10. La carte

- S'il vous plaît, j'aimerais une minute d'attention !

La flèche d'Apollon ensanglantée dans la main, William Ford, l'homme qui avait recueilli les derniers mots de Peterson, s'était levé quelques secondes après la mort de ce dernier. Il avait regardé ses compagnons et avait compris ce que l'ancien chef spirituel de la treizième colonie voulait dire lorsqu'il disait que la mort attendait chacun d'eux s'ils restaient là. Les malades gisaient un peu partout. Certains n'en avaient déjà plus pour longtemps. Ils avaient la peau brûlée et vomissaient un mélange de bile et de sang.

Il n'avait pas à proprement parler une âme de chef. Mais il savait que cela devait être fait. Il savait que quelqu'un devait mener la colonie vers la Terre. Et il savait aussi que c'était urgent. Et puisque personne d'autre ne s'en chargerait, il prendrait la tête de la colonie.

- Jack Peterson est mort, reprit-il. Il a donné sa vie pour nous rapporter cela !

Il brandit solennellement la flèche au-dessus de sa tête. Il vit que la plupart des colons avaient compris de quoi il s'agissait, mais leur regard restait vide et hagard. Ils ne semblaient plus avoir le moindre espoir et attendaient la mort.

- Nous devons partir d'ici. Cette flèche nous montrera le chemin de la Terre. Nous pourrons utiliser l'Arche Dorée. Elle est prête à voler et nous amènera jusqu'à notre bercail.

- Regarde-nous, lança un homme depuis le fond de la salle. Nous serons morts avant même de quitter cette planète. Il n'y a plus aucun espoir.

- C'est sans doute vrai pour certains d'entre nous, répondit Ford. Mais d'autres survivront et rentreront sur Terre. Ils recréeront l'humanité là-bas. C'est ce que nous avons toujours voulu. Et nous le ferons.

Quelques personnes se levèrent doucement et se dirigèrent vers William. Certains titubaient ou boitillaient. Mais ils semblaient habités d'un nouvel espoir. Enfin quelqu'un s'était levé et avait proposé autre chose que le renoncement et la mort.

- Vous n'allez pas partir avec lui ? demanda le même homme du fond de la salle. Sortir maintenant serait mortel. La seule solution est de rester ici et attendre.

- Attendre quoi ? demanda William Ford. Attendre que les effets de l'explosion se dissipent comme par magie ? Attendre un sauvetage ? Nous sommes tout seuls et c'est à nous de prendre notre destin en main. Que ceux qui veulent vivre me suivent !

Il ouvrit la grande porte et contempla le paysage recouvert de poussière mortelle. Il n'avait pas vraiment envie de marcher dehors. Mais avait-il le choix ? C'était le seul moyen de s'en sortir et il en était convaincu. Il se lança au-dehors, marchant d'un pas rapide vers la sortie du village. A sa grande surprise, plusieurs centaines de personnes le suivirent. Ils prirent le chemin qui menait à la salle du conseil.

Ils marchèrent plusieurs heures pour finalement arriver dans une partie de la forêt qui n'avait pas été touchée par les retombées. Les colons se sentaient un peu soulagés d'avoir quitté cet enfer, mais des gens continuaient à tomber. Certains essayaient d'aider les malades, mais la plupart étaient abandonnée sur place. Ceux qui tenaient encore debout étaient trop faibles pour porter les autres. Il fallait donc faire un choix. Vivre en abandonnant les autres ou mourir avec eux.

Ils parvinrent finalement à la salle du conseil. La porte était toujours ouverte après les saccages perpétrés quelques jours auparavant. Quelques colons, William Ford en tête, pénétrèrent dans la pièce taillée dans le flanc de la montagne. Ils regardèrent autour d'eux mais ne virent pas immédiatement à quoi pouvait servir la flèche.

- Regardez le Sagittaire, dit une femme.

Ils tournèrent tous leurs têtes en direction de la statue endommagée. Le Sagittaire portait un arc. Mais sur l'arc, il n'y avait pas de flèche. Ford s'approcha et après une courte hésitation déposa la flèche à sa place, entre les deux mains du Sagittaire.

Soudain le décor changea complètement. Les colons se retrouvèrent dans une prairie entourée de douze monolithes, chacun d'eux étant marqué à l'effigie de l'un des signes du Zodiac. Et au-dessus des monolithes, les constellations se découpaient dans le ciel noir d'encre, chacune à sa place.

- Où sommes-nous ? demanda la même femme qui avait découvert que le Sagittaire était la clé de l'énigme.

- C'est une sorte de projection holographique, répondit William Ford. Le Sagittaire n'est donc pas une simple statue, c'est une véritable machine permettant d'indiquer le chemin de la Terre.

Il regarda autour de lui. Les douze constellations n'étaient visibles que depuis la Terre. Ainsi la projection représentait le ciel terrestre. En dehors des constellations, seul un autre objet apparaissait. Il s'agissait de la nébuleuse du Lagon. C'était sûrement ça la carte.

- Regardez la nébuleuse, là. C'est vers elle que nous devons nous diriger ! C'est ça la carte !