A la suite de la Saint-Valentin, dans la tradition japonaise, j'offre à mon tour un petit texte-cadeau de moins de 500 mots.

Ariane, merci pour ton cadeau ! Je te souhaite la bienvenue dans le fandom :-)


« Je veux que vous refassiez mon nez. »

Erik lève le regard du dossier pré-rempli de l'homme assis en face de lui. C'est la première fois qu'il vient en consultation, et ça Erik n'a pas besoin de vérifier dans ses fichiers pour le savoir.

Il se serait souvenu d'un visage pareil.

Il a beau voir défiler des centaines de patients dans sa clinique privée, il sait qu'il n'a jamais été frappé d'une telle beauté.

« Excusez-moi, Monsieur Xavier, mais je dois vous demander ce qui vous motive à subir une opération de chirurgie plastique ? »

L'homme, les épaules et le menton bas, les cheveux atteignant ses clavicules, des cernes allant presque aussi loin, lève le regard pour le fixer droit dans les yeux.

« Parce qu'il est horrible. Cela ne suffit pas ? » Sa main s'agite de haut en bas à côté de son visage, comme pour prouver qu'il a raison.

Erik se mord l'intérieur de la joue. Cela ne le regarde clairement pas, et il n'est là que pour donner son avis éclairé et impartial sur la faisabilité de l'opération, non pas pour juger ses patients.

Pourtant, l'envie le démange, le brûle, l'écartèle, de dire à cet inconnu à quel point lui, le spécialiste de la beauté modelée et à la mode, le trouve sublime, qu'importe si son nez est plus large que la moyenne, qu'importe si ses mèches châtains sont sales ou que le noir sous ses yeux le vieillit bien plus que ce qu'il n'est réellement.

Il caresse son palais de la langue, retrace la face interne de chacune de ses dents, fait tout pour ne pas laisser les mots dévaler de sa bouche en un flot incontrôlé et si peu professionnel.

Les sourcils de l'homme se froncent soudainement, et Erik ne sait pas comment l'interpréter, mais il n'a pas besoin d'attendre longtemps pour savoir ce qui le contrarie.

« J'apprécie votre professionnalisme, mais pourriez-vous penser un peu moins fort, s'il vous plaît ? On dirait que vous maniez un marteau piqueur et non pas un scalpel… »

Pris de court, Erik bafouille des excuses, et le pendule de Newton sur le coin de son bureau cesse brutalement de bouger.

Lorsqu'il ose à nouveau regarder son patient, celui-ci a les joues rosies.

« Vous me trouvez vraiment beau ? » demande-t-il.

Erik ne dit rien parce qu'il ne veut pas s'enfoncer davantage, mais il pense très précisément à l'esthétique de ce visage aux yeux si bleus et aux lèvres si rouges, aux tâches de rousseur qui le parsèment comme une constellation, et cela suffit à en tirer un jeune sourire, prêt à éclore.

Celui-ci se fait plus franc lorsque l'homme lui demande, « Si je ne donne pas suite à ce rendez-vous, je ne serai pas votre patient ? »

Erik, surpris, lui répond par la négative.

« Alors peut-être pourrez-vous m'en dire plus sur ce que vous pensez de mon visage ? Disons, autour d'un verre ? »