Chapitre posté un peu en retard, désolé ! Je perds la notion du temps en période de révision et d'exam. C'est la folie. Enfin, j'ai déjà réussi mon examen de Droit des Successions, yeah ! Il ne me reste plus qu'à faire celui de Procédures Collectives. Demain, à 8h. Souhaitez-moi bonne chance !

.

Mais bref. Nous arrivons à la fin de l'aventure =D Le titre de ce chapitre a été AFFREUSEMENT DIFFICILE à trouver, mais il me plait bien x) Cela dit, dans ce chapitre, j'ai manqué une magnifique occasion de faire discuter Elisa et Dumbledore, je m'en veut un peu. Tant pis, ça sera pour le tome 2 ! Qui s'appelera "Elisabeth Bishop et le journal maudit", au passage. Tiens, au fait, si vous avez des idées de titres pour le tome 3, envoyez-les moi ! Je cherche toujours...

.

Enfin bref. Voici les réponses aux reviews que vous attendez tous !

Salut Aomine ! Cette idée de boule de cristal m'a l'air pas mal... Après tout, c'est dans des boules de cristal que sont enregistrées les prophéties, non ? C'est une idée à creuser. Et si tu as des idées de sorts de magie orientale, n'hésite pas à me les passer ! Je verrais si je peux les mentionner =D Quant au face à face d'Elisa avec Quirrell... Mahaha. Tu n'as qu'à lire ce chap' pour savoir !

Hello 17Harry ! Yup, cette histoire de pierre philosophale est louche. Si Dudu voulait vraiment garder la pierre en sécurité, il l'aurait mise dans son bureau, pas au bout d'un parcours très évident. Et s'il voulait garder les élèves en sécurité, il n'aurait pas apporté la pierre à Poudlard ! Conclusion : il veut s'en servir comme appât et il s'en fout qu'il y ait des blessés... Ou alors il pense qu'il maîtrise la situation. Ce qui n'est évidemment pas le cas.

Cette review, DreamerInTheSky x) Yep, Elisa va attirer l'oeil de Dudu, c'est incontestable. Mais est-ce qu'il va fouiller son esprit ? La séparer d'Harry ? Nope. Après tout, il n'a aucune raison de soupçonner qu'elle est autre chose qu'une fouineuse qui s'est inquiétée pour d'autres élèves. Seulement, elle a révélé qu'elle était intelligente, dévouée à Harry, et qu'elle n'était absolument pas confiante en Dudu ! Le directeur ne va donc pas la surveiller comme un paranoïaque, mais... Il va certainement l'avoir à l'oeil l'année suivante !

Merci Melu49 ! Nope, Dumbledore n'est pas le père Noël. C'est dingue que tant de gens croient à son petit acte de grand-père bienveillant alors que c'est un stratège, un politicien. Ce n'est pas un monstre au coeur de pierre (s'il savait comment les Dursley traitent Harry, il essaierait sans doute de protéger Harry, et je pense qu'il se préoccupe sincèrement des élèves) : mais il est froid. Il a des priorités. Les gens tendent à l'oublier...

Yo, Mayoune ! J'aime beaucoup écrire des cliffhanger x) Ce suspense, quoi ! Enfin bref, ravie que ça te plaise. Voilà donc la suite, tu vas enfin savoir comment Elisa va se débrouiller dans le parcours du troisième étage. Mwahahaha, j'ai hâte de voir comment ça sera reçu...

Salut Allan Eddem ! Ah ah, toi aussi tu hurle devant un cliffhanger ? C'est la réaction recherchée ! xD J'avoue, ça m'amuse beaucoup. Mais ne t'inquiète pas, le suspense prend fin avec ce chapitre !

Hello Elesdei ! Yup, Elisa n'aime pas Dumby. Pour moi... C'est plus compliqué, parce que je suis consciente que c'est un personnage compliqué (ce qu'Elisa n'a pas encore complètement réalisé, surtout qu'elle est furieuse contre lui). Dumbledore donne une certaine image de lui-même : celle du grand-père bienveillant qui n'est absolument pas inquiet et donc qui apparaît comme un pilier rassurant. Elisa déteste cette image. Elle considère qu'il devrait prendre les choses un minimum au sérieux, au risque de paraître arrogant (... comme elle, en fait xD). Et elle fait savoir son opinion haut et fort ! Enfin bref. Pour l'histoire du temps... Il s'écoule environ 15 min entre l'entrée de Quirrell et celle du Trio, selon moi. Alors comment Quirrell a pu atteindre l'épreuve du Miroir si vite ? C'est bien simple : d'après moi, il a triché aux échecs. Croupton Jr. jette un sort de Confusion sur la Coupe de Feu : pourquoi ne pas assumer que c'est une idée qui lui a été soufflée par Lord Voldemort, une idée qu'il a lui-même utilisé pour battre l'échiquier de McGonagall ? Parce que vois-tu, cet échiquier est brillant, mais je ne pense pas que quelqu'un d'aussi rigide et honnête que McGo ait pensé à protéger son oeuvre contre la triche. Tandis que Voldemort, ex-Serpentard, et Quirrell, ex-Serdaigle... Eh. C'est sans doute la première chose qu'ils ont essayé !

Tout à fait Lufynette, je suis sadique avec mes lecteurs xD J'adore les clifhanger ! Mais ne t'inquiète pas, la suite est là. Profite ! Il s'agit de l'avant-dernier chapitre =D

Yo Titietrominet x) Oui, Elisa abat une tonne MONSTRE de boulot. Mais heureusement qu'elle a Trisha pour lui expliquer comment rester à flot ! Pour les elfes de maison... C'est un sujet que j'aurais bien voulu gérer dans ce tome 1. Malheureusement, il fallait que j'enchaîne sur la fin de l'année et tout, et la quantité de trucs que j'ai prévu pour le scénario du tome 2 ne me donne pas assez de temps pour parler EN PLUS des elfes. Du coup, ça sera pour le tome 3 =D Patience...

Hello Charlieflex ! Non, je ne connais pas ce bouquin... Je vais me renseigner =D La seule saga d'Anne Robillard que j'ai lu, c'est "les Chevaliers d'Emeraude", et ça fait un bail. J'ai lu plus d'une douzaine de volumes avant de décrocher. L'intrigue était très prenante, mais le style me paraissait manquer de détails... Enfin bref. Le suspense est terminé, voici le chapitre !

Salut Mercy Thompson ! Ah ah, contente que ça te plaise =D J'arrive pas à croire qu'on arrive déjà au bout de la fic. Pour le tome 2, c'est sûr, je ferai plus de 15 chapitres !

Merci Louve x) C'ets vrai que c'est cool les cliffhanger x) Pour la fameuse "blague" du Saule Cogneur... Je pense que Remus ne savait rien, mais James et Peter devaient au moins soupçonner les intentions de Sirius. C'st un vantard. Il a bien du dire "Snivellus ferait moins le malin face au petit problème de fourrure de Lunard" à un moment ou à un autre. Il est même possible qu'ils en aient discuté avec eux, sur le ton de la plaisanterie. Cela dit, quand Sirius est passé à l'action, c'est vrai que James a été le seul à se conduire comme un être humain décent et à dire "C'EST UN PUTAIN D'HOMICIDE T'ES FOU" et à sauver Rogue. Sans courir aucun risque, bien sûr (contrairement à ce que Dudu et Lupin disent), parce que James était un Animagus. Bref, je suis toujours sur le cul que personne n'ai réagi plus que ça à la tendance meurtrière de Sirius. Si j'étais Dumbledore, ça aurait tiré directement la sonnette d'alarme dans mon cerveau. Il y a un élève de quinze ans qui pense que faire dévorer vivant un de ses camarades est une blague acceptable, bordel ! Je veux dire, Sirius n'est pas idiot. Il a évidemment réfléchi au truc. Et c'est ça qui est effrayant. A quel point il l'a prémédité ? Est-ce qu'il pensait pouvoir menacer Rogue pour le faire taire après coup ? Ou est-ce qu'il pensait qu'il n'aurait pas à le menacer parce que Rogue serait tout bonnement mort ? Est-ce qu'il avait prévu de faire disparaitre le corps ? Bon sang, il avait quinze ans. Qu'est-ce qui se passait dans son cerveau ?!

Yo, Simpson31 ! Si si, je t'assure qu'Elisa est davantage inspiré de Lucy Zabini que d'Alyssa ou de Cassie. Alyssa et Cassie ont toutes les deux un côté irresponsable que n'a pas Elisa. Ma petite Poufsouffle s'inquiète trop des répercussions de ses actions pour être aussi tête-en-l'air que ces deux-là ! Enfin bref. Pour assurer son autorité sur des élèves... Franchement, c'est presque ridiculement facile. Il suffit d'avoir un bon timing (la rentrée, quand tout le monde est incertain), d'être amicale et approchable, et d'avoir l'air de savoir ce que tu fais. Et tadam, le tour est joué ! Le plus dur c'est de ne pas se laisse intimider, et vu qu'Elisa a mentalement 20 ans de plus que ses camarades... Elle gère x)

Salut Filk ! Oui, Elisa sera à 100% derrière Hermione pour la création de la SALE. En revanche, ça ne se fera pas tout de suite... Parce qu'il faut qu'Hermione découvre les elfes de maison, justement ! Bref. Contente que ça te plaise x) J'avoue, je m'éclate parfois avec la narration x) OOOOH, un nouveau surnom pour Elisa ! Lili x) J'aime x) Pour les vacances d'Harry, je garde le suspense. Et pour le commerce de livres... J'avoue qu'il est passé un peu au second plan, sorry =')

Hello Streema ! Ah, Dumbledore... Il est dur à écrire. Il fait de son mieux, mais honnêtement, certaines de ces actions font hurler. Le Trio a risqué inutilement sa vie pour "sauver" la pierre, et il les récompense ? Quel genre de message ça envoi ? Et puis, il y a l'histoire du troll. Surveiller la pierre et/ou coincer Quirrell était plus important (aux yeux de Dudu) que de mettre hors d'état de nuire la personne qui a fait entrer un troll de deux mètres dans l'école ! C'est par pure chance qu'Hermione n'a pas été tuée. Les profs avaient donc la preuve que quelqu'un mettait en danger les élèves, mais non, ils n'ont rien fait ! Ca me tue. Si c'était une école Moldue, elle aurait été fermée... Enfin bref. En résumé, je pense que Dumbledore est extrêmement intelligent et qu'il fait de son mieux, mais qu'il gère tellement de truc en même temps qu'il néglige la sécurité des élèves, entre autres. Et il est grand temps que quelqu'un lui rappelle que le monde ne tourne pas autour de ses plans, ses projets pour l'avenir, et son nombril.

Salut Imthebest ! Tu as touché dans le mille : pour Elisa, ça va de soi, parce qu'elle y a réfléchi, elle a planifié le truc. Pour les autres, ça a l'air de tomber du ciel. Elisa leur parait cinglée, arrogante. Elle a l'air de se croire supérieure et d'avoir tout prévu sans les consulter (ce qui est exactement ce qu'elle a fait). Et quand elle leur en parle, elle est surprise qu'ils n'approuvent pas de tout coeur son raisonnement ! Eh ben, spoilers... C'est EXACTEMENT comme ça que Dumbledore se comporte. Et, comme Elisa, il va venir un moment où quelqu'un va lui dire d'arrêter son cirque x)

Te revoilà Amazaria ! x) Nope, les elfes ne "prélèvent" pas d'énormes quantités de magie (sinon les sorciers les prendraient BEAUCOUP plus au sérieux), donc six elfes pour une personne, c'est gérable. AH AH je suis contente que tu te sois attachée à Tracey ! ET t'inquiète, elle est en sécurité, pour l'instant x) Pour Rogue... Yep, il est super-désagréable avec ses élèves mais à mon avis, ça n'a pas grand-chose à voir avec les Maraudeurs. C'est juste qu'il est dépressif (limite suicidaire d'après certaines interprétations), à bout de nerfs, il vit dans un château rempli de mauvais souvenirs, il n'a jamais pu faire son deuil de Lily (il n'y était tout simplement pas AUTORISÉ), alors il a zéro patience et est perpétuellement au bord de la crise de nerfs. Je serai lui, je HURLERAI. Rogue se contente d'être cassant et agressif. Donc, bon, sérieusement, il fait de son mieux xD BREF ! Oui, Elisa ne délègue rien, c'est ça son plus gros problème x) Un peu comme Dudu ! Et ton idée pour stopper Voldy n'est pas mauvaise, mais n'oublie pas : Elisa vit dans ce monde. Si Voldemort reviens, ok, elle saura où il est... Mais il y a aussi un très gros risque qu'un tueur psychopathique refasse plonger le pays dans la terreur. Et Elisa est terrifiée par cette hypothèse ...

.

Woah, apparemment le cliffhanger vous a plu ! Alors je ne joue pas davantage avec vos nerfs. Voici la suite de l'histoire !

.


.

La valeur des Poufsouffle et la mauvaise volonté du destin

.

Elisa n'avait jamais couru aussi vite de sa vie. Elle grimpa les escaliers quatre à quatre, galopa dans les couloirs en dérapant dans les virages, et s'arrêta juste devant la porte qui barrait le corridor interdit. Sauf que ladite porte était grande ouverte, et que Touffu, le terrifiant Cerbère, était en train de la renifler avec perplexité. Impossible de dire qui fut le plus surpris, entre Elisa et le chien, quand la Poufsouffle pila juste devant le museau du Cerbère.

Elisa bondit en arrière avec un glapissement d'effroi. Touffu, avec un grondement rauque, se ramassa pour bondir : puis la jeune sorcière reprit ses esprits et brandit sa baguette vers la gueule la plus proche d'elle :

Incarcerem !

Elle avait appris ce sort au dernier Challenge et comme c'était une variante de la Métamorphose, elle n'était pas vraiment sûre d'y parvenir : mais la poussée d'adrénaline était apparemment juste ce qu'il lui fallait, et d'épaisses cordes jaillirent du néant et s'enroulèrent autour de la gueule du chien comme une muselière géante.

Touffu poussa un gémissement plaintif de sa tête muselée, et un rugissement enragé avec chacune de ses têtes encore libres. Elisa bondit en arrière pour éviter un claquement de mâchoire puis, soudain, se souvint de son elfe.

– Olly !

L'elfe apparut dans un grand CRAC, et Elisa esquiva une autre attaque de Touffu en hurlant :

– Ligote le chien !

– Oui Madame Elisa ! couina l'elfe qui se cachait derrière ses jambes.

Il claqua des doigts, et soudain Touffu se retrouva saucissonné par d'épaisses cordes de chanvre. Ses pattes, ses gueules… Il était complètement immobilisé. Il tomba sur le flanc et poussa un couinement misérable, agitant ses têtes d'un air paniqué.

Prenant une grande inspiration, Elisa enjamba une énorme patte qui lui barrait le chemin, et se dirigea vers la trappe grande ouverte au centre de la pièce. On ne voyait absolument pas à quoi ça menait : l'intérieur était totalement dépourvu de lumière.

Elisa grogna. Ça s'annonçait bien…

Les trois Gryffondor avaient sauté, non ? La Poufsouffle déglutit, et regretta de ne pas avoir emmené Spoutnik. Elle se prépara mentalement, puis pivota vers Olly. L'elfe se tenait toujours sur le seuil de la pièce, l'air incertain.

– Merci pour ton aide Olly, déclara-t-elle le plus naturellement possible. Va voir Trisha et dis-lui que je suis partie protéger les trois idiots qui sont entrés là-dedans !

Et, faisant fermement taire la petite voix dans sa tête qui lui hurlait que c'était une très mauvaise idée, elle sauta dans l'obscurité.

Et elle tombait… Tombait… Tombait… Jusqu'à atterrir sur un truc mou qui, comme par magie, amorti sa chute aussi complètement que si elle avait sauté d'un muret sur un épais matelas. Pourtant, lorsqu'elle leva les yeux et vit le minuscule carré de lumière qu'était la trappe ouverte, elle eut comme un vertige. C'était vachement haut.

Elle s'accorda deux secondes pour flipper, parce qu'elle n'avait jamais été à l'aise avec les hauteurs.

Puis elle poussa un hurlement strident, parce que le truc mou sur lequel elle était tombée avait apparemment des tentacules qui lui agrippaient les jambes.

Sa première pensée, teintée d'hystérie, fut celle d'une pieuvre géante. Puis elle se rappela soudain que c'était un Filet du Diable dans la saga originale, et brandit sa baguette d'un geste paniqué :

Lashlabask !

Une volée d'étincelles lumineuses, mais surtout brûlantes, jaillirent de sa baguette. La plante recula comme un chat confrontée à des éclaboussures d'eau froide. Elisa réussi à reprendre son souffle, toujours sous l'emprise de l'adrénaline, et se concentra.

Incendio !

Cette fois, un beau bouquet de flammes jaillit de sa baguette, et le Filet du Diable se recroquevilla le plus loin d'elle possible. Les jambes tremblantes, la Poufsouffle se leva et se dirigea vers le seul passage permettant de s'éloigner de la pièce. C'était un long tunnel obscur, qui s'enfonçait encore davantage dans le château. On entendait l'eau ruisseler sur les murs. A tous les coups, cet endroit était sous le lac.

Ce couloir continua ainsi une trentaine de mètres (Elisa avait du mal à estimer la distance, entre ses jambes tremblantes et l'adrénaline qui faisait battre son cœur à toute allure) jusqu'à une grand salle brillamment éclairée, et très haute de plafond. Des centaines de clefs dotées d'ailes colorées voletaient autour de la pièce. Dans le mur d'en face était encastré une large porte de bois qui menait sans doute à l'épreuve suivante.

Elisa s'y précipita, le cœur battant, et tira la poignée. Rien à faire : c'était verrouillé. Elle poussa un juron sonore, frappant du poing contre le battant de bois. Elle colla son oreille à la porte, cherchant à savoir si le Trio était dans la pièce suivante… Mais elle n'entendit rien.

Ce n'était pas étonnant, songea Elisa avec un grognement dépité. Les portes étaient sans doute charmées pour être imperméable à tout sort d'ouverture, de fracture ou de transparence… Et il était donc fort possible que, dans toutes leurs protections, elles aient aussi été charmées pour être insonorisées.

Bon sang. Ça ne lui facilitait vraiment pas la tâche !

Elisa poussa un profond soupir, puis se retourna et parcouru la pièce du regard. Les clefs ailées volaient paisiblement dans toute la pièce. L'une d'elle avait les ailes en piteux état et se traînait plus qu'elle ne voletait : mais elle était quand même hors de portée d'Elisa. Il allait falloir l'attraper…

Il y avait quatre balais appuyés contre un mur. La Poufsouffle les dédaigna avec un reniflement de mépris. Elle venait de faire une chute d'une bonne centaine de mètres, elle ne remonterait pas sur un objet volant de sitôt !

– Une chance que je sois douée en Sortilèges, déclara-t-elle à personne en particulier.

Puis elle s'efforça de respirer lentement, calmement, étudiant les clefs en plissant les yeux. Elle était douée en Sortilèges. Elle était excellente. Elle n'allait pas se faire avoir par une vulgaire clef cabossée. Elle pointa sa baguette sur la clef en question, et réfléchit au sort le plus adapté.

Raaah, elle aurait vraiment du apprendre le Sortilège d'Attraction ! Ce n'était qu'un sort de quatrième année après tout, c'était à son niveau ! Mais non, elle s'était dit que son usage de la Force lui permettrait de s'en passer. Encore un truc auquel elle aurait dû mieux réfléchir…

Pourtant, elle avait réfléchit à un tas de choses. Comment arrêter le Trio d'Or cette année. Que faire si Voldemort s'échappait. Que faire pour empêcher Pettigrew de le rejoindre. Que faire pour piéger Croupton Jr. lors du Tournoi. Que faire pour empêcher le rituel de résurrection. Comment sécuriser sa future colonie de vacances pour en faire un bon Q.G. pour la future résistance si Voldemort réussissait à ressusciter. Elle avait des tas de plans : et des plans de secours s'ils échouaient : et des plans de secours si les plans de secours échouaient.

Et elle n'avait pas pensé à apprendre le Sortilège d'Attraction. Et elle n'avait pas pensé à se précipiter au troisième étage directement quand Olly l'avait prévenue, au lieu de se disputer avec sa Maison et de mettre Dumbledore sur le tapis alors qu'elle savait que beaucoup de gens pensaient qu'il était parfait ! Elle avait perdu presque dix minutes à cause de ça…

Quelle idiote elle était ! Idiote, idiote, idiote ! Trisha avait raison : elle n'avait aucun sens pratique. Sauver le monde ? Tu parles !

Elle se força à expirer profondément. Du calme, du calme. Elle ne savait pas utiliser le Sortilège d'Attraction : et alors ? Elle pouvait très bien s'en passer. Il ne s'agissait que d'attraper une bête clef. Elle devait bien pouvoir utiliser un autre sort ! Ce n'était pas si difficile. Ce n'était pas plus compliqué que d'ensorceler une planche de bois. Pas plus compliqué que d'affronter un adversaire au Challenge. Pas plus difficile que de décomposer un sort de lévitation pour créer le Ponderatus.

… Le Ponderatus. Elisa se frappa le front. Elle n'en revenait pas de ne pas y avoir pensé avant.

Ponderatus !

La clef aux ailes abimées tomba de plusieurs dizaines de centimètres, battant des ailes à toute allure, et réduite à voler de manière stationnaire. Elisa n'eut qu'à se hausser sur la pointe des pieds pour l'attraper.

Elle sourit jusqu'aux oreilles. Eh, elle ne se débrouillait pas mal finalement !

Puis elle se rappela qu'elle était un peu pressée, et se précipita jusqu'à la porte de la pièce. La clef tourna docilement dans la serrure, et Elisa se précipita dans la salle suivante, qui était plongée dans l'obscurité. Dès qu'elle en franchit le seuil, cependant, une vive lumière jaillit du plafond et illumina la pièce.

C'était le fameux plateau d'échecs. Toutes les pièces étaient à leur place, et l'échiquier était immaculé. Elisa eut un moment d'hésitation : est-ce que le Trio n'était pas passé par là ?

Puis son regard tomba sur une tâche de couleur, une forme étendue au sol contre l'un des murs, et elle eut l'impression qu'un seau de glace lui tombait dans l'estomac.

– Ron !

Le rouquin était couché par terre, inconscient. Un large hématome bleuissant marquait sa tête, débordant de sous ses cheveux roux et s'étalant jusqu'à sa mâchoire. Inerte comme ça, déposé contre le mur comme un sac de riz avachi, la peau blême, il avait l'air… mort.

Il faisait une demi-tête de moins qu'Elisa quand ils étaient debout face à face. Allongé au sol et respirant à peine, il semblait incroyablement plus petit.

Pendant une seconde de clarté aveuglante, Elisa imagina Fred allongé à sa place, et elle eut le vertige. C'était ça, le futur qu'elle cherchait à prévenir.

Elle retrouva le contrôle de ses jambes et se précipita aux côtés du petit Gryffondor, tombant à genoux pour prendre fébrilement son pouls. Elle savait qu'il n'était pas mort, il survivait à toute la saga originale, mais le voir ainsi inconscient la faisait paniquer. Elle finit par sentir son pouls, et poussa un soupir de soulagement.

Elle jeta un bref coup d'œil à la porte qui se trouvait derrière la rangée de pièces d'échec blanches. Si elle courrait, elle pouvait l'atteindre avant que les pièces ne réagissent. Hermione et Harry n'avaient sans doute pas atteint la salle avec les potions de Rogue, non ?

Puis elle reposa son regard sur Ron et ses épaules s'affaissèrent. Non, elle ne pouvait pas juste le laisser là. C'était un truc de Gryffondor, ça, d'abandonner les amis tombés au combat pour continuer la quête. Elisa était une Poufsouffle, ou peut-être était-elle juste une rebelle : mais elle considérait qu'aucune victime collatérale n'était moralement acceptable. Elle ne pouvait pas se lever et poursuivre sa mission après avoir vu Ron blessé, elle ne pouvait pas juste l'abandonner, même au nom du plus grand bien.

Elle laissait ça aux gens comme Dumbledore, ou Harry. Des gens capables de faire des compromis pour atteindre leurs objectifs. Pour elle… Il y avait des sacrifices qu'elle ne serait jamais capable de faire.

Si un jour elle acceptait d'abandonner un enfant blessé, qu'est-ce qu'elle ferait un jour ? Est-ce qu'elle accepterait de sacrifier un inconnu pour sauver un ami ? De sacrifier un ami pour gagner une bataille ? Non, Elisa n'était pas une Gryffondor. Elle n'accepterait pas de perdre une bataille pour gagner la guerre. Elle n'accepterait pas de renoncer à sa compassion et à son humanité, même pour un instant, même pour une grande cause, afin d'obtenir une quelque chose.

C'était pour ça qu'elle avait demandé au Choixpeau de la mettre à Poufsouffle. Pour devenir quelqu'un de bien, à défaut d'être brave ou d'atteindre des sommets. Ce n'était pas grave si elle ne devenait pas riche ou puissante, ou si elle faisait preuve de lâcheté. Mais si elle ne devenait pas quelqu'un de bien, quelqu'un qui refusait de sacrifier qui que ce soit pour de plus grands desseins… Alors, que risquait-elle de devenir ?

Je peux voir où tu veux en venir, avait fait le Choixpeau d'un ton songeur avant de l'envoyer à Poufsouffle.

Et aujourd'hui, elle était là. Et si elle avait été une Serdaigle, elle serait sans doute revenue en arrière pour aller chercher quelqu'un de plus compétent en Charmes de Guérison : et si elle avait été une Gryffondor ou une Serpentard, elle aurait écouté son instinct et poursuivit son chemin vers l'avant.

Mais Elisa avait choisi Poufsouffle. Elle avait choisi de ne pas faire de compromis. Elle avait choisi de ne jamais donner la priorité à une vie sur une autre.

Alors elle ferma les yeux, et maudit silencieusement Quirrell pour sa stupidité, Voldemort qui s'échapperait après son combat contre Harry, et elle-même pour ne pas avoir réagi assez vite. Puis elle rouvrit les yeux, s'assit sur ses talons, et essaya de se rappeler des Sortilèges de Soins qu'elle avait appris après sa bagarre contre Warrington.

Le destin avait gagné ce round.

oOoOoOo

Dans la saga originale, Elisa pensait se rappelait que c'était Hermione qui avait réveillé Ron et que ça avait pris un long moment. Honnêtement, elle essayait de ne pas trop penser à ce qu'avait dû ressentir la fillette de onze ans, en train d'essayer de secouer son ami qui ne se réveillait pas, tout en sachant que son autre ami affrontait un mage noir.

Mais Elisa n'était pas Hermione. Contrairement à elle, elle connaissait une poignée de sorts de soins. Elle utilisa Considerare Vulna, un sort de diagnostique basique, pour voir ce qui n'allait pas. Apparemment il n'avait pas de fracture du crâne ou d'os brisés, juste cet énorme bleu sur la tête, Merlin soit loué. Ils auraient été dans la panade.

Elisa ne connaissait que les sorts « trousse de secours », comme disaient Mme Pomfresh. Un sort de diagnostic, évidemment, et un sort qui apaisait la douleur. Puis un sort pour panser une plaie ouverte, un sort qui dégonflait bosses et bleus, et un sort pour déboucher les voies respiratoire en cas d'étouffement. En cas de fracture, Elisa savait utiliser un sort qui faisait une attelle, mais pas soigner la blessure en elle-même.

Elle utilisa Tumescente Curare pour réduire le gonflement de l'hématome de Ron, puis le réanima avec une grande baffe. Oui, elle savait qu'il existait des sortilèges de réanimation (comme Enervatum ou Revigor, par exemple) mais elle ne les avait jamais appris. Et elle pensait que c'était sérieusement une très mauvaise idée de pratiquer ses premiers tests sur un vrai blessé.

Il fallut quand même quatre ou cinq baffes à Ron pour reprendre connaissance : et pourtant, il avait été soigné. Elisa comprenait qu'Hermione, dans la saga originale, ait trouvé le temps vachement long.

– Qu'est-ce qu… ? bredouilla Ron en clignant des yeux d'un air ahuri. Elisa ? Harry est… ?

Puis il rouvrit les yeux et se redressa en position assise d'un coup :

– Harry ! Hermione !

– Waouh, du calme ! le réprimanda Elisa en l'attrapant par l'épaule afin de l'empêcher de tomber. Dis-moi comment tu te sens d'abord.

– Elisa ?! Qu'est-ce que tu fais là ?!

La Poufsouffle poussa un profond soupir. Apparemment, elle n'allait pas y couper.

– Je suis venue vous chercher tous les trois. Quand j'ai découvert que Dumbledore utilisait la pierre philosophale comme appât…

– Quoi ?! bredouilla Ron en devenant encore plus pâle. Mais non, Rogue veut la voler !

Elisa posa sur lui un regard sévère :

– Rogue ne veut pas voler la pierre, c'est Quirrell. J'ai posté un elfe de maison à l'entrée du couloir pour m'avertir quand quelqu'un réussirait à dépasser le Cerbère. Il m'a prévenu quand Quirrell est passé, et j'ai essayé de prévenir un prof, mais les autres Poufsouffle n'étaient pas d'accord et on s'est disputés. Puis l'elfe est revenu pour me dire que trois élèves avaient suivi Quirrell et comme vous étiez peut-être en danger de mort, j'ai décidé de venir vous chercher moi-même.

Ron sembla absorber tout ça avec un choc grandissant. Apparemment, il était toujours bloqué sur le fait que l'ennemi n'était pas Rogue (ou Malefoy) mais l'inoffensif professeur bégayant.

– Quirrell ? Tu… Tu es sûre ?

– J'ai un espion postée devant cette porte vingt-quatre heures sur vingt-quatre depuis des semaines, rétorqua Elisa en roulant des yeux. Et il m'a Quirrell qui est entré là-dedans. Oui, je suis sûre.

– Il pourrait vouloir guérir son bégaiement j'imagine, fit Ron d'un ton pas très convaincu.

Elisa se massa l'arête du nez d'un geste las :

– Je pense surtout qu'il travaille pour quelqu'un de plus… fort que lui. Quelqu'un de plus dangereux.

Ron devint blanc comme un linge en comprenant. Il ouvrit la boucher sans oser prononcer un mot, et Elisa poussa un profond soupir :

– Ce n'était pas dur à comprendre. Dumbledore a utilisé la pierre comme appât en donnant plein de détails sur sa cachette à Hagrid, parce qu'Hagrid adore parler du fait que Dumbledore lui fait confiance. A chaque fois que Cédric va en cours de Soins aux Créatures Magiques, Hagrid s'arrange pour passer devant le professeur Brûlopôt et énumérer fièrement toutes les créatures dont il s'est occupé et à quel point Dumbledore lui fait confiance.

Histoire véridique. Autant dire que la classe de Cédric avait pris ses distances avec Hagrid quand celui-ci avait mentionné les Acromentules…

– Alors il voulait qu'Hagrid nous dise tout ça ? s'ébahit Ron.

Elisa secoua la tête :

– Peut-être pas à vous précisément, mais il espérait que quelqu'un en particulier entende Hagrid se vanter et tente sa chance. Quelqu'un que Dumbledore veut vraiment capturer. Quelqu'un qu'il veut capturer au point que quand cette personne a lâché un troll dans le château pour faire diversion, Dumbledore a complètement ignoré l'affaire. Il n'a même pas cherché le coupable, afin de ne pas faire fuir ce quelqu'un : parce qu'il voulait vraiment que ce quelqu'un aille chercher la pierre et se retrouve piégé. Et à ton avis, qui peut être ce quelqu'un que Dumbledore veut piéger à tout prix ?

– … Oh, émit Ron d'une toute petite voix. Tu veux dire que c'est… Tu-Sais-Qui ?

– Oui son serviteur, confirma Elisa.

Le pauvre Weasley eut l'air content d'être assis, tout d'un coup. Ça devait être un choc. Elisa secoua la tête, puis reprit :

–J'ai eu un peu de mal à encaisser ça, au début. Je me disais que Tu-Sais-Qui allait forcément réussir à traverser toutes les épreuves des profs. Puis je me suis souvenue que Dumbledore avait créé ce parcours. L'épreuve finale doit être la sienne. Et c'est pas pour rien qu'on dit que Dumbledore est le seul sorcier qu'ait jamais craint Tu-Sais-Qui ! C'est le piège parfait. Le voleur aurait passé toute une série d'épreuves faciles, puis se serait retrouvé coincé dans le piège de Dumbledore sans aucune chance d'obtenir la pierre. Je ne sais même pas si elle est vraiment au bout de ce parcours.

– Alors on a fait ça pour rien ? gémit Ron avec effarement.

Elisa ne put s'empêcher de renifler avec amusement. Puis elle se redressa, lui offrit une main pour se remettre debout, et répondit en le hissant sur ses pieds :

– Peut-être, oui. Je n'aime pas Dumbledore personnellement, mais il est vraiment brillant. Je ne pense pas que Quirrell soit plus malin que lui.

Ron rougit violement. C'est vrai que vu comme ça, leur décision de prendre les choses en main devait lui sembler un peu présomptueuse. Elisa espérait que ça lui serve de leçon et qu'il s'en souvienne pour la suite. Un peu de recul ne ferait pas de mal aux Gryffondor.

Puis Hermione fit irruption dans la pièce, les cheveux en pétard et les larmes aux yeux. Quand elle vit Elisa et Ron, elle poussa une exclamation de surprise, et parut sur le point de fondre en larmes. Le rouquin eut à peine le temps d'ouvrir la bouche que son amie s'était jetée à son cou.

Ron devint aussitôt complètement cramoisi.

– H-Hermione !

– J'étais tellement inquiète ! sanglota Hermione. Harry est parti affronter Rogue, et… Et toi tu étais…

– Ce n'est pas Rogue, soupira Elisa à nouveau tandis que Ron tapotait maladroitement le dos de son amie. C'est Quirrell. Il travaille pour Vous-Savez-Qui.

– Quoi ?! s'exclama Hermione avec affolement en relâchant Ron.

Elisa ouvrit la bouche, puis renonça. Non, elle n'allait pas raconter ça une deuxième fois. Au lieu de ça, elle resserra sa prise sur sa baguette et tourna les yeux vers la porte d'où Hermione avait émergé.

– Ron t'expliquera en chemin. Vous deux, vous allez remonter à la surface et aller chercher un prof. Hermione, tu as dit qu'Harry était allé affronter Quirrell ? Il ne connait aucun sort de duel !

Le menton d'Hermione se remit à trembler, et la Poufsouffle adoucit sa voix :

– Je vais aller l'aider, d'accord ? Et s'il est blessé, je connais des sorts de soin. Tout va bien se passer. Je suis là, et je sais quoi faire.

Elle ne savait absolument pas quoi faire, mais apparemment, ça avait été la bonne chose à dire. Hermione se redressa, Ron sembla respirer plus librement, et quand elle leur ordonna de partir, ils obéirent immédiatement.

Elisa inspira un grand coup, puis se remit à avancer. Voldemort allait s'échapper mais Harry allait s'en sortir, se répéta-t-elle. Elle ne pouvait rien faire de plus pour changer le destin. Elle devait juste aller chercher Harry.

Elle appréhendait un peu l'intervention des pièces d'échecs, mais apparemment elles avaient eu assez d'action. Elles ne firent pas un geste pour empêcher Elisa (qui longeait le mur pour éviter de marcher sur l'échiquier et de déclencher le sort qui animait les pièces géantes) d'atteindre la porte menant à l'épreuve suivante.

Dans la pièce suivante était un troll.

Coup de bol, il était assommé. Mais la pièce puait les égouts, et Elisa la traversa en gardant sa manche plaquée sur son visage avec une grimace dégoûtée. Bon sang, les trolls étaient vraiment des créatures répugnantes !

La pièce suivante n'avait apparemment rien d'effrayant. Il n'y avait qu'une grande table sur laquelle était alignée sept bouteilles. Elisa n'en franchit cependant pas tout de suite le seuil, observant le sol avec attention au niveau de la porte. Elle ne tenait pas à être piégée là par les flammes ensorcelées qui en gardaient l'entrée. D'autant plus que, si ses souvenirs étaient bons, la potion permettant d'avancer dans la pièce suivant avait été entièrement bue par Harry.

Elle devait donc réfléchir avant d'avancer. C'était quand elle passerait ce seuil que des flammes allaient apparaitre, non ? Comment est-ce que ce truc s'activait ?

Si c'était moi qui plaçais un piège de ce genre, comment est-ce que j'activerai les flammes sur le passage de quelqu'un ? réfléchit-elle.

Là, tout de suite, la première solution qui lui venait à l'esprit serait de lier un sort de détection à un endroit, comme le seuil de la pièce, et que le déclenchement de ce sort active un maléfice enflammé également au niveau du sol. Mais ça nécessiterait d'ensorceler tout le chambranle de la porte. Et qu'est-ce qui provoquerai la désactivation du maléfice enflammé, une fois que tout le monde aurait quitté la pièce ? Il faudrait un autre assortiment de Charmes…

Ou des Runes Anciennes, réalisa Elisa tout d'un coup. Une rune pouvait contenir un sort. La plupart des protections magiques liées à un endroit étaient liées à des runes. Le Cottage aux Erables avaient d'ailleurs plusieurs Runes Anciennes à demi-effacées gravé sur le muret de son jardin…

Revelio, murmura-t-elle.

Là ! Trois runes de gravées dans le sol, juste à la hauteur de la porte, s'illuminèrent brièvement sous sa baguette. Elisa se pencha pour mieux les observer. Elle ne reconnaissait pas l'une d'elle, même si la forme pointue du symbole devait être liée à la Conjuration. La deuxième rune, en revanche, était un symbole basique de détection qu'elle avait appris cette année. La troisième était une rune liée à l'étanchéité d'une barrière, qui permettait de rendre une paroi impossible à forcer.

Elisa recula d'un pas par prudence, puis lança un sortilège explosif sur les trois petites runes. La pierre sur laquelle étaient gravée celles-ci explosa, ne laissant qu'un petit cratère irrégulier sur le sol.

En apparence, rien ne manifesta la disparition des protections.

Sauf que c'était comme si on avait soudain ouvert une porte insonorisée, et tout d'un coup Elisa put entendre le hurlement.

Elisa n'avait jamais entendu quelqu'un être torturé, ou brûlé, ou souffrir. Mais ce hurlement d'animal à l'agonie, à peine humain, elle sut immédiatement ce que c'était : et elle sut aussi qu'elle ne pourrait jamais l'oublier. Elle eut l'impression que tous ses cheveux se dressaient sur sa tête et, pendant ne terrifiante seconde, elle fut clouée sur place par l'horreur, parce que quelqu'un hurlait comme s'il était brûlé vif.

Puis elle discerna, mêlé au terrible cri d'agonie qui commençait à faiblir, une voix stridente qui criait « TUE-LE, TUE-LE ! » : et quelque chose remua en elle, peut-être le courage que le Choixpeau avait vu en elle. Elle s'arracha à sa stupeur terrifiée et se mit à courir, traversant la pièce sans qu'aucune flamme n'apparaisse. Elle fit irruption dans la salle du miroir juste au moment où Quirrell, si brûlé qu'elle ne reconnut que grâce à sa robe brune et pourpre, cessait de hurler pour s'écrouler sur Harry avec un gémissement sifflant, comme si ses poumons brûlaient eux aussi.

Expulso ! rugit Elisa

Harry ne bougea pas, inerte sur le sol : mais la déflagration faucha Quirrell, écroulé au-dessus de lui, et l'homme fut propulsé six mètres en arrière comme si un géant lui avait donné un coup de pied. Il s'écrasa contre un mur de pierre avec un craquement d'os qui retourna l'estomac d'Elisa.

Elle se précipita pour s'agenouiller à côté d'Harry, et leva sa baguette pour lui jeter un sort de diagnostic, parce qu'il n'avait pas l'air de respirer. Mais le sort révéla qu'il était en vie, juste inconscient. Elisa expira profondément (elle n'avait pas conscience d'avoir retenu son souffle) puis leva les yeux sur Quirrell.

Elle se figea.

Quirrell était immobile, semblable à un paquet de linge étalé sur le sol, et elle ne savait même pas s'il respirait. Mais il y avait quelque chose qui bougeait au niveau de son crâne. Avec un haut-le-cœur, Elisa vit quelque chose s'arracher de l'arrière de sa tête, comme une sorte d'ectoplasme qui se décollait de sa chair avec un bruit de déchirure écœurant.

L'ectoplasme… Le truc… C'était comme une sorte de fantôme avec un visage vaguement discernable, grimaçant et aux yeux rouges, qui se terminait une traînée floue de brume. Et cette chose émettait un son aigu, comme un cri de douleur sifflant, en s'arrachant au corps de Quirrell.

Alors c'est à ça que ressemble Voldemort, réalisa Elisa dans un coin de son esprit qui n'était pas paralysé par l'effroi.

Le fantôme du Seigneur des Ténèbres finit par se détacher complètement du corps de sa victime, et devint presque transparent tant il perdit en substance. Ce n'était vraiment qu'un écho de son identité passé, bien moins qu'une moitié d'être humain. C'était monstrueux : c'était terrifiant.

Puis la chose se tourna vers elle.

Elisa était pétrifiée d'horreur, l'esprit vide et comme anesthésié par la peur et le choc. Mais lorsque le spectre tourna son visage dans sa direction, elle se souvint soudain qu'elle avait une baguette, et la pointa directement sur Voldemort. Sentant le danger, le mage noir (ou ce qu'il en restait) s'enfuit au fond de la salle.

Expulso ! cria-t-elle d'une voix stridente.

Trop tard : le fantôme avait traversé le mur juste avant d'être touché par le maléfice d'Elisa. La jeune fille grinça des dents, tenant sa baguette si fort que sa main tremblait… Mais la salle était redevenue silencieuse.

Plus de cris. Plus de sifflement fantomatique. Juste sa respiration à elle, rauque et épuisée : son cœur qui battait à tout rompre, si fort qu'elle avait l'impression qu'il résonnait dans toute la salle : et une odeur persistante de chair brûlée.

Rien d'autre. Juste… Le silence.

Elisa prit une inspiration hachée, puis se pencha à nouveau sur Harry. Il respirait, il était en vie, et le sort de diagnostic d'Elisa ne décelait aucune blessure physique. Pourtant, il ne se réveillait pas. Sa cicatrice était brûlante, mais le reste de son corps était glacé. Est-ce qu'il avait été touché par un sort ? Est-ce que c'était le contrecoup de la protection de Lily, qui avait littéralement brûlé vif un autre sorcier ? Est-ce que c'était un épuisement magique ?

– Je vais vraiment apprendre plus de magie de soin cet été, promit-elle d'une voix tremblante à Harry évanoui.

Oui, mais en attendant, elle n'était pas plus avancée. Elle se remit péniblement debout. Puis elle émit un rire nerveux en voyant que ses jambes et ses mains tremblotaient. Il lui fallut s'y reprendre à deux fois avant de pouvoir lancer un Locomortor Hominum qui souleva Harry comme s'il était dans une civière.

C'était la baisse d'adrénaline, c'était normal, se répéta Elisa tandis qu'elle se mettait à glousser nerveusement. Ses nerfs lâchaient un peu, maintenant que le stress retombait. C'était une réaction tout à fait normale après avoir eu peur ou s'être battu.

Elle retraversa la salle des potions, faisant léviter Harry devant elle, et enjambant prudemment le cratère dans le sol créé par sa destruction des runes. Lorsqu'elle parvint dans la salle du troll, elle se plaqua à nouveau la manche contre la bouche et avança plus vite. Elle était presque arrivée au bout de la pièce quand le troll remua.

Elisa poussa un glapissement involontaire de terreur, franchit les derniers mètres dans une course hystérique, franchit la porte, la claqua derrière elle, et la verrouilla d'une main tremblante. Des larmes lui montèrent aux yeux, tant sous l'effet de la soudaine montée d'adrénaline que de l'odeur nauséabonde.

Voldemort s'était échappé et Harry était (inconscient, inerte, pâle, glacé…) blessé. Mais il fallait qu'elle s'en remette. Ron et Hermione allait bien, le combat était terminé, la sortie n'était plus très loin… Et elle était épuisée, et à bout de nerfs, et furieuse contre elle-même, mais il fallait qu'elle tienne. C'était presque fini.

Elle traversa la salle des échecs ensuite, gardant un œil prudent sur les pièces géantes. Mais aucune ne fit le moindre mouvement. Puis ce fut la salle des clefs enchantée, avec ses dizaines de clefs qui voletaient de toute part : et, de l'autre côté de la pièce, le couloir qui menait à la salle du Filet du Diable. Elisa marqua un instant d'arrêt, suivant du regard les différentes clefs qui voletaient. Celle qu'elle avait attrapée la dernière fois volait maladroitement à un mètre du sol, les ailes en piteux état.

Elisa avait à peine fait trois pas dans cette salle qu'elle entendit un bruit de course qui dévalait le couloir dans sa direction. Elle recula, se mit devant Harry et brandit sa baguette…

… Et Rogue (dans ses robes noires) et Chourave (en robe de chambre jaune bouton-d'or) firent irruption dans la pièce.

Elisa aurait pu se lancer dans une tirade. Elle avait un tas de trucs cinglants à leur dire à tous les deux, et deux fois plus de trucs à hurler à Dumbledore. Elle en avait gros sur le cœur, et elle était furieuse, et elle avait récemment eut le plus gosse peur de sa vie quand elle avait vu un homme brûlé vif en train d'étrangler Harry, puis que Voldemort en personne s'était arraché du cadavre de Quirrell et que son serviteur était mort à quelques mètres d'elle. Alors oui, elle aurait eu toute les raisons du monde de se mettre à hurler et de ne s'arrêter qu'une fois à court d'oxygène.

Mais elle était épuisée, à bout de nerfs, elle n'avait jamais eu aussi peur, et honnêtement elle avait l'impression d'être au bord des larmes depuis que ce foutu troll avait remué sur son passage. Alors elle ouvrit la bouche, et cracha :

– Vous êtes en retard ! Il aurait pu être mort !

Et tout le stress de la soirée lui retomba dessus, son self-control céda, et elle fondit en larmes de manière complètement incontrôlée.

En rétrospective, elle aurait pu gérer ça beaucoup mieux.

oOoOoOo

Les trois jours suivants furent pour le moins… agités. Du moins, pour Elisa. Et puis, sans doute pour Ron et Hermione aussi.

Pour Elisa, il y eut d'abord une nuit blanche, parce qu'elle fut emmenée à l'infirmerie le temps qu'elle se calme (et, à sa grande honte, il lui fallut presque dix minutes pour arrêter de pleurer et bégayer). Chourave tira les rideaux autour de son lit, puis lui demanda très gentiment de lui raconter tout ce qui s'était passé. Et Elisa se mit à parler.

Elle avait à peine abordé la partie où elle trouvait Ron inconscient que McGonagall débarqua comme une furie, exigeant de savoir ce qui se passait, et la Poufsouffle dut reprendre son récit depuis le début. Derrière le rideau, elle entendit brièvement la voix de Dumbledore qui parlait avec Pomfresh, mais le directeur ne l'interrompit pas. C'était une bonne chose : Elisa était encore suffisamment remontée pour lui crier dessus.

Puis, une fois son récit fini, McGonagall lui demanda comment est-ce qu'elle avait su que la pierre philosophale était à Poudlard. Elisa prit un air incrédule en demandant si c'était supposé être un secret, parce que Dumbledore avait pratiquement posé des panneaux « Recherche mage noir voulant revenir à la vie, pas besoin de rendez-vous préalable »… Et ça nécessita une autre explication.

Du coup Elisa leur ressortit plus ou moins le même discours qu'elle avait fait à Ron Weasley, et quand elle eut fini, McGonagall était livide d'horreur et Chourave semblait à court de mot. Apparemment l'idée que la pierre soit un appât ne leur était même pas venu à l'esprit.

– Le professeur Dumbledore ne mettrait pas les élèves en danger de cette façon ! protesta faiblement McGonagall.

Elisa la fixa avec ahurissement :

– Est-ce qu'arrêter la personne qui avait lâché un troll sur les élèves a été, à n'importe quel moment de l'année, une plus haute priorité pour lui que d'attendre que la pierre philosophale se fasse voler ?

McGonagall referma la bouche, et deux tâches de couleurs apparurent sur ses joues. Son regard était devenu flamboyant. Apparemment Dumbledore allait avoir droit à un sacré sermon quand il reviendrait.

– Continuez Miss Bishop, l'encouragea Chourave en essayant de revenir au sujet principal. Pourquoi avez-vous demandé à un elfe de surveiller le corridor ?

– Euh, honnêtement, j'avais surtout peur que les jumeaux Weasley tentent leur chance… Mais je voulais aussi pouvoir prévenir un professeur dès que le voleur y serait descendu, pour que tout ça soit terminé le plus vite possible. L'idée qu'il y ait un piège destiné à attirer Vous-Savez-Qui au milieu de l'école, c'était… Je n'étais pas… Je voulais savoir quand est-ce que ça serait fini.

Ce n'était même pas vraiment un mensonge. Chourave hocha la tête d'un air encourageant, et Elisa reprit son récit, répondant docilement aux questions des deux enseignantes. Lorsqu'elle acheva de donner assez de détail, le soleil était sur le point de se lever.

Evidemment, c'est ce moment précis que Dumbledore choisit pour écarter le rideau qui entourait son lit d'infirmerie, et demander avec le plus grand sérieux :

– Miss Bishop, est-ce que vous pourriez me raconter ce qui s'est passé en bas ?

Elisa le fixa, hébétée. Non, elle ne pouvait pas. Elle était épuisée. Elle était presque sûre qu'elle dormait les yeux ouverts, là. Elle était tellement fatiguée qu'elle n'avait même plus l'énergie de le traiter de vieux pignouf irresponsable qui mettait ses élèves en danger avec ses idées à la con.

– Albus ! s'insurgea McGonagall. Miss Bishop n'est pas en état de subir un nouvel interrogatoire. Je vous rapporterai ses paroles plus tard. Dans votre bureau. En privé.

Ouuuh, quelqu'un allait se faire engueuler !

– Mais bien sûr Minerva, concéda Dumbledore en sentant probablement que sa sous-directrice n'était pas de bonne humeur. Reposez-vous, Miss Bishop.

Elisa hocha la tête, puis se rappela soudain :

– Comment va Harry ?

Les yeux bleus de Dumbledore pétillèrent.

– Le jeune Harry se porte aussi bien que l'on puisse l'espérer. Il a juste été victime d'un épuisement magique, il se réveillera d'ici quelques jours.

Elisa hocha la tête avec soulagement. Le professeur Chourave l'aida à se rallonger dans son lit, tandis que McGonagall se levait de sa chaise et s'apprêtait à sortir. Mais, alors qu'elle avait déjà à moitié soulevé le rideau et mit un pied dehors, la sous-directrice se ravisa et se retourna vers la Poufsouffle.

– Mis Bishop ? Je pense que votre courage vaut bien cinquante points pour Poufsouffle.

Elisa fronça les sourcils en direction de la sous-directrice. Elle n'avait pas été héroïque. Elle n'avait pas été Gryffondor. Elle avait eu peur tout le temps.

– Ce n'était pas courageux, finit-elle par dire. C'était juste… La bonne chose à faire.

Un petit sourire flotta sur les lèvres de McGonagall, et celle-ci inclina la tête.

– L'un n'exclut pas l'autre, miss Bishop.

Puis elle sortit, le professeur Chourave aussi, et Elisa céda à son épuisement, se laissant sombrer dans un sommeil qu'elle espérait bienfaisant.

Ce ne fut pas bienfaisant. Elle rêva du hurlement de Quirrell et d'un Ron Weasley qui ne se réveillait pas. Elle demanda à Pomfresh un peu de potion de Sommeil Sans Rêves, et l'infirmière s'abstint sagement de lui demander pourquoi.

Elisa ne revint dans sa salle commune que le lendemain de cette aventure, en fin d'après-midi. Immédiatement, elle fut pressée de questions sur les détails de l'histoire. A Poufsouffle, plus personne ne pensait plus qu'elle avait mentit à propos de la pierre philosophale. Apparemment Hermione avait raconté toute l'histoire aux Poufsouffle membre du CEM, qui s'affolaient de ne pas voir Elisa revenir. Et à partir de là… Eh bien. Ça s'était répandu.

Dans le canon, les détails de cette aventure ne s'étaient jamais vraiment ébruités. Le Trio d'Or ne s'était pas épanché là-dessus auprès de leurs camarades (est-ce que les Gryffondor ne leur faisaient pas encore la tête à propos de tous les points perdus à cause du dragon, d'ailleurs ?). Mais dans cet univers, après que les Poufsouffle aient été mis au courant… Toute l'histoire s'était propagée dans l'école comme un feu de forêt. Les Poufsouffle, puis les membres du CEM, puis les membres du Challenge, puis les membres des divers clubs illégaux de Poudlard s'étaient transmis le récit de bouche à oreille.

Et de manière assez étonnante, ce récit était resté relativement réaliste. Les Poufsouffle ne tendaient pas à exagérer, et donc tout le monde connaissait peu ou prou la véritable histoire : la pierre philosophale cachée, le piège tendu par Dumbledore au voleur, les trois Gryffondor voulant sauver la pierre eux-mêmes (les Gryffondor adoraient cette partie de l'histoire, les autres Maisons y voyaient là une preuve de stupidité), et Elisa se précipitant à leur suite pour les sauver.

Trisha pleura en voyant Elisa revenir. Elisa elle-même dut s'essuyer les yeux discrètement, même si elle mettait surtout ça sur le compte de la fatigue. Elle n'était plus aussi épuisée qu'en sortant du tunnel, mais elle se sentait mentalement drainée.

Les aventures d'Harry Potter étaient vraiment mauvaises pour sa pression artérielle.

Les Poufsouffle de sixième et de septième année qui avaient traités Elisa de menteuse virent s'excuser auprès d'elle le soir même de son retour. Ça aussi, ce fut un sacré choc. Elle ne pensait pas qu'ils admettraient si facilement avoir eu tort.

– Il y avait bien une pierre philosophale à Poudlard, grimaça le garçon de septième année qui avait été le premier à s'insurger contre l'histoire d'Elisa la veille. Et Dumbledore… Dumbledore a mis cette pierre dans l'école en connaissant le danger.

Son ami, un grand gaillard aux cheveux noirs, hocha sombrement la tête :

– Oui Peu importe qu'il ait tendu un piège à Quirrell ou qu'il ait vraiment essayé de cacher la pierre… Dans les deux cas, il a mis les élèves en danger pour un but personnel. Et c'est… difficile à accepter, mais c'est la réalité. Tu avais raison.

– Et on est désolé d'avoir douté de toi, rajouta la fille de sixième année qui avait insisté que Dumbledore ne mettrait jamais les élèves en danger. On aurait du écouter tes arguments.

Elisa cligna des yeux, regardant la petite foule massée devant elle, et finit par répondre d'un ton un peu incertain :

– Ce n'est pas grave. Après tout, on ne se connait pas bien et… Vous êtes loyaux à Dumbledore. Et c'est une des valeurs de Poufsouffle.

– Il y a loyauté et il y a fanatisme, grimaça le garçon de septième année aux cheveux noirs. La loyauté peut être aveugle, mais elle n'a pas à être stupide. Gwendolyn a raison, on aurait dû au moins écouter tes arguments.

Gwendolyn, la fille de sixième année, hocha gravement la tête. Elisa marqua une hésitation, un peu prise au dépourvu. Puis, finalement, elle inclina maladroitement la tête :

– Alors, euh, excuses acceptés. Merci.

Ses aînés échangèrent des regards amusés, puis s'en allèrent, la laissant assise dans son canapé entre Trisha et Cédric (depuis son retour, ils ne la quittaient plus, tels eux chiens de garde). Ils n'avaient cependant pas fait trois mètres qu'Elisa se ravisa et s'écria :

– Hey ! Euh… Je ne me souviens plus de vos noms !

C'était assez normal. Elisa connaissait les Préfets, mais elle s'était surtout socialisée avec les élèves de son âge ou les plus jeunes, qui étaient plus susceptibles de s'incliner devant son autorité. Les deux garçons de septième année s'arrêtèrent, échangèrent un regard, puis revinrent vers elle.

– Je suis Lester Hopkrik, sourit celui aux cheveux noirs en lui tendant la main.

– Ton nom me dit quelque chose…

– Ma mère est Sous-secrétaire des Services des Usages Abusifs de la Magie, sourit Lester. Si tu as fait usage de la magie hors de l'école, c'est elle qui t'as envoyé une charmante lettre de rappel à l'ordre.

Elisa prit un air innocent. Yep, elle avait fait exactement ça durant l'été entre sa première et deuxième année. Elle voulait savoir si la Force était détectée par le Ministère. La réponse était non, même si elle utilisait la Force en plein milieu du Loutry St Chaspoule : mais utiliser sa baguette pour pratiquer les mêmes tours que ceux exécutés avec la Force lui avait valu un avertissement du Services des Usages Abusifs de la Magie.

– Neal Bowman, se présenta l'autre élève de septième année. Contrairement à Lester, je ne suis pas accro au respect des règles.

– Hey ! protesta son ami.

Elisa rit, et leur serra la main à tous les deux avec amusement. Il ne restait que quelques jours d'école, mais elle s'était fait deux nouveaux amis.

Elisa fut pressée de questions par à peu près tout le monde pendant les jours qui suivirent. Les Poufsouffle voulaient toujours plus de détails. Plusieurs Serpentard dirent qu'Elisa avait sans doute tout inventé, même si ça ne les empêchait pas d'écouter l'histoire avec avidité. Les premières années de toutes les Maisons étaient particulièrement avides de détails, parce que Ron et Hermione n'avaient pas assistés à toute l'histoire, mais qu'Elisa avait vu Quirrell tenter d'étrangler Harry.

C'était un épisode qu'Elisa préférait ne pas raconter. Elle était sûre que cette scène allait hanter ses cauchemars.

Elle boucla ses bagages. Elle écrivit à ses parents pour leur dire qu'elle allait bien. Elle alla voir Harry (toujours inconscient) à l'infirmerie. Elle revit Ron et Hermione. Elle évita les élèves qui pensaient qu'elle racontait n'importe quoi avec cette histoire de pierre philosophale. Elle profita du soleil au bord du lac, son chat Dracarys sur les genoux. Elle croisa Dumbledore dans un couloir, et celui-ci félicita sa bravoure d'un air paternaliste, mais il ne l'interrogea même pas sur sa version des faits avant de reprendre son chemin. Apparemment il avait obtenu le récit complet de la part de McGonagall. Peut-être avait-il utilisé sa Pensine ?

Bah, au fond, Elisa s'en fichait. Elle se sentait juste… étrangement fatiguée.

C'était bizarre. Elle avait déjà passé plusieurs années dans cette école. Elle avait déjà vécu plus d'une décennie dans le monde magique. Elle avait déjà décidé depuis longtemps de changer le canon. Et pourtant, c'était maintenant qu'elle se sentait sous le choc. C'était maintenant qu'elle réalisait à quel point c'était grave.

Elle avait voyagé autour du monde, inventé de trucs complètement révolutionnaires pour les sorciers, elle avait participé à un club de duel, mais… Mais elle n'avait jamais réalisé à quel point ça pouvait être réel. A quel point ça pouvait être dangereux.

Elle n'avait jamais été confrontée à la violence. Même quand elle s'était battue contre Warrington et ses amis, elle n'avait jamais été confrontée à la brutalité, à la vraie laideur du monde. Mais cette nuit-là… Cette nuit-là, dans les tunnels, elle avait vu un homme brûler. Elle avait vu un homme en train d'essayer de tuer un enfant : un enfant qu'elle connaissait.

Elle était toujours en train de digérer ça, sans doute.

Puis vint le jour du festin de fin d'année. La Grande Salle était décorée aux couleurs des Serpentard, et il y eut plusieurs Poufsouffle qui murmurèrent qu'Elisa aurait mérité trois cent points pour avoir sauvé les petits idiots de Gryffondor. Quand Harry arriva, peu avant le début du repas, il y eut un bref moment de silence, puis toutes les conversations reprirent. Dumbledore, qui avait sans doute attendu ce moment, ne tarda pas à se lever pour faire son discours de fin d'année.

– Une autre année se terminé, fit-il joyeusement tandis que le murmure des conversations se taisait. Je vais à nouveau vous importuner avec des bavardages de vieillard avant que nous entamions ce délicieux festin… Oui, Mr. Hopkrik ?

Elisa tourna la tête si vite qu'elle entendit une vertèbre craquer, et étouffa un hoquet de surprise. Lester Hopkrik avait levé la main comme s'il posait une question en classe. Quand Dumbledore prononça son nom, il se mit dignement debout.

– Excusez-moi, professeur Dumbledore, mais… Avant la fin de l'année, j'aimerai poser quelques questions au sujet de ce qui s'est passé il y a quelques jours.

Il y eut une vague de murmures. Peut-être était-ce juste une idée de sa part, mais Elisa eut soudain l'impression que le sourire de Dumbledore se faisait un peu plus figé.

– Est-ce que la pierre philosophale était à Poudlard jusqu'à récemment ?

Nouvelle vague de murmures. A la table des professeurs, plusieurs enseignants échangèrent des regards. Dumbledore avait pris un air grave.

– C'est exact.

– Et vous saviez qu'elle était convoitée par quelqu'un, qui a d'ailleurs tenté de s'en emparé il y a quelques jours ? poursuivit Lester Hopkrik d'un ton égal.

Cette fois il n'y eut pas de murmures. Juste un gros, très gros silence. Elisa réalisa qu'elle s'était plaquée une main contre la bouche, horrifiée. Ce n'était certainement pas arrivé dans le canon !

– En effet, fit Dumbledore qui ne souriait plus du tout. Mais je vous assure que la pierre était protégée par des défenses érigées par tous les professeurs du château.

Lester inspira profondément, et Elisa se demanda pendant une seconde vertigineuse s'il allait répéter les accusations qu'elle avait lancées, s'il allait carrément demander au directeur de Poudlard s'il avait tendu un piège à Voldemort à Poudlard.

Oh, elle savait que la réponse était oui, elle. Mais c'était parce qu'elle avait lu les livres. Parce qu'elle savait que Dumbledore avait plus ou moins avoué à Harry lui avoir facilité la tâche pour affronter Quirrell. Mais le reste de l'école allait tomber des nues. Et le directeur n'allait certainement pas admettre ce truc-là devant tout le monde… Parce que si les parents d'élèves apprenaient que Dumbledore avait utilisé l'école de leurs enfants comme appât à mage noir, Dumbledore serait au moins destitué !

– Saviez-vous que cette personne était le professeur Quirrell ?

– Je n'avais que des soupçons, répondit gravement le directeur. Aucune certitude, malheureusement, ni de preuves.

Elisa se remit à respirer.

Ok, elle n'aimait pas Dumbledore et elle ne lui faisait pas confiance. Mais elle ne voulait pas le voir perdre son job. Il était l'assurance-vie d'Harry, après tout ! Elle ne voulait pas qu'il se retrouve jugé devant un tribunal, juste qu'il fasse plus attention à la vie de ses élèves !

– Alors vous ne saviez pas que Quirrell était la personne ayant lâché le troll dans les cachots, fit Lester d'un ton sceptique. Alors que la défense qu'il a fournie à la pierre philosophale était justement un troll ?

Le silence sembla encore s'alourdir. Elisa ne respirait même plus. Elle ne se serait jamais doutée que Lester Hopkrik avait autant de cran. Puis le septième année de Poufsouffle reprit, déclarant d'une traite :

– Est-ce que la raison pour laquelle le professeur Quirrell n'a pas été questionné après l'incident du troll était parce que vous le soupçonniez et cherchiez à le piéger dans le corridor du troisième étage, la main dans le sac ?

A ce point Elisa s'attendait à ce qu'un prof interrompe Lester, mais non, même pas. Tous les profs fixaient Dumbledore. Rogue était impavide, Hagrid avait l'air absolument abasourdi, mais Chourave et McGonagall arboraient d'identiques expression de mécontentement amer. Comme si elles se disaient « tu l'as bien mérité, vieille chèvre. Maintenant, assume ! »

Bon, elles ne se disaient sans doute pas formulé comme ça. Mais vous voyez l'idée.

– Mr. Hopkrik…

– Juste oui ou non professeur, le coupa Lester avec un aplomb admirable.

Dumbledore le considéra un instant par-dessus les verres de ses lunettes en demi-lune, puis lâcha dans un soupir :

– Oui, c'était la raison. C'était négligent de ma part. Ignorant le danger que représentait Quirrell, je n'ai pas pris les mesures qui s'imposaient.

Lester le regarda fixement, tout décorum oublié, avant de lâcher avec incrédulité :

– Vous pouvez le dire. Monsieur le directeur, ce troll a failli tuer une élève. Une élève de première année, si je ne me trompe pas. Est-ce que piéger Quirrell était digne de mettre en danger la vie d'une élève ? De tous les élèves qui auraient pu se trouver sur le chemin de ce troll ?

Le silence sembla littéralement devenir plus tangible au-dessus de la table des Serpentard et, pour la première fois depuis le début de l'intervention de Lester, Dumbledore sembla complètement pris au dépourvu.

– Mr. Hopkrik, ce n'était pas si…

– Juste oui ou non, monsieur le directeur.

Elisa commençait à comprendre pourquoi Neal Bowman avait dit que Lester était accro aux règles. Il ne prenait pas ça à la rigolade. Elisa elle-même était sciée, et elle était la personne qui avait engueulé Dumbledore devant toute l'école à Halloween dernier.

Le silence s'épaissit. Dumbledore lança un bref regard circulaire sur la salle. Elisa fit de même, et réalisa avec stupeur que Lester avait vraiment bien choisi son moment… parce que tous les profs semblaient s'être ligués contre le directeur. Aucun d'entre eux ne faisait mine de le soutenir (sauf Hagrid, mais il semblait trop stupéfait pour parler). Même sa fidèle McGonagall avait l'air en rogne. L'histoire du professeur assassin et de l'école transformée en piège, et non en défense, avait tellement circulé entre les élèves qu'elle avait forcément atteint les profs. Et est-ce que Dumbledore leur avait fourni une explication ? Sans doute pas. Il aimait ses secrets.

Alors c'étaient ce que les profs attendaient, là, maintenant. Une explication. Et Dumbledore était clairement désarçonné, parce que les gens ne devaient pas souvent lui demander de se justifier devant eux.

– Tout était parfaitement sous contrôle, finit par dire Dumbledore d'une voix apaisante. Mr. Hopkrik…

– Monsieur le directeur, le coupa Lester en haussant la voix. Le troll n'était pas sous contrôle. Le couloir du troisième étage non plus n'était pas sous contrôle, puisque quatre élèves y sont entrés sans qu'aucun professeur ne le réalise. Et apparemment la capture du professeur Quirrell n'était pas non plus sous contrôle, puis qu'il a été tué au sein même de l'école ! J'ai été élève à Poudlard pendant sept ans, et je me suis toujours senti parfaitement en sécurité, parfaitement certain que tout été sous contrôle. Mais aujourd'hui, je suis sûr que vous comprenez pourquoi j'ai des doutes.

Lester marqua une pause, puis répéta lentement :

– Monsieur le directeur, est-ce que ça en valait la peine ?

Le regard de Dumbledore ne quitta pas Lester. Le directeur semblait soudain très vieux, lorsqu'il inclina la tête et concéda sa défaite.

– Non, Mr. Hopkrik. Et à l'avenir, je vous assure que je veillerai personnellement à ce qu'aucun professeur ne mette les élèves de ce château en danger.

Elisa mit plusieurs secondes à réaliser ce qui la dérangeait dans cette réponse. Dumbledore avait formulé sa phrase comme si le vrai danger était venu de Quirrell. Sans nier sa responsabilité, il s'arrangeait pour éviter le blâme de tout ce qui s'était passé. C'était habile de sa part.

Lester l'avait aussi remarqué, à en juger par son froncement de sourcil. Néanmoins, Dumbledore avait vraiment bien formulé sa réponse. Impossible d'insister sans avoir l'air de pinailler. Si Lester voulait s'en sortir avec dignité, il devait s'arrêter là. Dumbledore était bien plus rôdé que lui aux subtilités de la parole : il avait presque un siècle d'expérience.

– Je n'ai pas d'autres questions, conclu Lester en s'inclinant poliment. Merci, monsieur le directeur. Je m'excuse d'avoir interrompu votre discours.

Et Lester se rassit. Pour autant, le murmure des conversations ne reprit pas tout de suite. Les gens échangeaient de regards incertains, et l'exubérance d'il y avait dix minutes semblait avoir disparu. L'intervention de Lester avait certainement bouleversé la bonne ambiance.

– Reprenons donc ! fit Dumbledore d'un ton jovial. Le moment est maintenant venu de décerner la Coupe des Quatre Maisons. Le décompte des points nous donne le résultat suivant : en quatrième place, Gryffondor avec trois-cent douze points. En troisième place, Poufsouffle avec trois-cent cinquante-deux points. Serdaigle a obtenu quatre-cent vingt-huit points et Serpentard quatre-cent cinquante-deux.

Il y eut des applaudissements à la table de Serpentard, mais pas d'explosion de joie. Lester avait vraiment plombé l'ambiance.

– Oui oui, très bien Serpentard, reprit Dumbledore avec un petit sourire amusé. Mais il convient cependant de prendre en compte des évènements récents.

Il y eut un grand silence. Les sourires des Serpentard se firent moins triomphants, et les autres élèves échangèrent des regards incertains. Lester Hopkrik semblait soudain horrifié : sans doute pensait-il que Dumbledore allait lui retirer des points pour avoir ramené sa fraise.

– A Harry Potter, Hermione Granger, et Ronald Weasley, reprit Dumbledore d'un ton posé. Vous avez tous les trois été prêts à affronter de terribles périls pour protéger cette école. Pour cela, je vous accorde à chacun cinquante points.

Il y eut un moment de silence abasourdi, puis la table des Gryffondor éclata en applaudissements et en exclamations. Les jumeaux Weasley tapaient sur la table avec leurs gobelets. Elisa essaya de faire le calcul dans sa tête, mais elle avait déjà oublié les scores d'origine. Heureusement, Neal Bowman lança avec surprise : « Ils ont le même score que les Serpentard maintenant ! » et ça clarifia tout de suite beaucoup plus les choses.

Le silence revint petit à petit.

– Il faut beaucoup de bravoure pour faire face à ses ennemis, mais il n'en faut pas moins pour faire face à ses amis. A Trisha Buttermere et Cédric Diggory, qui ont bravé la désapprobation de leurs Maison pour prévenir leurs enseignants du péril qui menaçait l'école, je donne quinze points chacun.

La table des Poufsouffle applaudit à tout rompre. Trisha et Cédric semblaient abasourdis. Elisa ne l'était pas moins. Ce n'était pas arrivé dans l'intrigue canon ! La Poufsouffle réfléchissait frénétiquement à ce que ça voulait dire. Est-ce que c'était sa Maison qui allait se voir attribuer une tonne de points de manière arbitraire ? Mais alors… Pourquoi ?! C'était Harry que Dumbledore favorisait, non ?!

D'un autre côté, dans le canon, la Maison Poufsouffle n'avait pas mis le nez de Dumbledore dans ses erreurs devant toute l'école. Peut-être qu'il essayait de recoller les morceaux avec les blaireaux ? Ça serait catastrophique pour lui s'il se mettait les Poufsouffle à dos. Déjà que les Serdaigle étaient neutres et que les Serpentard étaient plus ou moins hostiles…

Petit à petit, le silence se fit à nouveau. Dumbledore reprit la parole :

– A miss Elisabeth Bishop…

Elisa, qui jouait avec sa fourchette d'un geste nerveux, laissa échapper le couvert fautif qui tomba dans son assiette avec un tintement assourdissant dans le silence. La Poufsouffle devint complètement cramoisie.

– … Pour son dévouement à ses pairs, sa détermination à protéger ses camarades, et l'abnégation dont elle a fait preuve en partant seule à la poursuite de trois élèves en danger… Je lui accorde soixante-dix points.

Cette fois ce fut une véritable ovation qui s'en suivit. Les Poufsouffle avaient à présent le même nombre de points que les Serpentard et les Gryffondor. Les yeux de Dumbledore pétillèrent.

– Et à Mr. Lester Hopkrik, pour son sang-froid et son sens des responsabilités… J'accorde cinq points à Poufsouffle.

Ce fut comme si une bombe avait explosé dans la Grande Salle. Et, tandis que les bannières vertes devenaient jaunes et que l'emblème du serpent disparaissait en faveur de l'insigne du blaireau, Elisa prit quelques secondes pour savourer le moment.

Elle ne savait pas ce qui avait motivé Dumbledore à soudain favoriser les Poufsouffle, mais… Elle n'allait certainement pas s'en plaindre. Dans ta face, destin !

.


.

Et voilà ! Il ne reste plus que l'épilogue... Et un bonus spécial x) J'espère que ça vous a plu !