Les Olympiens
WASHINGTON, 26 SEPTEMBRE 2011
Parfois, Saphira se disait qu'elle devrait bel et bien tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler. Cela lui aurait sans doutes évitait bien des mésaventures.
Dont celle qu'elle était en train de vivre.
Elle avança dans les couloirs pavés de marbre du palais de justice avec un nœud toujours plus important dans le creux du ventre. Elle qui pouvait affronter des démons des Anciens Temps sans la moindre inquiétude était terrifiée à l'idée de ce qui allait suivre. Elle s'en trouvait presque ridicule !
Secouant la tête pour chasser ces pensées qui n'avaient pas lieu d'être dans un tel moment, elle jeta un coup d'œil aux jeunes gens qui l'accompagnés. Elle se mordit la lèvre, s'insultant mentalement en voyant l'état de stress dans lequel ils se trouvaient – ou plutôt dans lequel les deux sœurs se trouvaient. Elles étaient incroyablement tendues, ce qui n'avait rien de surprenant étant donné ce qu'ils s'apprêtaient à faire.
''Aphrodite'' leur adressa un sourire encourageant. Il n'était plus temps de flancher. Il fallait aller de l'avant. C'était tout ce qu'ils pouvaient faire…
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WASHINGTON, 26 SEPTEMBRE 2011
« Ici Jack Weller, envoyé spécial à Washington pour la BBC. Le procès de la magicienne Sakura Kinomoto va reprendre dans quelques instants et chacun ici pense qu'il sera sans surprise… »
Le micro à la main, le journaliste continua à parler, plus par réflexe qu'autre chose. Déjà, son esprit était ailleurs. Car, il le savait, ce qu'il disait été faux. Ce jour-là, les humains risquaient d'avoir la plus grande surprise de leur existence. Tout en continuant à répondre aux questions qui lui étaient formulées, le britannique laissa ses pensées rejoindre sa semblable qui s'apprêtait à ébranler jusqu'aux certitudes fondamentales du monde…
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WASHINGTON, 26 SEPTEMBRE 2011
Lily serra plus fort la main de Mike. Celui-ci lui adressa un regard confiant qui lui fit le plus grand bien. Saphira avait quelques instants plus tôt posé sa main sur l'épaule de Kate qui tremblait comme une feuille.
« En avant, souffla l'Olympienne. Allons changer le monde ! »
Et les quatre magiciens entrèrent dans la salle d'audience où se jouait l'avenir de la Maîtresse des Cartes mais aussi celui de toute la communauté magique mondiale…
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TOKYO, 26 SEPTEMBRE 2011
On frappa avec force à la porte de Tomoyo qui sursauta vivement. Près d'elle, Sylvia n'eut pas de réaction hâtive. Elle jeta un coup d'œil à la porte d'entrée avant de murmurer quelques mots. Aussitôt, la faible porte de bois se transforma en acier trempé sous le regard médusé de la japonaise. Puis, la doctoresse se tourna vers la jeune femme.
«
Ils n'entreront pas.
- Que faisons-nous ?
- Nous assistons
au procès de votre amie et à la plus grande révélation que le
monde est jamais connue… »
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WASHINGTON, 26 SEPTEMBRE 2011
May se leva.
Voilà, les choses allaient se mettre en branle et plus rien ne pourrait les arrêter désormais.
Elle ouvrit la bouche.
Sept mots. Sept petits mots allaient ouvrir une porte que les siens s'étaient toujours appliqués à laisser close. Avaient-ils raison ? N'était-ce pas une erreur ? La jeune femme ne savait pas. Elle y avait pourtant réfléchit longuement, mais aucune réponse n'était venue éclairer son esprit. Exceptée une : ils allaient agir au mieux de leurs possibilités.
Et c'était le principal.
« J'appelle Saphira Denacre à la barre. »
Fière et droite, l'appelée se leva. Elle passa entre les rangs de caméras qui épiaient chaque seconde de ce procès, ses cheveux ondulés volant avec grâce derrière elle, porteuse d'une aura quasi-divine et envoûtante.
Le procureur Garner lui lança un regard noir mais elle n'y porta aucune attention. Elle prêta consciencieusement serment avant de s'asseoir à la place qui lui était dévolue. Le juriste s'approcha alors d'elle.
«
Il semblerait que vous soyez un témoin de dernière minute, Mme
Denacre. Pouvez-vous vous présenter à nous ?
- Bien entendue,
je m'appelle, comme vous le savez et selon mon état-civil, Saphira
Denacre, née Swamn le 15 septembre 1984, je suis femme au foyer de
nationalité américaine.
- Et peut-on savoir pourquoi vous êtes
ici devant nous ? »
Dans un coin de son esprit, la jeune femme nota que le procureur semblait sur les nerfs. Etait-ce parce que devant les télévisions du monde entier ses filles étaient allées s'asseoir du coté du défendeur ? Possible…
« Parce qu'il a été jugé nécessaire que certaines choses vous soient révélées et que je suis en quelques sorte un émissaire. »
Elle sentit de nombreux regards soupçonneux se poser sur elle mais elle n'en fit cas. Elle était ''Aphrodite'' et avait une mission à accomplir, pas question que quiconque la trouble.
« Un émissaire ? » répéta le procureur, dubitatif.
Saphira ne prit pas la peine de lui répondre, ce n'était toute façon pas ce qu'il attendait d'elle.
«
Et de qui s'il vous plait ? De cet ordre de Myrrhin…
-
Myrddin, corrigea négligemment l'Olympienne, vous devriez revoir
vos classiques Monsieur Garner. Myrddin est le véritable nom de
celui que vous appelez Merlin. Enfin bref, je ne suis pas ici pour
vous faire un cours sur les personnages illustres de l'Histoire.
Pour répondre à votre question, non, je ne suis pas envoyée par
l'Ordre de Myrddin. Je n'en fais même pas partie.
- Donc,
vous n'avez pas de pouvoirs magiques.
- Si.
- J'aimerais
comprendre Mme Denacre. Mme Li nous a assuré que tous les magiciens
étaient sous l'autorité de cet ordre, or vous nous dites ne pas
en faire partie.
- C'est ça. Comme vous l'avez si bien dit,
Monsieur le procureur, ce sont les magiciens qui sont sous l'autorité
de l'Ordre. Or, je ne suis pas une magicienne. Je suis une
gardienne.
- Une gardienne ?
- C'est cela. J'appartiens à
un second ordre qui existe dans le monde magique.
- Avez-vous
conscience que ce que vous nous dites est en train de jeter le
discrédit sur Mme Li et qu'elle encourt d'être inculpée pour
faux témoignage puisqu'elle a, il y a quelques jours, assuré
devant ce tribunal que le monde magique était régit pas un unique
ordre.
- J'ai conscience de vous offrir une nouvelle
information, et j'ai également conscience d'ébranler plus d'une
certitude. Sachez, que mon ordre n'est jamais, depuis sa création,
apparu sur la scène, nous restions toujours en retrait,
accomplissant notre tache sans que personne ne connaisse jusqu'à
notre existence.
- Que voulez-vous dire ?
- Que jusqu'à
aujourd'hui, seuls les gardiens connaissaient l'existence de
notre ordre. Seulement les gardiens et personne d'autre. »
Un murmure se répandit dans l'assistance. Saphira voyait le procureur Garner au bord de la crise de nerf. Apparemment, il y avait un peu trop de rebondissements dans ce procès à son goût. Qu'à cela ne tienne ! Il n'était pas au bout de ses surprises.
«
Pourquoi êtes-vous ici ? souffla-t-il, nerveusement épuisé.
-
Pour vous expliquer. Pour répondre à vos questions. Pour vous dire
ce qui s'est passé à Los Angelès, à Paris et à Oulan-Bator.
Pour vous révéler quelle est la source réelle de catastrophes
naturelles qui sévissent ces derniers temps… »
Au fur et à mesure de sa réponse, ''Aphrodite'' avait vu les personnes présentes dans la salle se décomposer de surprise. La stupeur s'était installée tant et si bien qu'un silence quasi religieux régnait dans la salle, à peine troublé par les ronronnements des installations mises en place pour la retransmission en direct du procès dans le monde entier.
« Nous savons déjà d'où viennent ces catastrophes ! »
Le procureur avait bien tenté de mettre de l'assurance dans sa voix, mais alors qu'il prononçait ces mots il n'avait pu réprimer un léger tremblement.
«
Bien sûr, vous pensez qu'elles viennent des sorciers, fit
calmement Saphira. Et en cela, vous avez tort et raison. Car les
sorciers ne sont qu'à moitié responsables de ces drames. Mais
commençons par le commencement : Los Angelès. Une triste affaire.
Et tellement banale…
- BANALE ??? » releva quelqu'un dans la
pièce.
''Aphrodite'' vit un jeune homme assit derrière l'assistant du procureur se lever comme un ressort. Elle sentait la colère, la haine mais aussi la tristesse qui émanait de lui.
«
Vous trouvez que ce qui a tué tant de personne n'est qu'une
affaire banale
???
- SILENCE !!! tempêta le juge. Silence ou je fais évacuer
la salle. »
On fit rasseoir le trouble-fête avec plus ou moins de ménagement. Un sourire triste flottait sur les lèvres de Saphira.
«
Les sentiments, dit-elle en regardant le jeune homme.
- Pardon ? »
Le procureur la regarda avec incompréhension.
«
Avant tout, il faut que vous sachiez que la magie est difficile,
voire impossible, à manier à l'état pur pour les magiciens. Ils
la transforment suivant leur convenance et ce souvent sans même en
avoir conscience. C'est un réflexe aussi naturel que de respirer.
C'est seulement lorsqu'ils atteignent un certain niveau de
puissance, qu'ils prennent – à un niveau minime cependant –
conscience de cette transformation et la dompte un minimum. C'est
pour cela – excusez moi l'expression mais c'est un fait – que
les dégâts ont pu être à ce point minimisés. Toutes les
catastrophes auxquelles vous avez assisté étaient le fait de
magiciens dont la puissance était faible ou moyenne…
- C'est
une plaisanterie ? » s'étrangla le juge – Daniel Washington
d'après ce que l'Olympienne pouvait voir.
«
Pas le moins du monde, répondit la susnommée, imperturbable. En
fait, ce qui s'est passé lors de ces tragédies est très simple.
Il faut savoir que les sentiments sont primordiaux dans la magie. Ils
régissent… disons pour faire simple qu'ils régissent beaucoup
de choses, dont la transformation de la magie pour la rendre
maniable. Cela permet en général de la tempérer. Mais ce système
a des failles… Lors de sentiments trop violents, on a un risque de…
comment dire ?... « dérèglement ». Cela est arrivé quelque fois
dans l'histoire. Pour ne vous citer qu'une seule ville ayant
était victime de ce genre de problème je vous parlerais de Pompéi.
Certes, bien d'autres villes, cités ou même zones isolées ont
subit à grande ou petite échelle ce genre de difficultés. Mais les
noms de la plupart ne vous direz rien. Alors passons. Los Angelès
n'a été qu'un nom à ajouter à cette liste. Je ne sais pas ce
qui s'y ait passé dans le détail. J'étais en Crète à ce
moment-là. Mais je peux vous dire toutefois ce qui s'est passé.
- Comment ? Comment pouvez-vous nous dire ça si vous n'y étiez
pas ? s'enquit un juré, oubliant manifestement qu'ils étaient
en plein procès.
- Parce que cela se passe toujours de la même
façon, fit Saphira. Un magicien a dû subir un afflux massif de
sentiments négatifs – colère, peur, haine, tristesse, désespoir,
etc – et ses sentiments ont créés ce que j'ai appelé un «
dérèglement ». Sa magie a dès lors cessée d'être transformée.
Elle s'est rapidement accumulée à l'état pur dans le corps de
magicien et il en a perdu le contrôle. Elle s'est alors répandue,
détruisant tout si son passage.
- Vous êtes en train de nous
dire que nous devons la destruction de Los Angelès à un sorcier
incapable de gérer ses sentiments ? »
''Aphrodite'' ne releva pas l'utilisation du mot « sorcier », visiblement, le procureur perdait tout sens du politiquement correct…
«
En quelque sorte. C'est un fait extrêmement rare dans l'Histoire,
et généralement, les miens parviennent à minimiser les dégâts.
- Ca n'a pas été le cas cette fois, siffla le trouble-fête,
acerbe.
- C'est vrai, approuva tristement Saphira. ''Léto'',
la gardienne envoyée à Los Angelès, a d'ailleurs trouvé la mort
là-bas. »
De nouveau, le silence s'imposa.
«
D'accord, dit au bout de quelques instants le procureur. Admettons
que tout cela n'ait été qu'un regrettable accident – quoique
je ne sois pas d'accord avec cette idée – comment expliquez-vous
ce qui a suivit ?
- Les médias, lâcha l'Olympienne avec un
mouvement de tête vers la caméra braquée sur elle. C'est ce qui
a changé la donne par rapport à ce qui s'était passé dans le
passé. Les médias ont véhiculés en direct et dans le monde entier
les images de Los Angelès dévastée. Ainsi est née une psychose.
Les magiciens sont devenus des bêtes à abattre. Et c'est en cela
que je dis qu'ils nous sont pas seuls fautifs dans les catastrophes
qui ont suivit. Vous les avez persécutés, augmentant à outrance le
risque de sentiments négatifs. Et c'est à cause de cela que Paris
et Oulan-Bator ont été rasées. »
Un brouhaha impossible se fit soudain entendre, coupant la parole à la jeune femme. Elle pouvait voir l'indignation sur le visage des personnes lui faisant face. Vraisemblablement, ce qu'elle venait de dire n'était pas à leur convenance. Intérieurement, Saphira se demanda comment tout cela allait finir, sachant que ce n'était qu'un début. Elle n'avait pas encore abordé l'aspect le plus grave du problème…
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QUELQUE PART, CE JOUR LÀ…
''Apollon'' sursauta. Il jeta un regard en biais vers le Sceau, cherchant silencieusement la cause de ce malaise qu'il ressentait. Il soupira. Sans doute était-il un peu trop sur les nerfs avec ce qui se passait à cet instant à Washington.
« ''Iris'' ! » appela-t-il.
Une jeune femme entra en courant, ses cheveux roux tombant de façon plus qu'anarchique sur ses épaules et son visage.
«
Je viens d'avoir des infos de la part d'''Héphaïstos''.
On assiste à une sécheresse sans précédent en amazonie. Tu peux
t'en occuper ?
- Pas de problème ! » s'exclama la russe
avec un accent à couper au couteau avant de disparaître parmi les
colonnes du temple.
Le jeune homme resta donc seul avec ses pensées. D'où pouvait bien venir ce mauvais pressentiment ?...
« Faites qu'il ne se passe pas encore quelque chose ! » murmura-t-il d'une voix fatiguée.
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WASHINGTON, 26 SEPTEMBRE 2011
Sakura regardait la jeune femme qui était à la barre alors que le capharnaüm qui régnait dans la salle ne semblait pas vouloir se calmer. La Maîtresse des Cartes se souvenait parfaitement d'avoir déjà vu cette femme. À la mort de Yué, c'était elle qui lui avait donné de la force. Cette gardienne. Pourquoi l'avait-elle aidée ? Pourquoi l'aidait-elle de nouveau ? La magicienne se sentait nager en pleine incompréhension.
D'autant plus qu'elle sentait une aura diffuse dans cette salle. Une aura qui ne semblait appartenir à personne ce trouvant là. Une aura qui lui semblait étonnement familier.
Il était en train de se passer quelque chose. Sakura le sentait au plus profond d'elle-même. Mais quoi ?...
… à suivre …
