Coucou !
Désolée pour cette absence, mais l'inspiration ne venait pas... j'ai du mal à écrire en ce moment, je ne sais pas pourquoi. J'ai encore l'impression que mon chapitre ne vaut rien, alors je vous laisse juger par vous-même : je crois que, de toute manière, on n'est jamais totalement satisfait de son travail. Rien ne vaut un avis extérieur ! =) J'ai choisi d'aborder le très controversé personnage de Mary, très critiqué, même si je trouve ces reproches injustes. John n'a jamais été marié à Sherlock, donc il était tout à fait normal que Mary intervienne à un moment ou à un autre : Gatiss et Moffat en ont fait un personnage fascinant, et je dois avouer qu'il m'a plu dès les premières minutes. Tout ça pour vous dire que, si vous vous décidez à commenter ce chapitre, je ne tolérerai aucune insulte ni autre preuves d'intelligence du même acabit. J'ai choisi l'objet en référence au trésor d'Agra, même s'il est censé être constitué de pierres précieuses. =)
Enjoy !
Mary Watson tendit une sucette à la fraise à un petit garçon, un sourire rassurant aux lèvres. Elle fut tentée d'essuyer les larmes qui roulaient sur ses joues, mais la mère la devança, un mouchoir à la main. Les yeux noisette de la jeune infirmière tombèrent sur le bras couvert d'un bandage qui dissimulait des points de suture. Une chute d'enfant. Par réflexe, elle posa la main sur son ventre, qui abritait un petit être qu'elle devrait aimer et protéger. Elle retint un rire ironique.
«Merci madame, dit la mère, la sortant de ses pensées.
-De rien. Tu as été très courageux, Jack, répondit Mary, répétant une phrase déjà sortie de sa bouche mille fois. »
Le petit patient sourit, visiblement fier. Il murmura un merci, puis suivit sa mère dans le couloir. Mary soupira, puis se dirigea vers la machine à café, avec un soupir fatigué. Elle sirota la boisson chaude, et grimaça en sentant le sucre envahir sa bouche : elle ne sentait presque pas le goût amer du café. Elle s'assit sur un siège aussi blanc que les murs. Quelques plantes vertes, quelques cadres photos tranchaient avec la monotonie des bâtiments monochromes et aseptisés. De ci, de là, certains avaient accroché des cadres représentant des paysages. Une banalité presque affligeante. Une rupture avec sa vie précédente, enterrée sous une solide agglomération de mensonges. Elle sortit un médaillon d'or orné d'une fleur de lotus, un cadeau de son père.
«Un bijou pour ma petite fleur, avait-il dit. »
La voix grave et douce de son père éveillait la culpabilité en elle : elle n'avait rien d'une fleur. Sa pureté s'était envolée lorsqu'elle avait tiré sur un homme pour la toute première fois, elle n'avait rien de sa grâce innocente, de sa beauté immaculée. Elle n'avait été qu'un prédateur à l'affût de sa proie.
Sa main se crispa sur sa blouse, mais elle se força à garder le contrôle. Une seule erreur, et son plan s'effondrait comme un château de carte, navire de paille battu par les vents et les flots. Mary balaya du regard les patients de la clinique : des hypocondriaques, des bras cassés, des hépatites... comme John, elle les reconnaissait du premier coup. Elle caressa sa main avec la chaîne aux mailles fines, faite pour un cou d'enfant. Mary n'avait jamais osé la changer, elle était ce qui la raccrochait à une vie sans histoires, sans soucis, parsemée de désirs enfantins. Mary aimait se souvenir de cette période auréolée de lumière.
Elle sourit en pensant à son mari, un homme tout en contrastes : d'une douceur impressionnante, il savait se montrer dur quand il le fallait. Sous des apparences ordinaires, se cachaient le soldat et le protecteur de Sherlock Holmes, redouté des criminels. Elle aimait cet homme pétri de principes, dangereux, qui savait s'intégrer dans la société sans tout à fait y être, comme un imposteur qui aurait revêtu une autre identité.
Elle tiqua à cette pensée : elle avait volé l'identité d'une autre pour se sauver, elle s'était offert la vie refusée à cette autre. Mary Morstan, morte à la naissance. Une anonyme, une oubliée. Une mort pour une vie : AGRA avait disparu pour laisser sa chance à Mary, une femme tout à fait ordinaire, aux aspirations ordinaires. Une femme qui rêvait d'une vie rangée, et ne voulait plus courir au hasard des missions, une femme qui avait dit adieu à l'adrénaline pour se lover dans les bras de la monotonie rassurante. AGRA était un assassin au service de la CIA, Mary sauvait des vies, comme pour remplacer toutes celles qu'elle avait volées sans états d'âme. La plupart étaient celles d'ordures sans nom, mais elle avait dû laisser des innocents se faire massacrer pour le bien de sa mission. L'infirmière ne l'aurait pas toléré, mais l'assassin au cœur froid fermait les yeux, et acceptait la fatalité.
Elle fit tourner le liquide à l'aide d'une cuillère en plastique, fascinée par le tourbillon noir qu'elle créait : un abîme de ténèbres, comme ce passé honteux dont elle voulait se débarrasser. Des souvenirs entachés de vermeil, tissés de corruption et de calcul. Ses mains blanches et fines étaient maculées de sang, et elle pouvait parfois sentir son odeur métallique, qui avait accompagné les journées d'AGRA. Cette première identité qui tentait toujours d'étouffer la nouvelle, de s'enrouler autour d'elle jusqu'à ce qu'elle se dilue dans l'oubli, et que la vérité ressorte. Jusqu'à ce qu'elle éclabousse son environnement, jusqu'à ce que les éclats de verre se logent dans les cœurs des êtres aimés qu'elle avait trompés, jusqu'à ce qu'elle contemple le dégoût dans leur regard.
Elle avala une gorgée brûlante. Mary ne laisserait personne ruiner ce qu'elle avait construit avec tant de peine, après cette mission catastrophique en Afghanistan. Elle était prête à laisser AGRA ressurgir pour protéger l'infirmière et sa vie si simple, si saine, si heureuse. Elle posa la tête contre le mur : tant d'années, elle avait laissé l'assassin bâillonner l'être humain doté de sentiments pour sa dose d'adrénaline, pour son illusion de liberté et de puissance. Une illusion fragile. Une illusion qui blessait au plus profond de soi-même. Femme condamnée à porter un passé trop lourd, à retenir des mots qui brûlaient de franchir ses lèvres, les mots fatidiques, les mots du changement. Elle caressa à nouveau son ventre légèrement arrondi, elle aimait sentir la douce courbure sous ses doigts : elle devait préserver son futur enfant des fantômes tenaces, qui s'accrochaient à elle comme des amants éconduits, qui continuaient à vampiriser chaque seconde de son existence. Mary se jetait à corps perdu dans chaque moment partagé avec ceux qu'elle aimait, y compris avec Sherlock Holmes, le génie qui n'avait pas encore percé sa carapace.
Coeur qui bat trop vite, yeux qui s'écarquillent. Symptômes d'une panique imminente, panique qu'elle a constaté tant de fois, sans jamais vraiment la connaître. Il est de retour : le grand, l'unique Sherlock Holmes, le meilleur ami de John Watson. Une personne prête à tout pour le protéger, une personne qui analyse tout et tout le monde, une personne qui voit tout, un investigateur né. Un danger pour Mary Morstan. Le frère adoré de Mycroft Holmes, Eminence grise du gouvernement britannique, redouté par la CIA elle-même. Elle reprend contenance, elle le doit, elle ne peut lui laisser aucun indice. Pour sa survie.
Elle avait été intriguée par cet homme aux comportements puérils, mais qui diffusait une aura charismatique et périlleuse. Mary avait reconnu un égal, un homme capable de la faire tomber, un homme capable de la protéger au nom de John Watson. Son mari était la clé de tout, le centre de leurs mondes respectifs, le lien entre le détective et elle. Le médecin en était inconscient : elle aimait cet homme qui avançait en sous-estimant son importance. Mary avait connu le véritable amour avec cet homme tendre, accro à l'adrénaline. Elle avait rencontré un homme éteint, mais en lequel survivaient encore quelques étincelles. Mary s'était reconnue à travers lui, Mary avait compris qu'il serait un baume à ses blessures, un exemple à suivre. Un homme noble et droit, un homme honnête, toutes ces qualités qu'elle ne possédait pas et n'aurait jamais.
Elle se leva, puis jeta son gobelet à la poubelle, avant de soupirer à nouveau. Elle entra dans les toilettes, puis examina ses cernes, à peine dissimulés par le maquillage. La jeune femme souffrait d'insomnies depuis le retour de Sherlock et l'arrivée de Charles Augustus Magnussen. Le journaliste connaissait son passé, et ne vivait que pour le plaisir de détenir une information et de jouer avec ceux qu'elle menaçait. Ses mains accrochèrent le lavabo, et elle retint une envie de vomir. Elle connaissait cet homme repoussant, aux yeux froids et morts, qui scannaient pourtant chaque détail. Un homme aux mains moites, et aux mœurs perverses. AGRA aurait dû l'assassiner la première fois qu'il l'avait menacée.
Elle aurait réglé le problème définitivement. Une alternative simple, mais coûteuse émotionnellement. L'ancienne tueuse gardait encore un revolver chez elle, dissimulée dans une cache qu'elle était la seule à connaître. Elle gardait encore des traces d'AGRA, ombre qui hantait chacun de ses pas, ombre qui était elle, ombre qu'elle affrontait chaque jour. Un fardeau susceptible de faire voler sa famille et ses rêves en mille morceaux, puis de l'abandonner au milieu des débris, brisée. Sa mâchoire se crispa. Mary devait éliminer Magnussen, elle devait le faire taire : un meurtre propre, personne ne la soupçonnerait.
Elle n'avait aucun lien avec cet homme, elle était simplement l'infirmière sans histoires mariée à un médecin, détective à ses heures perdues. La future mère pouvait compter sur son époux pour la défendre bec et ongles : John ne voulait pas voir les côtés noirs des personnes qu'il aimait. Mary était parfois tentée de tout lui avouer, de se purger de ce poison qui grignotait chaque petit moment de bonheur, chaque illusion de sérénité qu'elle entretenait. AGRA reprenait le dessus et lui intimait le silence, lui soufflait de fermer les yeux, la poussait à détourner la tête face à la vérité blessante. Comme elle avait ignoré les tortures infligées par la CIA, les meurtres de sang-froid, les magouilles pour le seul bien du pouvoir en place.
Des années durant, Mary avait arpenté le monde sous différentes identités : AGRA était chacune d'elles tout en étant différente, elle s'était fondue dans ces rôles, en avait gardé une parcelle en elle. Des milliers de prénoms, de noms, de professions, d'origines se bousculaient dans sa tête, s'accrochaient au noyau central qu'était son identité véritable. Elle se rappelait de leurs histoires, elle se souvenait de chacun de leurs actes. De petits morceaux de vie éphémères, anéantis comme la flamme d'une bougie agressée par un souffle dès que la mission se terminait. Elle pénétra dans le bureau de son mari. Une ambiance chaleureuse se dégageait de la pièce : deux cadres photo ornaient le bureau : celui de gauche la représentait, vêtue d'un paréo bleu, les pieds dans l'eau, aux côtés d'un John souriant.
Leur voyage de noces aux Maldives, arrangé par Sherlock et Mycroft, qui avaient leurs entrées partout. Celui de droite présentait Lestrade, Molly et Sherlock dans le bureau du premier à Scotland Yard. Le détective affichait une moue boudeuse, il détestait les photos. Un souvenir fugace du photographe fou qui s'était invité à leur mariage lui vint à l'esprit. La vengeance. Elle laissa échapper un rire amer : combien d'hommes et de femmes rêvaient de se venger d'elle ? Elle n'osait même pas faire le décompte. Elle récupéra les copies des ordonnances de certains patients, qu'elle souhaitait entrer dans la base informatique. John la laissait s'occuper de la partie administrative de son travail : Mary avait toujours été une personne méthodique. Le grincement de la porte la fit sursauter, et elle faillit laisser tomber la liasse de papiers qu'elle avait dans les mains. La jeune femme fit volte-face, et se trouva face à un médecin blond souriant.
«Je ne voulais pas te faire peur, chérie, assura-t-il.
-J'étais dans mes pensées, avoua-t-elle, je ne t'ai pas entendu arriver. Il est bientôt l'heure de fermer boutique. »
John soupira.
«Je suis crevé, et nous avons encore ce dîner chez Mrs Hudson, se plaignit-il.
-Nous ne pouvons pas repousser encore une fois. J'espère simplement que Sherlock ne lui posera pas de lapin !
-Même lui est impuissant face à Mrs Hudson : il lui obéirait presque à la baguette, assura John avec un sourire espiègle. »
Mary pouffa, et ils se retrouvèrent pris d'un fou rire incontrôlable en imaginant un Sherlock boudeur se présenter à la soirée de sa logeuse. Ils l'entendraient probablement maugréer sur une expérience en cours, pour cacher le fait qu'il était ravi d'être en leur compagnie : cela ne convenait pas à son personnage de sociopathe. Elle passerait une soirée agréable et tranquille, en compagnie de personnes qui lui étaient chères : malgré elle, elle s'était attachée au détective consultant, un homme extrêmement intelligent, effrayé par ses sentiments, un homme téméraire aux réactions puériles, aussi changeant que les reflets du soleil à la surface de l'eau. Il l'avait acceptée, en tant qu'épouse de John Watson, en tant que garante de son bonheur, mais aussi en tant qu'amie. AGRA n'en avait pas : elle portait un masque à chacun de ses pas, manipulait, mais jamais ne se liait. Aucune faiblesse, la solitude pour unique compagne, un appartement vide et impersonnel pour l'accueillir dès qu'elle rentrait. Son seul bien, le seul objet qui signifiait quelque chose était ce médaillon, qui l'enchantait autant qu'il la faisait souffrir. Elle ne s'était jamais résolue à le détruire, même si la logique lui avait hurlé tant de fois de le faire : il était synonyme de douleur et de danger. Mary Watson enferma les souvenirs d'AGRA dans un coin reculé de son esprit, envahi de ténèbres, elle la dissimula. Ce soir, elle serait uniquement Mary Watson, une charmante infirmière, une amie et une femme amoureuse. Ce soir, elle serait ordinaire.
