C'est la fin.

Ce chapitre est plein de bons sentiments, mais la fic s'appelle Happy End, et j'ai dû suivre cette ligne éditoriale jusqu'au bout. Je voulais une fin heureuse pour Regina et Emma, mais aussi pour Henry, pour Snow et David, pour Neal et pour l'ensemble des habitants de Storybrooke.

Je voulais aussi une histoire différente pour SQ, avec un environnement différent et un traitement un peu différent de ce qu'on lit ordinairement. (Mes fics SQ préférées sont bien plus sombres que ça !). Il n'y avait donc pas de méchant, pas d'accusations à tout va, pas vraiment d'obstacle, juste une atmosphère tranquille. Comme le titre l'indique, cette fic se centre sur la fin d'une histoire, les choses importantes s'étant déroulées avant le début du récit, et le titre en spoil quasiment le contenu.

J'espère que vous avez apprécié cet interlude de tranquillité au milieu du chaos qu'est généralement la vie des habitants de Storybrooke !

Merci d'avoir suivi cette histoire !


Happy End

Partie 10


C'était un tout, décida Emma.

Le fait qu'elle pouvait sentir la chaleur de Regina. Que son souffle caressait son oreille, son cou et sa joue lorsqu'elle parlait doucement. Le fait qu'elle pouvait sentir ses rires à travers tout son corps. Les bras autour d'elle.

C'était un tout qui l'amenait à une évidence. Dans les bras de Regina, sur cette méridienne, son dos plaqué contre le corps de l'autre femme, Emma se sentait en sécurité. Heureuse et en sécurité.

Elle avait remonté un peu ses genoux pour soutenir l'album photo qu'elles regardaient ensemble, sa main gauche en soutenait un côté, tandis que Regina tenait l'autre de sa main droite. Lorsqu'elle répondait à ses questions ou lui parlait, Regina se penchait un peu, posait son menton sur l'épaule droite d'Emma qui pouvait sentir chacun des mots que l'autre femme murmurait ou prononçait d'une voix douce et calme, se mêlant à l'atmosphère parfaitement paisible de la maison. Le bras gauche de Regina passait autour de la taille d'Emma, sa main sur le ventre de la blonde, un geste à la fois tendre et possessif. De temps en temps, quand elle ne pointait pas telle ou telle photo de l'index, Emma posait ses doigts sur ceux de Regina ou caressait son bras.

Près d'elles, la baie vitrée de la bibliothèque était battue par la pluie. De temps en temps, l'orage d'été laissait échapper un éclair ou le tonnerre. Il faisait sombre à l'intérieur, mais Emma n'avait jamais été aussi bien. Cela faisait deux jours que Regina et elle n'avaient pas quitté la maison, la veille parce qu'elles avaient déjà eu bien du mal à quitter la chambre, et le jour-même parce que la pluie les en empêchait. Secrètement, elles remerciaient la météo et la situation. Ainsi enfermées dans cette maison presque isolée, elles avaient l'impression d'être seules au monde, que jamais rien ne viendrait troubler ce qu'elles partageaient.

Elles pouvaient presque oublier que l'avion d'Emma décollait le lendemain.

« Et ça ? » demanda la blonde d'une voix basse, pointant du doigt l'image d'un paysage presque sauvage, entre plaine et montagne, baigné dans une lumière rouge et une végétation brunâtre.

« Ce n'est pas très loin du Loch Ness, » informa Regina doucement, puisque Emma avait voulu qu'elle lui raconte son premier voyage.

« Ca a l'air désertique. »

« Si on tourne le dos à la route, on peut presque croire être seul au monde. »

« Qu'est-ce que tu faisais dans cet endroit paumé ? »

« Rien. Je ne faisais rien. »

Ca devait être seulement quelques semaines après son départ de Storybrooke. Peut-être même moins que ça. Emma avait du mal à imaginer ce qui avait bien pu traverser l'esprit et le cœur de Regina dans ces moments-là.

« Ces paysages ressemblent à ceux des Terres de l'Est dans l'autre monde. »

« Les Terres de l'Est ? »

« Des vallées habitées par des peuples nomades. Elles nous séparaient des royaumes d'Orient. Il y a des tas de légendes sur les créatures y vivant et les anciens royaumes, disparus bien longtemps avant notre époque. Un peu comme les contes de fée d'ici. »

Emma aurait détesté l'avouer, mais elle aimait les petites histoires et précisions que Regina lui offrait sur leur monde d'origine au fil des photos. Des anecdotes loin de sa famille, de la famille de Regina, de leur passé, de tout ce dont les habitants de Storybrooke avaient constamment à la bouche. C'était des petites informations sur les coutumes ou les peuples ou la géographie, des choses banales ou exotiques qui dépeignaient un monde presque normal, loin des guerres et de la magie et des supposées fins heureuses.

Ce monde-là, Emma aurait pu y avoir ses racines. Ce monde-là contenait son héritage.

Ce monde-là, si simplement dépeint, loin des ruines dont avait été témoin Emma sans avoir le luxe de les apprécier, loin des zombies et des tueries, elle pouvait presque l'imaginer.

Elle pouvait presque apprendre à l'aimer.

« Ces histoires, elles commençaient par il était une fois ? » demanda t-elle, curieuse et amusée.

« Il fut un temps, » corrigea Regina, un petit sourire dans la voix.

« Tu m'en racontes une ? »

« Plus tard. »

« Tu les racontais à Henry ? »

Il y eut quelques secondes de silence, puis l'aveu de Regina vint, doucement.

« Quelques-unes. Et d'autres de ce monde. Je doute qu'il ait su faire la différence. »

Un gros coup de tonnerre fit sursauter Emma, qui tourna la tête un instant pour observer l'extérieur.

« J'espère que Newton n'est pas dehors. »

Elle-même stupéfaite par les mots qui venaient de sortir de sa propre bouche, Emma fronça les sourcils.

« Tu t'inquiètes pour lui ? » interrogea Regina avec amusement.

« Non, » rétorqua Emma en levant les yeux au ciel. « Bien sûr que non. »

Elle ferma l'album et le posa par terre avant de tourner la tête pour regarder Regina.

« Il est sans doute chez quelqu'un, » rassura celle-ci néanmoins, avant de déposer un baiser sur l'épaule d'Emma.

« Je m'en moque. »

« Si tu le dis. »

« Je le dis. »

Elle posa sa tête contre Regina et ferma un instant les yeux lorsque l'autre femme passa ses doigts sur son visage, son autre main caressant son dos.

Lorsqu'elle releva les paupières, son regard se posa sur la peau que le débardeur noir de Regina laissait voir. Là, à deux centimètres sous la clavicule, s'étalait une cicatrice bien visible qu'Emma connaissait à présent par cœur. Une deuxième, un peu semblable, se trouvait de l'autre côté du corps de Regina. En dehors de celle sur sa lèvre et des quelques-unes, plus discrètes, dues à l'accident récent, ces deux marques étaient les seuls témoins de blessures passées. Mais Emma savait d'expérience que la magie effaçait beaucoup de traces, et elle se demanda combien de cicatrices aurait eu Regina si sa vie n'avait pas été dominée par ce pouvoir.

Ses doigts vinrent inconsciemment caresser cette marque indélébile qu'avait laissée la flèche de Snow vingt mois auparavant, et elle fronça les sourcils.

« Je vais bien, » murmura Regina, prenant la main d'Emma dans la sienne pour arrêter son geste.

« Tu es allée dans un hôpital à Boston. »

« J'avais utilisé trop de magie, et en dehors de Storybrooke je n'étais même pas sûre qu'elle fonctionnerait ou que je la maîtriserai correctement. »

« Tu avais perdu beaucoup de sang. »

« Et j'étais épuisée. J'ai repris autant d'énergie que possible, et je suis partie dès que j'ai pu tenir sur mes jambes. »

Emma se redressa, plissa les yeux et lui lança un regard noir.

« Après seulement deux jours ? »

« Je tenais debout. »

« Tu es partie contre l'avis des médecins ! Encore ! »

« Je ne pouvais pas rester là-bas. J'avais besoin de partir. Je suis allée dans un hôtel, je m'y suis reposée pendant dix jours et j'ai quitté le pays. Je sais prendre soin de moi, Emma. »

« Je pense plutôt que tu as eu de la chance. Heureusement qu'il y a le collier pour m'avertir maintenant. »

« Il n'a plus de magie, » confia Regina.

« Quoi ? »

« Il n'en a plus depuis que la barrière autour de Storybrooke a disparu et que la magie que Rumple avait conjuré a quitté ce monde. »

Les doigts d'Emma se refermèrent autour du petit trèfle en or, toujours accroché à la chaîne que Regina portait. En effet, plus rien n'émanait du bijou. Il n'était plus qu'un objet ordinaire.

« Pourquoi est-ce que tu le gardes, alors ? » demanda distraitement Emma.

Regina se contenta d'hausser les épaules en évitant son regard, et Emma ne put s'empêcher de sourire. Ce pendentif avait une signification pour elles, une grande place dans leur histoire, et que l'autre femme y soit attachée était incroyablement touchant.

Une crainte enserrait soudain sa poitrine alors qu'elle réalisait qu'à présent seule la magie née de leur amour pourrait l'avertir si quelque chose arrivait à Regina en son absence.

Et en était-elle seulement capable ? Emma n'avait aucune idée de ce qu'impliquait ou non l'Amour Véritable. Y avait-il une alarme intégrée si l'une ou l'autre était mal ? Il leur permettait de pouvoir se retrouver, d'avoir une connexion, de sentir la disparition de l'autre, mais sauraient-elles si l'autre était blessée ? Apeurée ? En danger ?

« Il faut le compléter. »

Les mots s'étaient échappés trop brusquement d'Emma, avant même que la pensée se soit complètement formée dans son esprit. Elle grimaça, mais l'angoisse avait pris le dessus et elle ne pouvait l'étouffer.

« Pardon ? »

« Ton dossier. Les infos. Ton contact d'urgence. Il faut y mettre mon numéro. Mes numéros. Et mon adresse. Et le numéro de mes parents aussi. »

« Pardon ? »

Emma la fusilla du regard.

« Je veux qu'on puisse me joindre, et si jamais mon téléphone est HS, ils me contacteront. »

« Non. »

« Comme si tu avais le choix là-dedans. »

Regina gigota pour s'extraire de sa position et se lever et Emma fit de même, croisant les bras avec détermination.

« J'ai le choix ! »

« Oui et non, » informa Emma. « Tu pars à l'autre bout du monde, je te signale. Et j'ai le droit d'être inquiète puisque tu as développé un goût téméraire pour le sauvetage inconsidéré. »

Le regard noir qu'elle reçut ne la fit que sourire ce qui poussa l'autre femme à se détendre un peu.

« Je n'ai pas besoin de toi pour veiller sur moi, » rappela Regina.

« Je sais, je veux juste être prévenue s'il arrive quelque chose. Il y a autre chose aussi… »

Elle hésita, et Regina l'observa curieusement.

« Quoi ? »

« Attends. »

Emma quitta la pièce, rejoignit la chambre d'amis et attrapa la boite. Puis elle revint dans la bibliothèque et retrouva Regina avant de sortir le smartphone de son emballage pour le lui tendre.

« C'est pour toi. Je l'ai acheté la dernière fois qu'on était en ville. »

Surprise, Regina tendit la main presque inconsciemment pour prendre le mobile. Emma expliqua :

« Je l'ai déjà mis en marche et réglé. Il y a mes numéros, ceux de mes parents, de Henry, de Ruby aussi, au cas où. Le forfait est international. Je voudrais juste… savoir où tu es. Garder le contact. »

« Emma… J'aurais acheté un mobile moi-même, tu sais. »

« C'est un cadeau. »

« Je ne vais pas disparaître. »

« Je sais. »

Mais en réalité, Emma n'arrivait pas à étouffer cette peur irrationnelle et Regina lisait clairement en elle. C'était presque humiliant, de savoir qu'elle avait tort tout en étant incapable de contrôler ses propres émotions.

« Emma, je ne vais pas disparaître, » répéta Regina d'une voix plus ferme en faisant un pas vers elle. « Je n'allais pas partir sans donner aucune nouvelle. » Elle posa le regard sur le mobile puis releva les yeux, un petit sourire aux lèvres. « Mais merci. »

Respirant un peu mieux, Emma hocha la tête.

« Tu complèteras ton dossier ? »

« Si ça te rassure, oui. Je le ferai. »

« Y compris les contacts de Mary-Margaret et David ? »

Un petit air de mécontentement au visage, Regina acquiesça néanmoins.

« Si je le dois… »

« Ils ne sont pas si terribles, » souffla Emma avec frustration.

« Bien sûr que non. »

« Regina, » avertit t-elle, sachant bien que l'animosité envers Snow et David était presque plus une habitude qu'autre chose, à présent. « Et n'utilise pas leurs numéros pour autre chose. »

« Comme… ? » Au regard d'Emma, Regina leva les yeux au ciel. « Vraiment. »

« On ne sait jamais ! » se défendit le shérif avec un sourire. « Tu pourrais t'ennuyer un jour et décider de les harceler. »

« Tu es ridicule. »

« Avoue que ça pourrait être amusant. Bon, ça va, ne me regarde pas comme ça. Je leur donnerai ton numéro dès que je pourrai. »

« Quoi ? Non. »

« Tu veux bien arrêter d'être immature une minute ? »

« Je te demande pardon ?! »

« Je leur donnerai ton numéro pour que quelqu'un puisse te contacter si un jour il m'arrivait quelque chose. »

Regina sembla considérer l'idée, puis finalement, à contrecœur, elle acquiesça.

« Alors tu vas leur dire, » murmura t-elle.

Emma l'observa avec stupéfaction.

« Ben… oui. Je peux difficilement faire autrement. De toute façon, Mary-Margaret le sait plus ou moins déjà. Donc David aussi, probablement. Et je peux difficilement inventer une histoire pour couvrir mon absence, sans parler de la petite crise magique que j'ai eue avant de partir. Je ne vais pas leur mentir. Et quand on aura décidé ce qu'on veut faire, ils ne pourront que remarquer quelque chose, genre ma disparition et celle d'Henry. Ça ne passera pas franchement inaperçu, tu sais. »

Il y avait une sorte de nervosité dans les yeux de Regina, quelque chose qui la poussait à apparaître terriblement fragile et jeune et hésitante.

« Ils ne feront rien, » informa Emma en l'observant, assez surprise de voir autant d'inquiétude chez Regina. « Ils sont plus que prêts à laisser le passé derrière eux. Ils savent plus ou moins ce que tu as fait à Storybrooke. » Elle sourit, décidée à détendre l'atmosphère. « Et puis il faudra bien qu'on accepte tous la situation, puisque on va devoir passer les anniversaires et les fêtes tous ensemble pour le reste de notre vie. »

« Quoi ?! » Les yeux de Regina brillèrent et elle secoua la tête. « Tu es cinglée ! Ça n'arrivera jamais, Emma Swan. »

Avec un petit rire amusé, Emma hocha la tête.

« Très bien, du calme ! »

Mais en réalité, Emma songeait on verra. Parce qu'elle ne pouvait pas s'empêcher d'imaginer un avenir positif et heureux où elle aurait sa famille entière autour d'elle. Il y aurait des tensions parfois, quelques piques peut-être, mais il y aurait surtout la chaleur, la paix, la confiance.

Un nouveau départ.

« Pourquoi est-ce que tu souris comme ça ? » interrogea Regina, suspicieuse.

« Pour rien. »

« Emma… » avertit-elle.

Mais Emma s'approcha d'elle, l'embrassa puis secoua la tête avec un sourire brillant.

« Je n'aime pas beaucoup ce regard-là, » murmura Regina, ses bras autour d'elle. « Je te rappelle qu'aucun des plans que tu as concoctés jusque-là n'a fonctionné. »

« Je n'ai pas de plan, mais j'ai envie de croire que tout ira bien malgré tout. »

Regina l'observait avec une crainte qu'elle tentait de cacher, une hésitation née d'un manque d'assurance arraché au passé. Emma déposa un baiser sur ses lèvres, sur sa joue, la serra dans ses bras.

« Tout ira bien. »

Elle voulait y croire.

Elle y croyait vraiment.

Et elle voulait que Regina y croie, elle aussi.

O

Regina savait jouer du piano. Appréciait en jouer aussi. Apparemment, ça la détendait.

Bien sûr, Emma s'installa à côté d'elle et appuya au hasard sur les touches, détruisant affreusement la jolie mélodie que l'autre femme faisait naître. Le regard noir sur elle ne fit qu'amuser le shérif qui continua allégrement, jusqu'à ce que Regina la pousse vers le bord du banc, manquant faire tomber Emma par terre.

« Hey ! » protesta celle-ci en se rattrapant de justesse.

« Tu as commencé. »

« C'est pas vrai ! »

« Si ! »

« Non ! Oh, et la guitare ? »

Regina jeta un coup d'œil à l'instrument et secoua la tête.

« J'ai commencé à apprendre avant d'avoir Henry, pour m'occuper. Puis j'ai arrêté. J'ai repris il y a peu de temps, mais je ne sais pas encore bien jouer. »

« J'en joue. »

« Vraiment ? »

« Oui. Enfin, j'en jouais. J'en ai plus joué depuis que j'ai brisé la mienne sur la tête d'un type… longue histoire. Au fait, tu ne chantes pas ? »

« Non. »

« Bien sûr, puisque tu es un personnage de contes de fée, et qu'apparemment Disney s'est bien planté et que vous chantez tous complètement faux. »

« Tu chantes, princesse ? »

Emma grimaça.

« Ben non, puisqu'apparemment moi aussi je suis un membre du club. »

« Je chantais pour Henry. »

« C'était pour ça qu'il pleurait ! »

« Charmant, » railla Regina. Elle secoua la tête lorsqu'Emma lui offrit un grand sourire, les yeux pétillants. « Pour ton information, il adorait ça. »

« Tu chantais quoi ? »

« Je fredonnais des berceuses. Ça le rassurait. Et tu sauras qu'Henry a une très jolie voix. »

« Quoi ? Vraiment ? »

« Tu ne l'as jamais entendu chanter ? »

« Il écoute beaucoup de musique, mais il n'a jamais chanté devant moi. »

« Il est un peu mal à l'aise avec ça. Mais il chante très bien. »

Avec un sourire ravi, Emma se dit qu'elle et le gamin allaient avoir une ou deux conversations. Elle avait hâte de le taquiner avec toutes ces informations que Regina lui avait divulguées.

« Il te manque ? » demanda t-elle doucement.

Les yeux de Regina étaient baissés sur ses propres doigts, qui caressaient toujours le clavier du piano.

« Tout le temps, » murmura t-elle, comme si elle lui confiait là son secret le plus terrible.

Emma l'observa un instant, avant de lui prendre la main et de l'entraîner gentiment avec elle.

« Viens. Je veux te montrer quelque chose. »

Elle l'emmena jusqu'à la chambre de Regina et s'installa sur le lit.

« Viens-là, » invita t-elle, poussant l'autre femme à s'installer devant elle, entre ses jambes, inversant la position qu'elles avaient prise le matin-même dans la bibliothèque.

L'interrogeant du regard, Regina la suivit néanmoins et s'assit devant elle. Un bras autour d'elle, Emma utilisa son autre main pour attraper son mobile, laissé plus tôt sur la table de nuit. Elle entra rapidement dans le menu et sélectionna une vidéo.

Elle datait de deux mois. Mary-Margaret et David avaient fêté leur anniversaire de mariage avec un déjeuner tout simple, et n'avaient souhaité que la présence de leur fille et de leur petit-fils pour ce jour spécial.

La vidéo démarrait avec un plan de Henry, debout dans le salon, dansant comme un idiot avec son grand-père, hors-champ. Lorsque l'image de leur fils apparut, Regina prit une brusque petite inspiration et posa ses doigts sur le poignet d'Emma.

La musique pop sortait du téléphone, comme le rire léger du jeune adolescent qu'était devenu leur petit garçon durant l'absence de Regina. Il fit une remarque à David puis leva la tête, son regard rencontrant alors le téléphone et Emma. Il se figea, fronça les sourcils et grimaça.

« Emma ! » reprocha t-il.

« Il te ressemble tellement parfois, » murmura Emma dans l'oreille de Regina avant d'embrasser son épaule.

Regina ne répondit pas, Emma n'était même pas certaine qu'elle respirait.

« C'est juste pour la prospérité, gamin, » se défendait Emma dans la vidéo.

« T'es nulle, arrête-ça ! Grand-mère, s'il te plait ! » pria Henry en tournant son regard vers la gauche d'Emma.

La voix de Mary-Margaret résonna. Elle avait un rire dans la voix, et Emma se tendit un peu mais Regina ne réagit pas, toute son attention tournée vers leur fils sur l'image.

« Désolée, Henry. Je pense que ce moment mérite d'être enregistré. »

« Comme si je t'écoutais, de toute façon, » lui fit remarquer Emma.

La musique changea et un slow débuta.

« Tu devrais faire danser ta grand-mère, Henry, » suggéra David.

« Et si vous arrêtiez tous de m'appeler une grand-mère, » invita Mary-Margaret sur un ton jovial mais ferme.

Une protestation provenant d'Emma se fit entendre alors que l'image bougeait brusquement. Mary-Margaret apparut l'espace d'une seconde, un petit sourire sur ses lèvres, avant que le mobile cesse de bouger, ayant effectivement changé de main.

« Et tu devrais faire danser Emma, Henry. »

A l'image, Emma croisa les bras et leva les yeux au ciel.

« Hors de question, » protesta t-elle.

Derrière elle, David apparut et poussa légèrement Henry vers sa mère avant de disparaître à nouveau.

« Ce n'est pas mon anniversaire de mariage, que je sache, » ajouta Emma.

En voyant sa mère aussi opposée à l'idée de danser, Henry eut un fin sourire, une lueur espiègle fit briller ses yeux et il s'approcha d'Emma pour tendre élégamment une main vers elle.

« Me ferez-vous ce plaisir, votre altesse ? » invita t-il, sa voix chaude et plus grave, un sourire charmeur aux lèvres.

Il portait un pantalon sombre, des chaussures noires et un fin pull clair qui faisait briller ses yeux. Ses cheveux un peu indisciplinés lui donnaient un air mutin, mais il y avait une douceur dans ses traits qui n'était que chaleur.

Leur fils serait un tombeur plus tard, ça ne faisait aucun doute.

Sur la vidéo, Emma l'observa avant de soupirer et de prendre sa main. Ils commencèrent à danser dans les bras l'un de l'autre et Henry avait l'air fier, fier et heureux.

« Ouch ! Gamin, ça c'était mon pied ! »

« Tu ne me laisses pas conduire ! »

« Parce que tu n'as pas l'âge ! »

« Tu n'as aucune grâce. »

« Hey ! »

« Emma, laisse-moi conduire ! Je suis l'homme ! »

Amusée par son air ennuyé (si semblable à celui que Regina avait souvent), Emma sur la vidéo finit par hocher la tête, un grand sourire aux lèvres.

Le fichier se termina quelques secondes plus tard. Les yeux de Regina restaient braqués sur l'écran du téléphone.

« Il sait danser ? » demanda t-elle doucement, sa voix pleine d'émerveillement.

« Mary-Margaret lui a appris pour le bal de fin d'année du collège. Il danse très bien. Et il ne tient pas ça de moi, c'est évident. La grâce, le style, ça vient de toi. »

« Tu vas lui dire ? »

« Pour nous ? Je préférerais le faire avec toi. »

« Je crois que ce serait plus simple que tu le fasses. Il aura des questions. Tu n'auras plus à lui mentir. »

Emma acquiesça, la serra contre elle après avoir posé son mobile sur le lit.

« Et s'il veut te parler ? » demanda t-elle.

Regina hésita, serra la main d'Emma.

« On pourrait se voir. Quand je serai revenue. »

Avec un sourire, Emma émit un petit son joyeux. Regina reprit le mobile et le lui mit dans la main, ses doigts autour de son poignet de nouveau.

« Une autre ? »

Emma s'empressa de sélectionner une vidéo plus ancienne figurant leur fils.

« Bien sûr. »

O

Elle n'avait pas sommeil.

Et elle n'aurait pas sommeil aussi longtemps qu'elle le voudrait.

Elle voulait juste passer cette dernière nuit à observer Regina dormir.

C'était la première fois qu'elle en avait l'occasion, puisque l'autre femme s'endormait toujours après elle et se réveillait systématiquement avant elle. C'était à se demander si Regina dormait réellement.

Mais cette fois-ci, Emma n'avait pas réussi à s'assoupir. Alors elle avait l'occasion de contempler son amante.

Regina était tournée vers elle, sur son ventre, une de ses mains contre le bras d'Emma. Sa bouche était légèrement entre ouverte, et les doux sons de sa respiration profonde composait la plus apaisante musique. Elle avait l'air détendue, fragile, confiante, elle était magnifique.

Si Emma n'avait pas déjà passé plusieurs heures à lui faire l'amour comme si ça avait été leur dernière fois, elle l'aurait peut-être réveillée. Elle aurait aimé prendre sa main dans la sienne, déposer un baiser sur son front, mais elle craignait de perturber le sommeil si précieux de Regina.

Et à cet instant, tout ce qu'elle souhaitait réellement, c'était l'observer et apprécier l'instant. Emma se sentait bien, se sentait aimée, pleine d'énergie, en paix. Elle aurait voulu que ce moment dure à jamais, mais en même temps elle avait hâte de découvrir leurs lendemains.

« Je t'aime, » murmura t-elle, très doucement.

Elle aurait pu jurer qu'un petit sourire releva le coin des lèvres de l'autre femme. Et même si de tels mots avaient été échangés plus tôt, au milieu de la passion et de toutes ces émotions, Emma avait envie de les prononcer, encore et encore, peut-être pour mieux les contrôler, contrôler cet amour qui semblait déborder d'elle.

« Emma… »

Stupéfaite par ce fragile murmure, à peine articulé, Emma observa plus attentivement Regina. Ses yeux étaient toujours fermés, sa respiration un peu plus légère.

« Oui ? »

« 'mma, débarrasse la table… »

Retenant de justesse son éclat de rire, Emma plaqua une main contre sa bouche et tenta de garder son amusement silencieux. Une petite larme coula sur sa joue en raison de ses efforts pour retenir sa joie. Elle passa le bout de ses doigts sur le front et la tempe de Regina, légèrement, si légèrement.

« Shshsh… » souffla t-elle doucement. « C'est fait. Dors. »

Après quelques secondes, la respiration de Regina redevint profonde, et Emma sourit.

Regina parlait dans son sommeil. Comme Henry.

(Emma, elle, ronflait affreusement. Chacun son truc.)

Sans qu'elle puisse cette fois se retenir, Emma se pencha un peu, déposa un baiser sur la joue de Regina. Son geste fut à peine plus qu'une caresse mais il suffit néanmoins à réveiller sa partenaire au sommeil si léger.

« Emma ? »

« Je suis désolée. Dors. Tout va bien, rendors-toi. Je ne voulais pas te réveiller. »

Elle ne le regretta pas pourtant, puisque Regina en profita pour se glisser dans ses bras, sa tête contre l'épaule d'Emma, son bras autour d'elle.

« Okay, » murmura Regina dans un souffle.

Emma passa ses bras autour de son corps et embrassa ses cheveux.

« Bonne nuit. »

« Bonne nuit, Emma. »

O

« EMMA ! »

Le cri et l'expression de pure joie sur le visage de sa mère poussa le rire qu'Emma retenait hors de ses poumons. Elle accepta l'embrassade enthousiaste et passa ses bras autour d'elle.

« Bonjour, Mary-Margaret. »

Pendant plusieurs minutes, Mary-Margaret oscilla entre la serrer avec force contre elle, la tenir à bout de bras pour l'examiner, la serrer de nouveau contre elle et murmurer son prénom dans son oreille.

« Emma. »

« Je suis là. »

« Tu ne nous as pas dit que tu arriverais si vite. »

« Je voulais vous faire la surprise. »

C'était un dimanche matin ensoleillé, même si l'air était plus frais à Storybrooke qu'en Californie, et Emma ne pouvait plus arrêter de sourire.

« Je suis si contente de te voir ! » s'extasia encore une fois Snow.

« Je vois ça. Mais tu devrais peut-être me lâcher un peu, au moins pour qu'on rentre ? »

« Oh ! Oui, bien sûr. Viens ! »

Mary-Margaret ne lui laissa pas l'occasion d'attraper son sac. Elle la prit par le bras et la tira à l'intérieur.

« David ! Henry ! »

Secouant la tête face aux antiques de sa mère, Emma sourit néanmoins en grand lorsque son père déboula presque en courant. Elle vit ses yeux clairs briller d'émotions, juste avant qu'il ne fasse deux grands pas vers elle pour la serrer contre lui comme si elle était encore cette petite fille qu'il n'avait pu connaître.

« Emma. »

« David, » s'amusa t-elle en lui rendant rapidement son étreinte.

Ses parents étaient adorables, mais leur affection pouvait devenir ridicule. David la relâcha plus vite que son épouse puis l'observa d'un regard attentif.

« Tu as l'air bien, » remarqua t-il. « Tu es magnifique. »

Surprise, Emma baissa le regard sur elle. Elle portait un pantalon blanc froissé par le voyage, un haut rouge et des sandales. Ses cheveux partaient sans doute dans tous les sens et elle n'avait pas pris le temps de se remaquiller avant de débarquer. Franchement, il l'avait déjà vue plus à son avantage.

« Tu brilles. »

« Quoi ? » s'étrangla un peu Emma, levant le regard vers ses parents qui l'observaient, partagés entre joie et prudence.

« C'est vrai, » confirma Mary-Margaret.

Emma leva les yeux au ciel.

« C'est ridicule. »

« Emma ! »

Un boulet de canon lui coupa le souffle, et les bras d'Henry autour de sa taille étaient plus serrés que ne l'avaient été ceux de sa mère.

« Gamin ! Doucement ! »

« Je suis content de te revoir ! »

Elle serra Henry dans ses bras, reconnaissant dans la voix du garçon le même tremblement caché qu'elle avait pu entendre dans celle de Regina lorsque l'autre femme avait tenté de dissimuler une émotion trop forte.

« Tu m'as manqué, gamin, » souffla t-elle contre ses cheveux. « Et je crois que tu as encore grandi ces derniers jours ! »

« Où étais-tu ? Qu'est-ce que tu as fait ? Tu as bronzé ! »

« Ouah, doucement, Henry. Laisse-la arriver. »

Haussant un sourcil, Emma tourna un regard vers Mary-Margaret, amusée par cette remarque venant d'elle. Très vite, le shérif se retrouva dans le salon familial, une tasse de chocolat à la main, des biscuits à portée.

Un silence s'étala, un fait étrange entre eux. Ses parents s'observaient, entre tension et excitation. Henry, assis trop près du bord de son fauteuil, vibrait presque d'énergie. Et il était clair que sa grand-mère retenait de justesse toutes ses questions et ses mots, car David lui lançait de temps à autres un regard d'avertissement.

« Emma, pourquoi tu es partie ? » demanda enfin Henry, mais il y avait de la retenue dans sa voix, dans son attitude.

Alors Emma posa sa tasse à moitié pleine sur la table-basse et lui sourit, sereine et heureuse.

« Demande-moi ce que tu veux vraiment savoir, gamin. »

« Tu as vu ma mère ? » interrogea t-il aussitôt, les yeux brillant d'excitation et d'appréhension.

Elle était redevenue sa mère, et non simplement Regina, ou celle-dont-on-ne-devait-pas-prononcer-le-nom. Et Emma sourit plus brillamment.

« Oui. »

« Tu étais avec elle ? »

« Oui. »

« Pourquoi ? »

« Pourquoi quoi ? »

Henry ouvrit la bouche, la referma.

« Explique ! » ordonna t-il presque sèchement, et Emma éclata de rire.

Il était bien le fils de sa mère.

« Regina et moi avons travaillé ensemble pour… vaincre Cora. » Ces mots serraient toujours son cœur, parce qu'ils étaient baignés de sang, de magie, de douleur et des ombres dans les yeux de son Amour Véritable. « Nous nous sommes rencontrées trois fois, en secret, pour établir un plan et le mettre en place. Je l'ai aussi revue peu de temps après… la fin. Juste avant qu'elle quitte la ville. »

« Mais… »

« Elle ne faisait pas confiance à Cora et elle est venue me trouver parce qu'elle ne pouvait pas réussir seule. Le secret était primordial. Cora aurait su immédiatement sinon. Ce n'est pas moi qui ai… tué Cora. Pas tout à fait. C'est Regina. Elle a trouvé son cœur, et puis… C'était la seule solution qu'on avait. »

« Pourquoi tu m'as rien dit après ? » accusa Henry.

« Parce que j'avais promis. Parce que j'ignorais si on la reverrait un jour. Parce qu'il y a des choses que tu ne pourras comprendre qu'une fois adulte. »

« Pourquoi est-elle partie ? »

Emma hésita, ayant elle-même eu ses doutes, cette question ayant hanté son cœur pendant longtemps. Mais à présent, elle connaissait la réponse.

« Parce que tout le monde avait besoin qu'elle parte. Elle y comprise. » Elle sourit. « C'était une bonne chose, Henry, » confia t-elle, songeant à la femme plus apaisée et ouverte avec laquelle elle avait passé ces derniers jours. « Crois-moi. Je ne l'ai pas compris non plus, pendant longtemps. Mais elle avait raison. Ça a été une bonne chose, pour tout le monde. »

« Pourquoi… » Il hésita, sa voix s'étrangla et il eût l'air tout jeune soudain. « Pourquoi elle m'a pas dit au revoir ? »

« Pour te protéger, » répondit doucement Emma. « Pour se protéger, aussi. »

« On ne se parlait plus… »

« Non, » confirma t-elle.

Regina et Henry ne se parlaient plus vraiment depuis longtemps lorsqu'elle était partie. Et chaque jour avait brisé un peu plus leur relation.

« Elle voulait que ce soit toi qui me garde, » murmura t-il, ses yeux sur ses pieds.

« Elle voulait que tu sois heureux et libre. Et elle me faisait confiance pour te rendre heureux et libre. Hey, elle n'est pas aussi intelligente qu'elle le croit. »

Henry releva la tête, fronça le nez contre ses larmes.

« Je suis heureux avec toi, » protesta t-il d'une voix douce, sentant sans doute son pincement au cœur à l'idée de n'avoir pas été assez pour lui.

Et Emma sourit, et son cœur s'allégea, et elle se dit que ça devait sûrement être la magie ou un miracle qu'il soit aussi... lui. Aussi parfait malgré les fautes de ses parents.

Quel petit homme merveilleux elles avaient élevé.

« Est-ce qu'elle… est-ce que… Tu lui as parlé de moi ? »

« Elle m'a posé beaucoup de questions, » confirma t-elle, et le visage d'Henry s'illumina.

« Vraiment ? »

« Oui. »

« Tu lui as pas dit pour mon résultat en math l'année dernière, hein ? Ou pour la blague sur Remy ? Ou – »

« Je ne lui ai pas raconté ta vie dans les détails, gamin, » s'amusa Emma. « Et toutes les histoires importantes, je les ai gardées pour moi. Les bonnes comme les pires. Comme ça, c'est toi qui lui raconteras. »

« Je pourrai la voir ? » interrogea t-il, avide et nerveux.

Il lança un coup d'œil à ses grands-parents, mais tous les deux restaient en dehors de cette discussion-là.

« Oui. Si tu veux. »

« Quand ? »

« Pas tout de suite. »

« Mais pourquoi ? »

« Parce que je viens juste de rentrer, et que ta mère est occupée. »

« Occupée ? Qu'est-ce qu'elle fait ? Où vit-elle ? »

« C'est une question piège, celle-là. Et ce qu'elle fait, elle te le racontera elle-même. »

« Alors… alors elle veut me voir, hein, Emma ? »

« Oui. »

« Elle me déteste pas ? » demanda t-il, sa voix trop petite et encore trop de crainte et de tristesse dans ses yeux.

Emma songea aux questions avides de Regina, à son attention presque trop intense lorsqu'elle avait écouté ses réponses, à la lumière et aux ombres dans ses yeux lorsqu'elle évoquait leur fils, à son émerveillement lorsqu'elle avait posé les yeux sur les photos ou sur les vidéos.

« Non, » murmura t-elle chaudement. « Elle ne te déteste pas, Henry. »

Tout comme Henry ne la détestait pas, malgré leur passé, malgré les trahisons.

« Vraiment ? »

« Vraiment. »

« Tu as son numéro ? » interrogea Henry avec excitation.

Emma éclata de rire.

« Doucement, gamin ! Oui, j'ai son numéro, non, je ne te le donnerai pas. »

« Pourquoi ? »

« Qu'est-ce que tu lui dirais ? »

Henry ouvrit la bouche, puis la referma. Il fronça les sourcils, ouvrit la bouche, la ferma. Une expression anxieuse traversa son visage.

« Je sais pas, » avoua t-il. Il se redressa, passa une main dans ses cheveux pour les arranger, comme si soudain sa mère pouvait le voir. « Je… Je ne sais pas trop. »

« Je crois… que le mieux c'est que vous vous voyiez. Ce sera plus simple alors. Tu verras. »

Il hocha la tête, l'air nerveux, comme s'il réfléchissait déjà à ce qu'il allait porter, ce qu'il allait dire, ce qu'il allait faire. Puis il tourna une expression curieuse vers Emma, et une question passa ses lèvres, délicate, brusque.

« Mais si tu n'avais aucun contact avec elle, comment alors as-tu pu la trouver ? » Il plissa les yeux, l'observa, suspicieux. « Qu'est-ce qui s'est passé le matin où tu es partie ? »

Comment lui expliquer ça ? Regina lui avait dit qu'elle pourrait lui dire tout ce qu'elle souhaitait, mais comment ? Quelle réaction aurait-il ? Henry était un gamin ouvert d'esprit et mature, mais il pouvait se montrer intolérant parfois, dur aussi.

Et à part Graham, Henry n'avait connu aucun amant à sa mère. Et à part Neal, il n'en avait connu aucun à Emma.

Elle jeta un coup d'œil vers ses parents, qui semblaient à la fois mal à l'aise et curieux, et Emma s'éclaircit la gorge.

« La magie, » répondit-elle.

Et c'était la vérité.

« La magie ? »

« Quand ta mère et moi travaillions à arrêter Cora, nous avons créé un sort en mêlant nos deux magies. Cette magie-là était toujours contenue dans un bijou avec lequel Regina était partie. Quand il lui est arrivé quelque chose, quand elle a été en danger, la magie m'a avertie. »

« Tu as dit qu'elle a eu un accident, » acquiesça Henry.

Emma ne put empêcher le grand sourire qui lui vint alors.

« En tout cas, c'est la définition qu'en donnerait ta mère, mais nous avons un petit désaccord là-dessus. »

« Qu'est-ce qui lui est arrivé ? »

« Elle a été heurtée par une voiture. Mais elle va mieux. Elle va bien, ne t'en fais pas. J'aurais quand même une petite histoire à te raconter là-dessus. »

« Alors c'est la magie qui t'a permise de la retrouver ? »

« Oui. »

« Mais pourquoi tu n'as pas pu la retrouver plus tôt, alors ? Tu as dit l'autre fois que tu avais essayé. »

« Mais pas de la bonne façon. Tu sais, la magie et moi… » Elle leva les yeux au ciel. « Je voulais pas l'écouter. »

« Oh, » dit-il, les sourcils froncés, cherchant toujours à connecter ces bouts d'explications ensemble.

« Pourquoi n'irais-tu pas m'attendre dans ma chambre ? Il y a plusieurs choses que j'aimerais t'expliquer. »

Henry l'observa, puis hocha la tête et accepta de laisser les trois adultes seuls pendant un instant. Emma ne souhaitait pas avoir cette discussion avec son fils face à ses parents.

Lorsque l'adolescent disparut à l'étage, Emma se tourna vers Mary-Margaret et David. Mais à peine eût-elle fini son geste que des mots quittèrent la bouche de sa mère sans qu'elle puisse apparemment les arrêter.

« C'était bien un Amour Véritable, tu es amoureuse de Regina. »

« Snow ! » reprocha David avant de soupirer.

« Je suis désolée ! » lança Mary-Margaret. « C'est juste… tous ces mois… et tout ce qu'il se passe… ! Ce n'est pas que ça nous gêne, » expliqua t-elle rapidement en levant une main apaisante face à Emma. « Bon, c'est un peu bizarre, et forcément, pour nous, tu comprends… Mais Emma, ça ne change rien, on voudrait juste… »

« Snow, laisse-la parler, » coupa une nouvelle fois David, sa voix chaude alors qu'il attrapait la main de sa femme avec douceur.

Emma sourit, mais elle se sentait nerveuse ainsi face à eux.

« Comment l'as-tu su ? » demanda t-elle à sa mère curieusement.

Mary-Margaret haussa les épaules, un demi-sourire aux lèvres.

« Tous ces mois, tu… étais comme absente. Et c'était de pire en pire. Tes pensées étaient toujours ailleurs, tu riais rarement, tu ne souriais même plus vraiment, comme si une part de toi… Je connais les signes, » lui rappela t-elle, une lueur de tristesse dans les yeux. « Ton père et moi avons déjà été séparés. »

« Mais tu as repris du poids et tu as l'air heureuse, » remarqua David. « Et seule la magie d'un Amour Véritable peut te conduire ainsi jusqu'à la personne que tu cherches. »

Emma hocha la tête, baissa les yeux sur ses mains.

« Ca ne doit pas être facile pour vous. »

« Tu ne sais pas ce que ça nous faisait de te voir comme ça, Emma, » protesta son père. « Ta mère a compris bien avant moi, d'ailleurs. On préfère de loin te voir heureuse et en bonne santé. »

« Regina et nous avons… notre histoire. Mais à la fin, nous étions du même côté. Du côté d'Henry. Nous n'avons pas su le voir, mais elle avait changé, pour lui. Peut-être aussi, sûrement, grâce à toi. C'est bizarre, mais en même temps… » Mary-Margaret soupira. « En même temps, ça n'est pas le plus surprenant. Que tu sois tombée amoureuse d'elle, je veux dire. Mais qu'elle soit tombée amoureuse de toi… »

Emma haussa un sourcil.

« Je te remercie, » lâcha t-elle platement.

« Non, ce n'est pas ce que je veux dire ! Je veux dire… tu es ma fille, et… »

« Et ça n'a aucune importance pour elle, » termina Emma. « Elle n'est plus si… en colère. Elle a changé, et j'ai changé, et… Je ne sais pas comment c'est arrivé, mais… »

Un sourire se dessina sur les lèvres de Mary-Margaret, mais son regard demeurait sombre et triste. Emma se demanda à quel point sa mère avait espéré une paix entre Regina et elle, à quel point elle espérait toujours un pardon, une explication. A quel point cette fin la soulageait, et à quel point elle lui paraissait injuste.

Mais c'était là des sentiments qu'Emma n'avait aucun droit de discuter. Comme elle ne discuterait jamais vraiment ceux traversant les yeux de Regina parfois.

« Je préfèrerais que ça reste entre nous, » précisa t-elle, ne souhaitant pas devenir le sujet de discussion favoris de la ville, d'avoir à défendre sa relation et Regina.

« Cela va de soi, » acquiesça son père sans équivoque et Emma lui sourit.

« Je ne sais pas encore ce que notre avenir sera, » dit-elle ensuite, plus doucement. « Mais… le mien sera auprès de Regina. Et d'Henry. Et j'espère – »

« Nous serons toujours là pour toi, » coupa sa mère, une lueur blessée au fond des yeux. « Jamais rien ne nous empêchera d'être là pour toi, et pour Henry. Jamais rien n'effacera notre amour pour toi, Emma. J'ignore comment Regina voit les choses, j'ignore si un jour nous pourrons ignorer le passé, mais nous ferons tout pour que ça arrive. »

« On ne dit pas que le fait que ce soit Regina nous plaise particulièrement, » remarqua David sans aucun jugement dans la voix. « Mais on saura faire avec, et je dois dire que je trouve ça presque poétique. »

Mary-Margaret leva les yeux au ciel face au romantisme sans limite de son époux, et puis elle se recentra sur sa fille.

« Est-ce que tu es gay ? »

De toutes les questions…

« Pardon ? »

« C'est juste qu'on a passé tellement de temps ensemble et qu'on a jamais abordé le sujet et -»

« Je n'ai pas de préférence, » coupa rapidement Emma.

Le silence s'éternisa, et Emma avait la nette impression que ça n'avait rien à voir avec sa sexualité. Sa mère jouait avec ses doigts comme Mary-Margaret l'avait fait si souvent dans leur appartement lorsque ça n'avait été qu'elles deux, et David lui jetait des regards, avant de regarder ses pieds et de recommencer le cycle, sans fin.

« Quoi ? » interrogea Emma, à présent inquiète. « Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Nous avons nous aussi quelque chose d'important à te dire, » confia doucement David, et son regard sur elle était prudent et…

« Quoi ? David, quoi ? » interrogea t-elle, de plus en plus anxieuse. Elle se sentit pâlir. « Tu n'es pas malade ? » demanda t-elle rapidement à Mary-Margaret. « Tu as dit que tu allais bien et – »

« Je suis enceinte, » coupa brusquement Snow avant de plaquer une main contre sa bouche, ses yeux écarquillés.

« Tu… quoi ? »

David serra la main de Mary-Margaret.

« Nous allons avoir un bébé, » expliqua t-il plus calmement que sa femme.

Emma les observa, soufflée, incapable de penser, de parler. Alors son père continua :

« Nous ne l'avions pas prévu. Nous y avions pensé, à avoir un autre enfant, mais nous aurions aimé attendre encore un peu. Le temps que… » Il soupira, haussa les épaules avec un petit sourire désarmant. « Mais ce bébé a été une surprise, comme tu l'as toi-même été. »

« Nous l'avons su lorsque j'ai été examinée à l'hôpital, après mon malaise, » expliqua Mary-Margaret prudemment, ses yeux ne quittant pas Emma. « C'était à cause de la grossesse, la baisse de tension, c'est pour ça que je suis surveillée maintenant et… Oh, Emma, dis quelque chose, s'il te plait. »

Alors Emma sortit de sa torpeur, reconnut la tension dans leur posture, la peur dans leurs regards. Cette anxiété, pire que celle qu'ils avaient ressentie en ayant la confirmation que leur pire ennemie et leur fille avaient entamé une relation amoureuse, la stupéfia.

L'idée même qu'elle ait pu dire ou faire quelque chose qui leur laissait croire une seule seconde qu'elle pourrait…

« Parfois vous êtes vraiment les idiots dont parle Regina, » lâcha t-elle sans pouvoir s'en empêcher. « Vous m'avez fait peur, avec cette attitude ! C'est une bonne nouvelle, et vous êtes là avec cette tête, j'ai cru que quelqu'un allait mourir ! »

« C'est une bonne nouvelle ? »

« C'est une question ? » demanda Emma, s'inquiétant de l'expression de sa mère.

« Non. » Enfin, Mary-Margaret sembla se détendre. Elle expira et sourit. « Bien sûr que c'est une bonne nouvelle, on craignait juste… »

« Je suis heureuse pour vous, » assura chaleureusement Emma avant de se lever et d'enjoindre sa mère à faire de même pour la serrer dans ses bras. « Et pour moi, » souffla t-elle avec un petit rire, étreignant son père pour le féliciter. « Oh mon dieu, je vais être une grande sœur. »

« Oui, » confirma David, un air rayonnant au visage. « Et on espérait que tu accepterais d'être sa marraine également. »

« Vraiment ? »

Mary-Margaret lui serra la main.

« Tu seras parfaite, » assura t-elle.

« Mais… »

Emma n'avait que trop conscience que parrainer un enfant avait un tout autre sens dans leur monde d'origine. Alors que dans ce monde-ci, le rôle de marraine impliquait d'être présent dans la vie de l'enfant, de le guider ou dans sa vie religieuse ou dans sa vie républicaine, d'aider à son éducation et à son équilibre, de participer à sa transformation en un adulte moralement droit et responsable et de continuer à avoir un lien privilégié avec lui tout le long de son existence, dans la Forêt Enchantée ce titre incluait aussi d'autres 'petits' détails.

Comme le fait que, au contraire de ce dont Emma avait l'habitude, accepter de parrainer un enfant signifiait aussi en accepter la responsabilité et la garde s'il arrivait quelque chose aux parents légitimes. Pas besoin de procédure légale, de testament ou d'une quelconque signature, le simple fait d'endosser le rôle de parrain ou de marraine tenait lieu d'engagement sacré reconnu par tous.

C'était aussi pour cela que, traditionnellement, pour éviter d'avoir à hiérarchiser les personnes choisies, les parents désignaient un couple comme parrain et marraine. Ils pouvaient aussi proposer le rôle à une unique personne, comme Ruby pour Emma, et acceptaient dans ce cas que le conjoint pourrait possiblement avoir un rôle à jouer en cas de malheur.

Alors si Mary-Margaret et David choisissaient leur fille, ça voulait dire qu'ils acceptaient la possibilité que, si jamais ils venaient à décéder trop tôt, leur enfant serait aussi élevé par Regina.

« Tu seras parfaite, » répéta Snow plus fermement, lui montrant qu'elle savait bien ce qu'ils faisaient.

Le cœur d'Emma se serra, elle avala difficilement sa salive. C'était une forme d'acceptation dont elle n'aurait jamais osé rêver, pour elle-même et pour sa relation avec Regina. C'était la chose la plus belle que ses parents pouvaient leur offrir, et Emma savait bien qu'ils y avaient réfléchi, en avaient parlé, l'avaient décidé ensemble.

C'était une main tendue, un traité de paix, un geste de confiance inouï.

« Alors, qu'en dis-tu ? » demanda doucement David près d'elle.

Emma ferma les yeux, sentit les larmes couler le long de ses joues et elle mordit sa lèvre inférieure puis hocha la tête, incapable de parler.

Son père la prit dans ses bras et elle put sentir le rire heureux qui fit vibrer sa poitrine. Elle se blottit contre lui comme elle ne l'avait jamais fait auparavant, sourit et renifla contre ses larmes.

« Merci, papa. »

O

« Pourquoi tu as les yeux rouges ? » interrogea Henry lorsqu'elle entra dans la chambre.

Avec un doux sourire, Emma l'invita à s'asseoir près d'elle sur son lit.

« Parce que j'aime les fins heureuses, » offrit-elle.

Mais elle ne précisa pas, parce que ses parents lui avaient confié n'avoir encore rien dit à personne. Ils avaient tenu à ce qu'elle soit la première au courant.

Ils l'avaient attendue.

« Qu'est-ce que tu voulais me dire ? » demanda Henry, l'observant avec ce regard perçant.

« J'ai quelque chose à t'expliquer. »

« C'est par rapport à ma mère ? »

« Oui. »

« Quoi ? »

« Henry... la raison pour laquelle je l'ai trouvée si facilement, cette magie… C'est parce que je la trouverai toujours. »

Elle espérait presque qu'il comprenne tout simplement avec ces mots, mais comment aurait-il pu ? Il n'avait jamais vu Regina et Emma interagir normalement, sauf cette fois-là, après leur retour de la Forêt Enchantée. Mais à cette époque, Henry avait porté si peu d'attention à sa mère adoptive…

Peut-être n'avait-il même jamais remarqué le lien entre elles. La tension. Les possibilités.

Et puis il était si jeune.

« Comment ça ? » demanda Henry, tout confus.

« Regina et moi sommes liées par cette magie. »

« Mais il n'y a plus de magie à Storybrooke, » protesta le garçon. « La seule qui reste c'est la tienne, parce que la magie nourrie par l'Amour Véritable est la plus puissante et peut transcender les mondes. C'est pour ça que tu peux retrouver ma mère ? »

« Oui. Et non. Henry… »

Comment pouvait-elle lui faire comprendre… ?

Emma soupira de frustration. Henry n'était pas stupide et détestait les mensonges, les détournements. Autant lui dire clairement la vérité, et prier pour qu'il le prenne bien.

« Ta mère et moi nous aimons. »

Voilà ! Simple et efficace.

Emma était plutôt fière d'elle.

Le pauvre Henry avait l'air complètement perdu.

« Quoi ? »

Le mot sortit beaucoup trop aigu de sa bouche et il grimaça, pressé d'avoir mué complètement.

Emma essuya ses paumes humides contre son pantalon et tenta d'expliquer la situation un peu plus.

« Lorsqu'elle est partie… Tu as remarqué que j'étais bizarre ? J'étais… triste. C'était à cause de l'Amour Véritable. C'était la magie qui essayait de m'avertir, qui se rebellait. Parce que j'étais trop stupide pour me rendre compte de mes propres sentiments. Henry, je suis amoureuse de ta mère, » annonça t-elle avec une voix enfin posée. « Je… ne m'en étais pas rendu compte, avant. Pendant longtemps, je n'ai pas compris, et même une fois que j'ai eu conscience de ce que je ressentais, j'ai voulu étouffer cette magie parce que je ne savais pas… Elle me faisait peur, tu vois ? Et puis ce matin-là, quand j'ai senti que Regina était en danger, Mary-Margaret m'a aidée et j'ai su alors. C'est grâce à l'Amour Véritable que j'ai pu la retrouver. »

Semblant complètement éberlué, Henry l'observait, immobile.

« Comme Snow White et Charmant ? » interrogea t-il doucement.

« Exactement comme ça. »

« Mais alors, ça veut dire… Ca veut dire que maman t'aime aussi… »

« Oui, Henry, ça veut dire exactement ça. Ça a dû arriver au fil du temps, avant son départ. Elle ne s'en est pas rendu compte tout de suite non plus. »

« Alors tu es allée la retrouver pour lui dire que tu l'aimais ? » interrogea Henry, déjà plus animé.

« Euh… pas exactement… Je voulais la voir, et m'assurer qu'elle irait bien, et puis… »

« Mais tu lui as dit ? » s'inquiéta soudain Henry.

« Oui. Oui, gamin, je lui ai dit. »

« Et qu'est-ce qu'elle a dit ? Elle t'aime forcément, puisqu'il y a la magie. Elle a dit quoi ? Qu'est-ce qu'elle a dit ? »

Emma sourit en le voyant sautiller sur place, bouillant d'excitation, suspendu à ses lèvres.

« C'est toujours Regina, alors elle a résisté un peu. Mais qui peut résister longtemps à mon charme, hein ? »

Il leva les yeux au ciel, et puis un immense sourire éclaira son visage et il sauta sur ses pieds.

« Maman et toi, vous vous aimez ?! » Il fronça les sourcils. « Je comprends pas comment c'est arrivé, et je savais même pas que vous aimiez les filles. Mais… » Il sourit une nouvelle fois. « C'est parfait ! »

« Parfait ? » interrogea Emma, soulagée qu'il ne rejette pas l'idée mais surprise par un tel enthousiasme.

« Mais oui, Emma ! C'est parfait ! Tu vois pas ? C'est la parfaite fin ! Tout le monde est heureux ! Les gens qui voulaient retourner dans l'autre monde y sont retournés, et les autres peuvent enfin circuler comme ils veulent dans ce monde-là et ils sont libres ! Et maman et toi, alors que vous étiez même pas censées vous rencontrer et ensuite à cause du mauvais sort vous étiez censées être des ennemies mortelles et c'est un Amour Véritable, Emma ! C'est parfait ! Et… Et… » Il se figea. « Mais maman a déjà eu Daniel… »

« Il semble que ta mère aime créer des exceptions. Alors ça ne te gêne pas ? »

« C'est un peu étrange, » concéda t-il. « Mais génial ! Est-ce que ça veut dire qu'elle va revenir ? Ou qu'on va partir ? Où on va habiter ? On habitera ensemble, hein ? »

« Ouah, doucement ! J'en sais rien ! On a le temps, gamin. On verra. »

« Est-ce qu'ils savent ? » s'inquiéta soudain Henry.

Emma lui sourit.

« Ils savent. Et tout va bien. »

« On va pouvoir vivre tous heureux maintenant. »

« Tu penses ? »

« Bien sûr, » assura t-il avec ce sourire, et cette lueur dans les yeux, et cette chaleur confiante dans la voix. « C'est notre fin heureuse. »

O

« Notre fils est un grand fan de notre histoire d'amour, » informa Emma en s'allongeant sur son lit ce soir-là, son mobile collé à son oreille.

« Vraiment ? »

« Il était excité comme une puce, il n'a cessé de poser des questions toute la journée. Je crois qu'il a regardé un peu trop de comédies romantiques avec David. Il m'a demandé qui est tombée amoureuse la première. J'ai dit toi. Il m'a demandé qui a invité l'autre en premier. J'ai dit toi. Qui a embrassé l'autre en premier. J'ai dit toi. Qui a - »

« Mais c'est faux ! »

« Tu pourras défendre ton point de vue. Un conseil : prépare tes arguments. »

« Alors il l'a bien pris, » souffla Regina, le soulagement dans sa voix limpide.

« Tu rigoles ? Monsieur se félicite d'avoir été celui qui nous a réunies. Il veut savoir quand nous allons emménager tous ensemble. Je te jure qu'il était prêt à faire ses valises. »

« Qu'est-ce que tu lui as dit ? » demanda lentement Regina.

Elles n'avaient toujours pas décidé de ce qu'elles feraient, et Emma haussa les épaules.

« Que nous verrons. Que nous allions sans doute déménager, quitter Storybrooke, mais pas tout de suite. Et puisque nous avons commencé par les sujets graves, j'ai une accusation à te soumettre. »

« Ah oui ? »

« Tu savais que ma mère était enceinte et tu ne m'as rien dit ! »

« Je… Alors elle est vraiment enceinte ? »

« Comment tu l'as su ? A cause de Rice ? »

« Elle est gynécologue-obstétricienne au service maternité. »

« Tu aurais pu me le dire ! »

« Vraiment, Emma ? »

Avec un soupir, Emma leva les yeux au ciel.

« Non, c'était sans doute mieux que ce soit Mary-Margaret qui me le dise. Mais quand même ! Tu te rends compte ? Je vais être une sœur. »

« Oui. »

« Ils m'ont demandé d'être la marraine du bébé, Regina. »

Un silence, et puis un son, étranglé.

« Oh ? »

« J'ai accepté. »

« Oh. »

« C'était après une conversation hésitante et maladroite quant à notre relation. Tu sais ce que ça veut dire ? »

Emma fronça les sourcils lorsque le silence s'étendit. Peut-être qu'à l'avenir, elle ne devrait plus mentionner ses parents face à Regina et inversement, pour éviter ce genre de situations. Peut-être qu'elle aurait dû attendre pour lui donner cette information. Peut-être qu'elle aurait dû lui dire autrement, et pas au téléphone.

« Regina ? »

« Mmh ? »

« Ca va ? »

« Je me disais juste que… » Elle hésita et sa voix trembla. « Henry n'a ni parrain, ni marraine. »

Un sourire radieux se forma sur le visage d'Emma.

O

« Oh, pour l'amour de… ! Henry, tu es parfait ! »

Le garçon tourna un regard noir vers elle, puis recentra son attention sur le miroir de leur chambre d'hôtel. Emma souffla de frustration et leva les mains en signe d'abandon.

Cela faisait une heure que le gamin se préparait. Il avait hésité longtemps avant de choisir ses affaires (ça expliquait pourquoi son sac pesait une tonne), il s'était habillé, avait trouvé que son t-shirt faisait trop bébé, que son pantalon était trop froissé, il s'était changé. Une fois, deux fois, avait passé une demi-heure à arranger ses cheveux,…

Et Emma n'avait qu'une envie, quitter cet endroit et retrouver Regina.

Ca faisait un mois, bon sang ! Elle voulait la voir, lui parler, l'embrasser !

Mais Henry ne se trouverait apparemment jamais assez bien pour sa mère, et ô combien Emma trouvait ça amusant et adorable, elle brûlait d'impatience.

La seule chose qui lui permettait d'attendre était la certitude que, de son côté, Regina était sans aucun doute aussi nerveuse que son fils. Emma pouvait parfaitement l'imaginer devant son propre miroir et…

« Ah non, gamin ! Tu gardes cette chemise ! »

« Mais elle est pas bien ! »

« Elle est très bien ! »

« Elle va pas avec mes chaussures ! »

« Mais bien sûr que si ! »

L'air frustré d'Henry prit une toute autre tournure quand des larmes montèrent dans ses yeux.

« Henry… » souffla Emma en s'approchant de lui.

Il baissa honteusement le regard.

« Et si elle aimait pas ? »

« Quoi ? » Emma déboutonna le premier bouton de la chemisette bleu ciel du garçon, arrangea son col et posa ses mains sur ses épaules. « Henry, tu pourrais être habillé comme un sac, ta mère te trouverait parfait. Et dois-je te rappeler qu'elle t'a vu tout nu ? »

« Emma… »

« Regina t'adore, ok ? Et tu es magnifique. »

« Tu crois ? »

« Je le sais. »

Il jeta un coup d'œil dans le miroir, sembla reprendre confiance en lui et les larmes disparurent. Et puis une petite grimace apparut sur son visage et il passa une main dans ses cheveux d'un air critique.

« Je vais les relav – »

« Ah non ! »

Cette fois-ci, Emma attrapa son bras et le traîna hors de l'hôtel, bien décidée à retrouver son Amour Véritable et pestant contre les perfectionnistes.

O

« Comment elle va savoir où on est ? »

Emma sourit, observa autour d'elle. Elle était très souvent venue dans ce parc lorsqu'elle vivait encore à Boston. Henry et elle se trouvaient dans une partie un peu isolée, bordée d'arbres.

« Elle nous trouvera, » promit-elle, et Henry sourit quand il comprit.

Il passa une main sur ses vêtements et Emma secoua la tête. Avec ce bleu qui faisait ressortir ses yeux et ce pantalon noir, le gamin était parfait, qu'il veuille l'admettre ou non.

« Et si elle ne venait pas ? »

« Elle viendra. »

Bien sûr qu'elle viendrait. Elle était revenue du Japon quelques jours auparavant, n'était même pas repassée par la Californie lorsqu'Emma lui avait dit qu'Henry demandait chaque jour quand il pourrait la voir.

Et elle ne voulait surtout pas paraître arrogante, mais elle espérait bien que Regina ne manquerait pas une occasion de la voir. Elles s'étaient appelées tous les jours ou presque, mais ça restait insuffisant.

Emma observa le gamin essayer de discipliner une mèche rebelle pour la millième fois pendant un instant, jusqu'à ce qu'elle sente ce pétillement qui lui avait tant manqué. Luttant pour ravaler son immense sourire, elle se tourna vers la direction suggérée par la magie et n'eut à attendre que quelques secondes pour voir Regina arriver.

Dans une jolie robe d'été bleu clair, des sandales assorties, son maquillage léger et ses cheveux brillant sous le soleil, elle était époustouflante. Elle croisa le regard d'Emma et lui sourit, et pendant un instant le monde tout entier se stoppa.

Et puis le regard chocolat se dirigea vers le garçon près d'Emma, dos à la nouvelle arrivée, et Regina se figea dans ses pas à quelques mètres d'eux, observant ce garçon qui avait grandi loin d'elle pendant près de deux ans. Emma aurait voulu la rejoindre et la prendre dans ses bras, l'embrasser, mais elle savait que leur réunion se ferait plus tard, dans l'intimité. Il y en avait une autre, plus importante, qui avait la priorité à cet instant.

Avec un sourire rassurant pour Regina, Emma se tourna un peu vers le gamin, posa une main sur son épaule et l'enjoignit à se tourner.

« Et si tu allais dire bonjour à ta mère, Henry ? »

Il fallut quelques secondes à Henry pour se remettre du choc, mais quelques secondes furent aussi tout ce dont il eût besoin pour rassembler son courage et s'approcher de Regina, s'arrêtant à un mètre d'elle.

Emma ne put entendre les mots qu'ils échangèrent alors, hésitants, maladroits peut-être. Henry se tenait droit, cherchait possiblement à se grandir, passait de temps à autres une main sur sa chemisette tandis que sa mère le buvait du regard.

Emma n'existait plus pour eux à cet instant et elle s'en moquait bien. Elle les observait, enfin réunis, et souriait de les voir aussi tendus, aussi timides, eux qui avaient pourtant toujours quelque chose à dire. Ils étaient même assortis, ayant choisi (sans doute aussi difficilement l'un que l'autre) quasiment le même bleu pour leurs vêtements.

Lorsqu'enfin Henry se jeta dans les bras de Regina, Emma rit et secoua la tête, songeant avec dérision que finalement, les fins heureuses, ce n'était peut-être pas aussi débile que ça.

(Comme l'Amour Véritable.)

Après quelques minutes, Henry lui fit signe de se joindre à eux, l'un de ses bras toujours autour de la taille de Regina. Emma s'empressa de rejoindre sa famille avec un petit sourire.

« The End, » murmura t-elle.

« Quoi ? »

« Rien, gamin. Et si on allait quelque part ? J'ai un peu faim, et je connais l'endroit parfait. »

O

Fin.


(Trois petites indications sur le futur de Regina et Emma :

_Je ne les vois pas se marier. Je ne pense pas que Regina le souhaiterait en raison de son passé et je ne crois pas qu'elles en ressentiront le besoin ou l'envie.

_Je doute qu'elles aient des enfants. Même si les bébés magiques sont rigolos, je préfère les méthodes réelles et je doute que les deux personnages que j'ai fait évoluer aient envie de passer par là. Elles en discuteront, une fois ou deux, mais au final leur famille leur suffit. Elles ont Henry, et je les vois bien vivre leur vie tranquillement toutes les deux, une vie presque banale, avec leur(s) filleul(s) et leurs petits-enfants, mais centrée l'une sur l'autre.

_Sauf circonstances très particulières, Regina ne retournera jamais à Storybrooke dans ce futur-là. Certains seront au fil du temps au courant de la vraie histoire et de son union avec Emma (Ruby et Granny en premier), mais Storybrooke est un endroit où il s'est passé trop de choses pour tout le monde, et leur nouveau départ se fera ailleurs. (Peut-être en Californie ?). Oh, et Mary-Margaret et David suivront finalement leur fille quelques mois après la naissance du bébé, peut-être habiteront-ils à l'autre bout de la ville. Eux aussi ont bien besoin de s'éloigner des mauvais souvenirs, d'être proche d'Emma et d'Henry, mais ils visiteront Storybrooke régulièrement (et Ruby passera autant de temps chez eux que là-bas).

J'avais suggéré des bonus, alors si vous avez des envies, proposez toujours…

Y.)