Et voilà le chapitre 10 ! Vous vous rappelez du chapitre 2 (bon, quand même, c'était le deuxième, ça devrait pas être trop dur) ? eh bien, ce chapitre donne quelques explications sur ce qui s'est passé après, entre le chapitre 2 et 3.

Ah et sinon... pour une raison bête (qui est : j'avais la flemme de le faire avant) j'ai corrigé ce chapitre tardivement le soir, en étant fatiguée. Donc déjà que ce n'est pas brillant quand je suis pleinement éveillée, je ne garantis pas que vos yeux ne souffriront pas à certaines fautes qui m'échapperont. Toutes mes excuses pour ça.


X – La mort de Gray

« Godric... vous êtes un sorcier, n'est-ce pas ? »

Godric eut l'impression qu'on venait de l'assommer avec le pommeau d'une épée.

Quelle infamie ! Comment cette sorcière osait-elle l'insulter de cette manière ? Plus que jamais, Godric sentit son sang bouillir. Il voulait attendre l'occasion rêvée pour se débarrasser de cette sorcière, mais il n'allait pas supporter plus d'outrages.

Insinuer une telle chose, c'était insulter la mémoire de ses compagnons, morts pour la lutte contre la sorcellerie et son fléau. Et, surtout, c'était insulter Gray.

Godric n'en pouvait plus. Il aurait aimé attraper son épée et pourfendre immédiatement la sorcière mais il ne le pouvait pas : il était en colère, pas stupide.

Avec autant de contrôle de soi et de dignité possible, il se leva d'un bond et, jetant un regard foudroyant à la Sorcière de la Forêt, s'écria :

« Allez au diable ! »

Il lui semblait suffoquer. Il avait besoin de partir d'ici, au plus vite. Loin de ces suppôts de l'enfer, de ces êtres maléfiques.

Alors il vit volte-face et enjamba en quelques pas la chaumière avant d'ouvrit la porte, s'enfonçant dans les ténèbres de la nuit sans l'once d'un doute.

.

CLAC !

Une fois que Godric fut parti en ayant violemment claqué la porte, le silence s'installa dans la chaumière. Jusqu'à ce que Salazar prenne la parole :

« Vous auriez pu lui annoncer plus doucement...

— Je pensais qu'il en avait conscience », se défendit Rowena.

Elle n'était pas très bouleversée par ce que Godric lui avait dit. En fait, elle était même désolée pour le chevalier. La vérité était toujours blessante et dure à encaisser. Clairement, Godric ne l'avait pas accepté.

« Stupide comme il est ? impossible, rétorqua Salazar. Quand même... un sorcier...

— Vous ne saviez pas qu'il était un sorcier ?

— J-je... b-bien sûr que si !

— Salazar... prévint Helga.

— Bon, d'accord. Vous avez raison, je l'ignorais. Je pensais qu'il était un moldu. »

Si Rowena n'était pas si habile à détecter la magie, elle aussi aurait pu s'y tromper. Sauf qu'elle avait appris à ressentir la magie tout autour d'elle et celle-ci émanait de Godric. Elle était assez faible, comme si refoulée, mais elle était bel et bien présente.

Ce n'était d'ailleurs pas le seul élément pour prouver que Godric était un sorcier. Au-delà de ses propres observations, elle avait eu la preuve irréfutable du potentiel magique chez Godric.

« Mais attendez un instant... comment pouvez-vous savoir ça, vous ? demanda Salazar. Qu'est-ce qui nous prouve que vous dites vrai et qu'il est un sorcier ?

— Je suppose que vous ne l'avez pas ressenti ?

— Ressentir quoi ? demandèrent en cœur Salazar et Helga.

— Cela répond à ma question. »

Donc ils n'étaient pas capables de ressentir la magie... était-ce juste eux ou tous les sorciers et sorcières du monde qui étaient pareils ?

Enfin, qu'importe. Cela n'était pas très important pour le moment.

« Eh bien, je pourrai vous le monter, dit-elle à la place.

— Quoi donc ? demanda Salazar. Comment vous savez pour Godric ?

— Oui. Mais demain. Il faut nous rendre dans la forêt.

— Et qu'allons-nous faire en attendant ? demanda bêtement Helga.

— Dormir, bien sûr, répondit Rowena en souriant. Après tout, la nuit porte conseil. »

La chaumière était assez petite mais Rowena parvint tout de même à installer deux lits de fortune par terre, pour que ses invités puissent dormir. C'était assez modeste, mas c'était mieux que rien. Il fallait la comprendre : elle n'avait jamais reçu de visite chez elle. Elle ne s'attendait pas non plus à en recevoir un jour.

Elle put dormir en paix, sans avoir à veiller à ce que ses invités ne partent ou ne tentent de s'en prendre à elle dans son sommeil. Déjà parce qu'elle avait placé un sortilège sur la porte – chose à laquelle elle aurait dû penser pour empêcher Godric de partir, d'ailleurs – et ensuite parce s'était assurée de mettre une protection magique sur la zone entourant son lit. Comme ça, si un sortilège était lancé vers elle, il s'évaporerait avant même de l'atteindre.

On n'était jamais trop prudent. Elle s'assura d'ailleurs de ne pas tomber dans un profond sommeil trop rapidement et, faisant mine de dormir, écouta furtivement Helga et Salazar, qui discutaient à voix basse.

« Salazar ?... Salazar ?

— Mmh...

— Salazar !

— Quoi ?

— Vous dormez ?

— D'après vous, Helga ? Si je vous réponds, qu'est-ce que vous en déduisez ?

— Euh... que vous ne dormez pas ?

— Votre sens de la logique est phénoménale, Helga...

— Est-ce une insulte ?

— Oui.

— Eh ! Vous pourriez être poli, quand même.

— Vous m'empêchez de dormir, Helga. Je serai poli lorsque je serais reposé. Dois-je vous rappelez que cela fait un moment que je n'ai pas dormi ? et contrairement à vous, je n'ai pas une énergie inépuisable. D'autant plus que j'ai fait bien plus de choses que vous ces derniers temps.

— Ah bon ? comme quoi ?

— Comme échapper à des moldus.

— Ah oui ! Oh, d'ailleurs, je n'ai pas pensé à vous le demander, mais comment êtes-vous parvenu à vous enfuir ? »

Alors que Salazar se lançait dans le récit de son évasion, Rowena, convaincue qu'ils ne discutaient pas de choses importantes, s'endormit.

Helga fut la première levée. Rowena le sut parce que la jeune fille était venue la secouer alors qu'elle dormait pour qu'elle se lève.

« Rowena ! Rowena ! Levez-vous ! Le soleil brille ! Il fait jour ! »

Rowena ignorait si être réveillée pour une voix enjouée était une bonne ou une mauvaise chose, mais il était clair que cela la réveilla. Et, à son plus grand drame, elle n'eut pas le cœur à réprimander Helga pour ce brusque réveil. Salazar, par contre, n'eut aucun remord à le faire.

« Helga, pouvez-vous vous taire ? Vous criez plus fort que des cochons égorgés ! Si vous n'aviez pas remarqué, certains essayent de dormir. Alors arrêtez de faire votre paysanne de la campagne mal éduquée, et laissez les gens se reposer en paix.

— Comment pouvez-vous dormir un tel jour, Salazar ?

— Parce que je le peux. Maintenant, bouclez-la. »

Helga prit une mine boudeuse en croisant les bras.

« Vous n'êtes vraiment pas drôle, Salazar. »

Pour toute réponse, elle reçut un grognement étouffé. Alors, faute de réponse de Salazar, elle se tourna vers Rowena, qui s'était contentée de se redresser, toujours installée dans son lit.

« Rassurez-moi, Rowena. Vous, vous comptez bien vous lever, n'est-ce pas ?

— Ai-je vraiment le choix ? répondit Rowena en souriant. Vous avez de la chance : j'ai un mal fou à me rendormir une fois que je suis réveillée.

— Fantastique ! Alors levez-vous, préparons-nous et nous n'aurons qu'à partir sans ce paresseux de Salazar.

— Le paresseux vous entend, dit sèchement Salazar.

— Tiens, vous ne dormez pas, vous ? »

Rowena aurait pu rire du burlesque de la situation. Vraiment, c'était la première fois qu'elle vivait un réveil pareil. Tous les humains étaient-ils comme ça ou n'étaient-ce que Salazar et Helga ? Ceux qu'elle avait déjà rencontrés n'avaient rien à voir avec eux.

Aussitôt, elle sentit son cœur se serrer. Non, il ne fallait pas que tout cela la réjouisse. Ils allaient partir, et elle retournerait à sa paisible solitude. Ça avait toujours été mieux ainsi.

.

Salazar n'était pas du genre à se lever tard. En fait, ironiquement, c'était toujours lui le lève-tôt et Helga qui trainait des pieds pour qu'ils commencent la journée. Sauf que, pour une fois, c'était l'inverse. Helga faisait preuve d'une énergie folle pour qu'il se lève, criant comme si elle était une oratrice sur une place publique. Quant à lui, il avait tellement usé de ses pouvoirs ces derniers jours qu'il était pris d'une horrible fatigue. Sans oublier qu'il n'avait pas pu dormir récemment, à cause de tous les évènements qui s'étaient passés.

Alors, pour une fois qu'il n'aurait pas à lever Helga contre son gré, voilà que c'était elle qui voulait se lever tôt. Les dieux devaient se moquer de lui.

Évidemment, il avait fini par se lever. Il en avait plus qu'assez d'entendre la voix insupportable d'Helga bourdonner dans ses oreilles alors qu'il désirait replonger dans un sommeil paisible. Alors il s'était levé. À contrecœur, certes, mais il l'avait fait.

« C'est bon ? Vous allez arrêter de m'enquiquiner, désormais ?

— Vous enquiquoi ? demanda Helga, confuse.

— Laissez tomber. »

Salazar soupira. Elle était si fatigante... Soudainement, l'idée qu'ils soient de nouveau séparés ne le dérangeait pas. En fait, s'il pouvait la perdre dans la forêt, cela l'arrangerait bien. Ce serait un énorme repos pour ses oreilles, et son bien-être en général.

« Où nous rendons-nous, déjà ? demanda-t-il alors qu'ils se préparaient pour partir – enfin, préparer était un grand mot puisqu'ils se contentèrent de manger quelques fruits posés sur la table de Rowena.

— À une source d'eau se trouvant dans la forêt, expliqua leur hôte.

— Une source d'eau ? Un lac ? devina Helga.

— Pas vraiment... Par sa taille, je dirai plutôt un étang.

— Ah... je pensais que ce serait un lac, admit Helga sans dissimuler sa déception.

— Vous verrez, c'est un endroit charmant, assura Rowena en souriant. Cela devrait vous plaire. »

Salazar roula des yeux. Ne s'en moquaient-ils pas que l'endroit soit plaisant ou non ? Ce n'était pas l'intérêt d'y aller : ils ne partaient pas en promenade de santé, tout de même ! Pourtant, ça, Rowena et Helga semblaient l'avoir oublié. Était-il le seul songeant vraiment à être sérieux, par ici ? Il pensait que Rowena l'était aussi, mais elle paraissait influencée par Helga, ce qui n'était pas une bonne chose.

Ainsi, cela ne le surprit guère, lorsqu'ils quittèrent la chaumière – et qu'il tenta d'entendre le sortilège qu'elle murmura pour fermer sa demeure, sans y parvenir –, de voir que Rowena et Helga s'entendaient et, contrairement à lui, prenaient tout leur temps pour avancer. Ce qui l'agaçait au plus haut point puisqu'il était pressé d'obtenir quelques réponses concernant le chevalier moldu et que seule Rowena connaissait le chemin jusqu'à l'étang, l'obligeant à les attendre.

« Voudriez-vous bien accélérer le pas ? grommela-t-il. À ce rythme-là, nous n'y arriverons jamais.

— Si vous arrêtiez de ronchonner, peut-être irions-nous plus vite, défendit Helga.

— Pourquoi êtes-vous si pressé, Salazar ? demanda Rowena. Il n'y a pas d'urgence, sauf erreur de ma part. »

Pour toute réponse, Salazar se contenta de souffler bruyamment. Comme s'il allait s'expliquer !

« Allez plus vite, c'est tout. »

Il voulait en finir avec tout ça. Alors plus vite ils en sauraient sur ce fameux Godric Gryffondor concernant le soi-disant fait qu'il était un sorcier, plus vite ils pourraient agir en conséquence et, finalement, peut-être Salazar et Helga reprendraient leur voyage comme avant. Loin des dragons, sorcières dans les bois, chevaliers, seigneurs, moldus et autres complications inutiles.

Il ne pensait pas que cela arriverait mais le temps où il était seul avec Helga à vagabonder de région en région lui manquait.

À sa plus grande satisfaction, ses ''jérémiades'' – comme les appelaient Helga – fonctionnèrent puisque les deux femmes accélérèrent la cadence, ce qui ne les empêchait pas de discuter comme si elles avaient toute la vie devant elle pour arriver à ce fichu étang.

Après bien des instants à parcourir cette maudite forêt où des oiseaux gazouillaient gaiement – stupides oiseaux qui lui cassaient les oreilles –, Rowena les informa qu'ils n'étaient plus très loin de l'étang. Salazar la crut sur parole puisqu'il lui semblait entendre le bruit de l'eau non loin, comme un petit ruisseau qui se déversait quelque part. Dans l'étang sans doute.

Il remercia le ciel – ou les dieux, qu'importe – de cela et pressa encore plus Rowena et Helga, bien décidé à ne pas perdre de temps.

« Nous y sommes, déclara Rowena.

— Hein ? Vraiment ? s'étonna Helga en regardant de droite à gauche. Je ne vois rien.

— Observez plus attentivement devant vous. »

Pour une fois, Salazar était aussi perdu qu'Helga. Il ne voyait rien. Juste des arbres à perte de vue. Pourtant il entendait distinctement le son de l'eau. Alors il plissa les yeux, tentant de discerner un changement dans le paysage, comme le leur demandait Rowena.

Il y avait de la brume au loin. C'était assez étrange. Il ne faisait pourtant ni frais ni humide. Alors pourquoi ce brouillard ?

« C'est derrière cette brume, n'est-ce pas ? devina-t-il.

— Belle déduction, félicita Rowena. En effet, l'étang se trouve juste derrière.

— On ne va pas tomber dans l'eau parce qu'on n'y voit rien, j'espère ! s'exclama Helga, inquiète.

— N'ayez crainte, cette brume ne nous dérangera pas une fois que nous l'aurons passé. »

Salazar avait déjà une idée de pourquoi Rowena disait ça. Cela ne fit que se confirmer lorsqu'ils passèrent la brume. Comme si celle n'était qu'une barrière et ne s'étendait pas plus loin, l'horizon se dévoila à eux : un immense étang apparut, avec une eau étrangement claire, non stagnante et de nombreux arbres qui prenaient racines dedans.

Ce ne fut pas ce qui surprit le plus Salazar. La brume était magique, cela il l'avait vite compris. L'étang l'était aussi, probablement.

Par contre, il fut intrigué par ce qui se trouvait devant l'étang : une fontaine. Une petite fontaine en pierre, dans laquelle se trouvait de l'eau.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il en la désignant.

— Ceci est ce qui m'a permis de savoir que votre ami Godric était un sorcier. »

Alors que Salazar tenta de ne pas s'étrangler au mot ''ami'' utilisé pour désigner Godric, il entendit Helga dire :

« Comment une fontaine pourrait vous aider à savoir ça ?

— Vous verrez, vous verrez. Approchons-nous. »

Bien qu'hésitant, Salazar suivit Rowena, à côté d'une Helga crédule ne se doutant pas un seul instant que cela pourrait être une situation dangereuse, comme un piège.

Il remarqua instantanément, sur les bordures de la fontaine, de petits symboles gravés. C'était probablement de la magie, celle de Rowena. Ce qui expliquerait l'étrange fumée argentée qui s'échappait de la fontaine, et de la substance de couleur argent qui reposait dedans à la place de l'eau, remuant tel un ruisseau piégé dans un espace beaucoup trop restreint.

« Voici la Fontaine des souvenirs, dit alors Rowena en désignant la construction. Comme vous l'avez peut-être vu, des inscriptions tout autour permettent de l'ensorceler. Ce sont des runes, que j'ai apprises auprès de celui qui m'a enseigné la magie.

— Des runes ? répéta Salazar en fronçant les sourcils. Qu'est-ce c'est ?

— Connaissez-vous l'arithmancie ?

— Bien sûr, même si ce n'est que très vaguement.

— Eh bien, dites-vous que ces runes sont un peu pareilles. Au même titre que les chiffres sont magiques, ces runes le sont également.

— Et ont permis d'enchanter la fontaine, comprit Salazar. Mais que fait-elle exactement ?

— Ben, elle montre des souvenirs, évidemment ! »

Salazar et Rowena se tournèrent, surpris, vers Helga, qui les regarda d'un air confus.

« Quoi ? dit-elle. Ce n'est pas ça ? Pourtant, si ça s'appelle la Fontaine des souvenirs, cela semble logique, non ?

— Si... accorda lentement Salazar. Il est juste... étonnant de voir que vous avez compris cela si facilement.

— Euh... j'ai l'impression que vous m'insultez. C'est bien ça? »

Avant que Salazar ne puisse répliquer en lui envoyant une pique – parce qu'elle était une paysanne : évidemment qu'elle n'était pas censée être futée – ils furent interrompus dans une prévisible dispute par Rowena. Enfin, plutôt par un son mélodieux provenant de Rowena. Son rire. Doux, discret et enivrant.

« Vous avez tout à fait raison, Helga ! s'exclama-t-elle gaiement. D'ailleurs, laissez-moi pour remercier pour cela.

— Me remercier ? répéta Helga, confuse. P-pourquoi donc ?

— Parce que c'est moi qui ait baptisé cette fontaine ainsi. Donc vous me flattez en disant cela. »

Helga parut soulagée et ne tarda pas à répondre, d'un ton tout aussi guilleret :

« Ah, ouf ! J'ai cru que vous parliez du fait que Salazar m'insulte. »

Ce dernier, justement, soupira face au ridicule de la situation.

« Pourrions-nous nous reconcentrer, je vous prie ?

— Bien sûr, répondit alors Rowena en se tournant vers la Fontaine de souvenirs. Comme l'a si bien et simplement expliqué Helga, il s'agit d'une construction enchantée permettant de voir des souvenirs. Mais il faut savoir, avant toute chose, que les choses viennent de quelqu'un, en l'occurrence de ceux pouvant en avoir.

— Donc par exemples, les hommes ? devina Salazar.

— Oui, mais pas que. Les animaux le peuvent également, même si l'idée reçue est qu'ils ne possèdent ni âme ni esprit.

— Vous pensez qu'ils possèdent cela ? s'étonna Salazar.

— Absolument. Pas vous ? »

Salazar ne répondit pas, même si son silence devait s'expliquer pour lui. Il ne voulait pas insulter Rowena, mais il trouvait stupide l'idée que les animaux puissent avoir certaines similitudes avec les humains.

Enfin, chacun était libre de croire ce qu'il voulait... un peu comme ces imbéciles de moldus qui pensaient que tous les êtres magiques voulaient leur mort. Finalement non, tous ne devaient pas être libres de penser ce qu'ils voulaient, sinon cela leur ferait faire des choses horribles. Mais Rowena semblait une personne bien plus sage qu'un quelconque moldu.

« Donc vous disiez que certains souvenirs pourraient provenir d'animaux ? reprit Salazar.

— Comme je l'ai dit, cela n'est pas une hypothèse mais une certitude.

— Comment pourriez-vous le prouver ?

— Parce que le souvenir que vous allez voir provient d'un dragon. »

Salazar cligna des yeux, incapable de dire quoi que ce soit. Il ne s'attendait pas du tout à cela, du moins pas de la part de Rowena, qui l'observait aussi sérieusement que possible. Elle ne plaisantait pas.

« Vous êtes sérieuse ? Oh, mais c'est fantastique ! » s'exclama Helga.

Salazar et elle n'avaient visiblement pas la même opinion de ma situation, mais cela ne l'étonnait pas. Après tout ça de temps, il ne pouvait plus être si surpris par Helga.

« Bien, puisque je vois que cela attire votre attention, êtes-vous prêts ? demanda Rowena.

— Bien sûr ! déclara aussitôt Helga. Et vous, Salazar ?

— Oui, je suis prêt.

— Bien. Dans ce cas, touchez l'eau de la fontaine et laissez-vous aspirer, dit Rowena.

— Se laisser aspirer ? » répéta Salazar sans comprendre.

Il fut trop tard pour plus d'explications parce que Salazar, comme Helga, imita Rowena et tendit sa main dans l'eau. Aussitôt, l'étrange brume qui s'évaporait de l'eau argentée sembla s'intensifier et Salazar se sentit aspiré par l'eau.

Il n'eut pas le temps de réagir qu'en un clignement des yeux, le décor autour de lui se transforma. Tout devient beaucoup plus sombre, alors qu'il se sentit tomber, comme s'il chutait d'une falaise sans fin. En un instant, encore une fois, tout changea autour de lui.

Il entendit des cris et des pleurs. Des bruits de pas précipités. Des cliquetis de métal qui résonnaient. Des chevaux qui hennissaient.

Et finalement, il le vit. Un champ de ruine et de désolation, de sang et de larmes. Un champ de bataille. Les moldus s'enfuyaient à toute vitesse, le pointant comme s'ils étaient en face du diable lui-même.

Salazar savait que son point n'était pas le sien, mais celui du dragon. C'étaient les souvenirs de la bête, imposante et majestueuse.

Un fou se tenait devant le dragon. Il était vêtu de rouge, et se démarquait des autres parce qu'il ne bougeait pas, se tenait devant le héraut du désastre, épée en main et ses yeux brûlants d'une détermination sans faille.

Godric.

Derrière lui, il y avait quelqu'un, un chevalier aussi, semblerait-il par son armure. Un garçon de son âge, aux courts cheveux bruns et qui l'observait avec des yeux remplis d'effroi. Il était paralysé par la peur.

« Gray, enfuis-toi, ordonna Godric, sans que son regard ne quitte le dragon. Pars, maintenant !

— P-partir ? répéta le fameux Gray. Non ! H-hors de question que je te laisse affronter ça ! »

''Ça'' poussa un cri à briser les tympans en direction du ciel avant de s'approcher des deux hommes, levant une de ses pattes vers eux. Godric poussa son compagnon au sol alors que lui-même se baissa, se laissant tomber par terre pour se tourner sur le dos et asséner un coup d'épée dans la patte du dragon.

Celui-ci hurla de douleur et se recula, permettant aux deux chevaliers de se relever. Godric s'approcha de Gray, l'attrapant par le bras alors qu'il s'écria :

« Partons ! »

Ils étaient fous de croire qu'ils pourraient échapper à un dragon. En un instant, le monstre s'envola, et se mit en travers de leur chemin. Ils ne pouvaient fuir. Alors Godric, téméraire et idiot, agrippa son épée de ses deux mains et se précipita vers le dragon, bien décidé à le pourfendre. Sauf que le dragon ne mit pas longtemps à réagir. Il pivota et se servit de sa queue aux piques acérées pour l'envoyer au loin.

« GODRIC ! »

Godric fut propulsé violemment au sol. Il ne parvenait pas à se relever, son visage se tordant de douleur. Le dragon ne se préoccupa même pas de Gray, ses yeux rivés sur Godric. Il tendit son cou en l'air, comme pour prendre une profonde inspiration avant de se pencher en avant, vers Godric.

Si celui-ci ne parût pas comprendre pourquoi, Gray, lui, comprit. Il se précipita vers Godric, qui écarquilla les yeux d'horreur en s'écriant :

« GRAY ! NON ! »

Ce fut trop tard. Un flot de flammes se déversa de la gueule géante du dragon. Godric et Gray disparurent sous les flammes. Ils devraient être morts, mais Salazar savait que ce n'était pas le cas. Sinon il n'aurait jamais rencontré Godric.

Alors que c'était-il passé ? Il eut bien vite sa réponse, quand les flammes s'estompèrent et révélèrent les deux chevaliers.

Godric était à affalé au sol, se protégeant la tête avec ses bras. Devant lui, Gray, à genoux, les bras tendus et tournant le dos au dragon. Contrairement à Godric qui était pratiquement intacte, son dos était rouge, couvert de brûlures. S'il était encore en vie, ce serait un miracle.

Salazar ne comprit pas ce qui venait de se passer, mais Godric, en levant les yeux vers son ami, le fit. Il vit Gray, qui venait de prendre toutes ces déflagrations de feu sur lui pour le protéger, et cria. Il poussa un hurlement à déchirer le cœur, alors que ses yeux se remplirent de larmes et qui se leva précipitamment jusqu'à Gray.

« Gray... Gray ! GRAY ! »

Gray ne lui répondit pas. Quand Godric lui attrapa l'épaule, ses bras s'abaissèrent et s'affalèrent le long de son corps alors que sa tête tomba sur l'épaule de Godric. Toujours sous le choc, Godric le secoua.

« GRAY ! TIENS BON ! GRAY ! »

Mais il parlait à un cadavre. Gray s'effondra par terre, sans que Godric n'ait le réflexe de le rattraper. Ses yeux étaient vides, et son visage inexpressif. Cela sembla être un déclic pour Godric, puisqu'il ne tenta plus de s'approcher de lui, et se contenta de le fixer, ses yeux ne croyant pas en la réalité des faits.

Le dragon, pendant ce temps, penchait la tête de côté. Comme s'il ne comprenait pas pourquoi une de ses deux proies était encore vivante. Alors il recommença son œuvre et se prépara à cracher un nouveau jet de flammes.

Godric tourna la tête vers lui. À travers ses larmes, ses yeux brillaient encore d'une détermination féroce, mais cette fois d'une détermination emplie d'une rage profonde et d'une haine sans fin. Dans un geste inconsidéré, il tendit sa main devant lui.

Il aurait dû se faire brûler lui aussi, mais les choses ne se passèrent pas ainsi. Les flammes dévièrent, comme si un champ de protection entourait Godric et le défunt Gray. Aucune flamme ne passa. Sans même se rendre compte de ce qu'il faisait, Godric se leva et, épée en main, marcha vers le dragon, qui tentait toujours de le brûler vif, sans succès. Quand il calma ses flammes, Godric se trouvait devant lui, son épée dressée haute dans les airs, se reflétant avec les rayons du soleil. Il le dominait par sa taille, la tête du dragon étant pratiquement posée au sol.

Avant que la créature magique ne puisse réagir, Godric abaissa son épée. Le dragon ne vit que ses yeux froids et indifférents avant qu'une douleur atroce ne le frappe et que l'obscurité envahie sa vision.

« Toi qui a été envoyé par la Sorcière de la Forêt... Dis à ta maitresse que Godric Gryffondor mettra fin à son existence, même si c'est la dernière chose que je dois faire. »


L'étang écrit dans le chapitre est complètement inspiré de Princesse Mononoké. Pour ceux qui l'auraient vu et s'en rappelleraient, c'est dans la scène où Ashitaka entre dans la forêt avec les blessés et, alors qu'il rassemble de l'eau dans son bol rouge, voit au loin le dieu-cerf avec des cerfs (ou des biches, je ne me rappelle plus. Je crois que ce sont des cerfs, ça serait plus logique). Comme Princesse Mononoké est mon film préféré de tous les temps, je n'ai pu m'empêcher d'y mettre une petite référence.