Chapitre 10 : Petit Elfe, Grande Explosion.

La nuit tombait lentement, et le monde s'endormait. Mais alors que ce dernier s'endormait, tout le monde ne s'endormait pas.

Dans le grand océan, les Larbins et ce qui restait de leur flottille naviguait avec quelques difficultés. Une bonne partie de la flotte avait été emportée par les vagues et le vent, emmenant dans les profondeurs abyssales leur cargaison d'hommes, de Larbins, d'armes et de richesses. Il ne restait qu'une dizaine de bateaux lorsque la nuit fût complète, et parmi eux se trouvaient le Cachalot ainsi que le Tonneau noir, avec leur précieuses cargaisons.

Dans les terres du Sud, une soirée mondaine allait commencer dans la riche villa du sénateur Marius Dionus. Une soirée qui s'annonçait mouvementée : les différents plats commençaient a être placés sur différentes tables dans l'atrium de la villa, mais ils étaient déjà épiés par un petit hommes au visage porcin dont les yeux fixaient avidement chaque plat. Cependant, dans leurs chaises à porteurs, les différents sénateurs et sénatrices arrivaient, tous vêtus de leurs plus belles toges et parés de leurs bijoux les plus coûteux à défaut d'être de bon goût.

Mais l'événement le plus important de cette nuit, qui s'annonçait sombre, se déroulait bien plus au nord de la République et de sa villa, et plus à l'ouest de la position des Larbins et de leur flotte. Dans la Tour noire, le cœur même du mal, les Larbins Bleus ainsi que les quelques Bruns qui leur servait de gardes, allaient prendre leurs postes : les Bruns patrouillaient les quartiers supérieurs de la Tour alors que les Bleus se distrayaient comme ils le pouvaient dans leurs quartiers... mais personne n'avait encore vu une silhouette qui escaladait la montagne pour chercher une faille où se faufiler...


Florian grimpait, grimpait, avec détermination. Chaque nouveau pas dans son ascension le rapprochait de son objectif final, même s'il avait parfois un certain mal dans cette escalade, ses mains s'écorchant et ses pieds glissant. Un crachin glacé tombait également, rendant les prises glissantes et frigorifiant l'Elfe qui grimpait, encore et toujours.

Finalement, il trouva enfin ce qu'il recherchait : une meurtrière taillée dans le pic rocheux sur lequel était sis la Tour, assez haut et bien dissimulée pour qu'on ne puisse la voir de l'extérieur, mais en même temps la meurtrière était assez large pour qu'une personne à la carrure fine puisse s'y glisser. C'était assez large pour laisser passer une femme... ou un Elfe...

Il fallût un petit moment a Florian pour passer, mais il finit par réussir... plus ou moins : il finit par glisser, avec difficulté, pour entrer enfin dans la Tour... et s'étaler de tout son long sur le sol de pierre du couloir, y formant une flaque d'eau.

L'elfe se releva avec quelques difficulté, s'ébrouant et tordant son long bonnet de tissu coloré afin de le sécher. Son arrivée dans la tour n'était pas vraiment ce qu'il avait imaginé... du moins, elle était plus mouillée que ce qu'il avait pensé en songeant à son voyage.

Mais le plus important, c'est qu'il était enfin arrivé à destination. Il se trouvait dans un long couloir, faiblement éclairé par quelques torches suspendues aux murs par des anneaux de fer. L'endroit était silencieux et lugubre, il n'y avait pas le moindre bruit, mis à part celui des gouttes tombant des vêtements et cheveux trempés de Florian et qui allaient s'écraser sur le sol.

Après avoir jeté un rapide coup d'œil à droite, puis à gauche, et voyant qu'il était bien seul, l'Elfe se détendit un peu et sortit de son sac le vieux parchemin qu'il avait trouvé dans la bibliothèque de Clairéternel à une époque qui lui semblait si lointaine désormais. D'après la brève description qu'en faisait le parchemin, l'artefact que recherchait Florian se trouvait dans les sous-sols de la Tour, dans un vaste ensemble de grottes appelé le « Puits de Création » par l'auteur du vieux parchemin. Pour y arriver, ce serait sans doute facile, car d'après le parchemin le Puits se trouvait au plus bas de la Tour, et les escaliers l'y amènerait immanquablement.

L'Elfe entama donc sa descente dans les entrailles de l'immense forteresse, apparemment déserte car il pouvait voir que, malgré les torches qui brûlaient, le sol était poussiéreux et des araignées tissaient leurs toiles au plafond, preuve que plus personne ne s'occupait de l'entretien de l'endroit. Mais l'aspect « vide » de la Tour était une erreur, et Florian en avait conscience alors qu'il pénétrait dans un escalier taillé comme un tunnel directement dans la sombre roche du pic sur lequel la Tour était érigée : des voix se répercutaient sur les mures de l'escalier, venant d'en bas, des voix forts désagréables, ricanant, riant ou se querellant... si le parchemin ancien parlait des « démons » qui vivaient dans la Tour, il n'en faisait pas une description des plus précise. Tout au plus, il précisait qu'il y en avait quatre sortes et que même les moins combatifs étaient des êtres vicieux, sournois et avides de faire le mal.

Florian était beaucoup de chose : un lâche, un pleutre, un peureux... bon, les trois termes étaient similaires, mais bref... il était aussi particulièrement attaché aux créatures mignonnes et duveteuses, comme tous les Elfes, et consommait parfois un peu trop d'Herbe à rêve... il était aussi, et surtout, considéré comme un paria et un incapable par tous les Elfes de Clairéternel, et sans doute aussi par ceux de Verteselve depuis qu'il y avait rencontré une petite troupe de chasseurs. Et c'était ce point qu'il ne supportait plus, tous ces siècles d'humiliation qu'il avait enduré parce qu'il n'avait pas de magie en lui et qu'il ne savait pas utiliser la magie contrairement à tous les autres Elfes. Il était temps que cela cesse ! Et quel meilleur moyens pour faire enfin cesser ces persécutions qu'en se procurant enfin de la magie, avec l'artefact qui reposait tranquillement dans cette antre du mal...

Finalement, toujours aussi silencieusement que possible, l'Elfe arriva enfin à son objectif : un grande porte dotées de deux battants de métal massifs se dressait devant lui, et par sa mince ouverture, il voyait une vaste grotte. Là, une pierre brillait de mille feux, scintillant d'un éclat hypnotique, flottant à quelques mètres au dessus du sol et faisant graviter autour d'elle plusieurs grosses pierres. La grotte étaient percée par quatre grandes alcôves : l'une était remplie de plantes vertes, sans doute toxiques, une autre semblait être un amas de chair luisant, la troisième contenait un sol noir et percée par de petites rigoles où l'on pouvait apercevoir du magma en fusion et finalement, la dernière alcôve était un plan d'eau au milieu duquel trônait un objet étrange, une sorte d'assemblage de grand coquillages de couleur bleu clair.

Les bruits qu'entendait Florian provenait d'une cinquième cavité, un autre réseau de grottes apparemment qui était relié au Puits de Création par un mur épais percé en son centre d'une grande porte. Derrière le mur, Florian entendait distinctement les bruits qui se répercutaient dans le couloir et les escaliers, et sa vision elfique lui permit de voir qui les produisait.

Des centaines de créatures se tenaient dans le second réseau de grottes. Un petit nombre avait la peau brune et claire, portant des armures de fer noirci, mais le plus grand nombre de ces créatures avait la peau bleu claire, des pieds palmés et portait une queue d'anguille avec une collerette d'épines autour de leur bouche. Toutes ces créatures, bruyantes, commençaient sans doute a fatiguer : un nombre de plus en plus grand d'entre eux commençait à se laisser tomber au sol, où a rejoindre de petites huttes de glaises ou de pierre, apparemment c'était leurs logements. Mais alors que la majorité des créatures bleues allait s'endormir, une partie des brunes restait éveillée, prenant leurs armes et sanglant leurs casques et armures avant de se diriger vers le Puits... et vers Florian!

Ce dernier dût agir rapidement : il passa la grande porte pour se jeter dans l'alcôve remplie de plantes. Il pouvait aisément s'y dissimulé afin d'attendre que la troupe des gardes passe, tout en tremblant et en retenant sa respiration car le spectacle était des plus inquiétant pour l'Elfe, les bêtes qu'il voyait étaient de petites tailles, mais elles avaient l'air vicieuses et sournoises, et leurs armes, de courtes lances, haches, épées courtes, masses et autres ustensiles tranchants, n'étaient pas faites pour rassurer Florian.

Finalement, une fois le dernier Brun disparu dans l'escalier Florian s'avança prudemment jusqu'à l'artefact qu'il convoitait tant, l'énorme Orbe. Il pouvait ressentir rien qu'en approchant, l'immense pouvoir que contenait cet artefact, un pouvoir qu'il allait bientôt posséder lui aussi : dans un autre parchemin de la Bibliothèque de Clairéternel, il était fait mention d'une technique pour vider un objet, ou un être vivant, de sa magie. La technique en question était assez rudimentaire et nécessitait l'emploi d'un cristal Féerique, comme ceux qu'on trouvaient en abondance chez les Elfes et qui se matérialisait dans lieux à forte concentration de magie.

Florian avait pris soin d'en emporter un avec lui, de ces précieux cristaux, et un petit marteau d'argent qu'il avait trouvé dans la Bibliothèque. Le processus était simple : mettez le cristal contre la cible dont vous souhaitez acquérir la magie, frapper doucement avec le marteau le cristal pour l'enfoncer dans la cible tout en prononçant les paroles rituels, et le tout sera joué. C'était très simple en vérité, et ça ne nécessitait même pas d'avoir de la magie pour l'utilisateur...

Le cœur de Florian se serra, alors qu'il plaçait le petit cristal rose vif, presque rouge, contre l'orbe. Il n'entendait aucun bruit venant des créatures qui n'avaient pas pris les escaliers, elles devaient donc dormir. Il commença a réciter les paroles du rituel, d'une voix basse et tremblotante, et frappa de son marteau le cristal.

Rien ne se passa...

Florian, étonné, recommença : il prononça les paroles du rituel et frappa encore une fois, un peu plus fort.

Toujours rien...

« Qu'est-ce qui se passe ? Tout devrait marcher, pensa Florian »

Il réitéra une troisième fois son geste, cette fois en frappant un peu plus fort et en parlant également plus fort.

Mais rien...

L'Elfe commençait a légèrement s'énerver. Il frappa une quatrième fois, plus fort encore...

Le résultat fût le même...

- Vas-tu te décider à me donner ta magie, saleté d'orbe ?! Finit par crier Florian, en levant son marteau pour un cinquième coup.

Ce coup frappa, plus fort que les précédents, et cette fois le cristal féerique pénétra enfin dans l'Orbe, s'y enfonçant de quelques centimètres alors que Florian prononçait les paroles du rituel.

« Enfin ! Ça marche ! Je vais avoir de la magie ! Pensa l'Elfe »

Oui, le vieux rituel semblait faire son effet : un étrange aura bleuâtre suintait de l'Orbe, tout autour de la fracture que le cristal magique avait creusé. L'aura en question se transformait en vapeur, alors que l'Orbe commençait a gronder. Quelque chose n'allait pas, semblait-il...

Dans les tréfonds de l'artefact, une lueur rouge commençait a apparaître, alors que les pierres qui flottaient autour de lui tombaient lourdement au sol et que, tel un écho au grondement de son cœur, la Tour elle même se mettait à trembler.

Florian ne comprenait pas... il avait parfaitement exécuté le rituel, qu'il avait maints fois répété alors qu'il voyageait pour rejoindre la Tour. Mais il était, comme l'Elfe qui avait écrit le parchemin révélant l'histoire de l'Orbe et de son sinistre maître, ignorant de la réalité : l'Orbe était une terrible source de pouvoir, avec un potentiel magique illimité, mais ce potentiel n'était mis à la disposition que d'une seule personne : l'Overlord régnant sur la Tour, et qui était lié à l'Orbe par ses propres artefacts. Personne d'autre qu'un Overlord ne pouvait disposer des pouvoirs de l'Orbe, encore moins un Elfe totalement dépourvu de magie... et sans Overlord pour absorber la puissance s'échappant par la « fuite » qu'avait crée Florian, les choses allaient très mal tourner...

L'Orbe pulsait, comme un cœur, mais a une vitesse qui aurait inquiété n'importe quelle personne si son cœur s'était ainsi emballé. Et l'aura bleu, qui commençait a se changer en une étrange boue bleuâtre, ne cessait de s'écouler de la fracture...

- Qu'est-ce que c'est que ce vacarme ?! Hurla une voix venant de la grande grotte où les créatures dormaient.

Là, Florian paniqua. Les monstres se réveillaient, et il ne voulait pas être là quand ils verraient ce qui arrivait à leur Orbe. Il remit son marteau d'argent dans son sac et abandonna le cristal magique qu'il avait utilisé, ce dernier ayant commencé à fondre en chauffant lorsque l'Orbe avait commencé a viré au rouge sang. L'Elfe ne s'en souciait plus : il remonta en vitesse les escaliers dans le but de trouver une sortie afin de quitter la Tour au plus vite. Il ne savait pas ce qu'il avait déclenché, mais ça ne lui inspirait pas confiance...

Alors que Florian décampait en vitesse, les Larbins s'étaient effectivement réveillées et allaient voir ce qui avait provoquer l'étrange bruit qui les avait tirés de leur sommeil plein de rêve de bière, de sang et de massacre... L'aîné de la troupe, Bosco le Bleu, s'avança pour observer l'artefact, repoussant les quelques Bruns et les plus nombreux Bleus qui se tenaient devant lui.

- Poussez-vous, imbéciles, laissez moi voir ce qui se passe !

Les autres Larbins se poussèrent effectivement, et le Bleu pût contempler la source de leur étonnement : l'Orbe de Tour avait changé de couleur pour arborer une sorte de rouge écarlate, une couleur semblable à celle du sang, et les pierres sensées orbiter autour de l'artefact étaient au sols, brisées dans le cas des plus grosses.

- Qu'est-ce qui se passe, Bosco ? Demanda Coco, un Bleu plus jeune et qui se tenait à côté de l'ancien. L'Orbe a l'air d'être instable...

- Oui, instable... il y a une fuite ?! Comment ça a pût se produire ?

Alors que les Larbins parlaient, l'Orbe commença a s'élever, quittant déjà son emplacement habituel pour monter vers le plafond du Puits de Création en tournoyant sur lui même et en laissant s'échapper une étrange boue bleue qui tombait sur le sol. Bosco, prudemment, toucha la boue en question : elle s'évapora lentement une fois dans sa main.

- Bizarre, dit le Bleu, c'est magique ce truc... mais d'où est-ce que ça provient ?

Alors que l'Orbe poursuivait son ascension, une trait de boue tomba sur un des Bruns présents, et il y eut plus d'effet que sur Bosco : il se tordit d'abord de douleur en enserrant la zone frappée par la « boue », avant de hurler, sa peau vira au violet alors que son corps se tordait et qu'une bosse apparaissait dans son dos, deux cornes poussèrent sur sa tête et il hurla encore... Lorsque la transformation fût achevée, le Brun avait doublé de taille, une paire de longues cornes noires avait percé sa boîte crânienne, sa peau avait viré au rose violet avec des lignes bleues brillantes apparaissant sur son corps alors que ses yeux étaient devenus deux boules bleues brillantes et qu'une queue avait poussé à la base de sa colonne vertébrale... et enfin, il avait l'air beaucoup plus stupide.

La créature finit par se calmer, puis elle jeta un coup d'œil vers ses frères Larbins. Gogo, un Bleu qui se trouvait juste à côté de lui et le regardait lui demanda :

- Euh... Visqueux... tu vas bien ?

L'ancien Brun ne répondit pas... du moins, pas par des paroles : il se contenta d'attraper la gorge de Gogo avec sa main, qui avait une plus grande portée tant ses bras s'étaient allongés, et brisa le cou du Bleu avant de fixer les autres Larbins et de se jeter sur eux...

Pendant que les Bleus et Bruns se jetaient sur le monstre, l'Orbe poursuivait son ascension, de plus en plus vite. Tout en grimpant, la fracture s'étendait encore, accélérant comme la vitesse du puissant artefact, et bientôt il y eut près de vingt-quatre fractures partant du sommet de l'Orbe pour rejoindre sa base, divisant l'objet en douze morceaux égaux qui étaient cependant encore ensembles...

Une dizaine de Bruns patrouillait en haut des escaliers, dans la salle du trône et devant le Portail qui permettait à l'Overlord de quitter la Tour afin de rejoindre un de ses domaines. Ils étaient sur leurs gardes car les tremblements de la Tour les inquiétaient... ils furent surpris lorsque l'Orbe de Tour jaillit du Portail, surgissant du bassin magique. Puis, l'Orbe trembla sur lui même, scintillant de mille feu et passant du rouge qu'il arborait à un blanc pâle, une lumière aveuglante qui agressait les yeux des Bruns... ensuite, l'Orbe plongea d'un coup, comme s'il avait cessé de flotter, dans le bassin, et la Tour trembla de plus belle...


Florian avait réussit a quitter la Tour, et il s'en éloignait rapidement sans plus se soucier d'être aperçu ou non par quelqu'un... alors qu'il courait sur les prairies sauvages et désolées, il sentit que quelque chose n'allait pas : il voyait des animaux se détacher sur le terrain désertique, galopant tous à en perdre haleine vers les frontières du territoire, comme s'ils sentaient que quelque chose les menaçait. Après que l'Elfe ait trouvé une cachette ou reprendre son souffle, à une distance respectable de la Tour, il se retourna pour voir ce qui se passait derrière lui car il sentait que le sol tremblait sous ses pieds... le spectacle qu'il vit le figea d'effroi :

Une lumière vive et éblouissante apparaissait depuis depuis un balcon de la Tour, celui qui se trouvait devant la salle du trône... une lumière si vive qu'on se serait crût pendant un instant en pleine journée. Puis, aussi soudainement qu'elle était apparue, la lumière s'éteignit et le sol trembla de plus belle, comme la Tour, jusqu'à ce que tout s'arrête subitement.

« Tout s'est arrêté ? Pensait Florian. C'est étrange, je pensais que quelque chose de grave allait se produire... comme quoi, je me suis tromp... »

Il n'eut pas le temps d'achever sa pensée : la terre se remit a trembler, plus fort qu'avant, des morceaux entiers se soulevèrent tout autour de Florian, le sol se déchirait et se fendait quand, soudain, un énorme pilier de lumière perça toute la Tour, jaillissant depuis le portail de la salle du trône et perçant la pierre, l'acier et le mortier, tout ce qui se trouvait sur son chemin vers le ciel ou d'énormes nuages noirs s'étaient rassemblés, zébrés d'éclairs d'un bleu intense et maladif...

Et ce fût l'explosion : alors que l'énorme masse nuageuse recouvrait désormais tout le territoire que dominait la Tour, une énorme explosion secoua cette dernière à partir de la salle du trône sise en son milieu. Le pilier de roche sur lequel la Tour se dressait depuis des siècles s'effondra sur lui même tel un château de cartes dont on aurait enlevé une seule pièce de ses fondations. L'énorme pointe qui couronnait l'édifice s'effondra lui aussi alors que la terre tout autour de la tour se craquelait et que les sombres nuages explosaient à leur tour, emportée aux quatre points cardinaux par des vents surnaturels.

Après plusieurs heures, le sol se calma et cessa de trembler, mais le mal était fait : il n'était plus qu'une étendue de roche stérile et noire, zébrée de veines bleues luisantes alors que les nuages déversaient leur contenu : une étrange pluie d'un bleu iridescent, qui brûlait tout ce qu'elle touchait ou le transformait... Florian, une fois les tremblements finis, n'attendit pas de voir la suite des événements : il prit une fois de plus ses jambes à son cou, bondissant tout en courant afin de parcourir plus vite son trajet. Il se sentait investit d'une énergie nouvelle au contact de l'étrange pluie bleue, qui formait désormais des taches d'une vase bleue sur le sol désolé, un sol qui ne restait pas en place car des morceaux de roches s'étaient mis a flotter, étrangement, au dessus de lui.


Florian ne le savait pas encore, mais l'étrange pluie ne s'était pas limitée au domaine de la Tour. Le Pic du Paradis méridional et ses marais, les Douces Collines Orientales, dont le territoire des Halfelins, ces terres avaient également été touchées et commençaient a ressentir l'influence de l'immonde boue magique... le grand Cataclysme venait de se produire, et il changerait le monde pour longtemps...