La jeune femme sauta de l'endroit où elle était allongée. Elle avait à présent l'agilité d'un chat et les réflexes d'un prédateur. La consœur du docteur Laptar sorti précipitamment de la cabine de contrôle. Elle se stoppa net lorsqu'elle vit son collègue inconscient à terre. Son sang se glaça dans ses veines. Elle allait de ruer vers la seule porte qui menait vers l'extérieur lorsque sa patiente s'interposa. Elle fut si surprise par sa rapidité qu'elle fit un bond en arrière.
-Je suis vraiment désolée mais je ne peux pas vous laisser quitter cette pièce, commença la jeune femme l'air faussement navré et le sourire aux lèvres, pas avant moi en tout cas.
Elle lui choqua violemment la jugulaire avec la tranche de sa main. L'interne s'évanouit instantanément.
-Oups, grimaça la jeune femme en se portant la main sur la bouche.
En un rien de temps, elle analysa la situation dans laquelle elle se trouvait. Il lui restait vraiment très peu de temps avant que le système de sécurité fasse intervenir le personnel pour savoir ce qu'il venait de se dérouler. Elle sorti de la pièce à la volée, endommagea d'un coup de poing le système permettant l'ouverture de la porte et se dirigea droit vers l'ascenseur. Elle entra à l'intérieur et appuya sur le bouton qui permettait de se rendre au parking. Au moment où les portes se refermaient, elle vit du personnel affluer en direction de la pièce dans laquelle elle s'était trouvée quelques instants plus tôt.
Le parking de l'établissement était gigantesque. Les véhicules étaient entreposés dans des box suspendus à un système de carrousel rotatif superposés. Lorsqu'elle apposa sa main sur l'écran digital et le mécanisme s'enclencha. Sa magnifique moto à combustion noire fut extraite et mise à disposition sur le terre plein devant elle. Sans perdre un seul instant, elle enfourcha le bolide et démarra. La coque de sécurité se déplia instantanément pour la plonger dans une carapace pleine de capteurs et de boutons digitaux. Aujourd'hui, elle avait une envie vitale de parcourir l'asphalte. Elle déconnecta les systèmes de propulsion une fois le portique de l'établissement passé. Comme les routes analogiques étaient beaucoup moins prisés que les couloirs aériens aménagés, elle put foncer à pleine puissance vers les frontières de la ville.
Evelina se réveilla sur le lit de son ancienne chambre chez ses parents. Elle avait la tête qui tournait légèrement. Lorsqu'elle regarda en détail la pièce, plusieurs choses clochaient. Les couleurs étaient passées et ternes, la lumière diffusée par la fenêtre sonnait faux et il planait une légère odeur de métal chauffé.
L'intégralité des meubles se trouvaient à l'opposé de l'endroit où ils étaient placés habituellement et sur le mur le plus large de sa chambre était accroché un grand nombre de dessins réalisés à la main. La porte de son dressing était grande ouverte. De l'endroit où elle se trouvait, elle pouvait voir que la moitié de la pièce était à présent encombrée par une bibliothèque improvisée pleine de livres de l'ancien temps. Sur son bureau s'empilait des cahiers en tout genre. Tous étaient remplis d'une écriture manuscrite qui ressemblait fortement à la sienne. Elle ne se souvenait vraiment pas avoir jamais écrit autant. Elle aimait les livres physiques et avait insisté auprès de ses parents pour avoir des cours d'écriture manuscrite mais, par facilité, elle préférait écrire grâce à son clavier digital.
Elle en saisi un qui était rempli de croquis. Le fusain, l'encre et le crayon à papier se mélangeait pour donner plus de corps et de réalismes aux différentes esquisses. Il y avait des créatures légendaires, des natures mortes ou encore des reproductions d'œuvres déjà présentes dans la résidence.
La jeune femme fonçait droit vers quelque chose. Elle était totalement déterminée à s'y rendre avant que le soleil ne se couche. Il avait beau être dix sept heures, la route jusqu'à son point de chute étaient encore considérable. C'est le plus naturellement du monde, qu'elle ouvrit une faille spatio-temporelle lorsqu'elle atteint le premier tunnel. Grâce à lui, elle parcouru en une fraction de secondes cent quinze kilomètres. De là où elle se trouvait à présent, elle pouvait voir au loin l'immense zone de quarantaine qui avait été construit autour du cratère de Bran. Ce dernier avait beau être le lieu le plus protégé sur terre, elle fonçait droit dessus.
Quelques kilomètres avant son arrivée, elle gara sa moto sur une aire de repos déserte. L'endroit était évité par la population. Il n'y avait absolument personne et les petites bourgades alentours avaient été laissées à l'abandon. Tous essayait d'oublier jusqu'à l'existence même de ce lieu maudit que les mauvaise langues appelait la « Gueule du Diable ». Après avoir fait quelques pas, elle leva sa main gauche et elle créa un nouveau portail qu'elle franchi sans aucune hésitation.
De l'autre côté, elle se retrouva à l'extrême bord du cratère à l'intérieur même de la zone de quarantaine. Au dessus de sa tête, le dôme composé de multitudes de lampes UV avait été rétracté afin de laisser la lumière du soleil officier. A ses pieds, dans l'ombre des rayons meurtriers rugissaient de manière constante des millions de super vampires. Ils attendaient tous vainement leur heure pour sortir afin de tenter leur chance. Même si elle aurait pu contempler durant des heures ce magnifique spectacle, le temps lui manquait. Les sentinelles et les drones allaient rapidement capter l'activité anormale générée par sa présence. Elle fit alors un pas de plus et tomba dans le vide.
Au lieu de parcourir mortellement les deux kilomètres de chute à pic, une autre faille la fit atterrir gracieusement sur la terre ferme dans la lumière protectrice du soleil. Certains Turok Han tentèrent de l'atteindre par vagues successives mais tous furent réduits en poussière avant d'avoir atteint leur cible. Bientôt elle reviendrait pour eux mais l'heure n'étaient pas au divertissement. En se détournant d'eux, elle lissa machinalement un pli de sa robe et se dirigea droit vers le centre du cratère.
Lorsqu'elle fut arrivée à destination, elle se stoppa net. Comme si elle était guidée par quelque chose d'imperceptible à l'œil humain, elle se mit à chercher balayant les alentours du regard. Elle ne pouvait pas se tromper, il se trouvait forcément ici. Il n'y avait qu'à cet endroit que l'Akasha aurait pu en dissimuler l'accès. Après avoir pivoté sur elle même, elle posa machinalement les yeux sur ses pieds. Il était là. Quasiment invisible sur le sol était dessiné d'un seul trait un triangle qui partait en colimaçon vers l'intérieur de la forme.
Elle s'agenouilla au dessus du symbole. Sans aucune hésitation, elle se mordit jusqu'au sang la peau entre le pouce et l'index de sa main gauche. L'odeur qui se dégagea de sa plaie fit rugir les Turok Han de plus belle. Malgré le soleil qui nimbait l'endroit où se trouvait la jeune femme à plus de cinq cent mètre à la ronde, une cinquantaine de super vampire tentèrent tant bien que mal de foncer droit sur elle sans plus de résultat que leurs prédécesseurs. La jeune femme resta focalisée sur son objectif. Elle fit tomber quelques gouttes de son fluide vital au centre du symbole. Quelques instants plus tard, le sol devant la pointe du triangle se déroba silencieusement devant elle pour laisser place à une ouverture vers une cavité toute droite sortie d'une autre dimension.
Toujours aussi sure d'elle, elle y descendit rapidement et se retrouva à l'intérieur d'une immense grotte. L'air y était saturé d'humidité. Au sol, de grandes flaques d'eau rendaient le cheminement précaire. Le plafond était couvert de fins stalactites luisant. Malgré la beauté environnante, son regard se porta directement sur le centre de ce lieu hors du temps et de l'espace. Un amas rocheux était éclairé par une lumière venant de nulle part. Elle fonça droit dessus aussi vite que le terrain le permettait.
A y regarder de plus près, elle remarqua que quelque chose était incrusté dans la roche. Cela ressemblait à deux pommeaux composés de matière inconnue translucide et émettant une légère lumière bleuté. Elle s'accroupit pour mieux examiner les objets. Elle avait enfin trouvé ce qu'elle était venue chercher. Elle s'empressa de les saisir simultanément et tira de toutes ses forces pour les extraire de leur carcan rocheux. Alors que les objets qu'elle convoitait se dégageaient peu à peu, une violente douleur lui brûla les avant bras. Sans renoncer à son entreprise, elle ferma les yeux pour faire abstraction de la violente brûlure qui l'assaillait. Dans un cri mêlant force et tourment, elle acheva de les arracher. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle avait en main deux épées habilement affûtées de la même matière translucide et luisante qui composait le manche.
Au loin, dans le fin fond opposé de la cavité, elle entendit un cri inhumain lui répondre. Sans demander son reste, elle rebroussa chemin et regagna au plus vite la surface. Une fois sur la terre ferme du cratère, elle se retourna pour voir si la créature qu'elle avait entendue quelques instants plus tôt était à ses trousses. A sa grande surprise, il n'y avait plus aucune trace ni du symbole à terre, ni de la grotte de laquelle elle venait de remonter. Elle commençait au loin à entendre des drones. Elle ouvrit un dernier portail et se retrouva de nouveau près de son véhicule.
Evelina reposa le cahier sur la pile.
-Lory, appela t elle.
-Bonjour, lui répondit le système de sécurité de la maison.
La jeune femme fut surprise. Le principe même d'un système de sécurité était de répondre à son interlocuteur en l'appelant par son nom de famille. Il y avait vraiment quelque chose qui ne tournait pas rond ici.
-Pourrais-tu me dire pourquoi la maison est dans cet état ?
-Je suis vraiment navrée mais vous n'êtes pas chez vous.
Cette réponse lui glaça le sang. Lory était une intelligence artificielle, certes, mais jamais aucun système de sécurité n'avait eu autant d'affect et de dureté dans la voix.
-Co… Comment ça ? Je ne te comprends pas.
-Vous n'êtes pas chez vous.
Elle s'assit sur la chaise la plus proche. Son cœur commençait à s'emballer. Etait elle encore dans le Tempus ou n'avait elle jamais quitté l'Enfer dans lequel la Force l'avait expédiée ? Elle se demandait même si ce n'était pas la Force elle-même qui jouait de nouveau avec ses nerfs pour la faire sombrer dans la folie. Elle prit une profonde inspiration et s'adressa de nouveau à Lory.
-Si je ne suis pas chez moi, dis-moi où est ce que je me trouve.
-Dans son monde à elle.
Ses craintes commençaient dangereusement à se concrétiser.
-Le monde de qui ?
Elle voulait vraiment entendre Lory le lui dire à haute voix.
-Au début, répondit l'intelligence artificielle d'un ton monocorde, elle n'avait pas de nom. Les années passant, elle s'en est inventé un.
-Dis-moi son nom, la pressa Evelina.
-Kaly.
Avant qu'elle n'ait eu le temps d'encaisser cette étrange réponse, sa tête commença à lui tourner de nouveau. Elle n'allait pas tarder à perdre l'équilibre.
Une fois arrivée près de son bolide, un sourire mesquin s'esquissa sur ses lèvres et on pouvait lire l'ambition dans ses pupilles. Tout avait l'air de se dérouler à merveille. La tâche était bien loin d'être terminée mais elle était vraiment confiante. Toujours les deux épées à la main, elle se tourna vers sa moto pour reprendre la route. C'est au moment où elle allait poser ses armes dans l'un des compartiments de son véhicule qu'elle fut prise de vertiges. Pas maintenant, se dit elle intérieurement, il lui fallait continuer. C'était vraiment trop bête de s'arrêter en si bon chemin… Sa vue se troubla. Elle laissa tomber ses armes au sol quand elle essaya de se stabiliser en s'appuyant sur sa moto. Malgré une volonté de fer, elle s'écroula sur la terre aride.
Lorsqu'Evelina reprit conscience, elle était totalement désorientée. Elle avait fait un étrange rêve où elle se trouvait dans un monde sans queue ni tête. Est-ce que ça faisait parti de la fin de la simulation du Tempus ? Elle fut étonnée de se redresser dans cet endroit et dans cette position sachant où elle s'était allongée pour la dernière fois. Comment était elle arrivée ici ? Elle se souvenait de l'opération du Tempus, de ses souvenirs, des raisons de ses amnésies successives mais elle ne comprenait pas comment elle était arrivée en plein désert. La voix du shinigami continuait à résonner dans son esprit « Que le sang de tes ainées afflue dans tes veines pour te libérer des chaînes qu'on t'a attribuées ». Elle secoua brièvement la tête comme pour chasser cet écho et épousseta sa robe pour en retirer la terre qui l'avait maculée. Elle constata que sa main gauche était blessée. Sans doute le choc lorsqu'elle était tombée au sol pour une cause qui lui échappait encore. Elle consulta le GPS de sa moto et su qu'elle était à plus de cent vingt kilomètres de l'hôpital. C'était étrange parce que le relevé kilométrique indiquait qu'elle n'en avait parcouru que vingt cinq.
Evelina sentait un début de vertige la reprendre, s'assit contre son véhicule en ramenant ses genoux vers sa poitrine. Elle se prit la tête de ses mains pour se stabiliser et tenter de calmer son cœur qui commençait à battre trop vite. Lorsqu'elle porta son regard distraitement sur ses avant bras, elle en resta bouche bée. De son poignet jusqu'à la moitié de chaque avant bras, elle avait une fine et pâle cicatrice qui avait vaguement l'air d'avoir une forme identique. La jeune femme fut prise de panique. Que lui était elle arrivée entre l'hôpital et l'endroit où elle se trouvait actuellement ? Pourquoi avait-elle des cicatrices qui paraissaient dater de plusieurs années sans jamais se souvenir de comment elle se les était affligées ? Une fois que le tournis et les hauts de cœur furent passés, elle se redressa. Dans un élan de cartésianisme, elle entreprit de chercher des réponses dans les différents compartiments de son véhicule et dans les proches alentours mais il n'y avait strictement rien. Au lieu de laisser la désorientation la submerger de nouveau, elle se dit qu'elle allait essayer d'en savoir plus une fois arrivée chez elle. A 17h45, elle enfourcha son véhicule et parti à pleine puissance vers Braşov.
Lorsqu'elle rentra dans son domicile, son système de sécurité lui souhaita la bienvenue.
-Je suis vraiment heureuse de vous retrouver saine et sauve Miss Kiõv.
-C'est gentil Ava, lui répondit t elle distraitement.
– Souhaitez vous que je vous commande quelque chose à manger ou toute autre chose afin d'améliorer votre confort ?
-Merci mais pas maintenant. Est-ce que Lucian est en concert ce soir ?
Elle s'était déchaussée et avait machinalement donné à manger aux poissons exotiques dans l'aquarium situé dans son salon.
-Oui Miss Kiõv. Il se produira au Black Moon. Souhaitez-vous que je vous réserve des places ?
-Prends-moi une place s'il te plait et ne lui dit pas que j'y serai. Pour l'instant j'ai besoin de reprendre mes marques. Laisses moi un peu de temps avant de contacter la terre entière pour les informer de mon retour.
-Bien Miss Kiõv.
Elle monta l'escalier en murmurant plus pour elle-même.
-Je n'ai vraiment pas besoin qu'on vienne fourrer son nez dans mes affaires… Surtout pas maintenant.
Image de fin de chapitre : bit*.*ly*/*20PkR7v
