Chapitre 10 – Finite Incantatum
Severus se tenait au milieu de la nursery, foudroyant du regard chaque personne qui passait, touchait son jeu de potions, montrait son édredon dans son petit lit avec des sourires ridicules, et riait de ses tentatives d'écriture étalées sur les parchemins posés sur son petit bureau. Il était évident pour Albus que s'il ne démarrait pas rapidement la cérémonie, Severus allait perdre ce qu'il lui restait de son infime réserve de patience – et s'il y avait une chose dont ils n'avaient pas besoin avant la cérémonie, c'était une colère.
Albus s'approcha du garçon et s'agenouilla devant lui. Il lui fit un grand sourire et, ne recevant qu'un froncement de sourcils en réponse, enfonça la main dans sa poche et tendit au garçon une bouchée à la menthe poivrée. Severus la mit dans sa bouche, sans perdre son regard noir une seule seconde.
Albus soupira et lissa le devant de la tunique du garçon. Pour la énième fois ce matin là, Albus admira le travail de Minerva. Il savait qu'elle avait dû passer des heures à transformer de façon permanente la chemise en l'objet qu'elle était maintenant. La tunique était faite d'un velours vert foncé, avec un col et des poignets de satin. Du fils d'argent incrusté dans les ourlets dessinait des formes serpentines du dos à l'avant. Le long des poignets, il y avait une série de petits boutons, qui si on les regardait de plus près se révélaient être des petits chaudrons d'étain. Et comme si ce n'était pas assez, Minerva avait brodé des « S » en fil d'argent autour du col, leur donnant un aspect de vignes sur un mur.
Severus aussi l'aimait bien, apparemment, car après que le directeur avait fini de l'aider à s'habiller ce matin là, le petit enfant était resté un bon moment devant le miroir – touchant le verre puis lui-même, encore et encore, comme pour si s'assurer que ce beau reflet était bien lui.
« Il est temps de commencer, mon garçon. » dit Albus aussi doucement que possible par-dessus le bruit des participants. Il se releva, et prit la main de l'enfant pour le conduire à la chaise qui avait été placée au centre d'un cercle de talismans au milieu de la pièce.
Quand la foule vit ce que faisait le directeur, ils s'arrêtèrent de bavarder et se placèrent eux-mêmes sur un cercle.
Une fois de plus, le directeur souhaita que cette cérémonie ait pu être conduite avec moins de monde. Mais pour diverses raisons, il avait besoin d'eux tous. Harry pour sa baguette, bien sûr, et Hermione pour les instructions. Minerva et Pompom étaient là pour aider à tenir le garçon si nécessaire ; Albus avait décidé qu'une entrave physique par des bras amicaux était préférable à toute entrave magique. Remus était le guetteur. Il resterait dans le bureau principal et préviendrait Albus en cas de problème qui réclamerait son attention. Et Ron n'était là parce que, hé bien, parce que Harry et Hermione faisaient rarement quoi que ce fut sans Ron. Et de plus, dans une semaine le trio doré serait séparé pour toujours, quand Harry et Ron commenceraient le long et ardu entraînement de trois ans des Aurors, pendant que Mlle Granger restait en arrière, à Poudlard, pour enseigner les potions des premières aux quatrièmes années (Albus cherchait toujours un professeur pour les aînés, et un directeur des Serpentard potentiel). Tous trois essayaient clairement de passer le plus de temps possible ensemble, et Albus n'avait pas le cœur de laisser le jeune M. Weasley hors des événements.
« Pouvons-nous commencer ? » demanda le directeur, debout à côté de Severus. Il sortit une grande bouteille de sa poche et la tendit au garçon.
Sans poser la moindre question à son gardien, Severus l'ouvrit et but la potion. Il sourit et se lécha les lèvres. Albus s'était assuré que le goût était agréable.
Quand les premières préparations furent achevées, Remus sortit de la nursery, fermant doucement la porte derrière lui. Minerva et Pompom entrèrent dans le cercle, une de chaque côté du petit garçon, et posèrent des mains réconfortantes sur ses épaules. Ron et Hermione restèrent hors du cercle, ainsi que Harry et Albus. Ces derniers virent discrètement se placer derrière la chaise, hors du champ de vision de Severus. Le petit garçon essaya de tourner la tête pour voir ce qui se passait derrière lui, mais le professeur McGonagall tourna gentiment sa tête vers l'avant. Ron vit le problème et se décala légèrement pour se mettre directement en face de Severus. Il fit quelques grimaces pour maintenir l'attention de l'enfant sur ce qui se passait devant lui. Le petit garçon n'était pas particulièrement amusé par les singeries du plus jeune Weasley et Ron ne lui décrocha même pas le plus petit des sourires, mais cela fournit une diversion suffisante pour que Severus ne voie pas les baguettes tirées derrière lui, et pointées sous son oreille.
Au hochement de tête d'Albus, Hermione murmura un rapide « Incendio » et toutes les petites mèches flottant dans des coupes d'huile qui avaient été disposées dans la pièce s'allumèrent. Comme la lumière du soleil était vive, la lumière des bougies était à peu visible, mais les parfums libérés par les huiles emplirent rapidement la pièce.
L'instant suivant, Albus commença un chant léger. Harry le suivit. Severus, bien sûr, perdit tout intérêt en Ron en entendant l'incantation et essaya à nouveau de tourner la tête. Minerva l'en empêcha, et le garçon répondit en essayant de tortiller tout son corps. Cette fois, Pompom l'arrêta avec une main ferme sur son torse. Severus arqua le dos, mais sans effet, les deux sorcières étaient bien plus fortes que lui. Il était coincé. Il ferma fort les yeux et grimaça.
« Est-ce qu'il souffre ? » murmura Minerva à la médicomage.
Pompom bougea légèrement sa main vers la carotide de l'enfant. « Je ne suis pas sûre » murmura-t-elle en retour « mais il est évident que ça ne lui plaît pas. »
L'incantation continua d'un ton monocorde pendant plusieurs minutes, et un son aigu, comme le sifflet d'une bouilloire, finit par emplir la pièce. Puis une aura vert pâle commença à émaner du corps de Severus, et les talismans du cercle commencèrent à vibrer.
Le garçon avait cessé de se débattre, et était maintenant assis plus immobile qu'Albus l'avait jamais vu, même endormi. Alors qu'il pointait la baguette vers lui, Albus pouvait sentir la force de la magie qui filtrait en retour à travers lui. Il devenait difficile de tenir la baguette droite et il jeta un coup d'œil à Harry, dont les tempes ruisselaient de sueur. Sa baguette tremblait, même s'il continuait vaillamment à incanter en luttant pour garder son bras stable. Enfin le moment sembla juste et Albus capta le regard de Harry. Avec un signal préarrangé – deux clins d'œil rapides – ils prononcèrent simultanément les mots qui, le vieux sorcier l'espérait, libéreraient la magie de l'enfant.
« Finite Incantatum »
A l'instant où il le dit, Albus sut que c'était une erreur. La force explosive qui jaillit instantanément de la baguette cloua le vieux sorcier au sol. Mais comparé à ce qui arriva au Survivant, Albus pouvait s'estimer chanceux. Harry vola dans les airs comme une feuille dans une tempête, s'écrasant dans la porte et l'arrachant de ses gonds. La fierté de Gryffondor tomba ensuite au sol comme une masse, immobile et dans une position de toute évidence non prévue par la nature.
Avant que personne n'ait pu réagir et aider, une vive lumière jaillit des yeux de Severus et se fixa sur le mur opposé. Les rayons de lumière s'affinèrent en se rejoignant et commencèrent à prendre forme. La lumière se mit à tourner dans le sens inverse des aguilles d'une montre, se solidifiant à l'intérieur mais émettant un brouillard de fumée colorée sur les bords.
Le sentiment de pouvoir que le jet de lumière maintenant en forme de baguette émettait était si débordant qu'il emplissait la pièce avec une épaisseur qui rendait les mouvements difficiles. Pompom lutta à nouveau pour aller vers Harry, mais ses membres se heurtaient à une barrière invisible. Minerva, à son tour, ne pouvait pas bouger la tête pour voir comment allait Albus. Hermione et Ron tentaient de se rejoindre, comme luttant contre une tornade.
Enfin, alors que la pression était arrivée à une telle intensité qu'il semblait que toutes les personnes présentes dans la pièce étaient condamnées à la suffocation, la lumière, qui s'était solidifiée sous la forme d'un sceptre d'argent, vola soudain vers la petite silhouette assise totalement immobile sur sa chaise. Le garçon tendit la main, pour l'attraper ou s'en protéger Albus n'aurait su dire, mais elle vola droit en lui, instantanément absorbée par son corps.
La pression fut immédiatement relâchée, et tout le monde aspira une grande goulée d'air. Dès que Pompom eut récupéré, elle se tourna et se précipita vers Harry. Elle fut surprise de trouver Remus déjà à côté de lui, ayant entendu les bruits depuis le bureau. Elle lança un rapide sort de diagnostic, et avec seulement un hochement de tête vers Albus, fit léviter Harry et partit vers l'infirmerie.
Minerva ne savait pas de qui s'occuper en premier. Ron et Hermione s'agrippaient aux épaules l'un de l'autre, essayant de reprendre leur équilibre. Albus s'était redressé, et réparait ses lunettes cassées avec un sort. Severus était assis aussi immobile qu'on pouvait l'être, mais l'air de regarder quelque chose d'important.
Puis le petit garçon se laissa glisser de la chaise et se dirigea vers le mur à sa gauche, garni de placards et d'étagères. Il le parcourut des yeux et s'arrêta sur son bol de potions. Il le fixa un moment, puis la lumière magique sortit de ses yeux. Même si Albus était sûr que le garçon ne voulait rien faire de plus qu'attirer son bol bien-aimé, le résultat ne fut pas celui escompté. Chaque objet sur les étagères, dans les placards, quitta sa place et heurta, cogna ou percuta différentes parties de la nursery et de ses occupants. L'instant d'après, les quelques images qu'Albus avait accrochées au mur volèrent de leurs places, passant en sifflant au dessus des têtes baissées des personnes rassemblées. Albus pointa sa baguette sur le garçon qui avait été envoyé au sol à l'instant précédent par un gros dragon en peluche, et cria « Imperturbas ».
Aussitôt, chaque objet approchant à moins de trente centimètres de Severus rebondit comme s'il était entré en contact avec un champ de force magique. Hermione et Ron à leur tour levèrent leurs baguettes et crièrent à plusieurs reprises « Impedimenta », immobilisant avec efficacité chaque cadre volant qui entrait en contact avec le sort.
Puis soudain, dans la pièce adjacente où Remus montait toujours la garde, le directeur entendit un cri de surprise juste avant que les chocs commencent. Tous les yeux se tournèrent vers Severus, assis imperturbable par terre dans un cocon de magie protectrice. Hermione émergea de derrière la table où elle avait trouvé refuge. « Directeur, regardez ses yeux. Il n'a pas arrêté sa magie ! »
« Je m'en occupe » cria Ron qui pointa sa baguette vers le garçon. « Stupé… »
« Experlliarmus ! »
La baguette de Ron vola dans la main tendue du directeur. « Personne ne jette de sort à Sébastien. » dit-il fermement.
Le fracas continuait dans la pièce d'à côté et l'instant d'après Fumseck entra dans la pièce, suivi par un Remus affolé. « Directeur » cria-t-il « Votre bureau – il est en train d'être détruit. Tous les… »
Le vieux sorcier leva la main pour faire taire le doux loup-garou et traversa la pièce pour rejoindre le petit garçon. Minerva était déjà à côté de l'enfant, essayant de le convaincre de mettre fin à la connexion magique. Le garçon ne l'écoutait pas, cependant. Il était plongé dans ses pensées, comme s'il n'était pas conscient de ce qu'il faisait ou des dégâts qu'il provoquait.
Albus s'agenouilla à côté de l'enfant. « Sébastien ! Arrête ta magie. » ordonna-t-il. A tout autre moment, le ton de la voix du vieux sorcier aurait attiré l'attention du garçon. Mais pas cette fois.
Minerva et Albus échangèrent un regard. Les bruits dans la pièce adjacente diminuaient, mais Albus savait que c'était plus probablement dû au fait que tous les objets avaient été brisés, ou immobilisés par Remus avant de s'enfuir, plutôt que dû à un arrêt de la magie de Severus. De plus, la lumière étrange jaillissait encore de ses yeux.
Albus arrêta le sort d'Imperturbas, et essaya de secouer les épaules du garçon pour attirer son attention. L'enfant remua légèrement pour se dégager de la prise légère d'Albus. Mais il ne regardait toujours pas son gardien. Ses yeux continuaient de briller vers, et apparemment à travers, le mur devant lui.
Hermione approcha du directeur et, se penchant, murmura quelque chose à son oreille. Albus sourit et tendit la main sur le front du garçon.
« Somnus » murmura-t-il. La lumière magique s'arrêta brutalement et Severus tourna la tête vers le vieux sorcier, juste avant que ses paupières se baissent. Albus tendit rapidement les bras pour attraper le petit corps endormi.
Tout le monde se rassembla autour du directeur et de l'enfant. Ron prit la parole le premier. « Qu'est-ce qui s'est passé, bordel ? »
Sous le regard désapprobateur de Minerva, il rougit. « Je veux dire, est-ce que c'était censé se passer ? Comme ça ? »
Albus se leva, l'enfant endormi dans les bras. « Non, M. Weasley, pas comme ça. J'ai peur que la baguette de Harry, n'étant pas la réplique exacte de la baguette originelle, ait créé un léger déséquilibre. J'ai essayé de relâcher le noyau magique plus lentement, mais la pression des pouvoirs de Sébastien couvait depuis près de quarante ans, et quand notre incantation a tenté de la relâcher, elle a trouvé le chemin de moindre résistance. »
Hermione prit une grande inspiration. « La baguette de Harry ! C'est pour ça qu'il a été projeté comme ça. Sébastien ne l'a pas fait exprès, n'est-ce pas ? »
Albus secoua la tête. « Je doute franchement que quoi que vous ayez vu ait été fait intentionnellement. Je crains simplement que maintenant que les pouvoirs du garçon ont été relâchés sans aucune limitation, il ne va pas être capable de les contrôler. Et d'après mon expérience, une fois que le génie est sorti de la bouteille, il est difficile de l'y faire rentrer. »
Sur ces mots et avec un gros soupir, Albus porta l'enfant jusqu'au fauteuil à bascule. Il le remit debout d'un mouvement de sa main et s'assit, le garçon dans les bras. Il commença ensuite à se balancer lentement d'avant en arrière, perdu dans ses pensées. Fumseck se percha sur l'accoudoir et commença une légère sérénade.
Il y eut des murmures entre les quatre personnes restant dans la pièce, puis tout le monde sauf Minerva sortit de la chambre – Ron s'arrêtant juste pour reprendre sa baguette. Puis le professeur de Métamorphose vint devant Albus, et regarda le garçon endormi avec une expression sévère.
« Les autres vont commencer à nettoyer votre bureau. Quand ils auront fini, vous pourrez aller dans l'autre pièce et ils feront de même ici. » dit-elle, désignant le désordre autour d'elle d'un geste circulaire – comme si Albus n'était pas capable de constater le chaos qui l'entourait. « Je vais voir comment s'en sortent Mlle Tonks et M. Shackelblot. Je reviens. »
Alors qu'elle se tournait pour partir, le vieux sorcier murmura un léger « Merci, ma chère. »
Minerva s'arrêta et se retourna vers son vieil ami. Son visage s'adoucit considérablement. « Il ne dormira pas pour toujours, Albus. » prévint-elle gentiment. « Il faudra faire quelque chose. »
« Je sais, ma chère, je sais. »
Sur cette phrase, et un dernier regard sur le champ de bataille qu'était devenu la nursery, la directrice des Gryffondor prit congé.
Note de l'Auteur : J'espère que vous avez aimé le retour de la magie de Severus (au moins plus que les occupants de la pièce). Pour ceux d'entre vous qui espéraient que tout se passerait sans heurts, rappelez-vous que je vous ai prévenus dans le résumé – « Rien dans la vie de Rogue n'est jamais simple, si ? » Merci pour toutes vos reviews !
