Chapitre neuf : Bad Wolf éternel.
« Je te retrouverai, mon Docteur. »
Rose se le promettait mais comment allait-elle pouvoir s'y prendre ? Elle devait d'abord retourner au TARDIS et retrouver le Docteur de cet univers parallèle.
(…)
A l'intérieur de la cabine de police, Rose Tyler retrouva le Docteur – qu'elle savait donc maintenant n'être qu'une version parallèle de son propre Docteur. Il lui sourit en la voyant arriver, comme s'il était soulagé de la revoir.
Le Seigneur du Temps lui demanda où elle était partie et aussi si elle allait mieux. Rose lui expliqua ce qu'elle avait découvert, lui dit qu'elle était désolée mais qu'elle ne pouvait pas rester, qu'elle devait retrouver son propre univers à présent. Et que son amnésie s'expliquerait certainement une fois qu'elle aurait retrouvé son Docteur. Elle pensa que puisqu'ils venaient de deux univers différents, peut-être ne lui avait-il jamais menti et qu'il avait seulement cru qu'elle était revenue sans qu'ils aient vécu la même chose et visité les mêmes endroits avant que Rose Tyler ne soit aspirée par le Void et perdue dans un univers parallèle.
« C'est pour ça que j'attends que tu m'aides, maintenant, Docteur. Conclut Rose. Il faut que tu repères l'autre TARDIS. Il doit bien y en avoir un… »
Le Docteur hésitait à répondre. Tout cela devait être un véritable choc pour le Gallifréen, songea Rose. Elle s'avança vers le Seigneur du Temps et lui prit sa main dans la sienne et lui sourit – avant qu'une nouvelle vision ne vienne encore à son esprit. Une vision récente une fois de plus, claire comme la dernière que Luke Smith lui avait montré. Et il y avait le Dixième Docteur – ce Docteur parallèle au sien – et il lui faisait avaler de force une sorte de médicament, de pilule.
« Une pilule d'amnésie ! S'exclama Rose en comprenant ce qu'elle venait de voir ou ce dont elle venait plutôt de se souvenir.
- Qu'est-ce que tu as dit ? Demanda le Docteur.
- Tu m'as fait perdre la mémoire ! L'accusa la jeune femme. Tu m'as enlevée ! »
Rose Tyler comprenait qu'elle devait fuir, fuir au plus vite de ce TARDIS. Elle courut à la porte mais le TARDIS avait déjà fait se dématérialiser son vaisseau spatio-temporel quand il avait compris ce qu'elle avait deviné.
Il ne savait plus quoi faire. Son plan tombait à l'eau, et une deuxième pilule ne résoudrait sûrement rien. Il allait devoir la garder de force avec lui. Vraiment l'enlever cette fois…
(…)
La porte était verrouillée et le TARDIS s'engouffrait déjà dans le vortex du Temps. Rose était coincée ici, avec un Docteur si loin de celui qu'elle avait toujours connu. Un Seigneur du Temps qui n'avait rien de l'extraterrestre dont elle était amoureuse. Et elle était sa prisonnière tant qu'elle serait dans le TARDIS. Mais comment allait-elle pouvoir s'en enfuir ?
Rose repensa à son sac à main qui devait se trouver quelque part dans la salle de la console. Elle glissa son regard vers les coins de la pièce et se dirigea discrètement vers un des escaliers. Elle vit enfin une des lanières de son sac et, tout en surveillant le Docteur – toujours devant la console – Rose sortit son sac du trou dans lequel elle l'avait déposé quelques jours plus tôt. Elle le fouilla rapidement et trouva le poing électrique alien, qu'elle gardait d'habitude toujours sur elle. En le camouflant derrière son dos, elle s'approcha du Docteur et abattit son arme sur sa nuque. Le Docteur s'effondra au sol. Rose savait qu'il ne resterait pas inconscient assez longtemps pour qu'elle emploie les ressources du TARDIS pour retrouver son mari, elle débloqua seulement les portes du vaisseau et rangea son taser dans son sac à main qu'elle porta à son épaule avant de sortir du TARDIS, puis de courir.
(…)
Quand le Docteur se réveilla dans son TARDIS, Rose était déjà partie loin. La jeune femme avait couru pendant de longues minutes, pour s'éloigner le plus possible du TARDIS. Elle reconnut rapidement qu'elle n'était pas au XXIème siècle. Le Docteur avait peut-être programmé cette destination au hasard, ou alors exprès. Il avait peut-être craint qu'elle ne s'enfuie ainsi. Et la piéger au XIXème siècle sans aucun moyen de communiquer avec le Docteur ou d'autres de ses amis était un bon plan pour s'assurer de la garder sous sa seule emprise, pensa Rose Tyler.
Mais elle ne voulait pas lui donner raison ! Rose attendit d'être seule et bien cachée pour sortir son téléphone portable de son sac à main. Mais elle se ravisa. Appeler le TARDIS reviendrait à appeler son mari autant que son ravisseur. Et elle n'avait personne d'autre à appeler depuis que le Docteur avait perdu le téléphone portable de Martha Jones lors de l'une de leurs excursions les plus mouvementées de ces dernières années. En fouillant plus profondément dans son immense sac à main, Rose trouva une vieille bombe aérosol de couleur rouge – elle n'avait aucune idée de la raison qui l'avait poussé à emporter cette bombe de peinture mais tellement de souvenirs lui manquaient encore… Rose rangea le reste de ses affaires dans son sac à main et regarda la courte notice de la bombe aérosol pour graffiti.
Un bruit qu'elle reconnut comme sonique la fit sursauter. Elle porta son sac à ses épaules puis se remit à courir. Le Docteur la cherchait et elle n'avait pas fait très attention à camoufler sa piste. Tout ce qu'elle voulait, c'était sortir de cet enfer.
Rose se retrouva finalement acculée un mur dans un cul-de-sac. Elle secoua sa bombe aérosol et se tourna vers le mur, résolue à tenter le tout pour le tout. La jeune femme visa le mur et commença à peindre son ultime message pour le Docteur.
(…)
Cela faisait trois jours qu'il parcourait le temps et l'espace dans l'espoir de la retrouver. Trois jours que Rose Marion Tyler avait disparue et qu'il se forçait à croire qu'elle allait bien et qu'il la serrait bientôt à nouveau dans ses bras.
Quand il s'était réveillé seul dans son lit le premier matin, le Docteur avait su que quelque chose n'allait pas. Il n'avait ensuite ni trouvé sa femme dans la cuisine où elle aurait dû préparer le petit-déjeuner, ni dans l'espace réservé à leurs enfants dans le TARDIS. Son sac à main n'était pas dans la salle de la console. Et Alonso et Gwyneth ne l'avaient pas vue non plus depuis la veille au soir.
Inquiet, le Seigneur du Temps avait alors ratissé toute l'étendue de son TARDIS depuis la Console centrale de commande. Mais Rose n'était pas à bord. Il pensa donc qu'elle n'était pas rentrée et sachant qu'ils se trouvaient à Londres, se décida à aller faire un tour à l'extérieur en confiant le TARDIS à Alonso, son fils.
Ratisser entièrement la ville de Londres n'était pas possible. Et dans les quelques quartiers proches du TARDIS il n'avait trouvé aucune trace du passage de son épouse. Bredouille, il était alors retourné dans son vaisseau et avait lancé une fouille ADN sur l'ensemble de la ville, puis quand ce fut un échec, sur l'ensemble de la Grande Bretagne…
Tout cela en vain. Rose avait disparue. Et elle avait peut-être même été enlevée. Il avait donc eu besoin de plus d'énergie pour lancer une recherche de bien plus grande envergure : sur toute la Terre. Pour cela, le Docteur avait conduit son TARDIS à Cardiff pour puiser l'énergie requise à une telle recherche dans la Faille de la ville.
« Papa, demanda Alonso, tu l'as trouvé ?
- Non, elle n'était pas non plus sur Sontar, et heureusement.
- Ouais. On a faim, Gwyneth et moi, on pourrait pas aller manger un peu ?
- Si, tu as raison, soupira le Seigneur du Temps. »
Son fils avait raison : ils devaient continuer à vivre. Mais ils ne pouvaient pas non plus abandonner Rose Tyler. Elle n'était pas sur Terre, et le Docteur avait donc dû se rendre à l'évidence : elle avait été enlevée. Et pas par des humains, mais bien des extraterrestres, des extraterrestres qui connaissaient la Terre comme les Sontariens, les Daleks, les Cybermen, les Syccorax, les Siluriens,… Et toutes les autres espèces qui avaient déjà envahi ou voulu envahir la planète Terre. Tous ces ennemis… Rose n'avait malheureusement pas encore été repérée par le TARDIS. Et le Docteur craignait qu'elle n'ait aussi pu être enlevée par un voyageur temporel, ou spatio-temporel… C'est pour ça que depuis ce matin, il voyageait aussi bien dans le temps que dans l'espace, ne restant que quelques minutes sur chaque planète à chaque époque où le TARDIS le conduisait. Il lançait une fouille à l'échelle planétaire et n'obtenait jamais de résultat. Rose était perdue dans un temps et un lieu qu'il ignorait, si loin de lui et de leurs enfants. Et elle n'avait aucun moyen de le prévenir de l'endroit où elle se trouvait. Si elle se trouvait encore vivante quelque part…
« Elle va bien, dit Alonso, on va la retrouver.
- J'aimerais tellement en être aussi sûr que toi… Bon, Gwyneth et toi, vous avez une idée de ce que vous voulez manger ?
- Des cheesburgers terriens ! Cria la petite fille.
- New-Yorkais, précisa Alonso Tyler, ce sont les meilleurs. Et Maman nous en avait promis la dernière fois qu'on était en Amérique.
- D'accord, alors New-York City, Manhattan, Juin 2007, c'est parti ! Accrochez-vous ! »
Mais il n'avait pas besoin de le dire. Rose et lui n'avaient jamais cessé leurs voyages malgré les années : Alonso et Gwyneth Tyler savaient se tenir debout quand le TARDIS tanguait comme un diable avant même de savoir marcher.
(…)
Gwyneth fut la première à sortir de la cabine bleue. Avec son jean fleuri et sa queue de cheval, elle avait le look parfait d'une enfant américaine, Alonso qui la suivit avait préféré porter un T-shirt avec des symboles gallifréens et un short et des baskets. Ils s'adaptaient plus facilement que leurs parents à chaque planète où ils se rendaient, songea le Docteur en fermant le TARDIS à clé alors qu'il n'avait pas changé son costume et son nœud-papillon. Son fez sur sa tête, il suivit ses enfants jusqu'à un fast-food de chaine. Ce n'était pas la nourriture qu'il préférait. Trop américaine et pas assez « british » mais elle plaisait aux deux jeunes métis aliens qui avaient hérité du goût culinaire de leur mère pour les frites et ce qui s'y rapportait.
Après avoir longtemps pesté contre la longueur de la queue, le Seigneur du Temps commanda enfin les trois menus big mac et rejoignit ses deux enfants à une table à l'extérieur du restaurant.
(…)
Alonso grignotait à peine son cheesburger tandis que le fromage coulait sur le menton de Gwyneth. Le Docteur remarqua que quelque chose troublait son fils et lui demanda ce que c'était. Il savait que celui-ci avait toujours eu des perceptions mentales très avancées.
Le jeune garçon ne répondit pas à son père mais se leva de table et se mit à courir. Le Docteur demanda à sa fille de l'attendre et courut à la poursuite d'Alonso. Le garçon s'était arrêté peu loin du restaurant. Le mur devant lequel il s'était arrêté fermait un cul de sac. Mais ce qui étonna le plus le Docteur ne fut pas le regard fixe de son fils mais la force du lien qui le liait toujours à sa mère.
Sur le mur étaient peints de nombreux graffitis, une dizaine ou peut-être une vingtaine. Tous peints en rouge. Un rouge sang, vif qui semblait ne jamais pouvoir s'effacer malgré les siècles. Un seul dessin reproduit à l'identique autant de fois. Deux mots, les mêmes que lui avaient, il y a très longtemps, répétés Donna. Les seuls deux mots qu'il était seul à comprendre. Les seuls mots qui pouvaient lui redonner le sourire même s'ils signifiaient la fin de l'univers. Les seuls mots qu'il attendait de lire depuis trois jours qu'il parcourait l'intégralité du temps et de l'espace : « Bad Wolf ».
