Merci à Joker73, pour ses nombreuses idées sur les derniers tomes et ici sur les explications des variantes de la maladie. Bizzzz, copine !
13.
Lazaryne éclata de rire.
- Bon, c'était Aldéran que je voulais sacrifier si je ne pouvais l'avoir, mais je ne veux pas qu'il te récupère c'est ce qui lui fera le plus mal, Ayvi, conclut Lazaryne en braquant Ayvanère et en pressant la détente.
Trop loin que pour tenter quoi que ce soit, et rien ne lui venait d'ailleurs en tête, Skyrone vit son cadet roux bondir sur son épouse pour l'écarter de la ligne de mire et la plaquer au sol. Et faisant irruption, Soreyn et deux des membres de l'Unité Anaconda – Talvérya et Jalance - investirent les lieux, neutralisant Lazaryne qui n'avait de toute façon plus l'intention de résister.
- Tu m'as sauvée, mon amour. Je crois que tu peux me laisser, je ne risque plus rien. Aldie ?
Ayvanère se dégagea de sous le corps de son époux qui pesait beaucoup trop lourdement sur elle, mais surtout elle redoutait de savoir ce qu'était le visqueux et chaud liquide qui coulait le long de sa propre gorge alors qu'elle était certaine de n'avoir aucune blessure.
- Aldie ! Nous n'avons pas fait tout ça pour que je te perde maintenant !
- « Fait quoi » ? rugit Lazaryne.
- Tu as de la chance d'avoir le crâne solide, Aldie, sourit Ayvanère.
- La balle n'a fait qu'effleurer mais ça a bien cogné contre l'os.
- Les saignements de l'arcade sourcilière sont toujours impressionnants, je m'y suis fait prendre, gémit Ayvanère en caressant le pansement qui couvrait presque entièrement celle gauche de son mari.
- Je sors quand ? s'impatienta ce dernier. Une nuit d'observation, ça suffit en général pour une légère commotion !
- Sky a prolongé ta période de soins.
- Mais de quoi il se mêle ! ?
- Il sait sûrement ce qu'il fait. Comment tu te sens ?
- Je peux te faire accepter qu'il est normal de tout voir en double, et que tu me ramènes chez nous ?
- Tu restes dans ce lit ! intima Ayvanère.
- Au moins, quand je la bonimentais, Lazaryne me croyait, ironisa Aldéran.
- Elle est folle. Moi, je suis folle de toi, c'est très différent !
Ayvanère fronça les sourcils, inquiète vu la mine que tirait Skyrone qui venait de rentrer dans la chambre de la Clinique Sperdon.
- Sky…
- Aldéran, j'ai tes résultats… Ce n'est pas bon… Je dirais même : comment as-tu pu laisser ton bilan de santé en arriver à un stade tellement catastrophique !
- Mais, je n'ai rien fait de particulier. Je ne me suis pas exposé de façon inconsidérée ! Et je ne peux pas tomber malade. Mon sang…
- Le sang, oui. Je dois parler à Clio ! jeta Skyrone en ressortant tout aussitôt !
Aldéran se frotta le bout du nez.
- Un courant d'air, ce barbu d'aîné, remarqua-t-il encore. C'est une impression où il est encore plus barré que moi ?
- Sur sa fuite, je me sens obligée d'être d'accord avec toi. Et je ne vois vraiment pas ce que l'amie Jurassienne de ton père vient faire dans l'histoire…
Une heure plus tard, Skyrone était revenu, moins agité, mais la mine plus grave encore, une tristesse infinie dans ses prunelles marrons.
- Tu n'as effectivement pris aucun risque, Aldie, fit-il en s'asseyant de l'autre côté du lit, faisant pivoter la tablette pour y poser son ordinateur. C'est la faute à pas de chance, on va dire…
- Tu peux être clair, Sky, nous n'y entendons rien ! glapit Ayvanère.
- Toshiro et moi avons fini par mettre le doigt sur la façon dont notre père a été contaminé, Aldéran. C'est la traversée d'un cimetière d'épaves, la cargaison toxique de l'une d'elles ayant créé un rayonnement local qui n'aurait jamais dû se trouver là, d'où le temps que ça a pris d'enfin le reconnaître. Rayonnement qui a affecté ses cellules, mais que protègent nos propres irradiations annuelles. Comme je l'avais expliqué à maman, un des agents viral est passé en elle. Il est aussi passé en toi, par contact du sang, ce qui a déclenché chez toi une forme virulente de la maladie, ce qui explique la fulgurante dégradation de ton état de santé. Et, pour finir de tout compliquer, le sang de Saharya a fait à nouveau muter l'agent viral en une souche parfaitement inconnue.
Skyrone se tut, laissant les explications faire leur chemin dans l'esprit de son frère et de sa belle-sœur.
- Mais, il n'y a pas eu de contact, sang à sang ! protesta enfin Aldéran.
- Quant ta plaie s'est rouverte, au moment où notre père quittait l'Arcadia pour que le Lightshadow le ramène ici, lui aussi saignait de la main. Clio et Toshiro s'en sont souvenus, ainsi que des astéroïdes qui martelaient la coque et rendaient l'équilibre à bord précaire.
Skyrone tourna l'écran de l'ordinateur pour montrer les images prisent par les caméras intérieures de l'Arcadia, son capitaine se rattrapant à son fils, appuyant sa main effectivement dégoulinante de sang sur le flanc blessé, et la tache s'agrandissant sur le vêtement alors qu'il avait à peine tourné les talons.
- Quelques secondes auront suffit, reprit Skyrone, lugubre. Le sang de notre père frais sur ta chemise et ton incision se rouvrant. Et le mal s'est déclaré après ton retour.
- Je ne suis plus trop en état de retourner quémander du nectar, soupira Aldéran.
- Ca ne servirait à rien, Aldie, gémit son aîné. La forme virulente de cet agent est mortelle. Et vu le stade où tu en es, il n'y a rien qui puisse ralentir le reste du développement… Je suis désolé.
- Tu évoquais une forme mutante ? glissa Ayvanère, d'une voix aussi blanche que ses joues. Aldéran a-t-il pu contaminer quelqu'un d'autre à son tour ? Enfin, j'imagine que l'abstinence forcée nous a préservés ?
- En effet. Et heureusement car là, pour quelqu'un n'ayant pas en lui le sang d'une Magicienne, une fois l'infection déclarée, la mort survient en quelques jours.
- Lazaryne ? releva Aldéran.
- Si elle développe la maladie, la contamination ne se fait pas dès le premier rapport ou même après plusieurs – Karémyne y a pour sa part échappé durant les deux premières années de traitement de son mari, ce n'est que ces derniers mois que… - elle va bientôt hurler, se vider de son sang et mourir.
- Elle n'est pas mon souci, ragea Ayvanère. Pour Aldéran, il doit bien y avoir un moyen ? !
- C'est trop tard, Ayvi. Il n'y a d'ailleurs jamais eu de remède à cette mutation du virus. Si tu me dis où sont les Sirènes, je veux bien aller chercher de ce nectar, mais vu les résultats de son analyse, ça n'agirait pas sur la forme de ton mal.
- Qu'est-ce qui va se passer ? interrogea Aldéran, décomposé, trop sonné par toutes les informations que pour être vraiment en état de réagir, la lancinante migraine n'aidant pas vraiment à la réflexion.
- Tu vas continuer de t'affaiblir, jusqu'à ce que ton corps cesse de fonctionner. Ce sera pénible, mais pas particulièrement douloureux, normalement.
- Parle pour toi ! grinça Aldéran.
- Désolé…
- Au lieu de t'excuser, tu vas me faire le plaisir de t'activer, de chercher et de trouver quelque chose pour au moins soulager mon mari ! intima Ayvanère. Ce n'est pas la première fois que l'on déclare Aldéran condamné, et il est hors de question que ce soit la dernière ! Si le nectar ne peut rien pour lui, il y aura autre chose, autre part. Je vais envoyer un message à Sylvarande pour qu'elle effectue des recherches de son côté.
- Si je vais mal, l'Arbre de Vie aussi, murmura Aldéran, à bout de forces. Il ne va pas vous être d'une grande utilité…
- On prend le relais, assura Skyrone. Toi, ménage-toi et demeures en vie !
- N'aie crainte, c'est bien mon vœux le plus cher.
Skyrone se retira alors, laissant les époux entre eux.
