Bonjour chers lecteurs, si d'aventures il y a toujours des lecteurs sur cette fiction...
Ne me dites rien, c'est une honte que je publie si peu souvent ! J'en suis la première désolée mais le temps me manque cruellement lorsqu'il s'agit d'écrire... ! C'est bien dommage car j'adore écrire Tsarevna, et les grandes lignes sont achevées depuis bien longtemps...
Ce chapitre en tout cas fut vraiment compliqué à écrire et j'en suis peu satisfaite. J'ai dû m'y reprendre un nombre incalculable de fois, et même à présent je n'en suis pas contente ! En réalité il va de pair avec celui qui suit donc j'ai eu du mal à le couper en deux mais c'était nécessaire.
Le chapitre 11 d'ailleurs arrive très vite, il est quasi bouclé mais me donne du fil à retordre... j'espère le terminer et le publier au plus vite ! Je vais éviter de donner une date, je suis mauvaise à ce jeu là ! ^^
En tout cas, j'espère que vous prendrez plaisir à lire ce chapitre 10 !
Je vous attends au niveau des reviews, n'oubliez pas de prendre quelques instants afin de me donner votre avis !
L'elfe, à votre service !
Remerciements pour les reviews :
Chris
CFLM Angel
Sophie
Philoutubs
Lumerotte
Sophie
Carla271100
Marine
slach-nono
et les 3 inconnus
Merci à vous tous ! ^^ je vous embrasse !
Chapitre 10 :
Le clan Potter
Malgré tous ses efforts – et Merlin savait qu'elle en avait déployés sans réserve – Albertina Potter n'arrivait toujours pas à détendre l'atmosphère tendue qui régnait dans sa salle à manger. L'air paraissait s'être suspendu, si bien qu'on entendait les mouches voler sans peine. La sorcière était persuadée qu'elle aurait pu danser seule sur la table que cela n'aurait même pas déridé son fils ou ses amis.
Une moue dépitée se dessina sur son visage en cœur. Tout en amenant le plat de bœuf rôti aux champignons à table, elle jeta un œil à Ielena Volonski. Depuis le milieu d'après-midi et l'épisode du thé, celle-ci semblait avoir revêtu sa réelle personnalité, ou du moins celle qu'elle montrait au monde entier.
Toute guindée dans ses vêtements anciens, la russe se tenait très droite sur sa chaise, les yeux voilés de dédain. De temps à autre, sa lèvre supérieur semblait s'agiter, comme prête à sourire avec hypocrisie. A ses cotés, Ella et Roksana tentaient de ne pas bouger sur leurs chaises rehaussées de coussins. La tête de la plus jeune dépassait tout juste du plateau de la table, malgré les deux coussins qu'on avait dû lui donner. Apparemment élevées pour faire le moins de bruit possible, les fillettes patientaient. Elles jetaient de temps en temps des regards à leur aînée, comme pour copier son attitude ou attendre un quelconque ordre.
Quant à James et ses amis, ils semblaient s'être muré dans un silence tacite. En les invitant à dîner avec eux, Mme Potter ne s'attendait pas forcément à cela... Lily, Remus et Peter ne semblaient pas savoir où se mettre, tandis que Sirius et son ami de toujours paraissaient sur le point de commettre un meurtre par préméditation... En bout de table, finalement, Hypérion présidait cette assemblée avec l'air le plus détaché du monde. A l'évidence, il était le seul à s'amuser.
Bien décidée à calmer son fils et Sirius, l'épouse Potter déposa le plat devant eux sans attendre.
- Allez, au lieu de faire ces têtes de troll, servez donc à manger ! Lâcha-t-elle d'une voix qui se voulait autoritaire. Ça va refroidir !
Si James ne bougea pas et se contenta de grogner, Sirius, lui, ré-adopta un visage plus aimable.
- Hum... désolée Albertina. Je m'en occupe, s'excusa-t-il.
Toujours silencieusement, le fils Black entreprit de servir les deux petites filles. C'est à ce moment-là sans doute que Roksana décela réellement sa présence. Les deux yeux bleu pervenche de l'enfant s'attardèrent avec étonnement sur le beau jeune homme.
- Tu ressembles à Regulus, l'ami de Lena..., chuchota-t-elle à l'oreille de Sirius.
Aussitôt, le brun suspendit son geste. La cuillère planant au dessus de l'assiette de l'enfant, il la dévisagea, tout à fait surpris.
- Ah oui ? Finit-il par articuler tout en jetant un coup d'œil soupçonneux à Ielena.
Celle-ci, qui n'était pas sourde, lui lança un regard empli de désintérêt et leva les yeux au ciel avec véhémence.
- Oui, et même qu'il a les mêmes yeux que toi ! Sourit innocemment la plus jeune des Volonski, bien loin d'imaginer la gène qu'elle venait de créer. Mais moi je ne l'aime pas trop …
- … Ah ? Pourquoi ?..., interrogea-t-il intéressé.
- Parce que quand il est là, Lena ne joue plus avec nous... et puis il a un dessin pas joli sur le bras, marmonna l'enfant en faisant la moue.
A cette phrase, Ielena vit sans peine le frère de Regulus se raidir. Et d'une certaine manière, elle comprenait. Elle aussi avait sentit son cœur se serrer à l'évocation du tatouage. Après tout, comment pouvait-elle oublier que Regulus, avant même d'être un ami, était un mangemort ? Un vulgaire pion au service d'un homme dont elle se disait toujours qu'il paraissait plus mort que vivant. Avait-il seulement été un homme un jour ? …
- Roksana, intervint-elle doucement.
Aussitôt, l'enfant se cala de nouveau dans son siège et reporta son attention sur son assiette à présent remplie. La conversation, que finalement peu des convives avaient entendue, s'arrêta là, et Sirius reprit son service. Derrière lui, Albertina servait les légumes et la purée de pommes de terre.
Enfin, le repas put commencer, et les discussions finirent par suivre le bruit des couverts. Ielena, silencieuse, écoutait les conversations entre chacun. Avide de comprendre un peu mieux les liens qui unissaient cette étonnante assemblée, elle ouvrit grand ses oreilles.
A l'évidence, les quatre jeunes hommes se connaissaient depuis des années. Entre James et Sirius, l'entente semblait si bonne qu'ils paraissaient comme deux frères. D'ailleurs, Ielena ne manqua pas de remarquer la manière toute particulière que le fils aîné des Black avait de s'adresser aux parents Potter. Il était étonnement sérieux, très respectueux, alors que tout en lui criait une volonté de faire le plus de bruit possible et de s'exprimer sans aucun filtre. Son rire était franc et bruyant, comme l'aboiement d'un gros chien, et il ne manquait pas une occasion de taquiner sans vergogne les autres de la bande. Même la jolie Lily n'était pas épargnée.
Celle-ci avait tendance à élever rapidement la voix quand son petit ami, James, allait un peu trop loin dans ses blagues. Quant à Remus et Peter, apparemment habitués aux pitreries de leurs deux compères, ils participaient avec plus de calme aux échanges. Hypérion et Albertina surveillaient quant à eux ce petit monde de jeunes adultes.
- Et sinon, comment vont les affaires au bureau ? Interrogea Hypérion en portant son verre de vin à ses lèvres.
James était sur le point de répondre quand son regard se posa sur la jeune russe qu'il paraissait avoir oublié quelques temps. Refermant la bouche brutalement, il se racla la gorge sans cérémonie et jeta un regard appuyé à Sirius et à son père.
- Évitons de parler de ça maintenant, dit-il malgré tout en détournant les yeux.
Hypérion haussa les épaules mais finit par accepter de remettre leur discussion à plus tard. Ielena, soudain, se sentait de trop. Cela n'avait rien de bien surprenant puisqu'elle dînait actuellement avec tout ce que pouvait bien haïr sa famille. Mais l'ambiance qui régnait dans cette salle à manger, quoi que probablement plus froide qu'ordinaire, lui semblait tant étonnante qu'elle ne releva pas l'animosité de James. Il était tellement surprenant pour elle d'assister à un repas comme celui-ci. Tout le monde riait, parlait à voix haute en souriant sans masque ni censure.
Elle qui était tant habituée au silence pesant, et à n'entendre parler que son père... la différence était saisissante et l'étonnait de minute en minute.
- Au fait miss, puis-je vous demander quelque chose ? Chantonna la voix de Lily en face d'elle.
Immédiatement, Ielena se tourna vers la rousse, étonnée qu'elle l'aborde si facilement. Ne devait-elle pas représenter l'ennemi pour la jolie sorcière aux yeux d'émeraude?
- Oui ? Marmonna-t-elle néanmoins, intriguée.
- Comment faites-vous pour parler si facilement anglais... vous n'êtes pourtant pas britannique, s'étonna Lily. Même vos sœurs et... elles sont si jeunes !
Ielena cligna des yeux, presque étonnée par cette question. En réalité elle la savait tout à fait légitime, mais cette particularité ne lui avait jamais semblé bien grande.
- Il est coutume dans ma famille de pratiquer certaines langues, accepta-t-elle d'expliquer. Depuis notre plus jeune âge, nous parlons le russe, évidemment, mais aussi le français ainsi que l'anglais. Mes sœurs et moi-même sommes trilingues.
Les yeux de Lily s'arrondirent de surprise, et elle échangea un regard étonné avec Remus.
- C'est … peu commun !
Les épaules de Ielena se haussèrent, presque blasées.
- Cela n'a rien d'étonnant au sein d'une famille comme la notre. C'est une tradition qui remonte à des siècles, lorsque les cours européennes se rencontraient en permanence. Cela facilitait les échanges. De plus, la cour impériale de Russie a toujours utilisé le français comme langue quotidienne. Nous ne dérogeons pas à la règle, acheva-t-elle simplement.
- La cour de Russie..., répéta Remus tout à coup étonné. Vous voulez dire celle des moldus ?
Ielena se grandit dans sa chaise. Si elle n'était guère de nature bavarde, parler de sa famille, de leurs racines, c'était bien là un sujet qui la passionnait sans surprise. Un éclat de fierté brûla une seconde au fond des orbes de la jeune femme :
- Si ma famille est parmi les plus pures, elle n'en reste pas moins très liée à celle des Romanov. Nos ancêtres sont les mêmes, mais il faut remonter bien loin pour les trouver, ajouta-t-elle néanmoins.
- Ah, donc finalement les sangs-purs tout coincés que vous êtes ont de simples moldus comme ancêtres ? … La blague ! Et vous le vivez bien, princesse ? Ricana Sirius en se balançant sur sa chaise.
Aussitôt, le bordeaux des yeux de Ielena le fusilla sur place. Une moue dégoûtée passa sur son visage pâle.
- Nos ancêtres étaient sorciers... quelle question ! C'est la branche Romanov qui s'est affaiblie avec l'introduction du sang moldu, pas le contraire, siffla-t-elle pour le brun.
- Oui, oui, … la supériorité magique, on sait, on sait, soupira James à l'évidence sur le point de se mettre en colère. Vous et vos idées du Moyen-Âge ! En même temps on ne peut pas s'attendre à autre chose de vous, vu les fréquentations de votre famille !
Le nez de la russe se fronça d'indignation face aux insinuations du fils Potter. Sur le point de l'envoyer sur les roses, Ielena fut cependant interrompue par Albertina :
- James, arrête veux-tu ?
Nullement impressionné par le ton de sa mère, le brun leva les mains, comme si il ne comprenait pas sa réaction. Secouant du chef, il désigna vaguement Ielena de la main :
- C'est pas de ma faute aussi..., marmonna-t-il, fallait qu'elle nous parle de la pureté du sang ! On a beau être sangs-purs nous aussi, on ne tient pas pour autant un langage aussi … intolérant !
- T'as le droit de dire raciste, James ! railla Sirius.
- Sans vouloir vous vexer, nos familles ne sont vraiment pas comparables, sourit méchamment Ielena sans se laisser démonter et en ignorant le fils Black. Et je ne parle pas simplement de pureté du sang. Par héritage, mon père pourrait prétendre à bien des titres européens tant moldus que sorciers. Je ne pense pas que vous puissiez en dire autant, susurra-t-elle aussi venimeuse qu'un crotale.
Ses yeux n'étaient plus que deux fentes sournoises, qui fixaient le fils Potter avec défit. Comment osait-il lui parler ainsi ? Comment pouvait-il comparer leur famille ? Elle était née princesse, Grande-duchesse de Russie et héritière directe des trônes de la plupart des pays d'Europe de l'Est quand lui se contentait d'un pauvre cottage. Au fond d'elle-même, la Volonski était à deux doigts de rire.
- Hein ? Articula tout juste James en la fixant complètement abasourdi.
Le sourire déjà grand de la Volonski s'agrandit tant qu'on voyait ses canines.
- Je crois qu'elle vient de te traiter de sang-pur de bas étage, nota Sirius Black alors qu'un demi rictus commençait à apparaître sur son visage.
- … vous êtes pas sérieuse, princesse..., s'étouffa le fils Potter.
De nouveau calme, Ielena se redressa plus encore contre le dossier de sa chaise. Son visage devint plus sérieux et elle plongea ses yeux dans ceux de James, les sourcils froncés.
- Je suis tout à fait sérieuse. A l'évidence, vous n'avez aucune idée de qui est mon père ou de ce que représente notre nom dans les pays au-delà des Alpes. Je ne vous cacherai pas que cela m'inquiète concernant la sécurité mise en place autour de cette maison...
- Cette maison est tout à fait à l'abri d'une attaque si vous vous en faites pour cela, intervint Hypérion.
- Je l'espère pour vous. Après tout, si ils nous retrouvent, ce n'est pas moi qui devrais craindre pour ma vie..., ou en tout cas moins que vous, ajouta-t-elle pour elle-même tandis qu'un frisson la parcourait brusquement.
L'expression d'étonnement qui peint le visage de James Potter et ses amis lui sembla cependant très amusante, malgré le sujet évoqué. Silencieuse, Ielena les regarda s'échanger des coups d'œils à la fois offusqués et soucieux. Elle-même commençait sérieusement à douter de leur manière de faire... Elle les espérait meilleurs sorciers qu'ils n'étaient sangs-purs, sinon elle ne donnait pas cher de leur peau.
- … je rêve ! Souffla simplement James. Il va vraiment falloir que vous revoyiez l'ordre de vos priorités, princesse ! Termina-t-il en se massant les tempes, agacé.
oOoOo
Quand vint l'heure du dessert, les discussions joyeuses avaient repris. Ielena venait de s'éclipser pour coucher ses sœurs car il commençait à se faire tard. Les fillettes tombaient de fatigue et ne s'étaient pas faites prier pour monter dans leur chambre.
Délicate comme une pétale de rose, Ielena lissa les mèches blondes de Ella dont la petite tête s'enfonçait dans un coussin de coton épais et réconfortant. Dans le grand lit double qu'elles partageaient depuis une semaine, les petites Volonski commençaient à s'endormir sans bruit. Un sourire doux sur les lèvres, Ielena les regardait sombrer dans les bras de Morphée. Comme une mère, elle laissait son index caresser délicatement la tempe de sa sœur, lui intimant avec amour de dormir paisiblement. Discrète, elle fredonnait une ancienne berceuse ukrainienne que Leda lui chantait alors qu'elle-même était enfant. Seules les respirations calmes de Roksana et Ella lui répondaient, leurs esprits plein d'innocence emportés par un sommeil réparateur.
Une fois certaine que les fillettes dormaient à poings fermés, Ielena se leva avec précaution du bord du lit. Aussi furtive qu'une ombre, elle traversa la chambre sur la pointe des pieds et ferma la porte derrière elle. Aux aguets, elle veilla une dernière fois à ce que ses sœurs dorment profondément, puis descendit les escaliers.
Depuis le bas des marches, elle entendait clairement les discussions qui animaient toujours la salle à manger. Il lui sembla tout à coup qu'elles étaient plus sérieuses, car seule une conversation se laissait entendre. Une nouvelle fois, l'air semblait s'être glacé au sein de la pièce.
- … Il est sensé venir à la fin du mois..., fit la voix un peu lointaine de Remus. Pour l'instant, aucun mouvement n'a été décelé dans leurs rangs...
- Peut-être est-elle réellement en dehors de leurs histoires, suggéra Albertina.
Le rire jaune de Sirius et James lui répondit.
- Bien sûr … comme si elle pouvait être différente ! Tu as vu le reste de sa famille ! Cracha James Potter.
- Tu sais très bien que ce n'est pas un argument ! Gronda son père, jusqu'ici silencieux.
- Mais vous l'avez entendue parler, Hyp' ! Claqua la voix du fils Black. Elle tient le même discours qu'eux ! Et vous avez vu comme elle est suffisante ! A croire qu'elle se prend réellement pour une princesse du 20ème siècle !
- Vous et vos jugements hâtifs, s'exaspéra Albertina. Si nous avions réfléchi ainsi à l'époque, Sirius, tu ne serais jamais entré dans cette maison, finit-elle durement. Depuis quelques temps, vous êtes devenus beaucoup trop tranchés dans vos opinions ! A peine aviez-vous rencontré cette jeune femme que déjà vous l'aviez condamnée... où sont donc passés vos jugements réfléchis et votre bon sens ? Prenez garde, jeunes sorciers, avec un comportement pareil, vous finirez aussi extrêmes que ces gens que vous combattez !
Ielena entendit nettement le bruit outré que produisit James, ainsi qu'une chaise qui racle le sol comme si quelqu'un se levait. Le cœur battant, elle perçut des bruits de pas, à la manière de quelqu'un faisant les cent pas. Même si espionner ne lui avait jamais plu, la sorcière ne bougea pas. Elle attendait le reste de cette conversation, une pierre au fond de l'estomac.
Même si elle ne l'avouerait jamais, les mots de James et Sirius la blessaient particulièrement, comme les griffures d'un chat sur le visage. Mais au fond, n'avaient-il pas raison ? N'était-elle pas tout à fait semblable à ses parents et à son frère ? …
Dans la salle à manger, quelqu'un marchait toujours.
- … nous n'avons aucune preuve de son implication …, grogna soudain la voix de Sirius. Mais ça ne veut rien dire.
- Oui, et d'après Richard, il semblerait qu'elle soit proche de … lui, ajouta Lily Evans dans un souffle. Ça ne joue pas en sa faveur !
Ielena entendit le soupir ennuyé de Hypérion, qu'elle commençait à très bien connaître malgré toute la distance qu'elle s'était imposée. Une autre personne se leva.
- Encore une fois, ce ne sont que des suppositions, Lily. Lui seul saura quoi faire, et à partir de là nous prendrons une décision..., acheva Mr. Potter.
- Eh bien j'ai hâte qu'il vienne la voir... Parce que la donzelle n'est pas ce qu'il y a de plus agréable ! Maugréa son fils.
- James ! Ton langage !
L'exclamation outrée de Albertina tira un sourire à Ielena, toujours silencieuse dans le couloir. Pourtant cette conversation qu'elle écoutait la gorge nouée lui faisait plus de mal qu'elle n'aurait pu le soupçonner. L'impression d'être prisonnière d'un nom et d'une position qu'on lui avait imposé la tirailla violemment. Avait-elle seulement eu le choix ? Ses parents n'avaient jamais pris la peine de lui demander son avis sur la moindre chose la concernant. Son avenir, elle l'avait su tout tracé depuis qu'elle était en âge de réfléchir. Et même si les choix de ses parents lui déplaisaient la plupart du temps, jamais elle n'avait songé à les contredire. Comment aurait-elle pu ?
Chassant comme elle le pouvait ces pensées sombres, elle tenta de reprendre le fil de la conversation :
- … et si on oublie son attitude froide, c'est une jeune femme assez surprenante, laissait entendre Hypérion. Cette semaine avec elle n'a pas été un fardeau, je peux vous l'assurer.
- Et elle a des manières bien différentes des nôtres... mais très agréables ! Ajouta son épouse.
- Autant dire qu'elle est coincée, ouais ! Ricana James.
Aussitôt, Ielena sentit son nez se froncer d'indignation. Elle n'était pas coincée, juste bien élevée selon son rang ! Décidément la cohabitation avec le fils Potter promettait d'être compliquée, elle pouvait le jurer !
Le corps tendu car elle tentait de se faire aussi discrète que possible, Ielena songea cependant que la troupe des Potter allait finir par se demander où elle était passée... Peu désireuse de se faire surprendre dans l'ombre du hall en train d'écouter leur conversation, la jeune femme recula discrètement et monta quelques marches. Réveillant ses muscles contractés, elle redescendit finalement l'escalier aussi naturellement que possible, non sans bruit. Dociles, les marches grincèrent et révélèrent sa présence car la salle à manger devint immédiatement silencieuse. L'ombre d'un sourire apparut sur ses lèvres, tandis qu'elle se dirigeait vers la porte.
- Sont-elles endormies ? Demanda aussitôt Albertina tandis qu'elle franchissait le seuil de la pièce.
Ielena ne prêta pas attention aux regards qui se portaient sur elle, et se contenta de hocher la tête en direction de la maîtresse de maison.
- Oui.
Toujours aussi glaciale, elle se rassit naturellement à sa place et ne bougea plus. Ses yeux encrés dans ceux de Lily, elle semblait une statue de marbre qu'on aurait posé là en attendant la fin des temps.
- Je trouve qu'elles réagissent vraiment bien à la … situation, laissa soudain échapper Remus tandis que Albertina lui servait du pudding.
Le sourcil gauche de Ielena se souleva brusquement, mais ce fut bien la seule partie de son corps qui bougea tandis qu'elle entendait cette phrase. Muette, elle tourna doucement la tête vers le sorcier, aussi imperturbable qu'il fut possible.
- Les derniers événements sont bien peu de choses, si on les compare à d'autres situations qu'elles ont dû vivre.
La voix de Ielena claqua comme un fouet, mortelle et insolente. Tandis qu'elle parlait, elle revoyait toutes les horreurs vécues par Ella et Roksana. Pourtant, elle avait tant essayé de les en protéger... Depuis des années la jeune sorcière tentait de les laisser grandir dans un monde imagé et doux, exempté de violence et de haine. Mais la tache lui semblait soudain impossible, et elle savait qu'elle n'avait pas réussi à les épargner. Tant de sang, tant de morts avaient éclaboussé les rêves des fillettes.
- Si j'en juge par ce que vous pensez de moi ou de ma famille, vous devez pourtant vous en douter. Mes parents ou mon frère ne sont pas les exemples d'une famille débordante de bonté et d'affection, susurra-t-elle haineuse.
Une seconde, les Potter surprirent l'éclair de fureur qui brilla dans ses yeux sombres. Sa réponse était tant violente qu'ils y entendaient parfaitement le ressentiment qui habitait la jeune femme.
Muet depuis le retour de la russe, Sirius retourna s'asseoir et lança un regard à James. Ielena, qui surprit cet échange, songea une nouvelle fois qu'elle était de trop. Elle se demanda encore quel jeux jouait le destin pour l'avoir placée ici... ce n'était pas logique. Elle, la sang-pur, au beau milieu d'ennemis du Lord...
- Je ne vais pas vous plaindre, sachez-le ! Grinça soudain James. Les gens comme vous n'ont que ce qu'ils méritent.
- Les gens comme nous ? Releva Ielena piquée au vif.
Elle ne pouvait s'empêcher de réagir brusquement avec James et Sirius. Elle entendait dans leurs voix tant de haine, tant de ressentiment à son encontre … Tant d'amertume qu'elle en venait à les détester probablement autant qu'ils la détestaient eux-même.
Le fils Potter se releva d'un bond et en une demi seconde alla chercher la Gazette du Sorcier qu'il lui lança sans cérémonie.
- Des meurtriers ! Éructa-t-il, sa voix faisant trembler la pièce.
Son accès de colère étonna Ielena qui sentit son cœur manquer un battement. Le sang cognant à ses tempes, elle ne comprit pas tout de suite la fureur du sorcier. Muette, elle saisit la Une du bout des doigts tandis que la pièce redevenait silencieuse comme un cimetière. La tension n'avait jamais été si forte, et Ielena sentit sur elle les regards de tous, comme des abeilles qui piquaient sa peau.
Ses narines se pincèrent brutalement quand elle lut le titre du journal.
« Nouvelle attaque à Londres : une famille assassinée dans la nuit. »
Sous le titre, une photo montrait une maison pavillonnaire au-dessus de laquelle planait une marque que Ielena aurait pu dessiner les yeux fermés.
- James... arrête un peu, grinça Albertina menaçante.
- J'arrête rien du tout ! Tu voulais savoir comment ça allait au boulot ? Demanda-t-il à son père un peu trop violemment. Voilà comment ça va ! On passe derrière les gens comme elle pour ramasser les cadavres !
Son poing s'abattit sur la table, faisant sursauter les assiettes à dessert dans un bruit de vaisselle malmenée.
- Je n'ai jamais..., commença Ielena furieuse.
- LA FERME ! cria le fils Potter en faisant le tour de la table.
En une seconde il fut devant elle, son index planté dans le journal comme un couteau tranchant.
- Cette famille n'avait rien fait... les enfants n'étaient pas plus âgés que vos deux précieuses sœurs, asséna-t-il avec tant de méchanceté que Ielena trembla une seconde. Et pourtant ils n'ont pas hésité une minute à les tuer... Comme de la vermine.
- Pourquoi me dites-vous cela, murmura-t-elle en le fusillant du regard.
James s'écarta d'elle, la dominant de toute sa hauteur. Ses yeux n'étaient plus qu'orage et Ielena songea qu'il devait se retenir de lui jeter un sort.
- Car c'est votre frère qui les a assassinés ! Cracha Sirius depuis sa chaise. Les corps portaient sa marque...
Depuis le début de cette conversation, Ielena avait senti que la conclusion serait celle-ci. Depuis le début elle savait qui était responsable de cette horreur. Le visage si mielleux de Valerian apparut clairement dans son esprit, aussi net que si il avait été devant elle. Un sursaut de terreur l'agita toute entière tandis que son visage, soudain, perdait de sa superbe.
Si Lily et Albertina aperçurent l'ombre de peur qui soudain peignait les traits de la russe, Sirius et son compère, eux, ne décoléraient pas.
- Votre précieux frère vous a-t-il déjà décrit comment il tuait les enfants ? Comment il défigurait les femmes et torturaient leurs maris ? Vous a-t-il parlé de tous les cadavres qui le suivent, de toutes ses familles qu'il a détruites ? Continuait Sirius sans vergogne, le dégoût transparaissant de ses paroles.
Les mots du fils Black l'atteignirent comme le pire poison, semblant brûler son visage au point qu'elle manqua de hurler. Les images assaillirent son esprit, avec tant de violence qu'elle sentit ses yeux se remplirent de larmes de rage. Alors brusquement, dans le silence pesant de la salle à manger, Ielena se sentit exploser.
D'un mouvement d'une rare violence, elle fut debout et planta son couteau à dessert dans la table. La lame traversa la jolie nappe et se ficha dans le bois pourtant solide du plateau. Même James sursauta violemment.
- Ne me parlez PLUS JAMAIS de mon frère ! hurla Ielena avec autant de fureur que le pouvait sa voix.
Déchaînée, son visage déformé comme jamais par la haine, elle planta des yeux fous dans ceux de Sirius Black, son corps prêt à bondir. Les cheveux voletant autour de son visage monstrueux, elle n'avait jamais paru si laide et effrayante. La colère pulsait dans ses veines, comme si soudain elle avait remplacé son sang.
- Vous ne savez RIEN ! RIEN, vociféra-t-elle hystérique. De ma relation à ma famille et encore MOINS de celle que j'entretiens avec mon frère ! Alors épargnez-moi vos paroles et vos grands discours !
Elle vit à peine la réaction des autres sorciers, surpris devant tant de colère et de sauvagerie. D'un mouvement brusque, elle quitta la pièce à grande enjambées et rejoignit sa chambre. Là, dans le silence oppressant de la nuit, elle alla jusqu'à la fenêtre et l'ouvrit. Comme une noyée, elle jeta son visage dehors, ses cheveux tombant autour de son visage. Respirant à plein poumon, elle sentit l'air frais lui brûler la gorge. De ses yeux, les larmes de rage débordaient sans retenu, avant de se perdre dans son cou et sa chemise.
Les lèvres serrées à s'en briser la mâchoire, Ielena retenait les sanglots qui menaçaient. Les images de Valérian étaient toujours là, comme un esprit frappeur qui la maudirait sa vie entière. Désespérée, la jeune russe sentait qu'encore une fois, son esprit était au bord du gouffre. Toute la peur ressentit depuis sa naissance refaisait surface. Elle qui avait tant refusé de voir la vérité en face commençait à comprendre dans quelle famille de meurtriers elle était née. Anéantie, elle se laissa tomber sur le sol, le front collé sur le bord de la fenêtre.
oOoOo
Les jours chez les Potter s'écoulèrent tranquillement après l'épisode du dîner. De nouveau distante, Ielena avait du mal à oublier sa colère, même si elle savait pertinemment que les parents Potter n'y étaient pour rien. Malgré les huit jours passés depuis, la jeune russe ne décolérait pas et avait repris ses habitudes asociales.
Tandis que ses sœurs allaient et venaient sans peine, toujours aussi joyeuses, Ielena restait le plus clair de son temps dans sa chambre. Assise dans son fauteuil qui donnait sur la fenêtre, elle dévorait les livres de la bibliothèque de Hypérion. De temps à autre, toujours plongée dans son mutisme, ses yeux dérivaient à l'extérieur, plus loin encore que le cerisier. Et ses pensées s'échappaient vers sa famille, son avenir...
Pendant des heures, elle restait là, silencieuse et immobile, un livre posé sur les genoux, le doigt sur les tempes, à fixer le ciel gris. Prisonnière de cette maison tout autant qu'il lui semblait être prisonnière de son destin, Ielena songeait à cette guerre dont elle faisait partie malgré elle à ces sorciers qui se battaient dans un des deux camps à ce rôle qu'elle allait jouer dans cette lutte. La question qui la taraudait le plus était de s'imaginer dans quel clan elle se tiendrait.
Sa dispute avec Sirius et James avait fait ressurgir tant de peurs, de questions et de doutes. Ielena ne savait plus quoi penser, ni même la position à adopter. Souvent l'image du journal lui revenait en mémoire, et elle songeait aux actes de Valérian et de son père. Jamais elle n'avait autant ressenti la folie de ces deux hommes. Alors que jusqu'ici elle avait vécu sans se poser la moindre question sur leurs agissements, à présent elle se retrouvait confrontée à la réalité. Sa famille était celle d'assassins.
Le mardi, huit jours après le dîner, Ielena eut la visite de Hypérion dans sa chambre. La chose était suffisamment inédite pour qu'elle y prête attention, aussi la sorcière reporta-t-elle son regard sur le père de James. Celui-ci se tenait dans l'embrasure de la porte, les mains dans le dos.
- Puis-je entrer ? Demanda-t-il, un air sérieux planant sur ses traits.
- Je vous en prie.
Calme, Ielena le regarda s'approcher pour finalement prendre place dans le fauteuil face au sien. Une minute, Hypérion garda le silence, fixant lui aussi le ciel anglais. Quand finalement il reporta son attention sur la jolie russe, celle-ci sentit son cœur battre plus fort. Elle redoutait les mots à venir.
- D'ici la fin de semaine, vous devrez rencontrer celui qui décidera de votre … avenir avec nous, lâcha-t-il comme s'il pesait ses mots.
Nerveuse, Ielena sentit son corps se raidir.. Toutefois, elle ne savait pas comment réagir. Cette future rencontre était-elle une bonne chose ou était-ce la promesse que les choses allaient s'envenimer plus encore ? Comme s'il avait lu ses craintes, Hypérion Potter laissa échapper un soupir contrit.
- Vous n'avez rien à craindre de cette personne... et ce même si James a raison à votre sujet, termina-t-il un peu plus durement qu'il ne l'aurait voulu.
Voyant l'air outré de Ielena, il secoua nerveusement la tête.
- Je n'y crois nullement, sachez-le. Mais les temps qui courent me forcent à être bien plus méfiant que je ne le suis réellement. Quoi qu'il en soit, je tiens à m'excuser du comportement de mon fils et de Sirius. Comme vous l'avez dit, nous ne savons rien de votre vie ou de votre famille et il serait bien présomptueux de notre part de vous juger.
- J'accepte vos excuses..., murmura Ielena toujours aussi froide. Mais votre fils et son ami ne sont pas pardonnés pour autant. Sachez à votre tour que même si je ne cautionne pas les actes de mon frère, je ne laisserai personne insulter mon nom ou ma famille...
Elle vit nettement l'air soudain soucieux qu'affichait le père de James. A en croire son visage, il doutait de ses paroles ou du moins les appréciait peu. Mais Ielena ne pouvait renier ainsi sa famille, son éducation. Elle avait depuis longtemps accepté de défendre bec et ongles l'honneur des Volonski, tant sujet à controverse.
- Très bien... Après aujourd'hui, nous n'aborderons plus ce sujet. Mais vous devez comprendre qu'en n'agissant pas, vous acceptez les crimes de votre père ou de votre frère. Je comprends votre attachement à ce nom qui est le votre, aussi prestigieux soit-il, mais nous sommes en guerre. Des gens meurent chaque jour. Et vous ne pourrez pas toujours vous cacher derrière votre désintérêt... Un jour, on vous demandera des comptes, quel que soit le vainqueur de cette guerre, acheva-t-il les sourcils froncés.
Ielena serra les mâchoires, frappée de plein fouet par les paroles de Hypérion. Elle savait qu'il disait vrai et qu'elle devrait très vite arrêter de fuir cette situation. Mais la justesse des mots du sorcier lui rappelait tant ses faiblesses et son manque de courage qu'elle sentit malgré elle la colère monter.
- A présent venez. J'ai quelque chose à vous montrer. Et puis cela fait bien trop longtemps que vous restez enfermée dans cette chambre ! Nota-t-il pince sans rire.
Une grimace passa sur le visage de la jolie russe, mais elle ne pipa mot. Docile, elle suivit Hypérion en dehors de la chambre en abandonnant son livre sur le chevet.
oOoOo
Quelle ne fut pas la surprise de Ielena quand le sorcier l'emmena à l'extérieur de la maison. Passant par la véranda, ils sortirent dans le jardin et se dirigèrent vers l'allée de glycine parme. Au lieu de continuer en direction du salon extérieur en fer forgé blanc, Hypérion bifurqua vers la gauche et emprunta un petit chemin de dalles ocre que Ielena n'avait jamais pris jusqu'ici. En réalité, c'est à peine si elle l'avait remarqué depuis son arrivée dans le cottage des Potter.
Ils marchèrent à peine cinq minutes, sous le couvert des arbres verts du printemps. Intriguée mais toujours aussi silencieuse, Ielena remarqua au dernier moment qu'ils arrivaient vers un bâtiment de briques rouge d'à peine un niveau. Une fois qu'ils l'eurent contourné, ils débouchèrent finalement sur une grande cour en gravier gris entourée de trois bâtiments rouges formant un joli corps de ferme typiquement anglais.
Les sourcils froncés d'étonnement, Ielena balaya les lieux du regard.
Les bâtiments agricoles étaient en réalité des écuries ainsi qu'une grange de laquelle débordait du foin doré dont l'odeur arrivait jusqu'à elle sans peine. Au milieu de l'immense cour, une grande carrière en sable rectangulaire bordée de barrières en bois avait été construite.
- Vous avez des chevaux ? S'étonna Ielena sans s'en rendre compte.
Le sourire qu'afficha Hypérion à l'entente de sa question suffit à lui répondre.
- Absolument ! Pour le plus grand malheur de James ou de Albertina... Mon fils en particulier ne comprend pas du tout mon attachement pour ces animaux ! Grommela-t-il comme si soudain il avait oublié la présence de la russe. Mais comment avez-vous deviné ? Ce n'est pourtant pas le genre d'animaux que les sangs-purs affectionnent, nota-t-il en se retournant vers elle.
- Ma famille a quelques chevaux de l'Oural, dit-elle sans plus d'émotion.
- Vraiment ? S'étonna-t-il cette fois tout à fait attentif. Quelle chance ! Ce sont des chevaux tout à fait étonnants et peu connus dans notre région ! Il faudra que vous m'en parliez.
- Je ne sais pas beaucoup de choses, je ne m'y suis que peu intéressée, marmonna-t-elle en haussant les épaules.
Balayant le peu d'intérêt de la russe d'un geste impatient de la main, le sorcier reprit sa route et l'entraîna dans l'un des deux bâtiments servant d'écurie. Il y faisait plus chaud et l'air embaumait la paille, le cuir et une odeur animale que Ielena jugea presque agréable.
Dans l'ombre de l'écurie se découpait une longue rangée de box d'où provenaient des bruissements de paille ainsi que quelques souffles puissants. Interdite, Ielena se rapprocha de Hyperion. Le père de James s'était arrêté devant l'un des box et se tenait contre la porte de bois, attendant visiblement que son occupant daigne bien venir le voir.
A l'intérieur, Ielena distingua sans peine un cheval qu'elle jugea bien suffisamment grand. Bai brun, les crins sombres, c'était une belle bête, ronde et harmonieuse, et qui semblait parfaitement musclée. Si elle n'était pas adepte de ces animaux, elle savait juger de leur état sans peine.
- Voici Furioso, le pilier de mon élevage, expliqua Hypérion tandis que l'étalon venait frotter son chanfrein contre la main tendue du sorcier.
- Élevage ? Vous faites de la reproduction ? S'exclama la russe sans lâcher le cheval du regard.
- Au plus grand damne de Albertina, oui. J'ai commencé il y a quelques années. Mon but est de croiser différentes races magiques avec des races moldus.
Les sourcils relevés sous la surprise, Ielena dévisagea quelques secondes le sorcier. Elle se demanda vite pour quelle raison il voulait tenter une chose pareille. Quel intérêt les chevaux moldus pouvaient-ils bien avoir après tout... ils n'avaient aucun pouvoir !
- Pour quoi faire ? Lâcha-t-elle avec plus de dédain qu'elle ne l'aurait voulu.
L'air vaguement vexé de Hypérion Potter manqua de la rendre honteuse. Après tout, cet homme et sa femme faisaient tout pour qu'elle et ses sœurs se sentent bien en vivant avec eux. Comment osait-elle le traiter avec mépris ? Son nez s'agita, et elle pinça les lèvres en fuyant le regard du père de James.
- Pardonnez-moi..., je n'aurais pas dû m'exprimer ainsi, marmonna-t-elle.
Fière, elle sentit que s'excuser lui écorchait la gorge mais elle le devait à Mr. Potter. Celui-ci la fixa une seconde avec d'agitter la main, comme pour chasser un insecte invisible.
- Ce n'est rien... peu de personnes comprennent mon attachement à mes chevaux, et ils sont encore moins nombreux à trouver de l'intérêt aux croisements que je fais ici.
Distraitement, il flatta l'encolûre de son étalon qui secouait vigoureusement la tête, comme ravi de l'attention que lui accordait son propriétaire.
- Et puis-je vous demander pourquoi vous pensez que cela pourrait m'intéresser, moi ? Fit Ielena, à moitié amusée.
Cette fois, Hypérion se tourna totalement vers elle, un air tout à fait moqueur sur le visage.
- Ma chère, il fallait bien que je vous trouve une occupation pour les mois à venir, si d'aventure vous restez parmi nous. Après tout, vous n'allez pas rester enfermée dans votre chambre pour l'éternité ! Donc je vous désigne officiellement comme mon aide d'écurie. Vous serez d'un grand secours car je manque cruellement de personnel au sein de l'élevage, termina-t-il avec un sourire si grand qu'on vit ses canines.
Face à l'air absolument outrée de Ielena, le sorcier s'autorisa à rire. En effet, oubliant totalement le masque froid et désinteressé qu'elle arborait en permanence, la jolie russe venait d'agrandir deux yeux immenses, et sa bouche d'ordinaire pincée était à présent ouverte en un « o » particulièrement hilarant. Elle semblait regarder le sorcier comme s'il était tout à coup devenu fou à lier.
Toujours hilare, Hypérion lui décocha un clin d'oeil.
- Vous ne croyiez tout de même pas que nous allions vous accorder gite et couverts sans contrepartie ? Glissa-t-il les yeux brillants d'amusement.
Ielena n'avait toujours pas bougé, mais son regard allait de son hôte au cheval qu'il caressait toujours. Avait-elle vraiment une tête de palefrenière ? Une seconde, elle manqua de lui rire au nez en le traitant de pauvre dément, mais finit tout de même par se taire en se mordant férocement l'intérieur des joues.
- Vous... vous voulez que je travaille avec vous... ici ? Finit-elle par lâcher en écarquillant plus encore les yeux.
- Parfaitement, asséna Hypérion. Vous m'aiderez à la bonne tenue des écuries, aux soins des chevaux, l'entretien des clotûres... Bref tout ce qui concerne l'élevage !
Il débitait sa liste de tâches tout en se dirigeant vers la porte de l'écurie. A l'évidence il était sérieux.
- … j'imagine que vous n'avez aucune connaissance en matière de chevaux ? S'interrompit-il en se tournant vers elle, qui l'avait suivi mécaniquement.
Ielena cligna plusieurs fois des yeux, comme pour se remettre du choc... elle, palefrenière. Vraiment, Hypérion était tombé sur la tête. Un rire nerveux lui échappa tandis qu'elle le regardait une nouvelle fois.
- Je sais un peu monter à cheval... enfin disons que j'ai quelques notions élémentaires. Pour le reste je connais quelques rudiments du harnachement, finit-elle par dire en rougissant.
Si il y avait bien une chose que Ielena Volonski n'aimait pas du tout, c'était qu'on lui rappelle qu'elle n'avait aucune connaissance sur tel ou tel sujet. Elle aimait tout savoir. Mais jamais dans sa vie elle n'avait songé à étudier les chevaux, après tout, pourquoi Merlin l'aurait-elle fait !
- Ce sera bien suffisant. Venez, je vais vous présenter à mon employé !
Toujours pas remise du choc de l'annonce de Hypérion, Ielena le suivit mécaniquement, sans penser à le contredire.
C'est donc ce mardi, à la fin du mois de mai, que la fille de Nikolaï Volonski commença à travailler pour Hypérion Potter. L'épouse de ce dernier avait ouvert des yeux immenses lorsqu'elle avait appris la nouvelle. Elle eut probablement beaucoup de mal à imaginer la jolie russe, toute guindée qu'elle était, soudain transformée en palefrenière avec une fourche à la main et de la paille dans ses beaux cheveux. Mais face à l'air sérieux de son mari et celui profondément dépité de Ielena, elle n'avait pipé mot. Mieux valait se taire, sinon la russe risquait de se vexer férocement et de les envoyer sur les roses l'un comme l'autre pour le siècle à venir.
Un doute, une question, une hypothèse, une réclamation ?
Le bureau des reviews vous est ouvert !
N'oubliez pas, les reviews sont indolores pour les lecteurs mais vitales pour les auteurs ! Merci !
