La prophétie
des mondes
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Hm eh bien, on ne peut pas dire que l'histoire évolue très vite, ma foi. On n'est pas rendu à Rome (ou au Mordor…). Voyons, si je suis ma petite chronologie… nous entamons le 2ème mois séparant le Conseil du départ de la Communauté. Non, on est pas rendus au Mordor… (Mais cela vous dérange-t-il vraiment ?)
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réponses aux reviews :
Jylly Brandebouc : Merci à toi et merci de ton enthousiasme ! Comme je le dis souvent, ça aide l'auteur lol Sinon oui, je vais reprendre les dialogues de fin, je m'amuse aussi beaucoup à les faire (même si celui-ci risque d'être un peu court…)
Luciole : Je te remercie pour cette review pleine de… pleine de bonnes choses ! Je suis contente que cette fic plaise autant. Et merci pour tous ces beaux compliments ! (encore encore ! lol non sinon je vais prendre la grosse tête lol)
Roselyne : Eh bien… Ai-je le droit de te décevoir en partie ? Quelle question… J'ai déjà commencée dans ma review donc… Au départ je dois admettre que c'était bien une Mary-Sue. En fait j'ai connu le principe de Mary-Sue bien plus tard, et là ça a été l'horreur : argh mes persos sont tous des Mary-Suuuueuh ! lol Depuis j'ai toujours le cerveau en ébullition pour trouver des solutions à ce problème. Si je tiens à publier un livre un jour, il vaut mieux que je trouve des parades !
(d'ailleurs si quelqu'un veut m'aider et m'éclairer sur le sujet, je suis très peu calée niveau Mary-Sue lol Je ne sais pas toujours quelles bourdes éviter…)
Niveau suspens, on m'a déjà reproché d'en faire trop donc… je ne me fais pas de souci de ce côté-là, c'est déjà ça…
Enfin je suis très heureuse que cette fic te plaise et je trouve ta théorie vraiment bien fondée. Reste à savoir si elle se vérifie…
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Bonne lecture à vous !
Chapitre 10 : Pour un journal
-M'enverriez-vous à Valinor ?
Le silence s'installa dans la grande salle du trône. Le Roi fixait l'Elfe éperdue devant lui, sans un mot. La question était cruciale, pour elle. Il le sentait. Le voyait dans son regard.
-Souhaitez-vous vous y rendre ? demanda-t-il enfin d'une voix grave.
-Non. Non, en aucune façon, répondit l'Elfe.
-Alors il ne m'appartiens pas de vous y envoyer de force.
L'Elfe soupira, tête baissée, et s'assit au sol. Elle attendit quelques minutes, puis reprit, d'un ton plus doux, plus triste :
-Legolas… La Prince… ne me parle que de cela… Comme si rien ne comptait plus pour lui que de me voir partir pour ce là-bas… Il prétexte que je dois me mettre à l'abri pour préserver l'espoir des Elfes…
-Et en ce point il n'a pas tort. Vous le savez, Dame Edhelwen. Mais il ne peut vous forcer à quoi que ce soit. A moins que n'omettiez de me parler d'un détail…
Au regard de bête traquée qu'elle lui lança, il sut qu'il avait vu juste. Malgré les véhémentes dénégations qu'elle opposa, un doute s'insinua en lui. Devait-il en parler à son fils pour essayer de savoir ? Il était probable, étant donné le sentiment protecteur qu'il semblait éprouver envers elle, qu'il refuse de parler. Pourtant l'inquiétude était déjà là. Quelle mystérieuse raison Legolas pouvait-il invoquer pour tenter d'envoyer la Princesse hors de ces terres ?
Il repoussa momentanément ses questions pour songer à d'autres. Il reprit la conversation, sur un autre sujet. Il était curieux de savoir ce qui pouvait retenir l'Elfe Retrouvée ici…
×××××
Ce soir-là, Legolas alla trouver la jeune Elfe à la bibliothèque. Elle quittait de moins en moins l'endroit, et il craignait toujours que son agresseur revienne en ces lieux finir sa besogne.
-Je me suis laissé dire que ma curiosité n'était pas assez éveillée, déclara-t-il en préambule dès qu'elle leva la tête vers lui. Répondrez-vous à ma question ?
-Cela dépend de la question, répondit-elle, joueuse.
Il reporta son attention sur les parchemins qui recouvraient la grande table et fit mine de s'y intéresser. Comme toujours, les étranges caractères dont elle usait pour écrire ses notes l'intriguèrent. Il suivit leurs formes inhabituelles du doigt et posa la question rituelle :
-Ne savez-vous toujours pas d'où peuvent vous venir ces signes ?
-Ce n'est pas la question que vous aviez en tête en entrant ici, remarqua-t-elle.
Elle prit un air plus sérieux et fixa son parchemin.
-Je n'en pas plus que les autres fois, hélas. Ces caractères me sont familiers, ils me viennent naturellement lorsque j'écris. En comparaison, l'elfique me semble une écriture que j'aurais apprise puis oubliée faute de pratique… Et si vous me demandiez enfin ce que vous êtes venu savoir ? sourit-elle.
Legolas s'assit et la regarda droit dans les yeux. L'Elfe sembla vaguement frémir mais soutint son regard.
-Je n'avais pas osé vous demander la raison qui vous incitait à rester ici, dit-il. Visiblement, je vous ai frustrée.
L'Elfe baissa la tête sur ses feuilles. Ne distinguant pas les traits de son visage, il ne sut quelle expression elle affichait, et il craignit de l'avoir cette fois réellement froissé, pour il ne savait qu'elle raison. Il y eu un silence de quelques instants, durant lesquels elle déplaça de nombreux parchemins pour dégager un ouvrage assez épais. Elle plaça un bout de papier entre les pages ouvertes et replia la couverture du livre par-dessus. Puis elle regarda Legolas avec un sourire épanoui.
-Ceci… est le journal d'un Elfe de la Lothlórien, expliqua-t-elle. Il couvre environ 700 ans de sa vie, mais le plus curieux, c'est qu'il n'y est pas question de lui, mais de sa fiancée.
-Sa fiancée ? répéta Legolas.
-Il l'a commencé à l'occasion de leur toute première rencontre, continua Edhelwen en ignorant délibérément la question du Prince. Il raconte comment ils ont été présentés et dans quelles circonstances. C'était une alliance contractés par leurs parents, afin de rapprocher leurs deux peuples séparés par le temps et l'espace. Selon lui, cela ne s'est pas passé sans heurt. Sa promise… n'était pas du genre à se laisser faire, et elle affichait clairement qu'elle était contre cette union mais qu'elle s'y résignait par amour pour son père.
Elle repoussa l'une de ses longues mèches noires derrières son oreille et prit une feuille gribouillée de son écriture brouillonne.
-Je n'ai pas encore tout lu, et c'est pour cette raison que je tiens à rester encore un peu ici, avoua-t-elle en rougissant légèrement, ce qui fit frémir Legolas, comme chaque fois qu'il percevait chez elle l'un de ces signes trahissant une étrange et impossible parenté humaine. Mais d'après ce que j'ai pu comprendre, ils ont fini par s'entendre, et même à s'apprécier. Elle disait attendre le jour de leur union avec joie, mais lui percevait encore une certaine réticence chez elle.
Elle fixa Legolas droit dans les yeux, un peu plus sérieuse qu'auparavant :
-Il l'aimait éperdument, mais même si elle disait partager ses sentiments à son égard, il restait persuadé qu'elle ne l'aimait que comme un frère.
Elle baissa les yeux et poursuivit.
-D'un autre côté, il semble, même si cela me paraît assez diffus dans ce récit, qu'à certains moments elle ait éveillé une… peur chez lui. Comment vous expliquer… ? Elle n'était pas ce qu'elle semblait être au premier abord, et parfois sa volonté l'effrayait. Je crois que c'est cela. Il ne le dit pas clairement, je ne fais que lire entre les lignes…
Il y eut un court silence, dont profita le Prince pour poser la question qui le taraudait :
-Mais en quoi ce journal peut-il vous passionner à ce point ?
Elle leva un regard malicieux vers lui et fit durer l'attente. Legolas s'impatientait lorsqu'elle daigna enfin répondre :
-Ce journal se termine exactement vingt-trois ans avant que Lindir m'ait retrouvée dans les alentours de Fondcombe, avoua-t-elle, radieuse.
-Vingt-trois…
-Legolas, si je tiens tant à ce journal, qui se trouve ici pour une raison que j'ignore, c'est parce qu'il s'agit du journal de mon fiancé…
×××××
Assis au sommet d'un arbre de Mirkwood, deux Elfes regardaient la Soleil se coucher à l'horizon. Un Prince silencieux, songeur, inquiet. Une Princesse vive, souriante, apaisée.
-Si je comprends bien, votre père avait décidé d'une alliance avec la Lórien… commença Legolas, ne sachant que dire.
-C'est du moins ce qui est dit. Comme l'a dit votre père, mon peuple est en plein déclin, et nous avons moins de lieu avec les autres Elfes qu'auparavant. C'était peut-être une façon comme une autre de renouer de vieux liens et d'assurer la pérennité de notre peuple. Mais ils n'ont jamais pris en compte le fait que je… qu'elle… que… qu'en tant qu'Elfe solitaire elle avait un tempérament de feu et préférait errer sur la Terre du Milieu sans aucune attache, quelle qu'elle soit.
-Et… Votre passé… Avez-vous des souvenirs ? hésita-t-il.
-Non, je ne sais rien de plus que ce que j'ai lu, mais j'en ai appris beaucoup sur… sur moi ? J'ai la confirmation que cette femme ne me ressemble pas. Je découvre un passé qui est censé être le mien, et j'en suis heureuse ! Mais elle si loin de moi ! Elle faisait peur… Elle lui faisait peur…
Elle baissa la tête. Sans réfléchir, il lui posa une main sur l'épaule. Elle se redressa vivement et le regarda droit dans les yeux, l'implorant du regard.
-Est-ce que je vous fais peur ? demanda-t-elle soudain.
Legolas resta muet de stupeur. Comment pouvait-elle poser une telle question ? Elle connaissait la réponse, elle venait de la lui donner : les deux Edhelwen étaient si différentes l'une de l'autre…
-Ne dites pas de bêtise, finit-il par dire. Vous savez pertinemment ce qu'il en est, pourquoi me poser cette question ?
-Je ne sais… avoua l'Elfe en détournant la tête.
-Etes-vous réellement heureuse de découvrir votre ancienne vie ?
-Je… Je le crois. Je sais qui j'étais alors, je sais ce que j'ai pu faire, je sais comment les gens me voyaient… J'ai quelque chose à quoi me raccrocher… Aussi dissemblables que nous puissions être, il faut bien que j'accepte ce qui a été ma vie à cette époque. Je ne pourrais avancer qu'à cette condition. N'est-ce pas ce que vous-même me répétiez il n'y a pas si longtemps ?
Elle se laissa aller contre son épaule, cherchant un peu de présence. Elle avait de la joie dans le cœur, mais pourtant le froid s'insinuait en elle, le froid et peut-être la peur aussi, un désagréable sentiment de solitude. Après un instant d'hésitation, Legolas referma son bras autour de ses épaules.
-Je sais ce que je ne veux pas devenir, ajouta-t-elle. Je ne veux pas être comme elle. Aussi cruelle, aussi froide… J'ai un cœur et une âme, et je veux qu'ils soient libres. Je veux juste me souvenir des bons moments, de Celeblith aussi, et de toutes ces terres que j'ai parcourues dans cette vie. Je veux me rappeler la douleur qui devait être la mienne en ce temps, afin de ne jamais la retrouver en redevenant l'être méprisant et sans cœur que j'étais…
-N'ayez crainte, Edhelwen, vous ne deviendrez jamais tout cela. Vous avez peut-être souffert dans cette vie, mais aujourd'hui vous avez droit à un nouveau départ.
-Un nouveau départ… et un tournant dans ma vie…
×××××
L'Elfe était retournée à ses lectures, dans la bibliothèque. L'agression dont elle avait été victime ici même remontait à une dizaine de jours, mais elle n'en conservait aucune crainte et s'absorbait sans réfléchir à son travail. Elle imaginait sans doute que les jumelles veillaient sur elle, or il n'y avait personne. Legolas s'était retiré depuis longtemps, et les deux Elfes n'étaient pas revenues près d'elle, persuadées peut-être qu'elle était encore en compagnie du Prince. Et l'endroit était rarement fréquenté par les Elfes sylvains la nuit, bien que cela ne change rien pour eux. Peut-être respectaient-ils simplement l'intimité d'Elfe retrouvée…
Celle-ci s'arrêta sur un passage, troublée, le relut plusieurs fois. Puis elle releva la tête, les yeux embué. Ces mots… Les paroles de Celeblith l'atteignaient profondément. Cette peine qu'il décrivait, qu'il avait furtivement perçue dans le regard de sa fiancée, elle la ressentait, la comprenait… Comme une ancienne douleur ressurgie des limbes impénétrables de son passé… Son cœur battait la chamade. Elle posa une main sur sa poitrine, comme pour calmer ses battements furieux. Oui, en cet instant, elle s'identifiait à cette Elfe qui ne lui ressemblait pas.
Elle se leva lentement, et s'avança sans un bruit vers l'ouverture donnant sur la forêt. Elle écarta légèrement le fin rideau vert, et s'abîma dans la contemplation muette des étoiles scintillant dans le ciel noir. Elle réfléchissait. Cherchait à comprendre. Comment cette affliction si ancienne et oubliée pouvait-elle revenir ainsi, à la simple évocation d'un événement dont elle ne se rappelait pas ? Pourquoi ressentait-elle cela, et n'avait-elle aucune image imposée à elle ?
Elle n'entendit pas les pas s'approchant d'elle. Elle ne perçut pas la présence silencieuse se coulant derrière son dos. Elle ne sentit pas le regard malveillant posé sans ciller sur elle. Elle eut tout juste le temps d'un léger cri de stupeur quand deux mains virent enserrer son cou, fermes. Par réflexe elle saisit ces mains étrangère et tenta de les écarter, sans succès.
-Comme on se retrouve, susurra une voix mielleuse à son oreille, la paralysant d'effroi. Je pensais que tu ferais preuve d'un peu plus de prudence après ce qui t'est arrivé ici-même… Tu me déçois, petite Elfe. Tu me déçois beaucoup. Mais ce n'est pas grave, je vais enfin pouvoir assouvir ma faim…
Il resserra son étreinte autour de son cou, avec un plaisir évident. Edhelwen se débattit. Elle ne voulait pas mourir. Elle ne devait pas mourir. Pour elle, pour son frère, pour Legolas et son père, pour tous les Elfes de Terre du Milieu… Elle avait deux missions : apporter l'espoir aux Elfes, et sauver tous les peuples en s'alliant à cette Communauté tout juste formée. Elle était faible… Comment pourrait-elle atteindre ces buts si elle ne parvenaient pas à contrer les machinations de ce meurtrier ?
Dans un sursaut de volonté et de rage, elle envoya un puissant coup de coude dans les côtes de l'agresseur. Celui-ci recula légèrement, relâchant la pression de ses doigts, peu, mais suffisamment pour qu'elle puisse lui échapper. Elle s'éloigna vivement et lui fit face, déterminée. Elle ne se laisserait pas abattre. Elle avait trop de choses à faire. Elle devait croire en sa victoire pour pouvoir gagner contre lui.
-Petite garce, tu prends trop de libertés à mon goût, grogna l'homme. Mais tu as toujours su compliquer les choses pour tout le monde. Allez, viens, qu'on en finisse, enfin !
Il s'élança sur elle, mais elle l'évita et en profita pour lui asséner un second coup. La lutte s'engagea, féroce, précise, mais dénuée de la grâce qu'elle revêtait lors de ses combats avec le Prince, et d'une brutalité supérieure. Elle avait l'avantage de la connaissance : elle avait appris les techniques elfiques avec Legolas, l'agresseur ignorait tout de son style de combat si particulier. Elle recula légèrement pour porter une attaque, espérant entrevoir son visage. Mais il restait dans l'ombre, elle frappa, il recula.
-J'ai appris à me battre, lança-t-elle, essoufflée.
-Mais tu es à bout de souffle, remarqua-t-il, sarcastique. Et tu n'as pas appris à combattre ta peur… ajouta-t-il d'un ton entendu, comme s'il ne doutait pas de l'issue de la lutte.
-Jamais vous ne pourrez me tuer ! s'écria-t-elle alors.
Acculée dos à la fenêtre, elle décida de s'en dégager pour pouvoir être plus libre de ses mouvements. Elle voulut passer sur le côté, mais trébucha et fut dans le même temps percutée par l'agresseur qui avait chargé au même moment. Yeux écarquillés, tétanisée, impuissante, elle se vit perdre l'équilibre et traverser le rideau vert, qui s'échappa de sa main lorsqu'elle voulut le saisir… Elle voyait déjà la fin, elle n'irait pas plus loin… Cet atroce sentiment d'avoir raté quelque chose… Ça ne pouvait pas se finir ainsi !
-NOOOOON ! hurla-t-elle.
Sa main rencontra enfin du solide, et s'y accrocha avec les dernières force de la volonté. Le reste de son corps se trouva entre ciel et terre, vacillant contre la pierre des murs. L'espace d'un instant, elle perdit la notion de tout. Le tueur se pencha au-dessus d'elle. Elle distingua son sourire dans la pénombre, mais ne perçut toujours pas ses traits. Reprenant ses esprits, elle resserra sa prise et essaya d'agripper le rebord de son autre main avant de pousser de ses pieds sur le mur lisse.
-Quelle étrange situation, railla l'Elfe de la voix grave qu'il avait déjà pris, des jours auparavant. Cela ne te rappelle-t-il rien ?
Il regarda l'Elfe se démener contre le mur, semblant n'écouter aucun mot de ce qu'il disait. Pourtant il l'avait vue tressaillir à ses dernières paroles et s'amusait de l'application dont elle faisait preuve pour l'ignorer. Mais il avait heurté sa curiosité, il le savait.
-Non ? Vraiment ? Il y a vingt-trois ans… Une falaise… Cela ne te revient toujours pas ?
Edhelwen cessa tout mouvement. Elle ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux. Non, ne pas l'écouter. Il n'était là que pour la déstabiliser – la tuer. Mais il reprit la parole, plus sadique que jamais :
-Une falaise, si haute que l'on ne voyait pas le sol en contrebas… Un orage, la pluie tombant comme un épais voile, lourd et opaque, des éclairs trouant le ciel en de longues traînées d'or… Cela ne te dit toujours rien ? Fais un effort…
Mais Edhelwen n'était plus capable de répondre. Elle n'était plus même capable de faire un mouvement. Il s'en fallait de peu qu'elle lâche le rebord de pierre de la fenêtre dans sa stupeur. L'agresseur s'en amusa.
-Cela te revient, n'est-ce pas ? dit-il, triomphant.
Non, cela ne lui revenait pas. Mais elle comprenait. Elle se comprenait. Ainsi… Ses inexplicables angoisses venaient de là ? De cette journée où… Cette peur irraisonnée du vide, et cette peur panique des orages…
-Tu aurais dû périr ce jour-là, t'en souviens-tu ?
Etait-elle tombée ? L'avait-on poussée ? Avait-elle touché le sol dans un gerbe de sang écarlate, au milieu des gouttes de pluie ? Avait-elle frôlé la mort ? Avant de disparaître ? Elle se perdait dans un labyrinthe de suppositions et de déductions, dont elle ne pouvait sortir. Une seule certitude s'imprima en elle. Il était présent ce jour-là, il m'a vue tomber…
-J'étais pourtant persuadé que tu étais morte, petite Edhel. Personne ne peut survivre à une telle chute. C'est impensable ! Et pourtant, tu es là, devant moi… Mais plus pour longtemps. Ce soir, après plus de vingt ans de retard, tu vas enfin connaître ta fin.
Impuissante, elle vit la silhouette se relever et avancer le pied vers l'une de ses mains. Elle écarquilla les yeux, ne sachant quoi faire. Tout allait se terminer ? Elle avait combattu pour rien ? Rien. Elle n'était rien. Elle allait disparaître dans l'ignorance de tous. Elle ferma les yeux et attendit. Elle ne servait à rien.
Non ! Elle n'était pas inutile ! On lui avait trop répété qu'elle portait en elle l'espoir d'un peuple entier pour qu'elle l'oublie ici ! Elle n'avait aucun droit de mourir ici et maintenant ! Pas sans avoir laissé une trace de son passage et de l'espoir qu'elle représentait ! Elle reprit confiance. Elle pouvait encore s'en sortir. Je suis une Elfe, se répéta-t-elle. Je suis une Elfe…
Alors que le pied botté allait se poser sur sa main, elle l'agrippa subitement et s'en servit pour remonter d'un bond leste à côté de lui. Surpris par ce revirement de situation, il n'eut pas le temps de réagir qu'elle lui envoyait déjà son genou dans le ventre. Il se plia en deux de douleur et grogna.
-Tu vas le payer… souffla-t-il.
Il se redressa et se lança à sa poursuite. Il attrapa le voile qui volait derrière elle et l'attira à lui, la projetant violemment contre des étagères qui s'écroulèrent au sol dans un grand fracas. Sonnée, Edhelwen fut incapable de réagir lorsqu'il commença à la frapper de ses poings, l'enfonçant un peu plus dans sa douleur.
-Meurs ! criait-il. Il est temps que tu meures ! Tu n'as plus ta place ici ! Tu n'es pas invincible !
Peu à peu, Edhelwen glissait le long de mur, gémissante, incapable de tenir sur ses jambes. Elle ne pouvait plus rien faire. Elle allait mourir. Elle avait résisté en vain. Elle pensa aux Elfes, à tous ceux qui comptaient sur elle. Elle avait trahi leur confiance, en ne prenant aucun soin de sa propre vie. Comme elle le regrettait à présent ! Mais il était trop tard. Personne ne viendrait. Des larmes de souffrance, physique et morale, coulèrent silencieusement sur ses joues. Tout était perdu.
Il cessa de frapper aussi soudainement qu'il avait commencé. Edhelwen s'effondra au milieu des livres, le souffle court. Elle voyait mal entre ses paupières entrouvertes. Il s'accroupit devant elle et repoussa les mèches tombées sur le visage de la jeune Elfe, effleurant avec douceur les pâles joues souillées de larmes. Naïvement, elle crut qu'il allait l'épargner.
-Tu sais, je n'ai qu'un seul souhait, commença-t-il.
Il se pencha vers elle, si près qu'elle sentit son haleine chaude sur sa nuque.
-Je veux que tu souffres… murmura-t-il à son oreille.
Elle ouvrit grand les yeux, de surprise et de douleur, avant de pousser un hurlement de souffrance pure, lorsqu'il enfonça la lame d'un poignard dans sa cuisse. Il la fit taire d'un baiser féroce.
-La nuit ne fait que commencer, belle enfant. Et cette fois, rien ne te sauvera…
Fin du chapitre 10...
Euh… Je dois vous laisser, une urgence !
Legolas (attrape Angel par le col) : Non non non, très chère, tu vas rester ici et t'expliquer.
Angel (affiche l'air de l'enfant pris la main dans le sac) : Mais il n'y a rien à expliquer !
Legolas : Ah oui ? Et ce petit passage sadique où tu martyrises Edhely, par exemple ?
Angel : Joker ! A bientôt !
DreamAngel7 / Angel of Seven Dreams
