Chapitre 10: Charivari

Pour une personne qui observerait la scène de loin, celle ci pouvait sortir tout droit d'un conte de fées moderne. Deux jeunes gens attirants se promenant au clair de lune, elle une charmante rousse souriante et pleine de vie, lui un beau brun à lunettes avec un air mélancolique. Tous deux bien habillés comme de jeunes cadres, quoi que l'homme avait ce petit air mystérieux de poète maudit qu'ont certains intellectuels. Éduques, aisés, sains, probablement au milieu de la vingtaine, c'était typiquement le genre de couple qu'on admirait au loin, qui faisait sourire les petits vieux en leur remémorant de lointains souvenirs, faisait rêver les jeunes filles et baver d'envie les célibataires. Elle lui jetait de petits coups d'œil en rougissant, lui gardait ses mains dans ses poches et un sourire confiant aux lèvres. On les voyait bien d'ici un an ou deux se marier, créer des enfants tout aussi beaux et intelligents qu'eux, perpétuant ainsi ce cycle de vie et de succès dans une belle maison d'un quartier résidentiel cossu comme Amusement Mile ou certaines parties du Bowery.

Ça lui donnait envie de vomir.

Non, l'heure entière de discussions ennuyeuses à en crever n'avait pas dissuadé l'épouvantail. Au contraire, lui il préférait parler de potins, de cafés à la mode et de ce qui passait actuellement au cinéma plutôt que de médecine. D'une part parce que tout ce qui l'intéressait à ce sujet c'était les dissections à la barbare, d'autre part parce que ça faisait rager Jonathan. Il était sincèrement passionné par ce qu'il faisait, il ne s'était pas investi à fond dans ses études, finissant avec des années d'avance, juste pour se faire de l'argent et avoir un joli diplôme à accrocher au dessus du mur. Ses finances le concernaient peu, sinon il travaillerait dans une banque. Seule la connaissance pure l'attirait vraiment.

En comparaison les espoirs niais d'une Erin lui inspiraient des reflux plutôt que de l'envie. Tout ceci, toute cette soirée n'était qu'un long cauchemar hors de contrôle. Il y avait un cadavre sans surveillance sur le campus, un cinglé en possession de son corps et une idiote collée à ses côtés. Parce qu'en plus, elle s'était rapprochée maintenant que l'épouvantail l'avait mise en confiance. On devait lui reconnaître qu'il était bien plus suave que Jonathan. Quelques compliments subtils mais bien dosés par ci, des excuses par là, une mention du stress que lui imposait Pigeon et voilà qu'elle lui mangeait dans la main. De temps à autres ils étaient si proches que son épaule frottait contre celle du bon docteur. Le signe ne pouvait être plus clair, pourtant l'empaillé n'avait pas encore prit sa main dans la sienne. La romance c'était pas son truc non plus. Et il y avait aussi que son hôte aurait été impossible à contrôler s'il avait ne serait-ce que frôlé la main de la rousse. Machinalement, il avait manipulé la conversation pour la ramener vers un sujet moins intime : Pigeon.

Aussitôt qu'il s'était excusé pour sa conduite en blâmant le stress que lui imposait Pigeon, dans le sens qu'il voulait montrer qu'il était à la hauteur de l'estime que lui portait le vieux professeur, elle s'était relâchée. Adieu les diplomatiques 'Oh il est... Un peu excentrique' ou les 'Au moins il est passionné par son sujet' et bonjour la vérité exposée à la lumière de la lune : Erin détestait Pigeon.

"Je déteste la façon dont il parle, c'est un truc dans sa voix. Elle est éraillée un peu, ça me vrille les oreilles, uhh ! J'en pouvais plus d'avoir des cours avec lui j'ai bien du en manquer la moitié..."

Et ça pour Jonathan c'était pire qu'un crime capital. N'avait elle pas écouté un traître mot de ce qu'il avait dit ? Parce que ça, c'était toute de même suffisamment proche de la vérité pour qu'il se sente insulté par ce qu'elle disait sur son professeur préféré. Non, la seule personne qu'il appréciait en ce bas monde.

"… Et puis il a cette façon de réciter son cours où il part en live tout le temps et il donne deux millions de références et d'exemples qui servent à rien et au final il finissait par nous donner des polys parce qu'il avait pas réussi à finir son programme."

Peut être que c'était parce que son programme était le plus dense et le plus poussé ? Parce qu'il le mettait régulièrement à jour, rajoutant ici et là des situations que lui avait vécu en ses années de pratique pour les préparer ? Cela ne lui venait-il pas à l'esprit que les exemples en eux même pouvaient être plus précieux que le cours, parce qu'ils mettaient leurs connaissances en contexte ? Que les références étaient vraiment utiles pour ceux qui se donnaient la peine creuser un peu le sujet ?

Voir le Musée d'histoire naturelle apparaître au détour d'une rue fut une bénédiction, parce qu'il savait qu'elle devrait se taire un peu pendant les discussions puisqu'elle n'y connaissait rien en médecine évolutive. A la rigueur, lui non plus n'était pas un spécialiste, mais depuis la première séance il avait eut l'élégance de se documenter sur le sujet.

"C'est vraiment beau, tu ne trouves pas ?" Murmura-t-elle en se frottant encore à lui une fois qu'ils eurent passé la porte.

L'épouvantail feignit un regard admiratif sur l'architecture typiquement gothamite, mélange d'art déco et de neo-gothique, les bronzes rutilants et les somptueux chandeliers de cristal... tout cela payé avec l'argent de la pègre bien sûr. Le bâtiment historique avait été 'cédé' à un mafieux il y a quelques années et ce n'était un secret pour personne qu'il l'utilisait pour blanchir son argent sale. Il s'en vantait presque quand il organisait des galas ici. Son regard retomba sur Erin et l'épouvantail lâcha une niaiserie qui la fit sourire. C'était fou la façon dont il mélangeait une pointe d'humour noir, une attitude nonchalante et un discours charmeur pour lui renvoyer l'image parfaite du garçon un peu fragile mais mignon qu'elle s'imaginait qu'il était. Juste parce qu'il ne parlait pas et restait d'une humeur sombre ne voulait pas dire que ça faisait de lui un héros de roman pour adolescentes et qu'il allait abandonner son masque de méchant pour une fille chiante comme la pluie qui croyait en sa beauté intérieure et voulait lui montrer les bons côtés de l'humanité. Non. Juste non.

Fort heureusement une figure squelettique bien connue vint à sa rescousse. Ses yeux presque masqués sous une permanente blanche qui avait du élire domicile sur son crâne dans les années soixante et n'était jamais partie, une vielle professeure de latin de la fac leur indiqua avec un sourire en fausses dents les flèches rouge vif indiquant le chemin à suivre pour arriver à la salle de conférence. Le connaissant déjà, Crane se dirigea sans encombre à travers les couloirs lambrissés. Les doubles portes étaient déjà ouvertes sur la pièce. On leur avait alloué un endroit relativement petit à l'échelle du musée, mais c'était voulu. Il n'y avait jamais beaucoup de monde, une vingtaine tout au plus, et les forcer à se rapprocher rendait l'ambiance plus informelle, très confortable. Une douzaine d'intellectuels étaient déjà présents, ils avaient rapproché leurs chaises les unes des autres pour discuter en se passant des plateaux de gâteaux, des verres en plastiques et des cafetières. Pour le moment ça bavardait plus que ça ne débattait, mais ça viendrait. Au bout de la salle le conférencier était déjà là, discutant avec une femme aux cheveux courts attachés en catogan qui installait quelque chose.

A la demande de Jonathan, l'épouvantail déambula dans la pièce en gardant un œil ouvert pour Pigeon. Ce serait après tout très bizarre qu'il l'ignore alors que c'était lui qui l'avait invité. Ce serait un peu difficile par contre de maintenir la mascarade devant quelqu'un qui le connaissait. En le voyant au loin se diriger vers l'artiste, car ce que la jeune femme aux cheveux teints installait semblait être un chevalet, il fit une pause à la surprise de la personnalité mère.

Ben tu vois je sais pas si je dois lui parler de tes expériences ou pas.

Va mourir. Bon, pour le moment Erin tentait de le traîner vers un coin éloigné des discussions et le professeur ne l'avait pas vu, ils pouvaient remettre ça à plus tard. Plutôt que de l'écouter, il décida de s'installer sur les bords du groupe, là où on les verrait moins et où elle ne pourrait pas draguer. Cela faisait trop longtemps, l'adrénaline était retombée. S'il ne voulait pas totalement perdre le contrôle il ne fallait pas que Jonathan s'énerve encore. Sauf que d'un autre côté, la rousse commençait déjà à être agacée. Pourquoi d'ailleurs ? Ce n'était pas comme s'il lui avait promis un dîner aux chandelles. Cherchant un moyen de la calmer il tapota son épaule et se leva en proposant d'aller lui chercher un café. Elle hocha la tête en souriant, mais c'était un peu forcé. Bah, tant pis pour elle.

Zigzaguant entre les conférenciers il atteignit sans mal le petit buffet improvisé. Et là, ce fut le drame.

"En ramenant le café, tu pourras lui dire qu'elle est interdite de service au kiosque à cause de la scène tout à l'heure ? Merci."

Il reconnu l'accent prononcé, mi-britannique mi-allemand dès la première syllabe. Non. Pourquoi. Pourquoi lui. Et pourtant si. C'était bien Kornelia de l'autre côté de la table, en train de découper des parts de gâteaux sans le regarder. Le ton était civil, de la même façon que son ton à lui restait civil quand il faisait des remarques blessantes. Autant dire qu'il était glacial. La polonaise l'avait donc vu arriver avec Erin et conclu très justement qu'il n'avait pas le moindre sentiment pour elle. Tout le travail qu'il avait accompli jusque là allait être réduit à néant, tout ça parce que l'épouvantail était PAS FICHU DE FAIRE UN CHOIX AVEC LA BONNE TÊTE ! S'il avait pu il se serait frappé pour l'empêcher de contourner la table afin de se rapprocher d'elle, toujours avec son air nonchalant et son sourire charmeur. Elle répondit à son 'rebonjour' mielleux par un petit signe de tête sans relever les yeux. Merveilleux. On sentait là tout l'amour qu'elle éprouvait pour lui. Vraiment. N'étant pas de nature aussi pessimiste que Jonathan, il tenta de poser sa main sur sa taille et la laisser glisser jusqu'à ses hanches pour la voir frissonner. Mais dès qu'il la frôla elle se tourna vers lui tout en faisant un pas en arrière pour l'en empêcher. On aurait presque pu sentir la Bise.

"Oui ?"

Le sourire de la brune avait beau montrer toutes ses petites dents aiguisées à l'acide, il ne montait pas jusqu'à ses yeux. D'ailleurs, la paupière inférieure tremblait. Un tic psychotique. Génial. Si elle commençait à avoir des tics psychotiques en public il ne voulait même pas voir ce que ça allait donner dès qu'ils seraient en privé. Elle allait le transformer en pain de viande.

"Je..." Il fit semblant d'hésiter. "Je voulais juste te dire que je suis content de te voir."

"D'accord."

Ou peut être qu'il se serait enterré trop profondément avant. Ne s'avouant pas vaincu il rendit son sourire plus timide, sortit ses mains de ses poches, se frotta la nuque en la regardant de haut en bas... Bref, la totale.

"Tu es très belle ce soir."

"D'accord. La prochaine fois ne touche pas à mes sachets."

Il n'eut pas le temps de se demander ce que pouvaient être ces sachets qu'elle partait déjà. Par réflexe il la prit par le poignet pour l'en empêcher. Avec Erin c'était fichu pour ce soir, mais il espérait encore pouvoir sauver la situation avec Kornelia, ce qui était beaucoup plus important à long terme. Elle resta une seconde sans bouger et il en profita pour s'approcher doucement, laissant glisser sa main vers la sienne, la prenant délicatement en se mettant en face d'elle. Aucun des deux ne souriait maintenant. Il ne savait pas vraiment quoi faire pour calmer cette hystérique et ses yeux verts insondables. Ironiquement, il se souvint que le vert était censé être la couleur de la jalousie. Très approprié. Kornelia se mit sur la pointe des pieds et posa sa joue tout contre la sienne. Il sentit ses lèvres caresser son oreille quand elle ouvrit la bouche.

"Touche moi encore," murmura-t-elle calmement "Et c'est sa tête que tu retrouveras."

La main froide de la succube le quitta. Il la regarda s'éloigner avec un plateau, le tissu aérien de sa robe rouge ondulant avec les mouvements de ses hanches jusqu'à ce qu'elle disparaisse entre deux inconnus. A aucun moment elle ne s'était retournée.

Johnny ?

Quoi ?

Je crois que j'ai merdé.

Il se passa de commentaires.


"Ah Jonathan ! Vous voilà mon garçon je vous ai cherché partout ! Betka dîtes lui que je l'ai cherché partout … Vous voyez ? Rapprochez vous donc, il y a largement assez de place... Il est spleeeeennndide ce jeune homme on dirait une star de cinéma ! Je ne sais pas comment il fait..."

Les pieds de sa chaise raclèrent sur le sol tandis qu'il venait plus près de Pigeon. Comme à chaque fois qu'il l'invitait où que ce soit, celui ci le présentait à ses connaissances avec une fierté toute paternelle. Erin semblait trouver ça agaçant, levant les yeux au ciel quand il ne regardait pas dans sa direction. Ceci dit, elle n'aimait plus rien maintenant. Quand il était revenu avec les cafés elle affichait un air qu'il trouvait désagréablement satisfait. Elle déchanta rapidement quand il lui posa des questions sur la fameuse scène qu'elle avait faite. Ça devait être impressionnant si elle avait été déclarée persona non grata. Quand il mentionna qu'il aurait aimé voir ça elle avait commencé à faire la tête et n'avait pas cessé de bouder depuis. Jonathan avait reprit les commandes et ça lui faisait un bien fou.

"Vous n'avez pas eut de mal à vous retrouver j'espère ?"

"Non, pas du tout, je me souvenais du chemin. J'ai juste été retardé."

"Ah oui, oui, le trafic j'imagine ? Oui c'est terrible... Ce sont ces travaux à répétition... Je veux bien comprendre que nous sommes dans un système corrompu mais mettre deux ans à refaire un rond point ça devient un peu suspect !"

Maintenant l'ennui c'était qu'il n'avait aucune raison valable pour s'absenter, qu'Erin allait être insupportable à l'avenir, que Kornelia voulait sa peau et enfin qu'il était prit en sandwich entre les deux femmes. Erin était juste derrière lui tandis que lui et Kornelia entouraient Pigeon. Fort heureusement elle semblait plongée dans une discussion animée en Russe avec la professeur de latin. Mais il était absolument impossible qu'il arrive à profiter de la séance dans ces conditions.

"C'est dommage je voulais vous parler de votre projet mais- Oh voilà ça commence. Peut être après ?"

Il hocha la tête en souriant et se retourna vers le maître de conférence qu'on applaudissait. Après quelques secondes il cria pour se faire entendre :

"Oui bonsoir, moi aussi je suis content de vous voir mais fermez là cinq minutes !"

Crane le trouvait grossier, mais il arracha pourtant quelques rires à l'assistance. Pigeon et lui se regardèrent.

"Voilà, merci ! Donc ! Je vous remercie d'être tous venus ce soir à ce Café des Sciences portant sur la Médecine Évolutive... Je ne sais pas pourquoi je dis ça normalement vous êtes tous au courant et j'ai pas vraiment une tête de danseuse exotique." Rires. "Bref, je vous remercie donc d'être encore plus nombreux que pendant la première séance, je remercie aussi la sublimissime Professeur Betka Sokolova pour nous avoir obtenu la permission d'utiliser les locaux..." Elle envoya quelques baisers à ceux qui applaudirent "… Le Docteur Kornelia Burba et l'association des étudiants étrangers pour la nourriture …" Elle se contenta d'un petit coucou un peu timide … "Par ailleurs messieurs elle est célibataire- et enfin le talentueux David Gladstone pour les jolis dessins qui nous tiendront éveillés jusqu'à la fin." L'artiste, que Jonathan avait prit pour une femme androgyne de dos, leur fit la révérence et se remit à son croquis d'homme de cro-magnon. "Et sans aucune forme de transition, nous allons commencer par un résumé rapide de ce que nous avons vu la dernière fois..."

Jonathan se permit de laisser ses pensées vagabonder tandis que le conférencier faisait son rappel et son introduction. Il n'y avait rien d'important pour le moment. A la place il réfléchissait à la marche à suivre. Déjà comment se débarrasser du corps, ensuite comment persuader Kornelia de lui faire confiance ? Pour le cadavre c'était simple. S'il n'avait toujours pas été découvert d'ici la fin du café, il suffirait de le récupérer et de le brûler dans la chaudière avec le reste des preuves. Si cela fonctionnait tout aurait disparu avant le lever du jour. Et dire que c'était la partie la plus simple.

"… En plus de nous éviter une bonne petite indigestion des familles, ou un empoisonnement tant qu'à faire, elle augmente la richesse énergétique des aliments. Par ailleurs, un steak cuit est toujours plus facile à digérer qu'un bon gros tartare. Enfin manger cuit représente un gain de temps énorme ! On estime que manger et digérer cru mène à des repas et une activité digestive qui occupent 42 % du temps quotidien..."

Il tenta de s'intéresser à ce qu'il disait mais ne pouvait écouter que d'une oreille. Que faire pour elle ? Certainement elle avait du se rendre compte qu'il n'était pas en couple avec Erin puisqu'il la traitait aussi mal... aussi mal qu'elle. Effectivement dans ces conditions c'était difficile d'en faire un argument convaincant. Lui faire perdre ses moyens en la touchant ne fonctionnait pas, l'épouvantail en avait fait les frais. Elle ne voulait pas lui adresser la parole non plus, alors ça allait être difficile de la calmer s'ils ne pouvaient avoir aucun contact.

"...réduction de la mâchoire et de la taille des dents mais surtout de de la taille de notre intestin qui passe de 10m chez nos ancêtre pour nous. Ça fait une sacrée différence déjà, vous trouvez pas ? Assez oui ! Mais que faire de toute cette énergie que l'on gagne durant notre développement ou dans la vie de tous les jours ? Certains auteurs proposent qu'elle ait été allouée au développement de notre cerveau, mais aussi à la culture ..."

Pourtant il ne pouvait pas se permettre de laisser les choses en plan, ou même d'attendre pour aller la voir. D'expérience il ne fallait pas laisser une personne instable s'imaginer des choses. Elle ne ferait que ressasser obsessivement tout cela jusqu'à ce qu'elle explose. Après si elle voulait tuer Erin il n'avait pas de problème avec ça, mais l'enquête de la police ne lui faisait pas très envie. Il se pencha en avant, comme s'il était fasciné par ce qu'il entendait, mais en vérité il regardait Kornelia, qui semblait toujours aussi peu émotive. Si elle pouvait au moins avoir la décence d'exprimer …

"Jonathan ?"

Il sursauta un peu, sentant Pigeon poser une main sur son épaule en lui lançant un regard grave. Soudainement très embarrassé d'être prit sur le fait il allait se répandre en excuses mais il l'arrêta avec un sourire à la fois blasé et amusé.

"Vous comprendrez dans vingt ans."

Comprendre quoi ?

"Dîtes mon petit," chuchota-t-il en se retournant vers la brune "mon petit, Kornelia c'est cela ? Vous voulez bien échanger avec moi je voudrais dire des cochonneries à Betka. Je plaisante, je plaisante... Mais échangeons donc au cas où."

Et c'est ainsi que la pauvre Kornelia se retrouva juste à côté de Crane, les deux ne comprenant que trop tard qu'ils s'étaient fait avoir en beauté par deux joueurs avec beaucoup plus d'expérience en la matière. Il aurait bien du se rendre compte que la répartition des sièges était étrange. Et pourtant il venait de se faire avoir par une paire de vieux excentriques. A ce point là de la soirée il s'attendait à tout. Des extraterrestres. Un chevalier en armure qui sortirait de nul part pour tuer le conférencier au milieu de son discours comme dans Sacré Saint Graal. Entendre la macarena ... Il se massa soudainement les tempes, l'épouvantail ayant prit cette dernière pour une suggestion.

De son côté la brune regardait l'arrière de la tête en face d'elle comme si celle ci avait assassiné toute une portée de bébés lapins tout mignons sous ses yeux. Ça s'annonçait assez mal. De l'autre côté, Pigeon leva son pouce en le regardant. Ah, il était drôle. Il aimerait bien l'y voir, à être obligé de draguer une malade mentale s'il tenait à sa vie. Jonathan poussa un profond soupir et écarta mentalement toutes les tactiques de l'épouvantail. Il se pencha vers son oreille et murmura avec agacement.

"C'est juste ma collègue."

"D'accord." Répondit-elle en s'écartant un peu.

"Bon sang ce que tu peux être insupportable."

Il passa son bras autour de ses épaules pour la garder à ses côtés et cette fois elle se retourna en sifflant comme un serpent.

"Tu tiens vraiment-"

"Décapites la si ça t'amuse mais laisse moi écouter."

Elle le regarda en plissant les yeux pendant quelques secondes tandis que lui s'était déjà retourné vers le maître de conférence et l'artiste, qui dessinait maintenant une personne utilisant du blé comme masque hydratant. Il finit par sentir sa tête se poser contre son épaule. C'était donc si simple que ça ? Ah, s'il avait su...

"Andouille."

A part pour un coup de coude dans ses côtes, elle se passa de commentaires.


La voiture de Jonathan roulait doucement, sans être ralentie par le trafic. Il n'y avait pratiquement personne dehors. C'était cette heure charnière ou les gens travaillant de nuit étaient déjà rentrés se coucher alors que les autres n'étaient pas encore réveillés. Bercée par la voix de Frank Sinatra à la radio, Kornelia dormait paisiblement sur le siège passager. Une fois l'adrénaline retombée, elle avait eut du mal à rester éveillée pendant le reste de la séance. Au final, elle s'était assoupie vers quatre heure du matin sur un canapé quand ils avaient visité le musée après la séance. Il en avait profité pour s'excuser auprès de Pigeon, prétextant qu'il devait la ramener à la maison. Elle s'était laissée traîner jusqu'à la voiture sans trop protester et s'était rendormie en moins de deux.

Quand à Erin, elle était partie sans un mot juste à la fin de la séance. En le voyant hausser les sourcils, le vieux professeur lui répéta qu'il comprendrait dans vingt ans. Il comprenait déjà assez bien maintenant. Elle était furieuse et ne lui adresserait plus la parole pendant un temps indéterminé. Plus jamais peut être ? Si seulement. Sur ce front là, les bêtises de l'épouvantail avaient été réparées. Mais la seule vue d'une voiture de police garée à l'entrée du campus et de l'éclat des gyrophares au loin lui indiquait que c'était bien trop tard de ce côté ci. Le corps avait été découvert. Ils trouveraient forcément ses empreintes quelque part, ou même seulement une goutte de sueur à partir de laquelle ils pourraient extraire son ADN. Serrant le volant, il s'engagea sur une nouvelle rue, loin de la scène de crime. Tout ce qu'il pouvait faire à présent, c'était espérer que personne ne le rattache jamais à ce meurtre. Qui sait, il y avait dans cette ville des milliers de meurtres, de viols, de kidnappings et d'agressions qui restaient à jamais sans réponse. Mais à part cela que pouvait il faire ? N'y avait il pas une autre issue ? Un autre moyen …

Ses canines brillèrent à la lumière vacillante des feux tricolores, illuminant son visage d'un masque de lupus rendant le regard qu'il lançait à la femme endormie plus sinistre encore.

Il avait un nouveau plan.

Maintenant s'il pouvait juste se sortir la macarena de la tête...


OUI. OUI JE PEUX POSTER A L'HEURE. Encore un chapitre écrit à grande vitesse grâce au NaNoWriMo et à son merveilleux boost de productivité ! Rendez vous le 10 Mars pour le plan diabolique de Crane. Tout le texte pour le café des sciences provient de notes prises pendant le véritable événement et ne sont donc pas tout à fait de moi. Merci à Cheshire et Artemis pour leur review sur le dernier chapitre !

Artemis: T'inquiètes pas pour Kornelia on va beaucoup la voir dans les prochains chapitres vu qu'il sne vont plus trop se quitter. Et je suis contente que tu l'aime bien ! J'avoue que j'ai eut un peu de mal pour lui et au final je me suis inspirée de Secrets of Scary People de J-Horror-Fan et de la version que ScaryScarecrows utilise tout le temps. Merci pour ton soutient continu ^^ !

Cheshire : Ben honnêtement moi non plus je le vois pas trop comme ayant un genre de 'double', quand je l'incarne en RP ou quand j'écris sur lui en dehors de la version de Nolan, pour moi il est Bipolaire. Cela dit dans les films de Nolan c'est précisé dans les Bonus que Crane et Scarecrow sont bien deux personnalités différentes, d'où le 'le Dr Crane n'est pas là pour le moment' et le fait qu'il différencie les deux ' Not Crane only SCARECROW' (dans la scène où il gaze Falcone). C'est pour ça que la majorité des fics dans la section Film Batman le montrent comme ayant une deuxième personnalité. Dans les comics en revanche, c'est beaucoup moins utilisé. Les seules trames auxquelles je peux penser c'est Silence/Hush, où il suffit de lui retirer son masque pour qu'il abandonne le combat, et une vieille BD des Aventures de Batman, avec des histoires qui appartenaient au canon de la série animée, mais faites en comics. Dans celle là c'est beaucoup plus évident, le masque parle et le force à revenir au crime alors que lui veut sincèrement guérir. C'est pas ma version préférée, mais comme c'est celle du film je me suis adaptée. Et nous sommes tout à fait d'accord sur l'obsession des sacs à patates. Le sens du style de cet homme, mon Dieu, on devrait lui envoyer Cristina Cordoula. Merci pour ta review :D !

-Oui, les profs de fac en meute c'est comme ça. C'est encore plus shtarbé qu'en cours. Vous êtes prévenus. (D'ailleurs les personnages de Betka et Pigeon sont partis totalement en live. La fin était pas prévue comme ça. Même moi je les contrôlais plus).

- On apprend le russe dès le collège en Pologne et le Français ou l'anglais au lycée, d'où le fait que Kornelia parle russe et anglais.

- La bise, c'est aussi le nom d'un vent polaire. Jeu de mot pourri.

-Pigeon est inspiré de plusieurs profs de fac que j'ai pu avoir, c'est pour ça que ses méthodes de cours doivent rappeler des choses à ceux qui ont pu traîner sur les bancs de la faculté. Et les arguments de Crane, c'est moi qui me fait avocat du diable avec mes cours de didactique (future prof de français bonjour!).

-Petite référence au Pingouin d'Arkham City en passant...

- J'adore meubler l'histoire de Gotham. J'adore. La ville en elle même est tellement travaillée, c'est un délice de toujours rajouter des petits détails ici et là pour recréer un monde à part entière. Je peux pas m'en empêcher.

- Je pense qu'on connaît tous des exemples d'amoureux de romans tels que les décrit Crane. Et ne blâmez pas Twilight, ce cliché a été popularisé dans le cadre de la romance par les sœurs Brönte mais celui qui l'a crée c'est WILLIAM PUTAIN DE SHAKESPEARE. Ouaip. Hamlet était le tout premier personnage de ce genre. C'est à ça qu'on voit qu'un truc révolutionnaire à une époque peut devenir un cliché insupportable s'il est : A- mal utilisé, B- trop utilisé et C- les deux à la fois.