Source : Exonerated By Thecouchcarrot
Helloooo !
Bonne nouvelle (enfin pour moi en tout cas), papa a utilisé l'excuse de l'obtention du diplôme pour m'acheter un nouvel ordi soooo logiquement je devrais pouvoir poursuivre sur le même rythme de publication, qui est d'une fois par semaine.
Enjoyez le chapitre avec ce petit avant-goût : Quand on a quelqu'un de somnambule chez soi, pas la peine d'avoir une télé !
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A peine quelques jours se sont écoulés depuis Thanksgiving lorsque Sam se met à craquer. Jusqu'ici, il tenait bon de façon assez remarquable, tellement remarquable que ça le surprenait lui-même. Il lui suffit d'un simple petit geste pour qu'il lâche prise, mais lorsque ça arrive…
Il craque.
Il monte en voiture. Il roule pendant des heures, jusqu'à minuit passé, alternant entre routes de campagnes et voies rapides, flambant toute son essence, tuant le temps, s'arrêtant une fois pour appuyer ses bras et sa tête contre le volant en souhaitant tout simplement en finir, jusqu'à ce qu'il se retrouve chez lui.
Son vrai chez lui.
Sam déverrouille la porte d'entrée sans bruit et se dirige discrètement jusqu'à la cuisine, à pas feutrés. La maison est sombre et silencieuse, et même dans le noir, elle demeure sensiblement différente de ce qu'elle fut autrefois. La différence est imperceptible à l'œil nu, impossible à décrire, imprégnée dans chaque surface, presque comme une odeur. Il ne vit plus ici désormais et la maison le lui fait savoir. Il se sent comme un intrus qui rode dans le noir, sillonnant la moquette sur la pointe des pieds. Il y a encore quelque mois, il aurait jeté ses clefs sur la table basse et se serait affalé sur le fauteuil.
Là il a simplement envie d'aller jusqu'au bar. Il passe le seuil et les semelles de ses chaussures crissent sur le lino lorsque –
« Tu n'es pas une pom-pom girl. »
Sam fait volte-face.
Cas se tient dans l'embrasure de la porte en boxer vert avec un pot de beurre de cacahuète accompagné d'une cuillère à la main. Il fixe Sam avec des yeux mornes, à moitié brumeux, à moitié vides, comme s'il était défoncé.
« La vache, » lance Sam en clignant des yeux. « T'es vraiment somnambule. »
Cas se sert une pleine cuillerée de beurre de cacahuète. « Eh bah, tu ne passeras jamais les épreuves avec cette attitude-là. » Il enfourne la cuillerée de beurre de cacahuète dans sa bouche et lâche un grognement satisfait.
Sam retourne vers le bar et en sort du Jack Daniels. « Rêver de pom-pom girls, » marmonne-t-il. « Du Dean tout craché. »
Cas s'installe à table avec un soupir las, son regard stone focalisé sur le pot entre ses mains. Il commence ensuite à baragouiner dans une autre langue que Sam est sûr à 98 pour cent d'identifier comme du charabia.
Il secoue la tête. « On est deux, mon pote. » Il s'assoit en face de Cas, verse le liquide dans un shooter, se l'enfile, et se demande brièvement s'il est en train de devenir comme son père.
C'est alors qu'il entend une porte grincer au fond du couloir.
« Sammy ? » Dean débarque à tâtons dans la cuisine en se frottant les yeux. « Qu'est-ce tu fous là ? »
Sam se sert un autre verre. « Je trinque. »
Dean plisse longuement les yeux vers lui.
Puis il se tourne vers l'armoire et en ressort deux gobelets. Il donne un coup d'épaule dans la porte de l'armoire pour la refermer, et s'assoit lourdement à ses côtés. Il place le gobelet devant Sam. « Ton verre est trop petit. »
Sam ricane et transvase son whisky dans le grand verre. « J'imagine que c'est toi l'expert, hein ? »
« Ouaip. » Dean attrape la bouteille et se verse une bonne dose de Jack dans son propre verre. « C'est le business familial. »
Cas marque une pause, sa cuillère à mi-chemin de sa bouche et se met à scruter Dean. « Qu'est-ce que tu fais là ? » demande-t-il. « Tu es allergique à la neige ! »
Dean roule des yeux et fait un geste vers le salon. « Cas. Va, va par là-bas. Les bonhommes de neige ont besoin de toi. »
Cas cligne des yeux, et se redresse brusquement. « Cornouailles, » dit-il. Il se dirige d'un pas sérieux jusqu'au salon.
Dean se tourne ensuite vers Sam avec toute son attention, le brouillard persistant du sommeil s'estompant pour laisser place à son radar à détresse affûté. Sam en est à la fois irrité et heureux. Il est venu ici pour ça. Il a besoin que quelqu'un lui tire les vers du nez. C'est juste qu'à présent que ce quelqu'un le regarde dans les yeux, il ressent comme une pointe d'indignation, de fierté blessée, une sorte de arrête d'essayer de m'aider, c'est pas ton boulot.
Mais ça l'est. Ça a toujours été le boulot de Dean.
« C'est Amélia, » dit Sam.
Dean le laisse continuer sans rien dire.
« Il y a quelques semaines… » Sam frotte sa paume contre son front, dissimule une partie de son visage dans sa main et ferme brièvement les yeux. « J'ai fait ma demande. »
Dean ouvre de grands yeux.
« C'était pas vraiment inopiné. On en avait déjà parlé quand on a emménagé ensemble, » continue Sam. « Je pensais qu'elle était partante. Mais quand j'ai sorti la bague, elle a dit… » Il se force à déglutir malgré sa gorge serrée et sent l'alcool lui brûler les poumons. « Elle a dit qu'elle avait besoin de temps pour réfléchir. »
Dean s'enfonce dans sa chaise en soupirant. « Merde. »
« Je lui ai dit de se poser, de prendre tout le temps dont elle avait besoin, et après j'ai seulement attendu. Et attendu. Je voulais pas lui mettre la pression. Puis à Thanksgiving, on a été chez son père et c'était juste affreux, parce que durant tout ce temps j'arrêtais pas de me demander, est-ce qu'elle lui a dit ? » Sam se passe une main dans les cheveux et prend une profonde inspiration. « Et là ce soir je rentre à la maison. Elle est déjà partie travailler. Et sur la table de la cuisine, je vois… »
Une petite boîte en velours bleu.
Sam s'empare de son verre, prend une longue rasade de son whisky âpre, puis laisse retomber ses mains sur la table. « Elle m'a rendu la bague, Dean. »
« Pourquoi tu ne m'as rien dit de tout ça ? » demande Dean.
« Je pensais pas que ce serait nécessaire, » avoue Sam d'une voix rauque. « Je pensais qu'elle allait dire oui. J'veux dire, merde, Dean ! Je pensais qu'elle allait se marier avec moi ! »
Dean prend une gorgée de son propre verre et soupire. « Du coup, ça veut dire quoi pour vous ? »
« J'en sais rien. » Sam fixe résolument la table en clignant des paupières pour essayer de chasser le picotement au fond de ses yeux. « Je sais pas. A ce que je sache, on est toujours…ensemble, mais j'ai pas…j'avais même pas conscience qu'elle ne voulait pas… »
« Hé. » Dean pose une main ferme et rassurante sur son épaule. « Sammy. Regarde-moi. »
Sam relève la tête.
Dean le regarde d'un air déterminé et sûr de lui auquel Sam ne peut s'empêcher de croire. « Va lui parler. Ne laisse pas cette histoire vous séparer. Elle a ses raisons et ça n'a peut-être rien à voir avec toi. D'accord ? »
Sam hoche la tête.
« L'économie est dans la merde. Vous venez juste d'emménager il y a quelques mois. Peut-être que tu lui as accidentellement offert des diamants de conflits, » déclare Dean. « Ça peut être n'importe quoi, Sam, n'importe quoi. Alors faut que t'ailles lui parler et que tu mettes les choses au clair avant d'en tirer des conclusions, ok ? »
« Les épreuves sont terminées. »
Dean et Sam pivotent tous les deux la tête vers l'entrée.
Cas se tient devant eux, la mine sombre, semblant avoir pitié des deux soi-disant pom-pom girls. « Winchesters, » annonce-t-il. « Il est temps de ramasser vos pompons. »
Dean roule des yeux et se lève. « Bon attends, j'vais "ramasser" mes pompons – » Il agite le menton vers Cas. « – et après on en reparle. » Il rejoint Cas et le guide à travers la cuisine. « Aller, Coach, c'est l'heure d'aller dormir. »
« Mayonnaise, » marmonne Cas, en le suivant docilement.
« Mmh mmh. C'est ça, aller avance. »
Sam ne peut s'empêcher d'étouffer un rire avant d'avaler une nouvelle gorgée de son whisky. L'alcool commence à lui faire de l'effet, embrumant ses pensées et le faisant légèrement loucher. Il passe presque à côté du fait que Dean n'est pas en train de guider Cas jusqu'à l'ancienne chambre de Sam au premier étage.
Il est en train de conduire Cas jusqu'à la chambre de Dean.
Il est en train de le reconduire dans sa chambre.
Sam ne sait pas vraiment ce qu'il doit en déduire, et honnêtement ça lui retourne l'estomac rien que d'y penser parce que merde Dean, dans quoi t'es en train de t'embringuer, qu'est-ce que tu fabriques, ça t'arrive de réfléchir avant de plonger tête la première dans le gouffre. Il décide alors de ne pas y penser du tout, et vide le contenu de son verre de whisky.
[...]
Décembre
Castiel ne supporte pas cette pièce.
Lucas se penche sur la table en aluminium, faisant silencieusement cliqueter ses menottes. « Un visiteur ! » s'exclame-t-il avec un large sourire. « Que me vaut cet immense plaisir ? »
Castiel ne supporte pas de regarder son frère, parce qu'il constitue l'illustration même de ses cauchemars. Rieur, les yeux cernés, la combinaison orange, et le visage légèrement décharné. Il a clairement maigri depuis qu'il est en prison, en dépit des multiples appareils de musculations auxquels il a accès. Castiel soupçonne les gardiens de lui avoir révélé que les prisonniers travaillant en cuisine crachent dans son plateau.
C'est ce qu'ils avaient dit à Cas en tout cas.
Castiel tire une enveloppe de la poche de sa veste et la fait glisser le long de la table. « Il y avait ceci dans mon courrier hier. »
L'enveloppe est adressée à Castiel Goodwin, et le timbre a été tamponné en prison. Dedans se trouve une feuille de papier pliée sur laquelle une simple phrase a été griffonné : Tu as ma permission.
C'était signé Lucas Goodwin.
Lucas ne prend pas la peine d'ouvrir l'enveloppe, ni même de jeter un œil à la lettre. Il se contente de fixer Castiel, impassible, et de pincer mielleusement les lèvres.
« Qu'est-ce que ça signifie ? » demande Castiel.
« Tu sais, » lâche Lucas d'une voix traînante, « t'aurai pu tout simplement appeler. »
Castiel le dévisage froidement. « J'ai pensé que tu serai potentiellement plus honnête en personne. »
Lucas s'enfonce dans sa chaise et jauge Castiel. Il joint ses mains, faisant tinter ses chaînes. « Fascinant, » déclare-t-il enfin. « C'est réellement fascinant, Cas. »
« De quoi ? » demande Cas. « Parle clairement ! »
« Te souviens-tu lorsque nous étions enfants, » lance Lucas, le regard lointain, « et que notre père nous faisait apprendre des versets bibliques par cœur, et qu'après il nous frappait quand on arrivait pas à s'en rappeler ? »
Cas fronce les sourcils, confus. « Non. » Leur père était sévère, mais pas violent.
« Oh, aller, » le provoque Lucas. « Qu'en est-il de la fois où il nous a amené en forêt, qu'il nous a déshabillé et fouetté le dos à sang avec une branche de saule jusqu'à qu'on en perde connaissance ? »
Castiel se relève brusquement, le cœur martelant rageusement. « Bordel mais de quoi est-ce que tu parles ? » crache-t-il.
« Tu ne t'en souviens pas ? » Les sourcils de Lucas se relèvent narquoisement. « Mmh. C'est drôle. Moi non plus… » Puis le coin de sa bouche se retrousse vers le haut. « Mais mon biographe adore l'idée. »
Castiel sent sa mâchoire se serrer, et ses poings se refermer. « Tu as un biographe ? »
« Oh ouais, j'suis une grande star. » Lucas remue les sourcils et mord l'intérieur de sa joue. « Je suis étonné, petit frère. Avec tout le temps que tu as passé ici, tu n'as jamais eu d'amateurs ? »
« J'ai refusé leur offre, » gronde Castiel. « L'histoire de ma vie n'est pas encore terminée. »
« Oh, vraiment ? » Lucas le dévisage de haut, le regard perçant, si pénétrant que Cas le ressent jusqu'au plus profond de lui. « Et quelle genre d'histoire es-tu en train d'écrire, exactement ? Je reconnais ta nouvelle adresse, Cassie. »
L'estomac de Castiel se resserre.
« Mon biographe est un partenaire très serviable, » dit Lucas, un éclat sombre dans le regard. « Tu vis avec le séduisant Shérif désormais. J'imagine que tu ne lui as pas parlé de tes…tendances. »
Cas sent son dos se raidir sous la tension.
« Je n'en reviens toujours pas que ça ne soit jamais ressorti durant le procès, » continue Lucas. « Les jury adorent les déviants sexuels. Et à la façon dont Daphné pleurait à la barre, j'étais persuadé qu'elle – »
« Il sait, » lance rageusement Cas, en récupérant l'enveloppe sur la table. « Je n'ai plus rien à faire ici. Va te faire foutre. »
Lucas s'esclaffe. « Tu vois, c'est ce qui est si fascinant, Cas. Tu ne cesses de dire que tu vas t'échapper, et pourtant… » Il examine ses mains et fait paresseusement onduler ses doigts comme s'il tripotait une pièce entre ses jointures. « Je te retrouve toujours empêtré dans mes filets. »
Cas respire par saccade, l'adrénaline faisant vibrer ses mains. « Va brûler en enfer, Lucas. »
Lucas mime une canne à pêche. Il lève la canne au-dessus de son épaule puis la lance sur sa fuite imaginaire, émettant un sifflement, la lèvre pincée entre ses dents.
Cas tourne le dos à Lucas et écrase le bouton pour faire venir le garde. Il traverse le building, passe la sécurité, et se rue jusqu'à l'arrêt de bus sans regarder en arrière, sans regarder en arrière une seule seconde.
Il n'a pas besoin de regarder en arrière pour savoir que Lucas est en train d'effectuer un mouvement de manivelle,
Ramenant sa prise jusqu'à lui.
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A suivre...
