Merci à Vautour2B qui m'a permis de rectifier le dialogue entre Aldéran/Maji/Kesdra 1
- Mais qu'est-ce que c'est que ce truc… ? souffla encore le Marin.
- On dirait le résultat d'une graine ayant germé très très longtemps pour en arriver à ce stade de développement, murmura Aldéran. Ton cerveau n'est plus que cet immense bosquet végétal noir.
- Et qu'est-ce que ça change pour moi ? Cela ne m'a pas empêché de fonctionner jusqu'ici !
- Ca t'a surtout permis de faire sauter La Bannière de la Liberté sans l'ombre d'un remord ou d'une hésitation, aboya sèchement le jeune homme.
Maji se frotta les yeux, semblant s'éveiller d'un cauchemar et ne réalisant pas où il se trouvait.
- Non, jamais je n'aurais… ! Je n'ai fait que le rêver, suite aux venues à répétition des Sylvidres et de leur Reine qui y était hébergée ! Aldie, tu me connais : je grogne, j'aboie, je râle, mais il me serait impossible de faire du mal aux personnes que j'estime le plus !
- Tu l'as pourtant fait. Papa et moi pouvons te filer notre dossier médical. Ou une simple vidéoconférence avec Ban qui est toujours hospitalisé suffira, le moment venu. Pour l'immédiat, nous avons à nous débarrasser de « ça » et à trouver le moyen de sortir de ta tête !
Le dos rond, les épaules voûtées, Maji s'approcha des premiers enchevêtrements du bosquet noir qui semblait pourtant parcouru de décharges d'énergie, certains de ses branchages se balançant légèrement bien qu'il n'y ai pas le moindre souffle d'air. Ca en faisait le mur colossal d'un édifice monstrueux dont les branches partaient dans tous les sens pour s'enfoncer partout dans sa membrane cérébrale.
Ses mains agrippèrent les branchages qui lui semblèrent de métal, d'une solidité sans doute à toute épreuve !
Un long frisson le parcourut.
- Et ça m'aurait fait voir tout ce qui n'existait pas ? Ca m'aurait fait croire que tout était vrai alors que rien ne l'était ?
- Tu le regrettes ?
- Non, pas pour tous les saccages et drames que j'ai causés… Mais j'aurais vraiment voulu revoir mon premier capitaine, même si je réalise maintenant que jamais il ne m'aurait encouragé dans ces forfaits ! Capitaine, pourquoi est-ce vous justement que l'on a choisi pour diriger les fils de la marionnette que j'étais ?
- Tu parles toujours à ton ami imaginaire, comme lorsque je t'ai vu soi-disant en pleine conversation devant LaBannièredelaLiberté? grogna Aldéran.
- Je le crains bien, c'est dur de renoncer à ses souvenirs…
- Mais, dans ce monde d'illusions, je suis bien réel, crois-moi, grinça Zhan.
Aldéran se retourna d'un bloc, apercevant de fait l'ancien capitaine qu'accompagnaient une poignée de sylvidres qui se saisirent de lui et de Maji.
- Je sais que ça ne sert plus à rien, moins que jamais, mais je n'ai jamais voulu en arriver là, soupira Maji qui tentait encore de libérer ses poignets entravés par les fines branches du bosquet noir auquel il était retenu.
- Arrête de pleurnicher ! siffla Aldéran. Ca a toujours agacé mon père, et je le comprends !
Il posa son regard sur Zhan qui semblait effectivement désagréablement réel !
- Pourquoi tu nous laisses encore en vie ? C'est généralement une erreur dans toute bonne fiction qui se respecte ! ?
- Mais nous ne sommes pas dans une fiction télévisée ou littéraire ! Et, oui, je vais jouer à cette petite phase des révélations finales avant l'exécution !
Et pour ajouter au comble de la confusion de Maji son premier capitaine changea d'apparence pour prendre celle d'une Sylvidre.
Il tressaillit jusqu'au plus profond de son être.
- Tu lui ressembles… Mais elle est morte, je l'ai vue brûler sous mes yeux, tuée par celui que tu viens d'incarner.
- Je suis la jumelle de celle que tu as rêvé être ta femme. Je m'appelle Kesdra.
- « rêvé » ? releva pour sa part Aldéran.
- Oui, il nous fallait une taupe au cœur même de l'Arcadia. Le destin de cet abruti stupide nous était limpide. Nous lui avons juste donné un coup de pouce ! Un humain et une sylvidre lambda, avoir un enfant, il fallait vraiment être un idiot complet pour y croire ! Tu as cru recueillir une femme amnésique, nabot, mais c'est en toi qu'elle a implanté la graine du bosquet noir et tous les souvenirs d'une vie conjugale puis familiale. Après même ce Tornadéo n'a vu celle que tu appelais ta femme que la nuit où il l'a abattue !
- Mais quel était votre but ? glapit le vieux Marin. Quand j'ai perdu Midori, une seconde fois… larmoya-t-il.
- Comme prévu, les sentiments opposés – la haine des Sylvidres qui t'avaient à la fois berné tout en te laissant l'espoir de retrouver un jour celle que tu n'as jamais cessé de considérer comme ta fille, et un ressentiment tout aussi grand envers celui qui t'avais quasiment obligé à tirer sur la navette de Midori comme s'il avait lui-même poussé le bouton – se sont emmêlés où jusqu'à te rendre totalement incontrôlable, passant d'un extrême à l'autre. Mais ces instincts que je manipulais via le bosquet noir qui grandissait à l'infini bien qu'il soit limité à ton cerveau, je les faisais rejaillir selon le besoin. Tu as longtemps été « en sommeil ». Ce n'est que tout récemment que nous avons pu t'utiliser à la pleine mesure de tes moyens pour prendre notre revanche sur le pirate qui avait défait notre magnifique Reine !
- Moi, j'ai plutôt l'impression qu'il vous a été impossible de contrôler Maji ! coupa Aldéran. Car si je fais un peu le bilan, Maji a fait plus de mal aux Sylvidres et à leur Reine actuelle qu'à la descendance de votre ancien triomphateur !
- Oui, Maji est effectivement trop barré que pour pouvoir être canalisé et dirigé ! reconnut Kesdra avec une grimace. En dépit des apparences, il a pris l'initiative, sa haine l'emportant sur tout, sombrant véritablement dans la folie, mon petit bosquet l'obnubilant totalement. Mais bon, il a quand même fini par te faire venir, avec ton père et je t'ai sous la main ! ricana-t-elle.
- Alors, rien n'était vrai, larmoya Maji qui ne s'était arrêté qu'à ses faux souvenirs.
- Quelles sont tes intentions, Kesdra ? reprit Aldéran dans un sifflement.
- Je vais jeter ton cadavre aux pieds de ce vieux pirate, avant de l'envoyer te rejoindre !
Se tortillant hors du fouillis du bosquet, une branche s'enroula autour du cou d'Aldéran, resserrant lentement sa prise.
- Vous allez le tuer ! protesta Maji.
- Oui, c'est un peu l'idée, grinça la Sylvidre.
- Arrêtez, vous ne pouvez pas faire ça !
- Je ne vois vraiment pas pourquoi je me priverais de ce plaisir ? rétorqua Kesdra dans un rire.
- Aldéran, tiens bon, pria le Marin alors que privé d'oxygène le jeune homme sombrait dans l'inconscience tandis que la branche continuait de l'étrangler.
Aldéran avait la sensation de planer au cœur même du bosquet, s'y déplaçant librement.
« Si c'est ça l'élévation de la mort, ce n'est aussi terrible que redouté… Et quitter ce réseau végétal sera vraiment un soulagement ! Je ne l'imaginais pas si vaste, il est vraiment infini, ce bosquet, et pourtant il se limite au cerveau de Maji ! Ah, enfin, la lumière… ».
Mais loin du tunnel lumineux de certains récits, il se retrouva face à une sorte de luciole gélatineuse rosâtre.
Le jeune homme ne put s'empêcher d'avoir un sourire.
« Non, ce serait trop beau si en m'amenant aux portes de la mort cette Kesdra me donnait la seule occasion d'anéantir ce bosquet ! ? Mais, cette petite boule semble bel et bien le cœur de cette horreur végétale ! Je ne pouvais l'approcher que dans cet état frontière… En ce cas, c'est terminé d'avoir joué avec l'esprit et l'âme de mon ami ! ».
Et il referma ses doigts sur la luciole, l'écrasant, la faisant éclater !
- Aldéran ! hurla à nouveau Maji alors que le corps du jeune homme avait entièrement irradié de lumière, le signe de Saharya plus étincelant que jamais.
Et l'énergie pure que transmettait tout Terra IV à son protecteur se propagea au bosquet, le désintégrant.
