(1)
Le soleil était en train de se coucher, incendiant l'horizon. Frank rentrait du lycée, et avançait d'un bon pas. La lumière avait un aspect étrange, rendant irréel ce qui l'entourait. Tout était extrêmement silencieux, et l'espace semblait se distendre.
Aussi, Frank était en érection. Il sentait le sang battre sourdement dans son bas-ventre, mais ça ne lui faisait ni chaud ni froid. Il comprit alors qu'il était en train de rêver. Aucun ado de dix-sept ans en train de bander comme il le faisait ne pouvait n'en avoir rien à faire. Cette constatation ne lui fit pas plus d'effet, et il continua son chemin. Bientôt, il arriva chez lui, et passa la porte sans avoir à l'ouvrir. Il laissa tomber ses affaires de cours dans l'entrée, et se débarrassa de sa veste et de ses chaussures. Il quitta également son tee-shirt, et il commença à déambuler. L'atmosphère à l'intérieur était encore plus pesante qu'à l'extérieur plus tamisée et plus intime, aussi. Frank arriva alors au pied des escaliers, et il s'immobilisa. En tendant l'oreille, il pouvait percevoir de la musique, sans pour autant reconnaître de quoi il s'agissait.
Frank commença à monter les escaliers. Un sentiment d'instabilité le gagna, alors que les marches se multipliaient ou se divisaient sous ses yeux, ralentissant ou accélérant son ascension. Il était chez lui et en même temps non, il était Frank et en même temps il ne l'était pas...
Finalement, il arriva au premier étage. Devant lui, au bout du couloir, la porte de sa chambre était entrouverte. C'était d'ici que provenait la musique, et Frank put distinguer un peu mieux l'air qui se jouait. C'était du classique, et ça lui rappelait vaguement quelque chose, mais il ignorait toujours de quel morceau il s'agissait.
Il s'avança vers sa chambre, et son cœur se mit à battre plus fort. Il s'arrêta lorsqu'il fit face à la porte, et il perçut une présence humaine. Quelqu'un se trouvait dans sa chambre. Sa curiosité s'emballant, il poussa le battant du bout des doigts, qui finit de s'ouvrir sans bruit.
Frank eut le souffle coupé.
Gee était assis sur son lit, et il était complètement nu. Il leva les yeux vers Frank et lui adressa un sourire séducteur. Frank reprit son souffle, et son cerveau se remit à fonctionner. Son érection, qui ne l'avait pas quitté, commença à le préoccuper. Gee tendit la main vers lui et attrapa son poignet. Il le tira doucement mais fermement vers le lit, et Frank s'assit juste à côté de lui. Gee ne l'avait pas lâché des yeux, et Frank y lisait très clairement son désir. Même s'il avait toujours conscience d'être en train de rêver, il avait du mal à y croire. Gee avait envie de lui !
Ce dernier effleura sa poitrine du bout des doigts, et Frank sentit sa peau se couvrir de chair de poule. De sa vie, il n'avait jamais eu autant envie de quelqu'un. Gee lui sourit encore une fois et, passant son bras autour de sa nuque, il commença à approcher son visage du sien. Frank sentait son souffle sur ses lèvres, et...
Frank se réveilla en sursaut. Son rêve s'évapora en une fraction de seconde, et il grommela une flopée de jurons. Sa fenêtre, qu'il avait laissée ouverte avant de se coucher, venait de claquer dans son chambranle, poussée par un coup de vent. Frank maudit Dieu, le destin, ou que savait-il encore pour ce coup foireux : cinq minutes de plus auraient suffi. Il se tourna dans son lit, bien décidé à se rendormir avec le fol espoir de rependre son rêve là où il s'était arrêté, mais une certaine partie de son corps se rappela à lui. Il ne rêvait peut-être plus, mais il bandait toujours autant, et ça n'allait certainement pas passer comme ça.
Il inspira et expira plusieurs fois profondément pour essayer de se changer les idées, mais en vain. L'image de Gee nu semblait s'être imprimé sur ses rétines, et l'empêchait de penser clairement. C'était loin d'être désagréable, mais il ne voulait pas se... il ne voulait pas faire ça en pensant à Gee. C'était déplacé.
Mais c'était tout de même ce qui allait se passer, qu'il le veuille ou non. Il ne pourrait pas se rendormir avant, pas dans un état pareil. Ses joues s'enflammèrent lorsqu'il glissa ses mains sous les draps et qu'il se débarrassa de son caleçon. Il fit son affaire, et il murmura le nom de Gee entre ses dents lorsque l'orgasme l'emporta. Cherchant son souffle, il contempla les ombres mouvantes au plafond de sa chambre. Il adorait Gee. Tout chez lui lui plaisait, et il aurait pu passer des heures à le regarder ou à l'écouter parler.
Le sourire aux lèvres, il s'endormit sur ces pensées.
(2)
Lorsque Frank arriva au lycée le lendemain matin, il était pour une fois plutôt en avance, et il rejoignit le coin fumeur pour griller sa première clope de la journée. L'endroit était presque vide, et il put gamberger un long moment sans que personne ne vienne le déranger. Puis les élèves arrivèrent peu à peu, remplissant l'espace de leurs bavardages insignifiants.
Gee arriva un moment plus tard, et il trouva Frank toujours en train de rêvasser dans un coin de l'espace fumeur. Son regard était perdu dans le vide, et Gee se demanda à quoi il pouvait bien penser.
Il s'approcha et le salua doucement :
« Salut, Frank... »
Ce dernier, tiré de sa rêverie, le regarda sans comprendre pendant quelques secondes, puis, la lumière s'étant faite dans son esprit, il le salua lui aussi :
« Hey, salut Gee, ça va ? »
Gee lui répondit, mais Frank ne l'entendit pas, submergé par le souvenir de cette nuit. Une chaleur malvenue s'installa dans son bas-ventre, tandis que son rêve lui revenait à l'esprit avec une incroyable netteté. Les images de Gee nu se télescopaient avec le Gee réel assis à côté de lui. Il ressentait sa présence avec force, il entendait sa respiration tranquille, et il avait presque l'impression de sentir la chaleur qu'il dégageait. C'était merveilleux, mais ce n'était absolument pas le moment, et encore moins l'endroit. Il remarqua alors que Gee le regardait avec curiosité, et il fit un gros effort pour chasser le rêve de ses pensées.
« Tu... Tu disais ? »
« Je te demandais juste si ça allait aussi... » répéta Gee avec un petit sourire.
« Oh, oui, mais... » Gee nu, Gee qui a envie de toi, Gee qui veut t'embrasser... « Mais je… Je crois que je suis encore un peu endormi... »
Son esprit prenait un malin plaisir à le torturer avec les images de son rêve – Gee nu, Gee qui a envie de toi, Gee qui veut t'embrasser – et il commençait à être vraiment mal à l'aise. Il avait l'impression que tout le monde le regardait, et son début d'érection devenait de plus en plus préoccupant. Si Gee remarquait quoi que ce soit, il n'aurait plus qu'à se terrer dans un trou pour ne plus jamais en sortir.
Frank se leva alors brusquement, tirant sur son tee-shirt pour dissimuler son état. Il fallait qu'il s'éloigne de Gee, au moins un moment, pour qu'il puisse retrouver son état normal.
« Euh, je... Excuse-moi, mais... Je dois aller, heu... faire un... un truc, je... Je reviens... » marmonna-t-il avant de se diriger vers le lycée.
Il sentit le regard de Gee posé sur lui, mais il ne se retourna pas. Comme dans son rêve cette nuit, il sentait le sang pulser avec force dans son pantalon. Il fallait qu'il se calme, et vite.
Frank gagna rapidement les toilettes, et s'enferma dans une cabine. Enfin seul, il prit sa tête dans ses mains et s'ordonna d'arrêter de penser à cette nuit. Okay, il avait fait un rêve érotique incluant Gee, okay, c'était aussi gênant que merveilleux, mais il était au lycée, là, plus dans sa piaule. Il ne pouvait pas avoir une érection juste en voyant Gee, sinon son quotidien allait vite être invivable.
Finalement, après un long moment d'auto-persuasion, Frank parvint à se calmer. Il enferma son rêve et tout ce qui en avait découlé dans un coin de sa tête, et s'interdit d'y penser. Il inspira calmement et profondément pendant quelques instants, puis, suffisamment maître de lui-même, il ressortit des toilettes. S'il se dépêchait, il avait encore le temps de retourner au coin fumeur pour s'excuser auprès de Gee.
