Désolé pour la longue attente: mes élèves me prennent beaucoup de temps. Je suis super motivée pour faire mes cours, alors mes fics sont écrites un peu moins rapidement.

Merci à Aliena Wyvern, Julindy et Katleen pour vos reviews. Vous êtes méga-motivantes.

Chapitre 10

Survivre avec des réincarnations, le guide selon John Watson

L'atmosphère n'avait jamais été aussi tendue depuis que l'épouse de John et Lucas s'étaient reconnus. Béatrice avait senti tout le corps de North se tendre dès qu'il avait compris qui il avait devant lui. Elle ne comprenait pas pour quelles raisons mais il fallait absolument détendre l'atmosphère.

Lorsqu'elle bascula le poids de son corps sur le côté, Lucas abandonna sans remord Thandruill du regard pour se concentrer sur Béatrice. Il maudit le roi des elfes sylvains qui lui avait gâché sa première chance de rapprochement avec Bilbo...rapprochement qui avait même dépassé toutes ses espérances. Il n'arrivait pas à croire que son corps qu'il avait su tenir depuis cinq ans se manifeste maintenant au moment le plus embarrassant. Foutue Béatrice! Saleté de tentatrice !

Elle avait abandonné le totem et ses doigts n'effleuraient plus les siens. Une partie ancienne en lui lui criait d'ignorer le reste du monde, de l'attraper, de la plaquer au sol pour lui rappeler à quel point il était un amant exceptionnel. Mais Lucas n'était plus le nain au caractère sombre, impétueux et possessif. Il restait fier et cette fierté ne lui permettait pas de quêter aux pieds de Bilbo des restes d'affection.

Il saurait gérer.

Béatrice dut s'obliger à se rappeler qu'elle en voulait à Thorin, qu'elle n'était pas une demoiselle en détresse, que Thorin avait eu un comportement inacceptable avec elle. Tant pis pour Lucas. Elle ne voulait pas devenir semblable aux femmes battues et humiliées qui ne pouvaient plus quitter la spirale infernale qui les maintenaient enfermées dans un monde de souffrance. Cela lui faisait peur. Thorin avait levé la main sur lui et l'aurait tué s'il n'y avait pas eu Gandalf. Jamais elle ne voulait revivre cela. Jamais elle ne voulait vivre cela.

Une fois remise sur ses pieds, elle alla accueillir John et son épouse.

"Surtout ne vous faîtes aucune fausse idée sur ce que je vais faire." informa-t-elle cette dernière avec un clin d'oeil avant de prendre John dans ses bras.

Ce dernier lui rendit l'étreinte avec plaisir et émotion.

"Ne t'imagine pas que je te pardonne pas le coup du cercueil vide. Tu étais au courant, n'est-ce pas?"

Béatrice lui offrit un sourire penaud.

"J'étais absente. Sherlock et Mycroft avaient veillé à m'envoyer au loin. Moriarty n'avait donc pas connaissance de mon existence. Alors je pouvais bien être informée. Et puis, j'étais comme toi, je n'ai rien pu faire. Crois-moi, je n'ai pas sauté de joie quand Sherlock m'a informé de son plan."

John soupira en fusillant du regard le fauteuil vide de Sherlock.

"Par contre, ce soir, tu regretteras peut-être le temps béni de l'ignorance quand tu auras compris pourquoi on a autant de personnes dans l'appart'."

"Encore un mystère! Voilà bien un truc qu'on ne trouve que dans votre foutue famille !" s'écria John "Et c'est bien la chose que je mets au top de la liste des choses que je...préfère chez vous."

Béatrice se mit à rire. John l'embrassa sur les deux joues.

"Bon retour parmi nous et j'espère que tu as une super excuse pour ne pas m'avoir au moins écris."

"Je t'ai écris mais je n'ai jamais rien posté. J'ai un sac pour toi avec des souvenirs et des cartes."

"Où as-tu été?"

"Etats-Unis, Argentine et Australie."

"Aucune zone de combat?"

"J'ai retenu la leçon, Capitaine. Du moins, je n'ai pas voulu attaquer physiquement certaines personnes. Ce qui ne signifie pas que j'ai évité les affrontements s'il y avait un écran entre moi et ma...victime."

"Je m'en doutais. Toi et la bécane, vous m'avez manqué. Bon, et si on faisait les présentations. Mary semble déjà vous connaître, Monsieur?"

"North, Lucas North, agent du MI-6."

"Et pour quelle raison?" demanda suspicieusement John

La tension de son corps trahissait qu'il était prêt à défendre sa famille, vaille que vaille.

"Euh...John? Moi aussi je connais Mary." ajouta d'une petite voix Bilbo

"Quoi? on t'a demandé de la traquer, c'est ça ?"

John était décidément sur la défensive. Mary était sa femme et personne ne s'en prendrait à elle.

"Disons que notre rencontre remonte à fort longtemps. J'ignore même si vous vous souvenez de moi...Votre Majesté." ajouta avec respect Béatrice en inclinant la tête.

John ouvrit la bouche pour expliquer à Mary que Béatrice avait un don pour inventer des histoires et inclure les gens dedans mais Mary le devança en rendant un salut protocolaire et désuet à la jeune femme.

"J'ai beaucoup de souvenirs, Maître cambrioleur. Et je n'en ai oublié aucun. Vous avez grandi, Mr Sacquet..."

John regardait avec l'incompréhension la plus totale sa elle n'avait parlé ainsi. Elle aurait pu rivaliser avec les plus grandes héritières des familles royales.

"...Surtout au niveau de la poitrine."

Ou pas.

Béatrice regardait avec doute la réincarnation de Thandruill. Est-ce que le grand roi des elfes sylvains venait bien de faire une allusion douteuse à sa poitrine ? Ce gars, ou plutôt maintenant, cette femme était elle un pervers en puissance.

Mary se mit à rire à gorge déployée.

"Vous verriez votre tête !"

"Il faut dire que vous ne m'aviez pas habitué à ce genre de...comportement."

"J'ai décidé de retirer le balai que j'avais dans le fondement quand j'ai découvert que j'avais un corps de femme."

"Merveilleuse idée, Votre majesté!" répondit Bilbo en se détendant enfin

"J'adore ce corps, en fait, mis à part la grossesse et les anglaises."

"Ne m'en parlez pas. Quand j'ai mes ragnagnas, je ne peux pas quitter mon lit. Rien à faire, je ne tiens pas sur mes jambes."

" Ça me rassure de n'être pas le seul à m'être réincarné dans un corps de femme. Quand les souvenirs sont revenus, j'ai cru que les Valars se foutaient de moi. Mais bon, en comparaison de Smaug, on s'en tire pas trop mal, non ?"

"En effet. Au fait, comment ça se passe avec Sherlock? Pas trop difficiles les échanges ?"

"Non...enfin maintenant, tout va bien. On a eu un petit accrochage au début."

"Quel genre ?" s'inquiéta aussitôt Béatrice

"Hum...disons qu'en chassant le même gibier, Sherlock m'a démasquée et m'a fait louper ma cible. Pour m'en sortir...j'ai été obligée de lui tirer dessus."

"Quoi ? Vous lui avez tiré dessus à cause d'une stupide partie de chasse ? Vous lui avez collé une balle juste à cause d'un lapin ?"

" C'était plutôt un requin. Et ce n'était pas le genre de chasses auxquelles vous pensez. Je parlais métaphoriquement."

Les yeux de Béatrice brillèrent soudainement de compréhension:

"Magnussen." chuchota-t-elle

Mary acquiesça.

"Ah! le cochon! Il m'a encore mis sur la touche! Oh, il va prendre cher celui-là, je vous le promets."

"En attendant de lui sauter à la gorge, Béa, tu pourrais peut-être m'expliquer ce qui se passe. C'est quoi cette histoire de ne plus être un homme ? Oh! Non, Mary, ne me dis pas que tu as changé de sexe?"

Les deux femmes se tournèrent vers le pauvre médecin qui serait le seul être humain normal de la soirée.

"John, je crois que tu ferais mieux de t'asseoir avant toute chose." lui conseilla sa femme

John ne discuta et obéit. il avait appris à reconnaître les situations alambiquées quand elle pointait le bout de leur nez et celle-ci montrait carrément son visage. Mary retourna à ses côtés et s'assit sur l'accoudoir du fauteuil avant de prendre sa main dans les siennes.

"Quant tu as accepté de me donner une seconde chance, j'ai été honnête envers toi, John. Je ne te remercierai jamais assez pour ta confiance. je ne voulais plus te mentir et je ne l'ai plus fait. Cependant, il y a une chose que j'ai gardé pour moi. Cette chose est quelque chose d'ancien qui n'a jamais eu se place dans ce que j'ai vécu avant et après t'avoir rencontré. Mais elle m'a quand permis de garder la tête haute même quand je me suis enfoncée dans des chemins tortueux qui m'ont conduite jusqu'à A.G.R.A. Qui plus est, je pensais être la seule dans cette situation avant de rencontrer Sherlock."

"Sherlock?"

Béatrice se rapprocha de John à son tour.

"Sherlock et moi, nous ne t'en avons jamais parlé, John. C'était là un secret lourd et dangereux que nous devions absolument garder. On ne t'a rien dit autant pour te protéger que pour nous protéger. Tu connais le bouddhisme ?"

"C'est ça votre secret ? Vous êtes bouddhistes et Mary a décidé de vous rejoindre ?"

"Si ce n'était que cela, John, on n'en aurait pas fait tout un mystère. Non, je te parle du bouddhisme parce qu'elle évoque le cycle des réincarnations."

"Oui, et alors ?"

"Pour faire simple, on va utiliser la méthode de Sherlock. Tu te souviens des cauchemars que lui et moi, on faisait ? De son "ennui" du sommeil ? "

" J'ai réveillé une ou deux fois Sherlock, en effet. Et toi, je t'ai trouvée une fois éveillée à deux heures du matin avec une tasse de café entre les mains. Tu n'avais pas dormi. " se souvint John

"On a aussi de drôle de lubies: les énigmes, les enquêtes, mes sept repas par jour, les expériences explosives de Sherlock, sa collection de pipes et de briquets. As-tu aussi remarqué qu'on ne portait rien en or ou en argent ?"

"Non, je ne le savais pas ça. mais quel rapport avec Mary ? Vous voulez me faire croire quoi là ? "

Béatrice s'agenouilla en face de lui.

"ce soir, tu vas assister à une réunion des plus bizarres : dix-huit personnes. Mis à part deux frères, elles n'ont aucun lien entre elles. Elle se rencontrent pour la première fois. Mais tu vas constater qu'elles, qu'on se connaît parfaitement."

"Eh bien...merci Facebook dans ce cas-là."

"Non John. Je n'ai pas Facebook pour ne pas me faire repérer. Nous nous connaissons depuis très longtemps. Depuis toujours en fait. Chacun d'entre nous reconnaîtrait l'autre même si nous étions tous originaires d'autres pays, même si nous n'étions pas de la même génération. C'est en nous. C'est en quelque sorte un souvenir de ce qui nous avons été autrefois. Nous sommes tous ce qu'on appelle des...réincarnés. Un ancien esprit dans un nouveau corps."

John les regarda tous tour à tour. Pendant de longues minutes, le silence s'étira.

Puis soudain, il éclata de rire. Chacun s'attendait à cette réaction. Mary et Béatrice regardèrent Loki et North. Mary ne put retenir une grimace de répulsion envers l'ancien nain. Il leur fallait une preuve pour John. Or, il n'y avait que deux personnes pour lui prouver la véracité de leurs dires: Thandruill et Thorin.

"Vous savez toujours manier le fer, fils de Thror ?" demanda-t-elle

"Vous serez capable de lever une épée, bouffeur de salade ? " répliqua North peu amène.

"Ce n'est pas la politesse qui vous étouffe!" s'exclama Béatrice. "Et mis à part vous taper dessus, on n'a pas une autre option...moins encombrantes et potentiellement dangereuse pour l'appartement ? Des trucs d'elfes ou de nains?"

Un silence accueilli la proposition de la journaliste. Mary et Lucas la dévisagèrent. Au fond de leurs yeux se lisait clairement une envie d'en découdre. béatrice soupira.

La soirée allait être longue. Très longue.

"Oh! Mais crotte, zut à la fin ! Thandruil était un elfe. les elfes adorent la musique. Et quand la compagnie a débarqué dans mon smial, je me souviens que les nains avaient chanté. Donc plutôt que de ravager l'appartement de Sherlock et de vous faire ensuite assassiner par Mrs Hudson, chantez-nous un truc dans votre langue!" les gronda-t-elle comme des enfants pris en faute.

"Pas con!" s'exclama Mary "De toute manière John, tu m'as déjà vu tirer. Tu te souviens du penny troué quand Sherlock m'a démasquée?"

"Comment pourrai-je oublier le soir où j'ai découvert le pot aux roses? Mais quel rapport ?"

"C'était humainement impossible de tirer avec une telle précision sans viseur. Tu étais dans l'armée, tu en conviendras ? Aucun soldat ne vise une petite cible à l'oeil nu. Il faut un adaptateur. Et cela prend encore plus de temps quand cette cible est en mouvement. Mais tu m'as vu. Je n'ai pas hésité et j'ai tiré immédiatement." déclara-t-elle avec une voix rendue atone par la peur de voir John s'éloigner d'elle. Cette peur ne la quittait plus.

"Tu as une excellent acuité visuelle, voilà."

"John...arrête, je t'en prie."

"Ecoute Mary, John. Relie les détails et ne refuse pas l'évidence sous les prétexte qu'elle n'ait pas vraisemblable." lui conseilla Béatrice "Loki, on peut avoir des harpes?"

Profitant que Charlotte se soit rendue aux toilettes, le dieu de la malice acquiesça puis il ouvrit une porte invisible dans l'espace. Sa main disparut un moment, comme s'il l'avait glissée derrière un rideau, devant un John abasourdi. Puis progressivement apparut le bois doré finement ciselé d'un instrument de grande facture. Il tira l'objet encombrant sans difficulté.

Si Mary et Lucas étaient aussi étonnés que John, ce n'était pas pour les mêmes raisons: aucun d'entre eux n'avait jamais vu la puissance des dieux. Béatrice, quant à elle, était bien trop habituée au tour de passe-passe de son ami pour s'ébahir ainsi, mais si elle restait fascinée par ses capacités.

"Jolie pièce. D'où provient-elle ?" demanda-t-elle faussement blasée.

"Orchestre philharmonique de Berlin. Les meilleurs." affirma Loki en connaisseur.

"C'est pile-poil ce qu'il fallait à nos deux musiciens. John, au fait, je te présente Loki."

"Qu'est-ce que le cinglé à cornes de bouc fabrique chez Sherlock ?" s'écria John en bondissant du fauteuil

"Ce sont des dents de dragon, déjà. Ensuite ce sont les crocs de lait de mon fils cadet, donc surveille ton langage mortel."

"Loki, ne rajoute pas d'huile sur le feu. Sinon, on n'est pas sorti de l'auberge."

"Tu m'avais dit que c'était la résidence de ton cousin ici. Et pour une auberge, on repassera." déclara Loki en regardant les lieux avec étonnement.

Béatrice se pinça l'arrête du nez. Si elle n'avait pas une migraine d'ici la fin de la soirée, ce serait un miracle.

"C'est une expression terrienne, Loki. Ne prend pas tout toujours au pied de la lettre. Donc, si on ne m'interrompt plus, on va peut-être réussir, crénom de nom, à débrouiller cette situation!"

"Mais ne nous énervons pas voyons!"

"Loki?"

"Oui?"

"Boucle-là!"

Loki, faussemet choqué, imita le poisson hors de l'eau. mais Béatrice prit le parti de l'ignorer.

"Bon, John, pour faire court, je suis devenue pote avec Loki lors de mon séjour à New-York. Comme tu peux le constater, lui, Sherlock et moi-même, nous nous ressemblons beaucoup. je te promets, il peut être très sympa. Disons que New-York, c'était une crise d'ado tardive. En plus, il avait des circonstances atténuantes : il a été adopté. Mais il s'est rattrapé depuis. il a permis à Thor d'empêcher la fin du monde. De plus, ce gars c'est le roi du shaker, le dieu des cocktails. Franchement, quand tu auras goûter à un de ses Sunrises on Asgard ou Sex on the beach, tu le vénèreras à genoux. Quant à Mary, Mr North, Sherlock et moi-même, après avoir vu ce que vient de faire Loki, tu devrais accorder plus de crédits à nos allégations. Ce que tu vas entendre devrait effacer tes doutes. Laisse-moi donc te présenter en exclusivité pour toi, le roi d'Eryn Lasgalen, le gars que l'Oréal rêve d'employer, le Céline Dion masculin qui, comme moi, a décidé d'envoyer valser le service trois pièces, j'ai nommé...sa magnificence Thandruil alias...Mary!"

"Mon dieu, Béatrice, tu as fumé quelque chose ?"

"Avant oui, je prenais du Vieux Toby. Mais maintenant, votre tabac est de très mauvaise qualité, alors j'évite."

John préféra se taire. Béatrice avait toujours été un bout en train. Mais là, elle avait complètement DISJONCTE !

Il arrêta cependant de penser au fait que Sherlock allait devoir faire interner sa cousine dans un asile quand il entendit les premières notes de musiques. Mary s'était installée, l'instrument entre les jambes comme si elle en avait toujours fait. Les notes que ses mains obtenaient en effleurant les cordes étaient d'une magnificence incroyable. La musique semblait provenir d'un temps bien antérieur à l'apparition des hommes. Ce n'était pas une musique qu'un mortel pouvait composer. C'était une harmonie purement divine. Et pourtant...pourtant,c'était Mary qui jouait.

Charlotte, la bouche ouverte, assise aux pieds de son père, semblait hypnotisée par l'image de sa mère si différente de celle qu'elle offrait habituellement. Mary rayonnait littéralement. Sa peau brillait d'un éclat opalescent. Le passé et le présent se superposaient sur son visage et une majesté fort peu commune émanait de son visage.

Puis, soudain, résonna quelque chose de purement transcendant ; c'était sa voix. La voix de sa femme qui chantait quelque chose dans une langue qui lui était totalement inconnue et qui ne ressemblait à rien qu'il ait déjà pu entendre:

A Elbereth Gilthoniel

Silivren penna miriel

O menell aglar elenath !

Na chaered palan-diriel

O galadhremmin ennorath,

Fanuilos, le linnathon

nef aear, si nef aearon !

Les dernières notes moururent doucement dans l'atmosphère feutrée de l'appartement. John s'étonna de se retrouver dans son vieux fauteuil entre ses murs modernes couverts de papier peint où était dessiné un smiley jaune, car pendant quelques instants, il s'était retrouvé ailleurs dans le hall d'un château garni de lourdes tapisseries chamarrées ouvert sur des jardins boisés illuminés de lucioles descendants jusqu'à une mer calme où se reflétait les lumières iridescentes de la lune et des étoiles. Mary avait baissé les yeux, toute à la fois pensive et inquiète de la réaction de John. Ce chant n'était pas un des chants les plus utilisés par les Sindars mail il lui était venu spontanément à l'esprit, comme si Varda avait décider de l'aider.

"C'était..." demanda John après s'être raclé la gorge mal à l'aise.

"De l'elfique? Oui. Du Quenya plus précisément." confirma Béatrice une main sur son bras pour le rassurer

"Mais c'est impossible. je veux dire, on est dans le monde réel."

"Oui et alors? Sherlock ne t'a jamais dit que lorsqu'on élimine l'impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité."

"Sherlock a reconnu avoir subi l'influence d'une drogue quand on a traqué "le chien des Baskervilles"."rappela John

"En même temps avec son passif, Sherlock sait reconnaître un monstre d'une fumisterie. John, ni Sherlock, ni Mary, ni moi-même ne possédons de preuves irréfutables quant à ce qu'on avance, mais ne pourrais-tu pas prendre le parti de nous croire, comme tu l'as toujours fait?

John soupira:

"Si Mary est un ancien elfe, tu es quoi ?"

Béatrice lui répondit par un sourire avant d'aller chercher sa pipe. Elle avait une furieuse envie de fumer tout à coup. Quand elle revint, elle l'avait allumée et souffla un rond de fumée parfait. Encore une chose qu'elle n'avait pas oubliée! Avec une petite révérence, elle déclina son identité:

"je suis, enfin j'étais, un hobbit de la Comté. On nous appelait semi-hommes car notre taille ne dépasse pas celle d'un enfant humain. Mon nom était Bilbo et...j'étais de sexe masculin."

John, bien que blanc, s'efforça d'encaisser les informations.

"Pourquoi la pipe?"

"Tradition hobbitique. Rassure-toi, je fume rarement. Le tabac de cette époque est d'une piètre qualité comparé au Vieux Toby. Mais laissons Mr North nous interpréter un air de son peuple."

John avait perçu la pointe de mépris qu'elle avait placé dans cette phrase si anodine en apparence. En soupirant, l'agent entreprit de s'installer à son tour. Il avait craint d'avoir tout oublié de la harpe, mais son esprit avait enregistré les vieux réflexes et il sut se placer convenablement. Avec les automatismes, ce fut comme si son corps était soumis à un enchantement qui plaçait ses mains aux bons endroits, qui obligeait ses doigts à pincer les bonnes cordes. Après la voix aérienne et cristalline de Mary, la sienne plus grave et plus rocailleuse offrait un contraste saisissant. les mots qu'il prononçait, il ne les avaient jamais oubliés. Sa langue maternelle ne s'était jamais effacée de sa mémoire:

Loin au-delà des montagnes froides et embrumées
Vers des cachots profonds et d'antiques cavernes.
Il nouvs faut aller avant le lever du jour
En quête de l'or pâle et enchanté.

Les nains de jadis jetaient de puissants charmes
Quand les marteaux tombaient comme des cloches sonnantes

En des lieux profonds,où dorment les chose ténébreuses
Dans les salles caverneuses sous les montagnes
Pour un antique roi et seigneur lutin,
Là,maints amas dorés et miroitant
Ils façonnèrent et forgèrent,et la lumière ils attrapèrent
Pour la cacher dans les gemmes sur la garde de l'épée.

Sur des colliers d'argent ils enfilèrent
Les étoiles en fleur:sur des couronnes ils accrochèrent
Le feu ;en fils torsadés ils maillèrent
La lumière de la lune et du soleil.

Loin au-delà des montagnes froides et embrumées
Vers des cachots profonds et d'antiques cavernes.
Il nous faut aller avant le lever du jour
Pour réclamer notre or longtemps oublié.

John avait regardé attentivement Béatrice pendant que Lucas North chantait. Et il avait vu sa physionomie considérablement s'altérer. Elle était maintenant blanche, les lèvres pincées autour de sa pipe et les sourcils froncés.

"Béatrice ?" demanda John

"Oui ?"

"Dans quelles circonstances l'as-tu connu ?"

"Oh! Un hasard, rien d'important: je lui ai servi de chair à canon. Il m'a envoyé dans la gueule d'un dragon avant de tenter d'achever le travail en m'étranglant et en me suspendant au-dessus du vide. Tout ça parce que j'ai permis d'éviter une bataille inutile en lui volant une pierre." déclara-t-elle avec une nonchalance feinte qui fit ricaner Loki.

North en avait assez. Assez qu'elle le pousse dans ses retranchements, qu'elle le rende antipathique alors qu'elle ne se souvenait de rien. Il en avait assez qu'elle le rejette en détruisant sa réputation. Elle voulait jouer, ils allaient jouer.

"Vous oubliez de préciser une chose: vous étiez mon amant et j'ai eu votre vertu." lacha-t-il mauvais.

Béatrice qui s'était relevée et marchait en direction de la cuisine, se prit les pieds dans le tapis et s'étala de tout son long. Le bruit de sa chute résonna d'autant plus dans le silence soudain de l'appartement.

A suivre

Alors? Béatrice = 3 Lucas = 1 !

Ça chauffe entre eux, non?