Chapitre 8 (jour 2)

Arthur, Merlin et les chevaliers

Après le repas, Merlin descendit les affaires d'Arthur à l'écurie. Son cheval était déjà prêt et certains chevaliers étaient déjà dans la cour. Le palefrenier s'occupait du cheval de Merlin.

- Il fait déjà chaud, s'exclama Lancelot.

- J'espère que nous partirons bientôt, continua Gwaine.

- Oui, intervint Merlin. Arthur donne les dernières consignes à Sir Léon.

Il ne fallut donc pas attendre longtemps avant que le roi ne descende lui aussi dans la cour. Il grimpa sur son cheval et ses chevaliers en firent de même. Guenièvre était venue dire au revoir à Lancelot. Elle était bien ronde maintenant et allait bientôt accoucher. Elle fit un petit signe à Merlin en lui souhaitant bon courage. L'aurore pointait tout juste quand la colonne de chevaliers se mit en route avec Arthur et Merlin à sa tête.

En milieu de matinée la chaleur se fit de plus en plus pesante. Lancelot et Perceval badinaient tranquillement entre eux juste derrière Arthur et Merlin. Chacun d'eux était silencieux ce qui étonna Lancelot. D'habitude les deux jeunes gens se chamaillaient pendant ce genre de voyage, Merlin ne supportant pas le cheval et Arthur ne supportant pas les plaintes de son serviteur.

Depuis quelques temps déjà, plusieurs chevaliers se posaient des questions sur la relation qu'entretenait Arthur avec son serviteur. Les relations amoureuses entre hommes n'étaient pas proscrites à Camelott, et même autorisées. Si les deux jeunes gens semblaient épris l'un de l'autre pour beaucoup il n'y avait qu'eux qui ne voyaient rien. D'ailleurs Gwaine avait lancé des paris sur qui se jetterait à l'eau le premier ; beaucoup misaient sur Merlin qui était plus téméraire et avait beaucoup moins à perdre qu'Arthur en lui avouant.

Lamorak, le frère aîné de Perceval, était parti en éclaireur avant la troupe. Il retrouva son roi et le reste des chevaliers sur la route. Il informa Arthur qu'à environ une heure de cheval, peut-être moins, une rivière coulait à l'orée de la foret, qu'elle longeait. Arthur approuva l'arrêt pour prendre un peu de repos pendant la journée.

La petite troupe composée d'une quinzaine de chevaliers suivit donc l'armoire à glace qu'était Sir Lamorak. L'homme était bon chasseur et pisteur et il était aussi grand qu'une montagne. Il partait souvent en reconnaissance au devant du reste des troupes.

Perceval, le petit frère de Lamorak, vint se placer à ses coté pour discuter un peu. Merlin commença à se plaindre de ce périple fort ennuyeux pour lui. Il dit à Arthur qu'il aurait mieux fait de rester à Camelott.

- Non j'ai besoin de toi à mes côtés. Tu es mon serviteur ! crut-il bon de rajouter.

- Arthur ne faites pas l'enfant ! Vous avez 26 ans maintenant, bientôt 27.

- Et alors ? Un serviteur est un serviteur et comme son nom l'indique il sert !

- Je ne suis pas votre esclave…

- Je n'ai jamais dit ce genre de chose.

- Non mais vous le sous-entendez assez souvent depuis que je suis à votre service.

- Si tu te plains tu n'as qu'à démissionner. Si je suis autant un tyran !

- Je ne vous ferai pas ce plaisir.

Ils ne se rendirent même pas compte que les premiers chevaliers qui les suivait se tenaient à plus de dix mètres d'eux afin de ne pas les déranger dans leur dispute.

Finalement Lamorak se retourna vers son roi et toussota. Arthur arrêta sa dispute avec son serviteur et regarda le chevalier qui lui fit signe qu'ils étaient arrivés à destination. Il les fit entrer dans la foret, et quelques mètres plus loin on distinguait le ruisseau plus qu'une rivière qui s'écoulait.

Les chevaliers attachèrent leurs chevaux près de l'eau et commencèrent à installer des toiles entre les branches. Arthur eut droit à une espèce de tente en toile. Le roi était fatigué et il voulait se reposer. La plupart des chevaliers voulaient en faire autant. L'heure plus que matinale à laquelle ils s'étaient levés n'était pas habituelle pour eux et la canicule les épuisait. Un tour de garde fut décidé et chacun alla se reposer dans un coin.

Bohort prépara un repas simple pour tout le monde et chacun alla vaquer à ses occupations. Certains s'occupèrent des chevaux, d'autres allèrent dormir un peu et le reste monta la garde et papauta de tout et de rien.

Arthur avait décidé d'aller se reposer et il ne voulait pas que Merlin reste seul avec ses chevaliers.

- Merlin ! Tu peux venir ! Fit-il en appelant le jeune homme sous la tente de fortune.

- Que voulez-vous Sire ? Dit le jeune homme en soulevant la tenture.

- Viens, assieds toi, fit le roi qui était déjà allongé sur sa paillasse. Je veux que tu restes près de moi !

- Pourquoi ? S'exclama le jeune homme un peu pris au dépourvu.

Arthur s'attendait à cette réaction.

- Je fais souvent des cauchemars Merlin…. Des cauchemars de ce jour.

Arthur n'eut pas à en dire plus pour que Merlin comprenne de quel jour il parlait.

- Pourquoi ne pas l'avoir dit plutôt ? Ça fait longtemps que ça dure ?

- Cinq… Peut-être six mois.

Merlin était vexé. Arthur ne lui avait rien dit et lui n'avait rien vu.

- Je suis vraiment le pire serviteur au monde.

- Pourquoi dis- tu ça ?

- je n'ai pas vu votre mal Arthur. J'aurais dû voir que quelque chose n'allait pas.

- Merlin… Quand je m'endors le soir et que tu es encore dans la chambre je ne fais pas de cauchemar. Tu… Tu m'apaises beaucoup… Tu es un serviteur loyal et un ami fidèle. j'espère que tu resteras longtemps à mon service.

- Toujours Arthur… C'est une promesse, sourit le magicien.

- Je suis épuisé. Tu restes là ? C'était plus une question qu'un ordre.

- Oui. Je ne bougerai pas. Dormez tranquille Arthur.

Arthur ne tarda pas à s'endormir. Le jeune Merlin regardait son roi attendri. Arthur comptait beaucoup pour lui, beaucoup trop. Il avait des secrets pour son roi et il n'aimait pas ça. De plus, plus le temps passait plus Merlin s'en voulait et se demandait comment allait le prendre Arthur, le jour où il apprendrait qu'il était un sorcier. Encore qu'avouer ce secret là lui paraissait moins terrorisant que d'avouer à Arthur son autre secret. Celui qu'il avait enfoui au plus profond de son âme. Le déclencheur fut l'épisode de la licorne. Arthur avait bu la coupe à sa place alors qu'il était lui-même prêt à se sacrifier pour son prince. Quand Arthur s'était effondré devant lui son coeur s'était serré et il avait cru mourir. Il avait alors compris que ce sentiment qui l'emplissait de joie quand il était aux cotés d'Arthur n'était pas qu'un simple sentiment d'amitié. Il aimait Arthur et il était prêt à tout pour lui, même à donner sa vie.

Dehors, la plupart des autres chevaliers s'étaient assoupis. Lancelot et Urgan avaient pris le premier tour de garde. Les deux hommes étaient côte à côte et discutaient de la grossesse de Genièvre. Cette dernière était fatiguée et avait des envies de nourritures diversse et variées qui étonnaient Lancelot. Elle était redevenue très amie avec Lady Morgana qui l'aidait beaucoup dans sa grossesse et pendant les absences de lancelot. Genièvre pleurait beaucoup disant qu'elle était grosse, difforme et immonde.

- Et vous Seigneur Urgan… Vous êtes encore célibataire ?

- Oui Seigneur Lancelot… Toujours célibataire.

- Il serait temps de vous trouvez une femme non ? A moins que vous préfériez les hommes?

- Non… S'offusqua le chevalier. Enfin je veux dire non je ne suis pas plus intéressé que ça par les hommes. Je préfère les femmes.

- C'est quoi votre type de femme ?

Le grand chevalier qu'était Urgan s'empourpra. Il était grand et blond, les yeux d'un bleu perçant. Il avait un accent venant des contrées nordiques qui le rendait, selon les dames de la cour, fort charmant. Urgan maniait une grande hache à double tranchant mais était aussi fin archer. Il ne répondit pas à Lancelot, s'excusa auprès du chevalier, se leva et s'en alla un peu plus loin dans le camps, hors de porté de Lancelot. Ce dernier fut d'ailleurs intrigué du comportement d'Urgan. Quelle femme pouvait mettre le puissant seigneur du nord dans un tel état ? Il ne s'en formalisa pas et laissa l'homme tranquille.

Le temps fila assez vite et la fin d'après midi fut la. Merlin n'avait pas bougé de la tente d'Arthur. Il s'était assoupi à côté de son maître. Arthur s'éveilla doucement. Il sourit en voyant Merlin à ses côtés. Il leva sa main pour la passer dans les cheveux de jais mais retint son geste au dernier moment. Il se leva et sortit de la tente. Il donna l'ordre à ses chevaliers de rassembler les affaires et de lever le camps. Merlin sortit de la tente et aida les chevalier à replier la tente d'Arthur.

Tout le monde monta sur sa monture et la colonne reprit sa route dans le calme. Ils ne s'arrêtèrent que quelques heures plus tard alors que la nuit était déjà bien tombée. Ils installèrent le camp et mangèrent tranquillement. Les tours de garde furent mis en place. Gwaine et Perceval commencèrent alors que tout les autres allaient essayer de dormir malgré la chaleur qui les accablait.