Dixième chapitre : Duel à midi.

Le vautour charognard de Momo se posa sur la table. Il apportait le courrier.

« Ah, enfin ! s'exclama-t-il. C'est la réponse de Youssouf !
– À propos d'quoi ? demanda mollement Henri en enfournant dans sa bouche une cuillère de musli. »

Les deux garçons étaient installés à la table des Gryffondor, dans Victor, et prenait leur petit-déjeuner. C'était le lundi matin, alors évidemment Henri avait la tête dans le cul.

« Mais tu sais, c'est mon frère qui travaille pour les schtroumpfs ! Je lui avais écrit pour lui poser des questions à propos du cambriolage.
– Ah. »

Henri avait oublié. Ou plutôt, il n'en avait rien à foutre.

Momo ouvrit l'enveloppe, et commença à lire.

« Ça alors ! » s'écria-t-il.

Cela n'éveilla pas la moindre trace d'intérêt chez Henri.

« D'après ce qu'il raconte, le coffre que le voleur a réussi à ouvrir appartenait à Poudlard.
– Poudlard possède des coffres à la Mutuelle Entubatoire ?
– Ben oui, réveille-toi. Poudlard est même côté en bourse. Qu'est-ce que tu crois, faut vivre avec son temps mon vieux.
– Bon. Et alors ? Qu'est-ce y'avait dedans ?
– Rien. Le coffre avait été vidé trois semaines avant. »

Momo reposa la lettre. Il y avait une lueur de malice dans son regard.

« Tu sais ce que cela signifie ? demanda-t-il à Henri.
– Non. Et comme on est lundi matin, j'en ai rien à cirer.
– Mais si ! Réfléchis. Si l'objet mystérieux que recherche le voleur n'est plus à Mutuelle Entubatoire, c'est qu'il est ici ! Et cela veut dire qu'il viendra un jour pour le chercher.
– Je lui souhaite bien du plaisir. Et c'est caché où selon toi ?
– Arrête tes conneries, c'est tellement trop flag' ! Cette année y'a tout un couloir qu'est interdit aux élèves, c'est morceau de trop voyant qu'ils veulent nous cacher quelque chose ! Et quand on y est allé la semaine dernière, on a entendu le souffle d'une bête féroce. Ils l'ont mis là pour protéger un truc, c'est sûr.
– Mais ça peut pas être aussi évident, le dirlo est quand même pas con à ce point… »

Henri reprit son petit-déjeuner. Il avait une très mauvaise opinion des thaumaturges (la plupart étaient de parfaits imbéciles), mais il y a des limites à tout : si le directeur possède un objet aussi convoité, la première chose à faire est de ne pas le cacher dans le château où tout le monde s'attend à ce qu'il le cache. N'importe où ailleurs mais pas là. Et surtout, la première chose à faire est de faire ça discrètement, c'est-à-dire sans bloquer tout un couloir et sans placer une bête féroce pour protéger le tout.

« Écoute, Henri. On pourrait faire notre enquête, qu'est-ce t'en penses ?
– Ah ouais ? T'es comme ça toi ? Tu penses qu'on peut agir ? Ton ego est si grand que tu te crois capable, à onze ans, de réussir à tenir tête à un mage qui est suffisamment puissant pour entrer et sortir de Mutuelle Entubatoire sans être pris ?
– Mais trop : t'es quand même Henri Potier, merde ! Henri Potier, le çui-qu'a-survécu ! »

Qu'est-ce qu'on peut être con quand on a onze ans.

« Arrête ! s'écria Henri. Y'a pas moyen qu'on réussisse quoi que ce soit. Si les profs sont pas capables de protéger ce machin, nous on n'y pourra rien non plus.
– Pfff ! souffla Momo. T'as pas le goût de l'aventure toi…
– Mes parents biologiques l'avaient et ils sont morts à vingt-et-un ans.
– Vu sous cet angle… »


Ce jour-là, cours de balai magique avec le professeur Biture. Une femme d'un âge incertain et qui pour une raison jamais vraiment explicitée ne donnait cours qu'aux élèves de première année.

« Le balai, commença-t-elle, est le moyen de transport privilégié des thaumaturges.
– Mais madame ! s'écria un élève. On sait se téléporter, alors à quoi ça sert le balai ? »

Autant vous dire qu'elle en resta sur le cul.

« Euh… Hum, eh bien, heu… C'est une question intéressante, je… Nous verrons cela plus tard. »

C'est vrai, c'est une putain de bonne question, ça.

Les thaumaturges sont capables de se téléporter, bordel. Tout le monde sera d'accord pour dire que la téléportation est un moyen de transport autrement plus rapide que le balai volant, et infiniment plus confortable. Enfin c'est vrai quoi : au bout de même pas cinq minutes tu dois plus sentir tes fesses tellement c'est pas fait pour. Et je parle pas des garçons, parce que c'est bien simple, tous les thaumaturges doivent finir stérile avec ces conneries (c'est pas possible autrement, quoi).

D'ailleurs, je fais une parenthèse pour parler de ces couillons d'accessoiristes qui ont ajouté des reposes-pieds à partir du deuxième film, ce qui n'a aucun intérêt (à part peut-être à faire tenir en place des chaussures mal lacées). En fait, si les accessoiristes avaient été malins, ils auraient ajouté une selle. Mais je vous l'accorde, un balai avec une selle ça aurait eu l'air ridicule comme pas permis.

Bref. Revenons à nos moutons.

Les élèves s'étaient mis en rang, et Momo se retrouva à côté de Marie de Malotru.

« Madame Biture ! s'écria le garçon.
– Qu'y a-t-il ?
– Je me sens oppressé à côté de Mohammed.
– Pourquoi ça ?
– Ben parce que j'ai peur qu'il ne me vole mon travail ! »

Momo se retourna, outré.

« Mais c'est horriblement raciste, ça ! hurla-t-il.
– Ouais ben cause toujours ! Mon père dit que les arabes viennent en France pour voler leur travail aux vrais français.
– Mais c'est complétement con : tu n'as pas de travail, tu as dix ans… »

Malotru se figea instantanément, perdu dans ses réflexions.

« C'est juste…
– Bon, eh bien l'affaire est réglé ! déclara Mme Biture, bien contente de s'en tirer à si bon compte.
– Non, non ! Je veux quand même être déplacé : il pourrait essayer de me voler mes devoirs. »

C'en était trop pour Henri. Celui-ci, qui adorait les histoires de chevaliers, pleine d'honneur et de justice, s'avança vers Malotru et lui envoya sa mitaine à la figure.

« Malotru, je te défie en duel ! Tu as manqué de respect à mon ami, et je ne peux pas laisser cela impuni. »

Ah ça en jette, hein ?

Non ? Ah bon…

Malotru, blessé dans sa fierté, releva le menton d'un air théâtral.

« Eh bien soit : je relève ton défi, Potier. Retrouvons-nous à midi devant l'entrée du château.
– Laquelle ? Il y en a plusieurs…
– La grande, imbécile ! Pas l'entrée de service ! »

Le cours de balai volant pu reprendre. Ce fut une catastrophe.

Plusieurs élèves se rentrèrent dedans, d'autres tombèrent ou se cognèrent contre des arbres. Au final, tous furent blessés et cinq furent même emmenés à l'infirmerie, dont deux qui avaient des fractures et un qui s'était fait éventré (en s'empalant sur une branche). Les deux autres avaient simplement surjoué leur douleur et furent renvoyés en cours à coup de pompe dans l'cul.


À midi pétante, en sortant de cours, les deux garçons se retrouvèrent donc comme convenu. Ils étaient chacun venu avec un témoin : Henri avec Momo, et Malotru avec un garçon nommé Vincent-Timothée d'Écrevisse (noble lui aussi, mais de la petite noblesse, pas même baron mais tout au plus chevalier).

Les adversaires se préparèrent, et les témoins eurent la possibilité d'adresser à leur champion de derniers conseils.

D'un côté, Malotru s'échauffait en donnant quelques coups dans le vide, et écoutait Vincent-Thimothée en hochant la tête

« Maintiens bien ta garde, il ne faut pas lui laisser la moindre ouverture. Et n'oublie pas : le jeu de jambes c'est la clef ! Essaye de lui faire perdre ses appuis en le repoussant en arrière, avec un peu de chance tu vas pouvoir le déséquilibrer complétement. Quand ça arrivera, il baissera sa garde pour reprendre son équilibre et ne pas tomber, et toi tu n'auras plus qu'à en profiter et à le jeter à terre. Une fois au sol tu l'empêche de se relever, tu le plaques au sol et tu le termine en frappant dans les flancs. »

De l'autre côté, Henri faisait mollement quelques exercices d'assouplissement, histoire de dire.

« Dérouille-le. » lança simplement Momo en lui donnant une grande claque dans le dos.


Alors que les deux enfants allaient bientôt se mettre sur la poire, de nombreux élèves accouraient pour profiter du spectacle, attirés par des élèves qui hurlaient « Y'a une baston ! » à travers les couloirs.

Un cercle s'était formé autour des deux combattants, et la tension était à son comble.

« Bas-ton ! Bas-ton ! Bas-ton ! Bas-ton ! » scandaient les élèves en chœur.

En plus des élèves, quelques professeurs arrivèrent, l'air curieux.

« Vous n'intervenez pas professeur ? demanda Momo à McGonagall.
– Non, non. Le règlement de l'école autorise les duels entre élèves. Ça date de l'époque des fondateurs, et ça n'a jamais été abrogé. »

Décidemment, se dit Momo, cette école était vraiment pleine de surprises.

Malotru leva le bras, et le silence se fut.

« Tu peux encore abandonner, Potier, déclara-t-il alors d'un ton pompeux.
– Tu peux toujours courir, Marie ! s'écria Henri d'un ton goguenard.
– Ne m'appelle pas comme ça ! » hurla Malotru qui était devenu rouge comme une pivoine.

Attend une minute… C'est rose les pivoines… C'est quoi cette expression de merde ?

Le professeur Brûlopot avait ouvert les paris : les élèves accouraient auprès de lui avec des liasses d'anciens francs entre les mains, et rapidement Henri était à dix contre un (je ne sais pas ce que ça veut dire, mais les parieurs disent souvent ça comme ça).

Le combat promettait d'être épique.

Les deux témoins s'approchèrent l'un de l'autre.

« C'est bon de mon côté. Le combat commence quand tu voudras, Vincent-Tim. »

Oui, ce jeu de mot est lamentable. Mais j'ai osé. Et je n'en éprouve aucune honte.

« C'est bon aussi. Prépare-toi à devoir ramasser ton Henri à la petite cuillère.
– Ouais, cause toujours. »

Ils s'écartèrent, et les combattants se placèrent face à face.

« Go ! » hurla Momo.

Immédiatement, les deux adversaires se rapprochèrent. Ils se tournèrent autours durant une bonne minute, puis Henri se jeta en avant et fila une claque à Malotru.

Celui-ci, surpris, resta un moment immobile, l'air ahuri, puis éclata en sanglots.

Et ce fut fini.