Mon propre endgame :) Un chapitre où je laisse à Noctis de multiples possibilités de rééquilibrer le karma. Mais Noctis étant Noctis, le karma a quelque peu du mal à appliquer sa loi...
L'instant musical : Voyage, voyage de Desireless, quoi d'autre ?! ^^ Ou n'importe quoi de l'OST d'Initial D, bien entendu ;) Mais j'ai eu envie de conclure, par nostalgie et sentimentalisme de fin de fic, avec Stand by me que j'ai écouté pour terminer ce chapitre. Ce coup-ci, la version de Skylar Grey.
Merci d'avoir lu cette fic qui m'a fait très plaisir à écrire, aussi improbable et stupide soit-elle ! Ça m'a défoulée et ça m'a remonté le moral plus d'une fois. J'espère que vous vous serez également amusés. J'ai eu plus de mal que prévu à conclure cette fic, tout bêtement parce que je m'y suis attachée un peu plus que prévu :)
Une dernière fois pour cette fic, en espérant vous revoir ailleurs : enjoy !
Et enfin, ce chapitre est dédicacé à miidi-nette ! Merci pour tout. Et j'espère que le voyage continuera :)
ÉPILOGUE : Souvenirs d'un voyage
Do you like my car?
Guess you're ready
'Cause I'm waiting for you
It's gonna be so exciting!
Got this feeling
Really deep in my soul
Let's get out, I wanna go
Come along... Get it on!
Gonna take my car
Gonna see me
Gonna drive along 'til I get you
'Cause I'm crazy... Hot and ready
But you'll like it!
I wanna race for you!
Shall I go now?
Gas gas gas!
I'm gonna step on the gas
Tonight I'll fly!
And be your lover
Yeah yeah yeah!
I'll be so quick as a flash
And I'll be your hero
Gas, Gas, Gas, sur l'OST de Initial D
I
Noctis fixa les clefs que lui tendait Ravus, incrédule.
« Tu... tu me laisses conduire ?! »
— On m'a retiré mon permis... pour excès de vitesse... marmonna le prince de Tenebrae en détournant le regard.
— C'est vrai ?!
— Arrête d'avoir l'air aussi réjoui, Noct... Et je te préviens, t'as plutôt intérêt à pas l'abîmer...
— Je suis un super conducteur, demande à Ignis !
— Justement... Il s'avère que je lui ai demandé... »
Ravus le fixa d'un regard qui voulait dire : « Et ça m'a pas rassuré du tout ».
Noctis grimaça.
« L'écoute pas, il flippe dès que quelqu'un passe la cinquième... Et puis de toute façon, je te rappelle que c'est toi qui as perdu ton permis parce que tu conduis comme une brute, donc bon, les leçons de morale... »
Ravus émit un claquement de langue agacé et s'installa sur le siège passager de sa Ferrari. Il ne s'était jamais assis là et ça le rendait nerveux. Mais il fallait bien se résigner : c'était ça, le mariage... À choisir, il aurait opté pour la Regalia plutôt que de mettre sa belle bagnole en danger, mais Gladio et les autres l'avaient réquisitionnée pour leurs propres vacances. Il soupira.
« Quoi qu'il en soit... Essaie de rester prudent.
— Pas de problème ! » s'exclama Noctis en s'installant au volant.
Il passa une bonne minute à effleurer religieusement son nouvel environnement : volant, tableau de bord, portière, siège...
« Noctis, t'as l'air d'un illuminé.
— Dixit le type amoureux de sa bagnole.
— Démarre.
— Ouais, ouais, ça va ! »
Évidemment, le prince du Lucis se mit à sourire béatement dès qu'il entendit le grondement sourd de la bagnole, et garda cette expression le temps qu'ils quittent la ville, et son sourire ne fit que s'élargir quand il put enfin lancer la voiture à pleine puissance sur les routes de campagne.
Ce fut à ce moment-là que Ravus commença à blêmir.
La capitale était déjà un labyrinthe tortueux et pentu, mais dès qu'on en sortait, on passait dans des routes de montagne comportant des virages en épingle à cheveux, et pas toujours très bien sécurisés. Alors la conduite de type rallye de Noctis avait de quoi lui donner les cheveux blancs qu'il avait déjà.
Puisque son mari allait passer le restant de sa vie à Tenebrae, Ravus lui avait concédé sans difficulté le plaisir de passer leur voyage de noces au Lucis. Il ne l'aurait jamais admis tout haut, mais il aimait bien le Lucis. Du moins, ses paysages. Et son idiot de prince. Et ce serait sans doute agréable d'y séjourner en plein été... peut-être profiter de la mer... Enfin, ça, c'était s'ils arrivaient là-bas en vie.
Ravus attrapa ce à quoi il pouvait se raccrocher, tandis qu'il fixait le virage qui approchait à grande vitesse.
Il va pas freiner. Bon sang, il va pas freiner.
« Les vrais décélèrent en rétrogradant, pas en freinant comme des brutasses », fit remarquer Noctis devant son trouble.
Que pouvait-il répondre à ça, hein ? À part peut-être...
« Je... je ne veux pas mourir... »
Noctis passa de la quatrième à la première en faisant rugir le moteur. Il éclata de rire tandis qu'il abordait le virage avec un coup de volant énergique. Ravus, qui se trouvait du côté du vide, ferma les yeux.
Quelques secondes plus tard, il les rouvrit prudemment. Il était toujours vivant. Et Noctis avait l'air très fier de lui.
« Noct, je vais te tuer... marmonna-t-il d'une voix blanche. Enfin, si tu ne t'en charges pas toi-même...
— Détends-toi... Me dis pas que t'es trop vieux pour ça, hein, Ravus...
— Tu vas tellement regretter ton insolence...
— Ouh ! Ça a l'air chaud quand tu le dis comme ça...
— Ça reste à voir », grogna le prince de Tenebrae.
Mais Noctis n'en perdit pas son sourire.
Le soir venu, il insista pour continuer à rouler, si bien que quand il se retrouva affamé et épuisé, il n'y avait aucun hôtel à des kilomètres.
« Super, et on fait comment, maintenant ? demanda Ravus. On n'a pas de matériel de camping, je te signale. »
Noctis se gara sur le côté et lui jeta un regard de biais.
« Descends, fit-il d'un ton un peu embarrassé. Je vais te montrer un truc.
— Est-ce que c'est quelque chose qui va me plaire ?
— Quelque chose qui va régler le problème, en tout cas. »
Ravus leva les yeux au ciel. Qu'est-ce que Noctis pouvait bien avoir encore en tête ?! Il s'exécuta néanmoins, et attendit les bras croisés que son abruti de mari trouve une solution miracle.
« Bon, voilà, fit Noctis en se frottant la tête. C'est une sorte de secret. Parce que... Disons que c'est pas le truc le plus classe du monde et que chez moi, on aime bien faire des mystères autour des pouvoirs des Lucii. Alors que y a certains trucs qu'on sait faire qui sont... plutôt prosaïques, en fait.
— Mais encore ? s'impatienta Ravus, déjà exaspéré.
— Bah... y a pas que les armes que je peux invoquer. »
Un éclat bleuté jaillit dans sa paume, et d'un geste de la main, tout l'équipement nécessaire pour camper confortablement apparut devant eux. Ravus cligna des yeux.
« Ouais... commenta Noctis en rigolant un peu. Je peux pas invoquer n'importe quoi... Mais certains trucs. Auxquels j'accorde une valeur sentimentale.
— Et c'est le cas de ces trucs ? » demanda Ravus, un peu intrigué maintenant.
Noctis haussa les épaules.
« Ouais. Les gars et moi, on part souvent faire du camping.
— Je vois. »
Noctis rigola encore bêtement, puis se tourna vers le bois qui jouxtait la route :
« Regarde, y a un sanctuaire là-bas. Tu m'aides à transporter tout ça ?
— Non. T'as qu'à les réinvoquer une fois au sanctuaire.
— Ok... »
Noctis suivit Ravus dans les bois obscurs, et par chance, ils ne tombèrent sur aucun daemon ou bête sauvage. Noctis était à peu près sûr que son mari gardait au moins une arme dissimulée sur lui, mais enfin, au cas où... Il n'avait pas tellement envie que sa survie ne dépende que de lui et de ses armes invoquées. Cependant, ils arrivèrent sains et saufs au sanctuaire, Noctis réinvoqua son matériel et de nouveau, il eut l'air gêné.
« Quoi, encore ?!
— Bah... D'habitude, c'est Gladio qui s'occupe de monter la tente...
— Hmm...
— Et... c'est...
— Ignis qui fait la bouffe, compléta Ravus d'un ton désabusé. Et Prompto et toi, vous servez à quelque chose ?
— ...soutien moral ?
— Je rêve... T'as qu'à les invoquer. Ils ont une 'valeur sentimentale', non ?
— Mais je peux pas invoquer des gens...
— T'as qu'à invoquer la Regalia, avec un peu de chance, ils seront dedans.
— Je... suis pas sûr que ça marche.
— Ferme-la et fais le peu que tu saches faire, je m'occupe de la tente. »
Quand il en eut terminé avec la tente, Ravus recula d'un pas et la regarda d'un drôle d'air. Un air... furieux ?! Qu'est-ce qui pouvait bien énerver Ravus à propos d'une tente ?
« Euh... Un truc qui ne va pas ? demanda timidement Noctis.
— Cette tente est minuscule, remarqua le prince de Tenebrae.
— Euh...
— Et tu as l'habitude de dormir là-dedans avec Prompto, Ignis ET Gladio ?!
— Bah...
— Et il ne s'est jamais RIEN passé ?
— Pas que je sache... » murmura Noctis, pensif, en se rappelant que Prompto et Gladio étaient en couple. En plus, il avait le sommeil plutôt lourd, alors ce n'était pas impossible que...
« Pardon ?! » s'étrangla Ravus.
Réalisant ce qu'il avait dû comprendre, Noctis piqua un fard.
« Enfin, je veux dire, pas avec moi, quoi ! protesta-t-il. Promis ! »
Ravus soupira.
« Bon... très bien... Je suis trop crevé pour m'engueuler. On n'a qu'à se faire à manger vite fait.
— Désolé...
— Débrouille-toi pour faire la bouffe, et tout est oublié.
— Ok... »
Noctis opta donc pour la sécurité : c'était impossible, du moins en théorie, de louper des nouilles instantanées. Ça suffit à satisfaire Ravus, qui, un peu plus tard, s'assura qu'il se passe au moins deux trois trucs dans cette tente qui lui convienne, et qu'il obtienne une forme de réparation pour l'attentat commis contre sa vie et sa santé mentale en laissant sa Ferrari entre les mains de Noctis.
II
Le lendemain, après s'être fait extorqué la promesse de conduire un peu plus raisonnablement, Noctis reprit le volant, et quelques heures plus tard, ils passaient la frontière et roulaient au Lucis. Noctis s'illumina en retrouvant les paysages familiers. Il avait beau être amoureux de Tenebrae, le Lucis resterait toujours son foyer, sa terre d'attache. Après tout, c'était là qu'il avait grandi, et rien ne pourrait jamais vraiment remplacer ça.
Au fil de la matinée, Ravus se détendit. Noctis avait cessé de vouloir l'impressionner, et ils roulaient maintenant à un rythme de croisière presque détendant. Il commençait à somnoler, agréablement réchauffé par le soleil d'été, quand Noctis se gara sur un parking.
« On s'arrête déjà ? » protesta-t-il d'une voix ensommeillée.
Noctis ne répondit pas, mais Ravus se réveilla très vite en voyant que son mari était de nouveau excité comme une puce. Et ça, ça n'annonçait jamais rien de bon.
« Regarde là-bas, l'étang ! C'est l'un des meilleurs coins à poissons du pays, et j'ai encore jamais eu l'occasion d'y aller !
— Tu... tu veux pêcher ?!
— Évidemment que je veux pêcher ! » fit Noctis en le regardant comme s'il lui avait demandé s'il préférait une salade ou une assiette de frites pour le déjeuner.
Comme il pouvait désormais dire adieu à toute velléité de sieste improvisée, Ravus suivit son mari sur le ponton. Noctis invoqua une canne à pêche, sous le regard atterré du prince de Tenebrae. Pas étonnant que la royauté du Lucis ne crie pas sur tous les toits qu'une partie de leurs pouvoirs consistait à se servir directement dans une quincaillerie surnaturelle. Quant au fait que sa canne à pêche ait une valeur sentimentale pour Noctis... Ravus préférait ne pas trop y penser.
D'abord, il se contenta d'observer. Noctis s'y connaissait, de toute évidence. Mais cette activité n'en paraissait pas moins à Ravus incroyablement ennuyeuse. Il fit un effort pour patienter... Et puis, il en eut assez. Noctis n'avait fait que quelques prises, et rien que des petits poissons moches, en plus. Ravus enleva tous ses vêtements, dépassa Noctis et fit un plongeon dans l'étang depuis le bout du ponton.
« Mais... ! articula Noctis d'un ton choqué. Tu vas faire fuir tous les poissons ! »
Ravus s'ébroua dans l'eau froide et légèrement vaseuse, fit quelques brasses, puis se rapprocha du ponton. Il se souleva d'un bras, attrapa le poignet de Noctis et tira.
« Mais ! Att-... ! »
Dans un splash très satisfaisant aux oreilles de Ravus, Noctis tomba tout habillé dans la flotte.
« Enfoiré ! s'exclama le prince du Lucis en remontant à la surface.
— Quelle jolie prise... murmura Ravus en se rapprochant.
— Hé ! T'es plein de vase !
— Toi aussi. Les fringues, tu peux les invoquer aussi ? Parce que celles que tu portes, je suis pas sûr que tu vas les retrouver quand j'en aurai fini avec toi...
— Déconne pas...
— C'est ce qui arrive quand tu pousses ma patience à ses limites. »
Ravus le poussa ensuite vers la rive, lui arracha ses vêtements et les jeta derrière lui dans la flotte sans la moindre considération.
« Mais... je peux pas invoquer de fringues... protesta Noctis, songeant qu'il allait être forcé de retourner à poil à la bagnole.
— Pas mon problème, marmonna Ravus en lui mordillant le lobe de l'oreille.
— Ok mais pas les chaussures...
— Très bien. »
Les chaussures se retrouvèrent donc sur l'herbe à côté d'eux, mais tout le reste disparut dans l'étang.
« Tu sais qu'on pourrait nous voir ?
— Ils sont mal élevés au point d'interrompre les gens qui baisent, chez toi ?
— Non, mais ils pourraient quand même nous voir.
— Peu importe... Touche-moi, Noct... »
Et bien sûr, 'Noct' ne pouvait pas refuser ce genre de demande, surtout quand Ravus employait ce ton à la fois sensuel et quémandeur.
« De toute façon, il était pas si bien que ça, ce coin à poissons, conclut Noctis quand ils eurent terminé.
— Moi, je l'ai trouvé parfait », commenta Ravus avec un demi-sourire, étendu sur l'herbe, les yeux clos.
Et après cinq minutes de persuasion, Noctis parvint à lui faire accepter d'aller lui chercher des fringues dans la voiture.
Après quoi, ils se remirent en route.
III
Le lendemain soir, ils étaient arrivés à Hammerhead. Ravus ignorait pourquoi Noctis tenait tellement à s'y rendre, mais en ce qui le concernait, ça lui était égal. Il découvrait que ce n'était pas si désagréable de se faire balader dans tout le Lucis sans avoir aucune décision à prendre. Et il fallait admettre que l'endroit avait son charme, avec ses bâtiments érodés par le vent, le soleil et le sable, et les étendues désertiques imprégnées d'une féerie presque lugubre qui entouraient la minuscule localité.
Ce soir-là, ils logèrent dans une simple caravane placée près du resto. Cette fois, Ravus prit sur lui et fit de son mieux pour s'abstenir de faire des commentaires sur l'étroitesse de ce logement que Noctis lui avoua de lui-même avoir fréquenté avec ses amis. Ils restèrent longtemps à l'extérieur, à regarder les gens vaquer à leurs occupations, sous le ciel turquoise qui se criblait d'étoiles à mesure que la nuit tombait. Ravus alluma une cigarette et observa la fumée se dissiper dans l'atmosphère tiède de la soirée. Il avait une drôle de sensation... Comme s'il avait perdu tout contrôle sur sa vie, et en même temps, ne s'était jamais senti aussi libre. Il aimait sa vie à Tenebrae... Mais il lui manquait quelque chose. Et ce quelque chose était incarné par le jeune abruti timide et complètement déraisonnable qui lui servait désormais de mari.
Alors, quand il alla se coucher ce soir-là, il se sentait en paix. Complet. Heureux, tout simplement.
Et, le lendemain matin, il comprit que le bonheur et l'amour étaient des faiblesses. Si jamais on se piquait de tomber amoureux et d'être heureux... Alors on avait intérêt à reprendre aussitôt le contrôle de la situation. S'il l'avait fait pendant qu'il en était encore temps... Rien de tout cela ne serait jamais arrivé.
C'étaient du moins ses pensées quand il rejoignit Noctis, qui discutait avec la jeune femme à peine habillée qui était apparemment la mécano du coin. Tous les deux avaient comploté quelque chose... Quelque chose qui visait sa magnifique Ferrari Portofino, autrefois d'un blanc éclatant, élégante, racée, bref... Superbe. Sa voiture. Son trésor. L'autre amour de sa vie.
Il avait dormi trop longtemps... Si seulement il s'était réveillé deux heures plus tôt... À présent, il ne pouvait qu'accepter le sort cruel que les dieux réservent aux hommes de peu de foi. Il ne pouvait que se plier aux caprices d'un destin marqué dès sa naissance par les augures néfastes, et, s'il en avait encore la force, pleurer ce qu'il avait perdu.
Sa Portofino avait été relookée jusqu'aux jantes. Elle arborait désormais un jaune indécent, une indignité encore accentuée par d'ignobles autocollants incluant chobobos, pampas et bombos enflammés. Les jantes rutilaient, rouge vif. Les sièges arboraient une couleur bordeaux qui jurait cruellement avec tout ce jaune, et le rouge des jantes.
Cette mécanicienne devait être le diable incarné pour avoir ainsi attenté à l'intégrité de sa Ferrari en si peu de temps. Et Noctis, un incube venu du tréfonds des enfers, pour l'avoir ainsi séduit, sachant comment il allait ensuite le poignarder dans le dos.
« Ah tiens, t'es enfin levé, fit Noctis en se tournant vers lui. T'es tout pâle ! T'inquiète, c'est du temporaire... Euh... Ravus ? »
Scié, Noctis regarda son mari qui... tomba dans les vapes. Était-il sujet à l'hypoglycémie ? Parce que ce n'était quand même pas le tuning, si ? Le prince du Lucis échangea un regard avec Cindy.
« Je crois qu'il n'aime pas trop les couleurs flashy », commenta la mécano avec un sourire en coin.
IV
Noctis finit par convaincre Ravus que le relooking de sa voiture ne justifiait pas un incident diplomatique entre leurs deux nations, mais de justesse. Il lui expliqua ensuite que ce n'était que du temporaire et le persuada de la laisser comme ça juste quelques jours en lui promettant de se prêter à n'importe quel fantasme exotique que Ravus pourrait avoir en tête. Et faillit le regretter en voyant une lueur intéressée s'allumer dans ses yeux. Mais bon, c'était aussi ça, le mariage : savoir vivre dangereusement.
En tout cas, Ravus garda ses lunettes noires toute la journée dans l'espoir que personne ne le reconnaisse. Noctis trouva ça exagéré, mais il savait bien qu'il n'y avait aucun moyen de raisonner son mari dans ce genre de circonstances.
Le matin, ils avaient pris le petit-déjeuner chez Takka, qui demanda à Noctis si par hasard, ils ne se rendraient pas à Lestallum. Le prince dit que si, peut-être, et le chef en profita pour lui donner une liste de courses... que Noctis, bien entendu, accepta sans discuter. Le soir du même jour, ils se trouvaient donc sur la place du marché de Lestallum, Noctis totalement perdu parmi les stands croulant d'ingrédients dont il n'avait jamais entendu parler de sa vie. Il montra la liste de Takka à plusieurs vendeurs. Le premier lui donna une poudre jaune à la forte odeur épicée... et sa propre requête.
« Vous comprenez, les chasseurs du coin sont débordés... Ça m'aiderait vraiment. »
Noctis regarda le vendeur, puis regarda Ravus, qui l'observait de façon illisible derrière ses lunettes noires, puis regarda encore le vendeur.
« Euh...
— Je vous ferai un prix ! Merci, hein !
— De rien... »
Ravus hocha la tête, comme en réponse à une question qu'il se serait posé à lui-même.
Au stand suivant, Noctis obtint le second ingrédient de la liste de Takka. Du steak de bulette. Ça, les bulettes, il connaissait. Ces bestioles étaient littéralement capables de rouler sur les gens, et son bras droit en savait quelque chose. En réaction au souvenir douloureux, il se massa le bras inconsciemment, puis il prit les steaks que lui tendait le vendeur.
« Vous savez, déclara ce dernier, les livreurs se perdent sans arrêt, de la baie de Galdina à ici. Ou bien, ils vendent leurs stocks plus près. Mes commandes n'arrivent jamais ! Vous pouvez aller me chercher ces fruits de mer ? La récompense sera à la hauteur de vos efforts ! »
Noctis regarda le vendeur, puis regarda Ravus, toujours imperturbable derrière ses lunettes de soleil, et regarda à nouveau le vendeur.
« Bah...
— C'est vraiment gentil de votre part !
— C'est rien... »
Au troisième stand, le vendeur lui donna la farine sans gluten vendue uniquement à Lestallum que Takka demandait, mais bien entendu, ce vendeur-là aussi avait une petite commande à passer :
« Vous comprenez, c'est un ingrédient hyper rare au Lucis. On n'en trouve qu'au Cap Caem ! Et j'ai personne à envoyer là-bas en ce moment... »
Noctis regarda le vendeur, puis regarda Ravus, qui ne disait toujours rien, bras croisés, braquant ses lunettes accusatrices sur lui. Le prince regarda de nouveau le vendeur.
« C'est à dire que...
— Ah ! Je savais qu'on pouvait compter sur vous.
— Si je peux aider...
— Vous êtes super ! »
Cette fois, Ravus secoua lentement la tête, toujours sans rien dire. Enfin, ils quittèrent la place du marché et se mirent à déambuler dans les rues étroites de la petite ville à la température toujours torride. Noctis sentait la désapprobation muette de son mari comme si elle avait formé une sorte d'aura néfaste et glaciale tout autour de lui, et son silence polaire commençait à lui donner la chair de poule.
« Bon, tu vas dire quelque chose, ou me juger sans rien dire pendant le reste de la soirée ?! »
Ravus esquissa un sourire, et répondit tranquillement :
« Je songeais juste que c'était intéressant et beaucoup trop tentant à exploiter...
— Quoi ?!
— Ton incapacité à dire non... »
Noctis piqua un fard.
« Mais je sais dire non...
— Si tu le dis...
— Et puis de toute façon, les endroits où ils nous ont dit d'aller, je voulais y passer de toute façon, alors... Ça fera d'une pierre deux coups.
— Hmm-hmm.
— Arrête de me juger ! Et enlève ces foutues lunettes, ça me stresse de pas voir tes yeux ! »
Le sourire de Ravus s'élargit, mais il n'ôta pas ses lunettes.
V
Ils regagnèrent la chambre d'hôtel et Noctis rangea les achats effectués pour le compte de Takka dans le mini-frigo, juste parce qu'il craignait qu'invoquer une glacière ne déclenche à nouveau les moqueries de Ravus. Puis, il se prit une bière et s'assit au bout du lit, soudain à court d'énergie. Il n'aurait pas pensé qu'un voyage de noces puisse être aussi fatigant. Il fallait dire que son mari n'était pas de tout repos, non plus ! Il s'y attendait en l'épousant, mais quand même. Au moment où il se faisait ces réflexions, Ravus sortit de la salle de bain, ceint d'une serviette blanche, encore tout humide. Noctis laissa son regard s'égarer sur l'anatomie avantageuse de son mari tandis que celui-ci piochait des vêtements dans sa valise. Et soudain, il se demanda quel pouvait bien être ce fantasme exotique qu'il lui avait promis de réaliser. Le fait de ne pas savoir commençait à l'angoisser. Il réfléchit, le regard perdu sur la chute de reins de son époux. Faire l'amour dans un lieu public ? Se déguiser ? Jeu de rôles ? BDSM ? Les sous-vêtements comestibles ? Un plan à trois ? Essayer les filles ?
Se sentant probablement observé, Ravus se releva et se tourna pour le regarder.
« Tu en fais une tête... C'est mon corps à moitié nu qui t'angoisse comme ça ? »
Noctis secoua la tête, confus. Pourquoi fallait-il que Ravus lise aussi aisément sur son visage ? Ça lui donnait toujours un avantage, puisque le prince de Tenebrae, lui, était doué en poker-face.
« Ha ! Je sais à quoi tu penses... Hmm... Voyons voir. Ça implique plusieurs choses. »
Il se pencha à nouveau vers sa valise, y prit un objet qu'il balança sur le lit, et le regarda avec un grand sourire.
« Ça, et un dîner. »
Noctis observa prudemment l'objet.
« Oh, et j'ai oublié le dernier détail », sourit Ravus en lui montrant une télécommande.
Noctis eut la nette sensation de sentir le sang quitter son visage, et pourtant, au même moment, une rougeur embarrassante afflua sur ses pommettes.
« Ça sera sans doute un peu inconfortable, continua Ravus. Enfin... pour toi. Mais seulement au début... et ça en vaudra la peine.
— Je sais pas si je peux faire ça, Ravus... »
Le prince de Tenebrae prit une expression peinée qui fonctionna malgré le fait que Noctis sache qu'elle était artificielle. C'était ça, d'être dingue d'un type trop beau, trop sûr de lui, et qu'il avait commis la bêtise de vouloir épouser.
« Quand tu m'as fait la morale sur la difficulté de créer un couple qui dure, je m'attendais pas à ce genre de difficultés... »
Ravus le contempla un moment, puis alla s'asseoir sur le lit à côté de lui. Noctis sentit l'odeur boisée de son déodorant, et un frisson se coula insidieusement entre ses vertèbres.
« Ce n'est pas une obligation, dit Ravus. Je trouverai un autre moyen de me venger en ce qui concerne ma Ferrari... C'est pas les idées qui me manquent, à vrai dire. Vois ça comme une suggestion. Il se pourrait bien que d'ici quelques heures, tu t'offres l'une des meilleures nuits de ta vie, juste parce que tu l'auras attendue pendant très, très longtemps... »
Ravus termina sa phrase en la lui chuchotant à l'oreille, et un nouveau frissona cascada dans son dos.
« Ok... s'entendit-il murmurer. Mais j'ai besoin de deux autres bières, minimum. »
Ravus sourit, écartant une mèche de cheveux de son visage avant de poser un baiser sur sa joue.
« Ce que tu voudras, amour. »
Il avait un don. Pour le convaincre de n'importe quoi. Il fallait entendre ce timbre grave et vibrant, aussi... Ah oui, et puis... il ne savait pas dire non, après tout, pas vrai ? Mais en ce cas précis, ce serait peut-être, en insistant sur le 'peut-être', une bonne chose.
Une heure plus tard, ils sortaient pour dîner en ville, Noctis un rien emprunté, mais en fin de compte, il n'était pas sûr que son attitude diffère beaucoup de l'ordinaire. Il s'assirent en terrasse, dans un coin exposé aux derniers rayons du soleil. Comme toujours à Lestallum, il y avait beaucoup de monde dans les rues, un groupe improvisait un concert de salsa dans un coin de la place, les gens riaient, fumaient, buvaient et discutaient sans sembler se soucier de quoi que ce soit au monde, à part de remplir leur verre.
« Donc, résuma Ravus en dégustant son apéritif, le lac Vesper, le cap Caem, la baie de Galdina. C'est ça la suite ?
— Ouais... » fit Noctis, gêné, et un brin angoissé.
Chaque fois que Ravus faisait mine de tendre les mains vers ses poches, il se raidissait. Et Ravus ne manquait jamais de le remarquer, ce qui accentuait son embarras.
« Détends-toi, Noct.
— J'essaie, figure-toi », grommela-t-il en finissant son verre cul sec.
Ravus attrapa sa main sur la table, et serra ses doigts entre les siens.
« Chaque fois que je te regarde, murmura-t-il, je vois une personne que je ne peux pas contrôler, peu importe les jouets que je peux utiliser sur toi.
— C-Comment ça ? » demanda Noctis, confus.
Un dildo vibrant à l'aide d'une télécommande, lui, ça lui paraissait plutôt un bon moyen de prendre le contrôle sur quelqu'un.
« Tu crois que tu es facile à avoir ? » demanda Ravus avec un sourire presque rêveur, ce qui augmenta la confusion de Noctis.
Il se décala sur sa chaise et observa son mari en essayant une énième fois de lire sur son visage.
« Ce n'est pas parce que tu es timide et que tu sais pas dire non que je peux t'atteindre, continua Ravus. Ce n'est pas non plus parce qu'on est mariés. Je te regarde, et je vois quelqu'un qui m'échappe. »
Noctis le fixa avec de grands yeux.
« Je ne comprends pas... »
Il ne vit même pas, cette fois, le mouvement de Ravus. Le dildo se mit à vibrer, en sourdine, très doucement dans ses entrailles.
« Laisse-moi croire que tu es à moi. »
Il cligna des yeux.
« Mais je...
— Je ne fais que jouer. J'aime l'idée que tu sois à moi, mais ce n'est que l'idée que j'aime, et en fait, ce que j'aime par-dessus tout, c'est que tu ne le seras jamais... à moi. »
Noctis prit le temps de peser ces paroles. Ça lui plaisait plutôt bien. Et il aimait aussi le fait qu'ils puissent partager, en plein lieu public, quelque chose d'incroyablement intime, sans que quiconque ne puisse s'en rendre compte. Ça... et le fait que l'instrument de torture made in Tenebrae l'excitait sans qu'il ne puisse rien y faire. Ravus avait raison... Il n'avait qu'une putain d'envie : rentrer, vite. S'extraire ce jouet de l'enfer et le remplacer par une queue bien vivante. Par quelqu'un qui avait envie de lui, et qu'il désirait désespérément. Le dildo réveillait ses instincts, s'adaptait un peu trop bien à son corps, le détournait de son repas pourtant délicieux.
La tension induite par le fait qu'il ne savait pas quand, et selon quelle intensité, la chose diabolique allait se remettre à vibrer en appuyant sur ses terminaisons nerveuses les plus intimes, lui apportait autant d'anxiété que de désir. Et cette même anxiété mêlée à l'embarras acidulait son désir, le nuançait, en faisait quelque chose d'étrange et inédit, et il n'avait pas encore décidé si c'était vraiment agréable ou pas.
Plus les minutes passaient, plus le décor se troublait. Il était passé dans un autre monde... Un monde qui impliquait un lit et une chambre fermée, pas une terrasse de resto. Là aussi, Ravus, avait eu raison. Il n'était pas le dernier pour avoir envie d'une partie de jambes en l'air en général, mais c'était très différent d'en avoir très envie quand on ne pouvait pas le faire. Et cependant... le jeu de Ravus, la façon dont il utilisait sa télécommande pour le perturber... ça avait aussi quelque chose de très intime. De tendre. Quelque chose qui n'appartenait qu'à eux. Ça lui rappelait d'autres moments qu'ils avaient vécu ensemble. D'autres moments où ils avaient cherché à travers leurs corps un point d'harmonie de l'esprit. Ça lui rappelait tous les moments où ils s'étaient conjugués au présent, tous les deux.
Il était tard... L'ambiance festive avait doucement cédé la place à la mélancolie et à la nostalgie. Le concert de salsa avait été remplacé par de vieilles chansons jouées avec des guitares.
When the night has come
And the land is dark
And the moon is the only light we'll see
No, I won't be afraid
Oh, I won't be afraid
Just as long as you stand
Stand by me
If the sky that we look upon
Should tumble and fall
Or the mountain should crumble to the sea
I won't cry, I won't cry
No, I won't shed a tear
Just as long as you stand
Stand by me
Et Noctis s'aperçut qu'il avait les larmes aux yeux. Au même moment où Ravus se pencha sur ses lèvres pour l'embrasser... au même moment où cette vibration qu'il espérait de toute son âme discrète recommença, plus intense.
« Alors qu'est-ce que tu essaies de faire ? dit-il d'une voix étranglée. Si c'est pas de me contrôler ?
— Me frustrer... autant que je te frustre. »
La vibration monta encore en intensité, et les lèvres de Ravus revinrent cueillir les siennes.
« Ce qui m'excite le plus, c'est de sentir, même en essayant par des moyens détournés, que tu m'échapperas toujours. Noct... Je ne veux pas que tu me supplies... Je veux que tu me fasses sentir comme si moi, je n'avais pas d'autre choix que de te supplier. Même si c'est toi qui as un dildo dans le cul. »
Noctis ne put pas s'empêcher de sourire à ces paroles.
« Ok, ça c'est dans mes cordes... Continue... »
Ravus contempla l'éclat mouillé dans les yeux de Noct. Son désir pour lui, c'étaient ses étoiles. Chaque fois qu'il appuyait sur cette télécommande, c'était lui-même qu'il rassurait et qu'il satisfaisait. Plus personne autour n'aurait pu rien y comprendre. Il attrapa son mari par la nuque et l'embrassa avec gourmandise par-dessus leurs assiettes encore fumantes. Il ne se rappelait même plus depuis quand ils étaient passés au plat principal.
« Tu es plus détendu ? demanda-t-il doucement, d'une voix légèrement rauque, au terme du baiser.
— Tout l'inverse... chuchota Noctis. Mais pas pour les mêmes raisons que tout à l'heure » avoua-t-il ensuite du bout des lèvres. Légèrement tremblantes, comme s'il s'apprêtait à éclater de rire. Ou à pleurer. Ravus l'embrassa encore.
« On peut rentrer, maintenant ? demanda Noctis, la tête pleine de vertige.
— Et le dessert ? répliqua Ravus, tout près de ses lèvres.
— L'hôtel nous a laissé des chocolats sur l'oreiller. On n'aura qu'à les manger après... »
Ils laissèrent donc l'équivalent de l'addition et un gros pourboire, histoire d'être sûrs d'avoir payé assez sans avoir regardé ladite addition, et s'enfuirent dans leur chambre d'hôtel.
Aussitôt qu'ils regagnèrent le lit dans une belle confusion impliquant des pertes d'équilibre, des vêtements à moitié enlevés et des bouches trop pressées, Ravus retira tout doucement le dildo, et le remplaça une minute après. Alors, il n'exista plus rien que les notes de musique dans la nuit, la sueur, la peau, les mouvements contraints par le désir. Il n'y avait plus rien à dire. Une crispation, un frisson, un gémissement. Leurs corps se parlaient dans la nuit torride de de Lestallum, et ils réalisèrent cette nuit-là que leur mariage comporterait de nombreuses nuits comme celle-là, avec beaucoup plus d'incertiude que de promesses. Qu'il leur faudrait tâtonner tous les jours. Qu'à chaque fois qu'ils se toucheraient, ce serait une énième première fois.
VI
« Alors on repasse chez Takka et on rentre ? »
Noctis jeta un coup d'œil sur son mari, étalé sur un transat, l'image même du vacancier qui n'a pas assez vu le soleil dans l'année, mais qui sait en profiter.
« Ouais... T'as du boulot et moi, faut que je décide quoi faire de ma vie... »
Noctis se redressa et regarda la lumière blanche et éclatante qui ricochait sur toutes les minuscules vagues de l'océan. Son portable vibra. Il le repêcha dans la poche de son short.
LUNA : Tout va bien pour toi ? J'espère que c'est pas pour tout de suite, le divorce...
Il sourit, puis composa sa réponse en plissant les yeux dans la vive lumière renvoyée par le sable blanc de la plage.
NOCTIS : Pas pour tout de suite, non.
LUNA : Vous rentrez bientôt ?
NOCTIS : Demain.
Il fourra à nouveau son portable dans sa poche et regarda le ciel bleu, si bleu qu'il lui en donnait le tournis.
« Ce n'est que le début, Noct... »
Ravus avait toujours les yeux fermés, le visage impassible.
« J'ai hâte de rentrer, continua le prince de Tenebrae. Et de commencer le reste de notre vie. »
Noctis se rallongea sur son transat.
« Ok. Mais ça attendra demain. Moi, j'ai envie de profiter du reste de notre journée. »
Ravus ne répondit rien, et Noctis ferma les yeux. Le soleil réchauffait sa peau. La mer grondait à deux pas. Il attrapa la main de Ravus, et sombra dans la douce léthargie des trop longues journées d'été. Celles qui continuent pour toujours, quelque part dans un coin de la conscience, et auxquelles on retourne chaque fois que le monde devient trop froid. Il profita du reste de sa journée. Il s'y perdit. Le soleil lui donna trop chaud, et son esprit s'égara entre la mer et le ciel. Et une partie de lui resta là-bas. Égarée entre la mer et le ciel.
