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Bright star
"Astre brillant, que ne suis-je immuable comme toi..."
John Keats
« Lily ! Beth ! Sirius va partir... » cria James du rez-de-chaussée
On était le 31 Octobre. Beth était sur les nerfs depuis le début de la journée. Elle avait un mauvais pressentiment…et elle savait qu'elle ne se trompait pas. Lily s'en était aperçue et toutes les deux avaient travaillé avec acharnement sur le sort qui sauverait Harry et ses parents. Toutes les deux avaient fait semblants durant la journée, car peut-être était-ce une fausse alerte. Les deux femmes se relevèrent et Beth fit craquer son dos, fatiguée de s'être penchées une partie de l'après-midi sur ce grimoire et d'avoir tracée des cercles de protection dans la nurserie. Toutes les deux descendirent.
Sirius n'apprécia pas l'air sombre de sa compagne. C'est comme si les quelques jours qui venaient de passer n'avaient jamais existé. Elle vint l'enlacer après Lily, mais ce n'était pas ce contact familier où elle se nichait contre lui pour se réchauffer. Il y avait une certaine distance, comme un adieu. Il la serra d'avantage contre lui, lui frottant le dos sous l'œil goguenard de James.
« N'oublie pas que je t'aime. » lui chuchota t-il en enfouissant son nez dans ses cheveux bouclés.
« Moi aussi. » répondit-elle d'une voix étouffée.
Avant qu'il ne puisse réaliser que ses sentiments commençaient à devenir plus profonds, qu'elle lui disait pour la première fois ces quelques mots, elle s'éloigna légèrement. Pour éviter qu'il ne parle, elle posa ses lèvres sur les siennes, mais pour elle ce baiser avait un goût de trahison elle le trahissait car elle entretenait un rêve qui se dissiperait bientôt.
« Allez file… » lui dit-elle
Son regard était aux abois. Sirius ne savait pas pourquoi, ne voulait pas comprendre pourquoi.
« Bon…à demain. »
« A demain… »
Ce temps lui semblait étrangement lointain. Ce fut Beth qui ferma la porte, ne le quittant pas des yeux. Sirius sentait une douleur diffuse se répandre dans son cœur, décidément, il avait un mauvais pressentiment.
Lorsque Sirius eut transplanné, James se tourna vers Beth.
« Qu'est ce qui se passe ? » demanda t-il
Il la vit retenant des larmes, serrant ses bras autour d'elle.
« Je crois que c'est finis. »
« Beth… »
« James…les protections ont disparu… » annonça t-elle
« Pardon ? Mais Peter…Dumbledore avait dit que… »
Elle éclata d'un rire froid :
« Dumbledore…Mais Dumbledore attend de voir ce qui restera de vous quand Peter aura craqué. Vous avez voulu l'écouter et vous vous êtes rabattu sur cette solution hasardeuse qu'est le gardien du secret. Maintenant, il faut assumer, James. »
James recula devant elle. Elle n'avait pas l'air triomphant de ceux qui savent qu'ils avaient raison et qui voient leurs théories valider par les évènements.
« Il va arriver n'est-ce pas ? »
Elizabeth observa longuement James sans répondre. C'était suffisant.
« James…suis Lily. Allez chez moi, vous y serez en sécurité, Lily connait le chemin. »
« Tu ne vas pas resté ! Beth…pense à Sirius… »
« Pense à ta famille, James Potter ! Tu as le devoir de les protéger. Tu l'as juré. Ne renie pas ta parole. Pas devant moi, James. Je vais donner le pouvoir d'ouvrir le manoir à Lily, pendant ce temps-là, prépare toi à partir. Il y a assez de nourriture chez moi pour que vous teniez un mois. »
« Beth…non… »
« C'est mon choix, James. Maintenant dépêche-toi. »
James allait sortir de la pièce.
« Tu lui diras que je suis désolée, sincèrement…et qu'il avait raison… moi aussi j'aurai aimé cela.» rajouta-t-elle en regardant toujours la fenêtre.
Ces mots arrêtèrent James. Il attendit que Beth remonte à l'é
« Mais qu'est-ce qui te prend ? C'est pas le moment de jouer au héros, imbécile ! »
« La ferme Keats ! Emmène Lily et ne t'avise pas de revenir. »
« Non ! »
« Tu ne me laisses pas le choix…Impero. »
Beth n'eut pas le temps de contrer cette attaque. Elle monta docilement les escaliers et arriva dans la chambre de Harry.
« Et James ? » s'enquit Lily
La porte claqua soudainement derrière la marraine. Beth se retrouva soudainement libre de ses mouvements. Elle tenta d'ouvrir la porte, mais cette dernière avait été verouillée par une dizaine de sorts. Elle ne s'acharna. Elle avait compris. Elle se retourna vers Lily. Cette dernière aussi avait compris. Elle ne cria pas. Elle ne pleura pas. Beth posa ses lèvres sur son front. Puis la jeune femme se tourna et récita une autre formule pour gagner du temps.
« Intra muros. »
Toutes les entrées de la chambre furent condamnées. Beth s'entailla ensuite la paume de la main et dessina sur le mur une porte en récitant l'incantation.
« Je suis la clé et le crayon
Vôtre est ma maison.
Mon cœur est tien
Ton sang est le mien.
Crois moi ma sœur,
Ce n'est pas ton heure.
Je suis la clé et le crayon
Vôtre est ma maison.
Ma mort est votre vie. »
Le mur disparut pour laisser place à une petite porte. A ce moment là une secousse ébranla les murs de la nurserie. Voldemort était là. Beth ne perdit pas de temps. Elle poussa Lily dans le passage. Avant qu'il ne se referme, elle posa ses lèvres sur son front et celui de Harry, les bénissant.
« Contacte Remus, Sirius. Et Severus, Lil'. Protégez-vous. Tous.» lui chuchota t-elle
« Beth… »
« Adieu Lily. »
Et elle referma le passage. Les murs se fissuraient de plus en plus. La mort se sentait dans la chambre. Mais elle n'avait pas peur, elle se sentait irradiée comme lorsqu'elle avait de la fièvre. Chacun de ceux qu'elle avait aimés lui souriait. Son père, Lily, Severus…elle espéra que tout s'arrangerait pour lui. Elle avait fait tout ça pour lui. Sirius…ils avaient passé si peu de temps ensemble…l'avait-elle aimé ou n'avait-elle que voulu lui faire plaisir ? Cette pensée la révulsa. Merlin, bien sûr qu'elle l'aimait. Elle ne se serait pas donné de cette manière. Et si son âme restait liée à travers les âges à Severus, elle avait donné ce cœur à Sirius…
Le mur explosa. Elle fut soufflée mais elle se releva bien vite. Elle ne faillirait pas. La mort était devenue une compagne trop intime pour qu'elle la craigne. Devant elle se tenait, quelqu'un de plus misérable qu'elle. Elle se mit à genoux. Un rire déchira le silence malsain de la chambre.
« Crois-tu pouvoir t'en sortir ainsi ? En rampant ? »
Les lèvres de Beth bougeaient silencieusement. Elle récitait la prière que sa mère lui avait appris enfant.
« Et pardonne nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » récita t-elle tout haut en levant les yeux sur son meurtrier
Ce n'était pas un regard effrayé ou suppliant. C'était celui des martyrs qui ont toute confiance en un ailleurs meilleur.
« Heureux êtes-vous si l'on vous persécute à cause de mon nom. »
C'était sa dernière bravade, elle le savait.
« La dernière aède…si misérable…l'amour fait faire des folies… »
« Ne parle pas d'amour Tom. Ne le souille pas de tes lèvres impies. »
« Misérable…et la prophétie désignait une moins que rien… »
« Une moins que rien…tu ne connais pas la portée de tes mots, Tom… »
« Et toi tu vas te taire…à tout jamais… »
« Ainsi soit-il. »
« Avada Kedavra. »
Elisabeth avait écarté les bras, prête à enlacer la mort. L'éclair vert frappa sa poitrine. Elle s'effondra comme une poupée de chiffon sur le sol. Son visage était l'un des rares, pour ne pas dire le seul de ceux qui étaient mort par ce sort, à être apaisé. Ses paupières avaient fini par se fermer. Voldemort la retourna du pied.
« Croyais-tu que toi, la pauvre petite poètesse, tu aurais pu me mettre à bas, moi le descendant de Salazar Serpentard ? »
Il s'apprêtait à lancer la marque des ténèbres sur la maison des Potter quand une douleur fulgurante lui traversa le crâne. Laissant tomber sa baguette, il poussa un hurlement déchirant avant de se dissoudre dans une explosion qui souffla le premier étage de la maison des Potter.
