Qu'il fut dur à écrire celui-ci ! Pardon pour le délai, j'espère que vous n'en avez pas profité pour oublier ce charmant Bigoudi ! Car il est de retour !
Je vous souhaite à tous et toutes une bonne lecture ! Et surtout n'hésitez pas à me harceler un peu si je tarde trop !
Fidèle à sa parole, le détective Bigoudi Bouclebrune se lança corps et âme dans cette enquête. Il avait commencé par préparer des fiches, afin de rassembler les renseignements qu'il avait récoltés et il avait illustré le tout d'articles qu'il avait découpés dans les différents magazines que lisaient les amies de sa maman.
Il s'était ensuite rendu dans le smial de Roger et Hilda Garenne, un endroit qui lui avait semblé tout à fait douillet et confortable. Là, ils avaient parlé des différentes personnes qui auraient pu en vouloir à la chanteuse, mais il semblait que tout le monde l'appréciait. Il avait ensuite examiné les lettres de menace reçues par Hilda. Son mari les avait toutes soigneusement conservées, triées dans l'ordre de réception et avait même fourni au détective le détail des dates et des lieux relatifs à ces affreuses missives. Un Hobbit très organisé ce Roger.
Leur contenu était toujours plus ou moins le même et Bigoudi ne pensait pas pouvoir en tirer quoi que ce soit. L'absence d'indices sur les enveloppes l'avait conforté dans son idée : le corbeau déposait lui-même ses lettres. À moins qu'il n'ait demandé ou payé quelqu'un pour le faire à sa place ? Toujours était-il qu'il ne faisait pas usage de la poste hobbite, pourtant reconnue pour son efficacité et sa discrétion toute relative. La liste dressée par Roger était plus intéressante car elle recensait les endroits où les lettres avaient été reçues : le smial conjugal mais aussi les différentes tavernes et auberges où Hilda se produisait : leur auteur savait toujours où se trouvait la chanteuse.
Il était même probable qu'il soit déjà au courant de son entrevue chez le détective. Le corbeau serait sur ses gardes, songea Bigoudi.
Suivre Hilda à la trace était la meilleure solution pour le dénicher.
L'artiste lui donna finalement le programme de ses prestations à venir et elle tâcha de lui rappeler très clairement qu'il était payé pour retrouver le corbeau et non pas assurer sa sécurité ou lui donner des conseils. Elle s'en passerait très bien, merci.
Le lendemain soir, Hilda devait donner une représentation à l'auberge du Chat qui tousse, une gargote connue d'à peine quelques initiés amateurs de liqueur de millepertuis, qui se logeait dans le fond d'une ruelle sombre de Bourg de Touque. Malgré le désaccord flagrant de sa maman et sa menace d'enfermer son fils unique dans sa chambre et même de le priver de dessert s'il insistait, Bigoudi avait décidé de s'y rendre après avoir fait des pieds et des mains pour que Robin Petitterrier accepte de lui prêter son poney. Le périple avec sa valeureuse monture avait été épique, mais notre Hobbit décida que puisqu'il n'y avait pas eu de témoins, personne n'en saurait jamais rien.
En pénétrant dans l'auberge, Bigoudi fut assailli par un épais nuage de fumée. Tous les Hobbits attablés tiraient fébrilement sur leur pipe en attendant le début du concert et cela semblait être une habitude, en déduisit notre détective en se remémorant le nom de l'endroit. Qu'allait dire sa mère ? Elle qui n'était pas d'accord pour qu'il vienne dans cet endroit supposément mal famé, alors si en plus, il sentait le tabac, il ne donnait pas cher de son autorisation parentale à sortir le soir.
De plus, la fumée qui lui piquait les yeux était un obstacle certain pour l'observation des suspects. Il crut reconnaître la voix du père Chaumine, qui commençait à s'impatienter, quand enfin, le rideau se leva.
Hilda était absolument sublime dans sa robe pailletée qui ne laissait que peu de place à l'imagination et les volutes de fumée autour d'elle rendaient la jeune femme presque irréelle. Sa voix envoûtante ensorcela son public qui ne la lâcha pas des yeux. Le père Magotte avait même la bouche ouverte et un filet de bave qui lui coulait le long du menton alors qu'elle entonnait les premières notes de sa chanson la plus connue "La la la, l'amour, la la la". Quand elle remarqua la présence de l'enquêteur, Hilda lui envoya un baiser.
Bigoudi faillit défaillir sous l'émotion. Il peina à se reconcentrer tant il était captivé par la prestation de la chanteuse, en oubliant presque de surveiller la salle, lorsque soudain, quelque chose attira son attention. Seul son professionnalisme avait pu le détecter. Du coin de l'œil, il vit une silhouette se déplacer discrètement entre les tables pour se rendre vers les coulisses. Il aurait voulu rester contempler… non, surveiller l'artiste, mais il se souvint de son insistance. Il devait démasquer le corbeau, rien d'autre. Il soupira. Prenant son courage à deux mains, il décida de suivre le mystérieux individu. Ce dernier s'avançait à pas de loup, surveillant fréquemment derrière lui et Bigoudi dut faire preuve de sang froid et de toutes ses techniques de filature pour ne pas se faire repérer. Le Hobbit qu'il suivait portait une cape longue avec une capuche rabattue sur la tête, et jamais il ne put voir son visage.
Alors que Bigoudi tentait de rester discret, il perdit sa proie de vue. Il chercha brièvement dans les couloirs vides et plongés dans l'obscurité et jura dans sa barbe inexistante. Comment était-il possible qu'une minable taverne soit un tel labyrinthe ? Alors que notre détective s'apprêtait à renoncer et à retourner dans la salle du concert, il entendit une porte claquer. Oubliant toute discrétion, il se rua dans cette direction pour se trouver nez à nez avec une porte qui s'agitait encore après avoir été malmenée.
Son flair infaillible de limier - ainsi que la brise fraîche, les étoiles qui scintillaient, la silhouette des arbres - lui permit de déduire à raison que la porte donnait sur l'extérieur. Mais il ne vit nulle silhouette s'enfuir ou se dissimuler dans un recoin. Très agacé, il frappa du pied dans un caillou qui passait par là et il couina sous la douleur. Il décida de regagner la salle principale pour vérifier que la chanteuse était toujours saine et sauve et fit le tour par l'extérieur.
Et là, dans l'entrebâillement de la porte principale, il découvrit un Hobbit qui tentait de regarder à l'intérieur sans se faire repérer. Et quand ce dernier se retourna, Bigoudi le reconnut.
