Fandom : Gravitation

Titre : Tokyo no Namida

Pairing : Hiroshi N. / Suguru F.

Rating : K+

Note de l'auteur : Et voilà donc le dernier chapitre de cette histoire. Merci vraiment d'avoir lu et d'avoir eu la patience pour finir cette histoire. Je présente à nouveau mes excuses. Merci encore.


Emmitouflé dans son épais gilet de laine, Suguru gardait ses yeux plantés sur la vitre, regardant d'un oeil distrait ce qui se passait dans la rue pluvieuse. La chaleur qui émanait de la tasse de chocolat chaud qu'il tenait entre ses mains ne parvenait pas à le réchauffer et alors qu'il sentait la présence d'Hiroshi assis face à lui, il se demanda une nouvelle fois pourquoi il avait accepté de venir. Certes, un Seguchi ne perdait jamais la face. Un Seguchi affrontait les épreuves la tête haute et ne montrait pas de faiblesse. Mais voilà, Suguru avait également une part de Fujisaki en lui. Et cette part lui disait de fuir à toute jambe avant de se laisser bercer par de cruelles illusions. L'écouter revenait à lui permettre de se refaire une place auprès de lui et ce n'était pas possible. Il ne pouvait pas.

Il ne pouvait pas.

Ses yeux noirs se posèrent sur le chocolat et il sentit une nausée le prendre. L'angoisse lui étreignait douloureusement l'estomac et le coeur et il craignait vomir s'il avalait la moindre gorgée. Il ne s'alimentait plus très bien depuis plusieurs semaines et dans son état de nervosité, il décida qu'il ne serait guère approprié d'avaler quoique ce soit susceptible de le rendre plus malade.

- Suguru ...

Le jeune pianiste releva un regard qu'il tenta assuré dans les yeux d'un Hiroshi qui n'en menait pas large. Suguru était arrivé depuis plusieurs minutes et ils n'avaient pas échangés le moindre mot même lors de la commande. L'ambiance était lourde et pesante mais le silence avait permis au jeune homme d'observer son ex-petit-ami dont l'état lui sembla plus qu'inquiétant. Il ne pouvait pas rester ainsi à le voir sombrer de cette manière. Il ne pouvait pas être responsable de cela, n'est-ce pas ?

- Je ne vous écouterai pas vous épancher sur vos regrets, monsieur Nakano. Je ne vous écouterai pas me dire à quel point vous pouvez m'aimer ni même que ma présence vous manque. Je n'écouterai rien de tout cela.

Un peu pris au dépourvu, Hiroshi conserva le silence. Le jeune pianiste n'avait pas tort. Après tout, il s'était suffisamment excusé dans sa lettre et dans ses précédentes tentatives. Aujourd'hui, il devait avancer et faire en sorte de refermer la blessure qu'il avait faite dans le coeur de Suguru Fujisaki.

- Votre lâcheté ne sera pas effacée avec des excuses.

- Très bien alors dis-moi ce que je peux faire. Je t'aime et même si tu ne peux pas l'accepter c'est le cas. Si tu ne veux pas m'écouter, si tu ne veux pas parler alors pourquoi être venu ?

Il n'avait pas hausser le ton de peur de voir le jeune homme se braquer mais les choses devaient être claires. Pourquoi s'être déplacé si toute discussion était impossible.

- Pour vous dire que je vous déteste ! s'emporta le jeune pianiste en relevant un regard furieux rempli de larmes vers Hiro. Je vous hais ! J'espère que tout est clair à présent !

Sur ce, il se leva, désirant planter Nakano sur place. Si son ancien petit-ami tenait vraiment à lui, il ferait son possible pour le reconquérir. Accepter là, maintenant, après toutes ces souffrances, c'était impossible et intolérable. Ce ne serait pas si facile. Alors qu'il fit un pas pour quitter la table, sa tête lui tourna. Le sol sembla se dérober sous ses pieds mais il ne se sentit pourtant pas toucher terre.

Il sentit une chaleur rassurante l'entourer et il se rendit compte que Nakano le tenait dans ses bras, blotti contre lui. En le voyant s'écrouler de la sorte, Hiroshi s'était aussitôt levé et l'avait rattrapé. A présent, il ne voulait plus le lâcher. Suguru n'allait pas bien. Suguru jouait avec sa santé et il était hors de question de le laisser ainsi. Une furieuse envie de pleurer le prit alors qu'il serrait le corps amaigri du pianiste contre lui.

- Ça suffit à présent, lui murmura-t-il pour n'être entendu que de lui. Je te ramène chez toi.

Suguru ne tenta pas de se défaire de l'étreinte en le repoussant. C'était peine perdue. Il avait perdu. Sa faiblesse l'avait perdu. Dans les bras d'Hiroshi, il se rendait compte combien il lui avait manqué et combien il avait besoin de lui. Il trembla alors que son ex petit ami resserrait son étreinte sur lui et il respira son odeur ambrée qu'il connaissait si bien. Il approuva alors d'un mouvement de tête. Lui-même se rendait compte qu'il était en train de se mettre en danger en se laissant aller de la sorte. Il était à bout. Retrouver Nakano aujourd'hui avait détruit ses dernières barrières. Il était épuisé.

Hiroshi laissa un billet sur la table pour payer leurs consommations et ils quittèrent le petit café. Le trajet du retour fut plus long mais pas un instant il ne lâcha le corps du pianiste qui avançait à ses côtés, blotti contre son flanc. Ni l'un ni l'autre ne remarquèrent que la pluie avait cessé alors qu'ils regagnaient l'appartement de Suguru.


- Je t'ai fait couler un bain. Ça va te réchauffer.

Hiroshi rebaissa ses manches et se dirigea vers le canapé. Plongé dans ses pensées, Suguru ne semblait pas l'avoir entendu. A leur retour à l'appartement, le jeune homme était resté muré dans le silence. Hiro ne s'en était pas offusqué et l'avait enveloppé dans une couverture pour le réchauffer avant d'aller lui faire couler un bon bain.

Il prit place sur le canapé à ses côtés et glissa un doigt sur sa joue pour le ramener en douceur à la réalité.

- Suguru ?

Piqué au vif par ce geste doux, le jeune pianiste eut un violent mouvement de recul. Hiroshi remarqua alors que les larmes remplissaient ses beaux yeux noirs et que ce geste pourtant doux les avait fait couler.

- J'vous déteste ! s'emporta le jeune homme d'une voix tremblante. Je vous déteste tellement !

A bout, il fondit en larmes devant un Hiroshi complètement désarmé. Comment avait-il pu lui tourner le dos ? D'un geste vif, pour ne pas lui laisser l'opportunité de s'échapper, il l'attrapa et le serra contre lui, tremblant, le coeur battant à vive allure.

- Déteste-moi autant que tu le voudras, frappe-moi si ça peut te soulager mais je ne referai pas l'erreur de te laisser ...

Voir Suguru pleurer était tout ce qu'il ne voulait pas. C'était tellement douloureux de le voir dans cet état. A nouveau, ils étaient semblables dans leur douleur. Et même si Suguru tentait de se débattre, il ne le lâcha pas, le serrant contre lui, laissant ses larmes couler également.

- Je t'aime tant, lui souffla-t-il à l'oreille alors que le pianiste se calmait doucement, se blottissant dans les bras de son aîné, la couverture glissant de ses épaules pour tomber du canapé. Mais il s'en moqua. Les bras et la chaleur du corps d'Hiroshi valaient toutes les couvertures. Lui aussi l'aimait tant, c'était pour cela qu'il souffrait tant.

- Je t'aime, Sunshine ...

Un sanglot échappa à Suguru alors qu'Hiroshi lui répétait encore et encore qu'il l'aimait. Sans s'en rendre compte, ils se cherchèrent et gagnèrent les lèvres de l'autre pour un baiser empli d'une passion qui les enflammait depuis des semaines. Il leur faudrait parler, il leur faudrait mettre les choses à plat mais en cet instant, ça ne comptait plus. Le bain fut oublié, la douleur fut oubliée et ils se redécouvrirent le temps de quelques baisers avant que Suguru, épuisé par toutes les émotions ressenties, ne finisse par s'endormir dans les bras de Nakano qui le garda contre lui.


- C'est le dernier carton ?

Un coup d'oeil alentour pour vérifier que tout avait été bien vidé et Suguru confirma d'un mouvement de tête.

- Oui. Le piano sera pris en charge par une société de déménageurs. Ils devraient nous l'amener demain.

Hiroshi enlaça tendrement son petit ami et embrassa du regard la pièce vide. Dans cet appartement à présent dénué de toute chaleur, il était difficile de s'imaginer qu'ils y avaient échangés leurs premiers baisers et qu'ils y avaient vécu leur première nuit.

- Alors nous devrions rentrer. Mon père passe la semaine prochaine et j'aimerai que tout soit impeccablement rangé. Inutile de lui donner de quoi nous battre.

Un sourire en coin étira les lèvres de Suguru, moqueur.

- Je vous croyais complètement détaché de la figure paternelle, Hiroshi ?

- Je le suis. Mais c'est déjà un pas énorme qu'il vienne alors qu'il sait que je vis avec un autre garçon. N'en rajoutons pas.

Le jeune pianiste se tourna et se blottit contre son petit ami en lui souriant avec douceur.

- Je plaisantais. Je me tiendrai bien, promis. Mais ...

Il jeta un regard à sa montre et posa un regard coquin sur son aîné.

- Nous avons encore quelques heures avant de devoir rendre les clés de l'appartement ... Peut-être devrions-nous le quitter sur une bonne note ...

Il rougissait mais il était complètement sérieux. Oui, il voulait faire l'amour, là, sur la moquette de son ancienne chambre histoire de fêter dignement leur emménagement ensemble. Tout avait été si dur et douloureux entre eux qu'ils méritaient bien de pouvoir en profiter. Après s'être retrouvés, ils avaient eu une longue et difficile conversation. Hiroshi avait tout raconté à Suguru et ce dernier avait vidé son coeur. Presque aussitôt, ils avaient pris la décision de vivre ensemble tant être séparés leur était trop douloureux. Il avait pourtant fallu quelques semaines avant que ce soit possible. Dans le même temps, Suguru reprit sa carrière de pianiste en main, sans le concours de son oncle. En acceptant Hiroshi auprès de lui, il avait décidé de prendre en main sa vie. Il était à même de pouvoir mener sa carrière. Il n'avait plus rien à prouver.

- Tu es un démon, murmura Hiroshi en couvrant la gorge offerte de baisers sous les gloussements de son petit ami. Il l'allongea doucement sur le sol, baignés par les rayons d'un soleil matinal.

Depuis quand n'avait-il pas plu sur Tokyo ?

FIN.

Note : à bientôt pour la prochaine histoire !