Bonjour,
Un peu en retard, mais voici de l'abandon, du haut mal et de la rancune. Un chapitre plein d'ondes positives ^^.
Mes Betas sont toujours Mille-Visages, Eryn13, et Dansimati.
Bonne lecture !
Haut Mal
L'ambiance à Poudlard est un peu sombre tout le mois de mars et une partie du mois d'avril. Nous n'avons pas de nouvelle de notre Champion. Mais enfin, le 14 avril, il revient, enfin remis sur pied. Il doit parler à l'école le soir même, au souper. Je suis très curieuse. Anxieuse aussi. La petite voix s'agite un peu.
Des tas de rumeurs circulent. Il aurait perdu les doigts, voire des membres, il serait défiguré voir émasculé selon les versions. Il a été tellement CON de monter sur ce Kelpie! Tous les manuels (qu'on lit à partir de la cinquième année) le disent: ne JAMAIS toucher un kelpie de varech. Leur bouche est constituée de tout ce qui est enserré par les algues; algues capables de bouger librement. Il faut toujours attendre qu'un kelpie soit transformé en vrai cheval pour l'approcher.
Au dîner, nous voyons effectivement que la place que ses amis lui gardaient symboliquement est à nouveau occupée par un garçon constellé de grosses cicatrices de brûlure. Personne ne peut s'empêcher de le dévisager et à la fin du repas, il se lève enfin pour prononcer à peine quatre mots:
« Je quitte le Tournoi.»
J'apprendrai plus tard que son annonce a déclenché des bavardages sans précédent, mais je n'en ai aucun souvenir, parce que je me suis soudain pliée en deux, incapable de percevoir mon environnement tant j'ai mal. Mary racontera plus tard qu'elle a dû me relever la tête pour éviter que je ne me noie dans ma soupe. Je crois que je me suis mise à hurler, mais je n'en suis même pas certaine. Et soudain, ça a été le vide.
o**°**o
Je me réveille dans la blancheur de l'infirmerie. J'ai mal partout et je suis épuisée. Il y a un Jojo inquiet à mon chevet. Je souris faiblement à mon premier ami sorcier. J'écarte résolument Alex de mon esprit. Mon premier VRAI ami. Pas un con qui m'oublie à la première occasion.
« Deidre ? Ça va mieux?
- Ouais... Je crois. Je suis faible comme un petit chat, c'est tout...
- Je... Bouge pas, je vais chercher Sœur Anne. »
Pendant qu'il va chercher l'infirmière, je réfléchis. J'ai toujours strictement refusé de parler aux gens de la petite voix, mais là... Je sens venir une catastrophe. Je ne suis plus la seule touchée. Je dois parler.
« Alors... On va mieux? Parfait. Ne vous en faites pas, ce n'était qu'une crise de haut mal.
-Je...
- Bien sûr, vos parents vous purifieraient sûrement au gros sel, les moldus sont si... arriérés!
- Ma...
- Mais pas d'inquiétude, nous allons bien nous occuper de vous, et...
- Mais laissez-moi causer, merde!
- Restez calme, jeune fille, dans votre état, une seconde crise serait si vite arrivée!
- Mais ma sœur!
- Non, non, non, reposez-vous. Venez, jeune homme, votre amie a besoin de repos, vous l'en empêcheriez.
- Ma sœur! Il va y avoir un accident! La petite voix me dit que...
-Ne faites pas attention à cela, jeune fille, le haut mal provoque des hallucinations auditives, voilà tout. »
Et elle met fin à la discussion en m'assommant d'un sortilège quelconque.
o**°**o
Quand je réémerge, il fait nuit. Je ne suis pas beaucoup plus en forme. Je me sens lourde, pâteuse... Mais le souvenir de mon premier réveil est très présent. Je dois sortir. Je dois trouver Peverell. Il doit participer. Je me force à sortir de mon lit, mais je m'effondre, mes jambes incapables de me porter. Je sens une main me rattraper, je pose les yeux sur elle.
Enfin, non, puisqu'il n'y a rien.
Ow... Je me sens mal...
Une bassine se glisse sous mon menton à temps pour m'éviter de décorer l'endroit. Elle tient toute seule. Mais elle n'a pas la dérive de lévitation que l'on voit chez les objets enchantés. D'une main peu assurée, j'explore le tour de la bassine et je trouve une seconde main invisible, recouverte d'un voile bizarre. Je remonte le bras jusqu'à la tète enveloppée d'une capuche que je repousse. La tête d'Alex apparaît soudain flottant devant moi. Non, elle ne flotte pas plus que la bassine. Il doit y avoir le corps et les jambes d'Alex sous ce voile.
« Salut » qu'il me dit, avec un grand sourire canaille.
Je m'effondre un peu plus et il doit se dire que ce n'est pas le moment de discuter, car il pose la bassine et me remet sur mon lit.
« Donc! Tu allais dire quelque chose du genre 'vas-y, attaque, fourbe serpent, mais je saurais te montrer comment meurt une reine?' Tu es un peu portée sur la grandiloquence, ma chère. Moi, je venais prendre de tes nouvelles. Nausées mises à part, ça va? Et je t'arrête tout de suite, non, ce n'est pas pour préparer la prochaine étape de votre guerre puérile à Malefoy et toi.
- Alex... Cesse de parler. La petite voix... »
Tout de suite, le visage du Serpentard devient sérieux. Il sait que si je ne l'envoie pas chier c'est que quelque chose ne va vraiment pas. Je reprends:
« Sœur Anne ne me croit pas, elle dit que c'est une hallucination, que c'est le haut mal, c'est absurde! »
Il nettoie la bassine d'un coup de baguette, s'assoit contre le lit et prend ma main. Ce soutien discret calme un peu mon angoisse.
« Elle ne peut pas avoir raison?
- Non! Tu sais bien que la petite voix est réelle! Tu l'a VU! Une autre fois, elle m'a interdit de monter a un arbre, il a été foudroyé, une autre de m'approcher d'un buisson, il y avait un sanglier dedans!
- Chuuuuut... Chut, je sais, ça. Tu me l'as raconté. D'accord, la petite voix est réelle. Pardon, continue.
- Il y a un problème avec Peverell. S'il renonce, ça va être terrible. J'ai jamais ressenti ça. Quand il a renoncé, j'ai eu l'impression que toute la douleur du monde était dans mon ventre. Il doit continuer. Tu lui diras?
- Je te le promets. »
À l'instant même où il me le promet, je sens la fatigue m'endormir. Je suis rassurée d'avoir confié le problème, je crois...
o**°**o
Quand je sors de l'infirmerie le lendemain midi, abondement fournie en potions contre le haut mal, je n'ai aucun souvenir de m'être éveillée durant la nuit. Juste la vague impression d'avoir rêvé d'Alex. Ce qui est ridicule.
En fait, toute cette histoire d'épilepsie est grotesque. Je crois. Je... Je ne sais plus vraiment. Et ça m'inquiète. Je n'arrive plus à penser depuis que je me suis réveillée à l'infirmerie. Les cours sont horriblement difficiles, toutes les notions se mélangent, je crois que... Je ne sais pas. Plusieurs jours passent, dans un épais et étrange brouillard. Je crois que je suis allée dire à Sœur Anne que je refusais désormais d'avaler ses potions, mais... Je les prends tout de même. Je ne veux pas, pourtant. Je...
« Artémis?
- Oui, Deidre?
- Je ne veux pas prendre ça.
- Je sais.
- Alors pourquoi ma main le fait quand même?
- Parce que tu dois, c'est bon pour toi
- Je... Je veux plus prendre ce truc. Ça m'abrutit.
- Allez, courage »
Je lui lance un regard noir et me sers une dose de potion... dix minutes plus tard, je dors, à cause de cette saloperie.
o**°**o
Le lendemain, je n'ai toujours pas retrouvé ma vivacité d'esprit. Nous sommes le 26, j'ai douze jours complètement flous dans ma mémoire. Je hais Sœur Anne.
Après les cours, que je n'ai pas compris, comme toujours, j'envoie chier mes garde-chiourmes et je cours dans le parc. Je prends grand plaisir à passer mes nerfs sur un rocher innocent quand Alex arrive, la bouche en cœur. Je le mets en joue immédiatement:
« Woooooow ! Zen, Jeanne D'Arc! Ce n'est que moi! Je pensais qu'on avait dépassé ce stade l'autre jour!
- L'autre jour?
- L'autre jour! L'infirmerie, la nuit, la cape d'invisibilité...
- Tu es venu?
- Ben ouais!
- C'est à cause de toi la désorientation!
- NON coupable! Calme-toi, ma chère, tu te souviens pas de cette nuit-là? T'étais pas dans ton assiette, j'avoue. Mais tout de même...
-Non, je me... »
Mais j'ai rêvé de lui, une nuit. Et avec mes souvenirs lamellaires...
« OK, raconte ce qui s'est passé.
- Je voulais voir comment tu allais, mais tes amis m'ont empêché, alors j'ai pris la cape d'invisibilité et je suis venu la nuit. Soudain, tu t'es réveillée et tu as essayé de sortir de ton lit. Tu es tombée, je t'ai rattrapée et remise. Tu voulais absolument dire à Peverell de réintégrer le tournoi. La petite voix t'a prévenue d'un truc grave, tu as dit. Un accident. Et puis dès que je t'ai promis de le convaincre, tu t'es rendormie. Voila »
Je le regarde un moment puis baisse ma baguette. Ça ressemble effectivement à mon rêve. Je veux bien croire que ce soit arrivé. Je m'assois contre les restes du rocher, les larmes pas loin du tout.
« T'as pas l'air bien, ça va?
- Je... Si, si, ça va. Je réagis mal à leur traitement.
- Ça ne doit pas t'aider?
- Non! ça aide PAS! Ça me rend DÉBILE, je suis PAS débile! »
Cette fois, je suis en larmes contre mon rocher. Je pleure devant ce Serpentard d'Alex. Je sens un bras passer autour de mes épaules. Je remonte le bras du regard. Alex. Alex me prend dans ses bras.
« Et c'est pour quoi ces potions?
- Ils disent que j'ai le haut mal. Ils me forcent à les prendre. Je peux pas m'empêcher. Elle m'a fait un truc, la Anne. Je suis FORCÉE de le faire.
- C'est une Compulsion, Dibs'. Un sort utilisé pour forcer les gens à prendre leurs médicaments. Ma mère me faisait ça, quand j'étais gosse. C'est rien de grave.
- Mais c'est horrible... Je peux pas aligner deux phrases... Je... Je... C'est pas de l'épilepsie...
- C'est quoi, alors, Dibs'?
- Mais c'est la voix!
- Tu lui as dit!
- Oui! Mais elle a dit... Que le haut mal... Ça pouvait aussi être des hallucinations. Elle existe!
- Chuuuuut... oui, je sais, qu'elle existe, bien sûr qu'elle existe. Et toi, tu devrais cesser de prendre cette foutue potion.
- Je peux pas!
- Ça peut s'arranger, allez, viens. »
Il me fait me relever et remonter au château. Là, il m'assoit sur une marche et m'ordonne de l'attendre dans une salle de classe vide. Au bout d'un moment, il revient, un paquet sous le bras.
« Je vais te montrer un truc super secret. Tu me jures d'en parler à personne?
- Juré »
Il déploie le paquet, qui se révèle être une cape, et s'en enveloppe. Et deviens invisible.
Wow!
« Comme, ça, je peux te suivre a la tour de gryffondor sans me faire repérer. On y va? »
S'il veut...
« Mais je te fais pas entrer!
-Promis! »
Nous faisons le trajet et je l'abandonne dans un couloir près de la grosse Dame. Bon. Il veut le flacon de potion. Pour quoi faire? C'est une bonne idée? Mais c'est le seul à pas vouloir me gaver de cette horreur. Bon, je le fais. Je vais chercher le flacon, sur ma commode et le lui rapporte. Il m'ordonne de rester où je suis et quelques minutes plus tard, il me ramène mon flacon, en m'ordonnant de lui faire confiance et de prendre ma potion ce soir. Confiance. Il est mignon, lui! Il me donne des preuves que je peux lui faire confiance? Non! Mais je le fais quand même! Je suis conne!
o**°**o
Cependant, le lendemain, quand je me lève, j'ai enfin l'esprit clair. Pour la première fois depuis... trop longtemps. Treize jours disent mon calendrier. Saleté d'infirmière!
Je fais un peu la gueule à Artémis qui m'a forcé à prendre cette saloperie et à Mary pour la même raison. Par ailleurs, je veux pas qu'elles sachent que je ne prends plus mon traitement, alors j'agis comme si j'étais débile pour les tromper, puis je fuis dans le parc, au même endroit que la veille, où Alex m'attend, comme par hasard:
« Qu'est ce que je peux faire pour toi, Alex?
- Je viens au rapport, chef!
- Ah?
- J'ai pas réussi à le convaincre, il est terrifié. Et je suis qu'un gosse de seconde année. »
Mon estomac fait des loopings dans mon corps.
« Ça va mal finir.
- Je sais. Je te promets d'essayer encore. On a un peu de temps d'ici juin.
- Merci, Alex.
-Je t'en prie. »
Un petit moment passe, puis il reprend, hésitant:
« Dis, si je te parle de nos deux rentrées, tu me laisses parler, cette fois?
- Admettons... Mais c'est bien pour te remercier pour hier. Je ne sais pas ce que tu as fait, mais c'est merveilleux.
- Si je te le dis, ça marchera plus.
- Alors, ne dis rien. Sur la potion, par contre pour le reste, je t'écoute:
- Je suis désolé, pour la première. J'étais super content de te voir, mais... »
Je soupire.
« Je sais... je ne suis rien dans ton monde, à peine plus qu'une serve...
- Ouais... Et je dois me faire des relations, tu comprends?
- Mal.
- Pardon. Sinon, j'adore ton médaillon. Et t'as franchement des burnes de porter ça à la tour de gryffondor...
- Des quoi?
- Euh... du courage! »
o**°**o
J'ai continué à prendre ma « potion » dutyfully jusqu'à ce que la bouteille soit vide. Le même jour, je fus convoquée à l'infirmerie. Cette idiote de Sœur Anne m'a soumise à des flashs et a des fumigations puantes, ravie de voir que je me sentais bien. À la fin de la séance, elle m'a dit que c'était bon, que je pouvais arrêter de prendre ma potion et que j'étais guérie. En fait je n'avais plus très longtemps à tirer, quand Alex a fait son truc. Pas grave, je ne regrette pas d'avoir arrêté ce traitement débile.
Artémis se demande pourquoi je lui en veux. On se le demande... Mais bon... Au fond, je sais qu'elle voulait bien faire. Je ne sais pas, ça me prendra quelques jours, je pense.
En attendant, je suis un peu toute seule, ayant envoyé chier tout le monde. Alex vient bien parfois me faire son rapport, mais il ne reste jamais bien longtemps. Et je ne vais pas passer mon temps à attendre que se pointe un crétin qui a honte d'être pote avec moi.
Je boude donc un peu dans mon coin quelques jours jusqu'à ce que Mary vienne me secouer les plumes:
« De combien d'temps tu comptes encore roumeger?
- Rouméger! Vous m'avez abruti volontairement pendant un mois!
- Trois semaines.
- Mary!
- Mais quoi? Qu'est'c'qu'tu voulais qu'on fasse? C'était des semaines pénibles, OK, mais c'est torché, t'es guérie, t'auras plus jamais le problème. T'imagines ce que ça a été de t'voir plonger dans ta soupe? Et de t'entendre hurler comme si on t'arrachait les tripes? »
J'ai envie de lui balancer à la gueule la vérité, mes visions, et tout, mais la peur qu'elle en parle me paralyse. Je veux pas qu'ils comprennent que j'ai arrêté ce traitement. D'abord parce que c'était horrible, ensuite parce que je dois m'occuper de cette histoire de Tournoi.
« Tu roumèges.
- Vous m'avez laissé totalement vulnérable. J'attendais autre chose de mes amies. J'étais piégée et...
- Mais ferme-la donc, princesse! Tu t'es sentie piégée trois petites semaines? Je t'invite à vivre ma vie, tu sauras ce que...
- Mais ta gueule! Ouais, t'as pas un destin facile, mais tu crois que le mien est beaucoup mieux? Je vais être vendue aussi sûrement que toi! Pas pour une nuit, mais pour produire des gosses! Ma cousine épouse cet été un vieux de cinquante balais! Tu veux ma vie? Prends-la! »
Et je laisse cette sale (future) pute en plan. Nan, mais c'est vrai, quoi! Parce que je suis riche, je n'ai pas le droit d'avoir de problèmes?
Je suis infecte.
Je me hais.
Je voulais me réconcilier avec elles, mais...
