Peu d'élèves attendaient dans le Hall sans doute car beaucoup finissait leurs valises. Teddy se figea en reconnaissant celui avec qui elle riait.
Adam.
Tous deux très complices et cernés, il observa leurs grands gestes qui illustraient leurs propos, leurs genoux qui se frôlaient, Adam qui se pencha pour chuchoter à l'oreille de Victoire et Victoire qui explosa de rire. Il ne les avait jamais vu ensemble, mais c'était comme s'ils se connaissaient depuis toujours. Son ami sortit de sa poche un morceau de papier et elle lui lança un regard si doux qu'il explosa. Il se serait sans doute jeté sur Adam s'il n'avait pas senti une main se poser sur son bras.
« Teddy, tu ne m'entends pas ? » le questionna Charlotte.
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Teddy l'observait depuis qu'ils s'étaient installés dans l'Argo en ignorant les questions qui passaient en boucle dans les yeux de sa meilleure amie. Adam était assis à l'autre bout de la pièce, riant à une blague d'Elena, un livre ouvert sur les genoux. Les images tournaient en boucle dans sa tête : leurs frôlements, leurs regards complices… Lorsqu'il avait quitté Victoire la veille au soir, elle pleurait tout autant que lui, sans doute par regret et dégout de leur baiser. Il avait croisé Adam qui sortait de la salle de bal. Celui-ci avait essayé de le retenir mais Teddy l'avait rejeté sèchement.
Que c'était-il passé ensuite ? Il était tard lorsqu'il avait rejoint le pavillon des chasses. Comment deux personnes ne se connaissant pas avaient pu se rapprocher aussi rapidement ?
S'il passait la plus grande partie de son temps libre avec Lucas et Charlotte, Teddy n'avait passé une semaine sans travailler aux côtés d'Adam pendant 7 ans. Ils avaient toujours su s'accorder et se tirer vers le haut. Ils partageaient tous deux une passion malsaine pour la perfection et se devaient mutuellement leurs excellents résultats. Leurs heures passées ensemble à bibliothèque avaient également été ponctuées par de nombreux échanges sur leur vie. Adam savait qui était Victoire. Il savait à quel point Teddy aimait Victoire -comme une sœur, cela s'entendait – et était protecteur envers elle. Et outre sa capacité à faire rire, son grand sourire et sa silhouette élancée qui, pour Teddy, était un avantage certain auprès des filles, Adam demeurait un garçon réservé.
« Hey le champion ! Viens voir les photos que Gary a pris hier soir ! » le héla Lucas, assis parmi le groupe.
Ce dernier récupéra le livre ouvert – qui s'avérait en fait être un album - sur les genoux d'Adam et le tendit à son ami. S'appuyant sur le dossier d'un fauteuil, Teddy observa les différentes prises, essayant d'éteindre le feu qui le consumait pour ne pas créer de scandale. Charlotte assise face à un Beauxbâtons, l'air ahuri. A ses côtés, cette dernière rit en se justifiant avoir essayer de donner sa chance à un garçon intelligent mais clairement pas canon et pas drôle. Les photos étaient belles, mais ils ne connaissaient pas la plupart des modèles. Il allait féliciter le serdaigle pour son travail lorsqu'il tomba sur une photo de Victoire et lui, sans doute pendant l'ouverture de Bal.
Elle avait une main posée sur son épaule, l'autre au creux de la sienne. Elle avait le regard pétillant, les yeux dans les siens. Lui n'en menait pas large. Il se souvenait très nettement de la chaleur de sa peau, de sa longue robe qui frôlait ses chevilles, et de son sourire qu'elle ne donnait qu'à lui. De la bulle qu'ils s'étaient créés. Avait-il eu cet air niait toute la soirée ?! Puis, passé l'attendrissement à ce souvenir, le feu revint lui dévorer les entrailles. Charlotte posa la tête sur son épaule et soupira.
« Vous étiez très beau hier. De loin le couple le plus assorti de la soirée, lui murmura Charlotte.
- Dommage qu'Adam ait tout gâché. » Répliqua-t-il un peu plus fort et sèchement que prévu.
Sous le coup de la surprise, Adam perdit son sourire, fronça les sourcils et se redressa dans son fauteuil. Teddy sentait les regards passant du serdaigle à lui, parfois curieux, parfois interrogateur.
« Qu'est-ce que t'as, vieux ? osa le questionner Adam
- C'est justement la question que je me posais : qu'est-ce que tu as avec ma cousine ? »
Il vit son ami rougir et expirer douloureusement. Teddy savait que ses yeux lançaient des éclairs. Il brulait de l'intérieur et avait l'impression qu'une seule chose l'apaiserait : exploser les dents de ce connard. Il sentit à peine les mains de Charlotte sur son bras et sa voix le suppliant de se calmer et de l'accompagner faire un tour sur le pont. Adam ne disait rien. Il était comme pétrifié. Les autres devaient prendre ça pour de l'incompréhension mais Teddy savait qu'il se sentait piégé.
Au bout de quelques secondes, à bout de nerf, le jeune Lupin se dégagea d'un geste ferme de l'étreinte de sa meilleure amie et sorti sur le pont. S'il restait ici plus longtemps, il allait déraper, il le savait.
Ce dernier était désert. L'Argo fendait les airs à toute allure au-dessus des nuages. Le vent glacial lui fouettait le visage et apaisait quelque peu le feu ravageur. C'était bien sûr sans compter qu'Adam le rejoigne.
« Je ne sais pas ce que tu as Teddy mais j'ai clairement besoin d'explication. » Fût-il obligé de hurler pour couvrir le bruit du vent.
- Tu oses poser la question Adam ?! Ricana-t-il. J'ai quitté Victoire 8 heures en tout et pour tout et je vous retrouve copains comme cochons ce matin ! Tu m'expliques ?
- Ecoute, je ne sais pas ce qu'il te passe dans la tête mais…
- Ce qu'il se passe dans ma tête, c'est que je crois qu'encore une fois, tu vas faire du mal à une fille ! Sauf que là, c'est de ma cousine qu'on parle !
- Quoi mais… Tu te fous de ma gueule j'espère ! » lui tournant le dos, Teddy s'éloigna d'un pas rageur d'Adam qui le suivit. « J'ai retrouvé ta cousine au bout de sa vie dans un couloir désert, assise par terre alors que le sol était glacé. Au début, je l'avais même pas reconnu ! Je n'ai rien fait à part essayer de lui changer les idées ! » puis après un silence « Clairement, je sais pas ce qu'il s'est passé entre vous mais viens pas me dire que je fais du mal aux filles ! C'est moi qui ait ramassé Elena et Hanna à la petite cuillère et je ne parle même pas de toutes les autres filles que tu as laissées tomber sans raisons apparentes pendant toutes ces années ! Victoire était au fond du gouffre. Je me suis assuré qu'elle n'allait pas se jeter d'une falaise, on a un peu parlé et c'est tout ce qu'il s'est passé ! Et puis de toute manière, je n'ai aucun compte à te rendre ! MERDE !
- Et c'est quoi ce papier que tu lui as donné dans le hall ?!
- Mon adresse, elle me l'a demandé pour m'écrire et… »
Teddy eut un rire nerveux fou et lui envoya un uppercut dans la mâchoire. Adam tomba sur la rambarde de l'Argo puis au sol, la bouche en sang. Il voulut se relever pour répliquer, rouge de colère, mais il sentit une paire de bras le ceinturer, l'empêchant de réaliser son vœu de Noël.
« Hey le bouffon » hurla-t-il à Teddy qui se laissait entrainer plus loin par Lucas. « Tu ne t'approches plus de moi et tu n'approches pas d'elle non plus. Tu ne la mérite pas cette fille ! »
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Victoire arriva chez ses parents accompagnée de son petit frère Louis et de ses grands-parents maternels. Aussitôt, l'atmosphère chaleureux et joyeux de la maison familiale apaisa ses ballonnements. Sa petite sœur lui sauta dans les bras en criant son prénom, sa mère lui déposa une trace de rouge à lèvre sur la joue que son père essuya en riant. Toute la décoration était prête pour la fête du lendemain soir. La marmite qui bouillonnait rependait une bonne odeur de ragout dans tout le rez de chaussée.
Mais rapidement, elle eut besoin d'espace. Elle sortit emmitouflée sous plusieurs couches de vêtements et savoura avec bonheur le vent froid et l'embrun fouettant son visage. La mer d'Ecosse faisait face à la maison. Ses pommettes et le bout de son nez ne tardèrent pas à rougir mais elle s'en fichait. Elle s'avança pour s'assoir sur le sable. Fermant les yeux pour effacer l'image de Teddy l'abandonnant pour les rouvrir sur le paysage féérique écossais. Les massifs rocheux déserts l'enveloppaient, et au loin, à l'horizon, les côtes se laissaient devinés à travers la brume. Suite à la bataille mettant fin à la guerre, son père avait eu beaucoup de mal à se remettre du décès de son frère Fred et de ses nombreux amis. Sa mère l'avait emmené un mois entier à la découverte de l'Ecosse, de ses iles et des Highlands. Ils étaient partis avec leurs sac à dos, à pied, pendant plus de six mois. A cette époque, ils étaient encore de jeunes mariés et n'avaient pu profiter de leur lune de miel, le pays étant ravagé par la guerre. Sa mère lui racontait comment ce voyage les avaient rapprochés et avait eu raison de leur peine. Elle riait aussi en lui racontant comment ils avaient dû rejoindre Durness, une petite ville à l'extrême nord, en toute hâte au bout de trois mois de vadrouille pour trouver un test de grossesse – qui s'était révélé positif puisque Victoire avait élu domicile dans le ventre de sa maman à ce moment-là. Et puis, tombés amoureux de la culture et de la vie d'ermites, Fleur et Bill avaient choisi un petit lopin de terre rocailleux pour construire eux même leur maison.
Victoire comprenait aisément leur choix de vie. Quand le ciel était dégagé, il lui suffisait d'observer le paysage pour que ses angoisses disparaissent face à l'immensité et la majestuosité du monde. Mais ce qu'elle préférait par-dessus tout, c'était la nuit, lorsque le ciel était dégagé et offrait un superbe spectacle entre le pétillement des étoiles, les pluies d'étoiles filantes et les aurores boréales.
En ayant grandi dans cet environnement si paisible, Victoire ne pouvait envisager une vie de citadine. Rien que les séjours chez sa Tante Gabrielle l'ennuyait particulièrement. Elle avait hâte d'être en âge de passer son permis voiture afin de découvrir plus amplement les campagnes françaises qui, paraissait-il, regorgeaient-elles aussi de perles.
Au bout de quelques longues minutes, elle vit sa petite sœur et le chien de la famille, Datcha, la dépasser en courant vers la mer. Sa mère ne tarda pas à venir s'installer à ses côtés déposant un plaid sur leurs épaules. Elle lui demanda comment se passait le Tournoi. Victoire lui fit un rapide résumé, n'hésitant pas à descendre Pierre. Elle avait toujours été très proche de sa mère. Cette dernière la comprenait à de nombreux égards, bien plus que son père même si Victoire l'adorait. Elle était toujours à l'écoute, toujours patiente et rassurante. Fleur Weasley était typiquement le genre de personne à avoir deux visages. Sa fille adorait ça car elle n'avait à partager la tendresse de sa mère qu'avec son frère, sa sœur et son père.
Victoire lui raconta également ses progrès pour devenir animagus et lui montra la photo qui ne la quittait plus. Puis elle lui donna des nouvelles de ses amis. Mais elle savait que sa mère, éternelle romantique, n'attendait qu'elle n'aborde qu'un sujet : le bal.
« Maman, j'ai besoin de conseil… »
Si Fleur avait compris depuis longtemps les sentiments de sa fille envers le jeune Lupin, c'était la première fois que cette dernière abordait le sujet avec elle. Mais Victoire ne lui raconta pas les détails. Leurs baisers n'appartenaient qu'à Teddy et elle, et si c'était la seule chose qu'ils ne partageraient jamais, elle préférait enfermer ce souvenir au fond de son cœur.
« Je n'avais pas imaginé que cette année ressemblerait à ce qu'elle est en réalité. Et je crois que c'est pareil pour Teddy. Il est toujours très pris par ses devoirs de Champion et je crois qu'il aime bien la fille de Durmstang… Mais il m'a quand même invité au bal alors j'ai espéré, mais il m'a bien fait comprendre que nos sentiments n'étaient pas réciproque. »
Victoire sentit couler une larme sur sa joue, et alors qu'elle l'essuyait d'un geste rageur, sa mère la serra contre elle.
« Je suis désolée ma chérie… » se contenta de répondre Fleur au début. Puis après un moment de silence balayé par les vents violents : « Je ne vais pas te mentir ou te faire espérer. Tu connaitras d'autres échecs. Teddy ne sait pas ce qu'il perd – je suis très sérieuse – mais il te fait tout de même un très beau cadeau. Un premier amour, surtout s'il n'est pas réciproque, laisse des blessures, et tu en auras d'autres. Il ne faut pas que tu ais peur de souffrir et que tu t'enfermes dans une bulle. Les échecs n'existent que pour te renforcer. Les bonheurs et les malheurs que tu rencontreras te permettront d'apprendre à te connaitre, à te respecter, et te donner aux autres. Et un jour, tu auras la chance de rencontrer la personne qui complètera tes faiblesses, qui aimera ta personnalité et te tirera vers le haut. Et toi, ma fille, tu seras prête ce jour-là à t'ouvrir à lui et à lui aménager une place suffisamment grande dans ta vie et dans ton cœur pour que vous puissiez construire quelque chose de grand, fort, profond. Et à ce moment-là, je serais la plus heureuse car tu me donneras pleins de petits-enfants ! »
Victoire bouscula sa mère en riant. Puis le vide lui enserra la poitrine, de plus en plus écrasant.
« Mais… J'aime Teddy depuis si longtemps… Je ne sais pas si je parviendrais à l'oublier…
- Donne-toi du temps Victoire, prends patience. Et prends tes distances avec lui si tu en as besoin. Mais surtout fais toi confiance. »
