Révélations
Ils étaient dans une classe désaffectée du château, pourvue de fenêtre ayant vue sur le Lac noir et la Forêt Interdite. Potter avait ouvert la fenêtre et respirait l'air frais de ce début de mois de novembre en observant le soleil qui se couchait à l'horizon. Il tortillait la chaîne entre ses doigts comme le faisait Hone Hona dans la chambre. Tout en lui transpirait la nervosité. Snape ne pouvait que le comprendre.
Cela allait être dur de l'expliquer à ses collègues. Leur expliquer son état, sa nature, sa condition. Ils n'allaient jamais le croire. Cela se serait remarqué depuis le temps qu'il vivait au château. Ce n'est pas le genre de chose que l'on peut cacher aisément. Et pourtant, c'est ce qui faisait la certitude que Harry avait bien sa place à Serpentard. Il avait réussi à le cacher aux yeux de tous. Et s'il n'y avait pas eu cet accident, peut-être que cela n'aurait jamais été remarqué. Il avait réussi à survivre à bien des dangers, était réfléchi et calme. Loin du comportement que l'on attendrait d'un Gryffondor !
Snape était appuyé contre le mur, à coté de la porte et observait en silence son serpent. Il appréhendait les événements qui suivraient, surtout le comportement de Lupin. Soit il serait en colère et menaçant comme l'exigerait sa nature de loup-garou, soit il passerait au-dessus pour aider le fils de son meilleur ami.
« Severus, mon garçon, » fit Dumbledore en rentrant dans la pièce en compagnie de McGonagall.
« Albus. Minerva. » répondit-il en inclinant la tête.
« Comment va-t-il ? » murmura Albus.
**Savait-il que Potter l'entendait malgré tout ?** pensa Snape en se remémorant les capacités auditives de son petit serpent.
« Physiquement, il va bien. Il se remet rapidement. Très rapidement même. C'est plutôt sur son état d'esprit qu'il faut s'attarder et il est resté très fermé. »
« Alors pourquoi sommes-nous là, Severus ? » demanda McGonagall, prenant part à la conversation.
« Attendons que tout le monde soit là pour les explications, Minerva, » soupira-t-il. « Vous savez que j'ai horreur de me répéter et je doute que Potter puisse supporter plusieurs fois de suite cette discussion avec les réactions inévitables qu'elle engendrera. »
L'animagus pinça les lèvres alors qu'elle jeta un œil au garçon. « Très bien. »
Elle et le professeur Dumbledore s'occupèrent de rendre la salle agréable et conjurèrent plusieurs canapés et fauteuils ainsi qu'une table basse. Vingt minutes plus tard, les professeurs Chourave, Flitwick, Bibine, Hagrid, Lupin, Sinistra, Vector et, avec surprise, Trelawney étaient arrivés. Seul le professeur Binns, le fantôme, manqua à l'appel. Mais vu que c'est qu'un fantôme … Madame Pomfresh était présente également.
Le thé fut servi lorsque tout le monde se fut installé confortablement.
Harry, lui, n'avait pas bougé de la fenêtre et regardait maintenant le ciel d'encre alors qu'il attendait. Il savait qu'elle était la couleur de ses yeux, Hone Hona lui avait fait remarqué quelques instants plus tôt. Il ne voulait pas prendre le risque de regarder quelqu'un et de les effrayer. Il faudrait qu'il donne sa recette à Snape. Même si la Potion de Sang du Maître des Potions était plus efficace que celle qu'il tenait de l'Archimage, au moins cette dernière avait le mérite de garder sa condition discrète aux yeux de tous. Pas de crocs et ses yeux gardaient leur couleur émeraude.
Là, il savait que son regard était de braise. Et, il savait que quiconque le croisant sans y être préparé prendrait peur. Et la peur peut être dangereuse. Il n'en avait déjà que trop fait les frais.
Un silence pesant enveloppait la pièce jusqu'à ce que le professeur de Métamorphose n'en puisse plus.
« Alors de quoi s'agit-il ? » s'irrita-t-elle. « Et qu'a fait Potter pour que cela exige la présence de tout le corps professoral ? Et pourquoi ici et non pas dans le bureau du Directeur ? »
Snape vit le garçon se tendre au ton cassant de sa collègue ainsi que sa prise se serrer sur la chaîne. **Ca commence mal …**
« Allons, allons ma chère, » fit Albus. « Calmez-vous. » Il se tourna ensuite vers l'homme en noir. « Je vous laisse expliquer la situation, Severus. »
Snape lança un regard noir au Directeur pour faire la mesure. Mais en réalité, il était soulagé qu'il lui laisse prendre les choses en main. Il n'était pas d'un naturel tendre mais il espérait pouvoir exposer la situation sur le tapis sans trop de casse. Dumbledore avait du tact mais il manquait cruellement d'éléments dans cette histoire. Et sa réaction la veille dans le bureau directorial n'était clairement pas celle qu'il espérait. En particulier pour Potter.
Il se pinça l'arête du nez et regarda son serpent quelques instants avant de se tourner vers sa collègue gryffondor.
« Très bien. Il s'agit de Potter et c'est suffisamment …. Important pour exiger la présence et l'attention de tout le monde. Et ici car cela permet au jeune Mr Potter d'être plus à l'aise. »
« Tu crois qu'il va tourner autour du chaudron longtemps ou il va lâcher la bombe et en observer les effets avec son fameux sourire en coin ? » fit Henry qui se tenait à coté de son maître, visible de lui seul.
« La ferme, Henry, » fit simplement Harry.
Il écouta Snape tout en gardant son regard tourné vers le lac. La tentative de suicide, le sang partout, la lettre, le Journal. Les sentiments d'Harry. Il ferma les yeux quand il parla des Dursley et de leur comportement à son égard. Il s'attardait sur les réactions de ses professeurs : des cœurs qui faisaient des ratés, des murmures indignés, des hoquets surpris et choqués, des bruissements de tissus rapides, des mains que l'on plaque sur un visage qui devait surement exprimer l'horreur, les sanglots d'Hagrid et de … Lupin ?
**Note pour moi-même : découvrir pourquoi le professeur Lupin pleure pour moi.** Hagrid, il comprenait. C'était l'homme qui était venu le chercher pour l'amener à Poudlard et le sauver de sa « famille. »
Et la bombe tomba. Quelques fauteuils avaient raclés le sol de leurs pieds, un était tombé, alors que les personnes qui les occupaient s'étaient brusquement levées. Il sentait leur regard d'horreur et de terreur sur lui.
Il soupira profondément avant de tourner son regard vers le groupe qui était à une dizaine de mètres.
Les professeurs Sinistra, McGonagall et Bibine s'étaient levées et tenaient fermement leur baguette en main, les deux dernières déjà pointées dans sa direction. Trelawney, dans son fauteuil, avait les yeux exorbités d'horreur alors qu'elle venait de pousser un hurlement des plus atroces. Elle avait lâché sa tasse de thé qui s'était brisée en mille morceaux sur le sol, répandant le liquide ambre sur la pierre. Hagrid, assis dans son canapé, l'observait en état de choc, tout comme Chourave et Vector. Mme Pomfresh avait la main sur la bouche. Ses yeux reflétaient différentes émotions : peur, tristesse, compassion, …
Tous tressaillirent à la vue de ses yeux de braise. Il fut toutefois surpris et intrigué par le manque de réaction des professeurs Flitwick et Lupin. Ils le regardaient, le visage neutre, les yeux brillants d'une lueur qu'il ne comprenait pas. Ceux de Lupin d'ailleurs devinrent légèrement jaunes. **C'est lui, le loup !**
Dumbledore était comme à son habitude insondable.
« Dis quelque chose, » murmura Hone Hona à son oreille.
« Comme quoi ? » répondit-il. « Bonsoir tout le monde. Et oui je suis un vampire mais ne vous inquiétez pas, je ne mors pas ! » continua-t-il, sarcastique.
« Vu comme ça … »
A sa plus grande surprise, Snape se leva et se plaça devant lui, dans la ligne de mire de Bibine et McGonagall.
« N'y pensez même pas. »
« Ecartez-vous, Severus, » fit McGonagall.
« Non. »
« Ecartez-vous. »
« Non. Pas avant que vous aillez entendu toute l'histoire, Minerva. » La sorcière sembla hésiter longuement. « Je me porte garant de lui. Il ne vous fera aucun mal, je vous le promets. »
Tous les professeurs se réinstallèrent mais la tension était palpable.
« Venez vous asseoir, Mr Potter, » dit Snape en conjurant un fauteuil juste à coté du sien.
Harry s'avança lentement, plus qu'à l'accoutumée. Il savait le moindre de ses gestes épié. **Une menace potentielle.** Il s'installa dans le fauteuil et regarda ses professeurs à tour de rôle, s'attardant un peu sur Lupin et Flitwick qui le fixaient, plus curieux qu'autre chose, avant de regarder ses mains qu'il avait posées sur ses genoux, bien en vue, sa chaîne toujours entre les doigts.
« Qu'est-ce que je leur dis ? Tout ou seulement le coté vampire ? »
« Autant que tu parles de nous aussi comme ça, ils n'auront pas un autre choc plus tard …, » fit Hone Hona.
Harry avala sa salive avant de commencer.
« Je ne vais pas parler de tout car j'ai encore du mal avec certaines choses mais je vous dirais l'essentiel et surtout tout ce qui est nécessaire. » Il fit une pause où il joua quelques instants avec son Zanpakuto entre les doigts. « Je suis un vizard semi-vampire. Je me nourris de nourriture humaine, comme vous, mais j'ai besoin d'un minimum de sang pour être au meilleur de ma forme. Il y a quelques temps, j'ai commencé à prendre une Potion de Sang. D'ailleurs professeur, » dit-il en se tournant vers Snape, « il faudrait que nous ayons une discussion à ce sujet. »
Le Maître des Potions acquiesça. Comme Harry avait vu les regards perplexes à la mention de ''vizard'', il continua.
« Quant à ce qu'est un vizard, je vais vous expliquer de quoi il s'agit mais il me faut pour cela vous présenter deux personnes. Henry ? Hone Hona ? » fit-il en se tournant.
« Oui, Harry, » répondirent-ils en cœur. Tout le monde étant habitué aux Elfes de maison, ils ne sursautèrent pas à leur apparition.
« Un vizard est un shinigami qui s'est aventuré sur le territoire des Hollows. Les hollows sont des âmes tourmentées qui ont pour habitude de se nourrir de l'énergie de ses congénères ou de Plus, de simples âmes, pour obtenir plus de puissance spirituelle. Le rôle du shinigami, une âme qui a une certaine puissance spirituelle, est de purifier ces âmes tourmentées et de guider les Plus vers la Soul Society, qui est en quelque sorte le paradis. » Harry regarda Hone Hona tout en poursuivant. « Tous les shinigamis ont un Zanpakuto qui lui est propre et chaque Zanpakuto est unique en son genre. Le mien est Hone Hona ici présente, dans sa forme matérialisée. Sa forme originelle est celle d'un katana que je dissimule dans cette chaîne en général. » Il se tourna ensuite vers Henry. « Lui, c'est Henry, est c'est ma part hollow. Mais il n'est pas méchant, enfin pas trop. Il est plus protecteur envers moi-même qu'autre chose et il obéit à mes ordres. Il ne fera de mal à personne. »
« Tu te doutes bien, Harry, que tout ceci est difficile à croire sans preuve tangible, » fit Dumbledore.
« Les seules preuves que je vous fournis pour le moment sont ma nature, clairement visible sur mon visage en ce moment, et ces deux-là. Il est hors de question que je fasse de démonstration de quoi que ce soit, d'une part parce que je n'ai rien à prouver, mais aussi car ce serait mettre une balise à Poudlard pour inciter d'autres hollows à venir se joindre à nous dans la Grande Salle. Et ce ne sera pas pour la cuisine des Elfes de maison, Professeur Dumbledore, vous pouvez en être certain ! Je ne veux pas parler de mon passé et de comment tout cela est arrivé. Je vous ai dit les choses comme elles le sont maintenant et je vous promets de signaler au professeur Snape tout problème qui pourrait survenir. »
Ils discutèrent encore quelques instants, demandant des détails sur ce qu'ils venaient d'apprendre mais respectant les limites que Potter imposait. S'ils essayaient de dépasser la ligne, il se refermait comme une huître. Les professeurs Flitwick et Lupin lui dirent qu'ils comprenaient qu'il se cachait des autres car ils étaient eux-mêmes hybrides, l'un ayant une ascendance gobeline et l'autre un problème de pleine lune.
Si les professeurs n'étaient pas tous à l'aise avec cet état de fait, ils n'étaient plus hostiles ou terrorisés. Après tout, Potter avait pu vivre les deux années précédentes sans problèmes et sans que son problème de crocs ne se fasse remarquer …
Harry retourna à son dortoir accompagné du professeur Snape. Ils restèrent silencieux durant le trajet. Snape, malgré toutes ses questions en tête, ne savait pas comment les poser et Harry ne ressentait pas le besoin de parler. Une fois devant le portrait menant à la salle commune, Harry sortit de son mutisme et signala au professeur qu'il viendrait le voir le lendemain pour parler de la potion avant de le saluer et de disparaître derrière le tableau.
Snape retourna dans ses quartiers, se servit deux doigts de sa bouteille de Whisky-PurFeu et observa le journal de Potter. Il hésitait. Le garçon n'en avait pas parlé. Devait-il le lui rendre tout de suite ou allait-il en finir la lecture avant ? Il soupira, épuisé par les événements récents. Il prendra la décision le lendemain. Une bonne nuit porte conseil.
