Salut à tous ! Voilà le dernier chapitre. Une des choses que j'ai particulièrement aimé dans cette histoire était le fait que les chapitres n'étaient pas dans l'ordre mais finissaient quand même par être parfaitement reliés entre eux. J'espère que l'ensemble est plus clair maintenant que tous les OS sont publiés. Merci à tous pour vos nombreuses reviews et à bientôt dans une nouvelle fic ou traduction.

Bonne lecture !

X. BLESSURE À LA TETE

De toutes les personnes présentes au camp, ce fut Frank Zhang qui se chargea de le dire et, franchement, se dit Léo, si vous avez besoin que le fils empoté du dieu de la guerre vous donne des conseils en amour, c'est que vous avez de sérieux problèmes.

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Il y avait tellement de choses qui le fascinait chez elle, s'en était déroutant. La longueur de ses cils, ses épaules, la peau pâle de sa nuque que sa tresse sur le côté laissait entrevoir chaque fois qu'elle lui tournait le dos, la forme de ses lèvres pulpeuses, ses joues – souvent rougies par le soleil sans qu'il sache pourquoi, et son détail préféré : la bretelle de son soutien-gorge qui apparaissait chaque fois qu'elle n'attachait pas sa toge correctement. Il passait tellement de temps concentré sur ces petits détails qu'il aimait à croire que son hyperactivité était utilisée à bon escient.

Il arrivait à Reyna de le surprendre en train de la fixer. Dans ces moments-là, elle semblait mal à l'aise, levait les yeux au plafond et lui demandait de se remettre au travail. Il ne cachait pas son amusement, il riait, lui adressait une remarque censée être drôle. Elle levait de nouveau les yeux au plafond. C'était comme ça qu'ils fonctionnaient.

Léo essayait de comprendre leur nouvelle situation. Il avait parfois l'impression de marcher sur des œufs lorsqu'il était avec elle. Ses souvenirs étaient embrouillés – l'adrénaline de ce jour-là – il ne se souvenait pas de tous les détails. Il se souvenait l'avoir embrassé, lui avoir fait du rentre dedans – bien que ce ne soit pas dans ses habitudes – et, allez savoir pourquoi, il avait dansé pour elle. Il ne se souvenait pas de l'ordre dans lequel il avait fait ces choses ni ce qui avait poussé Reyna à, vous savez, répondre à son baiser.

C'était la meilleure partie de l'histoire selon lui. Pas qu'elle ait répondu à son baiser – bien que cette partie ait été vraiment génial – mais parce que ça voulait dire qu'il avait le droit de l'embrasser.

Il avait dit « on devrait faire ça plus souvent » mais il s'était rapidement rendu compte que Reyna n'était pas du genre démonstrative. Au début, il s'en était voulu en se souvenant de qui il était, de qui elle était, la prêteur du Camp Jupiter. Elle était trop bien pour lui. Mais ensuite tout avait changé.

Ils venaient de quitter la salle des machines, un jour après l'épisode embarrassant du baiser et Léo commençait sérieusement à douter que la radio était un signe de sa mère. Il trouva le courage de se tourner vers Reyna et, à sa grande surprise, croisa son regard. Même si son expression restait neutre, elle dit :

- On devrait aller boire un chocolat chaud.

Ce n'était pas une question, Reyna n'était pas du genre à poser des questions.

- Euh…

Et, alors qu'il réfléchissait encore à une réponse plus élaborée, Reyna prit sa main dans la sienne.

- Fais attention, dit-elle en levant leurs mains et il vit que les siennes étaient en train de fumer.

Léo dégagea sa main et rougit.

- Désolé, dit-il d'un ton nerveux.

Reyna se tourna vers lui, elle avait l'air de sourire même si elle n'était pas vraiment en train de sourire. Elle ne dit rien et reprit simplement la main de Léo. Il comprit alors que les choses ne pouvaient pas éternellement continuer ainsi. Reyna faisait tout pour qu'il se sente à l'aise et en sécurité, mais trop de personnes déjà dépendaient d'elle.

Il resserra la pression sur sa main et ne la lâcha pas même après qu'ils soient entrés dans le café.

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Ils devaient se montrer discrets en public, Reyna n'avait pas eu besoin de le préciser. Il pouvait lui tenir la main, ils pouvaient prendre un café ensembles ou s'assoir sur un banc en ville alors que Léo passait une main dans ses cheveux, il pouvait même jouer à la balle avec ses chiens mais Reyna demeurait la prêteur du camp, alors il y avait des limites à ne pas dépasser.

Il découvrit finalement que, pour le reste, c'était à lui de décider, du moment qu'ils étaient seuls tous les deux. Il se rendit compte que le concept même de permission était ce qui l'avait rendu nerveux pendant leurs premières semaines ensembles.

Ils étaient chez elle, buvant un café beaucoup trop sucré parce qu'il n'était pas encore assez à l'aise pour en préparer lui-même, lorsqu'elle se leva pour faire la vaisselle. Les yeux de Léo se fixaient sur tous les détails de la pièce lorsqu'ils se posèrent sur le tube de rouge à lèvres posé sur le plan de travail.

- Je ne pensais pas que tu étais du genre « pomme d'amour », déclara-t-il en lisant le nom sur le tube. T'es toujours tellement discrète.

- Oh, ça, dit-elle.

Léo n'avait même pas remarqué qu'elle avait coupé l'eau et qu'elle était maintenant derrière lui. Son pas était tellement léger que Léo avait parfois l'impression de marcher à côté d'un fantôme.

- Je l'ai trouvé dans un tiroir aujourd'hui, reprit-elle en haussant les épaules. Je crois qu'il a survécu à ma première quête pour trouver le Camp Jupiter.

Elle prit le tube des mains de Léo et l'étudia en silence avant de se renfrogner.

- J'ai perdu tous mes vêtements, tout l'argent que j'avais sur moi et, à la fin, il ne me restait plus qu'un couteau de poche mais ce tube idiot était encore là.

Leurs regards se croisèrent et ils sourirent.

- Eh bien, je pense que cette couleur t'irait à ravir.

Il lui adressa un sourire moqueur et sortit un petit miroir de sa ceinture magique. Reyna fronça les sourcils mais prit tout de même le miroir qu'il lui tendait et s'appliqua le rouge à lèvres.

Ils se firent face en silence un moment, et Léo savait qu'il se laissait de nouveau distraire par les détails. Mais au lieu de lever les yeux au plafond, elle se pencha vers lui, posa les mains de chaque côté de son visage et l'embrassa, sans même se soucier du rouge à lèvre.

Léo passa les mains autour de sa taille et se rendit soudain compte que Reyna ne portait pas d'armure. Il pouvait sentir le coton de son t-shirt pourpre sous ses doigts alors qu'il l'attirait contre lui. C'était différent de leurs autres baisers, ils étaient plus à l'aise et, pour la première fois, Léo avait l'impression qu'ils ne s'arrêteraient jamais. C'était différent de leurs autres baisers, plus lent, et plus doux.

Tout était silencieux, comme au ralenti. Il ne comprit pas, à cause de son hyperactivité, mais, pour une fois, son cerveau ne semblait pas pressé. Le baiser était beaucoup trop sucré, comme le café.

Lorsqu'ils se séparèrent, ils ne s'éloignèrent pas : les bras de Léo restèrent autour de sa taille et les mains de Reyna restèrent posées sur le visage de Léo. La première chose qu'il remarqua fut le rouge à lèvres qui avait coulé au coin de ses lèvres. Il rit et elle lui sourit.

- Tu es vraiment très chaud, dit-elle d'un ton neutre.

Léo éclata de rire et l'attira un peu plus contre lui.

- Oui, ça peut poser problème, dit-il en inspirant à fond.

Ses cheveux sentaient le jasmin. Elle se mit à glousser, Léo sentit tout son corps trembler et son cœur battre contre le sien.

Léo avaient les idées embrouillées, trop de pensées se mélangeaient dans sa tête. Il pouvait embrasser Reyna, la prendre dans ses bras et être avec elle parce qu'elle ressentait la même chose pour lui, et c'était ce qui l'intéressait le plus à cet instant. Mais une autre pensée le frappa de plein fouet.

Reyna était humaine. Elle était faite de chair et de sang et de quelque chose qui sentait vraiment, vraiment bon. Elle était douce, et petite – enfin, pas petite pour lui – mais tout de même. Il se concentra sur les battements de son cœur un instant de plus.

Puis il l'embrassa de nouveau.

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De toutes les personnes présentes au camp, ce fut Frank Zhang qui se chargea de le dire et, franchement, se dit Léo, si vous avez besoin que le fils empoté du dieu de la guerre vous donne des conseils en amour, c'est que vous avez de sérieux problèmes.

Il était assis sur un banc, lisant d'un œil tout en regardant Léo jouer à la balle avec Aurum et Argentum. Ils étaient en train de plaisanter lorsque Léo lança la balle un peu trop fort.

Reyna, qui était en train d'approcher – de manière indétectable, comme à son habitude – l'évita de justesse. Les trois demi-dieux se tinrent immobiles et silencieux pendant une seconde, les yeux ronds en pensant à l'accident qu'ils venaient d'éviter, jusqu'à ce que Frank – trop choqué pour penser correctement – s'exclame :

- Mec, fais attention ! T'as failli décapiter ta copine !

Le silence retomba entre eux. Voilà un accident qu'ils n'avaient pas réussi à éviter.

Frank se mit à rougir lentement. Il n'aurait jamais fait une telle remarque en temps normal, mais il n'avait pas réfléchi avant d'ouvrir la bouche. Bien sûr, tout le monde les avait vu se balader en ville, mais c'était encore un sujet tabou. Personne n'en avait jamais parlé, c'était certain. Et personne n'osait utiliser le mot commençant par « c », pas même Piper ou Jason, alors ce pauvre Frank… Léo voyait bien à son visage que le demi-dieu pensait sérieusement à se changer en insecte et à fuir le plus loin possible.

Il se tourna vers Reyna qui le fixait, les yeux ronds et incapable de prononcer un seul mot. Léo la comprenait bien cependant, il devait afficher une expression similaire.

Les chiens tournaient autour des jambes de Reyna en aboyant. Elle soupira alors qu'elle retrouvait l'usage de sa voix.

- Ne t'inquiète pas, Frank Zhang, dit-elle.

Elle ramassa la balle sur le sol et l'envoya à Léo en une courbe parfaite. Aurum et Argentum s'élancèrent vers lui en aboyant.

- Mon copain a manqué son coup, finit-elle avec un sourire éclatant.

Léo n'évita pas la balle.