Partie 10

Dans la voiture de Mac, les deux jeunes hommes tombèrent rapidement endormis. Assis à l'arrière, tête appuyée contre tête, ils parvinrent enfin à récupérer un peu du sommeil qui leur faisait cruellement défaut. Par respect pour son amoureux, Don passa les premières nuits sur le canapé. Il ne voulait pas trop brusquer Danny, surtout qu'ils avaient un peu parlé, mais que certains sujets importants n'avaient pas encore été abordés.

Danny reprit le boulot quatre jours plus tard. Mac l'obligea à rester au labo, il ne le trouvait pas suffisamment remis pour qu'il se rende sur le terrain. Bien qu'il ne veuille pas lui donner l'impression de l'espionner, Mac ne pouvait pas s'empêcher de passer souvent, sous prétexte de prendre des nouvelles de l'enquête ou de la progression des analyses. À chaque fois que l'heure d'un repas approchait, le lieutenant se trouvait une nouvelle excuse pour se présenter dans le laboratoire et inviter Danny à l'accompagner pour la pause.

— Comment se passe le retour au travail?

— Assez bien. Tout le monde est gentil avec moi. Est-ce que Sheldon va pouvoir arrêter de me surveiller bientôt?

— Je ne lui ai rien demandé. Il doit s'inquiéter un peu pour toi.

— Son côté médecin, j'imagine.

— Sûrement, répondit Mac en souriant. Et avec Don?

— Il dort sur le canapé. Il ne m'a pas retouché depuis le chalet.

— Ça te manque?

— Je crois. Je m'ennuie de lui, mais en même temps, j'ai peur que l'on se retrouve dans le même lit. Je me réveille souvent la nuit à cause d'un cauchemar. J'entends Don bouger sur le divan. Je sais que ça le réveille lui aussi. Mais il respecte mon silence et il garde ses distances.

— Il attend probablement un geste de ta part. Il ne doit pas oser t'approcher.

— Je sais, mais j'ai si peur de faire le premier pas. On va se retrouver dans le même lit où ça s'est passé. J'ai peur de paniquer.

— Tu devrais peut-être en parler à Don. Il est en congé. Prends ton après-midi et va le rejoindre.

— Merci Mac.

— Bonne chance. À demain.

Danny se dépêcha à rentrer chez lui. À peine le seuil de la porte franchie, il senti une bonne odeur de soupe aux légumes. Il se rendit dans la cuisine, Don se tenait debout devant le comptoir et préparait une assiette de fromage et de craquelins. Danny ne put s'empêcher de sourire en voyant son homme cuisiner. Ça lui arrivait si rarement. Il s'approcha doucement et manifesta sa présence.

— Bonjour Don.

— Danny? Tu es déjà rentré. Quelque chose ne va pas?

— Ça va. J'ai mon après-midi de congé.

— T'es sûr que ça va?

— Oui. Tu cuisines quoi?

— De la soupe aux légumes. C'est ta préférée et comme tu ne manges pas beaucoup, je me suis dit que ça te plairait.

— Merci. Je…

— Tu es certain que tout va bien?

— Juste un léger mal de tête.

— Va t'allonger, ça va te faire du bien. Surtout que tu ne dors pas beaucoup.

— Je suis désolé de t'empêcher de dormir.

— Ne sois pas idiot. Allez, ouste, lui sourit Don.

Quelques heures plus tard, Danny réapparut dans le salon. Il sourit en regardant Don qui sommeillait assis sur le divan, les pieds posés sur la table basse et la télécommande de la télévision encore dans sa main. Il s'approcha doucement de son amant et posa une couverture sur lui. Don bougea légèrement et il ouvrit les yeux.

— Bonjour, murmura-t-il d'une voix encore endormie.

— Bonjour. Est-ce que la soupe est prête? J'ai faim.

— Oui. Installe-toi, je vais te servir.

Don mit rapidement la table. Pour une fois que Danny manifestait le désir de manger, il n'allait pas le faire patienter. Assis tous les deux devant un bol de soupe fumante, ils mangèrent lentement, dans un silence un peu gêné. Danny cherchait comment aborder le sujet qui le préoccupait. Don prit la parole avant qu'il ait pu trouver sa première phrase.

— Danny, j'ai réfléchi. Que dirais-tu si l'on déménageait?

— Tu aimes beaucoup cet appartement et tu as toujours voulu habiter ce quartier.

— Y a des choses encore plus importantes qu'un toit et des murs. Je veux ton bonheur et je sais que tu ne retrouveras pas la paix en habitant ici. Les souvenirs continuent de te hanter.

— Je… une larme roula sur la joue de Danny.

— Je suis désolé Danny. Je ne voulais pas te faire pleurer. Je croyais te faire plaisir.

— Tu ne veux plus de moi?

— Quoi? Je veux que l'on déménage ensemble, pas chacun de notre côté.

— T'es sûr?

— Oui, Danny. Je t'aime. Je veux te laisser du temps, mais je pense sérieusement que dans un autre appartement, ça pourrait t'aider.

— Don… OK. Quand tu veux.

— J'ai déjà commencé à regarder les appartements intéressants dans le coin. J'ai même fait une liste.

— Je peux voir?

— Bien sûr.

Don s'étira le bras au-dessus de la table et il essuya les dernières traces de larmes sur les joues de Danny. Ce dernier se leva, tout souriant.

— On va explorer le quartier tout de suite?

— Tu n'as même pas terminé ta soupe.

— On la réchauffera.

— OK.

Les deux policiers arpentèrent un moment le quartier, firent quelques appels et visitèrent même deux logements. Tous les deux tombèrent en amour avec le deuxième. Le propriétaire accepta de leur louer, ne demandant qu'une confirmation de crédit. Don demanda à un policier qui travaillait avec lui s'il voulait sous-louer leur appartement. Il venait de se séparer et il voulait quitter sa maison le plus rapidement possible. Tout s'annonçait pour le mieux. Sur le chemin du retour, ils passèrent devant un hôtel.

— Arrête-toi, Don.

— Quoi? Quelque chose ne va pas?

— Non, au contraire.

— Je ne comprends pas.

— On pourrait aller à l'hôtel.

— À l'hôtel? Pour quoi faire?

— Depuis quand t'as besoin d'un dessin? Il serait peut-être temps que l'on… Enfin…

— Tu te sens prêt?

— Le seul moyen de le savoir, c'est d'essayer.

Don se pencha vers Danny, sans jamais le quitter des yeux. Il déposa un chaste baiser sur les lèvres de son amant. Danny entrouvrit la bouche afin de permettre à la langue de son compagnon de s'y glisser. Le baiser s'approfondit et les langues se mirent à danser. Valsant au rythme d'une musique imaginaire. Don porta sa main sur la chevelure de Danny, pressant plus fortement leurs deux bouches. À bout de souffle, ils rompirent le baiser.

— On sera mieux à l'intérieur.

— Je suis bien d'accord.

Sans plus attendre, Don se dirigea rapidement vers la réception pour louer une chambre. Il en ressortit fièrement quelques minutes plus tard en brandissant la clé à bout de bras. Danny se glissa derrière le volant et stationna la voiture au bon emplacement puis il se dépêcha de rejoindre son amoureux, malgré la boule d'angoisse qu'il sentait grandir en lui. Don inséra nerveusement la clé dans la serrure et déverrouilla la porte. Avant de l'ouvrir, il se tourna vers son amant.

— Quoi qu'il arrive dans cette chambre, sache que je t'aime. Si à un moment ou à un autre, tu veux reculer, tu n'as pas à hésiter une seule seconde ou à te forcer à faire quelque chose que tu ne veux pas.

— Je t'aime aussi. J'ai confiance en toi. Je sais que tu ne me feras pas de mal.