Disclaimer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.
J'ai réussi à tenir mon délaiiiiiiiiiii :D
Chapitre 10: Lieutenant
Nile attendait, une main crispée sur le rebord du balcon. Il peinait à garder son calme même si ce n'était pas dans sa nature de s'emporter. Il n'arrivait pas à croire qu'il ait demandé son aide à Ryûga. Il n'avait pas d'autre choix, il le savait, mais ça ne facilitait pas les choses. Il détestait ce type. C'était le contraire total des Crocs Sanglants, de ce qu'ils représentaient. Il était l'ennemi, de ceux contre lesquels ils se battaient, ceux qui les attaquaient et contre lesquels ils devaient se défendre. Il avait affaibli Kyoya et ses convictions. Pourtant, à présent, il était le seul à pouvoir faire quelque chose pour eux.
-Comment?
Ryûga le regardait dans un état d'incompréhension totale.
-J'ai besoin de ton aide, répéta Nile, un peu plus fort.
Ces mots lui arrachaient la gorge.
Ryûga le dévisagea un instant supplémentaire puis partit d'un éclat de rire moqueur. Nile sentit sa main se crisper davantage autour du métal jusqu'à lui faire mal.
-Parce que tu crois que je vais t'aider? Toi?
-Exactement.
Surtout, il ne devait pas s'énerver. Il songea fugacement que Kyoya avait une mauvaise influence sur lui pour qu'il doive se contraindre à ne pas attaquer Ryûga. D'habitude, il réussissait sans efforts à garder son calme...
Mais l'inquiétude l'empêchait d'agir de façon habituelle ou logique.
-Ton petit copain et toi m'avez mis dans une sale situation. J'aurais pu t'aider, dans d'autres circonstances, mais...
Ryûga haussa les épaules.
-Vous en avez décidé autrement.
Nile se figea Alors c'était ça? Il s'abaissait à lui demander son aide et le fils Atsuka lui répondait par la rancœur d'un gamin trop gâté.
-Tu vas nous aider, déclara-t-il d'une voix ferme. Tu nous le dois bien vu que c'est de ta faute ce qui est arrivé. Tu dois régler ce que tu as causé.
-Je vous ai fait quelque chose? demanda Ryûga, sceptique.
-Tes parents. Ce qui revient au même.
Et enfin, Ryûga réagit autrement que par son indifférence affectée: une lueur de colère s'alluma dans ses yeux dorés tandis qu'il se penchait en avant.
-Dans ce cas, pourquoi tu ne leur parles pas directement? Ou mieux, pourquoi Kyoya ne le fait pas? Comme ça, ils se passeront d'intermédiaires.
Nile se crispa. Il savait ce qu'il devait répondre – la vérité – mais c'était une trahison. Ses paroles seraient une trahison, tout comme les actions qu'elles entraîneraient. Une part de lui protestait, hurlait qu'il n'avait pas le droit de faire ça à Kyoya, même pour son bien. Que Kyoya le détesterait, et qu'il mériterait le châtiment qu'il lui infligerait, quel qu'il soit. Même si le pire de tous serait de perdre cette confiance qu'il avait eu tant de mal à obtenir. Sauf qu'il avait promis. Il avait promis à Kyoya de veiller sur lui. En lui promettant ça, il avait fait passer son bien-être avant ses directives.
Alors, il se lança
-Kyoya ne peut pas. Il est... Il a été blessé.
Un lourd silence s'ensuivit. Les traits de Ryûga se décomposèrent. Envolées son arrogance et ses moqueries. Nile crut même déceler chez lui une pointe d'inquiétude mais il décida de ne pas s'y fier. Cette inquiétude pouvait disparaître aussi vite qu'elle était apparue. Ça ne prouvait pas que Ryûga accepterait de l'aider: les émotions, par nature inconstantes, ne pouvaient pas être crues. Il ne pouvait se permettre d'espérer, pas alors que Kyoya avait besoin de lui. L'espoir l'affaiblirait. Un tel sentiment n'était bon que pour les faibles et les causes perdues.
Comme il s'y attendait, l'expression de Ryûga se ferma à nouveau.
-Je ne vois pas en quoi ça me concerne.
-Ce sont tes parents qui ont employé ceux qui l'ont blessé. Il a failli mourir. On a besoin d'un endroit sûr où le cacher pour qu'il se rétablisse. Scarline n'est plus sûre pour lui, ni pour aucun d'entre nous d'ailleurs. C'est la seule option qu'il nous reste. Tu te doutes bien que j'aurais fait appel à quelqu'un d'autre si j'avais le choix.
Il pinça ses lèvres. Il n'aimait pas lui dévoiler aussi clairement leurs points faibles.
-Ça ne me concerne toujours pas.
Comment Ryûga pouvait-il répondre ça? C'était lui qui les avait plongé dans cette situation. S'il n'avait pas suivi Kyoya, son chef n'aurait jamais décidé de l'emmener et les Atsuka n'auraient pas envoyé des mercenaires le traquer.
Ryûga lui tourna le dos, sûrement pour rentrer chez ne pouvait pas le laisser faire ça... Kyoya serait sans défense tant qu'il ne serait pas guéri. Il ne pourrait jamais le protéger de tous les ennemis qui se tapissaient dans la ville en attendant une occasion comme celle-ci.
-S'il te plaît.
Les mots avaient franchi ses lèvres sans préméditation. Ça le surprit tout autant que le fils Atsuka qui s'arrêta.
-S'il te plaît. On aura une dette envers toi, une dette immense. Tu pourras nous demander ce que tu veux.
Ryûga se retourna, l'air supérieur.
-Tu imagines que vous avez quoi dont je pourrais avoir besoin? Rien. Sors d'ici.
-Mais...
-Mais quoi?
-Tu ne peux pas faire ça.
-Pourquoi?
-Parce que c'est Kyoya, finit-il dans un murmura.
C'était la dernière chance qu'il avait de mettre son chef en sécurité. Toute la ville serait bientôt à leur poursuite. Il ne pourrait pas la quitter – Kyoya ne le voudrait pas, de toute façon, il ne l'envisagerait même pas comme dernier recours.
Ryûga le jaugea.
-D'accord, finit-il par dire.
Nile releva la tête, pas certain d'avoir bien entendu.
-J'accepte de l'héberger le temps qu'il guérisse.
Le soulagement déferla sur Nile et balaya une partie de son inquiétude. Il lui restait beaucoup à faire avant de mettre Kyoya à l'abri mais l'étape la plus importante avait été franchie. Il prit sur lui: il plaça un poing contre son torse et s'inclina.
-Merci.
Il se retourna sans vérifier la réaction de Ryûga. Il enjamba la rambarde et se laissa tomber sur un sol surélevé. Il n'avait pas de temps à perdre. Il avait bien calculé le laps de temps qu'il avait à disposition avant la prochaine ronde et il risquait de se faire capturer s'il ralentissait la cadence.
Il se glissa entre les ombres des arbres pour passer inaperçu puis courut jusqu'à la grille entourant la propriété. Il l'escalada facilement et se laissa retomber sans bruit de l'autre côté. Une fois qu'il fut à l'extérieur, il fourra ses mains dans ses poches et marcha d'un pas rapide, comme s'il avait parfaitement le droit d'être là et qu'il voulait juste rentrer chez lui. Courir ferait de lui un suspect. La situation était suffisamment compliquée sans qu'en plus il se fasse poursuivre par la police.
Il ne devait pas se faire repérer.
Les maisons luxueuses – étalage inutile de richesses parfois perdues – n'occupaient qu'une minuscule parcelle de Scarline. Nile les perdit rapidement de vue. Il se retrouva dans une zone résidentielle tellement silencieuse que le moindre de ses pas semblait se répercuter en échos infinis. Personne d'autre que lui n'était dans les rues. Les maisons semblaient désertes, comme s'il était dans une ville fantôme. Les premiers immeubles apparurent, comme des intrus, tous différents les uns des autres, puis ils se multiplièrent au point d'être les seuls bâtiments présents. Sagement alignés de chaque côté de la route ou regroupés un peu à l'écart, au fond de petites allées. Le chemin lui sembla long avant qu'il n'atteigne enfin sa destination. La façade de l'immeuble ne se distinguait en rien des autres: grisâtre, à peine éclairé par la lumière des réverbères, haut de trois étages.
Il s'arrêta devant la porte. Il frappa. Un coup. Deux coups. Un coup. La porte s'ouvrit, laissant apparaître Hyoma. Celui-ci arborait son éternel sourire doucereux.
-Tu es revenu vite, commenta-t-il simplement.
Hyoma s'effaça pour le laisser entrer. L'entrée se confondait avec une sorte de salon peu meublé et sombre. Il contenait deux portes. Hyoma le conduisit vers celle du fond. Ils suivirent un couloir, dépassèrent plusieurs portes et entrèrent dans une minuscule salle encore plus pauvrement meublée. À sa droite, blottie contre un mur, se dressait une table sur laquelle se mêlait un véritable fouillis. En face, une couchette militaire sur laquelle était allongé Kyoya, inconscient. Des bandages entouraient son torse.
-Il va mieux? demanda Nile en s'approchant.
Ça lui serrait le cœur de le voir dans cet état, même s'il savait que c'était sans doute mieux ainsi: si Kyoya avait été conscient, il aurait dû se battre avec lui pour le pousser à se laisser soigner, plus encore pour l'obliger à se reposer.
-Il s'en sortira s'il ne rouvre pas ses blessures.
Nile hocha lentement la tête sans quitter son chef du regard. Ce ne serait pas facile de l'obliger à rester tranquille.
-Merci pour ton aide.
Le sourire de Hyoma devint froid. Glacial. Des éclats de glace brillèrent au fond de ses yeux, aussi aiguisés que des poignards. Tout cela s'effaça presque instantanément pour laisser de nouveau la place à son illusoire douceur. Aussi bon comédien fut-il, Nile ne s'était jamais laissé tromper par son sourire. Tout le monde perdait le contrôle, à un moment ou à un autre, et laissait entrevoir sa vraie nature.
-Tu n'as pas besoin de me remercier voyons.
Nile opina légèrement. Il voyait ce que Hyoma voulait dire: il ne leur avait pas rendu service, il ne faisait que respecter le pacte qu'il avait avec leur gang. Il y avait d'autres groupes que Hyoma aidait, avant. Mais Kyoya considérait la ville de Scarline comme sienne, et il ne voulait pas la partager. Alors il avait décidé de chasser tous ses concurrents, aussi minimes soient-ils, hors de la ville. Hyoma n'avait pas subi le même sort uniquement parce qu'il pouvait leur être utile. D'ailleurs, Nile l'avait vu plusieurs fois depuis, même si c'était la première fois qu'il avait réellement besoin de son aide.
-Tu vas faire comment pour le transporter?
-J'ai appelé quelqu'un.
Sa réponse n'enchanta pas Hyoma et il pouvait parfaitement comprendre pourquoi. Premièrement, le mauve n'aimait pas avoir affaire à trop de monde. Il leur ressemblait assez sur le fait qu'il se déplaçait sans cesse. Deuxièmement, c'était une mauvaise idée de laisser des gens connaître l'état de Kyoya. La plupart des Crocs Sanglants étaient d'une loyauté irréprochable, absolue même, mais rien ne prouvait qu'il n'y avait pas un traître parmi eux. Seulement, Nile était forcé d'expliquer la situation à certaines personnes pour mettre Kyoya à l'abri. C'était terrible, horrible, mais vrai.
-Tu es sûr que c'est une bonne idée? Il ne vaudrait pas mieux que tu caches son état au plus de monde possible?
-On sera juste quatre à savoir. J'ai prévenu le minimum de personnes.
Hyoma opina lentement. Il lui désigna un sac que Nile n'avait pas remarqué.
-J'ai mis dedans ce dont tu auras besoin pour le soigner. Si tu as encore besoin de mon aide, je serai à côté.
-Je ne pense pas. Mais merci de le proposer.
Hyoma se retira. Ils n'étaient plus que tous les deux. Nile reporta son attention sur Kyoya. Son cœur se serra un peu plus. Son chef était dans un sale état. Même inconscient, il semblait souffrir. Ses sourcils étaient froncés, ses paupières tressautaient. Sa respiration était saccadée. Nile peinait à croire qu'ils avaient réussi à le blesser. Il ne savait pas ce qui s'était passé. Il s'en doutait – sûrement d'autres larbins des Atsuka, moins nuls que les autres – mais il ne savait rien de précis. Kyoya était revenu blessé d'une de ses expéditions. Il n'avait pas eu le temps de lui demander ce qui avait causé ses blessures qu'il était tombé inconscient.
Le vrombissement d'un moteur le tira de ses pensées. Il s'écarta à contrecœur de Kyoya et quitta la pièce. Il traversa le couloir et retourna dans le salon. Il s'approcha de la porte. Il attendit. Le moteur s'arrêta. Une portière s'ouvrit puis claqua. Des pas. Trois coups. Pause. Deux coups. Pause. Deux coups. Nile entrouvrit la porte pour s'assurer de l'identité du nouveau venu même si le code était bon. Rina l'observait avec inquiétude. Ses grands yeux bleus-verts brillaient.
-Il va bien?
-Il s'en remettra.
Ça ressemblait bien trop à une prière au goût de Nile qui n'ajouta rien de plus. Il s'écarta pour la laisser entrer. Il mena l'adolescente dans le couloir.
-On s'en va, lança-t-il pour prévenir Hyoma.
Il n'obtint aucune réponse mais il savait qu'il l'avait entendu. Ils allèrent ensuite dans la pièce où Kyoya reposait. Elle étouffa difficilement un sanglot. Nile fit semblant de ne pas le remarquer et ramassa la sac. Elle cligna des yeux pour chasser ses larmes et se reprit. Ils soulevèrent délicatement Kyoya – Nile pria pour ne pas avoir rouvrit ses blessures – et l'amenèrent dans la voiture. Nile le soutint pendant que Rina ouvrait la portière. Il le déposa avec autant de précaution sur la banquette arrière. Il entra dans la voiture et s'assit à même le plancher pour être près de lui. Il posa ses mains sur Kyoya pour le maintenir en place tout en faisant attention à ne pas appuyer sur ses blessures.
Rina s'installa à la place du conducteur. Elle démarra la voiture. Elle roula à une allure raisonnable pour ne pas attirer l'attention. Ils firent le chemin inverse que celui qu'il avait emprunté pour venir. Elle ne s'arrêta que devant le portail de la maison Atsuka. Nile se tendit. Sa gorge s'assécha. Ils risquaient de se faire repérer.
-Kyoya et moi devrions descendre maintenant.
-Comment vous ferez pour entrer?
Il haussa les épaules même si Rina ne pouvait pas le voir.
-Vous ne pouvez pas prendre ce risque, continua-t-elle.
Bien sûr qu'elle avait raison, mais s'ils se faisaient piéger dans cette voiture, ils n'auraient aucun moyen de fuir.
-On ne peut pas prendre le risque d'être attrapés. Surtout ici.
-Je t'assure que je peux vous faire rentrer sans que vous soyez remarqués.
Nile n'y croyait pas trop. Comment pourraient-ils avoir autant de chance? Cette maison était la mieux gardée de la ville, mieux que celle du maire même. Ils fouillaient sûrement les véhicules qui y entraient, sinon, tout leur système de gardes et de rondes serait inutile.
Malgré toutes ces raisons de refuser, Nile acquiesça. C'était un risque à prendre. Il ne pourrait pas faire franchir autrement la grille à Kyoya et ce dernier devait être déplacé au minimum. Il se replia sur lui-même.
Rina ouvrit la fenêtre et se pencha à l'extérieur pour appuyer sur une sonnette. À peine une minute plus tard, un garde était apparu. Souriante, Rina lui montra une carte.
-Madame m'a envoyée faire ses courses.
-Ça n'arrête pas aujourd'hui.
Le garde s'écarta, fit un signe de la main et le portail s'ouvrit. Aussi simplement que ça. Rina le remercia et redémarra sa voiture. Nile retint son souffle. Il n'osait croire que c'était aussi simple.
Ils entrèrent dans la propriété sans être interpellés. Les gardes ne vinrent pas les encercler. Le véhicule roula au pas près d'une minute puis Rina le manœuvra et coupa le contact. Elle se retourna. Nile se redressa et jeta un coup d'œil à travers la vitre. Ils étaient dans un garage plutôt petit, aux murs de pierre nue. Un mur était camouflé par des étagères bancales qui supportaient tout un tas d'objets. Il y avait une autre voiture à l'arrêt, aussi banale que celle dans laquelle ils étaient. Rien qu'il ne s'attendait à trouver dans une maison aussi luxueuse.
-C'est le quartier du personnel, répondit Rina devant son incrédulité. On a deux voitures à disposition pour faire les courses.
Elle humidifia ses lèvres, hésitant à ajouter quelque chose. Nile l'y encouragea d'un regard.
-Est-ce que... est-ce que je peux faire autre chose?
Son regard s'était de nouveau posé sur Kyoya.
-Tu as déjà fait beaucoup. Je vais aller chercher le fils Atsuka. Il vaut mieux qu'il ne sache pas que c'est toi notre espionne. Peux-tu surveiller notre chef pendant mon départ? Sans te faire remarquer bien sûr.
Rina hocha la tête, soulagée d'avoir une autre mission, de pouvoir encore se montrer utile. Elle sortit de la voiture et se glissa dans les ombres. Nile hésita un instant puis sortit à son tour. Il savait qu'il laissait Kyoya à une surveillance dévouée. Se remémorant le plan de la maison, il quitta le garage et suivit un couloir triste à pas lents et silencieux. Celui-ci était constellé de portes qui ne l'intéressait pas. Il traversa l'immense hall d'entrée et grimpa des escaliers, comptant ses pas. Il s'arrêta devant une porte. Il y frappa. Quelques grognements. La porte s'ouvrit.
-Qu'est-ce que...?
La voix de Ryûga mourut dans sa gorge quand il le reconnut. Il ne se doutait sûrement pas que les Crocs Sanglants pouvaient avoir accès à sa maison. Ça lui assurait que personne n'aurait l'idée de venir les chercher ici: Ryûga avait passé plusieurs jours auprès d'eux, Kyoya avait partagé avec lui certains de leurs secrets, et pourtant, il n'imaginait pas qu'ils pourraient venir ici. C'était la cachette idéale.
Sauf si on les trahissait, évidemment.
Nile avait prévenu le minimum de personnes, qu'il avait minutieusement choisies. Mais ça ne garantissait rien. Il devait prévoir le pire. Ça faisait partie de son rôle, après tout.
Nile indiqua l'endroit d'où il était venu.
-On doit aller chercher Kyoya, murmura-t-il.
Il refit le chemin en sens inverse. Une fois qu'ils atteignirent le garage, il ouvrit la voiture. Ryûga s'arrêta un instant et dévisagea la silhouette de Kyoya avec un certain choc. Pourtant, il ne distinguait certainement pas tous les détails.
Nile se glissa près des sièges. Il aida Ryûga à sortir Kyoya du véhicule. Ce dernier le souleva et le tint dans ses bras. Nile ferma la portière. Ryûga dévisageait Kyoya. Il en profita pour adresser un signe à Rina qu'elle sache qu'elle pouvait partir.
Ils quittèrent le garage et retournèrent dans la chambre de Ryûga. Heureusement, ils ne croisèrent personne. La chambre de Ryûga était assez luxueuse comparée au quartier du personnel, quoiqu'assez dépouillée. Nile l'analysa vite. Il y avait quatre portes. Celle du couloir, celle du balcon et deux autres. Peut-être qu'il y aurait une salle assez à l'écart pour qu'il donne une vague impression de sécurité à Kyoya quand il se réveillerait. Il faillit rire à cette idée. Kyoya, se sentir en sécurité quelque part, c'était... improbable. Mais s'il se réveillait dans cette chambre, il se méfierait instantanément, surtout si Nile n'avait pas le temps de lui expliquer la situation avant qu'il voie Ryûga.
-On pourrait l'installer dans une autre pièce? demanda-t-il. Pour qu'il soit moins près de l'extérieur.
Ryûga opina et le mena jusqu'à un bureau. Il était beaucoup plus petit que la chambre, ne faisait qu'une poignée de mètres carrés. Une bibliothèque occupait un pan de mur. Un canapé faisait face à la porte vitrée occultée de rideaux. Ryûga posa Kyoya sur le canapé et se redressa sans cesser de le regarder.
-Il lui est arrivé quoi exactement?
-Je ne sais juste qu'il a été attaqué.
Nile posa son sac contre le canapé. Il s'assit à même le sol et dégagea quelques mèches de cheveux du visage de son chef. Du coin de l'œil, il vit Ryûga partir. Il n'y prêta pas vraiment attention. Il espérait que Kyoya se réveillerait vite. Il fallait qu'il sache ce qui lui était arrivé.
Ryûga revint et lui tendit une couverture.
-S'il attrape froid, vous resterez plus longtemps, répondit-il à son regard interrogateur.
Nile prit le drap et l'étendit précautionneusement sur Kyoya. Il sentait un regard fixé sur lui. Il se retourna. Ryûga arborait un air sombre, presque menaçant.
-Il y a un problème? s'enquit Nile sans une seule once d'agressivité.
-Vous vous êtes réconciliés.
-Qu'est-ce que tu veux dire?
Ryûga esquissa un sourire sans la moindre trace de joie.
-Vous vous entendiez pas aussi bien la dernière fois.
Le poing de Nile se crispa sur le drap.
-Quand tu semais le désordre dans notre gang, grinça-t-il entre ses dents serrées.
Il se tut. C'était stupide d'énerver la personne qui tenait le futur de Kyoya entre ses mains. Ou inconscient. Il ne pouvait se permettre d'être ni l'un ni l'autre.
-C'est ton chef qui est venu me chercher.
Nile reporta son attention sur Kyoya et s'abstint de répondre.
-Oh, tu es toujours jaloux? se moqua Ryûga.
-Qu'est-ce que tu racontes? s'agaça Nile.
-Tu n'as pas supporté une seule seconde que j'ai passé en sa compagnie.
-Il me semble t'avoir déjà dit que Kyoya n'avait pas besoin de distraction.
-Belle excuse.
-Tu sous-entends quoi par là?
Ryûga se pencha.
-Rien. Tu es jaloux, c'est tout.
-Tu n'es qu'un imbécile, souffla Nile.
Sa résolution de ne pas l'énerver s'était envolée. Même pour lui, c'était difficile de rester stoïque dans certaines situations. Il était épuisé, inquiet au possible. Il ne savait pas comment il ferait pour sortir les Crocs Sanglants de ce mauvais pas. Il n'avait aucune idée de la manière dont Kyoya réagirait à son réveil, s'il parviendrait à le convaincre de se reposer – même s'il avait quelques doutes. Il était fatigué. Fatigué de devoir fuir. Fatigué de sa propre impuissance face à la situation. Et, pire que tout, fatigué de d'avoir une dette envers une personne qu'il méprisait.
La dérision s'effaça au profit de la colère sur le visage de Ryûga mais il s'en moquait.
-Kyoya et moi n'avons pas ce genre de relation.
-Il ne veut toujours pas de toi?
-C'est mon chef et mon ami. Il n'a jamais été question de rien d'autre. Ni lui, ni moi ne voulons quelque chose d'autre. Tu dis ça parce que je prends soin de lui, n'est-ce pas? J'y suis obligé, parce qu'il n'est pas foutu de faire attention à sa santé.
Nile reporta de nouveau son attention sur Kyoya. Sauf qu'il avait eu le temps de voir l'expression de Ryûga changer, avant. Et ce qu'il y avait lu ne lui plaisait pas.
Finalement, Ryûga quitta la pièce, le laissant seul avec Kyoya.
Fin du chapitre 10
