Chapitre 10 : Tensions et réconciliation

- Et de quoi s'agit-il alors ? demanda Sasuke en refermant la porte.

- De rien d'équivoque, en tout cas, murmura Sakura.

Déjà, elle se tournait et souriait à Kiba.

- Devinez qui est là ? Un arbitre !

Sasuke fronça le sourcil, intrigué.

- Serais-je tombé en pleine querelle d'amoureux ?

- Kiba m'a fait une visite surprise, répondit Sakura en lui décrochant un regard noir. Nous avions une discussion disons… animée au sujet des brochures.

- Sakura a des difficultés à comprendre le concept que je poursuis. C'est assez complexe pour quelqu'un qui a une expérience aussi limitée qu'elle.

Kiba les regarda tour à tour, une étincelle malicieuse dans le regard.

- Mais peut-être son expérience n'est-elle pas aussi limitée que je le croyais, finalement ?

L'implication n'échappa à Sakura et Sasuke avait l'air amusé. Elle fixa Kiba dans les yeux.

- Si c'est de mon expérience professionnelle dont il est question, vous avez raison. Elle n'est pas aussi limitée que vous le pensez !

- Ecoutez, poursuivit Kiba en levant les mains en signe d'apaisement. Il se fait tard, il vaut mieux que je vous laisse à vos affaires.

Il serra la main de Sasuke et fit un petit signe de tête à Sakura.

- J'espère que nous pourrons parler à fond des brochures demain. Sasuke, dit-il en se tournant vers lui, je souhaiterais discuter avec vous du rapport de Sakura. Je la crois compétente. Mais je crois qu'elle aurait besoin de travailler d'un peu plus près avec moi pour voir comment les choses se passent à haut niveau.

- Je suis persuadé que Sakura y est tout à fait disposée.

Celle-ci lui jeta un regard glacial et raccompagna Kiba à la porte.

- Et vous, peut-on savoir ce que vous faites ici ? demanda-t-elle sèchement, en le rejoignant.

- C'était exactement la question que je me posais au sujet de Kiba.

- Quel être arrogant ! Vous aviez raison, en plus. Il a vraiment tenté de me séduire.

Sakura lui montra le champagne.

- Mais cela n'a pas marché.

Kiba examinait l'étiquette.

- Vous n'aimez pas cette marque ?

- Non. Je n'aime pas cet homme !

- Voilà au moins une chance qui me laisse de l'espoir.

- Détrompez-vous. Il n'y en a aucun.

Sasuke poussa un soupir et s'assit sur le canapé. Il s'empara d'une brochure, la feuilleta vaguement.

- Remarquez, je le comprends. Ce déshabillé de soie est …

- Vous ne comprenez rien du tout. Et de toute façon, ma vie privée ne vous regarde absolument pas.

- Si. Dans la mesure où elle implique un autre de mes employés. Et puis, si vous ne mêlez pas travail et sentiments avec moi, je ne vois pas en pourquoi vous le feriez avec un autre !

- C'est un comble ! lança Sakura hors d'elle. Vous n'avez aucun droit de regard sur ma vie. Tâchez de ne pas l'oublier !

Sasuke se leva lentement.

- Ce que je n'oublie pas, c'est ce qui s'est passé entre nous le soir où nous avons travaillé ensemble. Ce qui est arrivé avec moi pourrait arriver avec Kiba, je suppose.

- Il ne s'est rien passé avec Kiba ! hurla littéralement Sakura.

Sasuke l'attrapa par le bras.

- Bon. Alors, voilà, pour m'assurer qu'il ne se passera rien.

Avant qu'elle n'est pu l'arrêter, il la serra dans ses bras et prenait sa bouche sauvagement, son corps pressé contre le sien, dans une étreinte à la faire suffoquer.

Sakura se défendit, résista au baiser mais Sasuke la prit par le menton et plongea son regard dans le sien.

- Embrasse-moi, Sakura, comme cette fameuse nuit, comme le premier jour au bureau…

L'entendre soudain dire ces mots rendait la situation presque trop réelle. Sakura s'affola.

- Taisez-vous ! Je ne veux pas vous embrasser.

- C'est faux. Je sais que vous en avez envie. Dois-je vous le prouver ?

Sakura détourna la tête mais un long frisson parcourut son corps lorsque Sasuke posa les lèvres au creux de son cou, caressa la peau douce, délicate, derrière son oreille. Son souffle chaud lui donnait le vertige.

- Embrasse-moi, Sakura…

Celle-ci tremblait, ne sachant plus où elle en était, en proie à un trouble qui la dépassait. Instinctivement, elle referma les bras autour du cou de Sasuke, s'abandonnant à son étreinte. Ses mains chaudes et puissantes allaient et venaient le long de son dos, la pressaient contre lui. Toute volonté abandonnait Sakura. Lorsque les lèvres de Sasuke caressèrent sa joue, cherchèrent sa bouche, elle chavira.

- Oh, oui. Oui…

Il l'embrassa longtemps, sans hâte. Il voulait lui montrer combien c'était délicieux, s'assurer qu'elle ne l'oublierait jamais. Eperdue, elle répondait avec toute sa fougue, le corps parcouru de sensations délicieuses. Il lui semblait que ses jambes allaient se dérober sous elle.

- Vous voyez ? murmura Sasuke lorsqu'il libéra enfin ses lèvres. Vous voyez comme cela peut-être merveilleux entre nous…

Oh oui, elle voyait ! Son étreinte, ses baisers ne lui montraient que trop bien ce qu'elle refusait d'admettre. Et pourtant, il fallait qu'elle refuse. Pour Sasuke, il ne s'agissait que d'un jeu, une nouvelle conquête. Pour elle, ça pouvait être catastrophique.

Son regard se porta soudain vers les brochures sur la table. Elle songea aussitôt à ce projet grandiose, au rêve de son père, à son rêve. Il lui fallait le poursuivre et surtout ne pas le compromettre par quelques heures de bonheur dans les bras de Sasuke Uchiwa.

Elle s'écarta brusquement.

- Vous avez failli me séduire Sasuke, lança-t-elle ironique. Votre célèbre charme a presque fonctionné. Mais vous en avez trop fait.

Sasuke pencha la tête, le sourcil froncé.

- Que voulez-vous dire ?

- « Vous voyez comme cela peut-être merveilleux entre nous Sakura », répéta-t-elle avec un petit rire ironique. Et dire que j'ai faille me laisser prendre. Vos paroles semblaient si sincères !

- Pour qui me prenez-vous, Sakura ? Pour un don Juan ?

- Exactement.

- Et si je vous disais que vous comptez vraiment pour moi ?

- Je penserais qu'il s'agit d'une nouvelle manœuvre de séduction.

Sasuke leva la main dans un geste d'impuissance et se mit à arpenter la pièce.

- Je n'ai aucune chance avec vous, n'est-ce pas ? Vous m'avez rangé dans la catégorie des coureurs de jupon. Pas besoin de preuve supplémentaire. Vous êtes juge et juré et le verdict est rendu.

- Ecoutez, regardons la situation calmement. Pour vous, ce n'est pas une affaire d'Etat. Une nouvelle femme, un nouveau défi. Mais pour moi…

- Oui, qu'en est-il pour vous, Sakura ? lança Sasuke provocateur. J'ai pourtant tenu dans mes bras une femme passionnée qui répondait à mes baisers. Que redoutez-vous tant ?

- Un désastre assuré ! Je ne peux pas courir de risque. Je tiens trop à ce poste.

- Il n'est pas en jeu, Sakura. Vous pouvez avoir les deux. Votre poste et moi.

Sakura le fixa.

- Sasuke, dit-elle très calme. Je veux réussir par moi-même. Je croyais que vous le comprendriez. Je ne vous connais pas beaucoup mais je sais que vous avez gravi seul les échelons pour arriver où vous êtes. Personne ne vous a aidé. Vous vous êtes construit seul. Ne comprenez-vous pas que je puisse éprouver le même besoin, me prouvez à moi-même que je peux réussir ?

Sasuke fixa le tapis, le visage dans l'ombre. Il eut un haussement d'épaules.

- Très bien. Il en sera comme vous le souhaitez. Une goutte de champagne ?

Sakura secoua la tête. C'était bien la dernière chose dont elle avait envie. Le champagne était synonyme de fête et elle n'avait rien à célébrer, même si elle venait d'obtenir ce qu'elle souhaitait.

- A votre santé, alors, lança Sasuke avant d'en avaler une longue gorgée.

Il reposa sa coupe.

- J'attends votre rapport demain matin sur mon bureau. 7 heures précises.

Un instant plus tard, la porte se refermait derrière lui. Sakura se laissa tomber sur le canapé, fixant le champagne éventé dans sa coupe. Pour la première fois, elle se demandait si ses principes n'étaient pas un peu trop rigides…


Il était 7h moins cinq et Sakura se précipitait dans l'ascenseur. Son rapport était là, tout prêt, dans son sac.

Elle poussa la porte du bureau de Sasuke et la surprise la figea sur place. Il était là, assis à son bureau, enseveli dans les dossiers. Elle ne s'attendait vraiment pas à le trouver là. Travaillait-il tous les jours aussi tôt ?

Lorsqu'il leva les yeux, elle comprit tout de suite qu'il y avait quelque chose d'inhabituel. Il avait le visage marqué par la fatigue et elle se rendit compte qu'il portait les mêmes vêtements que la veille lorsqu'il était passé la voir.

Sakura sentit son cœur se serrer. Elle aurait voulu pouvoir s'approcher, passer sa main sur ce front préoccupé, masser ces tempes fatiguées. Mais, lorsqu'il parla, sa voix la glaça entièrement.

- Je vois que le délai est respecté, mademoiselle Haruno. Parfait. Posez le rapport ici, ajouta-t-il en indiquant un coin libre sur son bureau. Je le lirai dès que j'aurais un instant.

Sakura le posa non sans une pointe d'appréhension. Il était court, succinct et sans détour. Qu'allait-il en penser ? Au seuil de son bureau, elle se retourna.

- Vous avez travaillé toute la nuit, monsieur Uchiwa ?

- Hn, se contenta –t-il de répondre, de nouveau plongé dans ses dossiers.

Sakura ressentit une étrange sensation de vide tout à coup. Serait-ce ainsi entre eux, désormais ? L'ironie de la situation lui fit mal. C'était pourtant ce qu'elle avait voulu. Mais le résultat lui paraissait si triste. Elle avait besoin de leurs affrontements, de ces brusques tensions qui naissaient entre eux, de ces explosions. Tout sauf cette indifférence.

Pour la première fois, Sakura ne claqua pas la porte. Elle se sentait désespérée. Quelle précieuse alchimie avait-elle détruit la veille avec sa rigidité et ses grands principes ?

Elle se laissa tomber à son bureau, la tête enfouie entre ses mains. Que faisait-elle de sa vie ? Quel sens aurait-elle dans dix ans, vingt ans ? Si elle ne songeait qu'à on travail, où trouverait-elle le temps pour une relation avec un homme, un mariage, des enfants ?

Jusqu'à présent elle n'y avait jamais songé, tout occupée par le besoin de prouver que sa mère s'était trompée et qu'elle porterait haut le nom de son père. Mais ce combat était-il vraiment le sien, valait-il la peine qu'elle lui sacrifie tout ? Un jour, ne regretterait-elle pas de s'être coupée de sa mère et de n'avoir pour toute satisfaction que d'avoir gravi inexorablement les échelons ?

Sakura ferma les yeux. Alors qu'elle avait tant besoin de réponses, elle ne trouvait que des interrogations. D'instinct, elle se sentait faite pour réussir. Son intelligence, son énergie trouvaient leur satisfaction dans le travail. Mais elle n'en était pas moins femme. Et qu'avait elle fait récemment pour cette partie d'elle-même ?

La porte s'ouvrit brusquement, faisant sursauter Sakura et Sasuke apparut, complètement énervé.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? lança-t-il en agitant une feuille de papier.

- Mon rapport, apparemment, rétorqua-t-elle sèchement.

Mais son cœur avait fait un bond. Elle reprenait espoir : ils se battaient de nouveau.

Sasuke lui décrocha un regard noir et se mit à lire :

- Croquis : de tout premier ordre.

Commentaire : professionnel, compétent, lucide.

Impression d'ensemble : il manque quelque chose.

Recommandation : à renvoyer au bureau d'études.

Sakura grimaça sous le ton glacial. Mais elle parvint à opposer un large sourire lorsqu'il leva les yeux vers elle.

- Ce n'est pas un rapport. Seulement une ébauche !

Elle eut un haussement d'épaules.

- J'ai jugé que c'était suffisant. Mon message s'y trouve tout entier. Si vous n'avez pas confiance en mon jugement, il vaudrait peut-être mieux vous trouver une autre assistante.

Sasuke la fixa un instant. Puis il s'assit dans le fauteuil, en face d'elle, et croisa les mains derrière la nuque. Surprise, elle le vit sourire.

- Il me plaît, dit-il. C'est la première fois en dix ans que quelqu'un a le cran d'écrire un rapport concis où l'essentiel n'est pas noyé sous des tonnes de papotage. Et…

Il se pencha la tête et observa attentivement Sakura.

- Il se trouve que je suis d'accord avec vous. Quelque chose ne colle pas dans ces brochures. Je serais bien en peine de dire quoi, mais je comprends ce que vous cherchez à exprimer. Je le ressens aussi.

- Oh, Sasuke ! explosa Sakura, heureuse. J'ai envie de vous sauter au cou !

Un sourire amusé effleura les lèvres de celui-ci.

- Je ne pense pas que ce soit exactement ce qu'il faut à notre équilibre à tous les deux, mademoiselle Sakura.

Il s'était levé et se dirigerait vers la porte.

- Toutefois, si vous éprouvez le besoin irrésistible de faire une petite folie, je suis dans le bureau à côté, dit-il, le regard malicieux.

Sakura sourit.

- Je m'en souviendrai.

- Je l'espère sincèrement, répondit-il avant de refermer délicatement la porte.