Avec Toi

Dixième partie

Lorsque Lenalee et Lavi commencèrent à réfléchir à leur situation, ils se sentirent mal.

Première raison : ils se trouvaient dans un endroit totalement inconnu. Une ville, immense à en juger par leur éloignement du clocher, centre de toute bonne ville bien carrée et bien réelle. Mais cet endroit était-il seulement réel ? Il semblait bien trop flamboyant, neuf et calme… Les rues étaient vides, les lieux ne semblaient pas habités. Et pourtant, tout était si propre, comme si les habitants étaient partis la veille, laissant tout dans l'état, la construction à peine terminée. Seul le bruit des fontaines parvenait à briser le silence berçant les lieux. Les trois adolescents formaient à eux seuls l'unique entité vivante de cet espace, espace clos, isolé du reste du monde, monde créé à l'image de son créateur…

Deuxième raison, Allen n'était pas dans son état normal. Sa peau, d'habitude si pâle, était désormais grise. Le jeune homme, sous sa forme de Noé, ne cessait de se promener pensivement dans la ville blanche, s'arrêtant parfois devant une porte, puis secouant négligemment la tête. Il continuait son chemin, sautillant. Il transpirait de bonne humeur. Néanmoins, pas une fois il ne répondit à ses amis, lorsque ceux-ci tentèrent de le questionner. Une douce mélodie s'échappait de temps à autre de ses lèvres, annihilant tout autre bruit que pouvaient faire Lenalee et Lavi. Le bruit des fontaines elles-mêmes semblait disparaitre, se fondre dans un néant absolu.

Dans cet espace imaginaire à l'image du Quatorzième, seule existait la musique. Tout le reste n'était que pâle reflet d'un rêve illusoire d'enfant.

Finalement, Allen cessa de chanter. Il s'approcha d'une porte, posa une main dessus, la caressa doucement. Puis il l'ouvrit et quitta le champ de vision de ses amis, qui s'empressèrent de le rattraper.

Alors la lumière s'éteignit, un enfant se réveillant, le souvenir d'une magnifique berceuse en mémoire.

L'Arche n'existait que pour le bien son maître.

L'Arche était une mélodie composée par un rêveur solitaire.


Kanda se releva, la main toujours appuyée sur le nez. Il s'avança, prenant la tête du groupe. Tout était bien calculé. Dans cette position, ni les humains ni ses serviteurs n'étaient en mesure de remarquer la situation fâcheuse du prince vampire. Seuls les Noé pouvaient le voir, mais cela n'avait aucune importance : après tout, cette bande de rats rampant rejoindrait bientôt le reste de ses ennemis, six pieds sous terre.

Shéryl et Fiddler regardaient la petite bande en souriant. Lorsqu'ils avaient aperçu leur jeune « frère » sortir de l'hôtel accompagné de ses amis, ils avaient tout d'abord pensé lui sauter dessus et se débarrasser des humains. Mais Tryde leur avait interdit de bouger. Ils étaient donc restés cachés, à observer. Puis les vampires avaient débarqué. Ils avaient rapidement rattrapé le Musicien et ses quatre compagnons, les plaquant pour la plupart au sol, dans la neige. Le chef des vampires s'était saisi du jeune Noé, lui interdisant le moindre mouvement. Le vampire l'avait alors menacé. Cela n'avait pas de tout plu à Tryde, qui avait tenté de foncer sur lui, une folle lueur de haine dans les yeux. Les rôles s'étaient inversés : c'était cette fois Shéryl et Fiddler qui le retenaient. Les trois Noé étaient restés sur leurs positions : attaquer sur l'instant n'aurait servi à rien, Allen était bien trop proche des vampires. Il leur avait donc fallu observer en silence leur petit frère être martyrisé par ces monstres. A leur grand étonnement, celui-ci avait répondu à son geôlier, et même reprit son apparence originelle. Alors que ses lèvres se rapprochaient dangereusement de celles de Kanda et qu'il caressait brièvement sa joue, les Noé frissonnaient d'horreur. Ils furent on ne peut plus soulagés lorsqu'Allen l'envoya au sol, disparaissant, lui ainsi que deux humains, dans son Arche.

Il n'en n'avait pas fallu plus pour que les Noé sortent au grand jour. Fiddler et Shéryl s'étaient donc avancés.

Ils fixaient à présent le vampire blessé, se moquant de lui.

-Si une petite pichenette a cet effet sur lui, qu'est-ce que ça sera quand quelqu'un de sérieux s'attaquera à lui ! rigola Fiddler.

Le vampire leur lança un regard noir, qui aurait fait trembler n'importe qui de normalement constitué. Mais pas les Noé. Kanda dégaina lentement son sabre, savourant le bruit de la lame révélée aux ennemis. Ceux-ci ne purent que s'échanger des clins d'œil. Et ils parièrent.

-Cinq jours de corvée qu'il le touche.

-Parie tenu. A toi de jouer, Tryde !

Au moment même où les paroles de Shéryl retentissaient, une voix chuchota à l'oreille de Kanda :

-Tu es mort, vampire.

Avant qu'Alma, qui était le plus proche, puisse réagir, le sang teinta la neige immaculée.


Wisely redressa subitement la tête. Un sourire narquois arqua ses lèvres. Il se redressa, s'étira tel un félin sortant de sa sieste, et s'avança au centre de la pièce, de façon à ce que sa famille le voit bien.

-Et est-ce que je vous ai raconté celle du…

-Sans aucun doute, soupira Tyki.

Les autres acquiescèrent. Le comte fut le seul à sourire. Il commençait à comprendre.

-Je suis certain que nous ne la connaissons pas.

Lulubell et Road se tournèrent vers lui, surprises. Tyki se contenta d'ouvrir un paquet de cigarettes, et sortit de la pièce, les yeux brillants.

-C'est celle d'un jeune garçon trop épris de liberté, au point qu'il n'arrivait plus à distinguer ceux qui lui voulaient du bien de ceux qui lui voulaient du mal. Un jour, il retrouva sa famille, s'échappa, puis finalement revint chercher des réponses…


Allen sentit une douleur vive dans sa poitrine alors qu'il pénétrait de nouveau dans la demeure des Noé. Soudain, il ne tint plus sur ses jambes et s'effondra à terre. Lavi et Lenalee s'empressèrent de le soutenir. Ils l'assirent sur un lit qui se trouvait dans la même pièce. Allen posa la main sur sa poitrine.

-Qu'est-ce que tu as ? souffla Lenalee.

-Je ne sais pas. J'ai du mal à respirer, mon cœur me fait mal…

Lavi alla jeter un coup d'œil dans le couloir adjacent. Les trois adolescents étaient arrivés dans une chambre. Le lit était plutôt grand, et occupait une large place. Il y avait aussi un bureau sur lequel se trouvaient une théière et une tasse de thé froid, et une armoire. Une porte se trouvait en face de celle que Lavi avait ouverte, menant certainement à la salle de bain. La décoration était classique, c'était celle qu'on attendait d'un manoir de la bourgeoisie, voire de la noblesse.

Lavi revint près d'elle et s'accroupit à côté d'Allen.

-Où sommes-nous ? demanda-t-il doucement à son ami.

-La maison des Noé. La chambre dans laquelle ils m'ont…Kidnappé. Enfermé, plutôt.

-Il n'y a personne dans le couloir. On va essayer de sortir chercher Timcanpy dès que tu te sentiras mieux. Tu ne saurais pas où il pourrait être ?

-Non. Tyki me l'a pris, il l'a certainement gardé avec lui.

-A quoi il ressemble ?

-C'est un Noé, donc peau grise. Hum, cheveux bouclés…Je ne me souviens pas trop…Ah, ce que ça fait mal !

-Bon, il nous reste plus qu'à le trouver et à le menacer, dit Lavi.

Lenalee lui lança un regard horrifié.

-Es-tu devenu fou ? Tu veux t'en prendre à un Noé alors que nous avons déjà du mal avec les akumas de niveau trois ? Si les vampires n'avaient pas été là, le niveau quatre nous aurait tous tué, enfin !

-T'as une autre solution, peut-être ? Te teindre la peau en gris et aller les saluer en disant un truc du genre : salut, je suis votre cousin germain du second degré, je cherche un golem doré avec un sale caractère et une capacité à vider une cuisine de deux cent pourcents, vous ne l'auriez pas vu, des fois ?

-On ne peut pas risquer de se faire blesser avec Allen dans cet état !

-Et tu comptes le retrouver comment, le golem ? Tu penses un peu à ce qui nous attend si on se retrouve face à Cross sans Timcanpy ? Tu te dévouerais pour lui expliquer, peut-être ?

Lenalee le regarda un instant.

-Tout ce que je dis, c'est que…

-Ça ne sert à rien, murmura Allen, ils doivent déjà savoir que nous sommes ici.

Ses amis se tournèrent vers lui.

-Pardon ?

-L'un d'eux lit dans les pensées. Il a dû nous sentir arriver…

-Entendre serait plus exacte, fit une voix derrière eux.

Ils se retournèrent derechef, Lavi et Lenalee serrant chacun un bras d'Allen.

Tyki leur sourit aimablement.

-Voudriez-vous une tasse de thé, jeune gens ? Nous venons justement d'en préparer. Ce serait dommage de le laisser refroidir. Encore.


David releva lentement la tête. Les environs étaient calmes. Seuls quelques renards blancs se promenaient dans la neige autour de la maison. En revanche, les volets étaient encore fermés, malgré l'heure avancée. Aucun bruit ne provenait de l'habitation. David haussa les épaules. Cross ne devait pas être un lève tôt.

De l'autre côté de la maison, un buisson bougea. Une touffe blonde, lunettes de soleil sur le visage, s'en découvrit partiellement. Jasdero fit un signe à son frère. D'un commun accord, ils s'avancèrent chacun vers une entrée de la maison, qui en comptait deux. David posa sa tête contre la porte principale. Mieux valait être prudent. Ce n'était pas sa spécialité, mais avec Cross Marian, mieux valait être prêt à affronter le roi du monde démoniaque en personne. Il sortit une aiguille de son pantalon et la planta dans la serrure. Il tenta désespérément de décrocher un cliquetis lui annonçant la réussite de son braquage, mais rien ne vint. En proie à un élan de rage, il donna un violent coup de pied contre la porte, qui s'ouvrit d'un coup, en grinçant.

Ben merde alors, c'était ouvert.

Quelque chose clochait. David le savait. Cross était le roi des coups fourrés, il en avait déjà fait l'expérience. A l'intérieur, tout semblait normal. Le sol était fait de parquet, et les murs recouverts d'un papier peint blanc. David avait horreur du blanc. Ça faisait trop propre. Prudemment, il passa la tête dans l'encadrement de la porte, puis se baissa soudainement et effectua une roulade digne de James Bond qui l'envoya à quelques mètres de l'entrée.

Etonné de sa réussite, il regarda l'endroit auquel il se trouvait quelques secondes plus tôt. Pas de casserole accrochée à un dispositif complexe, pas de fer à repasser suspendu au-dessus du tapis. Etrange. Très étrange.

Décidant d'adopter la technique « je rampe tu me verras pas arriver crétin », il avança péniblement dans le salon. Il se mit finalement à quatre pattes lorsqu'il accrocha son pantalon déjà bien usé à un clou en fer dépassant du sol. Le pauvre vêtement était désormais complètement foutu. Il l'était depuis un bout de temps, remarque, mais là, mieux valait carrément couper ce qui bandouillait de partout. Ça faisait presque cowboy. Beurk.

Toujours en mode « intrus vigilant », il progressa lentement vers le centre de la pièce. A son grand étonnement, un papier trainait par terre, avec marqué un lettres capitales : PLAN SECRET POUR LIBERER ALLEN WALKER ET SE DEBARRASSER DU RESTE.

Sans prendre le temps de réfléchir à ce que le plan secret pouvait bien faire en plein milieu du salon, par terre, dans une maison certaine d'être infiltrée, David se jeta dessus et déplia le papier.

« T'es vraiment un demeuré, le punk » y était écrit. La signature de Cross occupait le reste de l'espace.

-Oh mer…

Avant qu'il ait pu terminer d'exprimer sa pensée fort peu philosophique, une boule de bowling lui atterrit sur la tête par la volonté du saint esprit.

-AAAAH ! P'TAIN CROOOOOOSSSSSSSS ! Prépare-toi à crever !

Au moment où il passait à côté de l'escalier, quelque chose de très, très lourd le plaqua au sol, lui coupant le souffle et l'envoyant au royaume des rêves pour quelques instants.


Le comte sourit aimablement à ses trois invités. Aucun ne répondit à son accueil. Sans que les deux humains ne s'en rendent compte, Wisely s'incrusta au milieu du groupe, attrapa délicatement la main d'Allen et l'aida à s'assoir sur le sofa. Tyki poussa les deux autres sans douceur sur un autre canapé et s'installa à côté du rouquin, tandis que Road prenait place près de la jeune fille.

Lulubell s'occupa de servir le thé et de distribuer les tasses.

-Bien, dit le comte après en avoir bu une gorgée. Je pense que nous devrions avoir une conversation. Tu ne sembles pas avoir compris ta situation, mon cher Allen.

-Vous ne semblez pas avoir compris mon état d'esprit, comte.

Les Noé le fixèrent un instant.

-Sais-tu pourquoi tu as mal à la poitrine ? demanda alors Wisely.

Le Musicien lui lança un regard intéressé.

-C'est un symptôme de ton lien avec Kanda Yu. Tu as bu son sang, n'est-ce pas ? Sinon tu ne serais pas capable de sentir sa douleur. Il a certainement été gravement blessé au cours d'un combat pour que tu la ressentes avec autant d'intensité.

Allen blêmit. Il se sentit vaciller.

-Blessé…?

-Ce vampire ne peut rien t'apporter de bon. Jamais tu ne ressentiras quelque chose d'agréable. Seule la douleur peut être communiquée entre âmes sœurs.

-…Il n'est pas mort ? murmura Allen qui sentait les larmes lui monter aux yeux.

Encore une fois, il avait agi impulsivement. Et encore une fois, c'était Kanda qui en subissait les conséquences. Il n'aurait pas dû l'abandonner de la sorte. Il ne savait pas pourquoi il l'avait frappé, il s'était senti…Ivre. Ivre de puissance. Incontrôlable. La perte de Timcanpy, l'affolement, l'angoisse lui avaient fait perdre les commandes, qu'il avait déjà eu du mal à maîtriser jusque-là. Il avait eu envie de frapper de toutes ses forces, d'évacuer ce trop-plein d'énergie…Et c'était tombé sur son amant. Pas vraiment au bon moment, en plus.

-Non. Sinon, tu serais dans un état bien pire qu'actuellement, crois-moi. Tu ne serais peut-être même pas conscient.

Allen prit le temps de bien digérer l'information. De leur côté, Lenalee et Lavi sentaient la situation devenir de plus en plus dangereuse. Lenalee voyait Allen à moitié redressé, soutenu par le Noé aux cheveux blancs portant un bandeau, qui lui parlait du ton rassurant qu'employait son propre frère, Komui, avec elle. Il le regardait avec bienveillance, lui souriait chaleureusement, et sans que l'adolescent s'en aperçoive, il lui caressait doucement les cheveux, du bout des doigts. Il se comportait comme un grand frère. Cette attitude donnait des frissons à la jeune fille. Il ignorait royalement le reste, et les autres semblaient également focalisés sur leur dernier né. Personne ne leur prêtait la moindre attention. Comme s'ils… vérifiaient quelque chose.

Lenalee jeta un coup d'œil à Lavi. Celui-ci semblait bien plus à l'aise qu'elle. Il sirotait sa tasse de thé tout en analysant les murs, les meubles, les Noé. Le Bookman tentait certainement d'établir un plan d'évasion. Mais comme Allen l'avait fait remarquer plus tôt, cela ne servirait à rien, puisque l'un des Noé lisait dans les pensées. Elle se demanda duquel il pouvait bien s'agir.

Le comte adressa alors la parole à Allen, qui reporta son attention sur le patriarche de la famille. Wisely en profita pour croiser le regard de Lenalee. Il lui tira la langue et lui fit un clin d'œil.


Jasdero observa la maison quelques instants. Tout semblait calme. Trop calme. Cross avait certainement préparé quelque chose. Il espérait juste que, cette fois, ce ne soit pas une bombe. Parce que la dernière fois, ça avait quand même bien pété. Certes lui et David avaient eu le temps de sortir de la maison, mais ils s'étaient tout de même pris un sacré tas de gravats dans la figure.

Jasdero sortit la tête de son buisson. De loin, il aperçut David qui le regardait. Jasdero sortit son revolver, signal du début de l'opération « on va enfin le massacrer ce foutu salaud » et ils chargèrent. Jasdero se dirigea vers la porte de derrière. Il lança un petit caillou dessus. Rien ne se passa. Il tapa soigneusement du pied sur la paillasson. Toujours rien. Enfin, à l'aide d'un sac en plastique (non conducteur pour ceux qui ne comprendraient pas le fonctionnement du dernier piège de Cross), il tourna la poignée. La porte s'ouvrit dans un grincement. Il entendit un bruit sourd provenant de l'autre côté de la maison. David avait encore donné un coup dans la porte. Aucun cri de rage ou de douleur ne suivit. Il décida que tout allait bien pour son frère et continua son infiltration.

Il se trouvait dans une cuisine. Très propre. Carrelage rouge et papier peint jaune avec des fleurs violettes. Très moche, trouva-t-il. Du mauvais goût sans aucun doute. On ne pouvait rien faire contre cela, malheureusement.

Dans un coin, un escalier menait à l'étage. Jasdero grimpa le plus silencieusement (c'est-à-dire en lâchant de temps à autre des « hihi » d'excitation) possible les marches. Arrivé à l'étage, il se retrouva dans un couloir. A l'autre bout, un autre escalier menait au salon. Jasdero ouvrit la première poste à sa droite. Il en resta scotché.

Les murs étaient peints en noir, le sol était noir, les vitres des fenêtres elles-mêmes étaient noires. Au centre de la pièce se trouvait un truc bizarre, en paille. Jasdero s'approcha avec méfiance. Le morceau de paille avait été plié, tordu, attaché avec d'autres fragments de paille. Quatre tiges et une espèce de rond avec des épis…Une tête. Un corps. Une poupée en paille. Jasdero la souleva délicatement…Pour découvrir un couteau de cuisine planté dans son dos, au niveau du cœur.

C'est seulement à ce moment-là qu'il remarqua des traces au sol. Il sortit sa lampe torche et l'approcha.

C'étaient des traces rouges. Un cercle avait été tracé à l'endroit où reposait la poupée. Avec, à l'intérieur, un pentacle. Les contours étaient indistincts, et une forte odeur se dégageait de la peinture. Mais était-ce vraiment de la peinture ? Ça ne sentait pas comme ça…Et les nuances ressemblaient fort à …

Jasdero nota alors qu'il se trouvait à l'intérieur du cercle, sur le pentacle, une poupée vaudou entre les mains. Il mit quelques secondes à capter. Il reposa la poupée, sortit de la pièce, et au cas où un revenant roderait dans le coin, il déposa une barre de chocolat devant la porte.

Puis :

-AAAAH ! P'TAIN CROOOOOOSSSSSSSS ! Prépare-toi à crever !

David avait trouvé Cross !

Fébrilement, il se précipita dans l'escalier menant au salon. Malheureusement pour lui, une balle reposait sur l'une des marches. On se demandait franchement d'où elle pouvait bien sortir et qui avait eu la grande idée de la laisser là. Jasdero effectua un magnifique roulé-boulé à travers l'escalier, rattrapant les bosses disparues quelques jours plus tôt.

Puis, le plus lourdement du monde, il atterrit sur David.

Il attendit quelques secondes, le temps de se remettre de le confrontation escalier vs tête et autres organes sensibles, et souleva une paupière. Il se redressa avec grand peine, et entendit quelque chose craquer. Il tourna le tête vers la source du bruit.

-Oh, merXX ! David, t'es vivant ? Hé, ho ! Tête de crabe !


-Kanda ne veut pas de mal. Il m'aime, dit Allen.

-Nous aussi, nous t'aimons, répliqua le comte. Mais nous ne te ferons pas souffrir, contrairement à lui.

Le jeune homme fronça les sourcils. Ils étaient décidemment bien têtus, ces Noé !

-Tu es encore trop jeune pour t'en rendre compte, mon petit, mais ta place est ici. Tu es l'un des nôtres, e la famille est quelque chose de sacré. Je vais donc te proposer un marché, continua le comte en se tournant pour la première fois depuis le début de la conversation vers Lavi et Lenalee. Nous avons ici deux otages, plus cinq en ville. Si tu acceptes de rester vivre avec nous, nous les laisserons partir la vie sauve. Si tu t'entêtes comme tu l'as fait jusqu'à présent, ils ne seront pas aussi chanceux. Tu vois ce que je veux dire, n'est-ce pas ?

-C'est du chantage ! Vous prétendez vouloir mon bien alors que vous essayez de vous débarrasser de mes amis !

-Lulubell, dit le comte.

La jeune femme se leva avec élégance, se dirigea à pas légers derrière les deux humains. Elle retira l'un de ses gants et plaça une main sur Lavi. Elle enfonça le bout de ses doigts dans son bras, doigts qui semblèrent se ratatiner…Puis former une lame d'acier qui transperça la chaire jusqu'à l'os.

Lavi ne put retenir un cri. Lenalee tenta de lui venir en aide, mais Road l'attrapa par les cheveux et la tira en arrière.

-Arrêtez ! s'exclama Allen. C'est bon, j'ai compris ! Je vais rester ici, alors arrêtez !

-Idiot, balbutia Lavi, affalé sur le sofa désormais recouvert de sang.

Le comte fit un signe à Lulubell qui retira la lame et l'essuya sur le manteau même de sa victime. Elle retrouva alors une main normale, et remit son gant en place.

-Bien, chantonna Wisely. Allen et moi allons régler les derniers détails ! Salut les mioches !

Il emmena Allen dans une autre pièce, le tirant avec force. L'adolescent avait les yeux braqués sur Lavi, qui perdait peu à peu connaissance. Le garçon lui lança un dernier regard. Il semblait vouloir dire quelque chose, mais ses lèvres n'arrivaient plus à bouger. Il leva alors une main vers le jeune Noé, puis celui-ci disparut derrière une porte.


Jasdero ouvrit une porte, du bout de ses ciseaux. Une casserole trônait fièrement sur sa tête. Casque de guerre. On n'était jamais assez prudent. Au bout de la pièce se trouvait un drap de soie rouge, recouvrant quelque chose de carré ou rectangulaire, on ne voyait pas bien à travers les trous. Une ficelle y était accrochée, reliée depuis le plafond au rideau située juste à côté de la porte.

Haha ! Il pensait peut-être que son système était bien caché, le Cross, comme si Jasdero était assez stupide pour tirer sur le rideau et activer son piège ! Mais quel niais ! Son esprit stratégique avait lui aussi pris un gros coup de vieux !

Lentement mais sûrement, il s'avança, sur le bout des pieds.

-AAAH ! CA ME GONFLE ! hurla David.

CRAC !

D'un coup sec, Jasdero reposa brutalement le pied sur le parquet…Qui se fracassa sous le poids. Avant de comprendre ce qui se passait, Jasdero se retrouva les pieds au rez de chaussée et le reste au premier. Il tenta de s'extraire du trou, appuyant sur ses bras, mais ceux-ci s'enfoncèrent également.

-David ! appela-t-il. J'ai besoin d'aide, vite !

-Bordel, mais qu'est-ce que tu…cria-t-il en débarquant dans la pièce tel un viking…

CRAC !

David avait lui aussi traversé le plancher.

-RAAAAAAAAAAA !

D'un geste brusque, il saisit le rideau…

-NON ! s'exclama son frère.

…Et tira vigoureusement.

La couverture de soie s'envola un l'air, tandis qu'une catapulte miniature leur balançait deux œufs à la figure. Ils ne ratèrent pas leur cible, bien au contraire. A côté siégeait un panneau blanc, sur lequel il était écrit :

« On se retrouve chez vous, bande de poulets. Si vous arrivez à sortir, bien sûr. Hasta la vista ! »

-RRRRAAAAAAAAAAAAAAAAAAA ! JE LE ...


Wisely plongea délicatement ses yeux dans ceux d'Allen, qui s'ouvraient doucement.

-Bonjour, Al, dit-il. Comment ça va, ce matin ?

-Hum…J'ai faiiiim. Y a quoi au petit déj ?

-Au diner, plutôt. Tu as dormi toute la journée.

-Ah, vraiment ? Je ne m'en suis même pas rendu compte !

-Tu semblais si fatigué, je n'ai pas osé te réveiller.

-J'ai fait un rêve…Etrange.

-Ah oui ? Racontes moi.

-Il y avait une école, dit-il lentement. Et des vampires…Enfin, j'ai oublié ! Ce n'était qu'un rêve, de toute façon !

Wisely lui sourit et lui tendit une aspirine.

-Ton bras gauche te fait toujours mal, n'est-ce pas ? Prends ça, ça te fera du bien.

FIN DE LA DIXIEME PARTIE