Sōzoku
(Héritages):
(dernière partie)
« L'héritage n'est qu'une forme de réincarnation. »
(...)
L'explosion de lumière gagnait en ampleur. Son intensité, de taille comme d'éclat, était telle qu'elle pouvait être parfaitement distinguée depuis la Lune. Intrigués, les occupants de cet astre d'argent observèrent en silence cet étrange et inquiétant phénomène ; parmi eux, un vieil homme, caractérisé par deux protubérances émergeants de son front pâle et ridé. À ses pieds était agrippé un petit garçon, effrayé, que l'ancien le réconforta sans quitter du regard la déflagration blanche.
– Hagoromo… Si seulement…
De retour sur la planète, dans un lieu immaculé où l'espace et le temps semblent être coupés à la réalité, les frères ennemis étaient toujours face-à-face, exténués, visages tuméfiés. Leurs vêtements en lambeaux laissent apercevoir de multiples blessures graves.
Ashura souffrait de brûlures profondes disséminées sur la moitié gauche de son corps. Grâce à son bandeau frontal, une bonne partie de sa tête avait été épargnée des dommages, contrairement à Indra qui avait l'œil droit crevé ainsi qu'une entaille béante sur son front. Mais le visage de ce dernier n'était pas le plus à plaindre : des morceaux de son armure s'enfonçaient ci-et-là sur l'ensemble de son torse, dégoulinant de sang.
Leur état était tel que l'un comme l'autre allait succomber de leurs blessures s'ils n'étaient pas rapidement traitées. Pourtant, par la seule force de leur volonté, ils tenaient debout, les yeux dans les yeux, sans prêter attention à la douleur ou à l'environnement vide.
En cet instant, il n'y avait plus de Susano'o, plus de Mahāyanā. Ni de dōjutsu, ni de senjutsu. Ni de quoi que ce soit d'autre hormis deux êtres puisant leurs dernières forces, s'élançant l'un à l'autre avec toute la détermination du monde d'anéantir l'adversaire.
Un retour au départ pour un ultime assaut.
C'était l'heure des poings.
ASHURAAAAAAA !
INDRAAAAAAA !
Leur coup finissait mutuellement leur course sur la joue de l'autre. Mais alors que leur tête aurait pu être projetée en arrière, les protagonistes, dans un effort et une volonté surhumaine, conclurent ce pugilat d'un coup de boule réciproque.
Les fils d'Hagoromo s'écroulèrent au sol, vidés de toute énergie.
Dans le monde martial, on raconte que si deux opposants extrêmement puissants s'affrontent, il leur arrive parfois que, l'espace d'un instant, le flux du temps peut leur paraître figé. Ce phénomène survient uniquement que lorsque leurs sens arrivent à leur paroxysme. Dans cet état, il leur est même possible d'accéder aux pensées de l'autre au moment de leur échange.
Dans ce cas présent, lors de la collision de leur ninjutsu, Indra et Ashura se sont vu être littéralement transportés sur un autre plan temporel, tandis que leur coup de tête, révélait leurs consciences profondes, sous l'ahurissement des deux hommes.
Ashura décelait, au-delà du masque de haine de son frère, la morosité et… la jalousie ?! Le frère qu'il avait tant respecté serait jaloux de lui ? En d'autres circonstances, il se serait amusé de cette révélation. Mais avec le recul, l'héritier du Ninshū comprit avec peine la profondeur de cet ironie : lui qui était envieux de la force de l'aîné, voilà que ce dernier était jaloux du charisme du cadet.
Pour Indra, la révélation est de toute autre nature : un fragment de souvenir.
[~~~]
L'aîné, au travers les yeux de son frère, se trouva dans une pièce assez spacieuse, avec, à ses côtés, une femme rousse, débordante de vie sa "fameuse" épouse. Il y avait également un troisième individu, allongé sur un lit. Pour une raison quelconque, l'apparence de cette personne était très ombragée, empêchant toute identification possible. Dans cette scène, Ashura venait prendre aux nouvelles de cet inconnu, visiblement alangui. Ce dernier remerciait le cadet Ōtsutsuki pour ces soins et son hospitalité, avec la promesse de lui régler sa dette par un quelconque moyen, ce à quoi l'homme rétorquait par « Ce ne sera pas nécessaire, je suis déjà promis à quelqu'un d'autre… » d'une voix tendre. La réplique d'Ashura jeta un blanc à la situation. Son interprétation naïve avait lâché un rire discret chez l'individu, tout en réveillant la colère de sa femme dont la chevelure flamboyante la faisait ressembler à un volcan en éruption.
Dissipant ce malentendu, Ashura prenait un ton sérieux en révélant qu'il avait constaté quelque chose pendant les soins de l'être mystère. Divulguant la découverte, ce dernier se dévoila à l'esprit d'Indra, l'éblouissant de sa radieuse lumière.
[~~~]
Les deux frères étaient de retour à cet espace incolore, ventre à terre, leurs têtes disposées face-à-face, séparés par un espace de quelques centimètres.
À ces illuminations, leurs réactions furent contradictoires. L'un restait sans-voix tandis que le second…
– A-Ashura…
C'était une voix faible et haletante, mais qui n'avait pas perdu de son ton acéré. Pourtant, elle n'était ni froide ni même agressive. Juste une simple énonciation des faits.
– J'avais connu la reconnaissance, mais tu me l'as dérobé… J'avais connu la sérénité, mais tu me l'as privé… J'avais connu l'amour, mais tu me l'as arraché… Et maintenant que j'apprends la survie de ma femme,… tu me l'as dissimulée…
– In…dra…
L'appelé vomit du sang, chacun de ses mots lui serrait davantage son cœur, tant métaphoriquement que littéralement. Mais il n'avait pas achevé sa tirade. Le dernier reproche devrait être révélé à vive voix.
– Mais le pire… C'EST DE CACHER À UN HOMME QU'IL VA ÊTRE PÈRE… ! tonna-t-il avec rage. DE LUI CHACHER L'EXISTENCE DE SON ENFANT… DE SA FAMILLE… !
– Ceci est regrettable… mais tu n'es pas sans blâme dans cette histoire… mon frère, rétorqua Ashura dans une voix à la fois ferme et fade. Elle n'a cessé de te rechercher… mais tu restais introuvable. Et même… si j'avais quelques soupçons sur ta localisation… j'ai préféré de lui épargner… de ce que tu es devenu… OUVRE LES YEUX INDRA ! REGARDE-TOI… ! Quel aurait été sa réaction en te voyant ainsi ?! Comment envisageras-tu d'élever un enfant dans ton état actuel ?! Que dirait Iza— !
– NE PRONONCE PLUS SON NOM, ORDURE !
Les deux Ōtsutsuki restèrent silencieux, pesant leurs discours, jusqu'à ce qu'Indra reprenne la parole, aussi glacial que les cavernes du Pays des Neiges.
– L'amour fraternel… ou la force intimidante… Nous avons eu des divergences… quant à la manière de perpétuer… l'œuvre de notre Père. Mais… grâce à toi… j'ai "ouvert les yeux"… L'amour du pouvoir… L'amour pour sa patrie… L'amour pour les richesses… L'amour pour les batailles… L'amour pour ses idéaux… L'amour pour son prochain… Comprends-tu, Ashura… L'amour est la source de la guerre ! Les Hommes sont prêts à tout… pour concrétiser leur amour. Et lorsqu'ils leur sont destitués,… ils deviennent des bêtes rongées par le désespoir, la jalousie et la haine… Tu as fait d'Ōtsutsuki Indra… le monstre que je suis… Ma haine ne sera jamais assouvie… Elle maudira mes descendants… jusqu'à la fin des temps… SOIS-EN CERTAIN !
– … Ce ne sont là… que les paroles d'un être… qui a perdu tout espoir en ce en quoi notre Père… s'était battu, renvoya le cadet épuisé, un mince filet rougeâtre s'échappant de ses lèvres. Mais si tu dis vrai,… alors mes descendants se chargeront… de contenir ta haine avec la même ardeur… qui m'a permis de t'affronter,… jusqu'au jour où elle disparaîtra… pour ne laisser place… qu'à la fraternité.
…
Ainsi furent les dernières paroles des fils d'Hagoromo.
L'un quittait ce monde le sourire aux lèvres à l'idée que ses héritiers se réconcilieront avec ceux de son aîné.
L'autre afficha un air mépris devant l'expression si caractéristique de son cadet.
Le retour à la réalité.
C'est sous une pluie battante que le combat fratricide s'acheva. Une averse semblant refléter les larmes d'un père qui pleure ses enfants tel Niobé*.
La scène de combat était tel qu'il serait euphémisme de dire qu'une catastrophe naturelle s'y était déchaînée.
Non, parler de naturel serait quelque peu inexact, puisque ce désordre a été causé par deux hommes qui se sont battus pour leurs idéaux…
Mais alors que mort et dévastation hantaient la zone, une étrange masse noire humanoïde s'émergea du sol, tout près des cadavres des deux combattants… Tout près du corps d'Indra
– Tu as perdu…
La chose avait don de parole, mais était dépourvu de l'office approprié pour l'exprimer. Il n'avait d'ailleurs aucun orifice hormis deux yeux luisants d'un jaune perçant l'obscurité des lieux.
– Malgré de t'avoir fait prendre conscience de ton potentiel, tu n'as pas été en mesure de vaincre ton frère.
Durant toute la vie d'Indra, il était là…
La voix qui avait entretenu sa jalousie durant ses sommeils, c'était lui.
Les pas instinctifs qui l'avaient guidé vers le mont Kurama, c'était lui.
Et Izanami, c'était lui qui l'avait fait trébucher vers son tragique accident.
Il était la main qui avait façonné l'esprit d'Indra, le plus malléable des fils d'Hagoromo.
Cela dans le but de le faire guerroyer contre Ashura.
Cela dans l'intérêt de sa mission.
– Heureusement… vous avez semé derrière vous des graines…
Des graines qui – par ailleurs – ne devraient plus tarder à germer.
Au sein de deux familles, un heureux évènement se profilait.
L'un d'eux célébrait la naissance du premier enfant née au sein des Senju. Un magnifique bambin devenu un symbole auprès du clan qui festoyait cette nouvelle dans la joie et la fraternité.
Parallèlement, la même scène se reconstituait du côté de la maison Uchiha, à quelques détails près. Tel son homologue mythologique*, Izanami décéda peu de temps après avoir donné naissance à son enfant, la santé et l'esprit trop faibles pour supporter l'épreuve de l'accouchement qui prit une tournure tragique.
– …Et une fois à maturités, une nouvelle ère s'éclora à vous. Peu importe le temps que cela prendra, vous serez libre… Kaa-san…
La vie de deux grands hommes s'éteignait…
… tandis que celle de leurs enfants vienne de commencer…
… ainsi que le début de leur héritage.
Un legs transmis de génération en génération au cours du prochain millénaire.
L'ère de l'amour…
L'ère de la haine…
L'ère des Shinobi…
Tel est leur Héritage.
*Pause culture
• Niobé est un personnage de la mythologie grecque reconnue pour son chagrin à la vue de la mort de ses enfants. Sa douleur fut si grande que Zeus, pris de pitié, là changea en pierre d'où jaillissait une source alimentée par ses larmes abondantes.
• Dans la mythologie japonaise, Izanami est brûlée à mort en accouchant le dieu du feu, Kagutsuchi. D'ailleurs, dans le manga, « Kagutsuchi » est le nom de la technique qui manipule la forme aux flammes d'Amateratsu.
Et voilà enfin la conclusion de ce combat de titan, de qui devait être à l'origine un One Shot ! (donc ne soyez pas surpris au fait que cette partie soit courte comparée aux trois autres)
J'en profite pour vous annoncer que mon partenaire de fiction, KuramaSenju, a publié sur ce site un cross-over entre les univers de Naruto et DBZ (les saiyens envahissent le monde ninja !). Je ne peux que vous conseiller de le lire, les envahisseurs auront fort à faire et certains éléments obscurs de ces deux mangas seront traités !
Quant à moi, je vous dis à la prochaine pour un OS sur ...
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Sasori !
Ou Hidan !
...Vous verrez bien ; )
