Bonjour,
Petite forme aujourd'hui, alors je passe juste le temps de vous remercier pour toutes vos reviews. Je suis très heureuse de voir que, jusqu'à présent, vous adhérez à cette histoire.
Merci à toutes celles qui contribuent de près ou de loin à l'histoire et son déroulement. Les personnages appartiennent à Stephenie Meyer.
Chapitre 9
Pov Bella
-Mais oui Mike, bien sûr que je t'aime bien, mais je ne préfère pas. Je veux dire, la maison n'est pas à moi, et…
-Oh allez Bella ! Me supplia le fils Newton. C'est pas comme si je te demandais pour faire la fête ! Je veux juste te rendre visite, dans un lieu plus intime que le magasin. Et tu pourrais me faire goûter à tes supers pâtisseries !
Si ce n'était pas s'incruster… Mais c'était Mike, il était ainsi. Il n'était pas méchant, il avait un air de « premier de la classe ». Intelligent, mais trop gamin pour laisser parler ses neurones.
-Bon, d'accord, me résignai-je. On dit demain ?
-Pourquoi pas cet après-midi ? Demain, je dois tenir le magasin, mes parents vont à Seattle pour voir leur fournisseur.
Je jetai un coup d'œil à un Edward mort de rire, qui ne m'aidait pas beaucoup. Bon, avec un peu de chance, il accepterait de rester hors de la villa ?
-Je pense que c'est faisable.
-Super ! S'écria le jeune homme. Je serai là à 14 heures !
Sans me laisser le temps de répondre, il raccrocha.
-Il est sûrement déjà parti se mettre sous la douche ! Pouffa mon fantôme hilare. J'en connais un qui va faire marcher son poignet !
Pour ne pas lui montrer mon rougissement extrême, je me réfugiai dans la cuisine, commençant à préparer les ingrédients pour les gâteaux.
-Tu vas vraiment faire la cuisine pour lui ? Me demanda curieusement Edward en s'asseyant souplement sur le comptoir. Sans blague ?
-Sans blague. Pour une fois, je ne cuisinerai pas que pour moi. Tu voudras bien nous laisser seuls ?
Je jetai un coup d'œil à mon ami parce qu'il ne répondit pas de suite. Il était la bouche ouverte, mais se reprit en voyant que je l'observais. Son sourire malsain présageait déjà la teneur de ses propos.
-Oh oh ! Bella Swan va faire des cochonneries avec le boutonneux !
Il le répéta en chantant, encore et encore, tandis que je faisais ma pâte à cookies. Je savais que m'énerver ne servirait à rien : c'est ce qu'il voulait, et je ne lui ferai pas ce plaisir.
-Ce n'est même pas drôle, dit-il soudain, cessant sa chanson idiote. Pourquoi tu ne dis rien ?
-Parce que ça te ferait trop plaisir, voilà pourquoi. S'il te plaît Edward ! Juste une demi-journée, le temps que …
Il leva un sourcil, attendant que je fasse un faux pas.
-Le temps de discuter et de le mettre à la porte, okay ?
-Tu as le béguin pour lui ? Questionna-t-il encore sérieusement.
-Je ne crois pas, répondis-je lentement. C'est juste… de l'amitié je suppose.
Edward me fixa, semblant chercher dans mes gestes, mon attitude, la véracité de mes paroles. Serait-il jaloux ? Je souris rien qu'à cette pensée.
-Pourquoi tu te marres ?
-Je me demandais pourquoi tu veux savoir tout ça, et en quoi recevoir un ami te dérange. Tu es jaloux ?
-Jaloux, moi ?
Il éclata de rire, se roulant sur le meuble, pour tomber au sol dans un grand bruit. Vexée, je me remis à ma pâtisserie, refusant de le regarder. Il lui fallut deux bonnes minutes avant de cesser de rire comme un idiot, puis il se releva.
-Excuse-moi Bella, mais là… Ça fait longtemps que je n'avais pas ri comme ça. Finalement, je suis content que tu sois restée ! Tu boudes ?
-Non.
-Pour te répondre, je ne suis pas jaloux. Je ne suis pas porté sur les sacs d'os. Pas que tu sois moche mais bon, tu es trop vivante à mon goût.
Sa réponse me fit grogner, mais je décidai de saisir ma chance d'en connaître plus sur lui.
-Tu as déjà eu une petite copine ?
Edward souffla en s'allongeant sur le comptoir, allait-il me répondre ? J'insistai quand même.
-Même pas de ton vivant ? Ou est-ce qu'un jour, tu as croisé le chemin d'un beau fantôme féminin ?
-Et toi ? T'as déjà eu un petit-ami ? Ou est-ce que tu envisages une carrière au couvent ?
-Faudrait savoir, me moquai-je. Soit tu joues les mecs jaloux quand je vois des garçons, soit tu penses que je veux devenir nonne. Tu ne crois pas que tu passes d'un extrême à l'autre ?
Il tourna la tête vers moi, et fit une grimace en voyant ma boule de pâte à cookies. Je commençai à séparer la pâte pour en faire de petites billes que j'aplatis sur la grille du four.
-C'est tellement marrant de voir ton visage changer, à chaque fois, que je ne résiste pas. Tu peux voir qui tu veux, ça ne me dérange pas du tout. Tu peux même t'en faire deux à la fois, en même temps, que ça ne me dérangerait pas ! Je ne serai pas contre de regarder en plus !
Je relevai la tête brutalement, pour voir son sourire victorieux. Ne voulant pas gâcher de pâte, je lui balançai la cuillère en bois, mais il la rattrapa trop facilement à mon goût.
-Je t'accorde cinq heures, dit-il finalement, faussement magnanime.
-Eh ! T'es pas mon père Edward ! On est deux à vivre ici, je te signale.
-Possible, mais tu y es plus souvent que moi. Je rate le match des Yankees contre les Mariners pour que tu puisses batifoler tranquille, alors tu pourrais me dire merci !
-Cause toujours !
Qu'il m'énervait, mais qu'il m'énervait ! Et il devait le savoir, vu son sourire crétin.
-Ton cœur a une super mélodie quand tu es en colère, affirma ce fichu fantôme en sautant du meuble. Je te laisse, l'odeur de ces… trucs commence à me rendre malade.
Il sortit à vitesse humaine en sifflotant.
-Foutu revenant ! Va te faire voir Edward ! Criai-je dans un cri libératoire.
J'enfournai mes cookies avant de commencer un simple cake aux raisins secs. J'avais beau bien aimer Mike, je ne comptais pas faire de la grande cuisine. Tout en mélangeant les ingrédients, je réfléchissais. Se pouvait-il qu'Edward soit réellement jaloux de Mike ? Pourquoi le serait-il ? Je veux dire, il n'y avait pas de raison. Je n'avais jamais intéressé les garçons, et je me doutais que Mike ne souhaitait me voir que parce que j'incarnais la nouveauté.
Une fois les cookies cuits, je mis le cake au four et allai prendre une douche avant de laver la baignoire et le lavabo que j'utilisais. Lorsque le four sonna, je redescendis, vérifiai la cuisson pour éteindre le four, laissant le gâteau à l'intérieur. Je donnai un coup d'éponge sur la table de la cuisine, rangeai le bazar qu'avait mis Edward sur la table basse. Il avait l'habitude de laisser traîner les magazines qu'il recevait ici (il avait un sacré compte en banque, et sa carte bancaire était dorée !). Il s'abonnait à des dizaines de revues divers : automobiles, pornographiques, sciences, et étrangement, un sur la médecine.
Il était 13 heures 45 quand la sonnette de la porte d'entrée résonna. Je m'y précipitai, ouvrant la porte à la volée. Mike était là, souriant, un maigre bouquet de fleurs des champs à la main.
-Hey ! Comment ça va Bella ?!
Il se jeta contre moi, me serrant un peu trop fort. La soudaineté de ce contact me mit mal à l'aise et je le repoussai gentiment.
-Je vais bien, l'assurai-je. Tu as l'air en pleine forme.
-Tu parles ! Je suis tout excité depuis mon coup de fil. Alors, c'est là que tu vis ? Pas mal !
Il me prit la main, me tirant pour que je le suive. Il commença sa visite par l'immense pièce à vivre.
-Eh ben ! C'est immense ! Tu ne t'ennuies pas toute seule ici ?
-Non, pas vraiment. Tu sais, je ne reste pas vautrée sur le canapé à longueur de journée. Je fais en sorte que tout reste propre, et je t'assure que c'est du boulot !
Mike rit, j'eus l'impression qu'il se moquait de moi. Croyait-il que je faisais la fête tous les soirs et que je passais mes journées à dormir ?
Il continua sa visite. Après s'être extasié sur la cuisine, il monta au premier étage, ouvrant les portes au passage.
-Toutes ces chambres ! Ça laisse pas mal de place pour recevoir des copains !
-N'y pense même pas Mike ! Il est hors de question que je t'invite à passer la nuit ici, tes amis non plus. Ce n'est pas ma maison.
-Tu es vraiment rabat-joie Bella. Laisse-toi aller, juste une fois ! Y'a pas de mal à profiter du fric des autres !
Je secouai la tête, mais le blondinet ne se démonta pas. Il se tourna vers moi en ouvrant la porte de ma chambre.
-Je suis le premier à venir ? Demanda-t-il en haussant un sourcil, se croyant peut-être séducteur.
-Oui. Et tu n'as rien à faire ici.
Cette fois, c'est moi qui le trainai jusqu'à la cuisine. Pendant qu'il faisait le tour du salon, je sortis de quoi faire du thé et manger le cake.
-Il y en a pour un paquet d'argent dans cette baraque ! Les proprios viennent souvent ?
-Je ne les ai jamais vus, avouai-je tandis que nous nous installions sur le canapé, le thé et les gâteaux étant posés sur la table basse. Et aussi bien, je serai déjà partie quand ils viendront.
-Tu veux partir ? S'étonna le fils Newton.
-Ce n'est pas dans mes projets immédiats, mais j'aurai peut-être une opportunité, un jour.
-Tu es intelligente, tu peux tout faire.
Son sourire satisfait montrait que c'était un compliment qui cachait quelque chose. Il continua néanmoins.
-J'ai toujours eu de bons résultats au lycée, et quand mes parents trouveront un employé, je pourrai aller à la fac. Tu as arrêté tes études ?
-Faute d'ambition pour le moment, oui. Un jour, qui sait…
Mike resta jusque tard. Il trouvait toujours quelque chose à visiter, à faire, à regarder. Il essaya de prendre ma main quelques fois, mais je n'étais pas prête. Pas avec lui en tout cas. Nous parlâmes de tout et de rien. Il tenta plusieurs fois de me motiver pour aller avec lui à l'université de Seattle, me vantant les mérites du cursus de commerce.
-Je ne suis pas tellement attirée par ce domaine tu sais. Je suis plus une littéraire.
-Et alors ? On peut très bien faire quelque chose qu'on n'aime pas. Moi je voulais faire joueur de football américain.
-Toi ? Pouffai-je.
Mike n'avait aucune qualité sportive. Il était maigrelet, long à la détente, et aucune conscience collective.
-Hey ! Il n'y a rien de mal à ça. Le dernier jour de lycée, le coach m'a affirmé qu'un jour, je pourrai égaler les plus grands.
Je retins mon sourire, mais n'en pensai pas moins. A mon avis, le coach devait s'être moqué de lui, vu que Mike ne reviendrait pas l'année d'après.
Le blondinet voulut me faire un repas le soir, afin de continuer à « me séduire », dixit lui-même. Il me demanda de lui montrer tout ce que j'avais comme ingrédients, et je lui montrai la réserve à la cave. Il s'extasia une nouvelle fois devant l'immensité de la pièce, et je lui fis remarquer que c'était la même chose pour le garage.
Une fois remontés, il prépara du poulet aux petits légumes pendant que je dressais les couverts, puis nous nous mîmes à table. Le plat était… disons que j'avais connu meilleur. Mike parlait, parlait, et parlait encore. Son sujet favori : les appâts idéaux pour la pêche à la truite Arc-en-ciel. Je souriais par politesse, mais j'avais juste envie de bailler et aller me coucher.
Enfin, il recula sa chaise, se leva et vint vers moi, prenant ma main pour m'aider à me mettre debout. J'eus peur un instant qu'il me fasse une déclaration enflammée, mais il se contenta de me faire un baisemain.
-C'était une très bonne journée, déclara-t-il en se dirigeant vers la porte, ma main toujours dans la sienne. J'aime beaucoup ici, c'est… Grandiose !
-Oui, c'est joli. Et encore, tu n'as pas vu le jardin.
-Bof, je ne suis pas très fleurs, alors hein…
Il embrassa ma joue, à la limite de la commissure des lèvres. J'eus un infime mouvement de recul, mais Mike ne semblait pas s'en être aperçu.
-A très bientôt ma joli Belli !
Belli ? Qu'est-ce que c'était que ce surnom encore ? Je dus grimacer parce que mon invité rit.
-Fais pas cette tête, ça te va super bien, joli Belli !
Il l'avait dit lentement, et j'eus l'impression qu'il m'appelait « brebis ». Mike se dépêcha d'entrer dans sa voiture, parce qu'il avait commencé à pleuvoir très fort. Je secouai la tête, encore étonnée des dernières heures, avant de fermer la porte. Edward était contre le mur du salon, faisant le poirier, la tête en bas.
-Que fais-tu ? Osai-je demander.
-J'essaye d'évacuer les niaiseries que j'ai entendu depuis son arrivée, rigola-t-il. « Un jour, je serai milliardaire, je rachèterai d'immenses entreprises, et j'aurais plein de filles à mes pieds », imita-t-il. Et toi, tu t'es entendue ?
-Eh bien quoi ? Fis-je, revêche. Qu'est-ce que j'ai dit de si drôle ?
Le voir tête en bas commençait à me rendre malade, aussi décidai-je de monter me coucher. Edward me suivit de loin, comme souvent.
-Tout était marrant ! Il te draguait, et tu n'étais même pas fichue de le voir ! Tu rentrais dans son jeu sans même t'en apercevoir ! Bella est amoureuse de Mike !
Il se mit à chanter cette phrase de manière enfantine, visiblement très satisfait de me voir en colère. Quand il vit que je ne m'abaisserais pas à lui répondre, il changea de tactique.
-Tu comptes le revoir ?
-Je le reverrai sans doute, oui. Je vais en ville de temps à autre je te signale.
-Je pense qu'il a l'intention de revenir squatter, si tu veux mon avis.
-Il ne reviendra pas, soupirai-je. Il mourait sûrement d'envie de visiter la villa, et maintenant que c'est fait, c'est bon, sa curiosité est satisfaite. Ils ont peu d'occasions de voir du neuf, alors ils en profitent quand ils le peuvent. Rien de plus.
-Mouais…
Il n'eut pas l'air convaincu, et j'eus comme l'impression qu'il ne me disait pas tout. Il ne me laissa pas le loisir de réfléchir plus avant parce qu'il recommença à m'asticoter. Il s'était assis sur la commode, en face de moi qui étais dans le lit.
-Tu n'as pas répondu à sa question tout à l'heure.
-Laquelle ? Attends, tu veux dire que tu es resté là tout le temps ? Tu m'espionnes ?
Ça venait juste de faire tilt dans ma tête. Je lui avais demandé de me laisser seule ! N'avait-il aucun respect de l'intimité ?
-Franchement Edward ! Est-ce que je te suis quand tu t'en vas ?
-Je ne t'en empêche pas !
Son haussement d'épaules me fit voir rouge.
-T'es vraiment pénible ! Pas moyen d'avoir une intimité ! On est deux, je suis là légalement, et j'ai le droit à un minimum de discrétion, non ? Y'a pas un code de bonne conduite pour fantôme, ou quelque chose comme ça ? Si tu n'y mets pas du tien, je vais te rendre la vie impossible !
-Tu peux toujours essayer, pouffa-t-il, pas impressionné par ma crise de nerf. Tu viens vraiment de taper du pied dans le lit ?
-Bonne nuit Edward, coupai-je la discussion en me couchant, me tournant sur le côté.
-Tu boudes ? Gamine, va !
Il n'y eut plus un bruit, et je relevai la tête pour constater qu'il n'était plus là.
-Oui, mais moi, je n'ai que dix-huit ans ou presque, pas cent !
Je fermai les yeux en souriant devant le comportement d'Edward : il avait beau être absolument horripilant, il réussissait à me faire rire.
Le lendemain, je trouvai une lettre manuscrite, d'une très belle écriture fine, peut-être écrite à la plume même. Elle avait été écrite la veille, après que je me sois endormie.
Mardi 12 octobre, 22h53
Bella,
Tu as la villa pour toi toute seule ! Pas que je te laisse tranquille, loin de là, mais j'ai besoin de rester au loin. Évite de tout casser, et pour l'amour du ciel, ne tombe pas !
Edward
Rester au loin ? J'eus des remords en sachant que c'était à cause de moi qu'il avait besoin d'air pur. J'avais espéré qu'à force de me côtoyer, la douleur qu'il éprouvait aurait diminué. Mais c'était une utopie. Si ça avait été une autre que moi, peut-être aurait-il réussi à s'habituer, mais sa souffrance s'amplifiait en ma présence, plus qu'avec d'autres. Pourquoi une telle différence ? Après tout, j'avais d'autres endroits où aller, alors je pouvais peut-être lui laisser la villa… M'éloigner de temps à autre, pour le laisser… « respirer », sans mauvais jeu de mots. Au moins une journée, pas plus. Je n'allais pas non plus trop lui faciliter la vie !
Je fis ma minute d'humanité, et une fois prête, je préparai de quoi faire les baies vitrées. La pluie de ces derniers jours avait sali les carreaux, surtout ceux du rez-de-chaussée. Tout en frottant la vitre du salon, je vis le potager. En ce début d'automne, les légumes faisaient triste mine, et les fleurs s'étaient fanées. Il faudrait attendre le printemps pour replanter et voir fleurir à nouveau les couleurs.
Je n'avais plus l'habitude du calme : après un mois passé avec un fantôme bavard, ou en tout cas qui n'arrêtait pas de me bombarder de questions, ne se lassant jamais et insistant lorsqu'il n'avait pas de réponse, le silence était assourdissant, angoissant même. Je mis la chaîne hi-fi en marche, afin d'avoir un fond sonore. Je retournai ensuite à mon travail, chassant inlassablement chaque trace. Je faisais une vitre intérieure, puis la même extérieure. Le temps était couvert, mais parfois, un rayon de soleil réussissait à percer la couche nuageuse, et ça faisait joli. On avait l'impression qu'un faisceau lumineux venait du ciel, et attirait l'attention sur un coin du jardin.
Au bout d'un moment, je dansais à moitié sur l'escabeau, au rythme de la chanson Fearless, du groupe The Bravery. Je souris en repensant à la supplique d'Edward, comme quoi je ne devais pas tomber.
Où pouvait-il être ? Où allait-il quand il s'éloignait ? Avait-il un autre pied-à-terre ? Il me semblait qu'il avait dit, lors des premiers jours, qu'il n'avait qu'ici, et qu'il appréciait parce que la villa était loin de tout, surtout des vivants. S'ennuyait-il ? J'avais des remords : il était là avant moi, et surtout, il vivait ici pour être isolé. Moi, je venais juste l'envahir, le faire souffrir. Et si je cédais ? Si je décidai de partir, d'aller m'installer ailleurs ? Edward avait beau être horripilant, il n'avait pas à souffrir à cause de moi. Sous des dessous distants, parfois boudeur, il était généreux, autant que pouvait l'être un homme qui croyait être abandonné par la vie, un homme qui se croyait dépourvu d'âme. Il pouvait être aussi gentil que pénible, mais j'étais persuadée que ses remarques sarcastiques n'étaient que le reflet de son amertume. S'il était encore en vie, j'aurais pu tomber amoureuse de lui, de sa beauté mi-angélique, mi-ténébreuse, et de son côté gentleman. Mais il était mort, revenu parmi les vivants sous la forme d'un revenant, écœuré par la vie, en colère contre la mort.
Ce n'est que vers 16 heures que je me rendis compte que j'avais passé presque toute la journée à frotter les fenêtres, sans manger. Je me fis donc chauffer un thé, réfléchissant à ce que j'allais bien pouvoir manger le soir. La bouilloire siffla, me faisant frissonner, et je décidai de manger une simple soupe. Je m'installai devant la télé avec ma boisson chaude, zappant pour trouver un programme intéressant. Il y avait justement un documentaire, où le journaliste tentait de répondre à la question : « Fantômes, démons, vampires, loups-garous, Yéti, Bigfoot, sirènes, zombies : mythes ou réalité ? ». Les personnes interrogées étaient hilarantes, tant elles semblaient persuadées d'avoir vu ces créatures en chair et en os. Je veux dire, est-ce qu'on peut vraiment rencontrer Bigfoot en roulant sur une nationale ?
En même temps, j'avais bien pour colocataire un fantôme… A partir de là, qu'est-ce qui pouvait être réel ou non ? Voulant avoir des réponses, je visionnai le reportage jusqu'au bout. La morale fut qu'aucune preuve ne pouvait être faite de l'existence de ces créatures, mais que l'inverse était vrai aussi. Je fus déçue de ne pas avoir de réponse claire. J'avais accepté le fait qu'Edward était réel, mais voir cette émission m'avait perturbée, me faisant à nouveau me questionner sur ma santé mentale.
Je préparai une soupe de pâtes tout en regardant les informations. Un grand gala de charité était en préparation à Seattle, et le président des États-Unis était invité. Les dons seraient reversés à des associations contre le cancer. Deux policiers avaient été tués à Tacoma lors d'un contrôle routier. Un cambriolage avait eu lieu aussi à Tacoma dans un musée d'art : quatre parures de bijoux anciens de plusieurs époques, six tableaux de maître, deux sculptures, et dix vases, amphores, vaisselle… bref, des poteries. Le butin s'élèverait à six millions de dollars. Un tremblement de terre magnitude 4,8 avait secoué Los Angeles, faisant deux morts et dix blessés. La famine continuait au Sahel, en Afrique, faisant de nombreux morts chaque jour. Et au Japon, un riche milliardaire venait de mettre fin à ses jours.
Je mangeai rapidement devant le poste de télévision. Je regardai d'un œil un épisode des Simpson, tout en feuilletant un des magasines médicaux d'Edward et en mangeant. J'étais crevée, aussi montai-je me coucher à 21 heures. Je fis ma toilette, me mis en pyjama avant de m'allonger, la tête suffisamment relevée pour lire un peu. Je m'endormis en me demandant si Edward serait revenu le lendemain, ou s'il ne serait toujours pas là à mon réveil.
Ce fut un bruit sourd qui me dérangea. Intriguée, je me redressai et sortis du lit. En me concentrant, je pus entendre ce qui ressemblait à des chuchotements, des pas, et d'autres bruits que je n'arrivais pas à déterminer. J'avançai doucement, veillant à ne pas faire de bruit. Je n'avais aucun outil à portée de main pour me défendre, mais je pensais plus à un animal qui se serait glissé par le soupirail de la cave, que j'avais dû oublier de fermer, et qui s'empiffrait du contenu des placards ou du frigo. Ce que je pensais être des chuchotements devaient être tout simplement le souffle de l'animal sur la nourriture, ou quelque chose dans le genre. Après tout, qu'est-ce qui pouvait m'arriver ici ? J'étais la seule habitante à plusieurs kilomètres, et Forks était réputé pour son minuscule taux de criminalité.
Je descendis l'escalier plus rapidement, rassurée par mes déductions. Mais arrivée en bas, je me rendis compte que j'avais totalement faux : quatre personnes avaient envahi le rez-de-chaussée, seulement éclairés de leur lampe de poche. Deux d'entre eux tenaient un grand sac chacun, qu'ils remplissaient d'objets légers du salon : des poteries décoratives, les dvd, les horloges, les tableaux, le coupe-cigare en or… Un autre vidait la salle à manger, la délestant de l'argenterie et autres articles de table. Le dernier était dans la cuisine, mais je n'arrivais pas à le distinguer ou à voir ce qu'il faisait.
-Bouge pas toi !
Je fus interrompue dans ma contemplation par cet éclat de voix. Aussitôt, un des deux types du salon se précipita vers moi, et je n'avais pas eu le temps de monter trois marches pour fuir qu'il me tenait par le bras avant de me tirer vers lui, me faisant perdre l'équilibre. Heureusement, le cambrioleur avait plus de réflexes que moi : il me rattrapa, m'emprisonnant dans ses bras.
-Lâchez-moi ! Criai-je en me débattant.
Les autres types étaient près de nous maintenant, et parmi eux, je reconnus le fils Newton, Dany, le frère ainé de Mike. Je l'avais vu quelques fois au magasin, lorsqu'il revenait de sa fac à Tacoma. Est-ce que Mike avait quelque chose à voir là-dedans ?
Je me débattais toujours, et redoublai de vigueur lorsque Dany sortit une corde. J'avais l'impression que tout se passait au ralenti, mais en réalité, ça se fit très rapidement. Je fus ligotée en quelques secondes, et poussée sur le canapé.
-Reste là, m'ordonna Dany en brandissant un couteau. Gare à toi si tu bouges.
Il s'assit sur un fauteuil en face de moi, allumant une cigarette. Les autres s'activèrent de plus belle, emportant le maximum. Quand ils eurent terminé avec les objets légers, ils s'occupèrent de l'encombrant : l'écran plat, le lecteur dvd, les haut-parleurs, le four micro-onde, la collection de couteaux …
Dany était toujours en face de moi, et il ne bougea pas quand ses acolytes montèrent pour explorer l'étage. Je n'arrivais pas à réfléchir. C'était de ma faute s'ils étaient là, j'en étais certaine. J'allais devoir me justifier, et répondre de ce vol. Que diraient les propriétaires ? Et s'ils venaient ici pour me demander de rembourser ?! S'ils me jetaient dehors après avoir pris tout ce que j'avais ?! Que dirait Edward ?!
-Eh ! Il y a même un flingue !
Je sursautai en entendant la voix de Mike. Celui-ci dévala l'escalier comme un fou, une arme dans la main. Je me relevai, perturbée.
-Mike ? Qu'est-ce que tu fais là ?
Il s'arrêta, gêné. Là-haut, des bruits sourds se faisaient entendre. Que faisaient-ils ? Mike s'avança dans le salon.
-Ben… J'en ai marre d'être traité comme un gamin tu sais Bella. Tous les jours, mes parents s'attendent à ce que je sois le meilleur. Je ne suis que le gamin boutonneux, premier de la classe, qui fait rire tout le monde et qu'on ne vient voir que pour lui demander des services. Alors, quand j'ai vu le fric que je pouvais me faire dans une baraque comme ça… Ben j'en ai profité.
-Assieds-toi ! Aboya son frère à mon attention. Toi, donne-moi ça, dit-il en tendant la main vers son cadet.
-Non ! C'est moi qui l'ai trouvé !
Mike eut l'air d'un gamin qu'on venait de punir. Il resta debout, les bras croisés, levant la tête de temps à autre quand un bruit était plus fort. Je m'étais assise à nouveau, par prudence.
-Et après ? M'enquis-je. Qu'est-ce que vous allez faire de moi ?
-La ferme ! Grogna Dany. Mike, surveille-la, je vais voir où ils en sont.
Sans attendre de réponse, il se leva et rejoignit ses complices au premier. Mike se tourna vers moi et sourit.
-Alors, t'as réfléchi ? Ça ne te dirait pas de venir avec moi à l'université ?
Quoi ?! Il me proposait réellement de l'accompagner ? Il devait vraiment avoir une araignée au plafond pour y croire.
-Euh… Il faut voir, on ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve… Ma mère voudrait que je fasse des études, elle sera peut-être heureuse si je vais à la fac de Seattle…
Mike sourit, au comble du bonheur semble-t-il. Croyait-il vraiment que j'allais aller avec lui ? Comprenait-il que j'étais ligotée, et qu'il cambriolait ce que je considérais comme ma maison ? J'en étais presque à vouloir qu'Edward soit là, et qu'il fasse comprendre à ces sales types qu'ils avaient fait une erreur. Et si mon fantôme ne revenait que le lendemain, j'espérais juste rester en vie pour dénoncer Mike et ses copains. J'étais presque sûre qu'Edward se ferait une joie de leur donner la trouille de leur vie.
Voyant que personne ne venait voir ce que Mike et moi faisions, je me remis debout.
-Détache-moi Mike, je te promets que je ne dirais rien à personne.
L'expression de confusion sur le visage de l'adolescent me choqua particulièrement. N'avait-il pas pensé aux conséquences ?
-Il faut que je demande à Dany… Il m'a dit de lui faire confiance.
Je reculai, pas après pas, me dirigeant lentement vers la porte d'entrée qui était restée entrouverte. Je supposai que Mike avait piqué mes clés sans que je ne m'en aperçoive.
-Reste-là Bella, me demanda le cadet des Newton en braquant le pistolet sur moi. Tu dois rester devant moi, je dois te surveiller !
Je restai immobile une seconde, retenant mon souffle, avant de reprendre mon avancée. Mike agrippa l'arme avec fébrilité, tout tremblant. Je stoppai tout mouvement par prudence. Soudain, un bruit assourdissant fit trembler la villa. Je sursautai en poussant un cri, mais la réaction de Mike dépassa la mienne. J'entendis une puissante détonation avant de voir Mike reculer, comme repoussé par une secousse. Je ne sus si la douleur me traversa avant de tomber, ou après ma chute. Tandis que je basculais vers l'arrière, j'eus juste le temps de songer que le destin était ironique, puisqu'il me permettait de mourir de la même façon que mon père.
Merci encore de votre présence. Que pensez-vous de ce chapitre ?
Je ne veux pas m'avancer pour le prochain chapitre, alors je vais dire dimanche prochain si tout va bien, sans garantie.
Passez une bonne semaine.
Bisous
