J'ai encore eu des problèmes d'ordre "internet" du coup je n'ai pas pu poster avant mais voyez, je me rattrape. Du coup, je le redis, JE POSTE LE VENDREDI.

C'est plutôt un chapitre de transition, il y aura sûrement de la frustration. Quelques révélations sur Isabelle, pour celles qui n'auraient pas compris sa nature vampirique (oups, SPOIL). Pas grand chose, quoi.

Mais bon, bonne lecture quand même !


Antédiluvien


Chapitre 9 : Le jour d'Après


L'avantage d'être un vampire, songea Simon en se brossant les dents le lendemain matin, c'était principalement qu'on avait plus besoin d'autant d'heures de sommeil pour tenir debout. Avant, du temps où il était encore vivant, il avait besoin d'au moins 9h de repos ininterrompu pour être en forme. Depuis qu'il était passé du côté obscur de la Force - le côté vampirique, pas celui d'Alec - 4h était largement suffisantes. Pour Isabelle, constata-t-il en pénétrant dans la cuisine de leur appartement, c'était 3h. Ce qui faisait d'elle une alien, même aux yeux damnés de leurs compatriotes vampiriques. La jeune femme, qui resterait désormais éternellement coincée à l'âge vénérable de 19 ans, s'occupait du petit-déjeuner.

Il y avait donc un problème.

D'ordinaire, c'était Kaelie qui venait leur apporter un petit-déjeuner digne de ce nom avant de prendre son service au Taki's. Peut-être la fée n'avait-elle pas pu se libérer. Mais était-ce une raison pour souffrir des tentatives culinaires toujours ratées d'Isabelle ? Là était toute la question. Simon se jucha sur le haut tabouret devant le comptoir séparant la coin cuisine (vaste coin, au demeurant) de la partie salon/salle à manger de leur grande pièce à vivre.

- "Aujourd'hui", claironna sa ravissante compagne, "j'ai fait des pancakes !"

Des pancakes ne pouvaient pas être ratés. Il était impossible de rater des pancakes. Pourtant, force lui fut d'admettre qu'ils étaient ratés, quand Isabelle fit glisser dans son assiette une sorte de pâte gélatineuse de forme vaguement ronde. Pas assez cuits, mais pourtant carbonisés sur les bords. Ca relevait de l'exploit.

Deux options s'ouvraient à lui. D'un côté, il y avait la "méthode Jace" qui consistait à dire clairement et sans gants que c'était immonde, immangeable, et qu'elle avait intérêt à faire disparaître ça immédiatement avant qu'une pauvre âme innocente ne tombe dessus.

De l'autre, il y avait la "méthode Clary" qui, au contraire, consistait à prendre une minuscule petite bouchée de la partie la plus mangeable du plat avant de se déclarer repu et de remercier la cuisinière de son sourire le plus éclatant, tout en précisant qu'il était inutile qu'elle se mette en peine ainsi à l'avenir.

Pour le coup, Simon ne savait qui suivre. Clary avait le mérite de préserver l'ego et la sensibilité d'Isabelle. Mais Jace épargnait aux générations futures d'autres expériences aussi cruelles que celle qui attendait Simon. Le dilemme était terrible.

- "Tu ne manges pas ?" demanda Isabelle d'un air innocent.

Alors, et seulement alors, Simon comprit qu'elle l'avait fait exprès. Parce que même Isabelle ne pouvait pas être aussi mauvaise face à une innocente pâte à pancakes. C'était donc, lui disait ce doux sourire, une punition.

- "J'ai fait quelque chose de mal ?" s'enquit-il d'une voix peu assurée.

- "Quelque chose de mal ?" répéta l'éternelle jeune femme avec son plus beau sourire. "Mais non enfin, pourquoi crois-tu une chose pareille ?"

Il ne savait toujours pas ce qu'il avait fait, mais il avait merdé royalement.

- "C'est à cause d'Eric ?" tenta-t-il. "Il te tape tant que ça sur les nerfs ?"

- "Eric n'a rien à voir là-dedans, Simon, mais en effet, je ne veux plus qu'il mette un pied dans ma boîte de nuit."

Il ne serait jamais venu à l'esprit de Simon de contredire Isabelle sur ce point. Quoi qu'il la trouvait un peu abusive dans l'usage des possessifs. La boîte était autant à Alec qu'à Isabelle après tout, même si l'aîné des Lightwood ne s'impliquait pas autant que sa soeur dans cette affaire. En fait, il se contentait de servir quelques cocktails aux quelques VIP, une fois de temps en temps, histoire de dire qu'il faisait quelque chose pour la boîte dont il était co-propriétaire, et occupait le reste de son temps à discipliner les autres vampires de la ville. Heureusement pour Magnus, la veille au soir était un de ceux qu'il passait au carré VIP.

Ah, mais voilà pourquoi Isabelle était de mauvaise humeur !

- "C'est parce que j'ai dit à Magnus d'aller au premier, hier ?" demanda-t-il en sachant déjà la réponse à sa question.

Isabelle releva les yeux du saladier de plastique qu'elle nettoyait dans l'évier, son regard brun plus tranchant que les lames séraphiques dont elle se servait autrefois.

- "Tu crois ?" ironisa-t-elle.

- "Mais Izzy..."

- "Il n'y a pas de "mais Izzy" qui tienne ! Ils n'étaient pas prêts ! Alec n'était même pas au courant que Bane était revenu en ville ! Et je n'ose même pas imaginer la réaction de Magnus quand il a vu mon frère, alors qu'il le croyait mort !"

Bon, certes, ce n'était peut-être pas la manoeuvre la plus subtile qu'il ait fait jusqu'à présent. Cela dit, Simon n'avait jamais été connu pour sa subtilité. Il faisait un bien mauvais vampire, alors qu'Isabelle semblait née pour tenir le rôle de la beauté fatale aux crocs acérés qui manipule tout le monde depuis les coulisses. Du moins, elle s'était remarquablement bien fait à sa nouvelle condition. Peut-être parce qu'elle l'avait voulu et demandé, quand cette malédiction était tombé sur le pauvre Simon comme la misère sur le pauvre monde. Les perspectives étaient différentes.

Mais pouvait-elle lui en vouloir de ne pas être malin ? Après 7 ans de vie commune, elle devrait commencer à le connaître.

- "Je suis désolé", plaida-t-il en se levant de son tabouret pour aller la prendre dans ses bras. "Il me faisait de la peine, je pensais vraiment que ça arrangerait les choses."

- "Et bien ça n'a fait que les envenimer. Simon, il a attaqué Maureen en plein milieu de la salle ! Je sais bien qu'elle ne risquait pas grand chose, mais là n'est pas le problème. Que feront les clients, s'ils pensent assister à un combat de boxe à chaque fois qu'ils viennent ici ? Ils iront ailleurs, et on ne peut pas se le permettre !"

- "Izzy, la plupart de tes VIP sont des Créatures Obscures, tu crois vraiment qu'ils vont s'offusquer de voir un Sorcier et un Vampire se battre ?"

- "Là n'est pas la question !"

La jeune femme jeta son éponge dans l'évier avec brutalité et s'éloigna à grands pas de la cuisine, le laissant derrière elle. Soupirant, Simon la suivit dans le salon pour la retrouver fouillant rageusement son sac à main. Prudent, il s'assit sur le sofa et attendit qu'elle se calme, ou qu'elle explose. Ce qui ne tarda pas à arriver.

- "Où est ce PUTAIN DE TELEPHONE ?"

Isabelle, comme Alec, avait connu une éducation de Shadowhunter particulièrement stricte même si, du fait qu'elle était l'unique fille, ses parents s'étaient montrés un peu plus coulants. Les leçons de bonnes manières avaient cotôyé les leçons de combat, afin qu'elle sache à la fois se tenir dans la haute société Nephilim et assassiner un démon sans trop salir le tapis. De ce fait, les injures, blasphèmes et autres jurons ne sortaient pas facilement de sa bouche, à part lorsqu'elle était particulièrement énervée, comme à cet instant. Alec était pareil. C'était amusant, en général. Mais pas là.

Simon sortit son portable de sa poche et fit sonner celui de sa compagne pour l'aider à le retrouver. Elle le dénicha en ronchonnant sous un coussin du canapé où il était assis. Profitant de sa proximité, et sachant pertinemment qu'il risquait un peu plus que sa vie, il s'empara de son poignet pour l'attirer brusquement à lui. Surprise, alors qu'elle ne l'était jamais d'ordinaire, elle tomba sur lui sans grâce en poussant un cri bref. Ca n'arrivait jamais, qu'il la surprenne. Mais quand ça arrivait, ça ne voulait dire qu'une chose : elle n'était pas tant en colère que ça contre lui, et restait ouverte à la réconciliation. Alors il l'enferma fermement dans ses bras et l'embrassa à perdre haleine avant qu'elle ne puisse lui ordonner de la relâcher.

L'autre avantage d'être un vampire, c'est qu'on avait plus besoin de respirer. On ne pouvait donc plus être essoufflé, ou suffoqué ou quoi que ce soit qui nécessite de l'oxygène. Du coup, ils ne pouvaient plus être à bout de souffle de s'être trop embrassés. Pourtant, ils l'étaient, et il espérait vraiment que ça continue ainsi jusqu'à la fin de leur éternité. Peut-être était-ce un réflexe conditionné par 16 ans, pour lui, et 19 ans, pour elle, de vie mortelle mais lorsqu'il relâcha sa bouche, ses joues pâles étaient rouges d'un sang qui ne circulait théoriquement plus et sa respiration, précipitée.

- "Je suis toujours en colère contre toi", dit-elle d'une voix à peine plus grave que d'ordinaire. "Tu ne m'auras pas comme ça."

- "Laisse moi tenter autre chose, alors."

Il passa un bras sous ses jambes et l'autre derrière ses épaules avant de se lever d'un mouvement vif. Il la conduisit à leur chambre en la portant comme la mariée qu'il rêvait qu'elle soit un jour, et elle se pressa contre lui pour chercher ses lèvres une deuxième fois. C'était une manière implicite de lui dire qu'elle ne lui en voulait plus. Simon sourit contre sa bouche en lui rendant son baiser avant de l'étendre sur le lit où il la rejoignit immédiatement.

C'était son genre de réconciliation préféré.


OoOoO


Après sa petite entrevue avec Simon, la première chose qu'Isabelle avait vu en débarquant au 2ème étage, c'était un Magnus profondément endormi sur le canapé de la salle de repos. D'abord, elle avait été surprise de le trouver là. Puis, elle avait été en colère contre son frère, qui avait osé le laisser là alors que le pauvre sorcier était clairement dans le besoin. Aussi s'était-elle enfermée dans son grand bureau tout de métal et de verre pour téléphoner à son cher grand frère, bien déterminée à lui passer un savon. Evidemment, le portable d'Alec était éteint. Hérissée de fureur, elle avait appelé Maureen. La pauvre venait juste de se coucher après une nuit de travail, et n'avait répondu qu'à la quatrième sonnerie d'une voix ensommeillée. Non, elle n'avait plus revu Alec après son départ du premier étage, non elle ne savait pas où il était, ni avec qui, et quand il rentrerait. Et non, elle ne pouvait pas monter au cinquième voir s'il était chez lui.

Dépitée par le manque de coopération de son employée, Isabelle avait passé le reste de la journée à naviguer entre colère, déception et pitié pour le pauvre sorcier encore endormi. A 18h, alors qu'elle refermait son bureau, Magnus ouvrit un oeil. Elle le regarda s'étirer en baillant exagérément, un sourire venant jouer sur ses lèvres devant le spectacle qu'il lui offrait. Magnus en faisait toujours trop, même pour quelque chose d'aussi banal qu'un réveil. D'humeur plus agréable, elle vint le rejoindre et lui proposa un café, auquel il acquiesça d'un sourire. Ca faisait du bien de le voir sourire, bien qu'il semblait aussi épuisé que la veille au soir. Cependant, il s'abstenait consciencieusement de la regarder trop longtemps dans les yeux, et de lui parler de sa discussion avec Alec. Alors qu'il savait parfaitement qu'elle n'attendait que ça. Après dix minutes de conversation banale, elle finit par craquer et se pencher sur lui avec un air complice.

- "Alors ? Tu racontes ou je te tire les vers du nez ?"

Il n'eut pas le temps de raconter, et elle n'eut pas le temps de lui tirer les vers du nez.

Maureen jaillit de l'ascenceur comme une fusée, les cheveux en bataille et l'air un peu affolée. Magnus sentit la rage et la haine se rallumer dans ses veines à sa seule vue, mais il avait compris la leçon, aussi ne bougea-t-il pas. Isabelle se leva d'un bond et apostropha son employée, les mains posées sur les hanches dans une pose si cruellement ressemblante à celle de sa mère avant qu'elle ne se tourne vers les Soeurs de Fer que le sorcier sentit une bouffée de nostalgie l'envahir. Non pas qu'il regrettait la jeune Maryse Trueblood, celle qui était le lieutenant le plus fervent de Valentin, mais l'image était poignante.

Le soulagement se peignit sur le visage du Monstre alors qu'elle approchait de sa patronne.

- "Raphaël Santiago vous cherche. Il est au premier."

Pour le coup, Isabelle sembla étonnée. Elle jeta un coup d'œil à la montre de son poignet gauche, puis à la grande baie vitrée de son bureau pour voir le ciel de Manhattan enflammé par le coucher du soleil.

- "Très bien, j'y vais." dit-elle néanmoins comme s'il était tout à fait normal qu'un vampire classique comme Raphaël se balade au Pandemonium alors que la nuit n'était pas encore tombée. "Des nouvelles d'Alec ?"

- "Il..."

Elle se stoppa au beau milieu de sa phrase et passa une main dans ses cheveux blonds bouclés, la gêne inscrite sur son visage juvénile.

- "Il quoi ?" s'impatienta Isabelle.

- "Il dit qu'il dort, que vous devez lui foutre la paix et vous mêler de vos affaires", murmura la fillette horrifiée qu'on puisse parler ainsi à sa respectée patronne.

Le visage d'Isabelle se durcit.

- "Je vois. Sois gentille, ma chérie, transmet à mon frère adoré qu'il est attendu au premier étage, immédiatement. Et qu'il n'aimerait vraiment pas que je vienne le chercher moi-même. Merci Maureen."

C'était une manière claire de congédier la jeune fille, qui ne se le fit pas dire deux fois et s'enfuit à toute vitesse. Isabelle attendit que les portes de l'ascenseur soient refermées sur elle pour soupirer lourdement, même si elle n'en avait aucun besoin physique.

Elle ne jeta qu'un bref coup d'oeil à Magnus avant de lui faire signe de se lever.

- "Tu es convié aussi."

- "Merveilleux !" s'extasia le sorcier d'un ton faussement enjoué. "Raphaël m'avait tellement manqué."

Elle préféra sagement ne pas relever l'ironie de ses paroles.


Voilà, je vous dis à la semaine prochaine !

Bisous, bonne nuit et bonne année !

Aschen