Evidemment, Elsa et Anna accoururent. Lorsqu'elles virent l'état de la pièce et Alice dans cet état, elles restèrent un instant sans voix, incapables de même faire un pas. Un instant seulement. Anna hurla et se précipita vers sa fille, l'arrachant des bras de sa nièce.
"Non ! Ah non non non, hors de question ! Alice. Alice, réveille-toi. Réveille-toi, tout de suite !"
Evidemment, le jeune fille ne répondit pas, et Anna se tourna vers sa soeur, l'air angoissé.
"Elle ne m'entend pas !" Elle se tourna vers sa nièce, toujours prostrée. «Luna ! Luna, qu'est-ce qui s'est passé ? "
Celle-ci ouvrit de grands yeux et les mots sortirent de sa bouche en désordre, presque aussi vite que les larmes qui coulaient sur ses joues.
"Je ne sais pas ! Je j'étais énervée... et ça a débordé ! Et je ne contrôlais plus rien, il y avait du vent, et… »
Elsa sembla soudain s'éveiller.
« Il faut l'emmener voir les trolls »
Anna prit sa fille dans ses bras, et l'enveloppa dans toutes les couvertures qu'elle put trouver, avant d'attrapper sa soeur par la main et de hurler aux suivantes de préparer leurs chevaux. Elsa jeta un dernier regard navré en arrière puis disparut derrière la porte qui se referma d'un coup sec qui résonna dans le coeur de Luna comme un coup de couteau. Elle était seule. Dangereuse. C'était tout ce qu'elle méritait.
Elle resta immobile ce qui lui sembla durer des heures, voire des jours entiers. Elle revoyait tourner en boucle la scène. Alice. Les cris.
Hésitante, chancelante, elle se releva. Elle ne faisait que les mauvais choix. Elle blessait ceux qu'elle aimait. Elle n'avait qu'une seule chose à faire. Il fallait partir.
Elle prépara un sac à dos, qu'elle remplit de provisions, de vêtements propres, et du strict minimum, avant de se faufiler hors de sa chambre. Personne ne la remarqua tandis qu'elle traversait le grand hall pour aller chercher sa cape, ni quand elle sortit par la petite porte dérobée. Une fois dehors, elle ressentit le besoin urgent de s'éloigner au plus vite, de fuir avant de blesser quelqu'un. Elle se mit à courir, courir, du plus vite qu'elle put, de toutes ses jambes. Elle courut, courut, longtemps, avant de s'arrêter, essoufflée, au bord d'une congère. Elle regarda autour d'elle. Elle était sur le la montagne du Nord. Pas si loin qu'elle aurait cru, mais une distance raisonnable. Elle regarda les flocons qui tourbillonnaient autour de son visage, sans réaliser que c'était elle qui les avait créés. Elle se pencha pour voir le royaume sous ses pieds, et se sentit soudain… libre. Plus de règles, de protocoles, plus de risques, plus personne pour lui reprocher quoi que ce soit ou lui faire croire à des mensonges. Elle se redressa, et fit face à l'hiver. Un sentiment de puissance l'envahit soudain, et elle eut envie de chanter, crier, danser. La neige fusait de ses mains, et pour la première fois, la glaciale beauté de ses pouvoirs la respira un grand coup, avant de tourner les talons. Elle monterait plus, haut plus haut que jamais. Elle voulait toucher le ciel, ne faire plus qu'un avec les étoiles, sans avoir la moindre idée d'à quel point elle ressemblait à sa mère à cet instant. Elle voulait valser, crier à la lune à quel point elle se sentait bien. Libre. Enfin ! Elle se remit à courir, riant au milieu des flocons. Son écharpe s'emmêla à une des rares branches qui poussaient par ici, et elle l'y laissa. Après tout, à quoi bon porter une écharpe ? Le froid ne l'avait jamais dérangée…
Elle monta encore longtemps, longtemps. Elle faisait fuser la neige de ses mains, créait des paysages d'une beauté incroyable. C'était magique. Elle allait monter, monter toujours plus haut. Le ciel n'était plus qu'à quelques pas... Mais arrivée au sommet, stoppée dans son élan, elle s'arrêta. Les étoiles la contemplaient de là haut, si lointaines. Elle n'était pas une étoile, pas une déesse, pas puissante, juste une petite fille perdue et pourtant trop dangereuse pour rester près des siens. Et maintenant ? C'était la première fois qu'elle se posait la question. Et maintenant ? Elle faisait quoi ? Là, toute seule, au milieu de la montagne, avec à peine de quoi manger pour deux jours ? Elle n'avait que treize ans, après tout…
Elle s'accroupit pour cesser de faire face aux vents qui poussaient sa menue silhouette de droite à gauche. Elle était trempée, perdue, et elle ne pourrait plus jamais rentrer chez elle. Sa maman, sa cousine, sa tante… Elle se remit à pleurer, la désagréable impression de se transformer en fontaine n'améliorant pas son humeur.
La jeune fille pleura longtemps, assise seule sur sa montagne, jusqu'à ce qu'une main se pose sur son épaule. Une main d'homme. Elle se redressa, surprise. Une présence, si loin dans la montagne, en pleine tempête de neige ? Mais l'homme, comme si de rien était, lui sourit.
« Je peux vous aider mademoiselle. »
Celle-ci eut un petit sourire triste.
« Excusez-moi, je ne pense pas, mais c'est gentil. Vous feriez mieux de me laisser. Je suis dangereuse. »
L'homme eut un petit sourire en coin. A la voir assise sur son rocher, ce n'était pas flagrant. Mais de toutes manières, ce n'était pas ce qu'il voulait dire.
« Vous m'avez mal compris, mademoiselle. Ce n'était pas une question, mais une affirmation. Je peux vous aider. Vous n'avez qu'à me suivre, et je vous hébergerai pour la nuit. Je connais quelqu'un qui peut résoudre votre problème. »
La jeune princesse releva la tête.
« Mon problème ? Qu'est ce que vous en savez, de mon problème ? Vous ne me connaissez même pas !
-Oh, si, bien plus que vous ne le croyez, votre Altesse. Et mon m.. ami vous connait d'encore plus près. Vous, par contre, je ne pense pas que vous ayez eu la chance de le rencontrer. Si vous voulez bien me suivre ? »
Sa voix s'était faite plus pressante, et elle devina que si elle ne le suivait pas, il trouverait un moyen de l'y forcer. Ce qui lui donnait tout, sauf envie d'y aller. Mais elle n'avait nulle part d'autre où aller, et la proposition restait tentante... Elle devait l'accompagner, au moins pour savoir qui la connaissait si bien au point d'être capable de la retrouver en pleine tempête. Elle se redressa, et il la prit par le poignet avant de la tirer vers l'avant avec une douceur feinte, mais quand elle tenta de retirer son poing, elle sentit la poigne de fer de son "ami". Il partit d'un bon pas, la forçant à courir presque pour le suivre.
« Venez votre Altesse. Nous ne devons pas être en retard, ou Il ne sera pas content.
-Hé, mais attendez ! Qui c'est, ce il ? »
L'homme ne répondit pas, et continua à la trainer dans la neige.
« Et vous, vous êtes qui ?
- Un vieil ami de votre tante. » fit-il en s'arrêtant une seconde pour la regarder. « Je m'appelle Hans. »
