Hellow chers lecteurs !
Désolée désolée désolée… J'ai franchi la barre des 15 jours (de peu, mais cela reste 15 jours…). Les circonstances étaient assez exceptionnelles et je ne pensais pas écrire un chapitre aussi long. Dire que je croyais que ce passage ne ferait que 10 pages alors qu'on se retrouve avec le double… Plus que le chapitre 3 d'ailleurs (je m'effraie moi-même). Comme quoi, je suis vraiment naze en estimation u_u'.
- J'apprécie toutes les critiques, même négatives du moment qu'elles sont constructives. Merci de signaler les fautes, ce serait rendre service pour corriger ça au plus vite n_n -
Bande-son : 'Outbreak' de John Murphy (très peu de choix pour ce chapitre je l'avoue n_n')
Mise à jour - 06/07/2019 : Corrections mineures (ponctuation des dialogues, syntaxe, fautes…).
Bonne lecture !
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Chapitre 9 : L'éveil
Il faisait sombre. Froid.
Eren ne savait pas si c'était la fatigue ou ses membres frigorifiés qui le freinaient pour avancer.
Il continuait de marcher, lentement. Cet épais brouillard l'empêchait de voir sur plusieurs mètres.
Pourtant, il distinguait la silhouette d'une femme brune un peu plus loin. Encore.
« Maman… » murmura-t-il avant de s'élancer à sa poursuite.
Il mobilisa toutes ses forces pour courir et espérer pouvoir enfin l'atteindre.
Le même décor se dessinait autour de lui : des pierres, sculptures, arches en pierre… Il avait l'impression d'avancer dans la nef interminable d'une église.
Il faisait toujours aussi froid et il sentait le bout de ses doigts se geler.
La faim le tourmentait et encore une fois son ventre le tiraillait douloureusement.
Mais là, c'était différent. La pénombre semblait s'estomper au fur et à mesure de sa course et la silhouette devant lui semblait de plus en plus nette.
L'air glacial brulait ses poumons et ses forces s'amenuisaient. Mais cela lui était égal, il arriverait à la rejoindre.
« Maman ! Je suis là ! Je t'ai retrouvée ! »
Malgré la douleur, la faim et ses membres glacés, Eren s'accrochait à cet espoir. Jamais il n'était parvenu à aller aussi loin. Il fallait qu'il tienne, jusqu'au bout. Il n'était plus qu'à quelques mètres.
Brusquement, une ombre surgit derrière la silhouette. Un cri déchirant raisonna comme un sinistre écho. L'ombre la happa dans l'obscurité.
« MAMAN ! » hurla-t-il avant de s'élancer de plus belle.
Il était affolé, une boule d'angoisse coincée dans la gorge. Il serra les dents pour ignorer la douleur de plus en plus lancinante de son ventre.
Peu à peu, les murs se couvraient de pourpre. Il ne marchait plus que dans des flaques de sang de plus en plus étendues.
C'est alors qu'il vit de nouveau une silhouette. Elle était différente.
Eren s'arrêta à quelques mètres, essoufflé. Il examina l'inconnu en face de lui. Celui-ci était recroquevillé, à genou et se tenant le ventre. Il avait les cheveux bruns ébouriffés et des vêtements trempés de sang.
Alors qu'Eren s'avança vers lui, il fut prit d'une atroce douleur au ventre. Il s'effondra à genou, ses entrailles le faisant souffrir une nouvelle fois.
« Un jour tu sauras tout Eren », entendit-il murmurer. « Un jour tu sauras tout… »
Il releva un peu la tête, grimaçant, vers l'inconnu en face de lui. Ce dernier fit de même.
Eren retint un hoquet de stupeur.
Il avait l'impression d'examiner son propre reflet. Il le fixait sans ciller, le visage reluisant de sang.
Eren sentit l'angoisse le submerger.
« Tu… tu l'as tuée … ? » dit-il d'une voix tremblante.
Les yeux de son jumeau se mirent à briller, ses iris se colorant de rouge vif. Un sourire dément étira ses lèvres tandis qu'il continuait de chuchoter.
« Un jour tu sauras tout… Eren… Un jour… »
Un frisson d'effroi lui parcourut l'échine quand sa copie commença à ramper doucement vers lui.
Eren décida de se relever rapidement pour fuir, mais la douleur le happait une nouvelle fois et il chuta contre le sol marbré et glacé. Il se traina pour s'échapper comme il le pouvait, mais chacun de ses efforts le faisaient cruellement souffrir.
Il sentit une main le saisir par la cheville. Il essaya de se dégager mais la chose derrière lui était bien plus forte. Il fut tiré d'un seul coup vers l'arrière, alors qu'il se débattait du mieux qu'il pouvait.
Son double le retourna vers lui et bloqua ses épaules d'une forte poigne. Le regard écarlate de ce dernier restait braqué sur lui. Son expression oscillait entre la froideur et la folie. Eren essaya de s'extirper mais il ne pouvait que laisser échapper des gémissements plaintifs. Une voix sifflante continuait de murmurer les mêmes mots.
« Un jour tu sauras tout Eren… Un jour tu sauras tout… »
Brusquement, il sentit les crocs s'enfoncer dans la fine chair de sa gorge.
Il n'y avait plus que la douleur, le froid et cet arrière-goût métallique.
-oOoOoOo-
Eren ouvrit les yeux instantanément, haletant.
Des gouttes de sueurs perlaient sur son front. Ses oreilles continuaient de siffler.
Son regard était braqué vers un plafond blanc immaculé. Les spots de lumières l'éblouissaient. Lorsqu'il reprit enfin ses esprits, il se rendit compte qu'il se trouvait dans une pièce intégralement blanche.
Cela ressemblait à une chambre d'hôpital. A la différence près qu'elle était dépourvue de fenêtre. Il y avait un grand et large miroir incrusté au mur et deux chaises. Un petit renfoncement paraissait mener vers une autre petite pièce, tandis que l'imposante porte du fond semblait être la principale voie de sortie.
Il était allongé sur un lit, des draps pâles recouvrant son corps. Il entendit un léger son, comme une sorte de cardiogramme. Et puis il y avait cette odeur de javel qui lui piquait les narines.
« Quel est cet endroit ? »
Eren commença à remuer, le corps endolori et encore endormi. Chaque mouvement lui donnait mal à la tête, comme si deux pointes lui perforaient les tempes. Le coude droit le faisait souffrir. Il découvrit de longs tuyaux fins partant de sous les couvertures vers une poche suspendue et remplie d'un liquide rougeâtre. Les tubes qui obstruaient ses narines le gênaient pour respirer convenablement. Une fois qu'il réussit à mieux prendre possession de ses membres, Eren se mit à remuer plus vivement. Curieusement, il n'arrivait pas à décoller ses bras. Il comprit alors que ses poignets et chevilles étaient attachés.
« C'est quoi ce bordel ?! » se dit-il, paniqué.
Il bougea, gesticula, en espérant au moins de se débarrasser d'un de ses liens. A force de se démener, il parvint à libérer sa main gauche. Il se précipita pour détacher sa main droite et ses jambes. Ses gestes étaient encore maladroits et tremblants, comme s'il était à moitié ivre.
Lorsqu'il se précipita hors du lit, il s'effondra de tout son long. Il avait tellement peu de forces dans ses jambes qu'il avait la sensation qu'elles étaient incapables de le porter. Sa tête lui tournait encore. Il rampa, essayant d'atteindre la sortie.
Avant même qu'il puisse parcourir un mètre, la porte s'ouvrit brusquement. Plusieurs miliciens déboulèrent, pistolets et poignées de quinques en main. L'un d'eux, un grand barbu à l'expression terrifiée se mit à le pointer.
« Ne bouge plus ! » hurla-t-il.
Eren se stoppa, redressant avec peine la tête vers eux.
« Que…
- Ne bouge plus ou on tire ! »
Eren s'immobilisa, allongé sur le sol. Il avait du mal à saisir la situation.
C'était quoi cet endroit ? Et pourquoi se retrouvait-il encerclé d'une dizaine de miliciens, le tenant chacun en joue ?
Eren fixa celui qui semblait diriger le groupe, stupéfait. Lorsque des miliciens s'approchèrent, Eren se braqua et fit mine de reculer par pure réflexe.
« Encore un mouvement et on fait feu ! » beugla le milicien.
Eren ne comprenait plus rien.
« Qu'est-ce que vous me voulez ? Qu'est-ce qu'il se passe ? » essaya d'articuler Eren.
Il était fatigué et son esprit était encore embrumé. Le barbu ne détachait pas son regard de lui, emplit de terreur.
« Sale goule ! Ne fais pas semblant ! »
Goule ?
« Vous faites erreur… Je fais partie de la MAG… Comme vous… » dit-il tout en étant pris au dépourvu.
Eren était complètement dépassé par cette situation. Certains hommes se fixaient d'un coin de l'œil, hésitants. Il devait faire pitié, étalé ainsi sur le sol et trop faible pour se relever.
« Ne vous laissez pas avoir ! s'écria le barbu. Vous connaissez leurs manœuvres ! Leurs manières de nous tromper pour mieux nous surprendre et nous attaquer ! »
Deux hommes s'approchèrent de lui, enveloppés d'une sorte de combinaison noire solide qui leur faisait office d'armure. Ils saisirent les poignets d'Eren.
« Mais qu'est-ce qu'il se passe ?! Que me voulez-vous ?! »
La panique commença à s'emparer de lui et il essaya de se débattre.
« Cesse de remuer ou on tire ! » s'affola toujours le même milicien.
Mais Eren ignorait les menaces. Il se sentait oppressé, pris au piège. La fatigue et la peur prenant le dessus, il n'agissait plus que par instinct.
S'enfuir d'ici, et vite.
Mais malgré ses protestations, son corps restait trop faible. Les miliciens levèrent les canons vers lui.
« STOP ! » s'exclama une voix forte.
Plus personne ne bougea, y comprit Eren. Les canons restaient tout de même braqués sur lui et deux hommes virent le maintenir par les bras.
« Une curieuse manière d'accueillir notre nouveau pensionnaire », dit le vieil homme qui s'avança dans la pièce.
Eren reconnut immédiatement le Commandant des Veilleurs, Dot Pixis. Ce dernier se tourna vers lui, les yeux pétillants.
« Toujours aussi craintif Kitts », dit Pixis en s'adressant au barbu. « Tu vois bien qu'il est complètement perdu. N'importe qui pourrait réagir de la sorte après un réveil pareil. »
Il leva la main à l'adresse de ses subordonnées pour qu'ils abaissent leurs armes et adressa un léger signe de têtes pour que les deux assaillants d'Eren desserrent leur prise. Le Commandant s'agenouilla devant lui. Ce dernier restait encore complètement déboussolé, l'air hagard.
« Excuse-nous, tout ceci doit te perturber. Les choses ne sont pas simples et mes hommes sont un peu sur le qui-vive en ce moment, mais je vais tenter de t'expliquer un peu la situation. Acceptes-tu de te laisser faire ? Je te promets qu'il ne t'arrivera rien. »
Eren acquiesça lentement d'un hochement de tête. Le Commandant sourit de sa réponse.
« Bien. Nous allons te rattacher à ton lit, par mesure de sécurité. Je resterai ici pour répondre à tes questions. »
Eren accepta et se laissa faire. Les deux hommes le portèrent sans trop de difficulté jusqu'à sa couche et lui rattachèrent les membres. Ils resserrèrent ses liens et les avaient renforcés avec des sortes de lourdes menottes en métal.
Une fois Eren rallongé, Dot Pixis se tourna vers les miliciens et leur fit signe de disposer. Eren aurait juré le voir faire une sorte de clin d'œil au miroir.
Le Commandant prit une chaise et se rapprocha de lui près du lit.
« Les équipes médicales devraient bientôt arriver », dit-il. « Mais je vais prendre suffisamment le temps pour que nous puissions discuter tous les deux. »
Eren restait encore désorienté. Il était complètement dans les vapes, attaché dans un lit comme un aliéné et discutait en face à face avec le Commandant des Veilleurs… Il avait l'impression d'être encore endormi.
« Où je suis ? » demanda Eren.
« A l'Ecole Militaire », répondit-il posément. « Ou du moins dans un des sous-sols. Tu es dans une pièce de confinement assez particulière au sein de la MAG. Même si tu étais apprenti ici, il est fort probable que tu ignorais son existence jusqu'à présent. »
Eren était un peu perplexe. Même si leur formation occupait à peine le quart de l'établissement, il restait surpris de découvrir ce type d'infrastructure.
« Pourquoi m'attachez-vous ? » dit-il d'une voix légèrement fébrile. « Pourquoi m'a-t-on traité de goule ? »
Le Commandant le fixa, se pinçant une extrémité de sa moustache. Il prenait à la fois un air intrigué et mystérieux.
« Tu ne te souviens vraiment pas de ce qu'il s'est passé ? » lui demanda-t-il.
Eren hocha négativement de la tête.
« Quels sont tes derniers souvenirs, Eren ? »
Eren se sentit drôle lorsque le Commandant prononça son prénom. Cela lui donnait l'impression qu'il l'encourageait aux confidences. Eren essaya de se concentrer et de se rappeler des derniers événements, mais tout lui paraissait extrêmement flou.
« Je ne sais plus trop », avoua-t-il. « J'étais à la cérémonie, avec la 104ème promotion… Tout se passait bien, on avait reçu nos diplômes. Et puis… »
Tout d'un coup, les souvenirs lui revinrent comme une gifle.
Les goules. L'attaque. Le sang. Marco. Thomas. Mina. Nack et Myllius. Armin…
Eren pâlit d'un coup, son cœur ratant un battement. Il se releva d'un seul coup vers le Commandant, totalement paniqué.
« Armin ! Mikasa ! Où sont-ils ?! »
Au moment où il s'était exclamé, la porte s'était ouverte brusquement et quelques Veilleurs étaient prêts à intervenir. Pixis leva la main pour inciter au calme, les encourageant à les laisser de nouveau seuls.
« S'il s'agit d'Armin Arlet et Mikasa Ackerman, ils sont tous deux en sécurité. Je pourrais essayer d'arranger un entretien entre vous une fois notre discussion terminée. »
Eren soupira de soulagement, le poids sur sa poitrine s'estompant peu à peu. Le Commandant lui laissa le temps de se calmer un peu avant de reprendre.
« Revenons où nous en étions. De quoi te souviens-tu exactement ?
- Je me rappelle que des goules nous avaient attaqués », formula Eren avec peine. « On a essayé de se défendre, de sauver certains d'entre nous… Mais ce n'était pas suffisant. »
Eren serra les poings. Sa mémoire lui revenait peu à peu et une boule se forma dans sa gorge. Il essaya de reprendre constance malgré la fatigue et poursuivit.
« J'ai encore du mal à me souvenir de pas mal de choses. Tout reste assez flou… Mais vous n'avez toujours pas répondu à ma question. Pourquoi je suis ici, attaché ? Pourquoi m'a-t-on traité de goule ? »
Le Commandant le fixa calmement tandis qu'Eren le fixait toujours en quête d'une réponse. Après une longue inspiration, Pixis rompit le silence.
« Ce soir-là, tu as adopté une apparence, disons… peu commune. Tout porte à croire que tu es une goule. »
Eren fronça les sourcils, n'étant pas sûr de bien saisir le sens de ses paroles.
« Je… Je ne comprends pas », balbutia-t-il.
Afin d'appuyer ses dires, le Commandant sortit un petit écran d'une de ses poches. Il le manipula rapidement avant de le tourner vers Eren.
L'adolescent plissa les yeux pour essayer de décrypter l'image. Il restait exténué et sa vision se troublait légèrement lorsqu'il devait fixer quelque chose très proche de lui. Peu à peu, il devina ce qui semblait être une capture de vidéo. Ce n'était pas très net et cela semblait avoir été pris en plein mouvement.
C'est alors qu'il se reconnut : élancé, avec d'étranges formes volatiles derrière son dos. Son expression était bizarre, comme s'il était devenu dément. Malgré la photographie nocturne, on distinguait deux pupilles rouges qui illuminaient son regard.
« Il s'agit d'un extrait d'une des vidéos de surveillance », expliqua Pixis. « Certains de mes hommes t'ont découvert sur place et t'ont ramené jusqu'ici. »
Eren était encore sous le choc. Comment pouvait-il être… cette chose ?
« Il… il y a un malentendu », contesta-t-il. « Je ne suis ni un danger public, ni un cannibale ! J'ai toujours voulu être un Traqueur, et chasser ces monstres ! Je ne peux pas être… ça ! »
Eren se défendait avec peine, comme s'il était déjà à bout de force. Pixis rangea son appareil et reprit posément la parole.
« Les choses ne sont pas aussi simples », admit Pixis. « Même si tu sembles bien être une goule, il se pourrait que tu sois un cas assez… atypique. Je ne peux malheureusement pas t'en dire davantage car il semblerait que nous manquons encore d'informations pour le moment. »
Eren cligna des yeux. Il avait encore mal au crâne et l'éclairage recommençait à l'éblouir.
« Tu sembles fatigué, Eren. Je crois qu'il vaut mieux que tu te reposes. L'équipe médicale va prendre le relai. La situation est délicate, mais si tu coopères, cela devrait peut-être s'arranger. »
Eren hocha lentement la tête comme signe d'approbation.
Lorsque le Commandant commença à se relever, Eren devint de plus en plus somnolent.
Cette situation, toutes ces informations… La confusion était telle qu'il ne savait plus s'il délirait ou si tout était bien réel. Ses yeux se fermèrent peu à peu avant qu'il plonge dans un profond sommeil.
-oOoOoOo-
Eren était plongé dans un songe dénué de rêve. Son corps réclamait un repos si intense que son esprit semblait osciller entre l'éveil et la somnolence.
C'est alors qu'il sentit une main douce lui caresser la joue. Elle était chaude et apaisante.
Il entrouvrit les paupières et aperçut un poignet à la teinte nacrée. Il reconnut cette discrète tâche de naissance café au lait en son creux, ressemblant à une sorte de spirale.
« Mikasa… »
Lorsqu'il rouvrit les yeux, Eren la découvrit à ses côtés. Toujours avec cette écharpe rouge enveloppant son cou. Elle le regardait, soulagée. Il sentait une de ses mains resserrer brusquement l'une des siennes, immobilisée.
« Eren ! » s'exclama-t-elle. « J'ai eu si peur ! »
Les larmes aux yeux, elle se précipita pour l'enlacer. Elle laissa échapper quelques sanglots.
« Mikasa… Tu m'étouffes… » supplia Eren.
Mikasa se détacha à contre cœur, ses doigts frôlant son front affectueusement. Il aperçut également Armin de l'autre côté du lit, le regard tout aussi ému.
« Vous allez bien », dit Eren rassuré. « J'avais eu si peur…
- C'est plutôt toi qui nous as fait une belle frayeur », s'exclama Armin. « Je… Je croyais que tu n'allais pas t'en sortir ! »
Armin entrelaça ses doigts avec ceux de son ami. Il serra son autre poing contre ses lèvres, comme si c'était un moyen d'éviter de se laisser submerger par les émotions.
« Tu es si pâle », s'inquiéta Mikasa. « Tu te sens bien ?
- Un peu secoué », répondit-il. « J'ai la tête qui tourne un peu mais ça va. »
Eren ressentit une gêne au creux du coude et distingua une poche de sang non loin de lui. Il examina un peu mieux la pièce et reconnut encore cette austère chambre lumineuse.
« Alors comme ça… Je suis… une goule ? »
Mikasa et Armin demeurèrent silencieux. Ils s'échangèrent tous deux un bref regard avant se tourner vers Eren. Leur attitude mêlait à la fois la gêne et la compassion.
« Vous aussi… vous m'avez vu comme ça ? »
Mikasa et Armin acquiescèrent, toujours muets.
« Je n'arrive pas à y croire », soupira Eren. « Vous aussi vous pensez la même chose ? Enfin… que je ne suis pas…
- Tu restes Eren », l'interrompit Mikasa. « Quoiqu'il ait pu se passer, tu restes toujours le même.
- Tu es toujours mon meilleur ami », soutint Armin. « Même si on a du mal à saisir ce qu'il se passe, on te connait mieux que toi-même. Tu n'es pas l'un de ces monstres. »
Eren leur sourit faiblement. Il avait du mal à encaisser le choc, tout lui paraissait irrationnel. La présence de Mikasa et Armin le rassurait.
« Depuis combien de temps je suis ici ? » leur demanda-t-il.
- Trois jours », répondit Armin.
Eren écarquilla les yeux. Il a vraiment dit 'trois jours' ?
« Tu as perdu beaucoup de sang », reprit son ami en remarquant son air interloqué. « Tu as été sérieusement blessé après la cérémonie. Tu as dû subir pas mal de transfusions pour que tu puisses te rétablir. Heureusement, des Veilleurs ont pu intervenir à temps.
Cela explique alors pourquoi je suis si fatigué, songea Eren.
Son visage s'assombrit à la mention de cette fameuse soirée.
« Que s'est-il vraiment passé ? Je veux dire, si je me suis vraiment transformé en… cette chose... Je ne me rappelle de rien… Comment c'est possible ? Qu'est-ce que j'ai bien pu faire ? »
Mikasa et Armin se regardèrent. Ce dernier se mordilla les lèvres, détournant son regard.
« Nous ne savons pas grand-chose », confia finalement Mikasa. « Tu étais sérieusement blessé. Tu étais censé être quasiment mort... »
Cela revenait peu à peu à Eren. Il se souvint nettement de sa jambe et de son bras arraché. De son corps, baignant dans son propre sang.
« Mais je t'ai vu réapparaître », reprit Mikasa. « Tu semblais sauf, et si… différent… Avec un kagune ailé en forme d'ailes enflammées… »
Eren se rappela de la photographie. Alors c'était bien vrai…
« Est-ce que je t'ai… attaquée ? » s'inquiéta Eren.
Mikasa hocha négativement la tête, prenant soin de ne pas croiser le regard d'Armin.
« Non. A vrai dire, tu m'as même sauvée… J'étais encerclée par trois goules lorsque tu es apparu. Tu les as tuées, toutes les trois. »
Eren fut estomaqué. Tuer trois goules ? Même sous une autre forme, jamais il aurait pu imaginer accomplir un tel exploit…
« C'est pour cela que tu es ici », continua Armin. « Le fait que tu aies pu intégrer la Milice malgré les contrôles, que tu aies attaqué des goules… La Milice préfère te garder à l'œil plutôt que de t'envoyer dans les sections de recherche. Enfin, j'espère qu'ils ne changeront pas d'avis… »
Eren savait assez bien ce que devenait les goules envoyées là-bas. On leur faisait subir des expériences, tester des armes, voire même se faire extraire leur kagune pour l'élaboration de quinque la plupart du temps. Quant à lui, il en était pas vraiment une… Du moins, il s'était toujours comporté en humain jusqu'à présent.
« Vous savez ce qu'ils comptent faire de moi ?
- Nous l'ignorons », soupira Armin. « On reste ici en tant que témoins, le temps que la Milice puisse y voir un peu plus clair. A vrai dire, la situation actuelle est assez tendue… »
Eren se remémora le Veilleur qu'ils avaient pu contacter en subtilisant une oreillette, le soir de la cérémonie.
« De mémoire, on ne pouvait pas nous secourir tout de suite à cause des attaques…
- Oui », affirma Mikasa. « En fait, il y a eu plusieurs agressions sur la Rive droite. Quatre ou cinq, d'après ce que l'on sait.
- Comme Shiganshina ? » soupçonna Eren en fronçant les sourcils.
- Non », dit-elle. « Chaque attaque était menée par une ou deux goules, grand maximum. Les Veilleurs ont été assez réactifs et les ont pris en chasse rapidement. Il se pourrait qu'il ne s'agisse que d'une diversion pour nous attaquer pendant la cérémonie de remise des diplômes. Elles étaient plus nombreuses de notre côté. Elles étaient peut-être une dizaine, voire plus.
- Mais… pourquoi ?
- Nous l'ignorons », reprit Armin. « On nous partage très peu d'information sur le sujet. Vu que nous sommes liés à ton affaire, la MAG peut avoir ses raisons de se méfier de nous. Mais je ne serais pas étonné que l'ensemble des attaques ne soient qu'une diversion pour viser spécialement la cérémonie.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » demanda Eren.
« Je trouve ça trop bien préparé », répondit-il. « Pour les autres attaques, les goules agissaient à découvert et bien dans la zone de contrôle des Veilleurs. A la cérémonie, les goules ont réussi à s'introduire sans être détectées. Si nous n'étions pas allés chercher du renfort, il se serait passé sûrement encore un moment avant que la MAG soit avertie.
- Fais attention à ce que tu racontes », avertit Mikasa. « On doit sûrement se faire écouter à l'instant même. »
Elle tourna sa tête vers le mur. En suivant son regard, Eren comprit qu'elle faisait allusion au grand miroir, qui devait probablement être sans tain. Armin haussa les épaules.
« Tant mieux si mon opinion éveille leur intérêt », déclara Armin. « Les derniers événements mettent tout le monde à cran au point que certains n'arrivent plus à réfléchir posément.
- Mais pourquoi nous attaquer ? » interrogea Eren. « Pourquoi auraient-elles pris autant de risque pour nous attaquer spécialement? »
- On n'en sait rien », dit-il. « Depuis Shiganshina, c'est la première fois que des goules se manifestent en public. Il se pourrait qu'un groupe de goules organisé essaie d'intimider la population en attaquant directement des miliciens. Même si nous étions isolés, sans expérience et désarmés, l'image reste forte. Après tout, la MAG est censée représenter notre défense nationale contre ce type d'attaque. Si l'actions des goules vont à l'encontre de ce que nous espérions instaurer, c'est comme si elles nous dictaient une ligne de conduite à suivre en incitant la peur. Comme si elles souhaitaient être craintes, pour mieux nous déstabiliser et profiter de la confusion pour mieux mener leurs attaques dans l'ombre. Même si l'Etat va renforcer la sécurité, la MAG se retrouve à présent débordée par les événements et les politiques commencent à s'y mêler. Sans parler du nombre de candidats aux épreuves de la Milice qui risque de considérablement chuter…
- C'est la première fois que je t'entends citer des théories directement sorties de la bouche des journalistes », constata Mikasa.
- C'est vrai que je trouve souvent leurs analyses superficielles », soutint Armin. « Mais pour une fois, je trouve que leurs raisonnements se tiennent.
- Comment peuvent-ils être au courant ? » s'étonna Eren. « La MAG est d'ordinaire assez réservée durant leurs enquêtes…
- Les victimes », répondit Mikasa. « Il y a en à peine une dizaine à déplorer pour les autres attaques sur la Rive droite. Quant à la cérémonie, plus de la moitié de notre promotion s'est faite tuée… »
La gorge d'Eren se noua. Il se souvint du corps meurtrit de Marco, des cadavres de Mina, Thomas…
« Qui s'en est sorti ? » demanda-t-il la boule au ventre.
- Reiner et Jean vont bien », rassura Armin. « Annie et Bertolt sont également saufs, et nous avons pu retrouver Sasha et Connie.
- Et… les autres ? »
Les visages de Mikasa et Armin s'assombrissent.
- Ils ne s'en sont pas sorti », avoua Armin d'une voix tremblante. « Hannah se porte bien, mais Franz... »
Eren serra les poings. Tant de morts… Des camarades durant deux années, des amis qu'ils avaient perdus en une soirée…
Il se remémora son idée de revenir chercher les autres. Il avait été si naïf de croire qu'ils pouvaient se défendre en ayant récupérer des armes.
« C'est de ma faute… Thomas, Mina… Nack, Myllius… Si je t'avais écouté Armin… Si je ne vous avais pas entrainé…
- Ne dis pas ça ! » le stoppa Armin tout en lui serrant la main. « Tout ce qui est arrivé n'est pas de ta faute ! Tu as voulu bien faire et nous t'avons suivi car ce que tu pensais étais juste ! Si nous n'avions pas agit, nous aurions eu du mal à nous regarder dans une glace. Grâce à toi, on a pu secourir Annie et Bertolt. Et même Sasha et Connie indirectement ! Si nous n'avions pas averti les Veilleurs à temps, les goules auraient fini par les débusquer dans les bois. »
Eren sourit faiblement. Malgré le soutien d'Armin, il ne pouvait pas s'empêcher de s'en vouloir.
La porte s'ouvrit. Deux Veilleurs s'avancèrent de quelques pas, sans un mot.
« Je crois que notre temps de parole est écoulé », déplora Armin.
Il lâcha la main de son ami et se releva. Mikasa serra encore quelques instants la poigne d'Eren avant de le relâcher.
« On te soutient quoi qu'il arrive. » insista Armin.
Mikasa hocha la tête en approbation. Elle détacha quelque chose autour de son cou avant de se lever.
« Je te la rend », lui dit-elle en souriant. « Je l'avais récupéré lorsque la MAG t'a embarqué. Je voulais m'assurer que tu puisses la récupérer, vu comment tu y tiens. »
Eren vit sa plaque scintiller sous la lumière. Il resta bouche-bée. Après toutes ces péripéties, il n'avait pas remarqué son absence. Mikasa la lui attacha autour du cou avant de rejoindre Armin vers la sortie. Eren les vit quitter la pièce avec un pincement au cœur.
Eren sentit le léger poids de son collier contre le tissu de son torse. Malgré toutes ces circonstances, ce petit lot de consolation était déjà une énorme source de soulagement.
-oOoOoOo-
Une fois sortis de l'entretien, Mikasa et Armin en profitèrent pour sortir à l'extérieur. Ils avaient besoin de prendre l'air. Le temps était plutôt agréable en ce début d'été et la cour était un endroit idéal pour se décontracter.
Même s'ils restaient confinés la plupart du temps et également sous surveillance, ils pouvaient se déplacer plutôt librement au niveau de l'enceinte. En réalité, ils bénéficiaient plus d'une protection de témoin plutôt que d'un encadrement en tant que suspect.
Ils s'assirent sur un banc, toujours sans un mot. Ils n'avaient rien prononcé depuis leur visite auprès d'Eren et ils avaient besoin de rassembler leurs esprits. Armin finit par briser le silence.
« Il a l'air d'aller mieux que ce que je le pensais », dit Armin sur un ton hésitant.
« Oui », hocha Mikasa. « Même s'il semble encore faible. »
Mikasa détourna le regard vers lui, anxieuse.
« Tu n'as pas osé le regarder lorsqu'il nous a demandé ce qu'il s'était passé…»
Armin se tritura les mains, visiblement perturbé.
« Je ne pouvais pas », avoua-t-il. « Il est actuellement dans un sale état, et je savais qu'il n'était pas conscient de ce qu'il faisait lorsqu'il m'a attaqué… Je connais Eren. On le connait tous les deux. Jamais il ne serait capable de nous faire du mal. Et puis il m'a sauvé après tout… »
Armin prit la tête dans ses mains, abattu.
« Qu'est-ce qui a bien pu se passer… Eren, une goule…
- Moi-même j'ai du mal à y croire », ajouta Mikasa. « Quand je l'ai vu sous cette forme, c'était tellement étrange. J'avais eu l'impression qu'il était devant moi, sans pour autant être là. Et même s'il agissait bizarrement, je ne me suis pas sentie en danger une seule seconde. Au contraire, j'avais fait abstraction de tout ce qu'il se passait autour. Je n'ai pas pu m'empêcher de le trouver magnifique…»
Mikasa cacha son faible sourire derrière son écharpe.
« Tu dois sûrement me trouver étrange », dit-elle.
« Non », assura Armin. « De toute façon, tout le monde était étrange ce soir là. Quand j'ai revu Eren sous cette apparence, je croyais voir son fantôme. Je l'avais vu se faire attaquer, démembrer… Cela me paraissait tellement improbable. Il avait fallu que je m'approche de lui et le toucher pour m'assurer que je ne nageais pas en plein délire… »
Il y eut un moment de silence. Tous deux regardaient les façades intérieures de la cour, plongés dans leurs pensées.
« Tu as peur de lui ? » lui demanda Mikasa.
« Non », répondit Armin sans une once d'hésitation. « Même si j'ai été surpris de son attitude quand il a tenté de m'attaquer, je ne l'ai pas crains. Du moins, pas comme s'il était une goule. Eren restera toujours mon meilleur ami, quoi qu'il arrive. »
Il se tourna vers Mikasa en souriant. Il essaya d'embrayer sur d'autres sujets. L'atmosphère devenait trop oppressante.
« Tu te souviens quand je suis arrivé au foyer ? Certains m'avaient désigné comme leur tête de turc. Je ne me défendais jamais, trop peureux d'engendrer plus de problèmes. Et Eren débarquait toujours pour leur mettre une raclée. Et à chaque fois, les autres reportaient son attention sur lui et il reprenait tous les coups.
- Il n'a jamais supporté qu'il t'arrive quoi que ce soit », sourit également Mikasa.
« Qu'il nous arrive quoi que ce soit », insista Armin. « Et après, tu arrivais et tu renvoyais tout le monde au tapis. A force, certains détalaient rien qu'en t'apercevant. Vous étiez souvent punit par un ou deux cafteurs. Et Eren était toujours énervé, aussi bien parce qu'il trouvait cela injuste parce que c'était toi qui se battait à sa place. »
Armin émit un petit rire avant de pousser un long soupir.
« Je n'étais vraiment qu'un lâche. Toujours le boulet derrière vous. Je ne faisais que vous observer, sans réagir. Comme Eren lorsqu'il m'a défendu contre cette goule… Je suis vraiment inutile…
- Arrête de dire ça », l'interrompit Mikasa en fronçant les sourcils. « On ne t'a jamais considéré comme un boulet. Tu es même le plus futé d'entre nous. Alors que nous étions tous en train de paniquer, tu arrivais à trouver les meilleures idées pour nous sortir du pétrin. C'est même moi grâce à toi que nous sommes encore en vie aujourd'hui.
- Tu exagères. On se serait sans doute sorti d'une façon ou d'une autre. Et vu les gros risques que nous avions pris, c'était un véritable coup de poker.
- Je ne parlais pas de cette fois-là. »
Armin se tourna vers elle, intrigué.
« Tu te rappelles il y a six ans à peu près ? » lui demanda Mikasa. « Tu avais contacté Hannes pour qu'il vienne nous chercher. Si nous étions restés planqués dans le café, ou que nous étions sortis en pensant la voie libre alors que les rues étaient encore infestées de goules. Nous aurions pu tous y passer… Mais Hannes était là et a pu nous récupérer. Et il était là car tu as insisté pour qu'il puisse nous chercher. Sans toi, nous ne serions peut-être plus là pour en parler. Donc prends confiance en toi, tu accomplis de bonne chose. Arrête de penser que tu es inutile, s'il-te-plait. »
Elle posa la main contre celle d'Armin, la serrant pour le rassurer.
« Merci », lui dit Armin reconnaissant. « Tes mots me font du bien. Par contre, je ne pourrais jamais m'arrêter de vous envier, Eren et toi. Je voudrais tellement avoir votre courage.
- Je n'ai jamais été spécialement courageuse.
- Bien sûr que tu l'es ! » s'exclama Armin. « Tu t'es toujours bien défendue, tu affrontes le danger sans sourciller...
- Je ne le suis pas », répéta-t-elle. « Le courage, c'est affronter ses peurs. Cela fait un moment que la notion de danger m'est presque étrangère. Lorsque j'étais retournée pour affronter des goules, je me fichais complètement de mourir. Pour moi, je n'avais plus de raison de vivre si Eren n'était plus là. L'une des mes plus grosses frayeurs est de le perdre. Sans lui, c'était comme si je retournais à l'état de coquille vide… »
Armin prit un air peiné. Il recouvrit sa main des deux siennes. Ne trouvant pas les mots, il essaya de transmettre ses émotions par les gestes. Il connaissait Mikasa et savait ce qu'elle avait traversé.
Mikasa se souvint de sa première rencontre avec Eren. Ils avaient tous les deux huit ans. C'était un mois de février.
A l'époque, elle vivait avec ses parents dans un petit quartier modeste. Ces derniers étaient préoccupés par leur travail et elle se retrouvait souvent seule à la maison. Ses parents la délaissaient toujours à contrecœur. Ils profitaient d'ailleurs de leurs rares temps libres pour se retrouver tous les trois.
Ils l'encourageaient, l'aimaient, la choyaient… Malgré le temps écoulé, elle n'oublierait jamais à quel point ils étaient formidables.
Et il y eut ce fameux jour. Contrairement à d'habitude, ses parents étaient rentrés plus tôt. C'était son anniversaire, et ils voulaient marquer le coup. Alors qu'elle était souvent seule le samedi après-midi, ces derniers avaient consacré leur demi-journée rien que pour elle. Préparer un gâteau, jouer à des jeux de société, offert un kit pour broderie… Des choses simples qui l'enivraient de bonheur.
Et puis il y eut ce bruit de pas dans l'entrée. Son père s'était dirigé vers la porte, pensant à des invités surprises arrivés en avance.
Puis elle le vit s'effondrer soudainement. Plusieurs tâches pourpres s'agrandissaient au milieu de son torse.
Deux hommes étaient rentrés. L'un avec une lame, le second une batte en main.
Elle avait vu sa mère saisir une paire de ciseaux sur la table, fonçant sur eux tout en hurlant. Elle l'encourageait à s'enfuir, mais le premier homme avait réussit à la rattraper. Elle se rappelait de l'odeur étrange du tissu lui recouvrant la moitié du visage. Elle se souvint encore des hurlements de sa mère, implorant les secours.
Mais personne n'était venu.
Sa mère se tut soudainement, victime d'un heurt de la batte en pleine tête.
Avant de fermer les yeux, Mikasa s'était rappelée des éclaboussures projetées par la fêlure du crâne de sa mère à moitié déformé par les coups.
Lorsqu'elle s'était réveillée, elle s'était retrouvée bâillonnée et les poings liés. Elle était dans une pièce, ressemblant à un vieil hôtel. Elle entendait les deux hommes se disputer. Apparemment, ils croyaient qu'elle était seule, sans ses parents. Mais l'un tenta de le rassurer, disant qu'ils allaient bientôt quitter le pays de toute façon. Après tout, ils avaient accompli leur mission. Il parlait d'elle comme s'il était une commande d'un client, et que ce dernier allait être satisfait de la récupérer sans égratignure.
A cet instant, Mikasa eut froid. La joie, la tristesse, la peur… Elle avait eu l'impression de ne plus rien ressentir. Comme si toutes ses émotions s'étaient échappées à son réveil. Elle se sentait vide.
Elle n'avait plus rien.
Et puis l'un des deux partit, prétextant de faire une pause pour fumer et prendre l'air.
Une fois seuls, l'autre homme s'était rapproché d'elle. Il s'était assit doucement à côté d'elle, tandis qu'elle restait toujours allongée sur le sol et attachée. Il lui faisait mine de se taire, murmurant d'une voix doucereuse. Il avait approché doucement sa main vers elle, glissant ses doigts moites le long de ses chevilles nues pour longer doucement l'intérieur de ses jambes jusqu'en-dessous de sa robe.
Pourtant, elle n'avait pas peur. Ou du moins, elle n'y arrivait plus. Tout devenait confus, sans aucun sens. Sans importance.
Brusquement, il y eut un grand bruit. L'homme eut la peine le temps de se retourner qu'il se mit à hurler de douleur.
C'est alors que Mikasa le vit.
Un garçon, d'à peu près son âge, avec de grands yeux verts emplis de fureur. Il plongeait la longue lame du couteau de cuisine à maintes et maintes fois dans le dos de l'un de ses kidnappeurs. Le garçon criait, hurlait, le maudissant et le traitant de monstre. Malgré l'horreur, Mikasa avait observé la scène avec fascination.
Lorsque le garçon finit de reprendre son souffle, il s'était tourné vers elle, les mains empourprées de sang. Il la rassurait tandis qu'il s'occupait à la détacher. Elle ne savait pas d'où il venait, qui il était. Qu'importe, il était là pour la sauver. Mais malgré ses efforts pour l'aider à se déplacer, elle restait incapable de bouger.
Brusquement, le second homme le surprit derrière lui. L'adulte le désarma sans peine et l'avait saisit par le cou des deux mains. Il le soulevait tellement haut que ses pieds décollaient du sol. Tandis qu'il l'étranglait, elle restait toujours immobile. D'un geste du doigt, le garçon lui avait désigné le couteau sur le sol.
Malgré sa détresse, il était arrivait à émettre quelques minces sons étouffés.
Bats-toi. Si tu perds, tu meurs. Si tu gagnes, tu vis. Tu ne peux pas gagner sans te battre…
Encore tremblante, Mikasa avait saisit le couteau tout en ne quittant pas des yeux la scène devant elle.
Au bout de quelques instants, elle avait cessé de trembler. A ce moment-là, elle avait réalisé une chose : ce monde était cruel, injuste. Comme la nature l'avait toujours été.
C'est à ce moment-là qu'elle devint maîtresse d'elle-même, en pleine possession de tous ses moyens.
C'est à cet instant qu'elle avait su qu'elle était capable de tout faire.
Elle avait alors bondit sur son agresseur, plongeant la lame en plein cœur. D'un seul geste, d'un coup d'une précision redoutable.
Elle avait ôté la vie et elle n'avait pourtant rien ressenti. Comme si cette action n'était qu'une chose banale. C'était ni effrayant, ni triste.
C'était instinctif. Il fallait le faire, c'est tout.
Après quelques heures, des policiers les avaient retrouvés. Elle reconnut le Docteur Jaeger à leurs côté, un ami de ses parents qui leur rendait régulièrement visite.
Il voulait lui aussi rendre cette journée spéciale à sa façon. Il avait réussi également à se libérer et voulait enfin présenter son fils dont il parlait si souvent.
Mais lorsque le médecin s'était rendu sur les lieux, il se rendit compte de la tragédie. Son fils, à ses côtés, avait ramassé un feuillet qui était tombé de la poche de l'un des assaillants. Ce dernier indiquait l'adresse d'un hôtel non loin d'ici. Profitant d'un moment d'inattention de son père qui appelait les secours, il s'était précipité pour la secourir.
Tout avait parut si froid pour elle cette journée là. Et pourtant, elle n'avait jamais reçu une aussi douce vague de chaleur que lorsqu'Eren la recouvrit de son écharpe pour la soulager de ses frissons. Sa main chaude avait saisie l'une des siennes, lâchant par la même occasion une explosion d'émotions qui l'envahissait de tout son être. On rentre chez nous, lui disait-il.
Ce fut sa rencontre avec Eren. Celui qui l'avait sauvée, encouragée, révélée. La personne la plus précieuse au monde. Elle ne le quittait plus depuis ce jour et avait vécu à ses côtés au sein de la famille Jaeger. Le Docteur et sa femme Carla avaient effectué toutes les démarches nécessaires pour l'adopter.
Malgré cette tragédie de cet après-midi glacial, les années qui suivirent étaient remplies de chaleur et d'amour.
Mikasa sortit de ses pensées. Elle se détacha d'Armin et essaya d'être plus rassurante.
« J'ai aussi réalisé une chose, après que je sois partie confronter les goules près des bois. Même si Eren devait disparaître, je devais continuer de survivre. Jamais il n'aurait accepté que je baisse les bras aussi facilement. Après tout, c'est lui qui m'a montré que la vie était précieuse et qu'il fallait se battre pour la conserver. »
Elle se tourna vers Armin, soucieuse.
« Tu crois qu'il va s'en sortir ? »
Armin se pinça les lèvres. La situation était bien trop floue pour qu'il puisse se prononcer clairement. Il ne put empêcher l'envolée de pensées pessimistes envahir son esprit, mais il ne voulait pas non plus partager son inquiétude. Pourtant, il voulait y croire et se raccrocher à la moindre lueur d'espoir. Minime soit-elle. Après tout, c'était Eren…
« Eren s'en sortira », déclara Armin. « Il s'en est toujours sorti, même des pires situations. Toujours. Je crois en lui. Nous devons croire en lui… »
-oOoOoOo-
Une semaine s'était écoulée depuis les dernières attaques.
Les nuits de Livaï étaient tellement réduites qu'il avait l'impression que le refuge était devenu sa résidence principale.
Il pesta, tandis qu'il déambulait dans les couloirs de l'Ecole Militaire. Les derniers événements avaient rallongé la pile de dossiers qu'il avait à traiter. Mais Erwin avait insisté sur sa présence à l'Ecole. Même si ses convocations n'étaient jamais prises à la légère, son ton était bien plus sérieux que d'habitude. Sans doute avait-il reçu de nouvelles informations cruciales sur ces affaires en cours.
Ces derniers jours, Livaï s'était concentré sur l'enquête de l'attaque de la cérémonie. Même si les Elites s'étaient chargés principalement de l'affaire, Erwin souhaitait qu'Hanji et lui investiguent également de leur côté. Les Elites avaient leurs méthodes, et eux les leurs. Hanji poussait assez bien ses analyses concernant le profilage goule tandis que lui avait un œil beaucoup plus pointu sur leurs techniques d'attaques. Même s'ils avaient eu un accès limité sur le terrain, leurs collègues de l'autre division leur laissaient accès à leurs documents. Ce type de comportement l'agaçait profondément. Il était sûrement beaucoup plus souvent confronté à ce type d'exercice, alors pourquoi les mettre autant à l'écart ?
Mais il supportait cela en silence. La période n'était pas au conflit et la MAG s'était fragilisée. Forcément, leur organisation devait être revue pour mieux anticiper et se préparer à ce type d'attaque. Les médias et les politiques n'hésitaient d'ailleurs pas à leur taper dessus.
Il avait d'ailleurs pu accéder à la longue liste des victimes. Celle de la cérémonie était effroyablement impressionnante. Il avait balayé rapidement l'ensemble des noms des élèves tués. Il fut au moins soulagé de ne pas y découvrir le nom de Jaeger. Cela l'aurait agacé d'apprendre que ce gosse s'aurait fait faucher salement. Pas qu'il avait forcément plus de mérite que les autres de survivre, mais Livaï lui avait reconnu une détermination assez rare. Et savoir qu'un gosse qu'il avait sauvé quelques années plus tôt aurait été tués dans de nouveaux attentats, cela l'aurait fait vraiment chié. Par contre, Livaï était beaucoup moins sûr de sa volonté de rejoindre les Traqueurs après un tel traumatisme.
Il aperçut alors Erwin un peu plus loin. Même s'il gardait toujours une coiffure blonde impeccable, il remarqua ses cernes beaucoup plus marqués que d'habitude.
« Tu as une sale gueule », lâcha Livaï.
« Pas mal de choses à traiter », répondit Erwin en esquissant un léger sourire.
« Je te crois. Il est rare que l'on se rencontre en-dehors de ton bureau. C'est devenu tellement bordélique que tu préfères changer de bâtiment pour taper la discussion ?
- Il y a un peu de vrai », dit Erwin qui reconnaissait le côté maniaque du Capitaine. « Mais je souhaiterais t'informer d'un sujet important. Suis-moi. »
Le Commandant se dirigea vers un large escalier menant au sous-sol. Livaï le suivit. Il était un peu intrigué par le chemin emprunté par son supérieur, mais resta silencieux.
Livaï était déjà venu ici, lors d'une brève visite des bâtiments lorsqu'il fut promut. Durant les premières années de la MAG, ce complexe permettait d'emprisonner les goules capturées avant de leur faire subir des expériences. Puis les sections de recherches s'étaient développées et ces quartiers avaient été désertés. Hanji fréquentait un peu plus régulièrement les lieux, afin d'exercer quelques interrogatoires dès que l'occasion se présentait avant que les goules soient déportées vers des centres spécialisés. Lui, cela faisait plusieurs années qu'il n'avait plus posé les pieds ici.
« Tu as découvert quelque chose lors de tes investigations ? » lui demanda Erwin tout en poursuivant sa marche.
« On reste toujours bloqué avec Hanji sur le cadavre de goule retrouvé à cinq cents mètres des lieux. On suppose qu'il s'agirait d'un règlement de compte entre goules, vu les profondes entailles tout le long de son dos. Les blessures semblent bien avoir été causées par un kagune, ou le maniement d'une quinque avec une extrême précision. Mais il ne semblerait pas qu'un milicien soit impliqué là-dedans.
- Un règlement de compte entre goule ? » suggéra Erwin.
« Peut-être, même si c'est plutôt bizarre que cela ait lieu aussi près de l'attaque. Impossible d'identifier un lien pour le moment. Peut-être qu'il s'agit d'une coïncidence, mais ce serait trop suspect. Vu qu'on n'a pas retrouvé sa poche RC, Hanji en déduit qu'il pourrait s'agir de l'acte d'une goule-cannibale.
- Cette piste n'est pas à exclure. Le Clan Sina semble assez cruel dans ses méthodes, même si celle-ci semble assez extrême.
- Nous n'avons pas détecté de morsure », maintint Livaï. « Et je soupçonne Hanji de se laisser aller parfois dans ses fantasmes… »
Erwin et lui continuaient de marcher depuis un moment. Livaï trouva étrange de voir autant de Veilleurs déambuler dans les couloirs. Même si ces locaux devenaient plus fonctionnels, cela le surprenait qu'il y ait autant d'agitation.
« Tu as d'autres informations à rapporter ? » reprit Erwin.
« Rien de nouveau. J'ai essayé d'avoir des renseignements concernant les trois goules qui ont été tuées. On m'a juste fournit leur identité, rien de plus. Aucun lien entre elles, parfaitement intégrées en société, sans suspicion particulière. On a insisté pour inspecter les corps mais Carven nous a justifié un fameux secret défense. Elle aime bien sortir cette tirade pour être tranquille, même si ce n'est que du vent. Dommage que sa connerie ne soit un secret pour personne.
- Et pourtant, elle était bien dans son devoir. »
Livaï leva les yeux vers le Commandant, intrigué.
« Qu'est-ce que tu insinues ? » lui demanda-t-il.
« Tu vas le découvrir très vite. A vrai dire, ce secret défense est le motif de ta venue ici. »
Ils s'arrêtèrent devant une porte, gardée par deux Veilleurs aux allures strictes. Un peu plus loin, quatre autres faisaient de même. Livaï trouvait leur présence suspecte. Qu'est-ce qu'il pouvait bien se passer ici ?
A la vue du Commandant des Traqueurs, les deux gardiens les laissèrent pénétrer dans une pièce un peu sombre. Livaï y découvrit le Commandant Pixis, le regard perdu à travers une vitre éclairée. Celui-ci se tourna vers eux, souriant. Ils se saluèrent rapidement, un poing sur le cœur.
« Commandant Smith, Capitaine Ackerman. Je n'espérais pas votre venue aussi tôt, avec cette forte période d'activité.
- Une convocation reste une convocation », trancha Livaï. « Pourquoi suis-je ici ? »
Pixis émit un petit rire tout caressant sa moustache.
« Effectivement, vous n'y allez pas par quatre chemins », dit-il.
« Je préfère être direct », rétorqua Livaï. « Comme vous dites, nous traversons une forte période d'activité. Autant économiser notre salive pour aller à l'essentiel. »
Le Commandant des Veilleurs sourit, tandis qu'Erwin restait stoïque.
« Voici la raison de votre venue », lui répondit le vieux milicien en l'invitant à regarder à travers la vitre.
Livaï ne bougea pas, se contentant de voir de loin une personne allongée dans un lit au milieu d'une pièce blanche éclairée. Il avait l'impression de voir un malade sur un lit d'hôpital.
« Cela ne m'en dit pas plus », dit Livaï. « Soyez plus explicite.
- Nous avons pris en charge un jeune homme au talent assez… particulier », continua Pixis. « Nous avons peut-être avec nous le chaînon manquant entre l'homme et la goule. »
Livaï fronça les sourcils, ne comprenant pas tout à fait où voulait en venir le vieux Commandant.
« Il n'a pas l'air impressionnant à première vue, mais il semble avoir du potentiel », poursuivit Pixis. « Mes hommes l'ont surpris à attaquer des goules sur les lieux de la cérémonie. Il fait parti de la 104ème promotion.
- Une goule milicienne ? » tiqua Livaï. « C'est une blague ?
« Cela n'a jamais été aussi sérieux », reprit Erwin. « De nombreux témoins ont assisté à son combat contre les trois goules classées secret défense. Il les a toutes tuées. On a pu récupérer un de ses bras et jambes arrachées : son corps s'est bien régénéré comme une goule. Et les tests ADN révèlent bien que ses membres lui ont appartenus. Pourtant, son taux RC ne reste guère supérieur au nôtre et sa peau est aussi souple que celle d'un homme ordinaire. Il se nourrit d'ailleurs comme nous. Les Elites continuent encore les recherches concernant sa famille et son entourage proche, mais il semblerait ne pas avoir de lien avec une quelconque goule, suspectée ou confirmée dans notre base. »
Livaï avait du mal à réaliser toute cette histoire. Une goule hybride ?
« Nous avions besoin de temps pour l'étudier un peu », dit Erwin. « Les résultats nous paraissaient surréalistes, mais tout est bien formel. Il s'agirait peut-être d'une goule à moitié humaine ».
Le Commandant des Veilleurs s'approcha de Livaï et lui tendit un écran où une vidéo était prête à être déclenchée.
« Une des caméras de surveillance a filmé son altercation contre une des goules. Leur passage sur le champ de l'objectif est assez bref et il faut faire pas mal d'arrêt sur image pour le distinguer plus nettement. »
Livaï prit l'appareil des mains et visionna la séquence.
Effectivement, c'était très rapide. Il ne voyait que le passage d'ombres floutées, entourés de formes plus ou moins colorés.
En repassant la vidéo à une vitesse de lecture plus lente, il arriva à distinguer un peu plus nettement les silhouettes. Il zooma encore et encore, essayant d'examiner plus exactement les goules.
Il remarqua le kagune ailé et vif de l'une d'elle, semblable à des ailes embrasées. Il ressentit une désagréable sensation le parcourir en continuant d'agrandir les images.
Il se figea instantanément lorsque ce visage familier apparut un peu plus précisément à travers l'écran.
Ce n'était pas possible…
Il se précipita soudainement contre la baie vitrée, afin de mieux cerner l'individu allongé.
Il ne pouvait pas le croire. C'était complètement fou.
Mais c'était bien lui, ce foutu gamin.
Il serra ses poings, les bras plaqués le long du corps. Son visage restait impassible, mais on pouvait deviner une certaine irritation vu ses fins sourcils froncés.
« Vous le connaissez ? » demanda Pixis.
« Un peu », dit Livaï tout en restant vague et en ne quittant pas des yeux l'adolescent.
« Le Capitaine l'a sauvé de d'attentat de Shiganshina », expliqua Erwin. « Il a déjà eu l'occasion de s'entretenir un peu avec lui lors de son intégration dans la Milice.
- Drôle de coïncidence », dit Pixis assez surpris. « Et vous n'avez rien détecté quoi que ce soit de suspect chez lui ? »
Livaï restait plongé dans son mutisme tandis qu'Erwin hocha négativement la tête. Ce dernier s'adressa de nouveau à Livaï.
« Après les données récoltées sur Eren Jaeger et vu sa nature un peu particulière, un jugement a lieu la semaine prochaine pour décider de son sort. Beaucoup souhaiteraient l'examiner pour mieux comprendre son métabolisme, voire le disséquer. De mon côté, je crois qu'il représente chance inouïe pour notre division. S'il est vraiment une goule, ce serait l'occasion rêvée de l'examiner de plus prêt et de le combiner à nos forces. Je souhaiterais qu'Hanji s'occupe de l'étudier tandis que ton escouade et toi vous vous occuperiez de l'encadrer. Histoire de l'entraîner ou de le stopper si cela dégénère. »
Livaï se tourna vers Erwin, l'air impassible.
« Et qu'est-ce qu'il te ferait dire qu'il collaborerait sagement ? » claqua sèchement Livaï.
« Il semble être assez coopératif », intervint Pixis. « Il ne parait pas hostile.
- Toutes les goules ne semblent pas hostiles comme vous dites », précisa Livaï. « Jusqu'à ce qu'elle décide de vous bouffer au moment opportun. »
Pixis sourit légèrement, se pinçant une extrémité de sa moustache grisonnante.
« Je craignais que le fait de l'avoir rencontré altèrerait votre jugement, Capitaine. Mais votre sérieux et votre implication au sein de la Milice ne semblent pas être que de simples rumeurs.
- Le Capitaine Ackerman est l'un de mes meilleurs hommes », rajouta Erwin. « Il est incontestablement le mieux placé pour ce type de mission. »
Il fixa Livaï droit dans les yeux, l'air sérieux.
« Nous allons nous entretenir avec lui, afin de décider ou non de le garder sous notre insigne. Mais j'ai également besoin de ton avis et de savoir à quel point tu pourrais t'y impliquer. Ton rôle serait primordiale dans cette affaire, et je ne connais personne d'autre que toi qui pourrait assurer à la fois la sécurité de Jaeger tout en étant suffisamment réfléchi pour l'arrêter si la situation dérape. Sans toi, ce projet ne tiendra pas. »
Livaï regarda silencieusement son supérieur, puis soupira.
« Qu'on fasse vite. Je commence à être fatigué de toutes ces conneries. »
-oOoOoOo-
Eren restait allongé, silencieusement.
Les journées étaient interminables. Il passait son temps attaché, subissant régulièrement des prises de sang et des examens de santé. Rien de douloureux, mais il était agacé de l'expression inquiète des personnes qui le prenaient en charge. A croire qu'ils pensaient qu'il pouvait à tout moment leur sauter à la gorge…
Ses seuls moments de déplacement étaient pour prendre une douche et se rendre à des toilettes dans une petite salle d'eau rattachée à la chambre toutes les deux heures. On le détachait parfois pour qu'il puisse se dégourdir les jambes pendant dix minutes. Toujours ce rituel où les Veilleurs le surveillaient, armes en main et prêts à intervenir au moindre faux mouvement. Il supportait encore de se faire continuellement fliquer, mais pas tous ces regards suspicieux plaqués sur lui.
Il avait tenté de poser des questions au personnel, aussi bien sur sa condition que sur des sujets banals comme la météo, mais tous restèrent muets. Il ne savait pas s'ils devaient respecter des ordres très stricts ou bien s'il le craignait.
Il n'avait pas revu Mikasa et Armin depuis. Le Commandant Pixis venait parfois lui rendre visite pour lui expliquer l'évolution de la situation. Il savait que sa nature de « goule » n'était toujours pas clairement définie et qu'il sera finalement jugé au sein de la MAG pour qu'on puisse décider de son sort. Eren ne savait pas trop quoi en penser et ne pouvait pas s'empêcher de demeurer anxieux. Néanmoins, il continuait de respecter les consignes qu'on lui imposait. Autant ne pas compliquer les choses…
Sa seule source de distraction était un écran installé au mur, défilant une chaîne d'information en continu. Cela lui permettait de connaître l'heure, de se tenir au courant du monde extérieur et sans doute de ne pas devenir fou. Rester seul attaché dans une pièce blanche sans son et sans source de distraction, c'était un coup à en devenir fou.
Eren constata d'ailleurs la situation de détresse du pays. Les attaques étaient encore vives dans les esprits. Les gens étaient choqués et semblaient vivre dans la peur. Même si Armin lui conseillait de ne pas se laisser trop influencer par les médias, Eren était sûr que la crise était bien réelle. Les politiques avaient durci la sécurité, instauré un couvre-feu et interdit les rassemblements. Quant à la MAG, elle était la cible de nombreuses critiques. Elle était tantôt un bouc émissaire pour ne pas avoir anticipé les événements, tantôt le symbole de la force du pays qu'il fallait soutenir. S'il y avait Armin à ses côtés, il décrypterait ces informations avec lui à cœur joie.
Tout d'un coup, le volume des informations baissa brusquement. C'était le signe qu'une personne rentrait dans la pièce.
Eren se releva en position assise. On lui avait accordé un peu de mou au niveau de ses liens pour qu'il puisse un peu mieux bouger. Par contre, il était impossible pour lui de quitter sa couchette.
Lorsqu'Eren reconnut les deux miliciens, il resta interloqué.
Le Commandant Smith… ? Capitaine Ackerman ... ?
Ces deux derniers s'avancèrent. Le Commandant prit une chaise pour s'asseoir à proximité du lit. Quant au Capitaine, il se contenta de s'appuyer contre le mur, le regard ailleurs.
Erwin commença à prendre la parole.
« Je crois qu'il est inutile de nous présenter », dit-il. « Nous tenions à nous entretenir avec toi. Vu que ta nature est tenue secrète au sein de la Milice, nous n'avons reçu l'autorisation de t'approcher qu'aujourd'hui. »
Eren resta silencieux, mais suffisamment attentif.
Il était surpris de cette visite. Même s'il avait aperçu le Commandant des Traqueurs à la cérémonie, cela lui faisait drôle qu'il s'adresse directement à lui.
Quant au Capitaine Ackerman, il ne savait pas trop quoi en penser. Il semblait superbement l'ignorer. A croire qu'il restait indifférent à tout ceci.
Eren ressentit un profond malaise. Qu'est-ce qu'il pouvait bien penser de lui à présent ? Le considérait-il toujours comme un humain ? Ou n'était-il plus qu'une goule bonne à abattre ?
Erwin reprit la parole.
« D'après des témoignages et tes examens, tu serais une goule. Pourtant, tu représentes de nombreuses qualités humaines. As-tu une idée de tes aptitudes exactement ?
- Pas vraiment », répondit Eren d'un ton peu assuré. « Je me suis toujours considéré comme quelqu'un de normal. Je ne suis pas exceptionnellement fort et me suis toujours nourris normalement. Et je n'ai jamais pu utiliser mon kagune. Enfin… Excepté cette nuit apparemment. Mais je ne me souviens plus de rien.
- Amnésique en plus », maugréa Livaï. « Nous voilà bien avancés.
- Livaï », le réprimanda Erwin avant de se tourner une nouvelle fois vers Eren. « Excuse-nous, mais nous avons du mal à saisir la situation. Pourrais-tu nous dire quelles sont tes réelles intentions ? »
Eren essaya de faire abstraction de la remarque désobligeante du Capitaine et se concentra sur la question d'Erwin.
« Mes… intentions ? » balbutia-t-il.
« Oui », affirma Erwin. Nous souhaiterions te prendre en charge afin de pouvoir mieux t'étudier. Malgré les nombreuses recherches sur les goules, nous ignorons encore beaucoup de choses sur elles. Ta participation pourrait nous aider à mieux les connaître afin de mieux les combattre. On te demandera sans doute de t'infiltrer parmi elles pour mieux récolter les informations, ou même de les abattre. Tu seras toujours encadré d'une escouade en soutien, bien entendu. Par contre, nous devons nous assurer de tes intentions. Elles sont la clef de notre projet et de notre combat contre les goules. »
Eren resta silencieux. Le regard bleuté du Commandant restait planté dans les siens, en attente d'une réponse.
L'adolescent fut déboussolé. Pas mal d'émotions resurgirent.
Quelles étaient ses intentions ? Qu'est-ce que ce projet lui inspirait ?
Il resta un moment silencieux, perdu dans ses pensées. Un défilé de souvenirs resurgit. Ces goules terrifiantes. Le sang. La mort de ses amis. Le cadavre de sa mère…
« Grouille-toi de répondre », s'impatienta Livaï en reportant son regard sur lui. « Qu'est-ce que tu veux faire ? »
Eren commençait à trembler légèrement. La tristesse, la rage, la rancœur… Toutes ces émotions le submergeaient.
« Je veux intégrer les Traqueurs », finit-il par prononcer en relevant la tête. « Pour choper ces goules et les massacrer comme elles le méritent… »
Le regard d'Eren s'était illuminé d'une fureur presque démentielle. Livaï fut instantanément fasciné par le caractère de ces prunelles vertes.
En plus de la colère, il remarquait à travers les yeux de l'adolescent une animosité et une bestialité familière… Cela lui rappelait également ce gosse qu'il avait secouru quelques années plus tôt. Cette expression continuait de le captiver.
Ce gamin n'était pas humain, il en était certain. C'était une machine à tuer.
« Pas mal… » prononça-t-il.
Livaï s'avança et appuya ses mains contre les barreaux du pied du lit. Il fixait à présent Eren sans ciller.
« Erwin, j'accepte de le prendre sous ma responsabilité. Par contre, cela ne veut pas dire que je lui fais confiance. Si jamais il devient violent ou nous trahit, je l'abats dans la seconde. »
Eren tressaillit. Son ton et son visage impassible tout en prononçant ces mots le surprit. Il avait l'impression d'avoir en face de lui un autre homme. Non, il ressemblait à autre chose. Son calme et son regard fixe le faisait ressembler à un prédateur.
« Cela ne devrait pas me poser de problème », continua Livaï. « De toute façon, je suis le seul à pouvoir le faire.»
La porte derrière eux s'ouvrit. Apparemment, les aides-soignants devaient accomplir leur rituel.
« Bien », prononça Erwin en se relevant. « Je crois que nous avons suffisamment d'informations. Nous prenons en compte ta remarque et nous serons bien présents lors de ton jugement. Continue à rester coopératif et tout se passera bien. »
Tandis que les deux miliciens se dirigèrent vers la sortie, des infirmiers en profitèrent pour préparer les prochaines prises de sang.
Alors qu'Eren commençait à se faire ausculter, Livaï se retourna une dernière fois vers lui avant de disparaître derrière l'entrebâillement de la porte. Son ton était emplit d'ironie.
« Au fait, félicitations gamin. Je t'accepte finalement dans mon escouade. »
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Voilà ! C'était rude, je suis crevée, mais j'ai réussi :p.
Qu'avez-vous pensé de ces différentes scènes :
- La confusion d'Eren ?
- L'intervention de Pixis ?
- La séquence Mikasa et Armin ?
- Le passé de Mikasa ? (je n'ai vraiment pas été cool avec elle… Moi-même j'ai été mal à l'aise o_o')
- La réaction de Livaï ? (j'espère avoir réussi mon coup n_n')
- Cette réplique de fin ? :p
Est-ce que la reprise de certains passages de SnK dans cette fanfic vous plait ?
Je ne vais pas vous promettre le prochain chapitre la semaine prochaine, vu qu'elle risque d'être tendu de mon côté n_n'. Mais je tâcherais de faire au mieux pour ne pas excéder une dizaine de jours ! (à croire que je veux bouder mon lit…)
Au plaisir de lire vos avis et théories dans les reviews !
Merci à Going-to-Hell-for-Shipping pour la révision et ta dispo ! (sans toi, ce chapitre aurait été diffusé après Pâques n_n')
