Bonjour à tous,
Je tiens à remercier tous ceux qui me suivent encore – les nouveaux également, bien sûr ^^ - et qui prennent la peine de me laisser une review. Même courte, chacune d'entre elles me poussent à continuer et en cela, je vous dis merci à tous :)
Je tiens également à rassurer ceux qui s'en inquiètent : non, je n'ai pas abandonné cette fic. Je n'abandonne jamais une fic en cours de route. Seulement, j'ai d'autres projets de fanfic et de nouvelles qui ne peuvent pas attendre, raison pour laquelle il y a d'aussi gros délais entre chaque chapitre. Je fais mon possible pour faire plus court mais il faudra être patient ^^
Là-dessus, je vous laisse avec ce « petit » interlude sur la passé de Morgane avant de passer, très bientôt, j'espère, à un chapitre beaucoup plus mouvementé.
Bonne lecture à tous !
Morgane
« Comment va-t-elle ? »
Le médicomage de garde leva des yeux fatigués et répondit :
« Elle s'en sortira. Après tout, elle n'a aucune blessure, elle est même en parfaite santé. Sa régression mentale aurait pu être préoccupante, mais elle a été prise à temps, heureusement. L'Impérium peut être mortel s'il est abandonné comme ça, l'infantilisation peut conduire à un état de légume et… Enfin, elle ne gardera aucune séquelle. »
Ron détestait l'habitude fâcheuse qu'avait beaucoup de médicomages de se perdre dans des explications oiseuses. A dire vrai, il avait cessé de l'écouter après la phrase « elle s'en sortira ». Le reste n'avait pas d'importance. Tout ce qui comptait, c'était le résultat.
Elle paraissait si paisible. Un vague sourire attendri sur les lèvres, Ron regardait sa sœur dormir. Ils se trouvaient dans une petite chambre à l'infirmerie du Département des Aurors. L'exorcisme en soi n'avait pris que quelques minutes, le reste avait été plus long. Il fallait s'assurer qu'il n'y ait aucun dommage collatéral. D'après le meds, le sorcier qui l'avait soumise avait cessé d'exercer son contrôle il y a environ deux jours, déclenchant un lent processus de dégradation psychique qui aurait fait passer la femme énergique qu'était Ginny à une chose tout juste capable de baver. Si l'Impérium n'était pas levé, il rongeait celui qu'il avait ensorcelé. La plupart des mages noirs le retirait pour éviter que l'on remonte à eux (en effet, le sort abandonné devient analysable pour les autres) et Ron soupçonnait une sinistre plaisanterie derrière tout ça, d'autant plus qu'il était sûr que le coupable n'était pas un amateur.
Enfin… Elle allait bien, c'était tout ce qui comptait. Pour le moment, elle se reposait. Elle dormait depuis le début quasiment. Le médicomage disait que c'était normal. Et Ron avait opiné. A quoi bon ? Pour être honnête, il redoutait à l'avance le moment de son réveil. Il avait même demandé à ses parents et à Hermione de rester en retrait pour le moment. Il voulait que ce soit lui qui soit là à son réveil. Ca devait être lui. Elle ne devait apprendre de personne d'autre la raison pour laquelle…
Son sourire s'effaça. Penser à Ginny le faisait immanquablement penser à Harry. Il ne s'était pas appesanti sur ce qui c'était produit, ça s'était passé si vite. Il avait simplement appris pour son évasion et il avait eu la bonne idée d'envoyer Sauvray prévenir Seamus concernant Wentkell. Le ministre était un autre de ses problèmes. Ses menaces à peine voilées (voir pas voilées du tout) ne présageaient rien de bon. Wentkell n'était pas fou, ni vendu, Ron s'en était rendu compte, mais totalement paranoïaque. Ce qu'ils avaient osé faire dans son dos était vécu par lui comme un pur acte de traitrise, et il ne les lâcherait pas tant qu'il ne les confondrait pas tous. Les choses allaient empirer, c'était sûr, mais dans quel sens ?
Mais au fond, Wentkell n'avait-t-il pas raison de se méfier de tout le monde ?
Ron en venait à le croire. Harry… Serait-il possible qu'il soit réellement coupable ? Que si nous lancions le Piori Incantatum sur sa baguette, les silhouettes brumeuses de la famille Vallangher et de Geoffrey Goodwin apparaitraient ? Non, Harry n'aurait jamais commis un acte aussi horrible, pas de son plein gré en tout cas. Mais la supposition ne pouvait être ignorée. Cela faisait des années qu'il était à ce poste, et il avait appris depuis longtemps à ne jamais faire l'impasse sur une piste, même la plus délirante. Et celle-ci, bien qu'elle paraisse totalement aberrante, avait néanmoins une certaine logique. Une très bonne logique. Une logique détestable.
Ron soupira.
Par Merlin, ce serait tellement plus simple si ce n'était pas Harry…
Ron entendit plus qu'il ne vit le médicomage s'approcher de lui. Le regard fixé sur le visage paisible de sa sœur, il attendit que le meds toussote pour se tourner vers lui.
« Vous savez, dit-il, elle en a encore pour une bonne heure. Si vous voulez aller vous dégourdir les jambes ou… faire autre chose…
- Bien compris. »
Le sorcier dût estimer que le message était bien passé car il tourna aussitôt les talons. Ron se dit qu'il avait raison. Il avait l'impression de s'ankyloser à rester là à ne rien faire. Et puis, il avait faim. Une faim de loup même. Un passage rapide aux cuisines ne lui ferait pas de mal. L'affaire de dix minutes.
Avec un grognement, il se leva et quitta la pièce.
Il était proche de la sortie lorsqu'il entendit les premières clameurs.
Perdu dans ses pensées, Ron traversait d'un pas lent le Département des Aurors lorsqu'il entendit les éclats d'une dispute quelques mètres plus loin, vers une partie de l'étage connue sous le nom de salle de briefing principale. Au début, cela ne l'étonna pas plus que ça. Le département était en pleine révolution depuis que Harry s'était fait la malle. Rien d'étonnant à ce que les Aurors soient un tantinet nerveux. Il s'arrêta néanmoins lorsqu'il reconnut la voix de Morgane.
Les sourcils froncés, Ron se tourna vers le couloir d'où provenaient les cris. Qu'est-ce qui pouvait bien mettre Mandola dans un tel état de rage ? D'accord, elle était un peu sanguine mais jamais encore il ne l'avait entendu hurler comme ça. Intrigué, il obliqua sur le couloir et entra dans la salle de briefing.
La pièce était noire de monde. Ron se trouvait sur une mezzanine étroite, surplombant la salle même. En contrebas, une foule d'Aurors avait formé un cercle grossier au centre duquel deux silhouettes se faisaient face. Une main sur le garde fou, Ron reconnut Morgane. La jeune femme était écarlate, la baguette sortie et pointée sur un homme à ses pieds. Ron mit une bonne seconde à l'identifier. Cole.
« Ne t'avise plus jamais de répéter ça, tu m'entends, plus jamais ! »
Le cri de la jeune femme rappela certains souvenirs humiliants à Ron, notamment certaines disputes familiales où il s'était retrouvé face à une Ginny hargneuse. Jusqu'à présent, il n'avait rien vu de plus intimidant, mais là, il fallait avouer qu'il hésitait. Morgane faisait presque peur. Sa baguette en crachotait des étincelles. Pendant un instant, il imagina Cole pulvérisé par un sort d'une intensité peu commune. Mais contre toute attente, elle tourna les talons, défonça d'un coup d'épaule les spectateurs qui se trouvaient sur sa route et disparut dans les couloirs.
Ron en resta bouche bée. Planté là, il n'entendit pas les pas qui se rapprochaient de lui.
« C'est décidément pas sa journée. »
Ron se tourna brusquement.
« Sauvray, fit-il en soufflant, bon sang, vous m'avez fait peur.
- Navré, dit le français d'un ton neutre.
- Ca ne fait rien. »
Il reporta son attention sur Cole, en train de se faire relever par deux Aurors. Il était aussi rouge que Morgane, mais lui, ça devait être plus de honte que de rage.
« Pauvre Cole… reprit le français, à mon avis, il va s'en souvenir longtemps de cette journée. Finnigan et maintenant Mandola… Faites-moi penser de ne jamais mettre en colère un anglais. »
Ron eut un petit sourire. « Et encore, vous la verriez en situation de bataille, vous feriez dans votre pantalon.
- Je veux bien vous croire.
- Mais dites-moi, vous ne deviez pas aller voir Seamus ? demanda-t-il en lui faisant face.
- C'est fait depuis un moment. Mais beaucoup de choses se sont produites depuis. L'attaque de la Confrérie…
- Quoi, quelle attaque ? »
Ron sentit son sang se figer. La Confrérie avait attaqué et personne ne l'avait prévenu. Par les glandes de Merlin, mais c'est pas vrai, quel abruti ! Le regard brillant, il dévisagea Sauvray qui lui, le fixait avec incompréhension.
« Personne ne vous a prévenu ?
- Non. Alors ? »
Sauvray exposa dans les grandes lignes ce qui venait de se passer. Lorsqu'il eut fini, Ron avait les dents serrées.
« Bon sang… »
Ses doigts argentés serraient compulsivement la rambarde. Il gardait un souvenir trop cuisant de son passage dans le repaire pour ne pas ressentir toute l'horreur de la chose. Et puis…
Le Norfolk.
Ils étaient proches de Godric's Hollow. Ca ne lui plaisait pas, mais alors pas du tout.
« C'est curieux, continua Sauvray, j'aurais pensé que l'un de vos employés vous aurait prévenu.
- Non, ils n'ont rien fait, rien du tout.
- Peut-être ont-ils pensé qu'il valait mieux ne pas vous inquiéter avec ça. Après tout, la situation a été reprise en main…
- Ils aurait quand même dû m'en informer, bordel. Je suis le directeur du Service de Répression des Déviances Magiques, j'aurais dû être l'un des premiers informés. »
Ron sentit la colère monter en lui. Il se promit de faire regretter aux bleus ce manquement impardonnable. La Confrérie avait attaqué, elle avait fait des morts… Bon sang, ils allaient l'entendre.
« Désolé, je ne pensais pas être le premier à vous en parler.
- Oubliez, fit Ron un peu sèchement, vous feriez mieux de vous rendre sur place, vos compatriotes ont surement besoin de vous.
- J'y ai songé mais je viens de recevoir des ordres. Mes supérieurs estiment nécessaire que je reste ici en tant qu'agent de liaison. Une façon comme une autre de me punir de mon insubordination. Ce n'est pas grave, je suis habitué. »
Ron fit un grognement incertain.
« Bon… Et qu'est-ce qui s'est passé, ici ? Pourquoi Morgane et Cole étaient-ils prêts à s'étriper ? »
Sauvray hésita à continuer, puis il se lança :
« Wentkell a ordonné à Cole de se lancer à la poursuite de Potter. Il lui a donné un bataillon d'Aurors et de soldats ainsi que l'accès à vos Traqueurs. Il était venu ici pour mettre les choses au point. Mandola était là et… Il a eu une phrase malheureuse. »
Ron, qui avait gardé une expression neutre, demanda : « C'est-à-dire ?
- Il a parlé de Potter. En des termes pas vraiment élogieux. »
Ron sentit ses machoires se contracter. Décidément, Cole lui plaisait de moins en moins. « Soyez plus précis.
- Et bien, il l'a… plus ou moins accusé d'avoir dirigé l'attaque de la Confrérie.
- Quoi ?!
- Je ne fais que répéter, dit le français, les mains levées en signe de paix. D'ailleurs, Mandola non plus n'a pas apprécié, ça s'est très vite envenimé. Elle a fini par lui mettre une baffe monumentale et par sortir sa baguette. On a tous pensé qu'elle allait lui lancer un sort, mais, vous l'avez vu, elle n'a rien fait. »
Ron était furieux. Il comprenait parfaitement la réaction de Morgane. A sa place, il aurait probablement fait pareil.
« Dites-moi, je peux vous poser une question ? »
Ron se tourna, le sourcil légèrement arqué.
« Bien sûr.
- Je sais que la mise en accusation de Potter dérange beaucoup de monde et met ses plus proches amis sur les nerfs. Vous aussi, j'imagine. (Ron ne répondit pas) Mais pour Mandola, c'est différent. On dirait presque… Oui, on dirait presque que c'est personnel. Comme si c'était elle qui était touchée, et non lui, comme si…
- Quel est votre question ?
- Quelle est la nature exacte de la relation entre Potter et Mandola ? »
Ron le regarda droit dans les yeux, avec un sourire que l'on ne saurait qualifier d'amusé ou de sarcastique.
« Vous ne vous demandez pas plutôt si Harry et Morgane n'ont pas déjà couché ensemble ?
- Ce n'était pas le sens de ma question, rectifia Sauvray, un peu gêné.
- On en avait pourtant l'impression. Laissez-moi vous enlever un doute : à ma connaissance, Harry a toujours été fidèle à ma sœur. Il ne sait que trop bien ce qui l'attend s'il ose tromper Ginny. Et je peux vous assurer qu'il n'y a jamais rien eu d'autre que de l'amitié entre Morgane et lui. Même s'ils ont en commun une histoire assez personnelle, comme vous dites. Une histoire glauque…
- Vraiment ? Et laquelle, si je peux me permettre ? »
Ron était allé trop loin. Il avait trop parlé, une habitude fâcheuse qui semblait s'être accentué ces derniers temps. L'histoire en question était connue de très peu de personnes. La plupart des Aurors qui avaient travaillé dessus l'avaient oublié. Une affaire comme une autre, après tout. Il n'était que trois à encore s'en souvenir. Et Morgane n'en faisait pas partie.
Le rouquin fronça les sourcils. Sauvray allait-il devenir la quatrième ? Pendant un instant, il envisagea de ne rien dire mais comme il avait commencé… De plus, il faisait instinctivement confiance à Sauvray.
« Le nom de Franck Muzoray vous dit-il quelque chose ?
- Non. Ca devrait ?
- Pas vraiment, répondit l'Auror avec un léger sourire. Je pensais que comme son nom est apparu sur la liste des criminels recherchés dans le monde entier, peut-être que… Enfin, bref… Muzoray était un mangemort, l'un des rares à s'être échappé de Poudlard après la défaite de Vous-Savez-Qui il y a vingt ans. Muzoray… Muzoray était un fou, un véritable fêlé. Les bêtes ne tuent que pour se nourrir ou se défendre. Lui, il tuait pour le plaisir. Un plaisir sauvage, dénué de toute humanité. Bon sang, même Greyback paraissait civilisé à côté de ce monstre.
» Vous me direz, beaucoup de mangemorts lui ressemblaient. Ceux qui ne venaient pas chercher gloire ou protection auprès de Vous-Savez-Qui cherchaient tout simplement à assouvir leur pulsion meurtrière. Muzoray était l'un d'eux. Il avait réussi à maitriser un sortilège très particulier qui est par la suite devenu sa marque de fabrique. Ce sort porte le nom d'Ankor Layvis.
- Je connais, intervint Sauvray, le Nuage Scintillant.
- C'est son autre nom, en effet. Un sortilège qui lui convenait tout à fait. Il créait des nuages de lames tranchantes comme des rasoirs dans lesquels ils perdaient ses victimes. Les malheureuses finissaient déchiquetées. Une mort abominable. On a retrouvé des dizaines de cadavres dans un état horrible après la bataille de Poudlard. On pense même que c'est lui qui a tué l'Auror Tonks et son mari mais on n'en est absolument pas sûrs. Après tout, ils étaient entiers, eux… (Sauvray ne disait rien bien que la conversation était en train de dévier) Bref, c'était un enfoiré de première. Inutile de vous dire qu'il a été activement recherché.
- Mais vous ne l'avez pas trouvé, c'est ça ?
- C'est ça. Pendant presque un an, il nous a échappé. Beaucoup de mangemorts se sont expatriés à l'étranger, on a donc lancé un mandat international. Sans résultat. Ce que l'on ignorait, c'est que nous allions le retrouver chez nous quelques mois plus tard.
» Début 2001, une série de meurtres effroyables ensanglantait le pays. Les victimes étaient retrouvées dans un état à peine descriptible. L'œuvre d'un fou. On a même retrouvé des traces de sperme près des cadavres. Ce cinglé se branlait pendant que ses victimes se transformaient en hachis parmentier, je vous laisse imaginer le tableau. Je crois bien que c'était la première fois que je vomissais sur une scène de crime.
- Hum… Le cinglé, c'était Muzoray ?
- Tout juste. On a reconnu sa signature, la Nuage Scintillant. Muzoray était de retour. Je crois que la disparition de son maitre a dissipé les dernières miettes de raison qu'il pouvait encore avoir et il s'est lancé dans une logique meurtrière. Le pister était très difficile, il frappait au hasard, et il ne laissait aucun survivant, pas même les enfants. Les Traqueurs n'existaient pas à l'époque, ce qui est bien dommage, d'ailleurs, cela aurait sauvé beaucoup de monde.
- J'imagine, oui.
- De plus, nous ignorions à quoi ressemblait Muzoray. Il avait probablement dû changer de visage car la recherche visuelle basée avec les photos d'archives ne donnaient rien. Une vraie anguille. Il a tué plus d'une cinquantaine de personnes.
- Je vois, fit Sauvray pensivement. Mais quel est le rapport avec Potter et Mandola ?
- L'affaire Muzoray fut la première affaire importante de Harry. Il ne la dirigeait pas à l'époque, il n'était encore qu'apprenti, mais il était aux premières loges. C'était son mentor, Malcolm Callaghan, qui la menait. C'est d'ailleurs lui qui l'a résolue, au prix fort…
- Et Mandola, alors ? l'interrompit le français.
- Je vous ai dit que Muzoray ne laissait aucun survivant. C'est vrai, sauf une fois. Une seule fois, il nous a laissé un témoin… »
Dix sept ans plus tôt…
Une foule de badauds s'était agglutinée autour de la petite maison du 87, Leighter Great Avenue, New Sandford, Angleterre. Des policiers essayaient tant bien que mal de gérer cette foule grandissante, cet amas de curieux attirés par le sang et la violence. Il fallait les comprendre, cette petite communauté rurale avait dû voir son dernier crime important se produire il y a un demi-siècle alors dès que la rumeur d'un meurtre sanglant s'était répandue, vous pensez… Quelle bande d'abrutis !
Un observateur attentif aurait aperçu un détail étrange chez les forces de l'ordre. En effet, à bien y regarder, on avait l'impression qu'ils ne savaient pas très bien quoi faire. Ils paraissaient hésitants et lorsqu'ils ne l'étaient pas, ils faisaient dans le zèle. Ils n'étaient pas à leur place. Un observateur attentif l'aurait vu. De même qu'il aurait aperçu le petit morceau de bois que certains avaient, accroché à leur ceinture.
« La brigade de camouflage moldu est là, c'est déjà ça, fit le vieil homme. Même s'ils sont aussi discrets qu'un hippogriffe dans un concours d'insultes, au moins, les moldus nous foutront la paix. »
Le jeune homme regarda son comparse de travers.
« Vous êtes dur…
- Et toi, trop tolérant, répliqua le vieillard. Il faut savoir appeler un incapable un incapable, fiston. Ces types ne méritent pas mieux, crois-moi.
- Nous sommes tous sur les nerfs en ce moment, essaya de tempérer le jeune homme, eux y compris. Et puis, vous n'êtes pas vous-même exempt de toute erreur.
- Parfois, je me demande pourquoi je t'ai pris comme apprenti, rétorqua le vieux avec sarcasme. Puis j'écoute ces conneries et la lumière se fait. Un incapable reste un incapable jusqu'à ce que tu lui crache à la figure toute son incompétence. Réveille-toi, petit. C'est dans ces moments qu'ils devraient être à cent pour cent. C'est face à la peur que l'on reconnait la véritable nature de gens.
- On a un peu dévié, je crois, coupa le jeunot, on parlait des nouvelles victimes il y a encore deux minutes.
- Juste. Je commence à me faire vieux, voila que je me mets à radoter, bougonna le vieil homme. On a suffisamment trainé ici. Allons-y, Potter. Allons à la rencontre du sang. »
Le jeune homme eut un frisson en voyant le sourire malsain sur le visage de son mentor.
Les deux hommes sortirent alors de l'ombre et s'avancèrent au milieu de la rue. En premier venait un homme âgé d'une soixantaine d'années environ. Les cheveux gris-noirs, assez courts, tirés en arrière, un visage rude, des yeux plus durs que la pierre, un sentiment de crainte, de respect émanait de cet homme à la démarche assurée. On s'écartait devant lui, sans même le connaitre. On le saluait pour ne pas s'attirer ses foudres. Autrefois, il fut une des fiertés du ministère de la magie. Il fut même un héros dans les sphères les plus secrètes de la communauté magique. Mais suite à de mauvais choix, il n'était plus que l'ombre de lui-même. Le reflet d'un âge aujourd'hui révolu qui persistait envers et contre tout à exister dans un monde qui ne voulait plus de lui.
Malcolm Callaghan.
Derrière lui venait un jeune homme d'une vingtaine d'années qu'il n'était plus nécessaire de présenter. Son nom était connu dans toute l'Angleterre. Il était celui qui a vaincu le Seigneur des Ténèbres, celui dont le nom était révéré ou honni mais rarement ignoré. Il était le Survivant.
Harry Potter.
Camouflage oblige, tous deux étaient habillés comme des moldus. Une longue parka pour Callaghan et une simple veste pour Harry suffisaient à donner le change face aux moldus. Ces derniers ne les remarquaient même pas, trop occupés à observer les fenêtres supérieures de la maison.
Harry l'avait remarquée dès le début. Impossible de la rater. La maison comptait trois fenêtres au premier étage et une lueur sanguine émanait de l'une d'elles. Il n'était pas compliqué de savoir où avait eu lieu le meurtre.
Les deux sorciers étaient maintenant proches de la maison. L'un des faux policiers essaya de l'arrêter, vit à qui il avait à faire et les laissa passer sans même leur adresser la parole. L'avantage avec Callaghan, c'était que quelque soit l'endroit où vous alliez, toutes les portes vous seraient ouvertes. Le vieil Ecossais était de ceux dont on ne discute pas les souhaits.
Ils entrèrent dans la maison. Des dizaines d'Aurors allaient de droite à gauche, dans une cacophonie presque assourdissante. Malgré cela, Harry entendit clairement les hoquets caractéristiques d'un homme qui vide ses intestins. Se tournant en même temps que son maitre vers ce qui semblait être la cuisine, il vit un jeune type en train de vomir bruyamment dans un saladier avec à ses côtés, un Auror de haute stature qui le regardait presque avec pitié.
« Tiens, Callaghan, fit l'Auror en se tournant vers le mentor de Harry, je ne pensais pas vous voir si tôt. Vous avez finalement cuvé votre bouteille ?
- Ravi de te voir aussi, Kingsley. »
Ne voyez aucune familiarité dans le fait que Callaghan tutoie et appelle par son prénom son interlocuteur. Il trouvait tout simplement plus facile de l'appeler par son prénom plutôt que par son nom (Shackelbolt) et quant au tutoiement… Disons que pour que Malcolm Callaghan vous vouvoie, il fallait qu'il vous respecte et le respect n'était pas une chose qu'il accordait facilement.
Kingsley, par ailleurs, ne s'en formalisait pas.
« Vous arrivez pile au bon moment, reprit-il de sa voix de basse, les corps sont encore chauds, le meurtre ne doit pas remonter à plus d'une heure. Les légistes sont déjà là-haut, si vous voulez jeter un coup d'œil avant que l'on emporte les corps…
- J'y compte bien, oui, grogna Callaghan. Et lui, c'est qui ? »
Il désigna du menton le jeune type qui gerbait dans le saladier. Au même moment, ce dernier se redressa et se tourna vers les nouveaux arrivants. A peine plus vieux que Harry, il avait le teint olivâtre, les cheveux foncés et bouclés et un accent typique des gens du bassin méditerranéens. Espagnol, italien, voir grec, Harry n'en était pas sûr.
« Euh, monsieur, bonjour… fit-il, véritablement gêné, je… Je suis…
- Un bleu ? dit Callaghan en se tournant vers Kingsley (ignorant superbement le jeunot).
- A peine sorti de ses couches, répondit Kingsley. C'est sa première affaire importante. »
Le jeune type rougit de honte. Il supportait mal de se faire traiter comme un gosse par ce qui devait être dans son esprit deux légendes du ministère. Harry comprenait cela.
« Hum, hum… Monsieur Callaghan, dit-il en présentant résolument sa main au vieil homme (lequel la regarda avec un air bizarre), je m'appelle Manuel Goncalvez et c'est vrai, je viens tout juste de débuter mais malgré ce que vous avez vu, je suis plus…
- Kingsley, fais-le taire, coupa Callaghan, il commence déjà à m'énerver. »
Plus rouge que jamais, Goncalvez baissa la main en avalant discrètement sa salive. Kingsley avait un petit sourire de compassion pour son apprenti et Harry tourna la tête pour cacher un sourire d'embarras. Généralement, vous vous souvenez longtemps de votre première rencontre avec Malcolm Callaghan.
« Et si tu nous faisais le topo de la situation, Kingsley ? continua l'Ecossais, on n'a pas toute la nuit, je crois ?
- Le topo, c'est lui qui va vous le faire, répondit l'Auror en désignant Goncalvez, moi, je dois me rendre au ministère, j'ai à faire.
- C'est une blague ?
- Il est titulaire et parfaitement compétent, assura Kingsley, si vous pouvez vous retenir de lui faire la peau, vous verrez qu'il fait un boulot très convenable. Maintenant, si vous permettez… »
Sur ce, il tourna les talons et sortit de la maison. Callaghan leva les yeux au ciel, visiblement excédé, puis il se tourna vers Goncalvez, lequel semblait prêt à piquer un sprint si l'Ecossais lui en donnait l'ordre.
« Allons-y. »
Harry et le jeune type lui emboitèrent aussitôt le pas. Manuel se tourna à demi vers Harry et lui demanda dans un murmure :
« Euh, le « retenir de me faire la peau » de Kingsley, tout à l'heure, c'était sérieux ou juste une mauvaise blague ? »
Harry se retint de rire.
« Disons qu'il a la baguette facile. Evite de l'énerver. »
Cette fois, Goncalvez avala bruyamment sa salive.
« Le jeune, le topo sur l'affaire, lança Callaghan en commençant à monter les escaliers.
- Euh, oui, bien sûr… s'empressa-t-il de répondre en sortant un carnet de sa poche. Euh… Tout d'abord, monsieur, je tiens à dire que je suis très flatté de travailler avec vous. Vous êtes le plus grand Auror que je connaisse et…
- Fiston, s'il y a une chose que je déteste plus qu'un flot de paroles inutiles, ce sont les flatteries.
- Ah, euh…
- Ton rapport.
- Oui. » Il ouvrit précipitamment son carnet. « On a deux victimes, un homme et une femme. L'homme s'appelle Anthony Mandola, 34 ans, il travaillait au département des Relations Internationales. L'autre corps est celui de sa femme, Sylvia, 32 ans, femme au foyer. Vraisemblablement, ils ont tous les deux été surpris dans leur lit il y a environ une heure, entre 22 heures 40 et 23 heures, plus précisément - les légistes ne sont pas sûrs. Comme pour toutes les autres victimes, Muzoray a fait un véritable carnage. Franchement, il est même difficile de savoir où commence le corps de Sylvia et où commence le corps d'Anthony…
- Quand est-il de leur enfant ?, demanda Harry (il avait remarqué les dessins enfantins sur le frigo).
- Ah oui, fit Manuel en tournant la page, les Mandola avaient une fille, Morgane, âgée de neuf ans. Mais on ne l'a pas retrouvée. On pense que Muzoray l'a emmenée.
- Etrange, murmura Harry, habituellement, Muzoray ne s'encombre pas d'otage. Qu'est-ce que ça peut vouloir dire ? »
Harry regarda le dos de la parka de Callaghan en disant cela mais le vieux ne se retourna pas. Résolu, il marchait vers la chambre et Harry, qui le connaissait, n'insista pas, sachant qu'il avait tout entendu et tout enregistré dans ce disque dur infaillible qu'était sa mémoire. Mais Manuel qui l'ignorait, demanda :
« Vous en pensez quoi, monsieur Callaghan ? »
Mais Callaghan ne répondit pas. Il venait d'arriver devant la chambre grande ouverte et s'était figé à l'entrée. Ne vous trompez pas, Callaghan n'était pas choqué par ce qu'il voyait (il avait vu pire), il s'était simplement arrêté pour prendre le maximum d'images, le maximum d'informations visuelles avant qu'il entre et piétine immanquablement la scène de crime. L'Ecossais avait une mémoire quasi photographique, un don qui lui avait été d'une grande aide dans sa carrière. Malgré tout, regardant par-dessus son épaule, Harry se demanda vraiment comment il faisait pour rester aussi stoïque.
Un jour, il y avait des années de cela, Harry était parti en promenade avec les Dursley dans les rues de Little Whining. Sur la route, ils avaient vu les restes d'un malheureux chat, écrasé par une voiture. Harry gardait un souvenir diffus de la tante Pétunia qui avait aussitôt emmené Dudley plus loin, de son cri écoeuré et de la grosse voix bourrue de l'oncle Vernon qui lui intimait l'ordre de les rejoindre en vitesse et plus vite que ça. Par contre, il se souvenait parfaitement de ce qu'il avait ressenti. L'horreur, le dégoût, l'incompréhension aussi (il ne devait pas avoir plus de cinq ans). Il s'était demandé quelque chose aussi et ça, il s'en rappelait comme si c'était hier. Il s'était demandé comment ce tas de chair sanguinolent avait pu être un jour un gentil et tout mignon matou ronronnant avide de caresses et câlins. C'est cette question, plus encore que ce qu'il voyait qui l'avait le plus intrigué. Il y avait pensé toute la nuit. Et même la journée suivante. Maintenant qu'il y pensait, c'était la première fois qu'il était confronté à la mort.
Aujourd'hui, plus de seize ans plus tard, Harry se reposa la même question. Comment ce tas de viande déchiqueté, haché et broyé avait pu être un jour un homme et une femme ? Manuel n'avait pas exagéré. A cette seconde, lui aussi aurait été incapable de dire où commençait Sylvia Mandola et où finissait Anthony. Il reconnaissait bien ci et là un bras, peut-être un pied, une tête déformée, mais ce fut tout. Le reste n'était plus que la bouillie immonde. Harry sentit sa gorge se serrer. Il parvint à se retenir, plus par habitude qu'autre chose. Si il n'avait pas vu les vingt deux autres victimes, il aurait rendu son diner.
La chambre était maculée de sang. De larges trainées dégoulinaient des vitres, du papier peint, des draps et des meubles. Les Aurors déjà présents dans la pièce (trois inspecteurs et deux légistes) avaient enfilé des sacs plastiques autour de leur pied. Le sol humide faisait un bruit spongieux peu ragoûtant lorsque Callaghan, suivis de Harry et Manuel, s'approcha des corps.
Les deux légistes ne firent pas attention à eux. Le premier, les yeux fermés, faisait passer sa baguette au dessus des cadavres et murmurait des choses que son collègue notait consciencieusement sur son calepin. Callaghan s'approcha dans son dos et demanda d'une voix forte :
« Cause de la mort, Fauret ? »
Le légiste ouvrit les yeux et se tourna vers le vieil Ecossais, les sourcils légèrement froncés.
« Ce n'est pas assez évident, peut-être ?, fit Fauret avec humeur.
- Si ça l'était, tu ne serais pas là à passer les corps aux sortilèges de Vision Organique. Alors ? »
Fauret soupira. « Alors, rien. C'est comme les autres. Mort par hémorragie massive consécutive à de multiples plaies commises par un objet tranchant, un couteau, une machette ou plus vraisemblablement, au regard de la vingtaine de cadavres que j'ai déjà autopsié, le sortilège d'Ankor Layvis.
- Je vois. Rien de spécial ?
- Désolé, Callaghan. Pour l'instant, je n'ai rien. »
Callaghan poussa un grognement de dépit. Harry savait qua son mentor attendait depuis des semaines qu'un détail même infinitésimal puisse indiquer un changement dans les habitudes de Muzoray, n'importe quoi qui pourrait les remettre sur la piste de l'ex-mangemort. Mais pour l'instant, ils faisaient chou blanc.
« Bon, as-tu touché aux corps autrement que par la baguette ? demanda l'inspecteur à Fauret.
- Non, pas encore…
- Dans ce cas, du balai. Je vous appellerai lorsque vous pourrez les emmener. »
Le légiste ne chercha pas à protester. C'était inutile face à Callaghan. Il fit un signe de tête à son collègue et tous deux sortirent de la chambre.
Harry, de son côté, s'était approché de la table de nuit. Les trois autres inspecteurs, qui s'avéraient être des membres du Service de Recherche et d'Etude des Indices Physiques et Métapsychiques, ne firent attention à lui qu'un bref instant puis se replongèrent dans leurs réflexions. Harry ne les regardait pas. Son attention était fixée sur une photo dont le verre était souillé de sang. Précautionneusement (la dernière fois qu'Harry avait pris un indice sans suivre la procédure, Callaghan le lui avait fait payer les deux semaines qui avaient suivies), Harry sortit sa baguette et fit léviter le cadre jusqu'à lui. C'était une photo de famille. Sylvia Mandola, une belle femme aux longs cheveux noirs, se tenait, rayonnante, aux côtés de son mari, Anthony, souriant jusqu'aux oreilles, qui accusait un début de calvitie au somment du crâne. Au milieu, il y avait une petite fille, trop jeune pour se rendre compte de la solennité du moment, en train de jouer avec une poupée. Les cheveux mi-longs noués en deux petites nattes, elle ressemblait énormément à sa mère, jusqu'à son expression boudeuse qui ressemblait vaguement à celle de Sylvia. Ca ne pouvait être que la petite Morgane.
Harry sentit de nouveau sa gorge se nouer. Mais cette fois, cela n'avait rien à voir avec le dégoût. Il pensait pouvoir supporter tout cela, il y avait même cru dur comme fer après être entré dans la chambre et avoir supporté l'odieux spectacle. Mais cette photo brisait quelque chose en lui, ou plutôt, elle lui criait à la figure ce qu'il refusait d'admettre depuis le début. Dès son arrivée chez les Aurors, il savait qu'il verrait des choses ignobles, des choses qui hanteraient ces nuits pendant des semaines, et depuis que Callaghan l'avait pris sous son aile, il s'efforçait de ne rien laisser paraitre, de prendre les choses avec indifférence, comme son maître, et ce, afin d'être plus efficace, afin d'être le meilleur. « Peu importe les sentiments, lui avait dit un jour l'Ecossais, c'est superflu, c'est un luxe de lâche. Apprend à passer outre, et non seulement, tu survivras dans ce métier, mais en plus, tu parviendras à surclasser les autres, à voir ce que leur affect leur cache. En bref, tu deviendras le meilleur. » Et Harry, encore jeune, encore ignorant (pas naïf, après Voldemort, il avait cessé de croire en beaucoup de choses), l'avait suivi et au début, il l'avait supporté, bon gré, mal gré. Mais aujourd'hui, face à cette photo, il sentait ses certitudes se fissurer, s'effriter. Il ressentit brusquement toute la douleur, toute la peur, tout le malheur (ce que certain comiques appellent l'empathie) de ces malheureux qui étaient passés devant la baguette de Franck Muzoray, et plus particulièrement, il se sentit bouleversé par cette petite. Muzoray massacrait des familles entières, Harry avait donc vu des photos d'enfants tués par ce malade, mais c'était différent. Ces enfants étaient morts, vous comprenez. Bien que cela le révoltait, Harry se disait que ces enfants ne pouvaient plus souffrir, que là où ils étaient, ils étaient libres, en paix, aux côtés de ceux qui les aimaient. Il se disait cela pour supporter la pression, même si fréquemment, cette logique simpliste menaçait de se fracturer. Et cela était arrivé avec Morgane. Car elle, sauf preuve du contraire, était vivante. Et elle était seule. Seule avec pour seul bagage un passé révolu et un avenir esquinté. Avalant sa salive, Harry maudit Muzoray pour cette vie détruite. C'était cruel à dire, mais peut-être aurait-il mieux valu qu'il ne l'oublie pas. La peine de cette petite aurait été moitié moins terrible. Harry ne savait pas pourquoi cela lui faisait cet effet. Peut-être était-ce dû au fait qu'il était humain ? Ou que le cas de Morgane lui en rappellait un autre, celui d'un petit garçon de 15 mois…
Un bruit spongieux réveilla Harry. Callaghan était en train de fouiller dans l'amas de chair. L'estomac noué, il reposa la photo et se tourna vers son mentor et le jeune Manuel. Ce dernier avait un teint verdâtre prononcé et Harry était prêt à parier qu'il faisait ce qu'il pouvait pour empêcher le reste de ses tripes de faire le court chemin entre son estomac et sa bouche (voire son anus). Lui, pensa Harry, était un parfait exemple de celui qui est soumis à son affect.
Comme pour lui donner raison, Goncalvez se mit à parler à toute vitesse. Le genre de balbutiement qu'ont les gens nerveux pour faire descendre la pression.
« Non mais, vous avez vu ce carnage, monsieur Callaghan ? Une vraie horreur. Ct'enfoiré les a pas raté, ça. Une vraie boucherie, le comptoir en moins. Non mais, regardez moi ça ! Ca en dégouline des murs, et on voit à peine à travers la fenêtre, c'est répugnant. Et attendez, vous avez pas vu le plus dingue. Vous voyez la tâche un peu jaunâtre, là ? C'est du sperme. Ce taré s'est astiqué le manche pendant que ce pauvre couple se faisait dépecer vif, non mais, j'vous jure, et là, là…
- Ca vous ennuierait de la fermer ? » coupa durement Callaghan.
L'autre la ferma aussitôt mais Harry voyait bien qu'il voulait continuer sur sa lancée. Le Survivant s'approcha de lui et posa sa main sur l'épaule du jeune homme.
« Il en a encore pour un moment, si vous voulez attendre dehors… »
Manuel fut à deux doigts d'approuver la proposition mais un sursaut d'orgueil bien masculin le retint sur place. Manifestement, il ne désirait absolument pas voir sa couardise rapporter à Kingsley (ce qui, avec Callaghan, aurait toute les chances d'arriver) et surtout, il ne souhaitait pas quitter la pièce alors qu'un autre type à peine plus expérimenté que lui supportait très bien toute cette horreur. Il resta donc à sa place, muet, le visage plus vert que jamais.
Harry porta son attention sur le travail de son mentor. Il s'efforçait de voir ces corps comme de simples quartiers de viande, mais c'était dur. D'autant plus que pensez à eux le faisait penser à Morgane.
« Potter, regarde. »
Harry se pencha alors, en même temps que Manuel (qui gardait une distance raisonnable, quand même). Callaghan manipulait avec soin ce qui devait être autrefois une main. Harry vit ce qui l'intéressait. Un morceau de papier était coincé entre le majeur et l'annulaire.
Il lui fallu une bonne minute pour l'extirper sans l'abimer. Puis avec sa baguette, il le fit léviter à la hauteur de ses yeux pour le lire mais le sang avait rendu l'inscription illisible.
« Chope-le. »
Harry sortit sa baguette et fit léviter à son tour l'objet afin que Callaghan puisse lancer un sort de Récurvite. Le sang séché se désagrégea en une fine poussière couleur rouille, ne laissant que l'encre sur le papier. Les trois Aurors purent alors lire l'unique mot écrit sur le papier :
PLACARD
Placard ? Mais qu'est-ce que ça voulait dire ?
Le dos douloureux, Harry se redressa… et l'entendit. Pour la première fois qu'il était dans cette pièce, il percevait ce son alors qu'il aurait dû y faire attention dès le début.
« Vous entendez ?
- Quoi ? fit Manuel en le regardant.
- Silence, fermez-la ! »
Les trois Aurors du Service de Recherche se turent alors, le visage indigné, et Harry put enfin clairement entendre le bruit. Manuel aussi puisque son visage passa du vert au blanc. Callaghan se releva d'un bond.
« Qu'est-ce qui se passe, demanda l'un des trois Aurors. Pourquoi vous avez crié ?
- Vous ne l'entendez pas ?
- Entendre quoi ? »
Mais comment ça se fait qu'ils n'entendaient rien ? Harry était perdu.
Callaghan, quant à lui, fixait Goncalvez avec une expression que Harry ne connaissait que trop bien, surtout les jours où il avait fait une connerie.
« Tu es sûr qu'il n'y a que nous dans cette maison ?
- Mais oui, répondit rapidement Manuel. On a lancé un sortilège de détection humaine dès notre arrivée et…
- On t'a jamais appris qu'il était facile de contrer les sortilèges de détections ?
- Euh… Et bien… Je…
- Abruti ! », cracha-t-il avant de se tourner vers les trois autres Aurors. « Vous trois, faites passer le message. Il faut refouiller la baraque. A l'ancienne. Je veux que vous regardiez dans chaque tiroir, meuble, placard, même les trous de souris s'il le faut. Mais je veux que le moindre millimètre carré de cette piaule soit passé au crible, c'est clair ?!
- Mais quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?
- La gamine est encore là.
- Quoi ?
- Grouillez ! »
Ils n'hésitèrent qu'un instant avant de quitter la pièce. Valait mieux ne pas l'énerver plus qu'il ne l'était déjà. Harry, pendant ce temps, essayait de se focaliser sur la source du bruit. Il l'avait tout de suite reconnu. Des gémissements. Un souffle rapide émaillé de sanglots. Des pleurs enfantins. Morgane, à tous les coups.
L'oreille tendue, Harry s'approcha de l'armoire de la chambre qu'il avait jusque là ignoré. Callaghan était sorti à son tour pour fouiller les autres chambres et Manuel suivait Harry presque pas à pas, trop effrayé pour prendre le risque de croiser seul le vieil Ecossais.
Harry colla son oreille contre la porte. Le bruit se faisait plus fort. C'était ici. Il essaya de l'ouvrir mais la poignée refusait même de bouger. Il pointa sa baguette sur la serrure et murmura « alohomora ». Un déclic et la porte s'ouvrit lentement. Harry s'attendait à voir la malheureuse recorquevillée au fond mais au lieu de ça, il ne vit que des manteaux, des robes de sorciers, mais rien qui ne ressemble de près ou loin à une fillette. Mais bon sang, où était-elle ? Les sanglots étaient pourtant parfaitement audibles, ici.
« Vous croyez que c'est là ?
- Ca devrait l'être pourtant, » répondit Harry en se mordant la lèvre.
Puis son regard se porta sur un petit trou dans les lattes quasiment à ses pieds. Une idée germa dans son esprit et il se mit à genoux pour voir à l'intérieur. Il eu à peine le temps de voir un œil disparaitre.
« Elle est là ! Je l'ai trouvée ! » cria Harry à la cantonade.
Il chercha une poignée pour ouvrir la trappe avant de se rendre compte qu'elle ne pouvait s'ouvrir qu'avec la magie. Après avoir usé d'un sort de lévitation simple, Harry se pencha et l'aperçut enfin.
Morgane.
La malheureuse avait le visage ravagé par le malheur. Ces cheveux mi-longs d'un noir profond étaient emmêlés, sales. Ils cachaient à peine les grands yeux enfantins de la petite, figés dans ce que Harry reconnaissait comme un état de choc. Recorquevillée, les bras serrés autour de ses jambes repliées, elle ne semblait voir ni Harry ni Manuel. Sa bouche mi-ouverte émettait un gémissement de chien battu. C'était déchirant. Harry eut de nouveau la gorge nouée. Sauf que cette fois, c'était plus intense. Il ne se trouvait pas devant une image, mais devant une personne bien réelle.
« Hé, petite, fit Goncalvez en tendant la main, allez, viens, tu n'as plus rien à craindre, maintenant. »
Au même instant, Callaghan, suivi par les quatre autres Aurors, apparurent dans l'entrebâillement du placard. La réaction ne se fit pas attendre. Avec un gémissement apeuré, la petite se détendit soudain et essayer de se cacher au fond du trou. Ses yeux brillants semblaient les implorer de ne pas lui faire du mal, de ne pas la tuer. Une telle expression ne devrait jamais apparaitre sur les traits d'un enfant.
« Reculez, ordonna Harry, reculez, vous lui faites peur.
- Dis donc, toi… commença l'un des trois Aurors du Service de Recherche.
- Faites ce qu'il dit, l'interrompit Callaghan sur un ton qui refusait toute réplique. Allez. »
Les quatre hommes reculèrent alors. Harry croisa brièvement le regard de son mentor. Il savait pourquoi il avait obéi. Certains pourraient penser que le vieil homme faisait confiance en son jeune apprenti, mais je vous l'ai dit, la confiance, comme le respect, étaient deux choses que Malcolm Callaghan n'accordait qu'avec parcimonie. Non, il avait simplement trouvé une occasion de le mettre à l'épreuve. Et Harry le savait. Tout comme il savait ce qui l'attendait s'il échouait.
« Recule, Goncalvez, » ordonna Harry au jeune homme.
Ce dernier hocha la tête, probablement trop heureux de se dégager d'une situation trop complexe pour lui et alla rejoindre ses équipiers. Harry se tourna alors vers Morgane.
La petite n'avait pas bougé. Plaquée contre la paroi de contreplaqué, elle regardait le Survivant avec une terreur sourde. Harry se pencha alors et montra ses mains vides à la fillette (il avait discrètement glissé sa baguette dans sa poche) comme pour lui montrer qu'il ne lui voulait aucun mal.
« Morgane, commença-t-il d'une voix la plus douce possible, Morgane, regarde, je n'ai pas d'arme, je ne veux pas te faire de mal, viens. »
Il tendit la main et la fillette eut un nouveau gémissement. Harry se mordilla la lèvre. Il n'était pas doué dans ce genre de situation, ce n'était que la seconde fois qu'il s'y trouvait confronté et la première face à un enfant. Ne sachant pas trop quoi faire, il se redressa et descendit dans le trou avec des gestes lents. La cache était peu profonde, elle lui arrivait à peine à la taille et il eut toutes les peines du monde à s'accroupir. Morgane commençait à paniquer. Les larmes coulaient à flot sur son visage ravagé. Elle grattait contre la paroi comme un animal piégé, tout en essayant de repousser Harry avec ses pieds. Le Survivant bougeait à peine, la main toujours grande ouverte. Il tendit légèrement le bras, tout en lui parlant.
« Morgane, c'est terminé, c'est fini. Tu n'as plus rien à craindre. Nous sommes des Aurors, des gentils. Tu vois, je ne veux pas te faire de mal. Tu n'as pas à avoir peur, je vais t'emmener en lieu sûr. »
Sans s'arrêter de parler, il approcha sa main et parvint à la poser sur l'épaule de l'enfant. Terrifiée, Morgane la lui mordit profondément. Harry serra les dents pour ne pas crier et pour ne pas la retirer.
« Morgane, écoute-moi, écoute-moi, dit-il le souffle un peu court en s'approchant encore plus. C'est fini, c'est fini, tu n'as plus à avoir peur, il n'est plus là, il est parti. Tu n'as plus rien à craindre, c'est terminé. Terminé… »
Il agrippa la seconde épaule de la petite et s'efforça de la maintenir immobile. Elle commençait à gémir un peu moins. Un bon signe. Son regard ne le quittait pas.
« C'est terminé, petite. C'est terminé. »
Elle lança encore un ou deux gémissements. Elle semblait épuisée. Les mains légèrement pressées sur ses épaules, Harry continua :
« Je ne laisserais plus personne te faire du mal. Tu entends, plus personne. »
Elle le regarda, le regard brillant. Puis, sans signe avant-coureur, elle se jeta sur lui. Harry tomba en arrière, la petite pressée contre sa poitrine. Secouée par de violents sanglots, l'enfant serrait le Survivant à lui en faire mal. Ce dernier eut d'ailleurs un peu le souffle court mais il ne fit rien pour la repousser. Se redressant tant bien que mal, il parvint à sortir du trou, les bras autour de la fillette. Il croisa les regards des autres Aurors. Celui de Callaghan brillait de ce que Harry considéra avec surprise comme de la fierté.
« Des médicomages attendent en bas, » dit-il, simplement. Et Harry acquiesça, incapable de parler. L'enfant serrée contre lui, il traversa la chambre et entreprit de descendre l'escalier.
Il évita le regard des autres. Il ne voulait pas qu'ils voient que lui aussi avait les yeux brillants.
« Par la suite, on a découvert que la mère de Morgane, Sylvia, avait lancé un sortilège de Fidélitas sur le placard avant d'y cacher sa fille. Etant la Gardienne du Secret, Muzoray ne pouvait pas le voir, encore moins entendre la petite à l'intérieur. Elle avait simplement pris soin d'écrire ce mot afin de permettre à ceux qui le liraient de devenir Gardien à leur tour et de trouver la fillette. Elle devait se douter que ce serait nous mais sans en être sûre. Elle avait pris un gros risque. Imaginez que ce soit Muzoray qui l'ait trouvée… »
Ron secoua la tête. Accoudé à la rambarde, Sauvray ne regardait pas Ron. Il était légèrement pâle et sa voix était un peu blanche lorsqu'il parla.
« Bon sang. Je n'aurais jamais cru… Morgane… Pauvre petite… »
Ron hocha lentement de la tête.
« Elle a passé les deux années qui ont suivi dans l'aile psychiatrique de Ste Mangouste. Elle avait à peine onze ans lorsque les meds ont estimé que son état s'était amélioré et qu'elle pouvait entrer à Poudlard. Je ne suis pas psy mais personnellement, je ne l'aurais pas laissé sortir. Pas aussi tôt, en tout cas.
- Pourquoi ? Son cas…
- Vous vous sentiriez comment si vous aviez neuf ans et que devant vous, un maniaque découpait en petits morceaux vos parents tout en éjaculant sur leurs restes ?
- Bon dieu, fit le français, elle a vu le meurtre ?
- Oui. A mon avis, Sylvia aurait voulu l'éviter mais certaines lattes du plancher étaient disjointes. Il ne fait aucun doute que Morgane a vu ce qui s'était produit.
- Mais… Je ne comprend pas. Pourquoi Sylvia n'a-t-elle pas tenté de s'enfuir au lieu de cacher Morgane ?
-Parce qu'elle ne le pouvait pas. Muzoray avait un mode opératoire très précis. Avant de s'en prendre à ses victimes, il lançait un sortilège anti-transplanage sur la maison et il verrouillait à distance toutes les portes et fenêtres. Ainsi, ils ne pouvaient plus s'échapper.
» On ne sait pas très bien ce qui s'est passé dans cette maison. Morgane n'a jamais parlé de cette nuit. Les maigres indices que l'on a trouvés –trainées de sang, signes de lutte- nous ont cependant permis de deviner. On pense que Muzuray a d'abord eu à faire à Anthony. Ce dernier a ordonné à sa femme de s'enfuir et c'est ce qu'elle a tenté de faire en montant à l'étage, emportant avec elle sa petite fille. On était à peu près sûr que Muzoray n'a pas vu Morgane car aucun indice ne permet de penser qu'il l'a cherché. Anthony et Muzoray se sont battus. Pendant ce temps, Sylvia a essayé de s'enfuir mais se rendant compte qu'elle ne pouvait rien faire, elle a décidé de cacher sa fille de la meilleure façon qui soit. Elle a lancé le Fidélitas, verrouillé la porte et écrit le mot. Entretemps, Anthony avait perdu et Muzoray l'a probablement trainé jusqu'à la chambre. C'est là qu'il a commis son meurtre odieux, ignorant que deux yeux innocents l'observaient. Le plan de Sylvia avait fonctionné. Sa fille a survécu, mais à quel prix… »
Ron poussa un soupir.
« Elle est resté plus de six mois sans prononcer un seul mot. Les psys ont diagnostiqué une profonde dépression liée à un choc émotionnel intense. Peuh… Comme si on ne s'en était pas rendu compte. La malheureuse… Je ne pense pas que l'on puisse guérir d'une telle blessure. Un jour, un type m'a dit que si l'on peut guérir physiquement, les blessures mentales, elles, ne s'arrêtent jamais de saigner. Morgane en est le parfait exemple. Le reste de son enfance a été chaotique. Les psys disaient que le choc avait fait naître en elle une sorte de psychose liée à cette nuit qui l'entraînait sur une voie dangereuse, suicidaire. Et c'est vrai, à Poudlard, Morgane était disons… une vraie saleté. Elle cherchait la bagarre, elle partait au quart de tour, on aurait dit qu'elle cherchait à se détruire, mais qu'étant incapable de le faire elle-même, elle forçait les autres à s'en charger. Elle avait aussi une phobie, je vous l'ai dit ? Cette peur était née cette nuit. Une phobie assez originale, il faut le dire.
- C'est-à-dire ?
- Elle a peur des lames.
- Quoi ?
- Les lames, les couteaux et autres. Cela suffisait presque à la paralyser. Elle pouvait manipuler les ustensiles de cuisine bien sûr, mais à chaque fois qu'elle y était contrainte, on aurait dit que le couteau lui brûlait la paume de la main. C'était… étrange. Les meds ont dit que c'était dû à ce qu'elle avait vu la nuit du meurtre. Quoi qu'il en soit, cette terreur ne l'a jamais quitté, jamais.
- C'est dingue, fit Sauvray d'une voix neutre. Pourtant, en la regardant, on ne croirait jamais qu'elle…
- C'est tout à fait normal. Elle-même ne sait rien de ce qui lui est arrivé. »
Ron se redressa et regarda le français droit dans les yeux.
« Ecoutez-moi bien. Il n'existe que trois personnes à part vous à connaitre cette histoire. Harry, Vogel et moi-même. Maintenant que vous êtes dans la confidence, je vais vous dire pourquoi. Je pense qu'il est inutile de vous dire de la fermer –j'imagine que vous savez pour quelles raisons- mais je dois vous dire pourquoi on a décidé que cela doit rester secret.
- C'est lié à Potter, c'est ça ? demanda Sauvray, perspicace.
- En partie, oui. Harry… Cette affaire a changé quelque chose en lui. Je crois que pour lui, plus que pour quiconque, c'était personnel. Ce qui est arrivé à Morgane lui a douloureusement rappelé sa propre histoire. Harry est un orphelin qui a vu sa mère mourir sous la baguette de Vous-Savez-Qui. Quelle différence y a-t-il avec Morgane, si ce n'est que lui était trop jeune pour s'en souvenir clairement ? Il savait néanmoins dans quel tourment Morgane allait être jeté. Il savait ce que cela faisait de grandir seul, sans l'amour de ses parents, il connaissait cette douleur pour ne l'avoir que trop vécu. Et d'une certaine manière, il ne voulait pas que la petite subisse la même chose. Morgane n'a parlé qu'au bout de six mois mais vous avez à qui était adressé ses premiers mots ?
- Potter ?
- Exactement. Un lien s'était forgé entre eux ce jour-là. Un lien fort, indescriptible, que seul deux survivants comme eux pouvaient connaitre. A cette époque déjà, je crois que Harry avait décidé de s'occuper d'elle le plus possible.
- Et il l'a fait ?
- D'une certaine manière, oui. N'ayant plus de famille, Morgane est passée directement de Ste Mangouste à Poudlard et quant elle ne pouvait vivre au château, elle avait une chambre à Pré-au-lard. Le ministère voulait la mettre dans une famille d'accueil mais à la fin, ils ont renoncé, elle n'arrêtait pas de fuir. Autant la mettre quelque part où nous étions sûrs de la retrouver. Harry avait d'ailleurs approuvé dans ce sens. Et quelques fois, il la surveillait de loin sans jamais véritablement l'approcher. Il ne voulait pas la rendre farouche. Il a donc attendu et son rôle est devenu plus marquant des années plus tard.
» Contre toute attente, Morgane a souhaité devenir Auror. Après avoir réussi ses examens à Poudlard et au centre de formation, elle est entrée au Département. Je vous laisse deviner qui était son mentor.
- Potter, bien sûr. »
Ron opina. « C'est lui qui en avait fait la demande. Pendant les trois années qui ont suivi, Harry l'a formé, lui apprenant tout ce qu'il savait. Il était cependant impossible de ne pas voir la fêlure dans l'esprit de la jeune fille et Harry avait craint que si Morgane avait choisi le métier d'Auror, c'était uniquement dans le but d'assouvir un peu plus vite son désir de mort. Il s'est mit à avoir peur pour elle mais tout a changé avec Vogel.
» Je ne peux pas dire que je sois très proche de Vogel. Je crois que personne ne l'ait réellement au ministère, pas même Harry. Pourtant, je sais certaines choses, entre autre que c'est le plus grand asphromancien que j'ai rencontré. L'esprit n'a quasiment aucun secret pour lui et de ce fait, il a réussi à inventer certaines pratiques que certains pourrait juger contre nature… Le sort de Cloisonnement Astral, ça vous dit quelque chose ?
- Non… Mais au nom, je devine un peu de quoi il retourne.
- Hum… En fait, dans la théorie, c'est très simple. Il consiste comme son nom l'indique à cloisonner une partie de notre esprit dans un coin de notre cerveau. Il ne s'agit pas seulement de souvenirs mais de tout ce qui forme notre esprit, émotions, sensations, tout ça. Naturellement, c'est fortement lié à notre mémoire étant donné que le but de ce sort est justement de mettre en lieu sûr une partie de notre passé que l'on souhaite à tout prix conserver ou que l'on ne souhaite pas voir divulguer. Car ce sort a un très gros avantage. Il créé une barrière mentale autour de l'échantillon qui le rend inviolable. Même le plus puissant des legilimens ne pourrait la forcer. Seul le propriétaire peut le faire en usant d'un mot de passe le plus généralement. C'est plus simple, parait-il. Et beaucoup plus efficace. Le sortilège d'Amnésie peut être rompu et la mémoire recouvrée mais ce n'est pas le cas avec le Cloisonnement Astral. On peut forcer pendant des années, il nous sera impossible de découvrir ce qu'il y a derrière la protection, à moins que le proprio nous en donne l'autorisation, vous saisissez ?
- Je vois. Ce Vogel est décidément très fort. Mais j'imagine que si vous me parlez de ce sort, c'est uniquement parce que Potter a demandé à Vogel de trafiquer la mémoire de Mandola.
- Tout juste. C'était il y a trois ans à peu près, quelques semaines après le désastre de Remlet. Harry a demandé une faveur à Vogel, lequel a accepté. Ils ont cloisonné tous les souvenirs liés à la disparition de ses parents. Le meurtre, Muzoray, les cadavres… Tout ça se trouve dans un coin de son esprit soigneusement conservé derrière une barrière dont Morgane ignore l'existence. Car peu de temps après, Harry a effacé de sa mémoire le mot de passe qui lui permettrait de rompre le charme et il a modifié ses souvenirs afin qu'elle croit que ses parents sont morts dans un banal accident. Le subterfuge a fonctionné. Il a cependant failli voler en éclat il y a quelques semaines. La blessure que lui a infligé le vampire dans le repaire a considérablement fragilisé la barrière psychique et sans l'intervention de Harry, elle aurait recouvré la mémoire, ce qui aurait été désastreux. Heureusement, ça n'a pas été le cas. » Ron poussa un nouveau soupir. « Aujourd'hui encore, nous quatre, nous sommes les seuls à savoir la vérité la concernant. Et ensemble –car je suis sûr que vous allez accepter- nous avons juré de ne jamais rien dire. »
Sauvray resta un moment silencieux, le regard fixé en contrebas. Puis, sans regarder Ron, il dit :
« Morgane compte beaucoup pour Harry.
- C'est juste, oui.
- Jusqu'à quel point ?
- Je ne saurais le dire. Mais je crois que d'une certaine manière, il la voit un peu comme sa sœur.
- Voir sa fille ? »
Ron ne répondit pas tout de suite.
« Il faut que vous compreniez. L'affaire Muzoray a énormément chamboulé Harry, vous n'étiez pas là à l'époque. Cette fillette, Morgane, est la seule victime de Muzoray à lui avoir survécu. Et je vous l'ai dit, Harry se sentait proche d'elle car il se voyait en elle. Il se revoyait à l'âge d'un an et… »
Ron se tût. Il ne voulait rien ajouter de plus. Ce qu'il avait dit n'était que trop vrai. Il s'en était rendu compte le jour où lors d'une discussion, Harry lui avait avoué qu'au moment où il avait emmené Morgane, il avait eu l'impression d'avoir remonté dans le temps et d'être Hagrid, portant dans ses bras un nourrisson d'à peine un an. Mais cela, Ron n'avait pas besoin de le rajouter.
« Je comprend. »
Et curieusement, Ron ne remit pas sa parole en doute.
« Vous avez répondu à ma question plus que je ne m'y serais attendu, Weasley. Toutefois, une chose m'intrigue : pourquoi m'avoir révélé tout ça ? Vous avez bien précisé que c'était ultra secret, pourtant vous m'avez tout dit, à moi, un parfait inconnu. Pourquoi ? Vous n'avez pas peur que je révèle tout ?
- Je ne sais pas, répondit le rouquin. Disons pour faire simple, que je vous fais confiance. Et que pour le peu que je sais de vous, je sais que vous êtes un homme d'honneur. Vous ne direz rien, je le sais. C'est pour cela que je vous l'ai dit. Afin que vous ne vous retrouviez pas six pieds sous terre pour une parole mal placée prononcée à portée de l'oreille de Morgane.
- Je vous remercie de votre confiance et je peux vous l'assurer, je ne dirais rien, assura le français. Toutefois, un conseil pour l'avenir : évitez de parler en face de personne dont vous ne connaissez pas clairement les intentions. Cela peut être dangereux. Et autre chose : Suivre son instinct, c'est bien, mais c'est une lame à double tranchant qui peut vous blesser mortellement si vous n'y fait pas attention.
- Merci du conseil. »
Ron se sentit soudain tout penaud. Il venait de se rendre compte de tout ce qu'il venait de révéler à Sauvray et il se demandait s'il avait bien fait.
Oui, j'ai bien fait. Sauvray est quelqu'un de bien, un homme de parole. Il n'y aucun risque.
Il ignorait encore toute la portée de ce qu'il venait de faire, tout le mal que cela allait provoquer à l'avenir.
Mais pour le moment, convaincu du bien fondé de son action, Ron s'étira avec un grognement.
« Je crois que je vais retourner auprès de Ginny. Elle ne va pas tarder à se réveiller.
- Ok. Moi aussi, je vais retourner dans les campements, histoire de voir où on en est.
- Pas de…
- Vous n'irez nulle part. »
Les deux sorciers furent surpris lorsqu'ils entendirent cela. Un petit sorcier se tenait dans l'ombre. Lentement, il s'approcha et Ron put distinguer le crâne rasé et le tatouage.
« Vogel ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
