusé qu'autre chose. Ses lèvres étaient courbées en un petit sourire et il ne semblait pas remettre en question sa décision de venir ici après la visite de l'étrange (mais finalement bien intentionnée, Keith devait l'admettre malgré lui) meilleure amie de Keith.

« Je l'aime bien, fit Lance en haussant légèrement les épaules. Elle a l'air sympa. En plus, ajouta-t-il en ricanant dans sa barbe. Elle m'a donné des astuces géniales pour battre Matt la prochaine fois qu'il passe dans le coin.

— C'était pas... » Keith s'arrêta, s'asseyant près de Lance, reprenant la même proximité qu'auparavant. « C'était pas bizarre ou quoi que ce soit ?

— Nan, Hunk aurait sûrement fait la même chose. Ha, si Hunk avait un rendez-vous, j'aurais fait la même chose.

— Cool, marmonna Keith, se demandant s'il pouvait reprendre la main de Lance ou si ce n'était plus le moment. Est-ce que... Est-ce que tu veux toujours regarder quelque chose ? »

Lance hocha la tête avec enthousiasme.

« Ça serait génial.

— Cool. (Keith se donnait l'impression d'être un perroquet, à force.) Je remets les chatons dans la cuisine et on y va ? »

Lance pencha la tête de côté, fronçant légèrement les sourcils.

« On va quelque part ?

— Ouais. Euh... Dans ma chambre.

— Dans ta chambre ? »

Keith se demanda s'il avait imaginé le petit couinement qu'avait fait Lance en prononçant ce mot.

« Ouais, j'ai tout téléchargé sur mon ordinateur portable, mais j'ai pas de câble pour regarder sur la télé. Ça te dérange ?

Lance secoua la tête, semblant étrangement plus rouge qu'avant.

« Ça... » Il déglutit - Keith suivit des yeux le chemin de sa pomme d'Adam – et reprit. « Non, c'est parfait. »


La chambre de Keith était exactement comme Lance l'avait imaginée et même plus encore.

Elle n'était pas autant en pagaille que celle de Lance – il n'y avait pas d'ours en peluche géants ni d'autres doudous rangés dans un coin, pas d'horribles dessins et peintures datant de la primaire collés au mur avec de la colle forte (la mère de Lance lui en voulait encore pour ça), pas d'énormes tas de linges empilés sur sa chaise de bureau – mais c'était du Keith tout craché. Ce n'était pas non plus rangé, cela ressemblait plus à un bordel organisé avec d'énormes manuels alignés contre les murs et des boîtes de chaussures dépassant de sous son lit.

Il y avait quelques photos accrochées sur un miroir. Quelques-unes représentaient Keith et Shiro à diverses périodes de leur enfance et il y en avait une autre qui avait dû être prise au Noël dernier, Shiro et Keith souriant de toutes leurs dents à la caméra, portant deux gros pulls de Noël identiques. Une autre représentait Keith et deux adultes qui devaient être ses parents. Keith semblait plus jeune et était écrasé entre eux, portant un costume qui semblait deux fois trop grand pour lui (peut-être un ancien costume de Shiro ?). Il y avait aussi quelques photos avec Pidge. Lance se concentra sur celle qui devait probablement être la plus vieille de toutes, plaquée au milieu du le miroir. Les couleurs s'estompaient et les bords étaient légèrement ondulés, et dessus se trouvaient un mini Keith et une Pidge encore plus minuscule, jouant dans une piscine gonflable. Keith souriait à la caméra, montrant ses deux dents manquantes à l'avant de sa bouche, tandis que Pidge se tenait derrière lui, semblant à deux doigts de fondre en larmes.

« Pidge déteste cette photo, fit Keith avec un petit rire, remarquant finalement ce que Lance regardait.

— Pourquoi elle a l'air d'aussi mauvaise humeur ?

— Sa mère ne l'a pas laissée avoir une autre glace, ou un truc du genre. »

Lance parcourut les dernières photos du regard avant de retourner à son observation de la chambre de Keith. Il regarda les quelques posters sur ses murs : trois d'entre eux représentant ce qu'il pensait être d'anciennes bécanes, un autre accroché au-dessus de son placard qui devait être une vieille affiche de film.

« The Loch Ness Horror ? demanda Lance avec curiosité, laissant tomber son sac sur la chaise de bureau de Keith tout en indiquant le poster. C'est... un film ? »

Keith hocha la tête avec enthousiasme, les yeux s'illuminant juste assez pour que Lance le remarque.

« C'est vraiment bien.

— Vraiment bien selon toi, ou vraiment vraiment bien ? »

Keith pouffa.

« Vraiment vraiment bien.

— Keith. »

Il y eut une pause avant que Keith ne soupire et ne marmonne à contrecœur :

« Je crois qu'il a une note de deux sur cinq sur Allociné.

— Ah, fit Lance d'un air entendu, faisant un pas de côté pour lui donner un petit coup d'épaule. Donc c'est "vraiment bien" selon toi, hein ?

« Je suppose, » rigola Keith. Il fit quelques pas en arrière et se laissa tomber sur son lit, farfouillant dans ses draps jusqu'à en sortir un ordinateur portable. « Tu veux le regarder ? »

Lance hésita un long moment avant d'imiter Keith et de se laisser tomber, non sans gêne, sur le lit, à côté de lui. Ses draps étaient doux et confortables, dégageant la même odeur que Keith, et Lance sentit son cœur s'emballer à nouveau, dans un rythme désormais familier.

« On peut regarder quelque chose ayant peut-être plus de deux sur Allociné ?

— Bah, tu rates quelque chose, je t'assure, fit Keith tandis que son ordinateur prenait vie, avant d'entrer son mot de passe. Mais comme tu veux. »

Il s'appuya contre la tête de lit et Lance l'imita, pleinement conscient de leur soudaine proximité. C'était différent de tout à l'heure, dans le salon, cela semblait plus intime quelque part. Le lit était largement assez grand pour que deux personnes puissent y tenir confortablement, et pourtant ils étaient pressés l'un contre l'autre, tout depuis leurs hanches jusqu'à la pointe des pieds se touchant doucement. Ce serait si facile, Lance se rendit compte avec une précision saisissante, tellement facile de se mettre légèrement de côté et d'emmêler ses jambes avec celles de Keith, plaçant doucement ses mains sur sa taille.

Tellement facile.

« ...regarder ? »

Lance cligna des yeux, réalisant un peu tard que Keith lui parlait.

« Euh, pardon, t'as dit quoi ? »

Son visage chauffait et il ne pouvait que prier pour que ses joues ne soient pas aussi roses qu'il le sentait.

« Qu'est-ce que tu veux regarder ? redemanda Keith, indiquant le dossier de films téléchargés qu'il avait ouvert.

— Um... »

Lance se concentra sur l'écran, heureux de cette soudaine distraction. Cela voulait dire qu'il n'avait pas à se concentrer sur la chaleur qu'émettait Keith à ses côtés et à quel point c'était plaisant de l'avoir pressé contre lui.

« Celui-là ? (Il pointa l'écran sans vraiment regarder.) Ça me dit bien. »

Keith fronça les sourcils.

« Lake Placid ?

— Ouais, répondit Lance, toujours bien trop distrait par la jambe gauche de Keith, recouvrant légèrement la sienne dans cette position. Ça m'a l'air pas mal.

— Ça parle d'une vieille femme qui élève accidentellement un crocodile géant dans un lac.

Oh. Euh, ouais, fit Lance avec un haussement d'épaules, essayant d'accrocher un sourire confiant sur ses lèvres. Ça a l'air génial. »

Keith le fixa d'un air suspicieux l'espace de quelques secondes avant de hausser les épaules et de se tourner vers l'ordinateur, tapotant le pavé tactile quelques fois avant que l'écran ne devienne noir et que la présentation ne se lance.

Le film démarra et ils s'installèrent plus confortablement entre les couvertures. Au début, ce n'était pas si mal. Lance se laissa prendre par les horribles effets spéciaux et le mauvais jeu d'acteur, et plongea même étrangement dans l'intrigue assez basique, mais ce n'était pas possible de se concentrer bien longtemps sur un film d'horreur médiocre (qui était peut-être à la fois une comédie, ou peut-être pas, Lance ne savait pas vraiment) quand la personne qui te plaisait autant était pressée contre toi.

Keith était entièrement concentré sur le film – et Lance fut ennuyé de trouver cela adorable – les yeux grands ouverts en suivant les acteurs partir en quête futile d'un crocodile assoiffé de sang dans une forêt quelconque comme si c'était la chose la plus fascinante du monde.

C'est là, pensa Lance avec ironie, sursautant légèrement quand Keith éclata de rire devant quelque chose se passant à l'écran. C'est le moment où quelqu'un est censé tenter un truc. S'ils étaient dans une de ces horribles comédies romantiques dont il raffolait, ils arriveraient au moment où le personnage principal faisait semblant de bâiller pour passer un bras autour des épaules de la personne dont il était amoureux, se rapprochant dans une position parfaite pour un baiser soudain.

Les doigts de Lance tremblèrent contre sa cuisse en y pensant. Était-ce vraiment trop cliché ou est-ce que cela fonctionnait vraiment ? Keith se moquerait-il de lui ou...

« T'as vu ça ? » s'exclama soudainement Keith, tirant Lance de ses pensées. Il lui jeta un coup d'oeil et un sourire amusé se forma sur ses lèvres en avisant l'air sincèrement intéressé de Lance. « Pourquoi ils se sont pas enfuis ?

— Ouais, » répondit Lance en hochant la tête avec entrain, regardant l'écran pour essayer de deviner ce qu'il avait manqué.

Il compta rapidement les personnages et fronça les sourcils. Il était à peu près sûr qu'il y en avait cinq la dernière fois qu'il avait regardé. Il n'y en avait désormais plus que trois. Deux d'entre eux étaient morts ?

« Ce n'est pas du tout réaliste, continua Keith, ne remarquant apparemment pas que Lance n'avait aucune idée de ce qui se passait dans le film.

— Oh ouais, approuva Lance. Un film parlant d'un énorme crocodile assoiffé de sang, c'est pas du tout réaliste.

T'as vu ? » s'exclama Keith, montrant qu'il avait compris le sarcasme de Lance en lui donnant léger coup de coude dans les côtes avant de se concentrer à nouveau sur l'écran.

C'est le moment, pensa Lance, observant prudemment Keith qui écarquillait les yeux devant le crocodile géant qui apparut à l'écran, partant à la poursuite d'une blonde qui hurlait. C'était le moment de tenter The Geste. Il ne fit pas semblant de bâiller – il était pas aussi gnangnan, Hunk pouvait dire ce qu'il voulait – préférant faire semblant de s'étirer. Il lâcha un faux grognement en étirant un bras, le levant rapidement au-dessus de sa tête. Du coin de l'œil, il vit Keith le regarder curieusement, mais il l'ignora, étirant son bras vers la droite, le penchant légèrement pour qu'il se retrouve directement dans le dos de Keith. Une fois assez (faussement) étiré, il essaya discrètement de se replacer dans la même position qu'avant, laissant subtilement son bras derrière le dos de Keith, s'appuyant gentiment sur son épaule.

Victoire.

« Est-ce que... Est-ce que tu viens d'utiliser The Geste sur moi ? s'enquit Keith, ayant l'air partagé entre être très, très amusé ou horrifié devant la mièvrerie évidente de Lance.

— Non, mentit aussitôt Lance, reprenant son bras pour le poser sur ses genoux. J'étais juste... En train de m'étirer. J'avais une crampe. »

Keith haussa un sourcil, clairement incrédule.

« Tu viens de tenter The Geste.

— Arrête d'appeler ça comme ça ! grommela Lance, lui donnant un coup d'épaule. Et c'est faux. Je m'étirais, c'est tout. Je m'étirais, Keith.

— Uh huh. » Keith ne semblait toujours pas convaincu, mais haussa les épaules. « C'est dommage, alors.

— Ouais, vraiment do– Attends, quoi ? »

Keith rougit et tourna la tête, se mordant obstinément la lèvre inférieure en se forçant à regarder l'écran de son ordinateur portable.

« Je veux dire... Ehm. Ça m'aurait pas dérangé si tu l'avais fait, tu sais... »

Oh.

Oh.

Lance s'éclaircit la gorge, ne se donnant pas la peine de faire semblant de s'étirer cette fois-ci avant d'enrouler un bras autour des épaules de Keith.

« C'est... C'est bon comme ça ? »

Keith se tendit quelques secondes au contact avant de se détendre.

« Parfait.

Cool, hum. » Il toucha l'épaule de Keith, détournant son attention du film. « Je peux... ? »

Il y eut une pause et, pendant une ou deux secondes, Lance était sûr que Keith allait s'écarter et peut-être le virer de son lit. Mais Keith hocha la tête – il hocha la tête – se penchant en avant de façon presque imperceptible. Lance se rapprocha, essayant d'ignorer les battements bruyants de son cœur, et posa doucement ses lèvres sur les siennes.

Pour un premier baiser, ça n'avait rien d'extraordinaire. C'était chaste, une simple pression des lèvres, ne durant qu'à peine trois secondes avant qu'ils ne se séparent, les joues rougies et la respiration plus difficile qu'avant.

« C'est... commença Keith, portant les doigts à ses lèvres. C'était bien ? »

Lance fit un son pensif, laissant tomber son bras des épaules de Keith pour l'enrouler autour de sa taille, jouant avec le tissu de son pull.

« Je crois que c'est le genre de choses qui s'apprend avec de la pratique.

— Oh. » Keith pencha un peu plus la tête, une lueur s'allumant dans ses yeux quand il changea de position pour avoir une meilleure prise sur le t-shirt de Lance. « Tu veux le faire ?

— Faire quoi ?

Pratiquer ? »

Lance eut à peine le temps de hocher la tête avec entrain avant que Keith ne courbe la nuque pour capturer ses lèvres dans un nouveau baiser. Celui-ci était différent du premier. C'était toujours tâtonnant et légèrement hésitant – conséquence de deux garçons apprenant encore à se connaître – mais quelque chose en lui fit battre son cœur plus vite.

Ce n'était pas non plus parfait ; leurs nez se heurtaient sans cesse jusqu'à ce que Lance se recule légèrement, attirant Keith sur ses genoux sans le faire exprès et, quand l'un d'entre eux entrouvrit la bouche pour la première fois, passant d'une simple caresse des lèvres à un niveau plus élevé, leurs dents claquèrent les unes contre les autres à plusieurs reprises. Mais Lance pensait que c'était le genre de choses auquel il fallait s'attendre avec les premiers baisers et en plus, ils n'en étaient pas découragés pour autant.

Quand Keith se recula un peu, Lance se retrouva à poursuivre ses lèvres, lui donnant à peine une seconde pour reprendre son souffle avant que leurs bouches ne se retrouvent une nouvelle fois, bougeant l'une contre l'autre dans un étrange rythme qui leur allait très bien. Les bras de Keith s'enroulèrent autour de la nuque de Lance, s'installant complètement sur ses genoux, ses doigts caressant et tirant légèrement la base de ses cheveux.

Puis le deuxième baiser en devint un troisième, puis un quatrième, jusqu'à ce que Lance en perde totalement le compte. Quand ils se séparèrent enfin, Lance se rendit compte qu'ils avaient fini par s'allonger sur le côté à un moment donné. Keith était couché en dessous de lui, les jambes entremêlées avec les siennes, les cheveux en désordre, les joues roses et un sourire timide aux lèvres.

« Et ça, c'était bien ?

— T'as l'intention de me demander ça à chaque fois qu'on s'embrasse ?

— Peut-être, » répondit Keith, se relevant déjà pour caresser les lèvres de Lance avec les siennes.

Ce baiser évoquait plus leur tout premier ; la bouche fermée, doux et lent, mais quand Keith prit son visage entre ses mains, l'approfondissant sans peine, un frisson le parcourut de la tête aux pieds.

« Ouais, » souffla-t-il, s'éloignant légèrement de Keith pour joindre leurs fronts avec douceur. Keith ouvrit les yeux et Lance grava dans sa mémoire l'air légèrement étourdi qui traversa son visage quelques secondes avant qu'il ne lève la tête dans sa direction. « C'était bien. »

C'était mieux que bien, songea Lance tandis que leurs paupières se fermaient et que leurs lèvres se retrouvaient, s'habituant déjà à cette valse qu'ils avaient inventée.


Quand l'alarme de Lance (Toxic, de Britney Spears) sonna avec impatience, leur faisant savoir qu'il était temps qu'il s'en aille s'il voulait avoir le train qui lui permettrait de rentrer à la Garnison, Keith avait déjà décidé qu'embrasser Lance était peut-être son nouveau passe-temps favori.

Il y avait quelque chose de très relaxant dans le fait d'être allongé dans son lit, Lance à ses côtés, à s'échanger des baisers avec paresse tout en parlant de tout et de rien. Il avait également appris des tas de petits détails à son propos. Par exemple, Lance était bien trop chatouilleux, ce qu'il avait découvert quand son t-shirt s'était légèrement relevé et que Keith s'était retrouvé à caresser la chaude bande de peau mise à découvert. Il n'avait fait que l'effleurer, mais Lance avait laissé échapper un son à mi-chemin entre un rire et un cri, se repliant sur lui-même en le foudroyant du regard, comme s'il l'avait fait exprès.

Quand ils ne purent ignorer le bruit de l'alarme de Lance plus longtemps – bien que Lance semblait vraiment aimer chanter le refrain à tue-tête (et terriblement faux) – Keith regretta immédiatement la chaleur que dégageait le corps de Lance à ses côtés, se demandant quand est-ce qu'il allait avoir l'occasion de la retrouver. Il ne pouvait pas lire dans les pensées, bien sûr, mais il pensait que leur rendez-vous s'était plutôt bien passé, ce qui impliquait qu'il y en aurait plus par la suite, mais Lance n'avait rien mentionné à ce propos.

Toi non plus, fit une voix – une voix pleine de rationalité agaçante – dans son esprit, alors qu'il guidait Lance hors de sa chambre et en bas des escaliers.

Lance insista pour faire un câlin et embrasser tous les chats avant de partir, marmonnant quelque chose ressemblant à 'vu que quelqu'un ne le fait jamais pour moi' avant de hisser Muffin dans ses bras et de l'embrasser sur le front, à grands renforts d'exagération. Au désarroi de Keith, Muffin n'essaya pas aussitôt de lui arracher la langue avec un bon coup de pattes, semblant en réalité se blottir un peu plus contre lui.

« T'as des friandises pour chats sur toi, c'est ça ? lui demanda Keith une fois qu'il eut dit au revoir aux chatons, promettant à Blue (Schtroumpfette) qu'il reviendrait. C'est pour ça qu'elle t'aime autant, pas vrai ? Tes poches sont pleines de friandises, ou d'herbe à chat ou autre.

— Tu m'accuses de droguer ton chat ? s'exclama Lance en le suivant sur l'allée de la maison, en direction de la moto. Keith, tu me vexes. »

Keith haussa les épaules, décrochant les casques et en jetant un à Lance avant de grimper sur sa moto.

« C'est la seule conclusion logique.

— Ah ouais ? s'esclaffa Lance, imitant rapidement Keith en s'installant à l'arrière du véhicule, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde et qu'il n'avait pas été terrifié à l'idée de monter dessus quelques heures auparavant. On dirait que quelqu'un est jaloux de moi, chantonna-t-il en enroulant ses bras autour de la taille de Keith. T'inquiète pas, bébé. Je ne suis pas intéressé par Muffin de cette façon, tu n'as aucune raison d'être jaloux.

— Q– » Keith pouffa, allumant le moteur et souriant au cri surpris que laissa échapper Lance quand la moto s'avança sans prévenir. « Idiot.

— Eh ben, tu viens de passer une heure à embrasser un idiot, alors, fit Lance dans un éclat de rire, et même à travers le casque, Keith pensait pouvoir sentir son souffle caresser le bas de sa nuque (ou était-ce simplement son imagination ?). Qu'est-ce ça fait de toi ?

Keith fit semblant d'y réfléchir un court instant.

« Une personne très, très patiente ?

Kei– »

Keith rigola quand la réponse indignée de Lance se transforma en cri de surprise alors qu'il se lançait sur la route.

« Méchant, » lui cria Lance par-dessus le bruit du moteur, sa prise autour de la taille de Keith se resserrant un peu comme pour souligner sa remarque.

Ils arrivèrent à la gare avec un peu moins d'un quart d'heure d'avance. Il y avait moins de monde qu'en début d'après-midi, et Keith réussit à trouver une place assez proche de l'entrée.

Lance était un peu silencieux quand il rendit son casque et remit de l'ordre dans ses cheveux et vêtements, vérifiant que rien n'était tombé de ses poches pendant le voyage. Keith l'observa avec attention, se demandant s'il évitait vraiment son regard, même après avoir vérifié n'avoir rien perdu, ou si c'était lui qui s'imaginait des choses.

« Est-ce que tout va bien ? » demanda-t-il, fronçant les sourcils en essayant de se rappeler s'il avait fait quoi que ce soit pour que son humeur change autant depuis le départ de la maison.

Il avait accéléré juste un tout petit peu sur le chemin de la gare, mais Lance n'avait pas hurlé de protestation alors il s'était dit que ça ne l'avait pas dérangé.

« J'ai été trop vite ? voulut-il s'en assurer.

— Non, non, » fit rapidement Lance. Il prit une grande inspiration avant de s'avancer, se tenant à portée de bras. « Ça a été, c'était sympa.

— Alors–

— Tu me plais vraiment, lâcha brusquement Lance, jouant nerveusement avec le bord de son t-shirt. Vraiment beaucoup. Et... Et je suis à peu près sûr que c'est réciproque. »

Keith rit nerveusement, pas vraiment sûr de savoir où il voulait en venir.

« Vraiment ? Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

— Eh ben pour commencer, répondit Lance en souriant de toutes ses dents, s'avançant légèrement. Ce suçon juste là. »

Il tira sur le col de son t-shirt et désigna sa clavicule du doigt.

« Je... Je voulais pas... bredouilla Keith, son visage virant au rouge tomate. J'avais pas l'intention de te– » Il fit une pause, plissant les yeux en s'approchant de Lance. « Tu n'as pas de suçon, Lance.

— N'est-ce pas dommage ? rigola Lance et Keith ne put s'empêcher de rire aussi, parce que c'était peut-être bien dommage.

— Tu voulais en venir quelque part sinon ?

— Ouais, répondit Lance en le regardant dans les yeux, son sourire s'adoucissant. Je t'apprécie vraiment, Keith. Et... Ça me plaît... » Il agita une main entre eux, faisant un autre pas en avant jusqu'à envahir son espace personnel. « Alors, est-ce que, peut-être, tu voudrais essayer ?

— Essayer quoi ? » croassa Keith.

Sa gorge était soudainement sèche.

« D'être mon petit-ami ?

— Je... Quoi ? »

Un air blessé traversa le visage de Lance et il fit un pas en arrière.

« Je veux dire, tu n'es pas obligé de me rép– »

Keith tendit le bras et lui saisit la main, l'attirant à nouveau dans son espace personnel.

« Pardon, c'était vraiment mal formulé, s'excusa-t-il.

— Ah, tu crois ? » renifla Lance, bien qu'il ne semblait pas tout à fait convaincu.

Keith s'éclaircit la gorge et l'attira encore plus près de lui.

« Oui.

Oui ?

— Je t'apprécie aussi, Lance. Énormément. » Le bout des oreilles de Lance était rouge et celles de Keith ne devaient pas être dans un meilleur état. « J'ai envie... J'ai envie d'essayer, continua-t-il en agitant la main entre eux, répétant le même geste que venait de faire Lance. J'en ai envie. Alors, ouais.

— Cool, souffla Lance, ne prenant pas la peine d'avertir Keith avant de pencher la tête et de poser ses lèvres sur les siennes – durement, délibérément et bien, bien trop rapidement – avant de reculer, un sourire satisfait jusqu'aux oreilles. Cool.

— Ouais, parvint à dire Keith, la voix rauque, toujours ébranlé par le baiser. Ouais.

— Je crois que je dois y aller, murmura Lance, jetant un coup d'oeil à l'horloge qui se trouvait au-dessus des portes de la gare. Mon train arrive dans deux minutes. »

Keith essaya de ne pas avoir l'air trop déçu, mais apparemment, il le fit très mal puisque Lance rit doucement en se penchant à nouveau pour l'embrasser presque furtivement avant de reculer.

« On se voit bientôt ?

— Ouais, à bientôt. »

Lance lui lança un dernier sourire aveuglant avant de pivoter et de gravir les marches menant à la gare. Keith le regarda s'éloigner, attendant qu'il soit bien à l'intérieur avant de faire demi-tour pour aller chercher sa moto.

« Keith. »

Il fronça les sourcils en pivotant, avisant Lance qui redescendait les escaliers à toute vitesse, fouillant dans son sac.

« Lance ? fit-il, confus. Et ton train ? Tu vas le rat– »

Il trébucha de quelques pas en arrière quand Lance lui balança un paquet bien mal emballé avant de repartir dans l'autre sens.

« Ton cadeau ! lui cria Lance, montant les marches deux par deux. J'ai oublié de te le donner chez toi ! Juste... Ah, tu me diras ce que t'en penses ! »

Et il disparut à l'intérieur de la gare, se jetant entre les portes, se dépêchant sûrement pour avoir son train.

Keith soupesa le paquet dans ses mains en s'installant sur sa moto, restant immobile un court instant avant d'arracher l'emballage (du papier journal, se rendit-il compte en ricanant) et d'en sortir une paire de gants et une paire de chaussettes. Les gants étaient d'un rouge flamboyant et les bords étaient noirs. Il y avait même un petit "K" blanc cousu au niveau de chaque poignet. Mais ce n'était pas eux qui le firent rester sans bouger au milieu du parking, essayant de retenir un grand sourire. C'était les chaussettes.

Keith rigola tout seul en retirant les grosses chaussettes du paquet pour mieux les voir. Elles étaient entièrement rouges, sauf à un endroit où s'amassait un tas d'un noir profond qui devait représenter un gros chat. Il pouvait à peine discerner les oreilles et le nez, ainsi que le visage renfrogné qui le fixait. Rigolant toujours, Keith sortit son portable de sa poche et ouvrit rapidement sa conversation avec Lance pour écrire un nouveau message.

(19:30) C'est censé être Muffin sur les chaussettes ?

(19:30) aHHH TU L'AS DÉJÀ OUVERT ?

(19:30) Et ouais, c'est un portrait approximatif de ma nièce préférée.

(19:30) C'est horrible hein ?

(19:31) Ça ne lui ressemble pas du tout.

(19:31) Je les adore.

(19:31) Les gants aussi.

(19:32) :3c

(19:32) Non.

(19:32) :(

(19:32) ❤


(19:35) Laaaance.

(19:35) T'es où ?

(19:36) T'as manqué l'heure du repas, Iverson est d'une humeur massacrante.

(19:40) Je suis dans le train.

(19:40) J'arrive dans une demi-heure !

(19:40) Dis-lui que j'ai... une intoxication alimentaire ou un truc du genre.

(19:42) Je lui ai dit que t'avais la diarrhée.

(19:43) huNK ?

(19:44) IL ME FALLAIT UN TRUC RÉALISTE POUR QU'IL ME LÂCHE LA GRAPPE, TAIS-TOI.

(19:44) J'aime pas quand il me prend de court comme ça.

(19:47) J'y crois pas...

(19:48) Ouais, ouais, je te revaudrai ça, promis.

(19:48) Mais parlons de choses bien plus importantes...

(19:48) Comment ça s'est passé avec Keith ?

(19:50) Oh

(19:50) EH BIEN.

(19:51) J'ai des tas de trucs à te raconter.

(19:53) Dans le bon sens ou...

(19:56) :)

(19:56) Dans un très bon sens.

(19:57) Oh mon dieu.

(19:57) Vous sortez ensemble, c'est ça ? Je veux dire, vraiment ?!

(19:57) Officiellement ?!

(20:00) :)

(20:01) LANCE.

(20:01) :)

(20:03) Wow, vraiment ?

(20:03) Je te raconterai tout en rentrant, mais ouais

(20:03) ~Officiellement~

(20:04) AHHHHHHH.

(20:04) T'AS VU ?!

(20:05) Oh bordel, t'as un petit-ami.

(20:06) :)


(19:49) C'était ta moto que j'ai entendue ?

(19:49) Ou vous vous faites cambrioler par un gang de motards ?

(20:01) C'était moi.

(20:02) Ouf.

(20:02) Alors... Lance...

(20:04) Tu vas vraiment faire ça maintenant ?

(20:05) OUI.

(20:05) COMMENT ÇA S'EST PASSÉ ?

(20:07) Bien.

(20:08) Keiiiithhhhhh.

(20:08) Tu vas devoir m'en dire plus. Je vis indirectement une histoire d'amour à travers vous, tu sais ?

(20:10) C'était vraiment bien.

(20:12) J'te jure j'en ai marre de devoir toujours t'arracher les vers du nez.

(20:13) On sort ensemble.

(20:15) Genre

(20:15) Genre vous allez sortir au resto dans pas longtemps ou...

(20:16) Vous sortez ensemble en mode, c'est ton petit-ami maintenant ?

(20:18) La deuxième.

(20:19) VRAIMENT ?

(20:20) Ouais.

(20:21) Oh mon dieu.

(20:21) Tu sais que tu vas devoir changer ton statut sur Facebook maintenant ?

(20:23) ...

(20:23) Non.

(20:25) Eh. Je le ferai pour toi.

(20:26) Tu connais pas mon mot de passe.

(20:28) Ça, c'est ce que tu crois.

(20:28) Et puis, tu vois le bol que j'ai ramené ?

(20:30) Ouais...

(20:31) Tu peux me le rendre ? C'est pas à vous en fait.

(20:31) J'avais juste besoin d'un prétexte pour venir vous voir.

(20:33) Pidge, t'es sérieuse ?!

(20:34) :)


(20:37) Donc, j'ai entendu dire que des félicitations sont de vigueur ?

(20:39) Quoi ?

(20:40) Matt vient de nous l'apprendre.

(20:40) À propos de toi et Lance ?

(20:41) Sérieusement ?

(20:41) Je l'ai littéralement dit à Pidge il y a moins de dix minutes.

(20:41) Ils sont connectés mentalement ou quoi ?!

(20:43) J'aimerais bien le savoir.

(20:44) Mais ouais, félicitations ?

(20:46) Merci, Shiro.

(20:46) :)

(20:47) Tu sais...

(20:47) Maintenant que tu sors avec quelqu'un... la prochaine fois qu'on revient, Allura et moi... peut-être...

(20:48) On ne va pas se faire une sortie en couples, Shiro.

(20:48) ÇA SERAIT DRÔLE.

(20:49) Non.

(20:51) Je vais demander à Lance alors.

(20:54) Fais pas ça, il pourrait dire oui.

(20:54) C'est exactement pour ça que je vais lui demander.

(20:55) Non. Tu n'as pas le droit de parler à mon petit-ami sans que je sois présent.

(20:55) Trop tard, je lui ai envoyé un message sur Facebook.

(20:58) NON.

(20:59) Et il vient de répondre.

(20:59) Il a dit quoi ?

(21:00) Après une série de smileys, il dit "oh ouais, ça à l'air génial !", suivi d'une nouvelle série de smileys.

(21:02) Trahi le même jour par mon frère et mon petit-ami.

(21:02) Incroyable.

(21:03) Aww.

(21:04) Shiro, non.

(21:06) Mais c'est mignon !

(21:07) Non.

(21:10) Laisse-moi dire un dernier "aw" et je dirai plus jamais que vous êtes mignons.

(21:11) On sait tous les deux que c'est un mensonge.

(21:12) Ok, pas faux.

(21:12) Mais je vais quand même le faire.

(21:13) AWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWW.

(21:14) ...

(21:14) Je peux savoir ce qu'Allura te trouve ?

(21:18) Elle dit que j'ai un superbe physique.

(21:18) Et apparemment, le café que je fais le matin est délicieux.

(21:20) Ouais, c'est tout à fait correct.

(21:20) Enfin, je parle du deuxième truc, pas du premier.

(21:23) Quand es-tu devenu aussi méchant ?

(21:23) Quelque part entre ton deuxième et troisième "aw"

(21:25) ...

(21:25) C'est noté.


(22:01) Salut :)

(22:01) Hey :)

(22:02) Si j'en crois Hunk, j'ai pas arrêté de sourire depuis que je suis rentré.

(22:02) Alors, ouais.

(22:02) C'est de ta faute.

(22:04) Ça me dérange pas d'être accusé pour ça.

(22:04) Je

(22:05) Je me suis bien amusé aujourd'hui.

(22:05) Vraiment.

(22:06) Pareil.

(22:06) :)

(22:07) :)

(22:07) Et les chaussettes me vont.

(22:08) VRAIMENT ?

(22:09) Ouais.

(22:09) [IMAGE ENVOYÉE]

(22:09) [IMAGE REÇUE]

(22:10) T'es en train de les porter ?!

(22:11) Ouais. Elles sont vraiment chaudes.

(22:11) Et puis, elles ont ton odeur et Muffin arrête pas de renifler mes pieds d'un air suspicieux.

(22:12) Je crois qu'elle sait pas si elle est censée me détester ou m'adorer.

(22:15) Aw, quel petit ange.

(22:16) Les démons sont des anges déchus, alors je suppose que c'est vrai.

(22:18) Maintenant que je l'ai rencontrée, je ne tolérai plus le moindre mensonge à son propos.

(22:19) Tu as littéralement assisté à la façon dont elle me traitait ?

(22:20) Elle est clairement traumatisée.

(22:20) De quoi ?!

(22:21) De cette fois où tu lui as marché sur la queue.

(22:23) C'ÉTAIT IL Y A CINQ ANS.

(22:24) Bah... c'est ta parole contre la sienne.

(22:25) J'en reviens pas

(22:25) Mon petit-ami prend le parti d'un chat au lieu du mien.

(22:27) Ahhhhhhhh.

(22:27) Tu viens de dire que j'étais ton petit-ami.

(22:28) Lance.

(22:28) Tu es mon petit-ami.

(22:29) OUI !

(22:29) Et tu es le mien.

(22:30) Ouais.

(22:31) Wow.

(22:32) Mhm.

(22:34) ❤

(22:35) ❤

(22:36) Je vais jamais m'y habituer.

(22:36) T'habituer à quoi ?

(22:38) Au fait que tu sois mon petit-ami.

(22:38) À te tenir la main.

(22:38) À t'embrasser...

(22:30) Oh...

(22:30) Pareil.

(22:34) C'était bien, hein ?

(22:35) Ouais.

(22:35) Vraiment bien.

(22:36) On pourra recommencer dans pas longtemps ?

(22:36) J'aimerai bien.

(22:37) Cool.

(22:37) Cooool.

(22:39) Keith ?

(22:40) Ouais ?

(22:41) Je t'apprécie énormément.

(22:42) Je t'apprécie énormément aussi.

(22:45) ❤

(22:46) ❤


Note de la traductrice : Héhéhéhé, je sens que j'ai pas fini de galérer avec la subtilité entre 'i like you' et 'i love you'. Si c'est trop bizarre, dites le moi...

...

Aaaaaaaaaaaaaaah, j'en reviens pas, c'est fini !

C'est la deuxième fois que je poste cette fanfic, et le sentiment de manque juste après fait à nouveau son retour :,(
Merci à tout ceux qui ont lu et les quelques uns qui ont commenté, ça m'a fait vraiment plaisir !

Je vous invite à visiter la fanfic originelle (-nale ?) ou ma traduction sur AO3 pour accéder à des liens qui mènent à des fanarts tout simplement géniaux ! Je vous jure, ça vaut le coup :P

Encore une fois, merci d'avoir pris le temps de lire et (je l'espère) à bientôt !

(1) Annie est une comédie musicale de 1977 qui parle d'une petite orpheline. Je sais pas si vous connaissez cette chanson, mais c'est de là qu'est tirée "It's A Hard-Knock Life" (j'avoue, je la connais que par le biais de mème mdr).