Voilà un nouveau chapitre, ça se précise, le mariage arrive à grand pas :) ! ! !
Chapitre 10 – La réception
1 semaine avant les noces.
Tout était prêt ou presque du côté de Margareth, elle avait délégué –ou plutôt on l'avait forcé à déléguer- les quelques derniers détails à sa future belle-mère ainsi qu'à sa cousine. On ne lui avait laissé comme responsabilité que celle de ne pas bouger son poids d'un gramme pour permettre à la couturière de pouvoir enfin fixer les derniers ajouts sur sa robe et finaliser la taille. La jeune fille n'avait plus d'appétit à mesure que le jour J approchait, s'alimentant peu, elle n'arrivait que rarement à garder ce qu'elle ingurgitait. Il n'y eut que sa cousine qui se rendit compte que quelque chose n'allait pas tant l'émulation dans la maison se faisait sentir à chaque étage, même Dixon qui pourtant était fine observatrice ne remarquera rien de l'état de sa jeune maîtresse. John ne fut pas non plus témoin du mal-être de sa jeune fiancée, un imprévu l'ayant obligé à se rendre à Londres en urgences pour ses affaires, il ne devait revenir que pour l'avant-veille du mariage, même si cette nouvelle avait attristé Margareth, elle ne lui en tenait pas rigueur. Il lui avait enjoint de lui écrire chaque jour pour qu'il puisse tout savoir de ses journées, elle s'efforçait de donner des comptes rendus les plus exhaustifs que possibles sur ses journées, lui donnant également des nouvelles de sa mère et de l'usine par le biais de ses contremaîtres. Elle ne passait sous silence que ses derniers doutes et ne lui dit rien de ses états d'âmes. Dans ses réponses, son fiancé lui recommandait également de se rendre à Thornton House chaque fois qu'elle le désirait afin qu'elle considère les lieux comme sa demeure, l'écriture crispée des lettres de sa fiancée lui faisait penser que son stress devait être à son paroxysme, mais lui tentait de la rassurer le plus possible.
Ce matin-là, Margareth avait prévu de retrouver Mary après ses propres essayages. Elle la retrouverait après son service de la cantine pour lui porter la robe promise quelques jours auparavant. La couturière venait de finir son ouvrage et ne devait plus retoucher à la robe de Margareth jusqu'au jour des noces, la jeune fille l'enfila une toute dernière fois devant les yeux ébahis de sa cousine Edith et de sa tante Shaw. Tout était en place : les délicates broderies et perles entrelacées sur le bustier de la jeune femme, avait été conçus selon son souhait par les plus habiles ouvrières de Milton, la taille parfaitement ajustée lui dessinait une silhouette pulpeuse et à la fois longiligne. Margareth avait arrêté son choix sur un tissu très fin et une couleur blanc crème assez classique, ainsi que pour une coupe fluide et moderne la robe était parsemée de damas et de guipure grises qui venaient relever les yeux clairs de la jeune fille. Les ouvrières avaient également ornementé la traîne de la jeune fille de passements qui dessinaient des formes identiques aux roses jaunes qu'affectionnait tant Margareth. La couturière fit un rapide chignon à la jeune fille et y piqua à l'aide d'une épingle un splendide voile réalisé en dentelle de Calais, la plus délicate et réputée dentelle qui soit; ainsi parée, la jeune fille était digne d'une apparition divine selon les propos de sa tante. Elle prit un long moment en observant son reflet devant un miroir disposé dans la pièce, et avait visiblement du mal à se reconnaître.
« Voilà qui est finit ! Alors qu'en pensez-vous Miss ? s'enquit la couturière.
-La robe est magnifique Mrs Tilton, mais je ne sais pas, ce n'est peut-être pas à moi de dire, tante Shaw, Edith qu'en pensez-vous ?
-Tournez-vous vers nous mon enfant, faîtes-nous face ! Voilà, voilà qui est merveilleux ! Mrs Tilton, je savais bien que nous avions eu raison de faire confiance à vos talents !
-Je vous remercie pour votre confiance Mrs Shaw, c'est vrai que je suis assez satisfaite du tombé de la robe sur Miss Hale, bon je vois un ou deux endroits ou je peux encore reprendre à la taille par exemple, et peut-être raccourcir d'un centimètre ou deux la traine. Par contre Miss une chose est sûre, il va falloir arrêter de maigrir, déjà que vous n'êtes pas bien épaisse, je ne vais bientôt plus pouvoir ajuster du tout la taille sans avoir à tout reprendre, et à une semaine de la date butoir je ne garantirai pas le résultat…
-Ne vous inquiétez pas Mrs Tilton, je m'occupe de remplumer ma cousine pour les prochains jours, renchérit Edith.
-Hmm ma tante, pensez-vous que le voile est bien adapté, n'est-il pas trop long tante Shaw ?
-Si vous me permettez Miss, reprit la couturière, c'est à la dernière mode, vous vous devez de conserver cet aspect vaporeux, avec une dentelle si délicate, il serait un sacrilège de devoir couper…
-Mrs Tilton a raison ma chère, pour moi il n'y a rien à redire à ce voile, il est parfait, peut-être pourriez-vous parer vos cheveux de quelques nœuds, vous savez les mêmes que ceux que vous aviez au mariage d'Edith, qu'en pensez-vous ? Ils étaient délicieux, mauve et saumon il me semble, ceci pourrait relever la couleur de vos cheveux…
-Hmm, êtes-vous sûre tante Shaw ? Pour les nœuds, je ne sais pas trop, c'est que…
-Mère ! reprit Edith, je pense que je pourrais trouver une meilleure solution pour la parure capillaire de Margareth, je m'en occupe ! ».
Tante Shaw laissa les deux jeunes filles avec la couturière pour aller vaquer à quelques détails des noces et ainsi observer ce qu'avaient fait sa fille, sa nièce et Mrs Thornton en son absence, l'idée de pouvoir avoir le dernier mot sur quelques détails des noces lui tenait décidemment bien à cœur. La couturière piqua une dernière fois à quelques endroits qu'elle souhaitait reprendre plus tard, et demandait une dernière fois à la jeune fille si le drapé de la robe lui plaisait ou non tel qu'il était. Vu le regard approbateur de sa cousine, Margareth approuva à son tour et se défit de la robe avec l'aide d'Edith.
Margareth confia la robe à la couturière qui occupait depuis une semaine une petite chambre de la maison pour travailler à son ouvrage et qui avait prévu de rester jusqu'au dernier essayage et dernières modifications. Elle prit congés des deux jeunes filles et alla dans son atelier improvisé pour achever son œuvre d'art. Laissées seules, les jeunes filles s'étreignirent dans la chambre de Margareth.
« Pourras-tu m'aider la semaine prochaine pour me vêtir ?
-Bien sûr, je serai là avec Dixon, car tu te doutes que pour rien au monde elle ne pourrait être absente de ce moment-là Margareth ! Elle fait bien partie de la famille… ». A ces mots Margareth ne put retenir ses larmes.
« Margareth, oh non, excuses-moi, je t'en prie ! Tu sais bien que je ne voulais pas commettre d'impair !
-Non ce n'est rien, je le savais bien pourtant dès le départ qu'il ne pourrait être présent avec nous. Si seulement Henry et son homme de loi avaient trouvé une solution, Frederick aurait pu être des nôtres, mais il semblerait que l'on peine à trouver des témoins sur ce qui s'est réellement passé sur l'Orion. C'est maintenant sûr il ne viendra pas… ». Edith préférait laisser sa cousine seule, Margareth se finit de s'habiller dans sa chambre et passa une robe en mousseline confortable. Quatorze heures sonnaient à la pendule de l'entrée et Margareth partit en marchant en direction de la maison des Higgins ou elle trouva Mary pour lui confier la robe.
« Bonjour Mary ! Je ne te dérange pas ?
-Non pour sûr, je viens de finir le service et j'ai pu m'échapper, il faut m'occuper des petits Boucher. Si vous voulez voir mon père il est po encore rentré, il faudra repasser plus tard.
-Non, c'est pour toi que je suis là, il me semble que je t'ai promis quelque chose Mary… » Margareth sortit de son panier une délicate petite robe qu'elle déplia sur la table.
« Oh Mselle Hale, elle est tellement jolie, zêtes bien généreuse de me confier cette robe, je vous la rendrai sans faute !
-Mais non Mary, elle est pour toi, cette robe n'est pas un simple prêt, c'est un don. Je te la confie à tes bons soins pour une période indéterminée !
-Vous me faîtes trop d'honneur Mmselle Hale, oh Margareth, c'est le plus beau cadeau qu'on m'ait jamais fait, venez que je vous embrasse ! » Mary se rua littéralement sur son amie, il est vrai que jamais personne ne lui avait fait d'aussi beau présent, elle qui, avait été habituée à récupérer les vieilles robes de Bessie n'avait jamais eu de robe rien qu'à elle.
-Mary, Mary ! Elliot fait que m'embêter !
-Les enfants allez-vous arrêter oui !
-Oh mais regardez qui voilà, dit Margareth. Comment allez-vous les enfants, vous êtes encore trop jeunes pour aller travailler à l'usine non ?
-Vi, d'ici deux ans on pourra aller aider Nicholas à l'usine ! dit le plus petit des enfants Boucher. Mais pour l'instant on est trop petits, enfin Nicholas, il dit que quand je dépasserai la table on en reparlera !
-Alors, que faites-vous de vos journées les enfants si vous ne travaillez pas ?
-Et ben, des fois on joue dans la rue, Nicholas il essaie de nous fabriquer des jouets avec ce qu'il trouve, et Mary et bah des fois elle arrive à coudre des doudous avec des bouts de tissus qu'elle récupère à l'usine et on fait des batailles entre nous, on fait souvent des équipes, mais j'suis toujours dans la bonne équipe moi Mmselle !
-Allez filez, reprit Mary, allez voir Mr Filton et ramenez-moi du lard, vous leur donnerez ces légumes en échange, allez, allez ! Ils sont gentils ces petits, Mmselle Hale vous savez, c'est pas tous les jours faciles je dis pas hein, mais ça donne l'impression d'un peu plus de vie ici. Elliott le plus vieux il a que 8 ans, mais il m'a appris à lire ! Vous vous rendez compte Mmselle, ils sont loin d'être bêtes ces petits…
- C'est dommage que rien n'existe pour ces enfants-là, trop jeunes pour travailler, mais trop pauvres pour étudier et se cultiver… Si seulement se dit-elle pour elle-même.
-Oui mais c'est comme ça, on peut pas y faire grand chose Mmselle Margareth vous savez… » C'est sur cette pensée que les deux amies se quittèrent, et que Margareth s'en retourna dans sa demeure, elle était ravie d'avoir pu faire plaisir à Mary.
Pendant son absence, John écrivait tant à Margareth qu'à sa mère. Il avait confié à cette dernière la lourde tâche d'organiser une petite réception pour détendre sa future femme. Il lui délégua l'organisation d'une fête, qui devait se composer d'un souper et devait s'achever par un petit bal, le tout donné en l'honneur de Margareth. Il pensait qu'ainsi surprise, sa jeune fiancée pourrait penser sereinement au mariage et laisser s'envoler tous ses doutes. Hannah Thornton avait convié la plupart des amis de la jeune fille et de sa famille à ce bal de fiançailles et avait promis à son fils de ne pas en souffler mot à Margareth, la surprise devait en être gardée le plus longtemps possible. Il lui avait dit de ne pas voir à la dépense pour cette soirée. La réception devait avoir lieu à Thornton House et devait se faire deux jours avant le mariage. Elle n'eut pas de mal à convaincre Edith du bienfondé de cette soirée, elle fut donc une nouvelle fois la complice des comploteurs.
Certains des invités du mariage étaient de toute façon déjà arrivés et logeaient soit chez Margareth soit dans les meilleurs hôtels de la ville, ce qui fut d'une grande aide pour Hannah du fait du laps de temps assez court pour l'arrangement de cette soirée. Pour épargner ses gens, Mrs Thornton décida de ne pas décorer sa demeure outre mesure, ne commandant que quelques compositions florales pour égayer l'intérieur, mais ne changerait rien à la disposition de leur grand et petit salon où auraient lieu le souper et le bal improvisé. Le repas serait un rapide buffet froid sans excentricité aucune et il fut décidé qu'Edith et Fanny seraient au piano, et que l'on compterait bien aussi sur les frères Lennox tout deux très bons danseurs pour débuter le bal et faire de cette soirée une réussite.
Hannah Thornton mit aussi Dixon dans la confidence afin que sa jeune maitresse ne prévoit rien pour cette soirée, et surtout pour qu'elle ne se doute de rien, plusieurs complices valant mieux qu'un seul, elle s'empressa d'écrire à son fils pour lui dire que pour l'heure tout s'organisait comme il l'avait souhaité, que Margareth n'était visiblement pas au courant de la surprise et qu'il pouvait travailler l'esprit tranquille à la capitale.
A son retour de chez les Higgins, Margareth était toujours perdue dans ses pensées, avoir vu les enfants Boucher passer leur temps à attendre de devenir suffisamment grands pour travailler et se tuer à l'usine l'avait chamboulée, elle savait qu'elle était relativement chanceuse d'avoir été fille de pasteur, d'avoir pu être libre comme l'ai dans sa prime jeunesse sans avoir eu l'obligation de travailler dès son plus jeune âge. Les Hale n'étaient pas riches, mais suffisamment à l'aise pour ne pas avoir à mendier ou envoyer leurs enfants travailler dans les champs, et puis elle avait aussi eu la chance de côtoyer un cercle de privilégiés au contact de sa cousine adorée à Londres pendant son adolescence. Elle se dit qu'il devait exister une solution pour aider ces pauvres enfants nécessiteux, et se promit qu'à la fin des noces, elle se pencherait sur cet épineux problème. Après tout John lui avait bien dit que son argent à elle resterait bien à elle à la suite de leur mariage, qu'il ne lui imposerait rien et qu'il la traiterait comme son égale.
Dixon signifia à sa jeune maîtresse l'arrivée d'une lettre de John qu'elle avait directement montée dans sa chambre, trop empressée de lire cette missive, elle ne remarque même pas l'absence d'Edith de son fils. C'est Dixon qui finit par lui dire qu'ils étaient tout deux partis à la rencontre de Cosmo et d'Henry Lennox qui devaient arriver à la gare ce jour-même. La jeune fille arriva toute haletante dans sa chambre, prit la lettre délicatement posée sur sa coiffeuse et s'installa sur son lit pour la lire.
« Chère Margareth,
Je compte à présent avec ardeur les jours et les heures qui me séparent de vous. Les affaires qui me tenaient loin de Milton ne seront bientôt qu'un mauvais souvenir pour vous et moi ma très chère Margareth. J'ai rencontré les Lennox au détour d'un rendez-vous, ils vous saluent, ils devraient arriver comme prévu dans votre demeure d'ici Jeudi soir si ma lettre vous arrive à temps, elle devrait même les précéder de quelques heures.
Je me languis de vous ma chère amie et c'est loin d'ici et de Milton que je me rends compte que ma vie sans vous n'a définitivement pas le même charme. Votre regard, votre sourire tout chez vous me manque. Sans votre douce présence et votre esprit, les soupers sont sans saveur. La société de Londres, bien que plus variée que celle de Milton, n'a pour moi pas le même panache que les débats d'idées que nous avons tous deux, nos moments ensemble me sont si chers, même vos taquineries font cruellement défaut ici.
Transmettez à ma mère mon bon souvenir. Il me tarde de vous retrouver, j'espère que le feuillet que je vous laisse en annexe de ma lettre saura vous réconforter de mon absence.
A vous et pour toujours,
John Thornton. »
John avait joint à sa lettre un feuillet de poèmes de John Clare, un des poètes romantiques préférés de Margareth, ils avaient tout deux pendant leurs longues ballades échangé les poèmes de cet auteur, la jeune fille commença la lecture encore et encore, pour retenir par cœur le sonnet qui lui faisait particulièrement penser à son fiancé, et qu'il se permit d'annoter d'une simple dédicace : Vous êtes à l'image de ce poème : ma chère Margareth, My First Love.
I ne'er was struck before that hour
With love so sudden and so sweet,
Her face it bloomed like a sweet flower
And stole my heart away complete.
My face turned pale as deadly pale.
My legs refused to walk away,
And when she looked, what could I ail?
My life and all seemed turned to clay…
3 jours avant les noces.
Margareth revenait de sa promenade matinale, les joues bien rosies, même si l'été était là, il faisait à Milton beaucoup moins chaud qu'à Londres et encore moins qu'à Hellstone pour la même période, elle ne regretterait pas d'avoir commander un châle à la couturière pour la soirée des noces. Harassée par la marche qu'elle mena avec entrain, elle réalisa ce jour-là qu'elle traversait les rues de la ville en tant que Miss Hale pour l'une des dernières fois.
« Dixon, Dixon, ah tu es là ! Je vais me reposer dans ma chambre, si l'on me cherche. J'ai besoin de penser à tête reposée, je pense que j'ai trop de choses en tête !
-Bien Miss Hale, voulez-vous que je vous porte du thé ?
-Oh, oui, très bonne idée, Dixon, je te remercie. »
La jeune fille eut à peine le temps de monter dans sa chambre et de refermer la porte qu'elle entendit quelqu'un qui souhaitait entrer.
« Oui !
-Margareth, tu dors déjà ? Susurra une petite voix ?
-Non, non, ah Edith c'est toi, viens je t'en prie.
-Ouf, Dixon m'a dit que tu étais rentrée et que tu voulais te reposer, je voulais voir comment tu allais. Henry et Cosmo sont partis explorer les environs, tu ne les auras sans doute pas aperçu…. Tu devrais nous informer de tes destinations, au moins je ne m'inquièterais moins !
-Edith, voyons, tu es plus âgée que moi et c'est toi qui fais l'enfant ! J'étais simplement partie me promener à travers la campagne environnante, et non je n'ai pas croisé ton époux ni Henry, ont-ils fait bon voyage ?
-Oui tout à fait, je voulais te montrer quelque chose, vient avec moi dans ma chambre, mais chut, il ne faut pas être vues! ». Margareth ne se fit pas priée et suivit sa cousine. Margareth découvrit dans cette chambre une magnifique robe couleur saumon et des escarpins assortis.
« Oh quelle merveille Edith ! Mais je ne t'ai jamais vu la porter !
-C'est normal, elle est neuve, je l'ai vu pour la première fois il y a quelques minutes à peine, la couturière vient de la terminer, mais elle n'est pas pour moi Margareth…
-Ah bon, mais pour qui donc, vu la couleur ce ne peut pas être pour Tante Shaw tout de même… ?
-Penses-tu, elle ne porte que du pourpre à longueur de jour, non Margareth ceci est une surprise pour toi ! Tu m'avais habituée à être plus perspicace ma chère cousine !
-Pour moi …mais je ne comprends pas, pourquoi une si belle robe, nous n'avons pas été invité à des bals depuis des lustres…
- Et bien c'est vrai que tu n'as pas été invitée à ce bal en bonne et due forme, mais tu n'en es pas moins attendue chère cousine, ta future belle-mère pourrait t'en dire plus, elle est censée te l'annoncer demain, mais chut, tu dois me promettre de pas souffler mot sur ma confidence!
- Mais je ne comprends rien Edith, que se passe-t-il ?
-Je ne tiens plus Margareth, tu sais très bien que j'ai du mal à tenir ma langue ! Tout le monde à gardé le secret pour toi ma chère ! Nous avons organisé une réception surprise pour vos fiançailles avec John. Et tu porteras cette robe, regarde comme elle est belle, c'est un pur bijou! »
Des larmes coulaient sur le visage de Margareth, mais contrairement aux dernières versées, celles-ci étaient des larmes de joie, elle n'en revenait pas, toute sa famille et ses amis s'étaient visiblement associés à l'organisation de cette petite soirée en son honneur, même si son fiancé n'était pas là, tous semblaient bien déterminés à ce que la jeune femme passe un merveilleux moment.
« Oh, mais c'est adorable ! Mais qui a eu cette si charmante attention ? C'est Mme Thornton ?
-L'idée ne vient pas d'elle, mais elle est bien in fine l'organisatrice de cette soirée il est vrai. C'est ton cher fiancé Margareth que tu dois remercier.
-Oh John… pensa-t-elle pour elle-même. Quel dommage que lui ne soit pas là pour être à mes côtés.
-Et j'ai d'ailleurs un message tout particulier pour toi, il a très clairement exigé que tu t'amuses demain, je ne veux plus voir de larmes, même si ce sont des larmes de joie ! Alors sèches-moi tout ça !
Le lendemain – le jour du bal
Edith avait fini par avouer la veille à sa cousine le plan de John et de Mrs Thornton pour la réception organisé en son honneur. C'est la triste mine de Margareth qui l'avait contrainte à éventer ce secret, elle ne supportait plus de voir Margareth ainsi ressasser les souvenirs mélancoliques de son frère, car c'était bien de cela dont il s'agissait. Elle savait la jeune fille affectée de ne pouvoir avoir auprès d'elle ce frère adoré, et le fait de ne pas avoir non plus son fiancé à ses côtés n'arrangeait rien, elle pensait que ce bal tombait à point nommé pour sa cousine et avait approuvé dès le départ ce petit secret. Elle fit promettre à Margareth de jouer la surprise, lorsque sa future belle-mère devait lui annoncer que se tiendrait un bal à Thornton House pour le soir-même organisé spécialement en son honneur. Elle lui révéla également que d'anciennes amies d'Hellstone, les Misses Stransters étaient conviées et avaient d'ores et déjà informé Hannah de leur présence. Cette nouvelle divulgation rendit Margareth euphorique, cela fait si longtemps qu'elle ne s'était pas retrouvée en compagnie de ces amies. Bien décidée à ne pas se laisser abattre par des circonstances sur lesquelles elle n'avait aucune prise, Margareth avait promit à Edith de faire bonne figure et de jouer un effet de surprise total lorsque sa future belle-mère lui révèlera cette réception surprise.
Mrs Thornton se fit annoncer chez Margareth peu après le petit-déjeuner du lendemain, Margareth finissait de se préparer et elle fut accueillie par la tante Shaw qui la pria de prendre place en attendant Margareth. Les deux femmes ne s'appréciaient guère, l'une représentant tout ce que l'autre détestait, et l'autre dédaignant tout ce que l'une lui inspirait, elles faisaient néanmoins bonne figure lorsque Edith et Margareth firent leur apparition dans le salon. Hannah souriait à Edith d'un sourire entendu, puis prit des nouvelles de la santé de Margareth, qu'elle trouvait plus pâle qu'à l'accoutumée.
Hannah fit part à Margareth de la réception surprise qui l'attendait pour le soir-même, la jeune fille sut jouer parfaitement son rôle au grand soulagement d'Edith qui craignait de n'être démasquée et châtiée par Mrs Thornton –il est vrai qu'il fallait mieux être du côté de cette imposante veuve-, l'effet tant espérée eut bien lieu, Margareth resplendissait et prit les mains de sa future belle-mère en la remerciant chaudement pour cette tendre pensée. Puis la conversation s'orienta vers la fin des préparatifs, Margareth s'inquiétait de la surcharge d'organisation que demandait ce bal surprise. Elle fut quelque peu rassurée de voir que peu de choses avaient dû être prises en charge directement par la vieille femme. La raison de l'entrain de la jeune fille n'était pas à placer uniquement dans ce bal, même si elle était heureuse de pouvoir participer à une réception donnée spécifiquement en son honneur, la raison en était ailleurs.
Le matin-même, avant de descendre déjeuner, Dixon lui fit part d'une lettre remise par un express, une lettre qui venait d'Espagne. Trop heureuse, la jeune femme embrassa tendrement la bonne, et courut dans sa chambre pour lire la lettre dont elle ne pouvait plus ignorer l'auteur, l'espoir renaissait dans son esprit, car cela faisait plusieurs mois à présent qu'elle n'avait pas eu de nouvelles de son cher frère. Elle prit une profonde inspiration pour savourer cet instant, puis ouvrit le pli en faisant tomber un médaillon au sol. Intriguée, la jeune fille ramassa l'objet et se mit au pied de son lit pour prendre connaissance de la lettre.
« Margareth,
Ma très chère sœur, je ne pouvais résister à l'envie de t'écrire en ces jours si particulier, j'espère que ma lettre te trouvera en parfaite santé, et que tout se passe comme tu le souhaites pour la préparation du plus beau jour de votre vie à toi et John. Tu le sais, je ne pourrais malheureusement pas être des vôtres pour ce jour si, et je m'en excuse. Je le déplore tant car j'aurai été si fier de pouvoir te conduire à l'autel, et tu ne peux savoir combien je regrette à présent de ne pouvoir t'entourer pour cette célébration. Pour ne pas te laisser entièrement seule, tu trouveras normalement apposé à mon courrier, une fine chaîne et son petit médaillon contenant en son sein les portraits en miniature de nos parents. Je tenais à te faire parvenir ce bijou car, moi-même je portais ce présent tout contre mon cœur pendant mon propre mariage et j'ai pensé que tu pourrais avoir envie de le porter ou de l'avoir auprès de toi également. Il me fut confié par père le jour où je quittai Hellstone pour m'enrôler sur l'Orion et ce fut mon compagnon pendant les plus malheureux moments de ma vie mais également l'un des plus beaux. Ne pleure pas pour moi ma chère sœur, car je suis heureux, je le serai parfaitement si je pouvais aller librement dans mon propre pays, pour le moment je me satisfais de mon bonheur relatif que m'apporte ma chère Dolores et sa famille, devenue mienne.
La vie suit tranquillement son cours ici, je me suis plus que bien acclimaté à la vie et au rythme espagnol et ma situation est toujours acceptable, nous menons une vie paisible et la famille de Dolores m'a définitivement adopté, ne t'inquiètes pas de nous car nous ne manquons de rien. Nous espérons pouvoir vous voir vite, Dolores est si empressée de faire ta connaissance et il me tarde de rencontrer l'homme qui a su capter ton cœur sauvage, je suis sûre que tu adorerais l'Andalousie ma chère sœur.
Qui l'eut cru Margareth, n'est-ce pas? Je nous revoie encore à nos jeux d'enfants dans notre belle maison d'Hellstone. J'espère y retourner un jour pour pouvoir la montrer à Dolores. Je pense qu'elle tomberait sous le charme de ces collines et vallées proches de la paroisse. Mais cessons de parler du passé, car il est temps de te laisser à tes préparatifs, te connaissant tu as du faire déjà tourner en bourrique la pauvre Dixon plus d'une fois, n'oublies pas que j'aurai une tendre pensée pour toi pour ton grand jour ma chère sœur, tu ne seras jamais seule !
PS : je n'ai reçu qu'une lettre de l'homme de loi qui dont tu m'avais parlé, pour l'instant il peine encore à trouver plus d'un témoin pour mon affaire et ne peut rien nous promettre, mais il essaye de tout faire pour débloquer la situation au plus tôt, je pense que nous pouvons lui faire confiance.
Puisses mon express ne pas t'être délivré trop tard,
Je reste, ton frère dévoué,
Frederick.
Cette lettre avait redonné du courage à la jeune fille, Margareth devait parler à John de son frère, il l'avait protégé d'importants ennuis judiciaires. Elle était très redevable à son fiancé de l'avoir ainsi empêchée d'être inquiétée par la police, et estimait qu'elle ne devait plus avoir de secrets pour l'homme qui allait partager sa vie dans les prochaines heures. Le jeune homme s'était beaucoup confié à elle, à cœur ouvert et plus d'une fois sans laisser planer de mystères entre eux. C'est dans cet état d'esprit que la jeune fille descendit rejoindre ses invitées dans le salon, l'annonce de la réception qui en suivit lui avait permis de pouvoir littéralement exulter sans ce que cela ne paraisse trop suspicieux aux yeux de ses invitées. L'idée de revoir ses amies, d'avoir eu des nouvelles de son frère l'avait rendue euphorique. Margareth se plaisait à penser que, si Mrs Thornton n'avait pas été présente dans son salon, tante Shaw n'aurait pas hésité à s'octroyer l'idée de ce projet de bal, elle qui voulait toujours être au centre de l'attention, n'osait pas moufter en la présence de Mrs Thornton.
Dixon également dans la confidence fit préparer un bain pour Margareth et prépara la robe aperçue la veille dans sa chambre, la jeune fille se laissait guider comme une enfant dans la salle d'eau, se dévêtit promptement et se délassa dans ce bain bien chaud, mettant ainsi de côté toutes les sombres pensées qui agitaient son esprit ces derniers jours. La lettre qu'elle avait reçue de son frère l'avait littéralement ramenée à la vie, même si lui ne pourrait être physiquement présent à la cérémonie, une partie de lui avec ce médaillon serait auprès d'elle, et c'est tout ce qui comptait pour la jeune fille. Elle sentait chaque partie de son corps se fondre délicatement dans les douces volutes du bain parfumé à l'eau de rose elle était bien déterminée à ne pas laisser les évènements la submerger, à se montrer forte, et profita de ce moment de répit ou plus rien d'autre n'avait d'importance que la promesse de jours meilleurs. Tout à son bonheur, Margareth ne vit pas l'heure passer, et quand cinq heures sonnait à l'horloge elle se décidait finalement à quitter ce bain si délassant pour se préparer.
Elle se sécha rapidement, attacha ses cheveux rapidement et mis ses dessous. La robe, laissée le long de son lit était une pure merveille, elle appela Dixon qui vint l'aider à la passer, Dixon commençait déjà à faire couler des larmes sur ses joues replètes.
« Voyons Dixon, ne commences pas, il s'agit-là d'une simple robe pour une petite réception, qu'est-ce que cela va être d'ici quelques heures…
-Oh, ne dites pas ça Miss Margareth, vous voyez bien que je suis déjà dans tous mes états !
-Non, ne t'inquiètes pas, je ne me moque pas, bien au contraire, d'ici quelques jours je serai une femme mariée, as-tu trouvé ce que tu souhaitais faire par la suite, non pas que je te presse, pas du tout, mais je veux te savoir dans une bonne famille.
-Et bien, je ne sais pas encore, j'ai… En fait j'ai reçu un petit héritage dernièrement, une vieille tante que je n'ai pas vu depuis des années et du coup je n'ai pas encore pris le temps de trouver une autre famille, je pensais peut-être acheter une vieille maisonnette et prendre un peu de repos…
-Bien, bien, après tout tu aurais bien mérité un peu de repos ma vieille Dixon. Et bien ? Qu'en dis-tu, suis-je bien correctement habillée ? Ne te ferais-je pas honte ?
-Pour sûr non Miss Margareth !
-Margareth ! Es-tu prête, fit la mielleuse voix d'Edith, nous t'attendons ! La voiture est là !
-J'arrive, j'arrive ! Dixon, ce soir tu es de congés tu n'as pas oublié, tu peux venir avec nous à Thornton House, John n'y serait pas opposé et Mrs Thornton est déjà au courant…
-Non non Miss Magareth, je vais rester ici, je vais profiter d'une bonne nuit de sommeil, si vous n'y voyez pas d'inconvénient.
-Non du tout ma chère, je t'en prie. Nous ne savons quand nous rentrerons, peut-être est-ce prévu de rester à Thornton House…
-Oui, ne vous inquiétez de rien, Mrs Thornton a tout arrangé avec sa femme de charge. Je préfère rester ici avec la nurse du petit Cosmo, nous nous entendons bien, nous nous tiendrons mutuellement compagnie.
C'est ainsi que Margareth et les Lennox prirent la voiture en direction de Thornton House, pour assister à l'une des dernières soirées de célibataire de la jeune fille, Tante Shaw avait préféré pendre les devants. Il y avait déjà plusieurs dizaines de personnes dans le salon des Thornton. La jeune fille reconnut sans peine ses amies d'Hellstone, quelques connaissances de la ville également. Ceci promettait une belle soirée. Le souper sous forme de buffet fut rapidement servi aux convives, Margareth n'y toucha quasiment pas, tant il lui tardait de danser et de profiter de ce moment. Elle trouva Mrs Thornton entourée de sa fille et de son gendre, elle semblait bien à son aise et heureuse d'avoir pu faire plaisir à sa future bru. A la fin du buffet, Hannah Thornton invita l'ensemble des invités à passer au grand salon pour entamer le bal. Fanny toute heureuse de pouvoir attirer l'attention se mit au piano et le bal put commencer, Margareth dansa la première danse avec Cosmo, puis prit un peu de repos pour disctuer avec ses amies. Cela faisait presque deux ans qu'elle n'avait pu revoir les Miss Stransters, elles restèrent donc là un long moment à converser sur les dernières nouvelles d'Hellstone. Henry s'aventura à inviter Margareth en souvenir du bon vieux temps et cette dernière accepta non sans sourire à cette proposition, il lui semblait que le jeune homme avait définitivement tourné la page.
Durant le temps que dura la danse, Margareth eut l'étrange impression qu'Henry la regardait différemment, mais peut-être était-ce elle qui était en train de changer et de regarder le jeune homme d'une autre façon. Henry était un cavalier for habile, et danser avec lui fut un tel plaisir pour Margareth qu'elle accepta une nouvelle invitation du jeune Lennox. A la fin de la seconde danse, elle demanda à Henry qu'il l'a raccompagne à un siège pour qu'elle puisse se rafraichir, à peine eut-elle tourné le dos à la salle de bal qu'elle entendit une voix, une belle et profonde voix :
« Miss Hale, puis-je vous inviter pour la prochaine danse ou bien est-elle déjà réservée à un autre gentleman ? »
Margareth se retourna et un large sourire vint illuminer son visage. John se tenait là, devant elle tout sourire également. Il prit les mains de sa fiancée et les porta à ses lèvres en ne quittant pas ses yeux un seul instant. Margareth lui récita les quelques vers du poème de dont elle se souvenait au plus grand bonheur du jeune homme.
« John, susurra-t-elle, vous aussi faites donc partie de la surprise ?
-En doutez-vous ma chère ? Je vous avoue que j'avais planifié de terminer plus tôt mes affaires et comme j'ai pensé que vous seriez en manque de cavalier, je me suis dit que je pourrai venir vous tenir compagnie, après tout quel fiancé abandonnerait sa promise lors d'une réception donnée en son honneur…
-Je vois que vous êtes ici depuis moins de 10 mn et que nous n'existons déjà plus ! dit Edith. Ravie de vous revoir John en tous les cas. Avez-vous pu rapporter ce dont nous avions parlé ?
-Oui Edith, merci de vos indications, j'aurai été perdu sans vos conseils avisés. Nous en reparlerons plus tard ?
-Vous êtes bien secret tous les deux… Que complotez-vous donc dans mon dos ?
-Et bien ma chère cousine, ne connaitrais-tu pas le sens du mot surprise… ?
-Margareth, je vous avais promis un cadeau de Londres, vous en aurez deux… Mais pas tout de suite, pour l'heure, j'aimerai vous présenter quelqu'un qui m'est également très cher, voici mon ami William Spark, c'est mon ami le plus proche et je voulais vous le présenter car il sera mon témoin lors de notre mariage. »
A ce moment, Margareth se rendit compte qu'effectivement John n'était pas arrivé tout seul, mais son ami était sagement resté en retrait, laissant un peu d'intimité aux retrouvailles du couple.
« Miss Hale, c'est un véritable honneur de faire votre connaissance, dit-il en s'inclinant.
-Mr Spark, c'est une joie partagée de vous rencontrer, je suis désolée mais John ne m'a jamais parlé de vous… elle ne put s'empêche de rosir.
-Je m'en doutais ! John je comprends, tu aurais parlé de moi à ta fiancé, elle aurait de suite tout annulé pour courir me rejoindre ! Ne vous offusquez pas de mon bagout ma chère, nous aurons je pense demain toute l'occasion d'apprendre à vous connaître…
-Oui Will, mais il me semble que ma fiancée m'a d'abord réservée une danse, vous devrez donc attendre pour les confidences…
