Hello,

J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira.

Je publie en avance, pour compenser mon absence de la semaine dernière.

Bonne lecture :)


Chapitre Dix

21 Octobre 1979, Londres

Les couloirs du ministère étaient déserts. Hormis quelques elfes de maison passaient devant Lily, mais sans même lui prêter attention. Assise sur une étroite banquette, la jeune femme avait les yeux rivés sur l'horloge qui lui faisait face. Le jeune secrétaire, qui l'avait reçue à l'entrée, l'avait accompagnée puis laissée dans ce couloir, disparaissant dans le dédale des couloirs sans lui avoir adressé un mot. Cela faisait déjà une heure qu'elle patientait, et il lui semblait qu'elle n'était pas plus proche d'une entrevue avec l'auror qu'à son arrivée. Des éclats de voix lui parvenaient, en écho, mais elle ne parvenait pas à y reconnaître celle de Fol-Oeil.

Une porte s'ouvrit, et de nombreux membres du département de la justice magique sortirent de la pièce. Elle en reconnaissait certains, pour avoir partagé sept années de cours avec eux. Certains la reconnurent, et ils échangèrent quelques sourires, mais aucun d'entre eux n'était Fol-Oeil. Peut-être était-il enfermé dans son bureau, comme cela lui arrivait souvent, pensa la jeune femme, lorsque le ballet des membres de la justice eu cessé. Il refusait alors de recevoir quiconque, sous quelque prétexte que ce soit, et buvait du cognac dans un nuage de fumée, provenant de son cigare. Ces jours-là étaient souvent sombres, à l'étage des aurors. L'ambiance devenait feutrée, et le moindre bruit faisait tourner toutes les têtes en direction de la porte close, chacun espérant qu'elle resterait immobile. Lily espérait que tel n'était pas le cas, cette fois-ci.

_ J'ai cinq secondes à vous accorder, madame Potter. Exactement cinq secondes, grommela une voix à ses côtés, la faisant sursauter.

Alastor se tenait à ses côtés, les mains derrière le dos. Selon toute vraisemblance, il revenait d'une mission. Des rigoles d'eau s'étaient formées sur son manteau, et chaque mouvement brusque faisait ruisseler de nouvelles gouttes sur la moquette. Un elfe de maison, attaché au service du ministère, s'activait autour de lui, malgré les tentatives de l'auror pour le repousser. Il n'avait jamais compris leur asservissement, et avait souvent déclaré à Dumbledore que ses élèves ne pouvaient êtres que des fainéants, s'ils étaient incapables de faire leur lit ou d'allumer un feu. Lorsque l'ambiance était amicale, le directeur de Poudlard répondait parfois que le problème n'était pas d'allumer un feu, mais d'éteindre l'incendie qui suivrait, mais souvent il écopait d'un grognement peu aimable et significatif, quoi qu'incompréhensible. Mais à cet instant, ce n'était pas ce grognement qui se faisait entendre, seulement le mouvement impatient de ses mains. Son oeil magique s'était fixé sur la jeune femme, attendant ce qu'elle avait à lui dire. Lily s'était levée, et connaissant son impatience, elle ne lâcha que ces mots :

_ Sirius est rentré. Il est sain et sauf.

Si elle s'était attendue à ce que le visage de l'auror laisse échapper une quelconque expression, de joie ou de colère, elle aurait été déçue. Fol-Oeil n'était pas seulement connu pour ses états de services remarquables. Quelqu'un qui ne l'aurait pas connu l'aurait trouvé froid, et brutal. Jamais l'expression d'un sentiment ne franchissait la barrière du visible. En entendant Lily, il se contenta d'un hochement de tête, avant de lui faire signe de le suivre. Il avait reconnu la démarche de Barty Croupton, qui arrivait justement. Les deux hommes avaient toujours eu des relations conflictuelles, et l'auror n'avait pas envie de l'inclure dans leur conciliabule.

_ Ce Croupton me colle à la peau tel une sangsue, grommela-t-il après avoir fermé la porte derrière Lily, restant indifférent aux coupes que quelqu'un portait contre le bois. Un jour, il finira de la même manière, ajouta-t-il avant de s'asseoir dans son fauteuil en soupirant. Bien, le gamin est rentré. Il faut que j'envoie le signal, je ne vais pas laisser tout le monde le chercher dehors par ce temps si ce petit égoïste est à l'abri. Cognac ?

La jeune femme déclina poliment. Elle avait accusé le coup en entendant l'adjectif que Fol-Oeil avait utilisé, et bien qu'elle pensa secrètement qu'il n'avait pas tort sur quelques points, elle garda le silence. L'auror avala une bonne quantité du liquide, avant de soupirer.

_ Dîtes-moi tout. Où était-il ? Que faisait-il ? Et où est-il, à présent ?

La jeune femme lui répéta les paroles de Sirius, essayant de lui trouver des circonstances atténuantes, mais il n'y en avait aucune, aux yeux d'Alastor.

_ Vous êtes en train de me dire que ce sale gosse a disparu dans la nature pour chercher son frère ... Sans prendre la peine de prévenir qui que ce soit ? Demanda l'auror, l'air menaçant. Qu'il nous a coûté des moyens humains et matériels qui auraient pu être utilisés sur d'autres missions s'il nous avait seulement averti ? J'avais prévenu Albus que ça finirait comme ça. On ne peut pas vous faire confiance, vous n'êtes que des enfants, à peine sortis des jupons de leur mère. Vous êtes de vrais fanfarons, et de vrais égoïstes. Et encore, il a de la chance de vous avoir pour avocate, sans quoi je l'aurais moi-même évincé de l'Ordre, ajouta-t-il en se levant avec brusquerie. Où est-il ?

_ La dernière fois que je l'ai vu, il était chez nous. Enfin, chez James et moi, précisa-t-elle, voyant que son interlocuteur avait eu du mal à la suivre. Il a sonné, en fin d'après-midi.

_ Et pourquoi n'êtes vous pas venue me prévenir avant ? Explosa l'homme en appuyant ses deux mains sur le bureau. Vous croyez que c'est un jeu, Miss ? Il y a des hommes et des femmes, dehors, près à sacrifier leurs vies, tandis que ce crétin est bien au chaud. Vous en avez conscience ?

_ Je suis venue dès que j'ai pu, marmonna la jeune femme, qui sentait la moutarde lui venir au nez. Et j'ai attendu une heure avant que vous ne me receviez.

Elle avait ajouté la dernière phrase comme pour elle-même, dans un grommellement presque inaudible, cependant Fol-Oeil l'avait parfaitement entendue. Étouffant un grognement peu aimable, il regagna son siège, avant de remplir de nouveau son verre. Un lourd silence plana, pendant quelques minutes. Lily se mordait les lèvres, tandis que son hôte savourait son verre. Enfin, Alastor se redressa :

_ Gardez-le près de vous, lâcha-t-il. Gardez-le, jusqu'à ce que je vienne. Qu'il se prépare à répondre à nos questions. Quant à son frère, soupira-t-il, en esquissant un geste vague. Il a choisi son camp, et nous ne sommes pas une équipe de baby-sitters. Mais si j'entends quelque chose, je le lui ferais savoir. Ah, et avant que vous ne partiez, ajouta-t-il, voyant qu'elle s'apprêtait à se lever pour sortir. Où en sont vos recherches ?

_ Ce n'était pas un accident, répondit Lily en s'asseyant de nouveau. Et je pense que sa mort est liée à la disparition de Regulus Black. Mais si nous ne sommes pas des ...

_ ... Baby-sitters, oui, j'ai saisi, la coupa-t-il en agitant sa main droite pour la faire taire. Je retire ce que j'ai dis, ou plutôt, je vais le nuancer : Nous ne sommes pas des baby-sitters, mais si la disparition de ce Black a un rapport avec la mort de son père, nous devons le savoir. La moindre faille, le moindre indice peut renverser l'échiquier, et faire tomber Voldemort. Vous ferez équipe avec Alice Londubat, qui a mené un travail remarquable sur l'organisation interne des mangemorts, ainsi qu'avec monsieur Lupin. Je ne veux pas de couples sur les missions, et je ne veux pas que Sirius Black pense une seule minute que j'ai passé l'éponge. De plus, il s'agit de sa famille. Vous pouvez lui tirer les vers du nez, mais ne lui parlez pas de l'enquête, il ne doit se douter de rien.

Lily sourit mentalement. Cacher quelque chose de ce genre à Sirius relèverait du miracle. Néanmoins, elle comprenait les motivations de l'auror. Si Sirius apprenait que Voldemort était responsable de la disparition de son frère, il pourrait tenter n'importe quoi, se mettant en danger, sans compter tous les membres de l'Ordre. Alastor poursuivit en mentionnant une vague mission administrative pour le jeune homme, histoire de lui mettre du plomb dans la tête et pour le garder hors de l'enquête, selon ses propres mots.

_ Faîtes attention, tout de même, ajouta-t-il en se rapprochant de la jeune femme. Vous allez mettre le pied dans un nid de serpents. Si vous avez besoin de renforts, vous connaissez le sortilège du patronus. Il nous délivrera votre message. Edgar Bones s'est déjà porté volontaire, dans le cas où les choses tourneraient mal. Sa femme Lucy sera votre correspondante. Elle fera la liaison entre vos rapports et nos bureaux. Je vous enverrai les détails de cette mission dans les prochains jours. D'ici là, vigilance constante, n'oubliez pas, acheva-t-il, un regard sévère posé sur la jeune femme. Et dîtes à votre mari qu'une mission l'attend en Irlande, dans les prochains jours.


Merci d'avoir lu!

Je m'excuse, ce chapitre est plus court que les autres, mais j'espère que vous avez aimé quand même.

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé :)

Passez une bonne semaine!