Disclaimer : les persos sont à JK Rowling bien sûr.

Couple : HP-DM, RW-HG, et... deux surprises.

Résumé : Harry et Draco se sont enfin revus. Mais le jeune mangemort est reparti vers l'autre camp. Les sentiments des personnages se bousculent, les questions aussi. Mais le temps presse, car Voldemort a trouvé son objet, et il revient...

Petit post it : Pardonnez-moi d'avoir été si longue ! Mais vous allez pouvoir comprendre vous même pourquoi l'écriture de chapitre 10 a duré si longtemps : il est vraiment, vraiment, vraiment très long. èé J'espère qu'il vous plaira en tout cas, il y a un peu de tout. J'ai bien aimé l'écrire parce qu'il m'a permis de faire avancer la psychologie de tous les personnages. Bref, bonne lectuuuuure !

Dédicace spéciale : à Lulu et à ma soeurette Pithy, pour leur soutien et leur enthousiasme à lire cette fic ! A toutes les deux, gros poutous !!


Chapitre 10 : Le retour de Voldemort.

Tout en marchant dans la rue déserte qui menait à l'humble demeure de Snape, Draco Malfoy se demandait si ce sentiment profond de vide allait devenir récurrent chez lui. Ballotté entre deux camps, deux mondes, il passait des draps de Potter à l'emprise de Voldemort. Un coup de vent le fit frissonner. Il avait besoin d'un repère, un point fixe au milieu des deux. Snape peut-être…

Chassé au beau milieu de la nuit de Grimmaurd, Draco s'était rendu dans cette chambre d'hôtel où lui et Harry s'étaient donnés rendez-vous la toute première fois. Le brun lui avait dit qu'il pouvait l'utiliser, que l'Ordre n'y reviendrait plus. Par chance, elle était libre. L'endroit était tellement miteux que peu de clients semblaient s'intéresser au fait de pouvoir y dormir.

Draco avait donc passé quelques heures dans cette chambre pour se reposer, un peu, et réfléchir, beaucoup. Puis il était reparti au lever du soleil en demandant au propriétaire des lieux de lui réserver la chambre, qu'il la paierait.

Toujours songeur, il entra dans le minuscule jardin de l'ancien professeur de potion. Il s'était longtemps demandé s'il allait y revenir. Mais où pouvait-il aller ? Il se secoua mentalement et frappa quelques coups à la porte.

Il n'eut pas à attendre longtemps.

- Et si j'étais absent, qu'aurais-tu fait imbécile ?

L'accueil était plus chaleureux qu'il n'aurait cru. La porte, ouverte en une fraction de seconde, avait laissé Draco un instant surpris. Après avoir croisé les deux yeux noirs de son ancien professeur, il entra.

- Je n'ai pas de clef, répliqua-t-il en retirant sa capuche.

- Il n'y a pas de clef. Cette maison s'ouvre à ceux qui peuvent y entrer. Et tu en fais parti. Evite donc de me faire perdre mon temps à l'avenir.

Le ténébreux sorcier avait terminé sa phrase en disparaissant dans un petit couloir. Draco haussa les épaules et jeta sa cape sur un canapé. Mais alors qu'il allait s'y étendre, la voix froide lui parvint de nouveau.

- Viens ici ! J'ai à te parler !

Le blond emprunta donc le même couloir étroit que Severus, qui l'amena dans une petite pièce carrée servant visiblement de salle de potion. D'un décor assez épuré, la pièce ressemblait presque à un cachot de torture. Mais les étagères remplies de fioles et la paillasse au centre démentaient cette idée. Le bras droit de Voldemort était actuellement penché sur un chaudron, et prenait quelques notes sur un parchemin abîmé.

- Assieds-toi sur le tabouret, et ne touche à rien.

Sans un mot, Draco obéit aux ordres. Il commençait à en avoir l'habitude, d'un côté comme de l'autre. C'était presque amusant finalement.

- Notre Seigneur va bientôt revenir.

- A-t-il trouvé…

- Tais-toi, le coupa Snape sans même le regarder. C'est moi qui parle. Il va bientôt revenir et nous donner de nouvelles missions. Il veut investir le ministère, au plus vite. L'affaire des affiches ne lui a pas plu, tu t'en doutes.

Le maître des potions marqua une pause, pendant laquelle il diminua le feu sous son chaudron et attrapa un torchon pour essuyer sa paillasse.

- Pour ça, il veut sortit Mulciber d'Askaban. Et ça, ce sera la rôle de ton père et de Bella.

- De mon père ? s'inquiéta Draco. Pourquoi lui confie-t-il une mission alors qu'il n'a plus confiance en lui ?

- C'est justement parce qu'il n'a plus confiance en lui qu'il lui confit cette mission. Le ministère a encore la main bonne sur plus de la moitié des Détraqueurs d'Askaban. Il va être très difficile pour Lucius et Bella d'infiltrer les lieux et d'en sortir Mulciber.

- Je… je ne comprends pas, avoua Draco.

- C'est simple pourtant : le Lord espère que ton père échouera.

Cette phrase sonna comme un glas dans le cœur du jeune homme. Si Voldemort avait de telles espérances, c'était simplement pour avoir une bonne raison de se débarrasser définitivement de Lucius. Laisserait-il faire ça ? Les deux poings du jeune homme se serrèrent sur ses cuisses. Il quitta son siège et se redressa de toute sa hauteur pour fixer son ancien maître avec colère.

- Ne dis rien, lança Snape en le fixant. Ne dis surtout rien.

Draco n'eut pas le temps d'esquiver : les deux orbites noires étaient sur lui et le sondaient. Divers souvenirs d'enfance avec son père passèrent, ainsi que les raclées auxquelles il avait eu droit. C'est ce qui lui venait à l'esprit en ce moment même.

- Arrêtez, siffla le blond.

- Je croyais que Bella t'avait appris l'occlumencie ?

- ARRÊTEZ !

Draco parvint à fermer les yeux. Il recula de quelques pas, essoufflé et s'appuya sur le tabouret qu'il venait de quitter. Encore une fois, il s'était fait avoir.

- Tu dois être plus fort Draco, j'ai autre chose à te dire.

Comme dans un cauchemar, à cause du ton employé par Snape et de son visage neutre, Malfoy su d'avance ce qu'il s'apprêtait à apprendre. Et d'avance il le refusait. Son être entier s'y refusait. Jamais…

- Si ton père échoue, tu devras l'éliminer toi-même pour prouver ton allégeance.

Les jambes du jeune homme cédèrent. Le tabouret valsa au sol dans un bruit de ferraille. Le couperet était tombé, Draco se retrouvait dans une impasse. Quand et où pourrait-il jamais être en paix avec lui-même ? Avec sa lâcheté…

Snape regardait son ancien élève de haut. Qui aurait pu imaginer qu'un Malfoy s'effondrerait si facilement ? Il avait cru que Draco détestait son père. S'il l'aimait, sa tâche allait être compliquée. Qu'il détestait ce rôle au fond de lui, qu'il se haïssait pour avoir prononcer cette sentence lui-même. Mais les ordres… étaient les ordres.

- Tu es le premier à savoir tout ça, continua-t-il. Notre Seigneur m'a envoyé un message il y a à peine deux heures. Une réunion aura lieu à son retour. Tu devras paraître impassible Draco.

- Je… ne suis pas censé… savoir ? murmura le blond.

- Si. Mais face à ton père, tu ne devras rien montrer de tes émotions.

- Mais vous êtes fou ! hurla Draco en se redressant enfin. C'EST MON PÈRE !

- Impero !

Pour la deuxième fois en quelques instants, Draco retomba à terre.

- As-tu choisi un camp Draco ? siffla Snape en le forçant à se relever. Aurais-tu fait la bêtise de choisir le mauvais ? Tu vas te calmer et répondre à mes questions lorsque je t'aurais relâché. C'est entendu ?

A moitié contraint, à moitié d'accord, le blond hocha la tête. Tout doucement, il sentit le terrible sort l'abandonner, et il retrouva la mobilité de tous ses membres.

- Vous n'avez pas le droit, siffla-t-il en se frottant un bras.

- J'ai tous les droits, répliqua Snape. Maintenant réponds moi. As-tu choisi ?

Dans sa chambre d'hôtel, et sur tout le chemin parcourut pour revenir ici, Draco avait eu le temps de se préparer à toutes ces questions. Il devait se reprendre. Il règlerait l'histoire de son père après, car il devait sortir victorieux de l'interrogatoire qu'il sentait poindre.

- Oui, répondit-il franchement en défiant le plus âgé d'un regard haineux.

- Lequel ?

- Le vôtre.

Draco fut surpris de voir le visage neutre s'adoucir un instant.

- Le mien…, murmura Snape. Et juste pour information, de quel camp suis-je ?

- Dans celui de Potter, ricana amèrement le blond.

- Je ne trouve pas ça drôle, siffla Severus qui reprit aussitôt son attitude habituelle.

- Vous-Savez-Qui, se reprit Draco.

- Tu n'es qu'un imbécile.

Snape jeta son torchon sur une étagère et quitta la pièce. Draco regarda son dos disparaître dans l'ombre du petit couloir avec étonnement. Pourquoi un imbécile ? N'avait-il pas répondu exactement ce que l'autre mangemort voulait entendre ? Un imbécile ? Vraiment ? Ses émotions débordaient, il respirait difficilement. Devait-il prendre au sérieux cet ordre de meurtre sur son propre père ? N'était-ce pas simplement pour lui faire peur ? Il lui emboîta le pas et le retrouva dans le salon, en train de se servir un verre.

- Si tu as réellement choisi ce camp, dans ce cas, tu feras ce que ton maître te dira, n'est-ce pas ?

Draco s'arrêta net, restant dans l'encadrement de la porte. Snape se tourna vers lui et haussa un sourcil, attendant visiblement une réponse. Voyant que rien ne venait, il reprit :

- Ou bien décevras-tu notre Maître comme tu l'as fait en échouant il y a deux ans ? Dois-je te signaler que la situation est approximativement la même ?

- Rien à voir entre Dumbledore et mon père, siffla le jeune homme qui s'appuyait fermement au mur.

- Si. Ce sont deux êtres inutiles que notre Lord a décidé d'éliminer. Un point c'est tout. Alors ? ajouta-t-il sèchement.

L'esprit de Draco bouillonnait. Il aurait dû rester vers Potter, en sécurité. Prisonnier, mais tranquille. A ce moment là, il en fut certain : le vide qui se créait lentement en lui était définitif.

- Oui, lâcha-t-il.

Toute l'horreur de sa situation se résumait dans cette promesse qu'il venait de faire. Sans un mot de plus, il quitta le salon et prit les escaliers pour s'enfermer dans sa chambre. Il n'avait pas vu ses parents depuis son retour chez les mangemorts. Il n'avait pas vu Potter depuis environ cinq heures. Il ne s'était pas regardé dans une glace depuis une éternité…

Il avait menti à Snape : il n'avait pas réellement choisi son camp, pas encore. Mais il y avait une chose dont il était sûr : Potter ne lui demanderait jamais de tuer quelqu'un, même si c'était son père.


La gifle claqua dans l'air. Mais rien d'autre ne bougea. Une deuxième claque apporta cette fois une réaction.

- Laisse-le Hermione.

C'était Lupin, qui intérieurement, tâchait de comprendre Harry Potter, ce que visiblement, la brune ne parvenait pas à faire, complètement dépassée par les événements.

- Et si tu nous disais ce qu'il y a, hein ? lança-t-elle au jeune homme dont les joues rougissaient encore. On voit bien qu'il y a un truc !

- Moi tout ce que je vois c'est qu'il joue avec le feu ! siffla Ron qui était jusqu'à présent resté calme. Et je le supporte pas. C'est pas ta guerre Harry ! C'est celle de tout le monde ! Nous nous battons ensemble ! Et toi, non, Monsieur prend des décisions tout seul.

Le rouquin marqua une pause et sembla réfléchir un instant.

- Voilà ce que je vais faire, puisqu'il s'agit de prendre des décisions individuelles, reprit-il en se redressant. Je retourne au terrier pour prendre quelques affaires et je file au ministère. Kingsley a accepté de me prendre à l'essai, comme apprenti auror.

- Quoi ? s'exclama Arthur Weasley.

- Certainement pas jeune homme ! renchérit sa femme. Tu vas rester ici et…

- VOUS N'AVEZ RIEN À DIRE ! hurla Ron.

Jamais personne n'avait vu ou même entendu un Weasley hausser le ton ainsi. Tous les membres de l'Ordre présents se figèrent et seul Harry garda la tête baissée.

- Tonks, tu étais au courant ? demanda doucement Remus à sa petite amie.

La jeune femme évita le regard de miel du loup garou et hocha la tête.

- Il ne court aucun risque Molly, assura-t-elle. Il restera avec moi et Kingsley. En ce moment le ministre ne nous donne que des affaires minables à régler. Il va juste apprendre le métier, doucement.

- Ce n'est peut-être pas le moment d'apprendre ce métier, riposta Arthur en colère. Nous sommes en guerre !

Ron haussa les épaules et sortit de la pièce. Harry, la tête toujours baissée, fixait le bois de la grande table, se concentrant sur le picotement de ses joues. Quelque part, au fond de lui, il était en total accord avec son ami. Il se redressa à son tour.

- Il a raison, lança-t-il. Je veux me battre moi aussi. Il faut faire avancer les choses. Remus, si tu es prêt, retournons dans la grotte. On y était presque !

- Comment va ta hanche ? demanda le lycanthrope.

- Je suis parfaitement guéri.

- Harry…

- Non, Molly. Nous devons bouger. Rester ici ne sert à rien. Et… et c'est en parti pour ça que j'ai laissé Malfoy repartir cette nuit. Il n'a rien appris ici, personne ne lui a rien dit. Je n'ai mis personne en danger. Lui par contre, il peut nous apporter des infos.

Hermione sembla sur le point de répliquer quelque chose, mais elle se tut, préférant garder son opinion pour elle. Le silence s'éternisa.

Lorsqu'au matin de cette journée la disparition de Draco Malfoy fut constatée et avouée par Harry, les principaux membres de l'Ordre avait été convoqués. Maugrey avait renforcé la sécurité de la maison en grommelant, Arthur avait murmuré quelque chose à propos de la confiance, et Hermione avait distribué ses deux claques. Mais au fond, elle était beaucoup plus énervée par l'attitude visiblement triste de son ami que par la libération de Malfoy.

Le brun avait eu très peur lorsque Remus l'avait de nouveau surpris en compagnie du mangemort. Mais celui-ci était simplement retourné se coucher sans rien dire.

- Bien, je dois vous laisser, lança Tonks en quittant sa chaise. Les choses stagnent au ministère, mais nous devons être présents malgré tout.

- Nymphadora, tu as intérêt à prendre soin de mon fils ! lança Molly en la pointant du doigt, les larmes aux yeux.

La jeune femme hocha la tête.

- Je vais voir Ron, annonça Hermione qui suivit l'auror dans l'escalier.

- Attendez ! s'exclama Harry qui venait de se rappeler d'un détail important. Cette nuit j'ai… j'ai vu Voldemort.

Tonks et Granger firent aussitôt demi tour. Fred et George, qui jusqu'à présent étaient restés assis de chaque côté de la grande table sans trop rien dire, montrèrent également leur attention.

- Il semblerait qu'il ait trouvé Blodwyn.

- On ne pouvait rien contre ça de toute façon, si ? lança Fleur.

- Non, répondit Bill d'un air grave. S'il voulait le trouver, personne ne pouvait l'arrêter.

- Est-ce que ça veut dire qu'il a aussi son objet ? s'inquiéta Molly.

- Aucune idée, répondit Harry. Je l'ai juste vu entrer dans un château où quelqu'un chantait et bien qu'il ne l'ait ni pensé ni dit à haute voix, j'ai su intimement que c'était Blodwyn.

- Peut-être te souvenais-tu d'un de nos cours de DFCM, ironisa Hermione en croisant les bras. Un vague souvenir qui te disait que Blodwyn est le seul vampire à capturer ses proies en les attirant de sa belle voix.

Harry fit la moue tandis que Fred et George s'autorisaient un sourire moqueur.

- L'important n'est pas là. Si Vous-Savez-Qui a récupéré ce qu'il cherchait, il va bientôt revenir, fit remarquer Arthur. S'il revient, il va faire agir ses mangemorts pour riposter.

- Riposter ? s'étonna Fleur en jetant un regard inquiet à son fiancé.

- Les affiches, expliqua Bill. Il ne laissera pas passer ça.

- Tonks, les choses vont se compliquer pour les aurors, non ? s'inquiéta Molly.

Les cheveux de l'auror avait étonnement pris une couleur beaucoup plus sombre en quelques instants. Elle hocha la tête, pensive.

- Raison de plus pour que Ron ne vous rejoigne pas ! s'écria Molly Weasley. Hermione, va le voir, fais-lui changer d'avis. Toi il t'écoutera peut-être !

La brune acquiesça et sortit aussitôt de la pièce, non sans un dernier regard à Harry qui ne le vit pas. Remus en revanche lui fit un léger sourire et la regarda disparaître dans les escaliers. Il était certain qu'elle finirait par comprendre. Son esprit vif lui permettrait d'imaginer ce que les autres n'oseraient même pas croire.

Il reporta finalement son attention sur Harry. Celui-ci avait de nouveau cette lueur de détermination dans le regard que voilait malgré tout une nostalgie à peine perceptible. Il ne devinait pas un tiers des sentiments du brun, mais il savait pourtant que la situation devait être bien compliquée.

Etait-il amoureux du mangemort ? Il lui avait assuré que non, quelques jours plus tôt, lorsqu'il les avait surpris pour la première fois. Mais Harry pouvait-il le savoir lui-même ?

Remus se sentit le devoir de protéger cette relation, quoiqu'il arrive. Et pour l'instant, tout ce qui pouvait faire du bien au jeune homme, c'était de l'action. Il se leva donc de table et s'adressa directement à lui :

- Bien. Tu es prêt ?


Draco n'entendait plus un bruit dans la maison. Que devait-il faire ? Il se redressa sur son lit où il s'était allongé un instant et laissa pendre ses jambes dans le vide. Il avait cette terrible impression de ne plus s'appartenir.

Il était un jouet pour Voldemort, il était un élève pour Snape, mais il n'était rien pour lui-même. Un couard, un lâche, un traître, un espion inefficace… Mais le vide effrayant qui grandissait en lui venait d'autre chose encore. Au fur et à mesure, depuis leur premier baiser, il devinait qu'il n'était rien non plus pour Potter.

Et cette idée le rendait fou. Il avait toujours été quelque chose pour le balafré ! Un ennemi, un adversaire, un amant s'il le fallait… Mais ce rien le creusait jusqu'à lui faire ressentir des sentiments dont il ne voulait pas. Il se maudissait pour ça, pour cette faiblesse. La tendresse n'était pas quelque chose qu'il maîtrisait. Il refusait de céder.

Mais les mêmes questions le travaillent constamment : que faisait Harry en ce moment même ? Comment l'Ordre avait-il réagi en voyant sa disparition ?

Il se leva et tituba jusqu'à son bureau. Il s'était un peu endormi, la matinée avait filé. Que devait-il faire ? Il prit soudain une décision. Puisqu'il n'était nulle part chez lui, il pouvait bien aller partout. Puisqu'il n'était nulle part en sécurité et libre, au diable les dangers.

Il attrapa sa longue cape et mit son masque dans un grincement de dent. Avant d'ouvrir sa porte, il vida son esprit. Non par peur d'un nouveau élan d'occlumencie de Snape, mais tout simplement parce qu'il ne voulait plus penser à rien. C'était trop douloureux.

Il sortit enfin, la démarche raide et descendit les escaliers. Arrivé dans le salon, il fut à peine surpris de voir Snape penché sur son bureau en train d'écrire. Le maître des potions releva la tête et fronça les sourcils en voyant son accoutrement.

- Tu sors ?

Draco n'avait pas envie de répondre. Il le regarda un instant, sans rien dire, puis se dirigea vers la porte qu'il ouvrit et referma tout simplement. A l'intérieur, Severus se pencha pour regarder par la fenêtre. Il le vit faire quelques pas dans l'allée, puis disparaître, entraînant quelques feuilles mortes à sa suite.

Le mangemort soupira. Il espérait qu'il était retourné vers Potter. Il n'y avait sans doute qu'avec ce gamin prétentieux que Draco était en sécurité.

Puis il retourna à son travail. Il trempa de nouveau la plume qu'il tenait entre ses doigts fins dans son pot d'encre et signa sa lettre.

"Vous-Savez-Qui revient ce soir. Cordialement, SS."

Cela ferait sans doute l'affaire. Combien de temps allait-il être obligé de faire tout ça ? Protéger l'Ordre, protéger le ministère, protéger Potter et Malfoy… protéger Voldemort.


La petite infirmière replaça ses lunettes sur son regard sévère. Elle sortait de la chambre de Potter. Les autres allaient entendre parler d'elle. Pomfresh descendit les escaliers rapidement, une main tenant fermement son sac, l'autre s'appuyant sur la rambarde tremblante. Une fois dans la cuisine, elle explosa :

- Où est-il ?

Molly redressa la tête, Fleur quitta son livre des yeux et Fred cessa de jeter des regards noirs en direction de George qui lui, continua tranquillement à mettre du bois dans le petit poêle de la pièce.

- J'avais interdis qu'il reparte seul sans me prévenir !

- Il est avec Remus, la rassura Fleur.

- Ils sont retournés dans cette grotte, c'est ça ? soupira Pompom qui se laissa tomber sur une chaise.

- J'ai voulu vous le dire avant que vous ne montiez, mais j'ai à peine eu le temps de vous voir passer, s'excusa Molly en déposant une tasse de thé devant l'infirmière.

- Ils sont fous, murmura celle-ci. Le jeune Malfoy a dit que les lieux étaient surveillés.

- Ils ont la cape, rappela George en refermant le poêle.

- Comme si ça va suffire à berner une horde de mangemorts ! répliqua sèchement Fred.

- S'ils passent inaperçus il y a des chances que les mangemorts ne les poursuivent pas, abruti ! hurla George en se redressant de toute sa hauteur pour foudroyer son frère.

- Ah ouais ? Et s'ils ont des Détraqueurs avec eux, hein ?

- Malfoy n'a pas parlé de Détraqueurs !

- Donc tu lui fais confiance toi, à cette sale fouine ?

Les deux jumeaux se faisaient à présent face, de chaque côté de la table, et s'envoyaient le plus de piques possible sous le regard accablé de Molly, celui agacé de Pomfresh, et celui gêné de Fleur. Depuis quand les deux inséparables avaient-ils commencé à se détester ? Après la fermeture de leur magasin ? La plupart des membres de l'Ordre pensaient que cette dispute venait de là : ils avaient échoué dans leur projet commercial et se le reprochaient, chacun à l'autre.

Au bout d'un moment, George en eut marre. Il frappa la table d'un bon coup de poing en fixant son frère méchamment et quitta la pièce. Fred se laissa retomber sur sa chaise. Ces disputes quotidiennes le fatiguaient au plus haut point.

- Vous… vous ne voulez toujours pas faire chambre à part ? murmura Fleur.

- Non, riposta le rouquin, et c'est pas tes oignons !

Il quitta la pièce à son tour. Les trois femmes restées dans la cuisine, entendirent la porte de l'entrée claquer. Il devait être allé se réfugier dans le parc protégé.

- Et dire que c'est bientôt Noël, soupira Molly en reprenant son épluchage de carottes.

- Ah oui, au fait, intervint Pomfresh. Minerva m'a chargé de vous dire que tous les élèves ont l'obligation de rester à Poudlard pendant les vacances. Ils sont plus en sécurité là-bas que chez eux. Mais si les parents veulent absolument les récupérer, il faut signer une décharge et remplir un certain nombre de papiers.

- Peu importe ! s'énerva Molly en attrapant une autre carotte. Je veux revoir ma fille !


Ils étaient donc enfin de retour dans cette petite ville du sud-est de l'Ecosse. Harry marchait d'un bon pas en rasant les murs devant Remus qui le suivait sans rien dire, les mains dans les poches, l'œil aux aguets.

- Tu crois vraiment…, commença-t-il.

- J'en suis sûr ! coupa Harry à voix basse. D'ici trois jours, quatre au maximum, il ne nous restera plus qu'un seul horcruxe à détruire.

- Et pas le plus facile, ronchonna Remus en songeant à Nagini, constamment collée aux basques de Voldemort.

- Tiens, là, ça te plaît ? murmura Harry en désignant une sorte d'auberge accrochée à une maison en ruines.

- Pas vraiment, mais si ce n'est pas le même que l'autre fois, ça fera l'affaire.

Harry lui jeta un regard souriant et s'apprêta à traverser la rue lorsque Remus le retint.

- Attends un peu, laisse moi jouer mon rôle d'aîné veux-tu ?

Le brun acquiesça et laissa le lycanthrope passer devant.

Lorsqu'il avait laissé Draco repartir la nuit d'avant, Potter s'était senti non seulement humilié par la facilité déconcertante avec laquelle Malfoy lui avait parlé de son aventure avec Snape, mais également un peu perdu. A chaque nouveau départ du blond, contrairement à ce qu'il aimerait, Harry se sentait un peu plus vide et à la fois un peu plus proche du blond.

Le fait qu'il lui manque était indéniable et l'agaçait au plus haut point.

Voilà pourquoi il s'était élancé si fébrilement vers l'Ecosse. Il n'était même pas passé au Terrier pour voir Ron une dernière fois comme le lui avait proposé Remus. Non, il devait bouger et remplir ce pour quoi il était né : avancer et détruire le mal.

S'il restait sans rien faire, il aurait peur de lui-même, peur de ces images qui lui hantaient l'esprit dès qu'il cessait de réfléchir et de bouger. Ces images si belles d'un corps si beau sous ses doigts tremblants. Un regard si gris sous des cheveux si doux… Une odeur si persistante et un cœur si bruyant.

- Harry !

Remus l'appelait de l'autre côté de la rue. Visiblement, l'auberge était ouverte. Potter jeta un coup d'œil de chaque côté avant d'abandonner les ombres rasantes des murs pour rejoindre son ami et ancien professeur. Ils entrèrent.


Hermione ne pouvait plus que le regarder faire. Pendant de longues heures, pendant toute la matinée, elle n'avait eu de cesse de vouloir faire changer Ron d'avis. Mais celui-ci était resté campé sur ses décisions. Il voulait agir, ne plus rester sans rien faire. Et puisque Potter voulait agir seul dans son coin, il ne l'aiderait pas.

La brune soupira et tendit son pull au rouquin qui l'attrapa en la remerciant. Tonks lui avait donné rendez-vous à quatorze heures, devant l'entrée principale du ministère. Hermione avait un mauvais pressentiment. Entrer dans le ministère en ce moment, avec cette histoire des affiches, c'était quasiment aussi suicidaire que d'aller chercher un horcruxe dans une grotte surveillée par des mangemorts.

- Ron, je…

- Est-ce que j'amène ma cape ?

- Oui, tu vas avoir froid sinon, murmura Hermione en baissant les yeux.

- S'il te plaît, encourage-moi. Ne m'empêche pas de le faire, lança Ron en réplique au ton triste de sa petite amie.

- Je préfèrerais que tu fasses la paix avec Harry et que vous recommenciez à travailler ensemble, rétorqua-t-elle.

- Il agit seul, j'agis seul. Il laisse entrer et sortir Malfoy comme s'il n'avait pas besoin de nous demander notre avis ! Et bien moi, je décide tout seul d'aller aider les aurors.

- Je crois qu'il y a quelques chose avec Malfoy.

- Evidemment ! Il y a toujours eu quelque chose avec cette sale fouine !

- Non Ron, je veux dire… Je pense qu'il s'est passé quelque chose entre eux. Quand ils sont dans la même pièce, tu n'as rien remarqué ? Harry ne le frappe plus comme quand Malfoy était prisonnier. Il ne l'engueule plus. Il le regarde, l'écoute, le bouscule un peu et c'est tout. Comme si… comme s'ils avaient passé un accord.

Ronald Weasley ne disait rien. Il finissait de ranger quelques affaires.

- Est-ce que tu penses qu'Harry lui fait confiance ? demanda subitement la brune.

- Le problème est là Mione, répondit Ron en refermant un placard. Il lui accorde une confiance absolue ! Je ne sais pas ce qu'il s'est passé à l'hôtel quand Malfoy est venu voir Harry, mais à mon avis, depuis ce moment là, il n'a plus toute sa tête.

- Tu… tu parles d'Harry ?

- Oui.

Hermione détourna les yeux et réfléchit. Elle n'en était pas si sûre. Harry semblait être souvent perdu dans ses pensées, il devait beaucoup réfléchir au contraire. Ron aussi réfléchissait. Elle voyait bien qu'il s'inquiétait pour son ami. Mais au-delà de cette inquiétude, il y avait avant tout la haine profonde qu'il ressentait pour Malfoy. Et quoi de plus naturel lorsque l'on savait que cet ancien serpentard avait craché sur la famille Weasley depuis des années ?

- Bon… j'y vais.

Hermione se redressa et quitta la chaise où elle s'était assise. Elle observa son petit ami. Ses cheveux roux avaient bien poussé depuis qu'ils avaient quitté Poudlard pour suivre Harry. Ses yeux avaient pris une certaine profondeur, de la maturité sans doute. Elle l'aimait, infiniment. Et elle s'inquiétait… encore plus.

- Sois prudent, d'accord ?

Ron acquiesça et la prit dans ses bras. Il allait juste au ministère après tout. Sa plus grande crainte était de croiser Percy au détour d'un couloir.

- Retourne à Grimmaurd et dis à maman que je rentrerai ce soir avec Tonks.

Ils se détachèrent doucement et le rouquin entra dans la cheminée du salon où ils avaient passé quasiment tout leur temps. Il disparut vers le ministère avec un dernier sourire en direction d'Hermione.

Celle-ci resta quelques instants face à la cheminée sans bouger. Puis, elle se dirigea vers la cuisine où elle savait y retrouver Pattenrond et Hedwige. Les deux animaux étaient bien trop célèbres pour continuer à se promener n'importe où, au risque de se faire repérer. Il avait donc été décidé dès le départ qu'ils resteraient au Terrier. A tour de rôle, Hermione, Bill et les jumeaux revenaient dans la vieille demeure pour s'occuper d'eux.

La chouette blanche profita de l'ouverture de la porte pour aller voleter dans le salon. Des plumes siégeaient un peu partout dans la maison. C'était devenu leur domaine. Pattenrond vint se frotter contre les jambes de sa maîtresse. Elle le caressa, un peu machinalement, plongée dans ses pensées. Il y avait beaucoup de choses qu'elle aurait aimé comprendre. Elle pensa à Harry et Lupin, quelque part en Ecosse, et espéra que tout allait bien.

Elle finit par se secouer et donna à manger aux deux animaux. Puis, elle retourna au salon, enfila sa veste posée sur le dossier du canapé et sortit de la maison en fermant bien à clef. Elle fit quelques pas et transplana. Comme prévu, elle atterrit dans le parc de Grimmaurd. Mais alors qu'elle allait le traverser rapidement, n'aimant pas rester trop longtemps à l'extérieur, elle aperçu un des jumeaux, prostré sur un banc. Elle s'approcha.

- Fred ?

Le jeune homme leva la tête et Hermione sursauta : il avait pleuré.


Draco était arrivé devant la grille trop rapidement, sans avoir eu le temps de vraiment réaliser ce qu'il faisait. C'était un des inconvénients de ne plus penser à rien. Mais ça restait tellement plus facile. Il sortit une main de sa poche et la posa sur la grille. Aussitôt, la gargouille qui se tenait sur un pilier à ses côtés tourna la tête vers lui. Elle l'observa un instant, paisiblement mais plus prudemment que d'habitude. Et finalement :

- Bienvenue chez vous, jeune maître.

Draco eut un vague sourire crispé. Chez lui ? Non, vraiment, il ne pensait pas. La grille s'ouvrit d'elle-même et il entra. L'allée qu'il connaissait si bien était recouverte de feuilles mortes, collées sur les graviers par la pluie. Il aperçut au loin un paon dont le panache et la beauté lui semblèrent fades. Et enfin, le manoir.

Cette imposante et ancienne battisse qui faisait sa fierté autrefois ne lui apparut guère plus chaleureuse que la mansarde de Snape. Il eut la vague idée de sonner avant d'entrer, mais puisqu'il était chez lui, il poussa la lourde porte d'entrée sans prévenir. Aucun elfe n'apparut devant lui, ce qui ne l'étonna pas. Il se concentra, tâchant d'entendre quelque chose. Mais le manoir semblait abandonné.

Il commença donc à monter les marches de l'escalier principal. S'il cherchait attentivement, il finirait bien par trouver ses parents. C'est en arrivant sur le palier du deuxième étage qu'il les entendit. Les voix semblaient venir du salon bleu, celui où la petite famille Malfoy se réunissait autrefois lors des fins de trimestre à Poudlard, pour faire le point sur la scolarité de leur enfant.

Le blond marcha à pas feutrés sur les moquettes du couloir. Lorsqu'il arriva devant la porte, plus personne ne parlait. Il n'entendait qu'un bruit de vaisselle, et celui d'un livre dont on tournait rapidement les pages.

La porte entrebâillée lui laissait voir le bas d'une des robes de sa mère, visiblement assise dans un fauteuil. Il l'ouvrit entièrement et entra.

Ses deux parents relevèrent la tête brusquement et sa mère hurla en lâchant sa tasse de thé. Aussitôt Draco retira son masque pour se faire reconnaître et s'excusa humblement de cette soudaine apparition.

- A quoi joues-tu Draco ? s'exclama son père qui jeta un sort de réparation sur la tasse brisée au sol. Tu voulais nous montrer tes talents d'espion ?

Le blond ne répondit rien. Narcissa, remise de ses émotions, se leva brutalement et lui sauta au cou.

- Pourquoi as-tu mis tout ce temps pour revenir ? murmura-t-elle dans un sanglot.

- Pardon, répondit enfin le jeune homme en l'écartant légèrement de lui. J'avais des choses à faire, lui dit-il en plongeant ses yeux gris dans les siens.

- Des choses à faire ? Et pourrais-tu…

- Lucius, je t'en prie, le coupa Narcissa. Assieds-toi Draco. Tu veux du thé ? Notre dernier elfe est… il a… enfin… je te sers ?

- Je veux bien.

C'était le deuxième avantage de s'être vidé l'esprit : ne s'étonner de rien. Draco se doutait parfaitement de ce qu'était devenu le dernier elfe des Malfoy. Il imaginait très bien ses parents se débarrasser de ces éventuels témoins.

- Alors fils, comment trouves-tu la maison de Snape ? lança Lucius d'un ton acerbe tandis que sa femme s'activait dans le petit salon.

Draco prit la tasse qu'elle lui tendit enfin et sourit en direction de son père.

- Pour un dépannage c'est pas trop mal, lui répondit-il.

- Un dépannage ? insista Lucius en venant s'asseoir près d'eux.

- Je ne compte pas m'y installer.

- Tu vas revenir ici ? lança Narcissa, pleine d'espoir.

- Non.

Lucius Malfoy, fidèle à lui-même, commença à évoquer les nombreux préceptes de la vie familiale selon lesquels un fils ne devait quitter ses parents que s'il était en mesure de subvenir à ses propres besoins.

Draco ne l'écoutait pas. Il l'observait, à la dérobée. Allai-il être capable de tuer cet homme ? Son père ? Pouvait-il tuer quelqu'un, tout simplement ? Il s'en était longtemps cru capable deux ans auparavant et il s'y était préparé avec beaucoup d'attention. Et au dernier moment, il avait échoué. Une mort devait-elle être organisée ? Il en venait à se dire que, peut-être, il ne serait capable d'ôter la vie que par hasard, par erreur, sur un faux mouvement, sans n'avoir rien prévu auparavant. Le meilleur moyen serait d'improviser.

Sa mère s'était relevée et rangeait un plateau de petits verres en porcelaine dans un buffet. Que dirait-elle si son fils devenait un assassin ? Le silence revint dans la pièce.

Lucius semblait s'être rendu compte que son fils ne l'écoutait tout simplement pas. Cet enfant avait dix-huit ans et vivait dans un pays en guerre depuis ses quinze ans. Pouvait-il encore faire quelque chose pour lui ? Il se leva, rejetant ses longs cheveux blonds derrière ses épaules et se dirigea vers une fenêtre.

Son parc semblait bien misérable. Toute sa vie était misérable. Sa femme n'était qu'une beauté vide de sens et d'ambition ; sa fortune n'existait plus que dans les légendes ; sa réputation était foulée et sujette à moqueries de tous les côtés ; et même son propre fils ne l'écoutait plus. Il se retourna, faisant dos à la fenêtre et observa le petit salon.

Le tapis bleu argenté allait avec la couleur des rideaux et celle des tentures apposées aux murs. Il aimait bien cette pièce, reposante, calme. Il y avait de nombreuses fois crié contre Draco pour n'avoir pas su obtenir de meilleures notes que cette Sang-de-Bourbe Granger. Mais au fond, il aimait cette pièce.

Il jeta un coup d'œil à Narcissa qui refermait enfin le buffet et se redressait. Elle alla s'installer dans le fauteuil à côté de Draco et tendit une main à leur fils. Lucius les regarda se tenir ainsi et s'observer avec un sourire tendre. Depuis quand n'avait-il pas sourit ainsi ? Depuis quand n'avait-il pas eu cette expression à l'égard de son unique héritier ?

- Tu repars bientôt ? demanda Narcissa qui maintenait fermement les doigts de Draco entre les siens.

- Oui. Je dois retourner chez Snape avant qu'il ne fasse nuit.

- Qu'as-tu fait depuis la dernière réunion où l'on s'est vu ? lança Lucius depuis la fenêtre.

- Ce pour quoi notre Maître m'a accepté dans ses rangs.

- Tu as revu Potter ?

- Désolé père, mais je ne peux rien te dire.

- Evidemment !

- Lucius, je t'en prie, murmura Narcissa pour la seconde fois. Ton père s'inquiète beaucoup tu sais, ajouta-t-elle en souriant à Draco.

- Non Cissy, c'est toi qui t'inquiètes.

Une pointe d'amertume s'infiltra dans le cœur du jeune espion. Son père disait-il la vérité ou bien cachait-il encore et toujours ses véritables sentiments ?

- Nous avons appris par Bella que tu avais assisté à une réunion très privée avec notre Lord ? susurra Lucius en se rapprochant d'eux pour se réinstaller dans le sofa.

- J'ai simplement suivi Snape.

- Tant que tu es avec lui, je me sens rassurée, avoua Narcissa.

- Tant qu'il est avec lui, le Lord ne nous regardera plus, Mademoiselle Black !

Draco fronça les sourcils en direction de son père. Il était rare que celui-ci s'énerve à ce point envers sa femme. Narcissa lui jeta un regard noir.

- Ne crois-tu pas que la sécurité de Draco passe avant ta notoriété auprès du Maître ? siffla-t-elle, agacée.

Lucius ne répondit rien. Il s'en voulait déjà. Il aimait sa femme, malgré tout. Elle était celle qui restait près de lui, quoi qu'il arrive. Comme pour s'excuser, il baissa les yeux et fixa la petite table en verre qui les séparait. Mais la présence de son fils faisait ressortir ce qu'il y avait de pire en lui. Ce fils… qu'il avait élevé du mieux possible, de façon à ce que la réputation des Malfoy ne se perde pas. Et voilà que c'était lui qui la perdait et son fils qui la faisait briller. Etait-ce une forme de passation de pouvoir intergénérationnelle ? Non… Jamais il n'avait osé dépassé son propre père sur ce point. Le vieil Abraxas avait conservé toute sa noblesse aux yeux de tous, jusqu'au bout, jusqu'à sa mort.

- Je vais devoir vous laisser, lança Draco en se penchant pour reposer sa tasse. J'ai été content de vous voir… en forme.

- Est-ce qu'on se reverra bientôt ? demanda Narcissa en se levant à sa suite.

- Je pense que oui, affirma le jeune espion en repensant aux paroles de Snape.

Il leur sourit et sortit rapidement de la pièce. Dans le couloir, il remit son masque et descendit les escaliers le plus rapidement possible. Il avait grandit sur ces marches, il y avait couru et joué. Voilà qu'à présent il les fuyait.

A l'étage, Narcissa était restée debout, le regard fixé sur la porte, tandis que Lucius réfléchissait au ton employé par Draco. "Je pense que oui", avait-il dit de façon claire et sûr de lui. Lucius était persuadé que son propre fils savait bien des choses qu'il ignorait lui-même. Et cela décupla encore sa colère.


Hermione était complètement décontenancée par les événements. Fred pleurait dans ses bras. Ce jumeau d'habitude souriant et moqueur était en train de vider ses larmes contre son épaule. Maladroitement, elle lui tapotait le dos. Le rouquin ne disait rien, il pleurait simplement. Quand il avait vu la jeune femme devant lui, il l'avait agrippée, dans un élan désespéré. Il se sentait profondément misérable.

Au bout de quelques instants, il finit par se redresser en s'essuyant les yeux sur la manche de son pull.

- Tu… tu veux un mouchoir ? murmura Hermione.

Fred hocha la tête. Elle s'écarta donc légèrement pour récupérer son sac et fouiller dedans. Le rouquin prit le mouchoir qu'elle lui tendit et se moucha bruyamment.

- Tu veux en parler ? demanda encore la brune.

Cette fois-ci le jeune homme rigola doucement en enfonçant le mouchoir humide dans une de ses moches.

- Je pense que personne ne peut nous aider malheureusement.

- Ah… c'est ce problème avec George ?

- Ouais.

- Tu ne veux vraiment pas me dire ce qu'il se passe entre vous ? insista Hermione. Tout le monde est très inquiet tu sais. Est-ce que c'est votre magasin qui…

- Non. Si on a fermé le magasin, c'est à cause de la guerre, rien d'autre. Maman a réussit à nous faire suffisamment peur pour qu'on décide de le fermer. Et puis de toute façon… plus personne ne se balade sur le chemin de Traverse en ce moment.

- Alors…

- Laisse Hermione, il… vaut mieux.

Encore une chose que la jeune femme voulait comprendre sans pouvoir mettre de nom dessus. Soudain, elle eut une idée.

- Fred, j'ai besoin d'aide, lança-t-elle.

- Si c'est pour convaincre Ron de ne pas…

- Non, ça c'est trop tard. Il est déjà au ministère et je crois que personne ne le fera changer d'avis. Non, c'est à propos d'Harry et de Malfoy. Il faut qu'on arrive à savoir ce qu'il se passe entre eux et si on peut faire confiance à Malfoy.

- Je ne veux pas me mêler de ça, trancha Fred en se relevant.

Le ton décidé qu'il employa étonna brièvement Hermione.

- Pourquoi ?

- Parce que je déteste Malfoy et que je ne veux pas chercher à comprendre Harry.

- Tu es bien comme Ron, murmura Hermione.

- Peut-être. Tu devrais demander à George, il a l'air plus enclin à se poser ce genre de questions.

- Pour vous séparer davantage ? Sûrement pas ! Non, je me débrouillerai.

Fred shoota dans un caillou et proposa de rentrer dans la vieille maison. Hermione accepta et se leva. Et si Dumbledore était encore en vie, saurait-il deviner ce qu'il se passait ?


Tonks patientait dans le hall du ministère. Elle saluait ses collègues de loin, distribuait quelques sourires. Mais elle se sentait épuisée. Remus était reparti en Ecosse dans la matinée, pendant qu'elle avait été chargée de placarder de nouvelles affiches dans les rues sorcières de Londres. Où était passé l'honneur des aurors ?

Soudain, des cheveux roux apparurent dans la foule. Elle se redressa et leva la main pour attirer l'attention de Ron.

- Pile à l'heure ! lui lança-t-elle joyeusement.

- Hermione a essayé de me retenir jusqu'au bout, avoua-t-il.

- Est-ce que ça ira ?

- Oui, je suis prêt.

- Alors allons voir Kingsley.

Ronald approuva et la suivit à travers le dédale des ascenseurs et des couloirs, se crispant lorsqu'il croyait apercevoir son frère aîné. Mais tout se passa comme prévu. Il arriva dans un bureau et on lui donna quelques dossiers à lire et à résumer. Rien d'extraordinaire, rien de bien important. Mais il faisait quelque chose, c'était ce qu'il voulait.


Quelques étages au-dessus des aurors, Scrimgeour reposait la lettre que leur source mystère venait d'envoyer.

- Donc il revient ce soir, murmura-t-il devant Funestar qui hocha la tête. Il va sans doute falloir se préparer à quelque chose.

- Sans doute, mais c'est ce que nous voulions non ?

- Oui. Ne dites rien aux aurors pour l'instant, qu'ils continuent leur travail. Il sera toujours temps de se préparer lorsque la colère de Vous-Savez-Qui éclatera.

Funestar sourit légèrement et sortit du bureau du ministre. Les choses prenaient une tournure intéressante…


Dans la petite chambre sombre qu'ils avaient finalement loué, Harry tâchait d'aplatir la carte de l'Ecosse sur le bureau en la calant avec divers objets. Lorsque cela fut fait, il prit un crayon et observa les noms des villes jusqu'à trouver celle où ils étaient. Il repéra leur hôtel et l'entoura proprement.

La grotte, marquée d'un point rouge, se trouvait un peu au nord de la ville.

- On est plus prêt que la dernière fois, murmura-t-il pour lui-même.

Il posa le stylo et reprit la carte de la dame de pique entre ses doigts. Comme à son habitude, il la fit tourner agilement. Il repensait à tout ce qu'ils allaient devoir faire : bien se cacher sous la cape, retourner au plus profond de la grotte, tuer les éventuels strangulots qui y seraient encore cachés, et traverser le lac. Le diadème de Serdaigle pouvait être dedans, ou encore au-delà.

Un cliquetis dans son dos lui indiqua que Remus sortait de la salle de bain.

- Tu peux y aller, lança le lycanthrope.

Harry reposa le crayon et lui sourit. Rien de tel qu'une bonne douche dans une auberge délabrée avant de partir à l'aventure.

- Dès qu'il fait nuit, on y va, rappela Lupin.


Draco poussa la porte de la maison de Snape sans frapper cette fois-ci. Elle s'ouvrit en effet sans difficulté. Au final, il n'avait quasiment rien fait de sa journée, à part réfléchir, se faire annoncer une mission qu'il refusait, rendre visite à ses parents et réfléchir encore. Après tout, l'après midi n'était pas encore finie.

- Comment va notre cher Lucius ? murmura une voix depuis le divan.

Le blond ne répondit rien. Snape avait-il besoin de savoir tout ce qu'il faisait ? Il retira son masque dans une grimace et jeta sa cape sur le dossier d'une chaise.

- Qu'est-il prévu maintenant ? demanda-t-il.

- Notre maître rentre ce soir. Il nous appellera à son manoir à ce moment là. Tiens toi prêt.

- Très bien. En attendant, je monte.

Malfoy poussa la porte qui cachait l'escalier et disparut à l'étage. Ici non plus il ne se sentait pas chez lui. En se laissant tomber sur son lit, il remarqua qu'il y avait tout de même deux constantes qui ne le quittaient plus : le souvenir de Potter, et ce vide qui ne cessait de grandir en lui…


George leva la tête lorsque la porte de sa chambre du 12, square Grimmaurd s'ouvrit. C'était Fred. Il retourna donc à sa lecture, tendant l'oreille malgré tout vers son jumeau. Mais à quoi servait-il de faire semblant d'être intéressé par ce qu'il lisait ? Son frère le connaissait trop bien. Il releva donc finalement la tête pour croiser des yeux identiques aux siens. Identiques… à ces larmes prêt. Maintenant qu'il avait l'attention de son frère, Fred referma la porte dans son dos et s'approcha de lui.

George était assis en tailleur au centre de son lit. Fred s'appuya simplement sur le bord.

- Pourquoi tu pleures ? demanda George le plus calmement possible.

- J'en ai un peu marre. Est-ce que tu ne pourrais pas me dire, tout simplement, si…

- Non ! s'emporta George. Je ne veux pas parler de ça ! On se dispute constamment, tout ça parce que tu attends de savoir ce qu'Angelina va me répondre ! Tu n'as pas à le savoir ! C'est mon histoire !

- Ton histoire ? s'exclama Fred en se relevant. Ton histoire ? Rien de tout ça ne me concerne ? Après tout ce que tu…

- Tais-toi !!

Quelqu'un frappa au même instant. George fixait toujours son jumeau, le livre en l'air, prêt à le frapper avec. Ce fut Hermione qui rentra pour les trouver dans cette position.

- George…, repose ce livre et venez manger tous les deux, annonça-t-elle. Le dîner est prêt.

Fred n'attendit pas la réaction de son frère. Il suivit aussitôt la jeune femme dans les escaliers. George, lui, resta quelques secondes sans bouger avant de lâcher le livre. Il avait presque frappé son frère… Il avait eu envie… de lui faire mal.

Il posa une main sur son visage et poussa un long soupir. Pourquoi n'arrivait-il pas à faire face à ce qu'il ressentait ? Il s'en remettait au hasard. Si vraiment Angelina se refusait à lui, alors il réfléchirait de nouveau à l'éventuelle possibilité de… Non.

C'était impossible.

Il se leva, mit ses chaussures et sortit de la chambre.


Un vent froid fouettait son visage. Les nuages gris qui l'entourait ne suffisaient pas à l'apaiser. Il avait réussi. C'était bien la preuve de sa supériorité sur tous les autres. Mais cette bande d'incapable… Une colère sans nom l'envahit. Il se concentra un instant, et se sentant près de son lieu d'arrivée, il décida de finir le voyage en transplannant. Il disparut d'un coup…

Harry se retourna dans son lit en fronçant les sourcils. Le jour tombait petit à petit sur la petite ville d'Ecosse où lui et Remus se cachaient. Ce dernier était penché sur la carte. Mais plutôt que d'observer le chemin à parcourir jusqu'à la grotte, il caressait tendrement une photo de Tonks entre ses doigts.

En entendant Harry ruminer quelque chose, il se retourna. Le jeune homme s'était endormi peu après sa douche. Mais visiblement, il avait un sommeil agité.

Il était enfin chez lui, de retour. Puissant et victorieux. Il entra dans une grande salle où, d'un coup de main, il alluma un immense feu aux flammes ronflantes. Un homme de petite taille rentra en tremblant. Sa vue augmenta sa colère.

- Mmm… maître… Bien… bienvenue.

- Silence Pettigrow ! siffla-t-il. Où est Nagini ?

- Elle… elle arrive, maître.

- Donne-moi ton bras !

- Oui, oui maître…

Il jubilait intérieurement. Qu'il avait hâte… Hâte de voir leur tête à tous, d'entendre leurs explications tremblantes, de les torturer les uns après les autres pour ce qu'ils avaient osé laisser faire ! Il attrapa le bras valide de son serviteur et remonta la manche sale. Sa marque se découvrit, toujours aussi rayonnante. Il appuya dessus avec toute la haine qu'il ressentait.

- HARRY !

Le brun ouvrit brusquement les yeux. Remus était penché sur lui, visiblement inquiet.

- Je…

- Encore un rêve ? Tu t'es mis à crier…

- J'ai… oui.

Le brun porta une main à son front brûlant. Par bribes, sa vision lui revenait lentement. Lorsqu'il comprit enfin l'ampleur et l'importance de ce qu'il avait vu, il attrapa le bras du loup garou avec précipitation.

- Remus ! Il faut y aller, maintenant ! Voldemort est revenu ! Il est… très énervé. Mais il a trouvé ce qu'il cherchait, et il est en train de réunir tous ses mangemorts.

- Ceux qui surveillent la grotte aussi ?

- Je suppose que oui !

- Tu te sens prêt ?

Pour toute réponse, Harry sauta sur ses pieds joints et noua une cape autour de son cou, avant de prendre la cape d'invisibilité. Remus lui demanda simplement d'attendre quelques instants pour pouvoir prévenir l'Ordre. Il écrivit rapidement ce que Potter avait vu sur un morceau de parchemin, le roula, et le déposa dans la petite cheminée qui occupait un coin de la pièce. Un peu de poudre de cheminette plus tard, et la lettre avait disparut.

Les membres de l'Ordre avait décidé d'utiliser ce moyen lorsqu'ils s'étaient vu obligés de quitter Grimmaurd après la première fuite de Malfoy.

Puis, Remus se glissa sous la cape avec Harry et ils disparurent, tous les sens en alerte.


Severus Snape et Draco Malfoy entrèrent les premiers dans la grande salle où Voldemort attendait. Nagini avait retrouvé sa digne place autour des épaules de son maître. Très vite, les autres mangemorts arrivèrent. Lorsqu'ils furent tous là, ils s'installèrent, fuyant leur propre regard dans les yeux des autres. Mais à peine furent-ils tous assis à leur place habituelle qu'un mangemort sur deux se mit à hurler de douleur.

Au bout de la longue table, la baguette levée par sa main crispée et le regard terrifiant, Voldemort leur envoyait toute sa colère. Le sort dura peu de temps, mais suffisamment pour glacer Draco d'effroi, bien qu'il ait été épargné. Ceux qui avaient été atteint se redressèrent lentement, osant à peine respirer.

- Appréciez-vous la nouvelle décoration de Londres imposée par le ministère ? siffla le plus froidement possible Voldemort.

à suivre...


Merci d'avoir lu ! J'espère que vous avez aimé. Désolée d'avoir coupé court à l'expression de la colère de notre Voldy chéri, mais je trouvais ce passage bien pour la fin d'un chapitre.

J'aimerai beaucoup savoir ce que vous pensez du rapport entre Draco et Lucius... Et aussi savoir ce que vous comprenez de la relation entre les deux jumeaux... (a trop peur éè )

Alors évidemment, au prochain chapitre, vous aurez la réunion des mangemorts en entier cette fois (ça va saigneeeeeerrr !! muhahaha). Il y a aussi de fortes chance pour que George reçoive une réponse d'Angelina et que... enfin vous verrez ! Ah et aussi, vous en saurez plus sur l'amour mystérieux de Snape... des suggestions ? (qu'on rigole... lol )

Je pars une semaine sans net pour faire mon stage BAFA. Donc la suite mettra plus d'une semaine à venir, j'en suis navrée. éè (mais le chapitre 10 est très long, donc ça excuse tout... non ? ) BISOUS !!