CHAPITRE NEUF

Elle ouvrit brusquement les yeux, le cœur palpitant, le corps moite de sueur. Désorientée l'espace de quelques secondes, elle se rappela où elle se trouvait. Un coup d'œil vers la fenêtre lui appris qu'il faisait encore nuit. Mais le jour n'allait pas tarder à pointer. Il pleuvait.

« Votre nuit a été encore plus tourmentée que la mienne Clarice. »

Elle prit conscience de la présence du docteur Lecter, assis dans un fauteuil près de son lit, dissimulé dans son élément privilégié : la pénombre.

« Du moins me semble-t-il… Des agneaux Clarice ? »

Une vague de soulagement déferla dans son cœur et elle se redressa subitement, s'agenouillant au bord du lit.

« Vous l'avez tué Docteur Lecter ? »

« Oui. »

La simplicité de cette réponse et le ton d'évidence sur lequel il l'avait asséné dénotait avec la gravité de la situation aux yeux de Clarice mais elle ne s'en formalisa pas.

« Est-ce que… L'avez-vous mangé docteur Lecter ? »

Elle l'entendit rire.

« Seriez-vous inquiète pour mon salut Clarice ? Je crains qu'il ne soit trop tard et que cela m'importe peu… Mais c'est charitable de votre part de vous en inquiéter. »

Elle tenta de discerner ses yeux à travers l'obscurité. Comme elle restait muette il consentit à lui répondre sur un ton indifférent.

« Je n'aime pas le pré-mâché... »

Elle était rassurée de savoir qu'il ne s'était pas adonné au cannibalisme.

« Vous allez bien docteur Lecter ? »

« J'ai flirté avec l'irrévocabilité…Mais je vais bien. »

Elle souhaiterait enfin reprendre le contrôle de ses émotions, se montrer plus raisonnable, plus digne de sa fonction, mais elle ne pouvait empêcher le soulagement émaner d'elle en faisant perler des larmes d'apaisement au coin de ses yeux, un soupir s'échappant de ses lèvres tremblantes. Hannibal Lecter se pencha en avant, découvrant son visage à la lumière de la lune.

Soyez très prudente avec Hannibal Lecter. A l'asile le Dr Chilton vous résumera les mesures de protection physique à observer, ne vous en écartez pas quelqu'en soit la raison.

La pluie battait fort contre la vitre de la fenêtre, son ombre dessinant des larmes ténébreuses sur le visage du docteur, comme si l'averse souhaitait que Lecter partage l'émotion de Clarice. Elle aurait du espéré que Hannibal Lecter ne revienne jamais de son excursion funeste et qu'elle soit ainsi délivrée de sa luxueuse prison. Cependant, elle était libérée du poids de la peur que le docteur ne soit torturé par l'abject Verger. L'intensité des affects qui l'avaient traversé depuis deux jours exacerbait ses sentiments, opposés à ses convictions les plus profondes. Son visage à quelques centimètres de celui de Clarice, Hannibal Lecter posa une main sur la joue de la jeune femme, sa paume chaude écrasant une larme fugitive.

Ne touchez pas la vitre, n'approchez pas de la vitre

« Clarice… »

Sa voix était chaude comme sa main. Il prit une inspiration comme s'il allait dire quelque chose mais il se ravisa. Stupéfaite, incapable de réagir à ce basculement vertigineux de la situation, Clarice laissa Hannibal combler lentement la distance entre eux, ses lèvres effleurant les siennes.

Plus près je vous prie. Plus près.

Il sentait le vin, le cigare et la cannelle. La main sur sa joue s'exila vers sa nuque, les doigts d'Hannibal se noyant dans ses cheveux auburn, imprimant une caresse légère sur sa peau frissonnante. Elle n'aurai jamais imaginé qu'il puisse avoir les lèvres aussi douces. Elles frôlaient avec révérence la bouche de la jeune femme, donnant une valeur sacrée à ce geste empreint d'une tendresse qu'elle n'aurai jamais soupçonné. Elle gémit contre ces lèvres si pieuses, comme une invitation à la langue cajoleuse qui s'insinua alors doucement, caressant sensuellement celle de Clarice.

Son pouls n'a pas dépassé 85 quand il lui a dévoré la langue.

Clarice interrompit brutalement leur baiser, saisie de panique les souvenirs ramenant violemment la réalité de la personnalité du docteur Lecter à la lumière de sa conscience. Elle s'était levée subitement, tout son corps tremblant de désespoir et de colère. Elle appréhendait la réaction de l'homme encore assis devant elle et se mordit les lèvres d'appréhension. Elles étaient imprégnées de la saveur musquée d'Hannibal Lecter, le goût de l'interdit. Craignant encore sa réponse suite à son rejet, elle le laissa poser délicatement ses mains imposantes sur ses jambes nues, remontant doucement le long de ses cuisses alors qu'il se levait lentement, collant son corps contre le sien, pour finalement stopper ses mains insolentes à la limite de sa nuisette, juste sous ses fesses. Elle tremblait d'inquiétude et d'excitation, la sensation des mains de Lecter posées de façon intime sur elle l'empêchant de raisonner. Le visage plongé dans son cou il humait avec envie son odeur.

Vous utilisez une crème de jour à la camomille… Et vous portez parfois L'Air du Temps mais pas aujourd'hui.

Il lui parla doucement à l'oreille.

« Chère Clarice la vérité absolue n'existe pas. Quelle est selon votre cœur la vérité qui s'applique à moi ? »

Elle posa ses mains sur son torse puissant, le repoussant doucement.

« Vous êtes un criminel en fuite. Un homme dangereux… Un cannibale. »

Il résista à ses bras qui le rejetaient et déposa des baisers voluptueux dans son cou.

« Et que suis-je d'autre ? »

Le seul homme capable de la comprendre et de l'apaiser. Un homme qui avait risqué sa liberté et sa vie pour lui venir en aide. Un homme qui malgré ses démons détenait les clés du royaume divin, le salut de son âme. Un homme charmeur et envoûtant, imprimant une signature sensuelle à chacune de ses paroles, chacun de ses gestes. Elle ferma les yeux, savourant malgré elle la sensation de sa langue traçant sur sa peau une ligne de feu.

« Que suis-je d'autre Clarice mmh ? »

« Hors de question que je le dise. »

Elle se libéra de son étreinte, le repoussant violemment. Alors qu'elle se détournait de lui il la saisit rapidement par le poignet et plaqua son torse contre son dos, son autre bras encerclant sa taille fine.

« Mmmh… Hors de question que je le dise ! »

Répétant les paroles de la jeune femme, il fit mine de vouloir lui dévorer la joue, comme s'il allait la punir de son insolence, mais il déposa un nouveau baiser langoureux dans son cou gracile. La maintenant toujours étroitement contre lui par la taille, il lâcha sa main et glissa la sienne vers son bas-ventre, effleurant son entrejambe.

« C'est bien ma grande. »

Il commença à la caresser doucement, déposant de petits baisers sur sa tempe. Le corps d'Hannibal était massif dans son dos, et Clarice se plaqua inconsciemment plus fort contre lui. Une dernière larme coula le long de sa joue, que le docteur Lecter s'empressa d'embrasser. Frottant avec impatience son sexe déjà durcit contre ses fesses, il accentua la pression de sa main contre l'intimité de la jeune femme qui laissa échapper un soupir. Lorsqu'elle sentit s'accentuer la forte érection d'Hannibal celle-ci gémit involontairement, incitant son partenaire à accentuer ses caresses.

Il interrompit brutalement ces préliminaires et retourna Clarice pour lui faire face. Il saisit son visage entre ses mains et effleura ses lèvres.

« Echange de bons procédés Clarice. »

Elle pouvait à nouveau sentir le vin, le cigare et la cannelle enivrer ses sens et elle entrouvrit les lèvres, dans l'attente d'un baiser.

« Si j'ai risqué ma vie pour vous protéger… »

Elle plongea son regard dans le sien.

« …C'est parce que… Alors qu'en tant que psychopathe je suis normalement incapable d'émotions, malgré mes efforts continuels et vains à en rechercher dans les envolées artistiques les plus sublimes… »

Elle le fixait intensément, l'écoutant religieusement.

« … C'est parce que lorsque vous posez votre regard sur moi je ressens… »

Pour la première fois les mots lui manquaient, son élocution était hésitante, gênée, réticente à exprimer des sentiments. Ses yeux étaient inconditionnellement doux, emplis d'une douleur sourde, d'un chagrin incommensurable.

« Je regrette l'homme que j'aurai du être. »

Sa tristesse était inédite et infinie. Ils échangèrent un regard intense mais la violence de ses blessures cachées semblèrent trop le submerger car il tenta de les refouler par la haine et la bestialité. Il saisit Clarice à la gorge, l'étranglant à peine, et lui donna un baiser brutal, vorace, insatiable exprimant sa colère d'avoir été métamorphosé par la vie en monstre dévoreur de chair. Clarice n'avait pas peur et elle attrapa la main qui lui encerclait la gorge pour la poser sur sa poitrine. Elle saisit le visage d'Hannibal entre ses mains comme il l'avait fait avec elle, et elle consentit enfin à l'embrasser sans réserve, alternant baisers sur ses lèvres et douces caresses avec sa langue. Il répondit à son baiser avec le même attachement, sublimant par la tendresse ses démons qu'il exprimait habituellement par le carnage. Clarice sentait qu'il aurait souhaité continuer à agir avec douceur et prévenance mais malgré lui il lui retira sa chemise de nuit avec empressement, découvrant son corps nu, son sexe humide qu'il vint à nouveau caresser de sa main expérimentée. Sous l'incitation de sa partenaire qui avait perdu toute raison, bon sens ou sagesse, il la saisit par les cuisses, la soulevant de terre pour ensuite l'allonger délicatement sur le lit. Le bruit d'une braguette qui s'ouvre électrisa Clarice, écartant les jambes d'anticipation. Le corps nu d'Hannibal vient peser de tout son poids sur sa partenaire. Alors qu'il s'introduisait délicatement en elle, entre deux halètements de plaisir Clarice chuchota à son oreille dans un dernier sursaut de lucidité.

« Dis-moi que tu arrêteras…Que tu ne tueras plus. »

La tête plongée dans son cou il bandit tous ses muscles et la pénétrât profondément. Alors qu'elle gémissait en enserrant les hanches de son amant avec ses jambes élancées, il lui répondit plus doucement encore.

« Hors de question que je le dise. »

Elle le serra dans ses bras et se mit à pleurer.