ÉVEIL
Pov Jasper
Vingt huit jours, douze heures et quarante trois minutes que je tenais fermement ce petit corps dans mes bras. J'avais tout essayé, lui parler, la supplier, utiliser mon don, rien n'y faisait. Ce fut bien la première fois que mon pouvoir ne me donnait pas entière satisfaction. Bien sur, elle avait eu une réaction, mais cela n'avait fait qu'attiser sa colère, j'avais donc abandonné cette option.
Peter m'avait demandé d'aller à la chasse, mais j'avais tout bonnement refusé. J'avais fait une promesse à Alice, je lui avais juré que je ne me nourrirais pas tant qu'elle ne se serait pas nourrit elle-même et je comptais bien m'en tenir à ça. Après tout ce qu'elle avait fait pour moi, tout ce qu'elle avait supporté, je ne pouvais pas la laisser ne serait-ce qu'une seconde. Pas question.
Le soleil venait d'apparaître à travers la fenêtre, ses rayons frappant mon avant-bras fermement enroulé autour de sa taille et ce fut à ce moment là que je la sentis gigoter.
Je ne fus pas très sur de ne pas avoir imaginé les mouvements, elle était resté inerte durant des jours et je me demandais si ma soif, mélangé à mes craintes ne me faisait pas délirer à mon tour.
- Lâche-moi, entendis-je faiblement
Je desserrais ma prise autour de son corps sans la relâcher totalement, bien trop heureux de la voir sortir enfin de cette horrible léthargie.
- Alice? Murmurais-je en pivotant légèrement pour lui faire face. Alice, laisse-moi te conduire dehors, tu as besoin de chasser, chérie
Ses yeux s'ouvrirent brusquement pour se braquer sur moi et elle m'adressa un regard si triste que j'eus l'impression de mourir à nouveau. Je tentais de lui faire parvenir une onde de confiance, de calme et d'amour et sa seule réaction fut d'écarquiller ses jolies yeux. Cette réaction était plutôt logique, mais à quoi s'attendait-elle? Comment ne pas l'aimer? J'avais beau ne pas me souvenir de notre rencontre lorsque j'étais toujours humain, mais je pouvais comprendre pourquoi mon humanité était tombé pour elle.
- Ce n'est pas nécessaire, souffla-t-elle en tentant de se dégager de mon étreinte. S'il te plaît, lâche-moi
Je fermais furtivement les yeux, attristé et surpris de ressentir une brusque monté de venin sous mes paupières et à contre cœur, je relâchais son corps. Elle pivota doucement pour s'asseoir et se tenir dos à moi, je ne voulais pas la pousser, je ne voulais pas lui faire de mal et je ne savais pas quoi faire pour l'aider. Aucune guerre, aucune morsure, aucune souffrance, aucune torture ne m'avait jamais préparé à ça, je ne savais pas quoi faire, j'étais totalement démuni et impuissant pour la première fois de mon existence.
- Laisse-moi t'emmener chasser, la suppliais-je en me redressant à mon tour. Ça fait des semaines que tu ne t'es pas nourris...
Elle haussa les épaules comme si ce n'était rien et se leva, mais la faiblesse de son corps la fit trébucher et je dû la rattraper pour l'aider à se redresser. Lorsqu'elle posa sa main sur la mienne qui la maintenait fermement, je crus une seconde qu'elle allait m'accepter, me pardonner, mais ce geste ne fut que pour détacher ma prise.
- Je peux me débrouiller toute seule, merci
- Alice... je suis...
- Tu n'as plutôt pas intérêt à me dire que tu es désolé! Grogna-t-elle faiblement
- Je le suis pourtant, avouais-je honteusement. J'aurais dû être là, j'aurais dû te protéger
Elle secoua doucement la tête et se dirigea vers la fenêtre en marchant à une vitesse affligeante.
- Tu ne me dois rien, Jasper, soupira-t-elle. Qu'en est-il de tes amis? Est-ce qu'ils vont bien?
Comment pouvait-elle s'inquiéter pour eux après ce qu'elle avait vécu? Je ne parvenais pas à comprendre cette fille. D'où lui venait cette force? Ce courage? Cette compassion?
- Bien grâce à toi, murmurais-je en la regardant ouvrir la fenêtre. Ils s'inquiètent pour toi
- Ce n'est pas nécessaire
Et avec ça, elle sauta par la fenêtre. Je secouais violemment la tête pour sortir de ma stupeur afin de la suivre, sautant à mon tour pour la rejoindre. Elle marchait devant moi, apparemment trop affaiblie pour courir.
- Je peux chasser seule, m'informa-t-elle sans se retourner
- Permets-moi de venir avec toi? Suppliai-je tel un enfant. J'ai besoin de venir avec toi
Elle se contentant de hausser les épaules et j'étirais un faible sourire heureux d'avoir gagner cette bataille. Ce fut la première fois que je menais ce genre de combat, mais de toutes les batailles que j'avais dû mener durant mon existence, celle-ci était la plus importante, la seule qui valait la peine de se battre, la seule que je devais vraiment gagner.
Ses émotions étaient pratiquement indescriptibles tant elle paraissait ne rien ressentir, je ne savais pas comment elle était capable d'une telle chose, mais je n'aimais pas ne rien ressentir venant d'elle.
En soupirant doucement, je la suivais donc sur quelques kilomètres à travers la forêt enneigé, je devais bien m'avouer que j'étais particulièrement curieux et même émerveillé à l'idée de l'observer pendant sa chasse. Je n'aurais jamais cru une telle chose possible, mais lorsque je la vis brusquement s'élancer vers le nord pour bondir sur le dos d'un ours afin d'y planter ses dents. Et bien, même si c'était loin d'être le moment, ce fut la chose la plus incroyablement érotique que j'eus la chance de voir. Elle était si belle.
Durant sa léthargie, j'avais pris le temps de détailler son visage, beaucoup mieux que lorsque nous étions encore au camp, j'aimais ses cheveux courts, j'aimais ses petites fossettes, j'aimais ses yeux en forme d'amande et j'aimais son corps parfait. Elle était magnifique, la plus belle créature que le ciel avait mit sur cette terre, et c'est à cet instant que l'évidence me frappa. Elle avait été créé pour moi, tout comme j'avais été créé pour elle.
Je continuais à la scruter à distance se délectant de l'animal, toujours abasourdie par la révélation qui venait de me frapper. Lorsqu'elle eut terminé, elle se releva lentement et se tourna vers moi.
- Tu devrais aller te nourrir, souffla-t-elle en fuyant habilement mon regard
- Et bien, peux-être pourrais-je tenter ton régime? Proposais-je surpris par mes propres paroles
Elle leva un sourcil incrédule avant de se retourner pour prendre soin de la carcasse de l'animal à ses pieds.
- Pourrais-tu m'aider? Demandais-je timidement
Timide? Moi timide? Bon sang!
Elle resta silencieuse en enterrant la carcasse, puis se tourna à nouveau vers moi, durant une seconde, son regard sur moi sembla douloureux et durant cette seconde, je pus goutter à ses émotions et fus surpris d'y trouver de la culpabilité. Dès qu'elle prit conscience de ce qui venait d'arriver, elle se détourna à nouveau de moi et ses émotions disparurent aussitôt.
Pourquoi ressentait-elle une chose pareille? Moi j'avais une très bonne raison de me sentir coupable, enfer! J'en avais des centaines de raisons!
J'étais tiraillé ne sachant pas si je devais assouvir ma curiosité ou me contenter de me taire.
- Tu n'as pas besoin de moi, Jasper, marmonna-t-elle. Il te suffit de trouver une proie et de sauter dessus
- J'ai besoin de toi, lui assurais-je en m'approchant lentement. Aide-moi, s'il te plais
Encore une fois, je fus happé par une vague de culpabilité, sauf que celle-ci était bien plus puissante que la précédente, si puissante que je faillis en tomber à genoux.
- Pourquoi... pourquoi te sens-tu coupable, Alice? Murmurais-je dans un souffle de mourant
Elle poussa un grognement, se retourna et se mit à courir en direction de la maison. Comment avais-je pu être aussi stupide? Me grondais-je intérieurement. Elle était mal et je venais de la pousser.
- Alice! Alice attends!
Je me mis à courir derrière elle, puisque je l'avais bouleversé, autant faire le nécessaire pour essayer de comprendre la situation. Je la rattrapais assez facilement pour bondir devant elle et l'empêcher d'avancer.
- Laisse-moi tranquille, Jasper, me supplia-t-elle les yeux clos
- Non. Je suis désolé, mais je ne peux pas. Pourquoi te sens-tu à ce point coupable, Alice? Je ne ressens rien d'autre venant de toi
Elle leva les yeux sur moi et recula tout en secouant la tête
- Alice, tentais-je à nouveau. Je sais tout... je sais que nous nous sommes rencontré lorsque j'étais humain, je sais que tu as passé le plus clair de ton temps à essayer de me sauver... Alice, s'il te plaît, ne me repousse pas
- Comment... comment sais-tu tout ça?
Un sentiment de honte me transperça de part en part. Comment lui dire que j'avais osé lire son journal?
- Je... j'ai trouvé ton journal
Elle haleta soudainement et ses émotions partirent dans tous les sens, incrédulité, colère, honte, culpabilité... amour
- Comment as-tu pu faire une chose pareille? C'était personnel, tu n'avais pas le droit! Hurla-t-elle à mon visage
- Je devais comprendre, Alice! M'emportais-je à mon tour. J'avais besoin de savoir pourquoi tu avais fait tout ça, pourquoi tu avais pris autant de risque. Au début, je croyais que tu avais fait ça par bonté d'âme pour sauver Peter et Charlotte, mais j'ai sentis que Peter me cachait quelque chose... je suis désolé, il fallait que je sache
J'avais murmuré la dernière phrase, incapable de me débarrasser de ma honte, elle avait raison, je n'avais pas le droit de faire ça, de mettre mon nez dans ses tiroirs, mais je n'avais pas pu résister, cette femme était un mystère que j'avais besoin de percé à jour.
Elle recula à nouveau et se mit à sangloter
- Alors, tu sais, grommela-t-elle en plaquant les mains sur son visage. Tu sais que tout est de ma faute
Quoi? Mais de quoi parlait-elle?
- Je ne comprends pas, soufflais-je perturbé par ses paroles. Qu'est-ce que tu raconte?
- Tout est de ma faute, sanglota-t-elle. Si je ne t'avais pas bêtement abandonné, si j'avais été là pour te protéger de cette sorcière immonde. J'avais peur, j'étais lâche, je n'arrivais pas à supporter l'idée de prendre la responsabilité de te changer, de voler ta vie...je suis tellement désolé, Jasper
La dessus, elle se détourna de moi pour décoller vers la maison en sanglotant incontrôlable. Elle s'en voulait pour ce qui m'était arrivé? Elle s'en voulait à cause de ce que Maria avait fait? Parce qu'elle voulait que j'ai une vie normale, parce qu'elle avait voulut préserver mon humanité?
Comment une créature telle qu'elle pouvait me porter une telle affection? J'avais retourner la chose dans mon esprit encore et encore, mais je ne trouvais pas de réponse. Je ne méritais pas son amour, comment le pourrais-je? J'avais fait de sa vie un enfer. Elle avait passé des années à m'aimer, à me sauver en prenant soin de ne pas interagir dans ma vie, elle avait été torturé pour me sauver à nouveau et l'émotion qui prédominait en la torturant était la culpabilité?
- Elle est dans sa chambre, m'informa la voix de Peter
Je me tournais vers lui en tentant tant bien que mal de reprendre contenance.
- Que dois-je faire?
- Tu l'aime?
- Comment ne pourrais-je pas? Soupirais-je. Mais je ne la mérite pas, Peter
- Arrête avec ton auto flagellation, vas la voir et dis-lui que tu l'aime
- J'ai essayé! Grognais-je
- Alors essaye plus fort! Hurla-t-il
Je reculais d'un pas, surpris pas sa colère, Peter ne s'était encore jamais permit d'élever la voix sur moi. Jamais. Mais il se détendit brusquement et me gratifia d'un sourire amical
- Major, elle a besoin de toi, mais après ce qu'elle à vécu tu vas devoir être beaucoup plus convainquant
Je hochais la tête et me mis à courir à mon tour pour la retrouver. Comme me l'avait dit Peter, elle était dans sa chambre, assise sur son lit, les genoux sous le menton et des sanglots faisant trembler son corps. Je n'avais jamais eu à faire quoi que ce soit pour consoler quelqu'un jusqu'ici et je voulais vraiment l'aider, alors je laissais échapper la seule chose dont j'étais parfaite sur, la seule chose qui ne changerait jamais, la seule chose que j'espérais lui dire encore et encore éternellement si elle m'en laissait l'occasion.
- Je t'aime, Alice
