Voici le nouveau chapitre, en espérant qu'il vous plaise même si pour l'instant j'emprunte des chemins plus sinueux que prévu à la base ;)

Alice, merci à toi. Oui, Tony est brisé et va devoir apprendre à gérer. On verra bientôt pour ce qui est de la réaction de Steve :)

Encore merci également à SoleilBreton, , barjy02, holybleu et SomeCoolName, vos retours sont tellement importants. En fait, plus cette fic avance, moins je garde confiance et plus je vois les lecteurs ne pas revenir, alors vos commentaires aident beaucoup à garder le cap.

Chapitre 10.

Il faisait nuit quand Tony se gara devant le petit immeuble de Steve. Il avait insisté pour garder Peter chez lui jusqu'à l'heure de son départ pour l'aéroport, histoire de rattraper un peu le temps perdu. Et, bien qu'il ne se l'avoue même pas à lui-même, de retarder le moment de la confrontation avec son amant – s'il avait encore le droit de l'appeler ainsi d'ailleurs. Il n'était pas dupe, pour mettre toutes les chances de son côté, il allait devoir se mettre à nu et ça lui faisait peur, ce n'était pas quelque chose qu'il savait faire. Pourtant c'était ce qu'il y avait de plus logique. Alors, résolument, après le départ de son ami, il n'avait pas reculé.

Comme la première fois qu'il était venu, il resta un moment dans la voiture, résumant dans sa tête une ultime fois ce qu'il allait dire, rassemblant son courage à présent qu'il était là, d'autant qu'il n'avait pas d'excuse, la lumière aux fenêtres confirmant que Steve était bien là – il devrait d'ailleurs lui conseiller d'installer des stores parce que ça frisait l'exhibition à ce stade, or l'idée que qui que ce soit puisse le voir dans son intimité en dehors de lui réveillait la jalousie de Tony. Son souffle s'accéléra quand Steve se planta justement devant l'une des fenêtres, un verre à la main. Il était si sexy que Tony eut envie de lui avec la même force que lors de chacune de leur rencontre, mais il avait également l'air si tourmenté, que Tony en avait en temps mal au bide. Plus moyen de fuir désormais, pour leur bien à tous deux.

Mais alors qu'il s'apprêtait enfin à quitter l'habitacle, il vit une silhouette se dessiner derrière Steve. Il n'était pas seul bon sang ! L'esprit de Tony fonctionna à toute vitesse pour tenter de gérer ce qu'il voyait. Steve avait peut-être fait venir un ami pour essayer de se remonter le moral, c'était normal, lui avait bien eu Peter. Mais cela rendait sa présence ici plus compliquée. Steve, il pouvait potentiellement le gérer, mais pas un ami accusateur dont aucune inclinaison sentimentale ne le ferait céder. A deux contre un, c'était foutu d'avance.

Le milliardaire envisageait très sérieusement de rester planqué ici en attendant que l'empêcheur de tourner en rond s'en aille, avant d'aller finalement tenter sa chance. Mais la seconde suivante, l'empêcheur de tourner en rond changea de catégorie pour devenir un rival, un putain d'ennemi même, lorsque Tony le vit prendre Steve dans ses bras avant de le tourner vers lui et de l'embrasser. Un instant, Steve sembla tendu, mais rapidement il passa ses bras autour du cou de l'autre et répondit au baiser. Même de là où il était, même le cœur en morceaux, Tony ne pouvait nier la passion qu'il y avait dans cet échange.

Ce fut alors en lui un tsunami d'émotions. D'abord l'incompréhension, puis la détresse et enfin la colère, parce que celle-ci était finalement la plus simple à gérer. D'accord, il avait fait le con, dit des horreurs à Steve, mais tout de même, celui-ci aurait pu attendre un peu avant de se remettre sur le marché.

Lui se morfondait depuis des jours, culpabilisait à mort, et Steve pendant ce temps faisait venir des hommes chez lui, était déjà passé à autre chose ! D'accord, Tony n'avait eu que ce qu'il méritait, mais ça n'empêche qu'il avait la haine contre Steve à cet instant, parce qu'il avait vraiment cru qu'avec lui tout serait possible. Mais l'autre n'avait manifestement pas été du même avis, n'attendant guère pour reprendre sa petite vie de célibataire débauché. A cet égard, Tony se sentait ridicule d'être ici. Ridicule d'avoir cru être en train de tomber amoureux. Tout ceci ne faisait que confirmer qu'il n'était que mieux seul, entouré de son bricolage, loin de tout ce qui touchait de près ou de loin aux sentiments.

Rageusement, il mit le contact et fila, le cœur battant si fort dans sa poitrine qu'il en était douloureux, ce même cœur dont il aurait été mieux avisé de se débarrasser voilà bien longtemps.

ooOoo

La langue de son compagnon profondément enfoncée dans sa bouche, Steve tentait tant bien que mal de mettre un peu de passion dans cet échange, mais ce n'était pas chose aisée. Pourtant, la sensation était agréable, Stephen savait parfaitement ce qu'il faisait, mais les sentiments étaient un peu difficiles à gérer. En fait, depuis que cet homme avait pénétré dans son appartement peu auparavant, Steve, se sentait comme la dernière des merdes, comme à chaque fois qu'il était en sa présence. La raison pour laquelle il se promettait ensuite à chaque fois de ne plus l'appeler. Jusqu'à la fois suivante. C'était du putain de masochisme et Bucky lui aurait fait la peau s'il avait su qu'il lui avait proposé de le rejoindre ce soir, au lieu d'accepter la proposition d'accompagner son meilleur ami en boîte. Mais ce que Bucky ignorait ne pouvait pas lui faire de mal. Il ne comprenait tout simplement pas le pourquoi du comment de cette relation malsaine. Pas que Steve y comprenne lui-même grand-chose d'ailleurs. C'était juste que parfois, quand il avait besoin de se faire souffrir, d'expier une faute, imaginaire ou non, Stephen était le candidat idéal.

Il avait rencontré ce foutu Stephen Strange environ huit ans plus tôt, quand celui-ci était venu dans les locaux de La main tendue, pour rencontrer les jeunes gens qu'aidait l'association et leur parler prévention. C'était une de leurs activités phares, donner les bons réflexes à ces jeunes. Des médecins intervenaient souvent, généralement venus volontairement et se montrant accessibles et agréables. Ça n'avait pas été le cas avec Strange qui, s'il avait partagé les informations pour lesquelles il était venu, s'était conduit de l'avis général comme un vrai con. Il n'avait fait acte de présence que par obligation, dans le cadre de ses heures de travail d'intérêt général suite à une arrestation pour conduite en état d'ivresse, et n'avait aucune intention de faire plus que le strict minimum, débitant son blabla sur un ton monocorde, répondant à peine aux questions ensuite. Dépité, Logan avait fini par prendre le relai pendant que Steve l'emmenait à l'accueil pour signer sa feuille de présence, prouvant qu'il avait fait ses deux heures sur les nombreuses qui l'attendait dans différents centres et dispensaires. Steve n'avait signé qu'à contrecœur tant le médecin y avait mis de la mauvaise volonté.

Le précieux papier dans la poche, Strange avait semblé tout à coup bien plus intéressé par ce qu'il l'entourait, demandant à Steve de lui faire visite le reste de la structure. Surpris de la demande, le jeune homme avait néanmoins obtempéré. Il n'avait compris qu'ensuite le pourquoi de ce bref sursaut d'enthousiasme tandis qu'ils étaient dans la petite pièce où ils entreposaient leurs dossiers, qui deviendrait quelques années plus tard son bureau, quand il serait amené à seconder officiellement Bruce après la mort de Logan.

En fait, l'intérêt du médecin n'était pas pour les locaux, mais pour lui comme il le lui fit vite comprendre en l'acculant contre la porte pour l'embrasser presque violemment. Steve n'avait jamais été farouche, mais encore moins à cette époque où, après quelques mois d'une relation en pointillé, il avait compris que Bucky et lui n'était définitivement que des amis. Il avait du même coup repris ses habitudes de dragueur alors qu'il gérait l'échec de cette relation qui aurait dû aller de soi, après tout Bucky et lui étaient tellement complémentaires. Un temps, il avait craint n'être tout simplement pas digne d'être aimé et avait oublié ce constat douloureux dans bien d'autres bras. Comme si Strange avait compris cet état d'esprit – ce qui n'était pas impossible quand on connaissait le bonhomme – et décidé d'en profiter.

Après quelques baisers, encore à moitié habillés, ils s'étaient retrouvés à faire l'amour à même le sol. En partant, le médecin avait glissé sa carte dans sa poche, lui disant que c'était où il voulait, quand il voulait.

Dans les premiers temps, alors que Steve retrouvait du plaisir dans son célibat et retrouvait le plaisir de savourer une amitié finalement sans sous-entendus avec son meilleur ami, Strange avait été un amant comme un autre. Quand Steve l'appelait, il venait. Ils faisaient leur petite affaire et il repartait. Parfois, c'était Strange lui-même qui proposait de venir ou débarquait à l'improviste. Pas de prise de tête, pas de sentiments. D'autant que très vite, Steve avait eu la confirmation que cet homme était bien le connard égoïste et peu fiable qu'il avait rencontré à l'association. Quant à savoir pourquoi il avait gardé le contact avec lui, faisant appel à lui encore régulièrement, quoi que moins souvent le temps passant, alors qu'il aurait pu avoir qui il voulait, cela demeurait un mystère.

Certes, Strange avait tout de même quelques atouts en sa faveur. Il avait de la conversation, quand il ne filait pas à peine en avaient-ils terminé avec le sexe ou qu'il n'était pas décidé à critiquer tout ce qui l'entourait dans l'appartement de Steve, il était plutôt craquant et c'était surtout un putain de bon coup. Dans ce domaine, Steve s'était plaint à Tony avoir eu bien peu d'amants au fait de ses désirs de passif. Strange était probablement son exception la plus performante, tant ouvrir les cuisses pour un homme n'était pas envisageable pour lui. Alors oui, Steve prenait immanquablement son pied, mais ce n'était pas spécialement la priorité de Stephen. Car Stephen avait plutôt tendance à faire avant tout ce qui plaisait à Stephen, que Steve y trouve son compte n'était finalement qu'un heureux hasard.

Au départ, quand il proposait ces rencontres, Steve ne cherchait que le plaisir physique. Mais rapidement, si celui-ci était bien là, pour le reste il se sentait plutôt mal après une visite du médecin. Celui-ci rappelait combien sa vie était parfaite, son métier important et qu'il ne venait le voir que comme il aurait consacré du temps à une œuvre de charité quelconque, comme si Steve n'était pas tout à fait digne de lui. Et celui-ci, qui généralement était plutôt fier de lui et de ses choix, malgré des jobs qui n'étaient qu'alimentaires et des relations qui restaient qui restaient sans lendemain, n'avait plus guère d'estime de lui après un de leur tête à tête.

Evidemment, le "Mais tu as vu comme il est beau !" qu'il servait à Bucky quand celui-ci venait lui remonter le moral en pestant sur ce médecin de malheur, ne fonctionnait plus depuis longtemps, autant sur l'un que sur l'autre.

Avec le temps, il avait tout de même pris ses distances, ne l'appelant plus que très occasionnellement. Strange lui-même, même s'il répondait présent à chaque demande, ne le sollicitait plus du tout, arguant même une fois, lorsque le sujet était venu sur la table, qu'il aimait la nouveauté, qu'avec Steve ça avait fini par devenir trop routinier. Steve avait accusé le coup, se promettant une nouvelle fois de ne plus faire appel à lui. Après cette fois-là, il avait tenu presque un an. Et puis, un soir qu'il se sentait seul, parce que Bucky avait un nouveau mec à qui il consacrait tout son temps, que Erik était parti quelques jours en Allemagne, il avait eu la flemme de sortir trouver quelqu'un. A cet instant, oubliés les mauvais côtés de Stephen, il n'était apparu que comme une solution de facilité.

Depuis quelques années, ils se voyaient rarement. Et surtout, Steve avait modifié son besoin de lui. Désormais ce n'était plus quand il s'ennuyait ou voulait un bon coup. Ce n'était pas plus sain pour autant. Vu son malaise quand Stephen le quittait, il n'allait avec lui que lorsqu'il avait quelque chose à expier, quand il avait fait le con, quand il se sentait coupable d'une faute ou une autre et voulait se punir.

Il se faisait un devoir d'être bon avec son entourage alors cela n'arrivait que rarement, mais c'était agréable pour lui d'avoir cette solution à portée de main. Bien qu'il ne s'en explique pas la raison. Quand il pensait trop à Peter et se mettait à culpabiliser, il appelait Stephen. Quand il brisait le cœur, quoi qu'involontairement, d'une conquête, il l'appelait encore. Quand il se sentait impuissant à aider un gamin à l'association, rebelote… Et ce n'était que quelques exemples.

Bucky, un soir qu'il était venu lui remonter le moral après que Stephen, deux jours de suite, soit passé, avait émis une opinion qui n'était pas la plus con.

- Steve, tu es trop sensible, avait-il dit après un verre de trop. Tu n'arrives pas à faire face à certains sentiments désagréables. Quand tu culpabilises, quand tu as mal, quand tu as peur, tu ne sais pas gérer, alors tu veux juste t'en débarrasser. Et quel meilleur moyen pour ça qu'en remplaçant ces sentiments par cette impression que tu es juste nul quand ce connard s'en va ? Tu n'as plus peur, tu n'as plus mal, tu es juste convaincu que tu es la dernière des merdes et au fond tu as l'impression que ça te fait du bien. Je comprends pas trop, mais apparemment, pour toi, c'est juste plus facile à vivre ainsi…

Réflexion d'ivrogne ou vraie révélation, en tout cas, les propos de son ami, à bien y réfléchir, avaient semblé censé. Mais bon, ça ne changeait pas grand-chose à cette relation toxique. Alors au lieu d'envisager tout arrêter, il s'était contenté de hausser les épaules avant de répondre.

- Attends, c'est plus que ça. Si tu voyais sa queue, tu me comprendrais.

Le questionnement envisagé était reparti aussi vite qu'il était arrivé. A quoi bon de toute façon, qu'il en comprenne ou non la raison, il n'avait aucune intention de faire sortir définitivement Stephen de sa vie.

La raison pour laquelle il l'avait invité ce soir. Quatre jours qu'il avait fui cette chambre d'hôtel, quatre jours qu'il n'avait de cesse de penser à Tony et franchement il n'en pouvait plus. A l'association, à la librairie, en compagnie de ses amis, sans cesse il pensait aux bons moments passés avec Tony, avant que ceux-ci ne se fracassent contre les souvenirs de cette dispute horrible, de ces propos ignobles qu'il avait dû encaisser.

Il ne se sentait pas coupable de ce qu'il s'était passé, comme à son habitude il avait essayé simplement de venir en aide à quelqu'un qui en avait vraiment besoin. Bon, peut-être qu'il en avait fait un peu trop, c'était son défaut, alors qu'il semblait clair que Tony n'était pas prêt. De même, quand celui-ci était allé s'enfermer dans la salle de bain, lui avait compris immédiatement que les mots n'avaient pas été sincères, qu'ils n'avaient été qu'un moyen de défense. Peut-être dans ces conditions qu'il aurait pu insister un peu pour essayer d'arranger les choses au lieu de juste partir. Mais sur le coup, il avait eu mal et n'avait vu d'autre solution que la fuite pour se préserver.

Les premières heures ensuite, il avait espéré que Tony appelle. Il aurait pardonné sans hésiter. Il serait revenu en courant. Mais Tony ne s'était pas manifesté. Alors il avait estimé que c'était fini, qu'il ne lui restait plus qu'à l'accepter. Bien sûr, il aurait pu débarquer à la tour Stark et y rester jusqu'à ce qu'il voit Tony, mais ce n'était définitivement pas son genre de ramper de la sorte. Le silence de Tony était explicite, il ne voulait plus de lui, alors il n'allait quand même pas lui courir après.

Cette décision prise, il ne se sentait pourtant pas mieux. Peut-être que Bucky avait eu raison, peut-être qu'il était effectivement amoureux, parce que ça faisait mal à en crever, pour la toute première fois. Et essayer de s'en remettre pompait tellement dans son énergie que faire venir Stephen avait semblé la solution de facilité. Tout, pour ne plus penser à tout ce qui touchait de près ou de loin à Tony Stark.

Stephen avait débarqué à peine une heure après son coup de fil, sexy en diable dans sa tenue pourtant sans prétention, une bouteille d'un vin onéreux dans la main et sur les lèvres un sourire satisfait que Steve lui avait vu si souvent qu'il n'y prêtait plus attention.

- Je me disais bien que ça faisait longtemps, avait-il dit en entrant, se dirigeant immédiatement vers la cuisine sans attendre d'invitation, agissant en conquérant comme chaque fois qu'il était ici.

Il leur avait servi un verre à chacun, puis Steve, soudainement plus très sûr d'avoir finalement bien fait en l'invitant, s'était réfugié devant la fenêtre du salon en silence. Stephen avait arpenté un moment la pièce, commentant, et pas très gentiment, les nouveaux dessins que Steve y avait accrochés, n'ignorant pas que c'était ses œuvres. Stephen ne savait pas faire le moindre compliment, à part pendant qu'il baisait, et encore, c'était alors utilisé davantage pour se flatter lui-même.

- Tu vas bien ? s'enquit-il tout de même après un moment. Tu as l'air bien peu réactif.

- Je vais bien, soupira Steve, qui n'avait aucune envie de partager avec lui ce qu'il avait sur le cœur.

S'approchant de lui, Stephen n'avait pas insisté, se contentant de le prendre dans ses bras et lui donnant un baiser presque brutal. Un instant, Steve s'était tendu à ce manque de douceur après n'avoir connu pendant des semaines que Tony et sa façon toute bienvenue de se préoccuper de lui et de son bienêtre. Mais après tout, Stephen ne faisait rien de plus que ce pourquoi il était venu ici. Alors Steve se laissa aller, répondant autant au baiser qu'à l'étreinte.

C'était bon de ne plus penser à Tony, de ne plus penser à rien. C'était bon de n'avoir à se demander ce qu'il fallait faire pour rendre ce moment spécial, ce n'était que du sexe et dans ces moments-là, Stephen était suffisamment égoïste pour que lui-même fasse pareil.

Rapidement, ils furent dans la chambre, nus. Steve était à quatre pattes au bord du matelas et Stephen debout derrière lui, caressant son dos, flattant ses fesses. Enfin, il se pencha pour utiliser sa bouche. Là encore, point de douceur tandis qu'il léchait sa peau, la mordillait. Peu importe, c'était terriblement bon de la sorte.

Comme à son habitude avec Stephen, les préliminaires n'étaient jamais bien longs. Une fois qu'il était excité, il allait droit au but. Sans se donner la peine d'utiliser du lubrifiant, il se contenta de sa salive pour préparer Steve, le faisant tellement sommairement, se permettant quelques commentaires appréciateurs, que Steve réalisa combien sa position était dégradante. Il ne dit pourtant rien, se contentant de gémir, parce que là encore c'était agréable malgré tout.

Quand il estima qu'il en avait fait assez, Stephen claqua sa fesse à plusieurs reprises, riant en entendant les grognements d'inconfort.

- Ton petit cul m'avait manqué Rogers. Il est tellement gourmand quand je lui offre ma queue.

Ce genre de propos n'était pas du genre à déranger Steve, lui-même s'y prêtait parfois quand le plaisir était à son comble, mais Stephen y mettait tellement de froideur que ça avait un petit côté humiliant. Alors il ne dit rien, se contentant de trembler d'anticipation. Vite, qu'on y arrive, parce qu'il ne voulait que ça, se faire prendre sans ménagement.

- Minute, je sais que tu en veux, mais je vais mettre une capote. Pas que j'ai des doutes de me concernant, je me fais tester assez souvent, mais on sait tous les deux que tu es suffisamment prolifique pour que je prenne mes précautions.

C'était mesquin, et totalement sans fondement tant Steve était lui-même un amant totalement responsable au quotidien, mais cela ne valait pas le coup de se défendre. A ce stade pour Stephen, c'était plus un jeu qu'autre chose. C'était en tout cas ce que Steve aimait à se convaincre.

Peu après, Stephen entra en lui, un tout petit peu, allant et venant lentement un moment, avant de s'enfoncer finalement tout entier.

- Tu aimes ça, hein ? grogna-t-il.

- Oui, gémit pitoyablement Steve. Plus vite !

- Oh, monsieur est impatient. Tu m'étonnes, ça a dû te manquer durant tous ces longs mois à croire que tu pouvais te passer de moi.

- Plus vite ! insista Steve, que le mouvement horriblement lent mettait à la torture.

Stephen n'obéit pas immédiatement, s'autorisant à rire tout en griffant légèrement d'un ongle le dos moite.

- C'est un poème de te baiser, Rogers.

Dans ces moments-là, il l'appelait toujours par son nom, comme pour confirmer la distance qui devait demeurer entre eux, pour que ce ne soit pas trop personnel, malgré le degré d'intimité qu'induisait cette activité.

Enfin, il le saisit par les hanches, s'y accrochant au point qu'il y laisserait certainement des marques, et accéléra la cadence.

Steve eut un sanglot de soulagement tandis qu'il avait enfin ce qu'il voulait. Il balança son corps en rythme, rendu ivre par le bruit érotique de leurs deux peaux qui claquaient. Le plaisir était partout, inondant tout, rendant chaque sensation plus intense, tandis que le moindre mouvement l'approchait inexorablement de la délivrance et de ces quelques secondes où il n'aurait même plus conscience d'exister. Mais chaque fois qu'il touchait de près la jouissance, comme si Stephen savait exactement ce qu'il avait en tête et la lui refusait en ralentissant un instant, elle lui échappait à nouveau. Frustré, conscient que de cette façon il manquait un truc, celui-là même que Stephen ne ferait pas pour lui, il cracha dans sa main pour faciliter les choses et saisit son érection. Il se caressa avec vigueur, fermant les yeux quand le plaisir augmenta à cette seconde sollicitation de ses sensations. Et quand il se répandit longuement dans sa main, sur les draps, ne cessant de se caresser, il ne remarqua même pas qu'il avait les larmes aux yeux.

- C'était tellement facile, pérora Stephen, la voix lourde.

Il continua à se mouvoir en lui un moment, lui donnant encore du plaisir malgré son orgasme, avant de se retirer d'un coup. Steve respirait difficilement, mais ne bougea pas. Il connaissait cela, c'était l'une des habitudes de Stephen. Celui-ci effectivement se débarrassa de son préservatif et se caressa un instant, avant de venir ainsi, son sperme se répandant en quelques giclées sur le dos de son amant. Il eut un petit cri qui satisfit Steve, c'était toujours bon à prendre de savoir que le plaisir éprouvé était réciproque. Puis Stephen se pencha, léchant lentement sa semence avant de peser de tout son poids sur Steve, qui ne les retenait que par la force de ses bras, pour s'approcher de son visage, l'embrassant passionnément, partageant le sperme qu'il n'avait pas avalé. Les premières fois, quand il avait eu droit à ce traitement, Steve avait été déconcerté, mais Stephen n'aimait justement rien plus que cela, à présent il trouva cela totalement excitant. Stephen n'avait aucune limite, s'autorisant à mettre en scène chacun de ses fantasmes au moment où il venait.

Ils s'écroulèrent finalement sur le matelas, s'étreignant à mesure que la tension refluait lentement.

- Putain, quel talent ! dit Stephen, sans préciser à qui il lançait ce compliment.

Pas que cela importe d'ailleurs. Steve souriait enfin, se sentant léger pour la première fois depuis qu'il avait planté Tony dans cette putain de chambre. Mieux, il ne pensait même pas à lui, c'était reposant.

- Il y a longtemps que je ne t'avais pas trouvé aussi distant, reprit le médecin. Pas que je m'en plaigne, mais c'est comme si tu portais toute la misère du monde sur tes épaules.

- Parce qu'on parle de ce qu'on ressent maintenant ? s'étonna Steve.

- Eh, je suis pas un monstre sans cœur !

Steve eut un rire aigre en haussant les épaules.

- Y a pas grand-chose à dire. J'ai quitté quelqu'un.

- Quelqu'un ? Tu veux dire un mec ? Je croyais que tu n'étais pas le genre à entretenir une relation suivie.

- Ah ça, je confirme, on m'y reprendra plus !

- C'est ce que je dis tout le temps, s'amusa Stephen en se levant. Qu'est-ce qui s'est passé ? insista-t-il en réunissant ses vêtements.

Le voyant faire, Steve fut presque soulagé. Il ne s'était pas attendu à ce que son amant ne pose ce genre de questions, mais en tout cas le voir s'apprêter à partir après avoir tiré son coup, voilà qui ne changeait pas au moins.

- Je suis tombé sur un enfoiré égoïste, dit-il en s'allongeant plus confortablement. Une constante chez moi apparemment, reprit-il avec un petit rire sans joie en fixant l'autre homme, qui s'habillait.

- Je dois le prendre pour moi ? Je ne sais pas ce que lui t'a promis, mais moi j'ai toujours été clair. T'es bien pour la baise, et je sais que tu y trouves ton compte toi aussi, mais tu me vois te présenter à mes collègues ? J'ai une réputation. Et un vendeur en librairie qui la semaine prochaine sera peut-être plombier, ça me desservirait.

Comme toujours avec Stephen, c'était blessant, mais incroyablement honnête. Il fallait au moins lui laisser cela. Et c'est alors que Steve réalisa à quel point Tony ressemblait à Stephen, de l'argent, une réputation, une image à entretenir auprès des gens qui comptaient… Peut-être que Tony n'avait pas assumé pour eux parce qu'il avait honte de lui également. Voilà qui aurait expliqué bien des choses. Et qui n'arrangeait pas sa situation. Steve n'avait jamais eu honte de ce qu'il était. Il n'était pas du genre ambitieux, à écraser tout et tout le monde pour une carrière davantage portée sur l'image qu'un réel intérêt. Etait-ce réellement répréhensible ? Aurait-il dû changer, devenir froid et sans cœur pour faire bien ? Pourtant, Tony avait eu l'air fier de ce qu'il était, il le lui avait dit plus d'une fois. Mais après ce qui s'était passé entre eux, il ne savait plus ce qui avait été sincère.

- T'as raison, j'ai été con, dit-il avec amertume. Il n'était pas fait pour moi. Pas plus que toi. En fait, vous auriez été davantage assortis. Tony Stark et Stephen Strange, le couple parfait qui écrase les petites gens…

- Tony Stark ?

Oups, ça c'était pas prévu. Malgré sa rancœur, Steve n'avait eu aucune intention de révéler à qui que ce soit le vilain petit secret de Tony.

- Tu t'es fait Tony Stark ? Là tu remontes dans mon estime Rogers. On l'a pourtant jamais vu dans nos petites soirées très privées. Dommage, il aurait eu du succès…

- N'en parle à personne, il veut pas que ça se sache, s'empressa de dire Steve, n'hésitant pas à se faire implorant.

- J'ai bien des défauts, mais la discrétion ça me connaît. Si tu savais le nombre de personnalités officiellement hétéro et heureuses en ménage que je croise dans nos soirées de débauche… J'aurais des poissons bien plus gros à outer que Tony Stark si c'était mon genre. En tout cas, je sais à qui je vais proposer de m'accompagner pour la prochaine. Bon Rogers, c'est pas que je passe pas un bon moment en ta compagnie, mais franchement je ne viens pas là pour la conversation, pas plus que tu ne me fais venir pour ça, alors je vais y aller. Et tant que tu as le cœur brisé, évite de me rappeler. J'ai pas envie que tu fasses un transfert sur moi et à la réflexion je te préfère un peu moins morose. Encore que, y avait bien longtemps que ça n'avait pas été aussi bon de te sauter. A croire que le manque d'estime te va bien. Une piste à creuser…

S'approchant du lit, Stephen le prit un instant dans ses bras pour l'embrasser, mordant sa lèvre avec rudesse.

- Oh, et pendant que j'y pense, pas que je veuille à tout prix défendre Stark, mais il y a tout un service dans mon hôpital qui n'existe que grâce à lui. Alors, peut-être pas si égoïste que ça ton bonhomme. A bientôt Rogers.

Bien après son départ, Steve était toujours allongé, à fixer l'embrasure de la porte, cherchant à comprendre ce qui venait de se passer. Ça faisait beaucoup à encaisser. Cette relation, certes originale mais qu'il avait toujours pensée sincère, avec Tony ressemblait tout à coup à un fantasme monté de toute pièce dans sa tête. Il s'était vraiment laissé aller à espérer qu'avec un peu de patience et beaucoup de compréhension, il aurait pu avoir une vraie place dans la vie de Tony, comme celle qu'il était prêt à lui donner dans la sienne. Mais ça semblait n'avoir été qu'un mensonge. Un beau mensonge, mais un mensonge quand même. Voilà ce qu'on récoltait à écouter son cœur. Mais il l'avait dit à Stephen, ça n'arriverait plus. Il n'était pas du genre à commettre deux fois la même erreur.

Quant aux propos de Stephen concernant Tony et son implication dans son hôpital, c'était suffisamment obscur pour exciter son intérêt. Mais franchement, est-ce que ça valait la peine de creuser ? Est-ce que Tony le méritait vraiment ? Putain, il avait fait venir Stephen pour s'envoyer en l'air et ainsi oublier tout ce qui tournait dans sa tête à lui en filer le mal de mer. Le sexe avait été aussi bon que prévu, mais le répit dans sa tête avait été de bien trop courte durée. Comme si Tony, en mettant le grappin sur lui, avait fait en sorte de devenir inoubliable. C'était bien son genre, tiens !

Avec un grognement de frustration, il se décida finalement à se lever. C'est alors qu'il réalisa que Stephen aussi avait fait en sorte de devenir inoubliable. Outre la sensation de brûlure là où il l'avait pris avec vigueur, son dos le lançait désagréablement laissant à penser qu'il y aurait très certainement des marques de griffures. Stephen aimait laisser des traces de son passage, pour être sûr qu'on ne l'oublie pas de sitôt. Pourtant, c'était très exactement ce que Steve allait s'employer à faire, il avait suffisamment de trucs à l'esprit pour ne pas en plus composer avec la culpabilité d'avoir remplacé Tony, au moins dans son lit, aussi vite.

Il changea rapidement les draps, fourrant ceux qui puaient le sexe à lui en filer la nausée dans la machine à laver. Puis il alla sous la douche, effaçant ainsi les dernières traces de ce corps à corps qui n'avait définitivement pas eu l'effet escompté une fois le plaisir retombé. Cette fois, il n'avait même pas détesté Stephen suffisamment pour n'avoir plus que sa honte de l'avoir encore une fois appelé à l'esprit. Comme si ce fichu Stark avait pris toute la place. C'était à devenir fou.

A suivre…