Hello ! Je pars en vacances demain et j'ai encore deux ou trois trucs à faire avant.
Comme je vous ai souvent posé des lapins ces week-ends, en ne publiant pas, je me rattrape en vous offrant non pas un, mais DEUX chapitres de cette petite fiction. Je serai absente du samedi 6 au dimanche 21 (je crois ?) Ce qui vous fait deux semaines sans moi (eh oui) xD
Je m'excuse à celles à qui je n'ai pas eu le temps de répondre, mais même pendant les vacances j'arrive à être occupée xD En tout cas merci pour vos encouragements; j'espère que les prochains chapitres vous plairont autant que faire se peut :)
Enjoy ! :D
Il commençait tout juste à faire froid dehors ; l'été laissait place à un automne glacial, les arbres se dénudaient à mesure que l'air se refroidissait.
《C'est quoi alors, une espèce de réunion secrète ?》
Kido se posa la question : oui au fond, qu'est-ce que c'était ? Cela faisait des mois maintenant que Fudo et lui exploraient les moindres recoins de la ville en quête de recul sur la vie. Maintenant que Sakuma le lui demandait, il ne savait pas trop comment le lui expliquer. Pas vraiment une réunion secrète, ni véritablement une soirée entre amis. C'était à la fois bien plus mystique et bien plus simple : c'était comme une rencontre fortuite et volontaire. La colision de deux éléments contraires, une chose bien (trop) paradoxale en somme.
《Un rencard alors ?》insistait Sakuma.
Ils approchaient de la sortie. Et comme souvent, Fudo serait là, assis en tailleurs en face du grand portail formel de Teikoku, Sigmund Freud à ses côtés, roulant distraitement une cigarette et éternellement, ses mèches brunes qui paressaient insolemment sur son front blanc. Comme souvent, Kido ne se ferait pas prier pour aller à sa rencontrer, saisir son sourire débordant de caractère et ses yeux bleus -toujours ce bleu de vérité- comme deux étoiles filantes.
《Kido !》
《Hm ?》
《Tu m'écoutes même pas !》s'indigna le blanc.《Je te demandais si c'était un rencard.》
《Un rencard ?》
《Oui, Kido, un rencard. C'est quand deux personnes qui s'apprécient se donne rendez-vous.》
Kido ne répondit pas immédiatement : deux personnes qui s'apprécient... ça correspondait un peu à ce qu'ils faisaient. Qui s'apprécient...
《On peut dire ça comme ça, sauf que je ne sais ni où ni quand.》
《Tu veux dire que c'est un rencard dont tu ne connais ni la date, ni le lieu ? Ça c'est pas un rencard, c'est une rencontre.》
《T'as touché le point.》sourit Kido, amusé.《Je ne sais pas si on peut savoir ce que c'est.》
《Toi alors, depuis que tu fréquentes Fudo, t'es complètement à l'ouest.》
Ils arrivaient hors du lycée, franchissant le portail dans le flot d'élèves grouillant. Kido jeta un regard sur le trottoir d'en face ; Fudo l'attendait. Il admira discrètement sa posture offensive, ses jambes en tailleurs et son pantalon déchiré aux genoux, sa chemise froissée et grisâtre. Il admira tout son charme de bitume et d'acier, devina son odeur de fer, de tabac froid, de goudron, finit par croiser son regard bleu et brillant comme un miroir dans le désert. La brise glissait ses doigts entre ses cheveux, frôlait sa peau comme le plumage d'une oiseau en plein vol. Kido salua Sakuma, qui soupira, et se dirigea vers le brun, qui se leva en le voyant approcher. Sigmund Freud, comme à son habitude, aboya de joie en apercevant Kido, et lui tourna gaiement autour. Le garçon espérait que cette fois Fudo lui montrerait un endroit où le cabot pourrait les accompagner. La nuit tombait vite, les lampadaires se préparaient déjà à s'allumer : c'était l'heure idéale.
《C'est dingue que tu finisses toujours avant moi.》fit remarquer Kido alors qu'ils se mettaient en route, oubliant l'inutile et ordinaire protocole de salutation.
《C'est parce que je ne vais pas en cours.》répondit le concerné sans complexe, les yeux rivés sur ses pas et les mains dans les poches.《Je ne vais qu'en physique, et parfois en maths. Le reste n'a juste aucun sens pour moi.》
《Et pourquoi les maths et les sciences physiques auraient du sens plus que le reste ?》
《Ça c'est comme les toits. C'est un peu fou, un peu incroyable, complètement perché. Et si ça n'a pas de sens pour la majorité des gens, alors ça en a pour moi.》
Fudo n'avait jamais vraiment raison, ni complètement tort. De manière générale, il énonçait ses propres vérités, des vérités de raison et de folie qui semblaient franchir ses lèvres comme un impact de météorite. Une onde de choc, de bon sens et de bêtise se propageait autour de sa bouche et donnait envie, irrépressiblement, de capturer la source de tout ce chamboulement. Kido aimait entendre toutes ces vérités pas si fausses, les yeux perdus dans la nuque laiteuse de son comparse, sur ses joues silencieuses, ses cils frémissant de pureté.
《J'ai réfléchi, et je sais où je t'emmène cette fois.》reprit le brun sans le regarder.《Tu vas voir, c'est royal.》
Kido non plus n'avait pas besoin de le regarder pour le savoir à ses côtés, ni de s'accroher à lui pour suivre le mouvement. Ils ne marchaient que comme un seul homme, à la fois rêveur et déterminé, plongé dans une réflexion profonde sur la vie et tout ce qui allait avec. L'addict des cigarettes aimait philosopher, mais pas comme les grands hommes ; il le faisait comme un gamin qui ne sait pas vraiment ce qu'il dit. Il ouvrait la bouche, et tout à coup ses mots prenaient une teinte toute particulière, des mots tous bleus, comme ses yeux. Il donnait le sens de la vérité aux mots les plus faux. Il disait solitude, Kido entendait bonheur, il disait rage, Kido entendait apaisement. Il disait liberté, et Kido entendait leurs noms entremêlés.
Ils arrivaient au conbini, Kido tendit machinalement son porte-monaie à son comparse. C'était comme ça, il ne fallait pas trop discuter ou ils allaient se disputer ; et ils n'aimaient pas ça. Fudo entra dans la supérette sans un mot, Kido rejoignit juste Dazel en attendant, Sigmund Freud sur ses talons. Le sans abri dormait, enlaçant son sac de survie, alors le corniaud décida de le réveiller en lui lêchant la joue de tout son long. L'homme se redressa, ensommeillé, avisa vaguement Sigmund Freud, et leva péniblement les yeux vers le lycéen.
《Tiens, le garçon aux dreads.》marmonna-t-il.《Je vous vois pas souvent dans le coin tous les deux ces temps-ci. Vous... tu sais, crapahutez ?》
Fudo disait souvent ça, crapahuter sur les toits de la ville. C'était le mot, selon lui, tout comme on marche sur terre ou on nage dans l'eau, on crapahute sur les toits. Ça voulait dire on découvre, ça voulait dire on arpente; c'était bien trouvé au fond.
《Les toits ont quelque chose de rassurant.》prétexta-t-il.
《Pas une raison.》soupira Dazel en grattant l'oreille du chien.《Mais bon, prenez du plaisir tant que vous le pouvez.》
《On a le temps, on est jeunes, c'est pas demain qu'on en sera plus capable.》répliqua le châtain, intrigué.
《Ça finira par être mal vu, gamin. On s'en sort pas comme ça dans la vie. Je te fais pas un dessin, ce qui vous lie aujourd'hui vous séparera demain.》
Kido eut l'étrange impression qu'ils ne parlaient pas tout à fait de la même chose.
《Les toits ?》
《Comment ça les toits ?》
《Ce qui nous lie, tu parles des toits ?》
《Tu fais exprès, petit ? Je te parle de ce que vous y faites, sur les toits.》
Non, ils ne parlaient vraiment pas de la même chose.
《De quoi vous parlez ?》lança Fudo en sortant.
《Fais pas l'innocent.》râla Dazel, pourtant son regard changea en croisant le rouge hésitant des iris de Kido.《Ton copain viens de me dire que vous sautez sur les toits.》
《La ferme Dazel. Je t'ai déjà dit que ça n'avait rien à voir.》
Fudo semblait agacé, mais aussi, maintenant que Kido y faisait un peu plus attention, tendu. Le brun n'osa même pas un regard dans sa direction, soutint l'air alcoolisé de Dazel.
《Ton copain m'a dit que si.》fit remarquer le sans abri.
《Il a pas compris de quoi tu parlais espèce de con.》pesta le jeune homme, qui semblait vraiment se mettre en colère.
《Ça n'empêche rien.》brailla le premier, absolument pas impressionné.《Ce genre d'histoire ne finit jamais bien, je te l'ai déjà dit...》
《Et alors ? Tu crois que ça te regarde ? Tu t'es pris pour mon père ?》
Kido jugea bon d'intervenir ; il saisit fermement le bras de son ami, qui sursauta et l'avisa brièvement, avant de retourner fusiller Dazel du regard. Sigmund Freud suivait l'échange silencieusement, la mine abattue.
《Viens, allons-y.》marmonna le garçon.
Il reprit sa route, tournant dos au sans abri, et Kido le suivit de près, incapable pendant un instant de lâcher son bras. Les quelques secondes où il avait croisé le regard de Fudo, il y avait vu toute sa rage envers le monde, une haine qu'il ne lui connaissait pas si violente. Ses yeux avaient pris la teinte d'un ciel orageux et Kido se disait que Dazel avait eu de la chance de ne pas avoir été foudroyé. Quelque chose n'allait pas. La démarche de Fudo, habituellement souple et rêveuse, féline, dissonnait, tremblait de chaos. Kido lâcha son bras, incertain, et s'arrêta. L'autre s'arrêta à son tour à quelques pas de lui, essoufflé, visiblement perturbé. Ils étaient loin du conbini à présent, hors de la vue du SDF, et le corniaud les suivait en gémissant.
Fudo sortit maladroitement son paquet de tabac, saisit une feuille, tenta de se rouler une clope : ses doigts tremblaient légèrement malgré son application, il pestait, exaspéré.
《... c'est pas vrai...》
Kido s'approcha doucement, découvrit son visage fermé, son regard perdu et bouleversé, ses cils bruns frissonnant de rage ; il avait perdu tout son flegme, tout ce qui faisait de lui l'accrobate philosophe que Kido avait rencontré. Ou alors, il l'était plus encore. Le châtain posa sa main sur les siennes pour le stopper dans son mouvement, et alors que Fudo relevait lentement les yeux vers lui, il saisit le début de cigarette pour la rouler. Il l'avait observé faire tant de fois que les gestes lui venaient naturellement, comme une réponse immédiate de sa mémoire. Il perçut du coin de l'oeil le mouvement perturbé de sa pomme d'Adam, et son air coupable plein d'innocence.
《Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise.》finit par avouer le brun, qui avait retrouvé un peu de son calme légendaire.
《File ton briquet.》répondit simplement le lycéen.
Le concerné s'exécuta et Kido scella la roulée de sa salive en attrapant le briquet qu'on lui tendait indolemment. Sans lever les yeux, concentré et appliqué, il posa la cigarette dans le creux des lèvres de son ami et alluma le feu à l'extrêmité du cylindre. Fudo ferma les yeux, inspira profondément, et expulsa tranquillement la fumée par ses narines. Lorsqu'il rouvrit les yeux, il semblait avoir reprit ses esprits et sa lucidité. Sigmund Freud tira sur sa chemise froissée pour attirer son attention, du bout des crocs, ses griffes grattant contre le bitume à chaque piaffement.
《Merci.》murmura Fudo en cueillant la roulée du bout des doigts.
《Allons-y.》souffla seulement le châtain.
Fudo sourit vaguement, leva juste une main pour saisir les lunettes de son comparse, d'un geste habitué, il les retira de son visage, sans même lui faire mal, et les laissa pendre à son cou, sans autre volonté que de les oublier. Kido répondit aux recherches de caresses de Sigmund Freud, et ils reprirent leur route, un pas devant l'autre, tels deux somnambules dans la nuit.
《Dazel se prend pour un protecteur. Quand il était jeune il a rencontré une femme, elle travaillait dans un bistrot. Je crois qu'il en est tombé amoureux. Il m'a dit qu'elle était belle comme de la magie, fragile d'apparence, mais forte en réalité. Il m'a raconté qu'ils avaient eu une aventure.》
Ils étaient dans la cabane. Kido n'avait pas mis longtemps à comprendre que Fudo considérait Inazuma comme sa petite forêt, et chaque immeuble comme un grand chêne à escalader. Cet endroit en particulier, c'était sa cabane ; un peu différente de son refuge sur le toit près du conbini, la cabane avait toute l'intimité d'une chambre, et tout le confort d'un bureau désafecté. C'était une tour assez grande, quoique vétuste, un des premiers gratte-ciels construits dans la ville. Il n'avait plus aucun avantage pour les entreprises, et faute d'argent pour l'entretenir, le bâtiment était à l'abandon : une tour fantôme en plein coeur de la ville.
Fudo avait choisi l'un des plus hauts étages habitables ; en dessous, il ne se sentait pas assez haut, et au dessus, il faisait trop froid. Oui, Fudo vivait ici. C'est ce qu'il disait. Il préférait la cabane à son propre appartement : il avait donc disposé, dans une pièce un peu plus petite que les autres, son matelas récupéré dans la rue ses couvertures poussièreuses, un poste radio. Il avait trafiqué le compteur électrique, il avait donc le courant, et avait branché quelques lampes de chevet dépareillées, sans doute récupérées elles aussi, ainsi qu'un petit radiateur électrique. Il avait une petite pile de livres des cahiers de cours, des vêtements suspendus sur un fil métalique tendu à travers la pièce.
《Mais c'était pas terrible tu sais, la fille était déjà fiancée. Et puis quand elle est tombée enceinte, elle a arrêté de le voir. Dazel l'a pas mal pris, seulement mal vécu. Il était déjà quasiment à la rue à l'époque, d'une part parce qu'il aimait ça, de l'autre parce qu'il ne trouvait pas de travail compatible avec son humeur. La femme a élevé son gosse, fondé une famille, et lui s'est retrouvé misérablement à la rue, incapable de lui offrir une vie.》
《Il doit lui en vouloir.》
《Il en veut au monde entier. C'est pour ça qu'il n'aime pas les histoires impossibles ; il en a été victime.》
Fudo se pencha pour débarrasser sa cigarette de la cendre froide, directement dans le cendrier en verre. Le lycéen le soupçonnait de l'avoir volé sur une terrasse de café. Ils étaient assis au bord du balcon, les jambes calées entre chaque barreau du garde-corps, les pieds dans le vide, comme souvent. Ils regardaient la nuit, frissonnant de froid dans le noir, avisant les lumières colorées de la ville comme une aurore boréale urbaine.
《Il... il me met en garde souvent. Parce que j'aime les choses interdites, tu le sais bien. Il me dit de me méfier. Il m'a dit de me méfier de toi.》
《Pourquoi ?》
《Il croit que nous deux, c'est comme lui et sa serveuse de bar. Il croit que je suis le pauvre type et toi le mec qui aura une vie. Il voit surtout qu'on est deux mecs. Que ça va mal finir cette histoire.》
《Pourquoi, il croit qu'on est...?》
《Je sais pas. Il a dû voir comment je te regardais.》
Kido se disait que Dazel avait sûrement vu aussi ses propres regards fugaces vers lui, sa façon de fixer les lignes de son corps dès qu'il s'éloignait. Sa façon même de s'accrocher à ses cils lorsqu'il le regardait parler.
《Tu aimes les garçons ?》demanda Kido, sans savoir comment le demander plus subtilement. Fudo semblait de tout façon aprécier sa franchise puisqu'il sourit, amusé, sans le regarder, et répondit :
《J'aime les personnes ivres de liberté.》
Kido ne sut pas comment le comprendre. Il se dit qu'il devait avoir l'air bien hésitant, puisque Fudo avait glissé son bleu de regard dans ses yeux en souriant, amusé.
《En règle générale tu sais, je n'aime pas beaucoup aimer. Parce que mon amour, je le partage entre quelqu'un et ma liberté, et c'est rare de trouver quelqu'un qui aime autant la liberté que moi. Et puis très honnêtement, je préfère garder tout le bénéfice de l'amour sans ses entraves ; garder le plaisir et jeter ce qui l'empêche. C'est aussi comme ça qu'on est heureux.》
《Le plaisir...》
Kido était assez grand pour savoir de quoi Fudo voulait parler, mais ça lui paraissait bien abstrait. Il savait le strict minimum du plaisir, celui qu'on épprouve seul, quand à l'amour, il n'en savait pas grand chose, très honnêtement.
《Le plaisir, celui que tu ressens contre quelqu'un, c'est endiablé. Mille fois mieux que tout seul.》avouait Fudo.
《Tu as des... genres de "sex-friends" ?》
《A l'occasion. Tu sais c'est un piège aussi. On dit qu'il ne faut pas partager son corps avec n'importe qui. Le problème, c'est surtout que partager son corps, ça donne envie de partager plus. C'est humain d'être dans l'excès. On tend une main, on nous prend le bras, quoiqu'on ait, on en veut toujours plus.》
Comme le châtain ne disait rien, Fudo décida d'illustrer ses propos. Il rapprocha lentement son genou du sien, et le tint à quelques centimètres avec impertinence.
《Si je reste comme ça, ça ne te donne pas envie de combler le vide ?》
Kido ne répondit pas. Il profita simplement du silence mitigé, le vent s'engouffrant dans les chemises, froid comme le souffle d'un dieu qui meurt ; dans la relative pénombre urbaine, il détailla les cils longs et sombres de son interlocuteur, admira ses paupières gardées de l'enfance et son indifférence adolescente. Il se lècha discrètement les lèvres, Fudo fixait leurs genoux qui mençaient de se frôler avec persistance, l'air de vouloir au moins autant que lui combler la courte distance.
《Je... je suis pas...》commença Kido, perturbé.《Je suis pas... attiré par les mecs... je crois... enfin je n'y ai jamais pensé...》
《Dans ce cas je peux me rapprocher ?》souffla le brun en plongeant dans ses yeux.《Puisque tu n'es pas attiré par moi.》
Avant qu'il n'ait pu refuser, Fudo abandonna sa jambe contre la sienne, les mollets intimement pressés, les genoux percutés. Dans la continuité, il glissa ses doigts sur ceux du châtain, se pencha vers lui avec une indolence toute sensuelle. Kido soutint son regard lorsqu'il fit se heurter leurs fronts de blancheur, dans un bruit sec, frémit lorsqu'il sentit les cheveux indomptables de son vis-à-vis chatouiller comme des plumes l'arête de son nez. Il ne pouvait pas ignorer son coeur, qui battait dans son corps comme du tonerre, ni les frissons qui se faisaient écho dans son dos comme des retours de séismes. Il lâcha un soupir perturbé, à moitié fasciné et à moitié bouleversé par le phénomène : il se sentait comme un noyau d'atome, et Fudo, avec ses yeux vifs, le bombardait de particules dans l'espoir de le voir céder.
《Toujours pas envie de combler le vide ?》murmura le garçon, d'une voix rauque délicieuse, son haleine nicotiné enivrant Kido, ses lèvres entrouvertes tentatrices.
L'élève modèle ne tint pas. Comme Fudo l'avait prédit, il se jeta sans le vouloir sur la bouche fanfaronne, sur le sourire fier : il ferma les yeux, sentit bizarrement leurs dents s'entrechoquer, le brun répondre à son voeu et happer ses lèvres maladroites. Il lâcha un soupir à la fois soulagé et irrité alors qu'il renchérissait, saisissait son ami avec ivresse, cueillait le fer de son goût de tabac froid sur le bout de la langue. Fudo sembla secoué d'un frisson; il calla sa main contre sa mâchoire pour le tenir près de lui, mordillant ses lèvres dans des soupirs de sarisfaction, agrippa son cou de son autre main. Kido n'arrivait plus à comprendre ce qu'il faisait exactement. Son coeur tambourinait à ses oreilles comme si le vacarme du monde entier se concentrait en lui, il sentit Fudo le pousser en arrière et se laissa prendre dans le mouvement, perdu. Il sentit vaguement le sol contre son dos, Fudo penché sur lui, une main contre l'os de sa mâchoire et l'autre pour se soutenir, alors que lui aussi prenait une position étrangement allongée.
Kido rouvrit les yeux en papillonant, Fudo haletait contre sa bouche, ils ne s'embrassaient plus. Le voyou leva lentement les yeux vers lui, une lueur amusée les traversa lorsqu'il remarqua ses propres cheveux bruns titiller le front immaculé du lycéen.
《Merde.》souffla-t-il.《Je pensais pas que tu répondrais si bien.》
Kido s'était jeté à corps perdu contre ses lèvres, ils le savaient tous les deux.
《Encore...》murmura le concerné.《S'il te plait, encore...》
Fudo ne se fit pas prier. Il enfouit son nez contre le sien en lâchant un grognement de contentement, happa ses lèvres une nouvelle fois avec toute l'effronterie du monde, heurta ses dents de nouveau, animalement. Kido se laissa guider, se laissa prendre sans résister. Le brun se redressait de sa position pour se replacer sur lui, une jambe de chaque côté du bassin, les lèvres lancées dans une querelle amoureuse insensée avec celles de Kido. Un soupir de manque échappa au châtain, qui s'aggripa hasardement au col de la chemise froissée de son comparse, alors que leurs bouches se combattaient loyalement, s'attaquant avec une brusquerie délicate et une douceur ravageuse. Fudo grogna de nouveau.
《On aurait pas dû faire ça...》souffla-t-il.《Merde... suis trop con...》
Leurs lèvres restaient pourtant scellées, aimantées par un sentiment insupportable, l'impression que le monde s'écroulerait dès qu'il faudrait les séparer. Kido se mordilla la lèvre, angoissé ; oui, sans aucun doute, le monde partirait en poussière lorsqu'ils se diviseraient.
Fudo avait raison, ils n'auraient jamais dû jouer avec ce désir humain, d'interdits et d'excès.
