Ilian
Depuis quelques jours maintenant, le soleil frappait quotidiennement depuis le grand ciel bleu du Sud. Après avoir passé les Îles de Fer, les navigateurs avaient dû veiller à passer près des Westerlands, la région dont les Lannister étaient Gouverneurs, sans prendre de risque. Mais le fait qu'il n'y ait pas de bannières attachée à leur navire avait aidé à passer inaperçu, ou du moins suffisamment pour ne pas donner envie à la flotte Lannister de s'en prendre à eux. Ils avaient aperçu à l'horizon Crakenhall, la ville la plus au Sud des Westerlands, où le climat commençait déjà à être bien plus agréable qu'au Nord. Puis ils avaient longé le Reach, région des Martell. Une famille très pacifique et ô combien riche. Enfin, arrivé à l'extrême Sud, ils atteignirent les côtes de Dorne. Dorne… Ilian en rêvait parfois. Cette région prenait quasiment toutes les côtes Sud de Westeros, le Reach en gardait jalousement un cinquième tout au plus. La bannière de la famille Martell représentait un grand soleil rouge transpercé d'une lance dorée. Leur région était un immense désert sur lequel étaient construits forts et cités, il y faisait toujours plein soleil et Doran Martell, le Gouverneur de Dorne, était bien connu pour sa capacité à rester incroyablement pacifique. Trop, diraient certains, certaines. Mais en attendant, les Dorniens prospéraient et leurs armées habituées aux terrains sableux seraient évidemment prêtes en cas de guerre. Salt Shore, Lemonwood, et enfin Sunspear ! Toutes ces incroyables cités qui semblaient se nourrir du soleil brûlant avaient défilé sous leurs yeux durant le voyage. Ils avaient même croisé quelques navires Dorniens, des voiles des Martell, évidemment des navires marchands de Braavos… Ilian ne cessait de s'émerveiller à chacune de ses nouvelles découvertes qui apparaissaient comme des miracles de la vie. Enfin, avant d'atteindre les côtes tant désirées de Myr, ils passèrent près de l'île sur laquelle se tenait Tyrosh. Ces petites cités libres de Essos avaient un passé relativement sanglant, certains avaient tenté une conquête d'Essos sans succès, cela s'était soldé par des morts par milliers… bref, aujourd'hui chacune avait son gouvernement et les choses allaient pour le mieux… ou presque, si on oubliait l'esclavage ainsi que le fait que les dirigeants étaient les plus fortunés de la cité.
- Nous y voilà monseigneur, avait dit le capitaine du navire. Nous devons rester à terre quelques jours le temps de négocier avec les marchands locaux. Si vous souhaitez refaire voyage à nos côtés, ce sera un honneur.
- Merci, avait alors répondu Ilian avec un sourire, mais je pense que je vais rester ici un moment, je me débrouillerai pour rentrer.
Les cinq hommes qui accompagnaient Ilian ainsi que Gildric s'étaient donc séparé du navire pour prendre la direction d'une auberge.
- Vous resterez bien ce soir et cette nuit avec nous avant de reprendre la route, proposa Ilian à l'ancien soldat.
Ilian lu de l'hésitation dans les yeux de l'homme mais celui-ci finit par accepter. Il avait lui aussi une monture qui serait probablement satisfaite de passer une nuit sans être secoué par les vagues. Ilian lui-même avait, ces derniers jours, rêvé de pouvoir dormir dans un lit digne de ce nom. Il aimait voyager, mais la mer n'était pas son milieu de prédilection. Ils payèrent leur chambre, Gildric avec le peu de monnaie qu'il avait -sa bourse prenait d'ailleurs une légèreté inquiétante- puis ils s'en allèrent dans les rues de Myr, afin de visiter le coin et, qui sait, peut-être tomber sur un taverne particulièrement attirante. Ils croisèrent des personnes qui étaient clairement de catégories différentes, les esclaves se démarquant des maîtres, ces derniers plus ou moins richement vêtus. Les esclaves portaient des vêtements souvent peu valorisants, un collier de cuir qui leur rappelait leur situation et ils avaient cette tendance à garder les yeux baissés en permanence. Ilian n'était pas à l'aise avec cette coutume, ces pratiques des villes d'Essos, mais que pouvait-il faire ? Enfin, il y avait ces soldats vêtus d'armures grises ténébreuses, de lancer et de boucliers ronds. Leur regard noir, sévère et imperturbable montrait à quel point leur mental avait été entraîné. Ils étaient appelés les Immaculés. Malgré leur force et leurs compétences en combat, ils étaient eux aussi des esclaves. Arrachés tous petits à leur famille -quand ils en avaient encore- on faisait d'eux des eunuques et les mettions face à toutes sortes d'épreuves pour les faire évoluer. Leur parcours était difficile et plein de douleur, beaucoup succombaient et comme disaient les maîtres, il était préférable qu'ils meurent plutôt qu'ils soient des incapables. Avec cette façon de penser, ils pouvaient être sûrs que les guerriers qui marchaient derrière eux étaient dotés de capacités vraiment importantes. On racontait qu'ils ne connaissaient pas la peur, qu'ils ne connaissaient pas la douleur, qu'ils ne connaissaient pas les sentiments. Ils ne connaissaient que l'obéissance à leur maître. Cet aspect « machine » avait toujours terrifié Ilian. Lorsqu'il était venu à Essos la première fois, il avait même, une nuit, décidé de fuir en courant devant la dizaine d'Immaculés qui traversaient la rue. Ils n'avaient rien contre lui, tout juste s'ils l'avaient vu, mais leur ombre mécanique avait rappelé à Ilian à quel point lui-même était médiocre épéiste.
- Placez un seigneur de chez nous à la tête d'une armée d'Immaculés, souffla Gildric à l'oreille de Ilian, et vous verrez qu'il aura aussitôt fait de reconquérir le pays.
Gildric exagérait très certainement, mais il était vrai que si tous les Immaculés du continent venaient à se rassembler, ils pourraient sans problèmes reconquérir chaque cité d'Essos et mettre fin à l'esclavage. Seulement ils ne pensaient pas comme ça, ils n'avaient pas été créés de façon à imaginer de tels stratagèmes. Et aucun maître n'aurait suffisamment d'ambition et d'argent pour se permettre de s'acheter autant de soldats. Ilian était en pleine imagination de ce que donnerait une armée d'Immaculés quand il se rendit compte qu'une rue était bloquée par la foule.
- Que se passe-t-il ? Demanda la jeune Bowliser à l'un de ses hommes.
- Aucune idée, je crois que quelqu'un est en train de parler devant, il bloque tout.
Ilian n'était pas suffisamment grand pour voir par-dessus toutes ces têtes mais Gildric se chargea de se mettre sur la pointe des pieds pour lui. Quelqu'un parlait fort tout devant, d'une voix calme, posée et aux sonorités religieuses. Était-ce encore l'un de ces prêcheurs de bonne foie venu faire la propagande des sept ou des anciens dieux ? Qu'il s'agisse des premiers ou des seconds, Ilian n'avait jamais cru à ces sornettes. Combien de fois avait-il demandé à voir un dragon ? Combien de fois avait-il demandé à ce que Tristan l'invite à chasser avec lui ? Combien de fois avait-il demandé à ce qu'il devienne lui aussi un chef respecté ? Mais jamais rien, il n'était que le dernier fils de la famille devant faire le gentil sans rien attendre en retour. Tristan lui était maintenant le seigneur de la Pointe du Dragon. Elia deviendra la « Lady » d'une famille quelconque et serait respectée, sa beauté vénérée. Lui épouserait la dernière fille d'une petite famille peut-être, avec de la chance… non il ne voulait pas de tout cela, ce n'était pas lui.
- C'est une femme, dit Gildric en continuant d'agiter sa tête pour chercher un meilleur angle de vu, elle parle à tout le monde.
Bien décidé à en savoir plus, Ilian commença à jouer des coudes pour se frayer un chemin, soulevant quelques protestations. Plus il approchait, plus la voix devenait claire.
- …flammes ! Vous trouverez vos réponses, chacun de vous ! Car le Maître de la Lumière a des projet pour chaque individu.
Le « Maître de la Lumière »… Ilian en avait déjà rapidement entendu parler à Bowtown, des gens qui disaient avoir croisé sur la route une femme qui prétendait avoir vu la guerre dans les flammes… C'était un peu avant que Robb Stark ne se lance en guerre contre les Lannister ceci étant dit. Peut-être avait-elle eu raison ? Mais Ilian n'y croyait pas, des guerres il y en avait toujours, et si ça n'avait été celle-ci, il y en aurait eu une autre de toute évidence.
- Le Maître m'a montré que des changements allaient sous peu bousculer notre monde, que les puissants seraient renversés, que les kraken régneraient et que les dragons reviendraient.
Ilian ne pu s'empêcher de tourner la tête vers Gildric en entendant la référence aux dragons. Avait-il entendu ? Croyait-il d'ailleurs à ces bobards de rue ? Ce « Maître de la Lumière » n'avait rien de plus que les anciens ou les nouveaux dieux, il était peut-être même encore moins crédible, ayant moins de croyants à parler de lui et prêcher la bonne parole en son nom. Ilian se demandait d'ailleurs comment faisaient ces gens qui passaient leurs journées à vanter des divinités invisibles pour vivre convenablement.
- Implorez le Maître tant que vous le pouvez ! Demandez-lui de vous guider, car la nuit est sombre et pleine de terreurs.
À Force d'avancer, Ilian arriva dans les premiers rangs et aperçu nettement la femme qui parlait. Elle avait des cheveux noir de cendre et des yeux tout aussi sombres, son teint mat associé à ses lèvres d'un rouge de sang lui donnait un charme certains. La femme était vêtue d'une longue tunique elle aussi noire qui portait cependant deux fines bandes rouges sur les côtés. Sur ses avants bras découverts étaient attachés de grands bracelets eux aussi rouges, presque lumineux, comme si des flammes y étaient enfermées. Ilian resta un moment subjugué par cette femme qui s'exprimait avec une détermination rarement observée. Il comprenait que les gens soient resté devant elle ainsi, elle dégageait quelque chose de puissant, comme si chaque mot qu'elle prononçait avait une conséquence sur le monde.
Puis, alors qu'il la regardait dans les yeux, le regard de la jeune femme tomba dans le sien, il se senti alors pétrifié, puis comme s'il tombait dans le vide. Il avait l'impression que son âme était aspirée dans le regard de cette femme. Alors, un court instant, il entendit des cris raisonner au loin, plus réels que jamais, et pourtant il avait conscience qu'autour de lui, personne n'y prêtait attention. Alors il vit, dans l'encre du regard qui le subjuguait tant, une épée s'abaisser sur la nuque d'une personne.
- Monseigneur !
Ilian fut tiré de ses pensées et il s'aperçut que la femme était déjà en train de parler de nouveau à l'assemblée, ne passant pas même une fraction de seconde le regard sur lui. Il se retourna vers le soldat qui venait de l'appeler.
- Que faisons-nous ? Demanda-t-il.
- Nous allons les contourner, dit Ilian en se retournant.
Il avait l'impression qu'il venait de se réveiller d'un mauvais rêve. Avait-il rêvé ? Après tout il n'avait pas beaucoup mangé depuis la veille, passer dans une taverne ne ferait de mal à personne. S'éloignant de la petite foule, ils empruntèrent une rue parallèle pour trouver refuge dans un petit bâtiment de pierres blanches d'où sortaient de doux fumets. Ils commandèrent du vin, du pain et la meilleure viande disponibles - « Z'allez pas le regretter ! » cria l'homme en s'éloignant de leur table- avant qu'Ilian ne commence à se sentir mieux.
- Vous vous rendez toujours à Qarth ? Demanda Ilian à Gildric alors que leurs commandes étaient servies.
- Pour le moment, répondit Gildric en souriant à la serveuse qui lui lança un clin d'œil.
- Pour le moment ? S'étonna Ilian.
- C'est là que je veux aller, que je dois aller. Mais ça pourrait changer en cours de route. Vous savez, je mettrait certainement plusieurs jours, peut-être une semaine à atteindre la cité.
Alors que Westeros s'étendait de Nord en Sud, Essos au contraire s'étendait surtout de l'Ouest à l'Est. Et si Ilian et sa bande avaient accosté à Myr, à l'Ouest de Essos, Qarth se trouvait à l'opposé, il s'agissait de l'une des cités les plus à l'Est du continent.
- Et que vas-tu faire là-bas ?
- Je ne sais pas encore, ce que je peux j'imagine.
Gildric restait bien mystérieux sur ses objectifs. Il n'était pas si vieux que ça et s'il avait simplement voulu visiter le pays, il serait passé par Braavos, Pentos, sans oublier Volantis, le tout avant d'aller vers l'Est. Est-ce que cela avait un rapport avec le bouclier découvert au début du voyage ? Ilian avait gardé sa découverte pour lui, mais de plus en plus la question le tiraillait : Qu'est-ce que cet homme avait vraiment en tête ?
- Allez vous m'accompagner ? Demanda Gildric en lançant un petit regard rapide à la serveuse qui le dévisageait depuis le comptoir. Je vais devoir passer au Sud de la Mer Dothrak, alors si je peux avoir quelques épées à mes côtés, ce ne sera pas de trop.
La Mer Dothrak, contrairement à ce que l'on pouvait penser, n'avait rien d'aquatique. Les cités de Essos s'étaient surtout formées sur les côtes puisque, la grande partie du centre du continent était peuplée de Khalasar. Les Khalasar étaient des tribus de Dothrakis. Les Dothrakis étaient quant à eux des Hommes relativement barbares et sauvages, du moins était-ce la façon dont ils étaient vus à Westeros. Ils adoraient les chevaux, ils les mangeaient, certes, mais ils avaient des croyances et des divinités qui tournaient autour des étalons, des chevaux. Le Khal d'un Khalasar était le chef, celui qui les dirigeait. À ses côtés se tenaient les sang-coureurs, quelques Dothrakis considérés comme des frères de sang par le Khal, ainsi que la Khaleesi. Cette dernière était l'équivalent d'une reine. Les rumeurs racontaient que Daenerys Targaryen avait été enlevée par un Khalasar et Ilian n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle était devenue. Dans tous les cas, même si marcher sur les routes au Sud de la mer Dothrak était en théorie plus sécurisé que de traverser directement les plaines arides, il y avait toujours des risques de tomber sur quelques Dothrakis énervés ou des brigands motivés par l'appât du gain.
- Je n'ai pas prévu grand-chose pour le moment, répondit Ilian, mais je ne sais pas si un tel voyage serait raisonnable. Je dois y réfléchir.
Gildric eut un énorme sourire en direction de la serveuse qui regardait le sol avec une gêne évidente. Le patron de la taverne s'approcha d'elle, lui attrapa le bras et lui prononça quelques mots à l'oreille avant de s'éloigner.
- Comme vous préférez monseigneur, sachez que je partirai demain à l'aube. Pardonnez moi mais… je n'ai plus très faim.
Il leur lança un sourire gêné puis se leva pour partir en direction de la femme avec qui il échangeait regards des sourires depuis leur arrivée. Au moins Gildric avait l'air plus en forme depuis qu'ils étaient à Myr. Quoiqu'il venait chercher, cette avancée lui donnait le sourire. Ilian lança un regard à ses hommes qui étaient en train de rire sans retenue, la carafe de vin déjà bien entamée. Il soupira avant de prendre sa propre coupe et d'en boire une gorgée. Ce vin d'Essos lui avait terriblement manqué, Ilian le trouvait bien meilleur que celui de son continent. Maintenant qu'il avait atteint Myr, il se demandait ce qu'il allait bien pouvoir faire. Il savait que même si sa famille n'avait rien dit, au fond ils espéraient que Ilian ramène réellement du renfort ou de l'argent. Il savait que son père avait été tué au combat, il avait aussi entendu dire que les fer-nés avaient accosté récemment, peu après son départ de Bowtown. Les Bowliser étaient-ils toujours de ce monde ? Ilian n'en savait rien mais il l'espérait de tout cœur. À vrai dire il avait confiance en son frère, sa sœur et même chacun des membres du conseil restreint, en Dolly aussi. Ils prendraient les meilleures décisions pour que leur famille s'en sorte. Mais lui aussi devait agir. Si la guerre se propageait dans tout le pays, il ne pouvait simplement s'amuser à voyager pour le plaisir. Il avait donc plusieurs options. Tout d'abord, il pouvait se contenter de rester ici. Avec les paris et sa ruse, il pourrait toujours tenter de gagner un maximum… ou de perdre le peu qu'il avait. Mais cette option était celle qui semblait la plus prometteuse malgré tout, il pourrait à la fois gagner des hommes et de l'argent. En petite quantité certes mais au moins il y en aurait. Ou alors il pouvait se diriger vers Braavos, au Nord. Il passerait par Pentos et, une fois arrivé dans la grande cité au Nord de Essos, il aurait accès à la Banque de Fer. Serait-il suffisamment imposant pour demander un prêt, voir une armée à la Banque de Fer ? Rien de bien sûr, mais s'il y parvenait, ce serait alors une énorme avancée pour les Bowliser. Enfin, les derniers mots de Mestre Saemon qui mentionnaient des dragons ainsi que le symbole du bouclier de Gildric lui revinrent en tête. Et si suivre Gildric le conduisait aux meilleurs alliés que sa famille n'ai jamais connue : les dragons. Ilian savait que croire à de telles histoires était farfelu, mais il voulait pourtant se dire que cela était vrai. Et puis si Gildric se donnait tant de mal pour rejoindre l'Est, c'était pour une bonne raison non ? Bref, choisir de suivre Gildric était probablement la moins sûre de toutes les décisions, mais en cas de bons résultats, elle deviendrait tout de suite la meilleure.
Avalant une nouvelle gorgée, Ilian s'adossa au mur derrière lui. C'était le moment de faire les paris…
Quelle décision doit prendre Ilian ?
1) Miser sur Myr
2) Miser sur Braavos
3) Miser sur les dragons (voté)
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